Glossaire du patois normand

Chapter 10

Chapter 103,360 wordsPublic domain

DÉLÉCHER (SE): se _lécher_ les lèvres avec délectation, quand on a mangé ou bu quelque chose qui flatte le goût.

DÉLIER: délayer.

DÉLIGENCE: diligence.

DELLAGE (s. m.): réunion de plusieurs delles.

DELLE (s. f.): portion de terre labourable. De l'anglais _deal_, partie.

DÉLOUSER (SE): se plaindre avec amertume. Du verbe latin _dolere_. S.-I.

DÉLURÉ: luron, madré. Id. en patois Lorrain.

DÉLURER: déniaiser. L.

DÉMAIN (A). Être à _démain_, c'est être mal placé pour l'exercice de la _main_. A main et à démain: de tous côtés, à tort et à travers. Voyez AMAIN.

DÉMANICLAQUER: disloquer. L.

DÉMARCHER (SE): marcher avec affectation de belles manières. De _démarche_.

DÉMARRER (v. a.): faire quitter un lieu. Démarrer les bestiaux d'un herbage, c'est les en faire sortir. Il se prend aussi dans le sens neutre, et signifie partir.

DEMAUNE: demi-aune. L.

DÉMENCE: ruine. Ce pont est tombé en démence.

DÉMENÉ ou DÉMENET: travaux du ménage.

DÉMENEURES (s. f.): promenoir de petit enfant auquel on veut apprendre à marcher.

DÉMEN: démenti. S.-I.

DÉMENTER (SE): s'occuper de, se mêler de. En Roman, se démenter signifiait se tourmenter. Roman.

DEMEURÉ: paralysé. Demeuré d'un bras, etc. L.

DÉMION (s. m.): moitié de la chopine. Roman. Du mot français _demi_.

DEMOISELLE (s. f.): petite mesure d'eau-de-vie. A peu près le seizième d'un litre. L.

DEMOISELLE (s. f.): le grèbe huppé. B.

DEMOISILLON (s. m.): jeune fille de peu de conséquence, qui affecte les manières d'une _demoiselle_.

DÉMON: éteignoir d'église pour les cierges.

DÉMUCHER: mettre au jour ce qui était _muché_, caché. En roman, démusser: cacher, couvrir. Voyez MUCHER.

DÉPARTEMENT: départ. On disait autrefois dans le même sens _départie_, comme dans ces vers de Henri IV:

Cruelle départie! Malheureux jour! Que ne suis-je sans vie, Ou sans amour!

DÉPATOUILLER: tirer de la boue une personne qui y a enfoncé ses _pieds_, ses _pattes_. Se dépatouiller.

DÉPERSUADER: dissuader.

DÉPÉTRAILLER: découvrir sa poitrine avec indécence. Roman. De _pectus_.

DÉPÉTRASSER. Même sens que le verbe dépétrailler. On dit à Rennes, être dépétraillé; se dépétrasser y signifie tomber de son long.

DÉPÉTRONNER un arbre: extirper les rejetons qui ont poussé à son pied. A.

DÉPIAUTRER: enlever la _peau_, écorcher.

DÉPICHER: mettre en pièces.

DÉPIT: mépris. Du verbe latin _despicere_.

DÉPITER: _défier_. Je t'en dépite: je te défie.

DÉPITEUX, EUSE: méprisant, dédaigneux. Basselin dit p. 54:

La belle alors me respond, despiteuse.

DÉPOTER: vendre pot à pot du cidre ou du poiré; faire passer du cidre d'un fût dans un autre.

DÉPOTÉYER. Même sens que dépoter.

DÉPOTÉYEUR: celui dont le commerce consiste à dépoter ou dépotéyer.

DEPUIS (DU): depuis. S.-I.

DÉQUENILLER: sortir en hâte, partir au plus vite, comme les chiens qui quittent le _chenil_. En Roman, _décaniller_: décamper. Dans le patois Lorrain, dégueniller.

DÉRACLÉE. Voyez DÉRATELÉE.

DÉRACLER: développer. Même sens que dérangler.

DÉRAIN; DERIN; DRIN: le dernier.

DÉRANGLER: détailler, développer. S.-I.

DÉRAT; DÉRAIL: portions de graisse qui tiennent aux boyaux, et qu'on _râcle_ pour les employer.

DÉRATELÉE: grande quantité rassemblée comme avec un _râteau_. Se prend en mauvaise part.

DÉRÊNER (v. n.): ne cesser de parler, raconter. Ce verbe, dans la _Coutume de Normandie_, signifie se défendre en justice.

DÉRÊTILLER: agiter les membres en mourant, s'étendre convulsivement. L.

DÉREUNGER (v. n.): ruminer.

DÉRI: en dérive. Du latin _rivus_, ruisseau. A.

DÉRIS (s. m.): ce que laissent en se retirant les eaux débordées.

DERLINGUER: faire du bruit, comme la sonnette: derlin, derlin. On dit, en patois Berruyer, _derliner_, qui vient aussi de l'onomatopée.

DÉROMPRE: cesser, discontinuer.

DÉROUTER (SE): se déranger, en parlant soit du temps qui devient mauvais, soit de personnes dont la conduite se déprave. De route, déroute.

DERRAIN. Voyez DÉRAIN. S.-I.

DERRAINEMENT: dernièrement, S.-I.

DERRUNER: déranger. C'est l'opposé d'ARRUNER. Voyez ce mot.

DÉRUSIONNÉ: fin, espiègle, _rusé_ (Vire).

DERTRE: dartre. L.

DÉSERTER: essarter. Du celtique _eyssart_, lieu inculte. En Roman, _asserter_.

DÉSHABILLÉ: sorte de robe de femme.

DÉSOREILLER: enlever l'oreille, essoriller.

DESPUIS; DÉCEPUIS: depuis. On dit aussi _du depuis_. En Roman, _dendespey_: depuis le temps.

DESSAISINE (s. f.): grand nombre, troupe. D'_essaim_.

DESSAISONNER: changer l'assolement d'un champ; faire hors de _saison_.

DESSAIVER: désaltérer, étancher la soif. A.

DESSERGER: décharger.

DESSEULER: isoler, rester _seul_. Patois Rouchi.

DESSOIVER. Voyez DESSAIVER. A.

DESSOULER: cesser d'être ivre, ou saoul. En patois Walon, _d'sôlé_.

DESSOUR: sous, dessous. A.

DESSUR: dessus.

DÉTAMER: perdre son étamure par l'usage ou accidentellement. Ce vase est détamé; il faut le faire rétamer. Ce vase a perdu son étamure; il faut lui en faire appliquer une nouvelle. Id. patois Lorrain.

DÉTÉ; DÉTEUL: fruits tombés avant terme, et qui, peu loin de leur maturité, sont recueillis pour le pressoir. Voyez QUIS. MM. Du Méril écrivent _detteuses_ (sans doute en sous-entendant pommes).

DÉTEINDRE (v. a.): éteindre. En Roman, _desteindre_.

DÉTEUNER (SE): sortir de sa maison pour prendre l'air. Voyez TEUNE. A.

DÉTEURD (s. m.): _entorse_. Déteurd de reins, effort dans les reins. A.

DÉTEURDRE: détordre, tordre. A.

DÉTIÉDIR: tiédir. L.

DÉTOURBER: déranger, troubler dans le travail. En Roman, _destourber_: troubler, empêcher. Dans le _Roman de Rou_, Wace dit:

Por çon se doit li rois pener Del dur Willaume _destorber_: Qu'il ne puisse plus haut monter, Ne en Angleterre passer.

Du verbe latin _turbare_, _disturbare_. L.

DÉTOURBIER (s. m.): empêchement. On trouve dans Nicot, destourber et destourbier.

DÉTRAT (s. m.): sentier. Des substantifs latins _stratum_ et _tractus_. A.

DÊTRE (A): à droite. Du vieux mot français dextre; en latin, _dextra_.

DÉTRUIRE (SE): se suicider. L.

DEUL: peine. Faire deul: attrister, faire peine. En Roman, _doeul_. En celtique-breton, _dol_. Du latin _dolor_.

DEUMET. Voyez DUMET.

DEVALLÉE: pente, descente. Roman. Du celtique-breton _deval_. Du latin _vallis_, vallée.

DEVALLER: descendre d'un point élevé vers une _vallée_. En Roman, _adevaler_. _Devaller_, en patois Walon. _Avaller_, en patois du Jura. Regnier (sat. XI) employait le verbe _devaller_:

Ils contrefont le guet et de voix magistrale: «Ouvrez de par le roi!» Au diable un qui dévalle!

DEVANT QUE: avant que. Encore usité au XVIIe siècle.

DEVANTEAU; DEVANTIAU; DEVANTET: tablier;--parce que ce vêtement se place _devant_ la personne. _Devantie_, _devanté_, en patois du Jura. En patois Walon, _devaintri_.

DEVANTÉE; DEVANTELÉE (s. f.): plein un tablier, ou devanteau.

DEVANTELIÈRE (s. f.): sorte de jupon ample et long, que les femmes portent à cheval pour ne pas recevoir d'éclaboussures. De DEVANTEAU. B.

DEVANTIÈRE. Voyez DEVANTELIÈRE. L.

DÉVARUBLE; DÉVORABLE: qui déchire, use et détruit ses vêtements. De _varou_. Voyez DEVOURER et VAROU.

DÉVÊLER (v. a.): seconder une vache qui vêle. L.

DEVIGNON: dessein, projet.

DEVINADE (s. f.): énigme. En langue romane, _devignaille_, _adevinaille_, _advinal_. En patois Walon, _advinat_. Du latin _divinatio_.

DEVINAILLE (s. f.). Voyez DEVINADE.

DEVISE (s. f.): borne de champ. Roman. Du latin _divisio_. B.

DEVOURER: dévorer, mettre en pièces. M.

DIA: mot dont on se sert pour faire tourner à gauche les chevaux ou les boeufs de trait. Roman. En patois du Jura, _guia_. Du grec [Grec: dia], de côté.

DIABLE: poisson de mer, d'un aspect hideux, lequel porte en Normandie divers noms, tels que lièvre-de-mer, mollet, et seigneur. B.

DIABLE: le _Cyclopterus lumpus_. B.

DIAIBLE ou DIÈBLE: diable. S.-I.

DICHENAVANT: désormais, _dorénavant_.

DIDASSER ou DIDACER: redire, rabâcher. De _dicere_.

DIEULEVERD. Voyez BADOCHET. Orne.

DIFFAMER: gâter, salir. A.

DIGARD: petit poisson de mer, appartenant au genre Gastérostées.

DIGOURE (s. f.): instrument pointu, épée; mot pris en mauvaise part. En Roman, _digoire_. Voyez DIGUER.

DIGUE; VIEILLE DIGUE: vieille femme désagréable.

DIGUER: se servir du diguet, piquer, aiguillonner. En Roman et en Français, donner de l'éperon.

DIGUET: morceau de bois pointu, pour aiguillonner. L.

DINANT (DÉJEUNER) ou DÉJEUNER DINATOIRE: déjeûner de précaution qui tient lieu de _dîner_. Id. en patois Lorrain.

DINDANDERIE (s. f.): dinanderie.

DINDEAU ou DINDOT: dindonneau.

DIOLEVERD ou DIOLEVÈRE. Voyez BADOCHET.

DIRE: jouer. Faire _dire_ une flûte ou autre instrument de musique. Roman.

DISPUTER (v. a): gronder vivement. M.

DO: avec. Voyez O.

DOBICHE (s. f.): vieille femme désagréable.

DOBICHER (SE): s'habiller de haillons.

DOCHE (s. f.): patience (_Rumex patientia_). De l'anglais _dock_.

DODEIGNE (s. f.): tête qui branle.

DODINER (de la tête): branler la tête légèrement et fréquemment. On trouve dans Rabelais (l. I, ch. 8): «Lui-mesme se bersoit en _dodelinant_ de la teste.» Le Duchat fait venir dodeliner de l'italien _dondolare_, ou de notre mot _dodo_, parce que, dit-il, «on remue le berceau des enfants, afin qu'ils fassent _dodo_.» Dans plus d'un canton normand, dodiner signifie dorloter. Id. dans le patois Walon.

DODO: lit, terme enfantin. Faire _dodo_: dormir. Du latin _dormire_.

DODO: lambin, paresseux, qui a l'air de faire dodo, de dormir. En Roman, _dodin_.

DOGUE (s. f.). Voyez DOCHE.

DOGUER. Voyez TOQUER. Roman.

DOLE-LA-BOISE: flatteur.

DONA; DONAS: homme sans esprit, imbécile.

DONAISON (s. f.): donation. En Roman, _donazon_.

DONDON (s. f.): grosse fille. Du qualificatif roman _dondé_: gros et gras.

DONE: poupée. Au figuré, fille de mauvaise vie. Du latin _domina_; de l'italien _donna_, femme.

DONNEUR D'ANTIENNES: homme qui manque souvent à sa parole.

DONRAI (JE): je donnerai. Tu _donras_, il _donrait_.

Et je vous _donray_, par ma foy!

dit Pathelin, dans son _Testament_.

DORÉE (de beurre, de confitures, de miel, etc.): tartine ou morceau de pain _doré_ (métaphoriquement) de beurre, de confitures, etc. En Roman, _dorée_: tarte, pâtisserie. L.

DORER: étendre sur une tartine de pain, soit des confitures, soit du miel, soit du beurre. Ces deux dernières substances sont de couleur d'_or_. L.

DOUCIEUX: doucereux, fade.

DOUDOUX: dragées, bonbons. Redoublement de l'adjectif _doux_. M.

DOUELLE (s. f.): douve de tonneau; petite douve. Contraction de _douvelle_, par syncope. De _dolium_.

DOUET: ruisseau, lavoir, lieu où on lave le linge; _conduit_, aquéduc. Du latin _ductus_, ou du celtique-breton _douvez_ et _douez_: fossé rempli d'eau.

DOUILLANT: douloureux, très-sensible à la douleur. De _dolens_. B.

DOUI: _doué_ ou _douet_, lavoir. M.

DOUILLARD: doucereux, fade.

DOUILLETER: dorloter.

DOUILLON: Voyez BOURDIN. Roman.

DOULIANCHE (s. f.): plainte amère, _doléance_. S.-I.

DOURDÉE (s. f.): volée de coups.

DOURDER: frapper rudement quelqu'un.

DOUTANCE (s. f.): doute.

DOUVE (s. f.): étang, fossé plein d'eau autour d'une habitation. Roman.

DRAGLER: godailler. S.-I.

DRAGONNER: transporter de colère. S.-I.

DRAINER: parler lentement. Du verbe _traîner_. B.

DRAIT, E: droit, e. Dret: c'est cela.--Tout fin drait: c'est tout-à-fait cela. Patois du Jura. De _directus_.

DROIT (AU): vis-à-vis, en comparaison de. S.-I.

DRAMER: battre. De _ramus_, branche, verge, ou du breton _dramen_, poignée de ce que l'on coupe avec la faucille.

DRANGÉE: dragée, bonbon.

DRAS: vêtement. Wace dit (Etablissement de la Conception):

Dras de dolor et de plor prist.

DRAPET; DRAPEL; DRAPEAU; DRAPIAU: linge. De _drap_.

DRENOEUD; DRENOU: _double_ ou triple _noeud_. Ce cordon est noué à drenou. Dans quelques cantons de la Manche, un noeud à drenou est un noeud mal fait, et qui se dénoue parfois de lui-même. Voyez NOU.

DRÈS: dès. Roman.

DRETTEMENT: directement. S.-I.

DRIÈRE: derrière; le derrière.

DRIGAN: petite toupie. B.

DROGUER: faire droguer quelqu'un; le faire attendre ennuyeusement; croquer le marmot. Id. Patois Lorrain.

DROIT EN GOUT: d'un goût net et sans mélange, en parlant des boissons dont la saveur est irréprochable. B.

DROUE (s. f.): espèce d'avoine. A.

DRUGER: s'amuser bruyamment; cabrioler; courir çà et là. Du vieux français _druges_; avoir les _druges_: faire des mouvements désordonnés.

DRUGIR. Voyez DRUGER.

D'S: des. D's asperges; d's hommes: des asperges, des hommes. C'est une syncope. Patois Lorrain.

DUMER: perdre son poil; muer.

DUMET ou DEUMET: duvet. Du latin _dumatum_. Roman.

DURCEUR (dans le corps): obstruction.

DURER: _endurer_ l'ennui, patienter. De la basse latinité, _durare_. Il faut _durer_: il faut patienter.

E.

É: elle, elles. Ne s'emploie que devant les consonnes. É dit; é disent: elle dit; elles disent.

ÉANSER; ÉHANSER: briser l'anse d'un vase.

ÉBARE (s. f.): cri; faire ébare: jeter un cri.

ÉBAUBIR: étonner; surprendre, au point de faire balbutier ou bégayer. Voyez BAUBE.

EBBE: flot montant. Dans les langues du Nord, _ebb_. Moisant de Brieux rapporte ce vieux proverbe normand: tout ce qui vient d'ebbe s'en retournera de flot.

ÉBÉLUER: troubler la vue, donner la _berlue_. B.

ÉBERLUETTE; ÉBERLOUETTE: berlue, éblouissement.

ÉBLAQUER: écraser comme une poire bléche. Voyez BLEC.

ÉBLÉTER: rompre les mottes de terre. Voyez BLÊTES.

ÉBLÉTEUX: sorte de petit maillet à long manche pour pulvériser les mottes.

ÉBLINER: écobuer.

ÉBLOUIR. Voyez ÉGALIR. O.

ÉBOÊTER; ÉBOUDINER; ÉBOUINER: écraser; étriper; faire sortir les boyaux.

ÉBOGUILLER (et non ÉBOQUILLER): éblouir, empêcher de voir. Voyez BOGUES et BOGUÉYE.

ÉBOUQUETER: épointer; casser le _bout_. L.

ÉBOUSSER ou plutôt ÉBROUSSER: enlever les feuilles, les fleurs ou les graines d'une plante ou d'un rameau, en les pressant dans la main que l'on tire. Du vieux mot _brou_, feuillage. A.

ÉBOUTER. Voyez ÉBOUQUETER.

ÉBRAI: cri aigre et fort. Du verbe _braire_.

ÉBRAIRE (S'): pousser des cris aigres et hauts.

ÉBRAYER (S'): Même sens.

ÉBRÉCHÉ: privé d'une ou de plusieurs dents incisives, dont l'absence fait une _brèche_ dans la bouche.

ÉBRÉSILLER. Voyez BRÉSILLER.

ÉBRITER: ébruiter, divulguer.

ÉBROTTÉ: ÉBROSTÉ, ébréché. (Manche.)

ÉBROYER: _broyer_, écraser.

ÉCACHER: écraser. De l'ancien français esquacher. En patois Walon, _écasser_: fouler. S.-I.

ÉCAILLOUER: enlever les cailloux sur des terrains cultivés.

ÉCALE (s. f.): écaille d'huître, de moule; coquille d'oeuf. OEuf à l'écale: oeuf à la mouillette. En patois Troyen, _écale_ signifie brou de noix.

ÉCALER: ouvrir des huîtres, etc. Par extension, écosser. _Eichallier_, en patois de Grenoble, c'est dépouiller les noix de leur brou.

ÉCALER (v. n.): éclater, se briser avec bruit, avec éclat.

ÉCALOPPER. Voyez DÉCALOPPER.

ÉCALOTTER, ou DÉCALOTTER. Voyez DÉCALOPPER.

ÉCAME: barrière de cimetière, souvent ayant la forme d'un échalier, servant d'une espèce de banc où l'on s'assied pour causer en attendant l'office de l'église. Du latin _scamnum_.

ÉCAMION: camion, petite épingle.

ÉCANCHON. Voyez CANJON.

ÉCAPPER: échapper. De l'italien _scappare_.

ÉCARBOTTER; ÉQUERBOTTER (en parlant du feu de la cheminée): éparpiller mal à propos les _charbons_. En patois de Grenoble, _eicharbota_: éparpiller. Rabelais dit (_Garg._, liv. I, ch. 28), que «Grandgousier avoit au foier un baston dont on _escharbotte_ le feu».

ÉCARBOUILLER: écraser et réduire en _bouillie_. Roman. Dans la Mayenne, on dit _écabouir_.

ÉCARER: impatienter. B.

ÉCAUCHER. Voyez ÉCACHER.

ÉCAUCHETTE (s. f.): casse-noisette. B.

ÉCAUPÉRER (S'): regagner ce que l'on avait perdu. Ce verbe signifie aussi se goberger, prendre trop ses aises, se donner des airs. De _récupérer_. A.

ÉCHAFOURÉE: échaufourée.

ÉCHALARD: échalas pour soutenir et protéger de jeunes arbres.

ÉCHALARDER: placer des _échalas_.

ÉCHALER: écorcer, écosser. Voyez ÉCALER. A.

ÉCHALIER: sorte de petit _escalier_, pratiqué dans une haie pour aller d'une pièce dans une autre. C'est à tort que La Monnoye dérive ce mot du substantif échalas; échalier vient du latin _scala_. L.

ÉCHALOURÉ ou ÉCHALOURI: échauffé. De _calor_, chaleur. A.

ÉCHAMPIR: se débarrasser.

ÉCHANGER (en parlant du linge): le laver avant de le mettre à la lessive.

ÉCHANTILLON: déversoir d'un moulin.

ÉCHARDE (s. f.): écaille de poisson; petit éclat de bois. Dans cette dernière acception, ce mot est roman. Du grec [Grec: eschara].

ÉCHARDER: enlever les écailles du poisson. _Eichaca_, dans le patois de Grenoble.

ÉCHAUBOUILLER (S'): s'exténuer de chaleur et de fatigue. C'est, à proprement parler, _bouillir_ de _chaleur_. A.

ÉCHAUFFAISON; ÉCHAUFFURE, (s. f.): maladie provenant de froid après s'être échauffé[14].

[Note 14: Ce mot se trouve, ainsi que quelques autres, dans le _Dictionnaire de l'Académie_; il n'en appartient pas moins au patois Normand, puisqu'il y est pris dans un sens différent, spécial, particulier. J. T.]

ÉCHAUGUETTE: guérite, sentinelle. On fondit en 1818, à Lisieux, une vieille cloche, fondue pour la première fois en 1285 pour le clocher de la cathédrale, et connue sous le nom d'_Echauguette_, parce qu'elle avait été destinée aux cas d'alarmes. De l'islandais _gaeti_: épier, surveiller.

ÉCHAUGUETTER: surveiller, espionner. Du roman _échauguette_, poste d'observation (en latin, _escubiæ_). On lit dans le _Roman d'Auberi_:

Car les eschargaites le voient Qui l'est _eschargaiter_ dévoient;

et dans le _Roman de Rou_:

Aillors deust on hebergier Et faire tous _eschargaitier_.

A.

ÉCHAUMETRER; ÉCHAUMITRER: effaroucher à force de coups. A.

ÉCHELETTES, (s.f.): sorte de petites _échelles_ à échelons saillants et pointus d'un bout, que l'on fixe momentanément au bât d'un cheval pour transporter des bottes de foin, ou des bourrées. L.

ÉCHERDANT, E: envieux, jaloux.

ÉCHÉRE: jalousie. Avoir échère sur quelqu'un: en être jaloux.

ÉCHERPILLER: mettre en pièces. De charpie.

ÉCHINEUX: sorte de couperet, pour dépecer la viande. «Il signifie aussi un homme qui a une longue échine.» MM. Du Méril.

ÉCHOIR ou ÉCHOUER: assommer.

ÉCHOITE: ce qui _échoit_ par succession ou par acquisition. _Eschoites_ dans les _Établissement de Normandie_, p. 9.

ÉCLAME, (s. m.): homme chétif et de mauvaise mine, grand et flandrin.

ÉCLICHE: esquille; éclat. Voyez ÉCLIPE.

ÉCLINCHER: écliper, éclabousser; faire jaillir.

ÉCLIPE (s. f.): petite seringue de sureau. Du verbe _cliper_. L.

ÉCLIPÈQUE; ÉCLIPET: tiroir latéral dans les vieux coffres. B.

ÉCLIQUETTE (s. f.): batte dont se servent les masques en carnaval. De _cliquetis_: bruit d'armes.

ÉCLOCU: culot, oiseau dernier éclos. Ce mot est employé aussi dans la Mayenne. En Roman, _clocu_, _éclocu_. Ce substantif semble avoir quelque rapport avec le mot du patois Vitréen, _équerbiton_: avorton.

ECMICHER: excommunier. S.-I.

ÉCOCHE (s. f.): grand couteau de bois pour détacher les menues chenevottes qui sont restées dans le chanvre que l'on vient de broyer.

ÉCOCHER (v. a.): détacher les débris de chenevottes avec l'_écoche_.

ÉCOEURANT: dégoûtant

ÉCOEURER: décourager, dégoûter. En Roman, _acueurer_. Dans le patois Troyen, _écoeur_ signifie dégoût. L.

ÉCOFFIR. Voyez ESCOFFIER.

ÉCOINCETER; ÉCOINTER: ébrécher, casser le _coin_ d'un vase ou de tout autre meuble.

ÉCOMANT: affadissant.

ÉCOPIR: cracher, vomir. Voyez RÉCOPIT.

ÉCOQUETÉ, E: rouge comme la crête d'un coq. L.

ÉCORNIFLER (v. a): voler. D'écorner; le sens du français est bien plus restreint. MM. Du Méril.

ÉCOTUAU: oiseau qui a éclos le dernier de la couvée. Voyez ÉCLOCU. A.

ÉCOUDRER: sécher à demi. Voyez BÊNIR. L.

ÉCOUÊMELER: ébrécher, écorner. L.

ÉCOUER: couper la queue. Du vieux mot _coue_.

ÉCOUESSIN: fourrage composé de paille, d'herbes et de quelques épis de céréales. B.

ÉCOUFFE; ÉCOUFLE (s. f.): cerf-volant. L'écoufle est un gros oiseau avec lequel a de la ressemblance, pour le vol, ce cerf-volant L.

ÉCOUPÈLE (s. f.): cime d'arbre que l'on abat. De _coupeau_, tête.

ÉCOUPELER: couper la cime, le coupeau. En terme de jardinage, escoupeler: tailler les branches. L.

ÉCOURRE; ÉCOUTRE: secouer. Du latin _succutere_. En ancien français, _escousser_ signifiait battre le blé; _escoussoir_, _escoussour_, fléau.

ÉCOUSSE (PAR): par intervalle.

ÉCOUSSIN: moitié de la botte de foin, laquelle se forme de deux écoussins.

ÉCOUTER: attendre.

ÉCRABOUILLER. Voyez ÉCARBOUILLER.

ÉCRASE (s. f.): abondance excessive. Il pleut à toute écrase. Voyez CRAC (A). L.

ÉCREUTÉ: à demi-cuit Voyez GROISELÉ. B.

ÉCRIÈRE; ÉCRELLE: petit crustacé des ruisseaux, plus petit que l'_écrevisse_.

ÉCRILLER: glisser en marchant.

ÉCRIVACHER; ÉCRIVASSER: écrire très-mal; écrire sans raison.

ÉCRIVAILLER: écrire à tort et à travers.

ÉCRIVIN: sorte de crabe. B.

ÉCUIRIE: écurie. Du latin _equus_, d'où est venu aussi le mot écuyer. A.

ÉCUISSETER: arracher la cuisse. Au figuré, ôter une branche.

ÉDUCHIR: adoucir, en parlant d'un outil qu'on affile.

ÉFANT: enfant. Roman, ainsi que le mot _afant_. Patois Forésien. Patois Walon. Patois d'Alais.

ÉFESTOUI: enjoué, gai. De fête, qu'autrefois on écrivait et prononçait _feste_. A.

EFFABI: pâle, déconcerté, effronté. Vire.

EFFORBIR: reprendre des forces.

ÉFLOQUETER (en parlant de la laine): l'étirer et la nettoyer. Du latin _floccus_, flocon, anciennement floc. _Floket_, en patois Walon, signifie noeud, enlacement de choses flexibles.

EFFONDRER: enfoncer. Effondrer une volaille, c'est la vider. Effondrer une maison, c'est en enfoncer les portes ou les fenêtres. Roman.

EFFOUCAS (s. m.): homme ou femme évaporés, dont l'air est propre à _effoucher_.

EFFOUCHER: effaroucher, effrayer. Syncope. L.

EFFOUDRER: foudroyer. Au figuré, écraser. S.-I.

EFFOUILLE (s. f.): bestiaux produits ou engraissés durant l'année, dans une ferme, et dont on fait la vente. Cette année, l'effouille n'a presque rien produit A.

EFFOUQUETER: effaroucher, battre. L.

EFFRAISER (en parlant du pain): émier. Du roman _effrester_; du latin _effringere_.

EFFRITER: effrayer. Du mot _effroi_. B.

EFFRITÉ: décomposé, tout blême, tout défait.

ÉGACHIR: écraser, faire en quelque sorte du _gâchis_. A.

ÉGAILLER: éparpiller. «Egaillez-vous, mes gars!» C'était une locution familière aux chouans, en présence d'un danger, et qui signifiait: «Dispersez-vous, mes garçons!» _Aiguaïer_ s'employait autrefois dans le sens de tremper dans l'eau. D'_aqua_, eau; aigue, en vieux français, et encore aujourd'hui aiguière: vase à contenir de l'eau. Ainsi s'égailler doit signifier se répandre comme l'eau d'un vase renversé.

ÉGALIR: faire éprouver un engourdissement momentané par l'effet d'un coup. C'est ce que produit le toucher de la torpille, ainsi que la fracture d'une branche de certains bois, tels que l'érable.

ÉGALUER: éblouir. Valognes.

ÉGAMELER; ÉGAMELIR: écraser.

ÉGAUGER: _jauger_, échantillonner; vérifier un poids, une mesure. D'_æqualis_, égal.

ÉGLAVÉ: mort de faim. M.

ÉGLU: glu. L

ÉGOHINER: égorger, couper le cou; blesser gravement. Au figuré, maltraiter de propos. D'_égohine_, petite scie. A.

ÉGOULER (S'): s'égosiller. Voyez ÉGUEULER (S').

ÉGRAT: petit endroit dont on a _gratté_ la neige, pour y attirer les oiseaux.

ÉGRILLAS: déversoir d'un moulin.

ÉGRIMER; ÉGRINFLER: égratigner. En patois du Jura: _égraffiner_. On dit aussi, en patois Normand, _égrincher_, _égrinfer_, _griffer_. Voyez GRIN.

ÉGRINFLURE: égratignure. M.

ÉGRIPILLONNER: débarrasser un arbre de son _gripillon_. Voyez ce mot. L.

ÉGROUGE (s. f.): instrument à un rang de dents, qui sert à séparer de sa tige la graine de lin. Du verbe _gruger_. A.

ÉGRUGETTE (s. f.): égrugeoir.

ÉGUENÉ: avare; qui est ou a l'apparence d'être pauvre. D'_egenus_.

ÉGUEULER (S'): s'égosiller. Voyez ÉGOULER (S'). S.-I.

ÉHERNER: éreinter. Couteau éherné: qui a perdu son ressort. De rein. A Bayeux, un homme éherné ou érené est un homme insolvable. C'est le mot pris au figuré.

ÉJAPPER: aboyer, _japper_. Onomatopée. (Coutances).

ÉLAVARE: petite digue pour élever le niveau de l'eau.

ÉLÉNU: homme mal bâti, décharné, déguenillé.

ÉLEXIR: élixir.