Fantasques: Petits poèmes de propos divers

Part 9

Chapter 93,071 wordsPublic domain

Le nuage s’écarte, un pan de ciel se montre, Tout noir, encadré d’ambre; un astre clair y luit, Solitaire et perdu, qui semble collé contre L’ombre dont la paroi fait le fond de la nuit. Cet agréable arrangement est fort propice A de voluptueux et tendres exercices.

DLX

QUINZIÈME ÉPITAPHE PLAISANTE

Gilles serait donc mort et dormirait ici? Gilles, ce Prince Charmant de la fantaisie, Ce roi de la frivolité, roi sans souci Mais très bon roi pour ses sujets en poésie, Et dont le sceptre était un lys?... Ah! coups du sort! Maintenant, il est mort, très mort, tout à fait mort.

DLXI

DERNIÈRE ÉPITAPHE PLAISANTE

Dis! te rappelles-tu les seins de Francisquine, Passant qui viens fouler l’herbe de la colline Où tant de morts, côte à côte, sont allongés? Te les rappelles-tu, ces seins? as-tu songé Aux baisers qui leur furent donnés, aux caresses Qui les frôlèrent, à leur éclat, leur souplesse Et leur altière fermeté?--Sache-le bien, Ces seins voluptueux et blancs ne sont plus rien Qu’un petit tas de cendre en un cachot sans porte... Car Francisquine est morte.

DLXII

DANS LA TRANCHÉE

Il pleut, il pleut, bergère, Des gouttes d’eau quelque peu dures, Et le lourd fracas du tonnerre N’est pas précisément un murmure... Il faut s’y faire; On s’y fera: n’y pensons plus! Demain, nous dirons: il a plu Dans la tranchée Boueuse encore et que le vent A mal séchée, Mais nous sommes toujours vivants, (Jusques à quand?) Sourions donc, prenons la vie Comme elle vient Et prenons de même la mort. D’ailleurs, il ne nous manque rien, Pour adoucir les rigueurs du sort, En ce boyau de terre, Que la bergère Dont j’évoquais l’image tout d’abord.

DLXIII

LIMITE

Puisque vous y tenez, ayez l’âme brisée, La conscience obtuse et le cœur avili, Mais ne servez donc pas de publique risée A cause d’une enfant qui sait se mettre au lit!

DLXIV

DÉTAILS

Vous userez vos yeux, vous gâcherez vos veilles En examinant à la loupe, (avec quel soin!) D’évanescents reflets sur une aile d’abeille. Et chaque instant qui passe est un instant de moins.

DLXV

NUIT BLANCHE

Saurai-je m’endormir enfin, malgré les cris Du vent dans le jardin plein de branches cassées? Malgré les festins et le galop des souris? Malgré le vagabondage de mes pensées?

DLXVI

AMBITION

Tu veux laver la lune et le soleil, tu veux Boucher les trous que fait une alouette aux cieux Et repriser les déchirures des nuages... Ne pourrais-tu, d’abord, te nettoyer les yeux?

DLXVII

RETOUR PRÉCIPITÉ

Je rêvais, j’étais sur une autre terre, Dans une prairie, au bord frais d’un bois, Quand je vis soudain ma fleur familière Et je fus de nouveau chez moi.

DLXVIII

BRUIT IMPRÉVU

Sous la brise, l’étang des nénuphars se ride, Un flamboyant se défleurit Et la cascade agite un long voile liquide... Quel est donc cet oiseau qui rit?

DLXIX

LA DOUCE HALTE

Avant de vous connaître, Sylvie, Les yeux clos, je tâchais de prévoir De beaux spectacles pour ma vie. Je rêvais ainsi, chaque soir. Je galopais au pied de la Grande Muraille, Et beaucoup plus loin, Je me mêlais à des batailles Héroïques, j’avais besoin Du bruit Des flots ou du silence atroce de la nuit, Ou de la voix Voluptueuse et littéraire des sirènes, Ou d’un aboi D’hyène, Dans des ruines de palais... Mais j’ai quitté ces lieux exotiques, ces grèves, Et ces déserts dorés où m’emmenaient mes rêves, Car, aujourd’hui, je ne me plais Qu’au seul bonheur où me convie Votre bouche humide, Sylvie.

DLXX

LES AMOURS DE THISBÉ

Dans le sentier du parc mauve, des ombres passent, Par couples et sous la lune, comme il convient. Derrière la verdure, on entend des voix basses User de beaux serments qui n’engagent à rien. L’abbé Ponce Poupette a poudré sa perruque De frais, ce qui lui donne un air des plus galants; Il arrête Thisbé pour lui baiser la nuque Et soupire; tous deux repartent à pas lents. Et, sous l’œil de Phœbé, le parc mauve protège Ces pauvres cœurs humains qui se prennent au piège.

DLXXI

AVERTISSEMENT

Vous piaffez, frappant du pied comme un cheval, Vous secouez la tête et refusez d’entendre, Vous insistez.--Je cède. Allez donc à ce bal D’où vous rentrerez tard, courbatue et très tendre. Mais, chère, dès maintenant je vous avertis Que je compte dormir, cette nuit, dans mon lit.

DLXXII

COMPENSATION

On a certes raison de dire Que le bon, chez la femme, est mille fois meilleur Que chez l’homme, par l’âme et l’esprit et le cœur, Mais le mauvais est dix mille fois pire.

DLXXIII

LE BEAU JOUR

Je ne serai plus seul sur la grand’route dure! Je marche vers mon but en chantant. C’est donc vrai? Lève encore une fois vers mes yeux ta figure... Non! je ne croyais pas que ce moment viendrait!

DLXXIV

CROQUIS DE LUNE

Du sommet de ma tour de veille, tout en haut, Vous pourrez admirer la lune, son halo, Ses grimaces d’amour et de mélancolie Et, plus bas, son reflet ironique dans l’eau.

DLXXV

COULISSES DE CIRQUE

On répète... Bruits de cymbales, de triangles, Instruments lumineux jouant parfois ensemble; Défroque de clown près d’un habit noir, Cerceaux roses qui sont, chaque soir, D’un si magique effet, Plats brillants que l’on fait Tourner en équilibre au bout d’un bâton mince, Autres plats, un peu ternis, Qui ne servent que pour la tournée en province, Lanternes, gobelets, fusils de bois, flamberges, Croupes de chevaux endormis... Je caresse, en passant, le chat de la concierge Et dis bonjour au vieux trapéziste intrépide, Aux Japonais qui se mettront en pyramide, Vêtus de beaux costumes verts... Mais, où que j’aille Le long de ces charmants chemins couverts Où flottent des drapeaux de satin, Je retrouve toujours la même odeur de paille, Et la même odeur de crottin.

DLXXVI

SPLEEN

Que la terre poudroie et brûle ou qu’il ait plu, Que les prés soient couverts de soleil ou de givre, Je détourne les yeux: j’ai le dépit de vivre, Comme un enfant que son jouet n’amuse plus.

DLXXVII

VIEILLE DAME

Avec sa robe noire et luisante, son sac Tenu de près, son chapelet et cette mine De belette triste ou de fouine, On dirait qu’elle sort d’un roman de Balzac.

DLXXVIII

VAINE POURSUITE

Il est plus d’un gibier: délaisse la Licorne! Soumets d’autres aventures à ton esprit. La route que tu veux suivre n’a qu’une borne: Cette pierre levée où ton nom est inscrit.

DLXXIX

INTRIGUE AMOUREUSE

Octave s’est épris d’Isabelle; indiscret, Il le répète à tous les échos du village. Scaramouche a surpris au vol ce beau secret Et double son essor par de longs bavardages. Isabelle l’a su; Octave lui plairait S’il ne disait sa flamme à la brise qui passe... Un rendez-vous est pris: Octave se tient prêt; Il arpente de long en large la terrasse... Isabelle viendra vers minuit.--L’air est pur, Une haleine très douce évente les ramures, La lune glisse des reflets contre ce mur D’où monte le parfum juteux des pêches mûres. --Octave attend, s’impatiente, hésite encor... Derrière sa courtine, Isabelle s’endort.

DLXXX

DÉFAILLANCES

Aux heures de sommeil, le tigre s’humanise... Les dieux eux-mêmes font, quelquefois, des sottises.

DLXXXI

AMOUR TRAGIQUE

Toi, tu dis que tu m’aimes, Quoi que je puisse faire, quand même. Tu le proclames A tout venant, devant chacun tu le répètes. Tu parles de ton cœur, de ton âme, En te prenant la tête D’un air douloureux, Avec une certaine arrogance... (On en pense, D’ailleurs, ce que l’on veut.) Tu fais un discours sur mon inconstance Que rien ne prouve. Tu dis que ton amour est celui de la louve, Mais tu l’exprimes par des plaintes. Tu dramatises nos étreintes, Tu mêles le miel et l’absinthe. Moi, je voudrais garder un cœur allègre, Quand tu laisses tomber dans la crème Une ou deux gouttes de vinaigre, Car, malgré ton amour, je t’aime.

DLXXXII

QUELQUES HAÏKAÏ JAPONAIS

1

M’offrir des oignons devant Ce rouge bosquet de roses... Oh! quel geste inconvenant!

2

Tes mots d’esprit durent-ils Plus longtemps que la rosée, Tout en étant moins subtils?

3

C’est une sombre fontaine, Mais je reconnais vos yeux Dans ce beau miroir d’ébène.

4

J’ai l’âme vraiment ravie, Moins par cette chaude nuit Que par les seins de m’amie.

5

Eau qui court... vent passager... Larmes aussitôt taries... Ce soir, je me sens âgé.

DLXXXIII

LE LINCEUL VIVANT

Ce vieux chêne, jadis, prit un manteau de lierre Afin de s’ennoblir à nos yeux; depuis lors, Le serpent végétal sombre et souple l’enserre, Porte des fruits, fleurit... mais notre chêne est mort.

DLXXXIV

EXAGÉRATION

Il convient de subir son mal avec courage, Sans l’aimer, toutefois, ni l’étudier trop, Car on finirait par comprendre le bourreau Qui nous fit tant souffrir, et goûter ses outrages.

DLXXXV

CHARITÉ CHRÉTIENNE

L’homme dont vous parlez passe pour un goujat; Il est faible, indécis, tremblant de tous ses membres. Pardonnez! il ne vaut certes pas le combat: Ce serait secouer un arbre en fin novembre.

DLXXXVI

SOMMEIL DE SYLVIE

Prenez un air plus grave, s’il vous plaît! Le carnaval est mort, Le jour renaît. Dans son grand lit, Rosine dort; Cuvant son vin, Pierrot s’étire... S’il flotte encor, Sur les canaux, une vapeur de rire, Le soleil la dissipera. Vous vous tournez entre les draps Et me tendez votre bouche, Sylvie! Ah! je connais bien cet appel: Baisers sucrés, baisers de miel, Baisers magiciens qui me rendaient la vie, Aux jours mauvais... Penchez la tête un peu, je vous en prie, Car je vais Troubler votre sommeil, tendrement... Vous murmurez quelque chose en dormant; Vous souriez!... Ouvrez les yeux Et prenez, ô Sylvie, un air plus sérieux!

DLXXXVII

JADIS

Marche en avant! ne tente pas de revenir! N’écoute plus la voix, par les échos grandie, Des vagues du passé qui rongent l’avenir Et déferlent, de mille douleurs alourdies!

DLXXXVIII

CAUSERIE SCIENTIFIQUE

Mon cher hôte, je vous croyais plus charitable: La science n’est pas mon fort, je l’aime peu, Mais quand vous m’invitez, tous vos propos de table Traitent des Mexicains adorateurs du feu.

DLXXXIX

LE DANGER

Nerval! tu n’aurais pas dû fréquenter les fées! On les voit sous la lune, on les entend jaser, Rire et chanter tout bas, d’anémones coiffées, Et l’on meurt de n’avoir pas connu leur baiser.

DXC

GROS CHAGRIN

Je voudrais moins pleurer, mais une larme suit D’autres larmes, incessamment. En vain, j’essuie Mes yeux rougis d’avoir trop pleuré. Jour et nuit, L’eau tombe de mes paupières, comme une pluie.

DXCI

DIFFÉRENCE

Le chat se plaint de ses amours dès leur début, Preuve évidente de sagesse; Quand l’homme crie au bord des toits, c’est tout au plus Qu’il vient d’occire sa maîtresse.

DXCII

EFFORT INUTILE

Si l’on vous dit d’être méchante, refusez, N’essayez pas: vous ne pouvez sembler cruelle. Quand votre bouche prend un air rigoureux, elle Sourit, l’instant d’après, pour mieux s’en excuser.

DXCIII

FANTAISIE AU PIANO

Notes simples, vaste pré vert Aux tons divers Où des oiseaux jasent... Extase De chanter si librement au soleil! Trilles rieurs, notes plaisantes, Brusque réveil D’une eau légère, D’une eau courante Qui va se taire, Qui va bientôt s’endormir, qui s’endort, Dans une mare, Par d’étranges accords Monotones; Note plus vive, note rare Qui nous étonne, Note subtile, note nue Que l’on attend, Et qui reste pourtant imprévue, Et qui fait rêver si longtemps!

DXCIV

MÉTAPHYSIQUE

A mi-hauteur du mur moussu, des dieux trépignent, Les fumerons d’encens montent dans l’air épais, Et, sur l’autel, un spectre en marbre noir fait signe De se donner à lui pour connaître la paix.

DXCV

BEL AIR

Votre regard pesant promet, déçoit et ment; La gazette soutient que vous êtes l’amant D’une dame fort riche aux ardeurs tropicales... D’ailleurs, le ton de vos cravates est charmant.

DXCVI

BRUITS INFÉRIEURS

Dans la cour, le canard cointe, le vieux chien grogne, La poule pond muettement, le bœuf mugit... En quoi cela peut-il émouvoir la cigogne Maigre et si haut perchée au centre de son nid?

DXCVII

LE BEAU JARDIN

1

--Je voudrais faire naître, au milieu du désert, Un jardin tout peuplé de comédiens en masques, Où d’élégants jets d’eau pleureraient dans des vasques, Où des oiseaux soyeux chanteraient dans les airs. --Mezzetin, compagnon fantaisiste et disert, Agacerait Géronte en lui tirant les basques, Et le gros Pantalon, interrompant ses frasques, Dirait les vers que murmurait Gaspard Hauser. --Clorinde cesserait de danser une ronde Pour lisser au miroir ses fins cheveux de blonde, Tandis que notre ami Pierrot, toujours épris, --Mais toujours dédaigneux de fixer la fortune, Redirait d’une voix qui sanglote et qui rit: «Je m’offre en holocauste aux beaux yeux de la lune!»

2

--Chère! que j’aimerais à vivre, près de toi, Sous les orangers ronds de ce charmant domaine! Déjà tu connais bien les devoirs d’une reine, Et je serai très bon dans mon rôle de roi. --Un livre contiendrait tous nos textes de lois: Un livre de beaux vers.--A ceux que l’amour mène, Qui n’ont jamais souffert des tourments de la haine, Notre sceptre ne pèserait pas d’un grand poids. --Chaque heure serait douce et comme enrubannée, Chaque jour serait jour de liesse, l’année Entière formerait un printemps merveilleux, --Et jusqu’au soir, quand s’assombrissent les ramures, Je ne rêverai qu’à la couleur de tes yeux, Au parfum de ta bouche et de ta chevelure.

3

--Dédaigneux de la hache et de la pendaison, Nous paraîtrons des souverains très peu sévères. Point de chaînes, peu d’estafiers, nulles galères! Les seuls bosquets de houx serviraient de prison. --A l’heure délicate et grise où l’horizon Se nuance, nous jugerons les adultères, Les libertins et ceux que le désir altère. Nous tiendrons nos Grands Jours, couchés sur le gazon. --Comment punir Pierrot de ses amours sublimes? Parce que Mezzetin vient de voler la rime Finale du sonnet qu’écrivit Pantalon, --Allons-nous le punir? Punirons-nous Cassandre? Punirons-nous Scapin, ce philosophe? Non! Mais il comparaîtra pour qu’on puisse l’entendre.

4

--Ainsi, nous entendrons Nérine au blanc jupon Qui, d’après son tuteur Géronte, se déprave, Le Notaire qui me déplaît par son air grave, Frontin qui te considère d’un œil fripon, --Gilles qui déroba chez Ruzzante un chapon, Sylvia qui voulut s’enfuir avec Octave, Spavento qui, parfois, fait un peu trop le brave Et Jeannot qui se montre insolemment capon. --Tu plaideras pour eux et ta voix musicale Charmera le jardin. Les merles, les cigales, Les jets d’eau se tairont. Puis, je me dresserai, --Solennel... et combien, déjà, cela m’amuse De songer que mes plus inflexibles arrêts (Sans frais) seront d’oubli, de pardon ou d’excuse!

5

--Diras-tu qu’au désert ne pousse aucun jardin, Que c’est, tout au plus, un mirage qui se lève? Détrompe-toi! Je réalise tous mes rêves: J’ai découvert, jadis, la lampe d’Aladin. --J’asservis les démons; les quatre Facardins M’ont donné leur tapis; je sais la phrase brève Qu’il suffit de prononcer bas pour qu’il m’enlève Dans l’azur par un vol merveilleux et soudain. --Pour traverser l’espace au galop des chimères, Pour commander aux vents, à l’onde, à la lumière, Aux esprits du matin, aux fantômes du soir, --A l’heure qui s’écoule, aux heures éternelles, Nous garderons toute licence et tout pouvoir, Puisque nous nous aimons et puisque tu es belle.

DXCVIII

VÊTEMENTS INUTILES

Couverte de la peau d’un tigre, la brebis Se plaît à voir de l’herbe et fuit devant l’image Du loup qu’elle devrait épouvanter.--L’habit Ne fait ni le guerrier, ni le saint, ni le sage.

DXCIX

EAU MALSAINE

Pourquoi me laisses-tu cette saveur amère, Souvenir qui, souventefois, me désaltère?

DC

IMPOSSIBILITÉS

Devant que de chercher la pitié chez les chattes, Priez le perroquet d’être moins médisant, Demandez au serpent de vous montrer ses pattes, Aux femmes d’avouer le chiffre de leurs ans.

DCI

APPRÉCIATION

«Cette mouche saignée Garde encore du goût,» Dit la grosse araignée En lui suçant le cou.

DCII

CROQUIS SOMMAIRE

Il fait très froid, le ciel a pris des tons de cire. Contre le bord luisant de neige de mon toit, Pour amuser l’enfant que j’aime à voir sourire, J’ai dessiné le mont Fuji, avec un doigt.

DCIII

SÉPULTURE

Tâchez de me trouver, dès aujourd’hui, ma chère, Dans vos très proches alentours Un endroit bien choisi pour y dormir, sous terre, Ce long sommeil muet que l’on n’interrompt guère Au jour. Je ne demande pas de saule Ni de marbre sculpté, Mais je voudrais, en souvenir de votre épaule, Un beau coussin de soie où m’accoter, Et, sur la tombe, un grand bosquet de roses Afin que, dans les longues nuits d’été, Le rossignol s’y pose Pour chanter. Les fleurs me rappelleront vos lèvres Et les chants de l’oiseau cette suavité D’une voix dont je connus la fièvre. Ainsi, mon amour, je pourrai, Malgré la pierre lourde, Dormir tout seul, au sein de l’ombre sourde, Sans pleurer.

DCIV

LA NOBLE CHAÎNE

Vous demandez pourquoi je vous suis attaché, Pourquoi je vous vénère et pourquoi je vous aime? C’est que vous rendez pur tout ce que vous touchez. C’est que vous avez su me rendre pur moi-même.

DCV

CLÔTURE

... Et voici le quatrain qui termine ce livre Composé sans lien, selon l’heure et le vent, Où j’ai rêvé parfois et plaisanté souvent, Où je notais des vers en me regardant vivre.

Sur les routes de Chine, au soleil d’Afrique, dans un village d’Alsace, à l’hôpital, en d’autres lieux. 1912-1918.

TABLE DES MATIÈRES

Sur cette page-ci, cette page dernière, Cherches-tu, par hasard, la table des matières, Lecteur qui veux t’y retrouver, lecteur perdu? Cette table inévitable, l’exiges-tu? A te dire le vrai, je crois l’avoir omise, Non point, au juste, par laide fainéantise, Ni par oubli, mais de propos délibéré, Afin que mon jardin semble plus aéré. Donc, nulle table, fût-ce en paralipomènes, Aucun signe indiquant à ceux qui se promènent Le lieu fixe d’un vers, le logis d’un tercet, L’adresse du quatrain que l’on a dépassé... S’il sied, quand on est propre à composer des odes, D’en grouper les nobles titres avec méthode, Pour ce recueil falot, écrit en musardant, Suffit-il pas d’ouvrir et de piquer dedans? Au cher lecteur qui fut ravi par quelque image, Reste la liberté de corner une page, Et l’homme raffiné (de goût supérieur) Qui se plut à plus d’une, en cornera plusieurs.

CE VOLUME A ÉTÉ TIRÉ A 604 EXEMPLAIRES, SAVOIR: 4 EXEMPLAIRES SUR VIEUX JAPON, NUMÉROTÉS DE I A IV (HORS COMMERCE), ET 600 EXEMPLAIRES (DONT 100 HORS COMMERCE) SUR VÉLIN TEINTÉ DE RIVES, NUMÉROTÉS DE 1 A 600. IL A ÉTÉ IMPRIMÉ PAR G. CLOUZOT, DE NIORT, POUR LES ÉDITIONS G. CRÈS ET Cie, L’AN MIL NEUF CENT VINGT.

EXEMPLAIRE Nº