Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Part 95

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14, +Ailleurs+.--Cet emploi des pigeons pour les communications rapides est très ancien. Les Grecs en usaient aux jeux olympiques pour signaler les vainqueurs, les Romains aux jeux du cirque; les Chinois s’en servaient; en Égypte, on annonçait de la sorte à l’intérieur l’arrivée des bateaux à Alexandrie. Leur usage à la guerre est plus récent, Montaigne en cite le premier exemple connu; pendant les croisades, les Sarrasins en firent grand usage et les Croisés les imitèrent dans des proportions plus restreintes. En Europe, il ne remonte guère qu’au milieu du siècle dernier, mais il s’est depuis considérablement étendu, nonobstant le télégraphe et l’invention de la télégraphie sans fil. La vitesse des pigeons bien entraînés est estimée de 60 à 80 kil. à l’heure, et les traites fournies atteindre 4 à 500 kil., cela toutefois semblant des maxima.--Les anciens, comme tous les peuples primitifs, ont souvent usé, pour communiquer à distance, de feux allumés sur des points élevés dont, de jour la fumée, de nuit la lueur, marquaient qu’un événement attendu venait de se produire. C’est à cela que servaient, au moyen âge, les nombreuses tours dont les ruines s’aperçoivent encore sur notre rivage méditerranéen; elles signalaient par leurs feux l’apparition au large des navires suspects et invitaient les populations éparses dans les campagnes à se mettre en sûreté dans les bourgs.--Citons encore comme moyen de communication rapide en usage au temps jadis les cris répétés de distance en distance; c’est ainsi, dit CÉSAR, dans ses _Commentaires_, que le massacre des Romains qui avait été fait à Orléans au lever du soleil, fut connu à neuf heures du soir en Auvergne à cinquante lieues de distance.--Le télégraphe aérien, inventé sous la Révolution, outre sa permanence, réalisait le grand avantage, par son code de signaux, de pouvoir transmettre à peu près tout; mais son fonctionnement était interrompu par la nuit et le brouillard. La télégraphie électrique qui s’est substituée à lui, presque instantanée, puis le téléphone semblaient le nec plus ultra, et voici que la télégraphie sans fil va encore au delà de ce que l’on pouvait concevoir; née d’hier, elle a déjà donné possibilité de communiquer à des distances de deux cents kilomètres.

20, +Chemin+.--Il en était de même chez les Romains, où, comme on l’a vu plus haut, ce service comportait aussi des coches. Le cas échéant, chevaux de selle, bêtes de trait et véhicules pouvaient être réquisitionnés par les courriers dans l’embarras; cette servitude fut abolie par l’empereur Adrien.

22, +Seiour+.--Soulagement.

23, +Vsage+.--C’est cependant d’un effet salutaire pour les longues courses, se répétant plusieurs jours de suite, qu’on les fasse à pied ou à cheval, mais il faut y être habitué.--Les sultans entretenaient également des courriers à pied, auxquels, dit-on, par une opération chirurgicale, on enlevait la rate pour les rendre plus dispos et plus agiles. PAYEN.

CHAPITRE XXIII.

=554=,

11, +Atletes+.--En dehors de l’entraînement continu auquel de nos jours sont soumis les jockeys qui prennent part aux courses, on leur fait suivre un régime spécial et, entre autres choses, on provoque pareillement, chez eux, d’abondantes transpirations pour les rendre plus légers, avant qu’ils ne montent à cheval pour courir.

20, +Marée+.--Foule; comme on dit «les flots de la multitude».

22, +Grece+.--Les Turcs; mais cette situation a pris fin en 1830, époque à laquelle une insurrection datant de 1821 et la bataille navale de Navarin, gagnée en 1827 par les flottes combinées de France, d’Angleterre et de Russie, rendirent à la Grèce son indépendance.

32, +Inconuenient+.--C’est actuellement encore, en Europe, une des causes de guerre des plus à redouter que de servir de palliatif à des difficultés économiques, ou de dérivatif à des difficultés de politique intérieure, qui vont croissant sans cesse par suite de l’aveuglement, de l’inertie et de la division des conservateurs et, d’autre part, de l’esprit de plus en plus entreprenant et des exigences de plus en plus grandes des socialistes.

39, +Carthaginois+.--Carthage, située non loin de l’emplacement où se trouve actuellement Tunis, devenue la capitale d’une république maritime très puissante, et la rivale de Rome, eut à soutenir contre celle-ci de longues luttes connues sous le nom de «guerres puniques», qui se terminèrent par la prise et la destruction de la cité africaine (=146=).

39, +Bretigny+.--FROISSART, I, 213.--Le traité de Brétigny (1359), par lequel le roi Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, abandonnait à l’Angleterre, pour racheter sa liberté, toutes les conquêtes faites par ses prédécesseurs, ne fut pas reconnu par les États généraux convoqués à cet effet par le Dauphin. La guerre reprit alors de plus belle, pour ne se terminer qu’en 1453, par la bataille de Castillon; elle avait duré cent quinze ans.

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2, +Outre-mer+.--Allusion à une expédition en Angleterre, méditée vers 1338 par Philippe IV de Valois, pour laquelle il avait réuni vingt à trente mille hommes, et que devait commander son fils Jean, duc de Normandie, depuis Jean le Bon, alors âgé de 20 ans; cette expédition n’eut pas lieu, le roi d’Angleterre ayant pris lui-même l’offensive et envahi la France.

10, +Ruine+.--C’était l’avis de l’amiral de Coligny; et, s’il se trouvait à Paris lors de la S.-Barthélemy, c’est qu’il était question, à ce moment, entre le roi et lui, d’une guerre dans les Pays-Bas devant servir de dérivatif à nos troubles intérieurs d’alors, guerre dans laquelle il eût exercé un commandement.

13, +Commodité+.--«La guerre n’est qu’un instrument de la politique.» CLAUSEWITZ.

14, +Virgo+.--Némésis, déesse de la vengeance, chargée de punir le crime et de renverser une insolente prospérité; surnommée _Rhamnusia_, de ce qu’elle avait un temple à Rhamnus, bourg de l’Attique.

20, +Elotes+.--PLUTARQUE, _Lycurgue_, 21.--Elotes ou Ilotes; à l’origine ce nom désignait les habitants d’Hélos, ville de Laconie (Grèce anc.), prise et détruite en =1059= par les Lacédémoniens qui les réduisirent en esclavage. Il fut ensuite étendu à tous leurs esclaves indistinctement, qu’ils traitaient avec une extrême dureté, les entretenant soigneusement dans l’état le plus abject.

27, +Art+.--CELSE dit à cet égard: «Ceux qui pratiquent la médecine rationnelle, estiment qu’Hérophile et Erasistrate agissaient bien, en obtenant des rois que les criminels leur fussent livrés pour être disséqués vivants, et qu’on pût observer, alors qu’ils étaient encore pleins de vie et avant qu’ils eussent rendu l’âme, la disposition, la couleur, la forme, les dimensions des organes»; mais il ajoute: «disséquer ainsi des hommes vivants, est aussi cruel qu’inutile».

35, +L’empereur+.--Ce ne fut qu’en 403 que les combats de gladiateurs furent abolis par l’empereur Honorius, après que les spectateurs eurent tué à coups de pierre un anachorète, nommé Télémaque, qui, venu exprès de l’Orient à Rome, s’était jeté entre les combattants pour les séparer.

=558=,

17, +Rumpi+.--Dans les combats de gladiateurs, le vaincu devait mettre bas les armes et était égorgé, à moins que les spectateurs ne voulussent lui sauver la vie; le vainqueur les consultait du regard: le bras étendu, le poing fermé, le pouce détaché et en dessus, marquait qu’il eût à achever son adversaire; le poing renversé, le pouce en dessous, qu’on faisait grâce.

30, +Interest+.--Le fait était assez fréquent jadis: le landgrave de Hesse, le duc de Brunswick en Allemagne vendaient leurs sujets aux recruteurs anglais; le prince de Waldeck, aux Hollandais; les Suisses se vendaient eux-mêmes. A la bataille de S.-Quentin, il y avait des Allemands des deux côtés; de même des Suisses, à la bataille de Fontenoy, etc.

CHAPITRE XXIV.

31, +Romaine+.--Ce qui a le plus contribué à rendre les Romains les maîtres du monde, c’est qu’ayant combattu successivement tous les peuples, ils ont toujours renoncé à leurs usages, sitôt qu’ils en ont trouvé de meilleurs. MONTESQUIEU.

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4, +Suetone+.--_César_, 56.

10, +Moy+.--CICÉRON, _Epist. fam._, VII, 5.--La lettre en question porte M. Orfius.--Quelques-uns ont regardé l’offre de César comme un badinage, Montaigne la prend au sérieux et il a probablement raison; ces chefs de peuplade étaient de fait des lieutenants de la république romaine et il n’y a pas à s’étonner qu’elle pourvût à leur nomination.

12, +Deiotarus+.--CICÉRON, _De Divin._, II, 37.--Déjotarus était allié de Rome; malgré ses traités avec elle, César lui enleva son royaume parce qu’il avait suivi le parti de Pompée auquel il s’était lié d’amitié; plus tard, il le reçut en grâce.

13, +Gentil-homme+.--Les éd. ant. à 88 ajoutent: _sien amy_.

16, +Escus+.--SUÉTONE, _César_, 54, indique comme se montant à six mille talents (27.900.000 fr.) la contribution que versa Pompée.

19, +Marcus Antonius+.--PLUTARQUE, _Antoine_, 8.

34, +Immortels+.--En =170=. TITE-LIVE, XLV, 12 et 13.

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5, +Reges+.--Citation que Montaigne a traduite, avant de la donner.--C’est le régime qui, de nos jours, subsiste dans la partie de l’Hindoustan soumise à la domination de l’Angleterre, qui en a absorbé une portion, en administre une autre directement et a laissé le reste à ses princes indigènes respectifs à titre de tributaires, vassaux ou alliés. C’est ce qu’elle est en train d’appliquer à l’Égypte; et ce que nous-mêmes pratiquons en Tunisie, sous le nom de protectorat.

10, +Acquis+.--En 1526, Jean Zapoly disputait à Ferdinand d’Autriche (le frère de Charles-Quint) le trône de Hongrie: battu par son compétiteur, il s’adressa à Soliman dont il se reconnut le vassal, et en obtint, en retour, l’investiture d’une partie de ce royaume et des secours.

CHAPITRE XXV.

21, +Appian+.--_Guerres civiles_, IV.

29, +Hebetée+.--Affaiblie.

34, +Liaisons+.--Bandages.

=564=,

1, +Froissard+.--_Mémoires_, 1, 29.

8, +Bicles+.--Ceux qui louchent.

11, +Mot+.--C’est ce qui arrive fréquemment quand, pour se moquer, les enfants contrefont un tic, un défaut de prononciation: c’est ce qui leur fait contracter si facilement et d’une façon inconsciente l’accent des pays où ils séjournent; c’est également un effet analogue qui fait qu’entendre tousser, voir bâiller nous provoque à le faire nous-mêmes. Cela avait donné lieu chez les Grecs à un proverbe que rapporte Plutarque: «Si tu fréquentes un boiteux, tu apprendras à clocher»; et à ce propos, Montaigne dit encore au chap. XX du livre I des Essais (=I=, 132): «Vn tousseur continuel irrite mon poulmon.»

15, +Seiourner+.--Et de me reposer dessus.

19, +Pline+.--_Nat. Hist._, VII, 50.

22, +Ailleurs+.--«_Fortis imaginatio generat casum_, disent les clercs»; entrée en matière du ch. XX du liv. I (=I=, 132).

28, +Lucilius+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 50.

CHAPITRE XXVI.

=566=,

20, +Barbares+.--TACITE, _Ann._, XII, 47.--Cette coutume était en usage chez les peuples de l’Asie septentrionale: les Ibériens, les Arméniens, les Parthes.

26, +Pollere+.--Les éd. ant. aj.: _qui signifie exceller sur les autres_.

=568=,

6, +Populariter+.--V. N. =II=, 558: _Rumpi_.

11, +Armées+.--SUÉTONE, _Auguste_, 24.

12, +Italique+.--Ou sociale; guerre entre les Romains et leurs alliés les peuples d’Italie, qui réclamaient, pour prix de leurs services, le droit de bourgeoisie et les privilèges attachés au titre de citoyen romain (=91= à =87=).

15, +Voyage+.--Les éd. ant. portent: _cette guerre_, au lieu de: «ce voyage».--VALÈRE MAXIME, V, 3, 3.--On croit que c’est de là (_a pollice trunco_, de ce qu’on se mutilait le pouce pour se dispenser du service militaire) que vient le mot poltron (V. N. =II=, 542: Appoltronny).--En 367, l’empereur Valentinien condamna à être brûlés vifs ceux qui se coupaient les doigts pour se soustraire à la milice. De nos jours, en France, ceux qui se rendent coupables de faits semblables ou analogues, ce qui arrive de temps à autre, sont punis judiciairement et, à l’expiration de leur peine, envoyés dans des corps de discipline où ils accomplissent leur temps de service.

15, +Quelqu’vn+.--Ce quelqu’un c’est Philoclès, un des généraux d’Athènes, dans la guerre du Péloponnèse, qui, lui-même fait prisonnier un peu plus tard à la bataille d’Ægos Potamos (=404=), fut mis à mort avec 3.000 autres prisonniers. PLUTARQUE, _Lysandre_, 5; XÉNOPHON, _Hist. Gr._, II; etc.

18, +Æginetes+.--En =458=. CICÉRON, _De Off._, III, 11; VALÈRE MAXIME, IX, 2; mais Elien, Plutarque et Xénophon, qui relatent également le fait, disent que ce fut pour les mettre hors d’état de manier la lance, sans les rendre incapables de ramer. Peut-être est-ce en retour que fut rendue à Égine cette loi qui ordonnait de mettre à mort tout Athénien qui aborderait dans l’île, loi dont faillit être victime Platon quand il y fut déporté par ordre de Denys le Tyran; il n’aurait dû son salut qu’à ce que quelqu’un aurait dit par dérision que ce n’était qu’un philosophe, sur quoi on se borna à l’agréer comme esclave.--A certains moments de l’empire romain, on coupa aussi les jarrets aux prisonniers de guerre pour les empêcher de servir plus tard.

19, +Lacedemone+.--PLUTARQUE, _Lycurgue_, 14.

CHAPITRE XXVII.

21, +Couardise+.--Lâcheté, poltronnerie.

25, +Friuoles+.--Robespierre, au plus fort de la Terreur, voyant pêcher, après un repas qu’il avait fait à la campagne, s’apitoyait, dit-on, sur les souffrances des poissons qui, une fois pris, mouraient hors de l’eau. Mme CAMPAN.

28, +Andromache+.--Hécube, pendant la guerre de Troie, perdit presque tous ses enfants au nombre de dix-neuf, vit massacrer sous ses yeux son mari, sa fille Polyxène, son petit-fils Astyanax, fils d’Hector, et devint l’esclave d’Ulysse, tandis que sa fille Andromaque devenait celle de Pyrrhus, fils d’Achille, qui l’épousa. Les malheurs de l’une et de l’autre ont fait le sujet de tragédies grecques et aussi de tragédies françaises.

29, +Iours+.--PLUTARQUE, _Pélopidas_, 15.--Alexandre de Phères, assistant à une représentation des _Troades_ d’Euripide, sortit brusquement du théâtre et fit dire à l’acteur de ne pas s’inquiéter et de continuer à bien jouer son rôle; que s’il était sorti, ce n’était pas qu’il fût mécontent de son jeu, mais qu’il avait honte que lui, qui sans pitié envoyait tant de gens à la mort, on le vît s’attendrir sur les malheurs d’Hécube et d’Andromaque.

=570=,

2, +Voir+.--S’arrête, dès qu’elle voit.

8, +Gendarme+.--S’accoutume au meurtre et devient cruel par l’habitude de plonger, jusqu’aux coudes, ses mains et ses bras dans le sang.--«Se gendarmer», c’est se mettre en humeur, en posture d’homme qui veut combattre.

20, +Bouquer+.--«Faire bouquer quelqu’un», c’est lui causer du dépit, le mortifier, le faire enrager, l’obliger à céder. Au propre, c’est, en se jouant, donner sur les joues du patient, qui les tient gonflées, deux petites tapes, du plat et du revers de la main, qui l’obligent à desserrer et à laisser échapper l’air qui sort avec un bruit semblable à celui d’un petit coup de baguette sur un tambour.

29, +Commise+.--PLUTARQUE, _Des délais de la Justice divine_, 2.--Montaigne se trompe en disant que Bias plaignait les Orchoméniens; c’est Patrocle, un des interlocuteurs de ce dialogue de Plutarque, qui cite cet exemple de la vengeance trop tardive des dieux, sans indiquer en quoi a consisté cet acte de trahison, ni à quelle époque il a été commis, mais seulement que de ce fait les Orchoméniens auraient perdu enfants, parents et amis, et que ce ne serait que longtemps après que Lyciscus aurait été atteint d’une maladie par suite de laquelle son corps tombait en décomposition et que lui-même considérait comme une punition du ciel.

37, +Pistolade+.--Coup de pistolet.

=572=,

16, +Vertu+.--Courage.

19, +Vaincre+.--Les éd. ant. portent: _mais lâchement, sans combat et sans hazard_; au lieu de: «plus seurement qu’honorablement».

24, +Aueugle+.--«Faire la figue à quelqu’un», c’est lui faire la nique, lui tirer la langue, lui rire au nez, en un mot se moquer de lui en lui faisant quelque grimace (V. N. =I=, 124: Figue).

24, +Sourd+.--«Dire des pouilles à quelqu’un», c’est lui dire des injures, des paroles méprisantes.

27, +Morts+.--PLINE, dans sa _Préface à Vespasien_. C’est Plancus lui-même qui fit la réponse donnée par Montaigne comme exprimée en son nom.

29, +Noisif+.--Querelleur; dérive de noise que l’on retrouve encore dans cette expression souvent employée: «chercher noise».

29, +Aristote+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 18.

32, +Coup+.--Les éd. ant. ajoutent: _de baton_.

=574=,

8, +Combat+.--C’est ce à quoi on est revenu de nos jours.

33, +Henry+.--_Chroniques_ de MONSTRELET, I, 9.--En 1371; le duc d’Orléans, frère de Charles VII et père de Dunois, accusé d’avoir contribué à la maladie du roi devenu fou, et de le tenir en chartre privée, avait provoqué Henry IV roi d’Angleterre, qui avait tenu ce propos; chacun devait être accompagné de cent chevaliers. Henry n’accepta pas le défi, disant qu’il n’était pas dans les usages de ses prédécesseurs que le roi se mesurât avec quelqu’un qui n’était pas de son sang (de moindre état qu’il n’était lui-même).

34, +Lacedemoniens+.--HÉRODOTE, I, 82; PAUSANIAS, X, 9; ATHÉNÉE, XV, 6; etc.--Les Argiens et les Lacédémoniens, en querelle au sujet du territoire de Thyrée, convinrent de remettre leurs intérêts à trois cents de chaque parti. Le combat eut lieu; il ne demeura que deux Argiens et un Lacédémonien du nom d’Othryadès; la nuit les sépara; les deux Argiens se retirèrent; Othryadès, resté seul, érigea un trophée avec les armes des ennemis, y traça de son propre sang une inscription qui attribuait la victoire à son pays et se donna la mort pour ne pas survivre à ses compagnons. Mais cela ne servit de rien; on ne s’entendit pas sur le vainqueur; les deux armées en vinrent aux mains et la victoire demeura à Sparte (=VIe= siècle).

35, +Curiatiens+.--Le combat eut lieu à la vue des deux armées, pour décider à laquelle, de Rome ou d’Albe, appartiendrait la suprématie. Trois frères de part et d’autre, les Horaces pour Rome, les Curiaces pour sa rivale, étaient en présence: au premier choc deux Horaces tombèrent, les trois Curiaces étaient blessés. Le survivant des Horaces, craignant de succomber contre ses trois adversaires réunis, feignit de prendre la fuite afin de les diviser, persuadé qu’ils le suivraient plus ou moins vite suivant la gravité de leurs blessures. Sa prévision se réalisa; revenant alors impétueusement sur ses pas, il immola successivement ses trois adversaires et assura ainsi le triomphe de sa patrie (=667=).--En citant ce fait, Plutarque en conte un autre, à peu près identique dans ses détails, survenu lors d’une guerre entre les habitants de Tégée et de Phenée (Grèce); des deux côtés, les champions étaient trois frères jumeaux.

39, +Meslé+.--A ajouter à cette nomenclature le combat des Trente, célèbre défi porté en 1351 par Jean, sire de Beaumanoir, au châtelain anglais de Ploërmel. Trente chevaliers bretons et autant d’anglais en vinrent aux mains au pied du chêne Mi-voie (Bretagne); huit anglais furent tués, les autres se rendirent. Dans l’ardeur de l’action Beaumanoir blessé, épuisé de fatigue et de la perte de son sang, faiblissait: «Bois ton sang, Beaumanoir!» lui cria son frère qui était au nombre des combattants. BOUILLET.

39, +Domestique+.--De famille.--Ce duel, dont il va être parlé, Montaigne n’en fait pas mention dans son journal de voyage, ce qui donne à penser qu’il a dû avoir lieu après son départ d’Italie, où son frère l’avait accompagné et où il demeura après lui; on peut voir tout le détail de cette affaire dans les _Mémoires_ de BRANTÔME, touchant les duels.

=576=,

29, +Theorique+.--Nous disons aujourd’hui théorie, quoique nous ayons conservé pratique; c’est une bizarrerie de l’usage.--RABELAIS, I, 5, dit comme Montaigne: «Ie n’entends point la théorique; la practique, ie m’en aide quelque peu.»--BRANTÔME, parlant des duels, dit pareillement: «Les Italiens en ont tres bien sceu les théoriques et practiques.»

34, +Germains+.--TITE-LIVE, XXVIII, 21.--Tous deux se disputaient la succession à une principauté; ils résolurent de s’en remettre au sort des armes. Ils se battirent en présence de l’armée romaine, dans l’arène des gladiateurs à Carthage (et non en Espagne), alors qu’on y célébrait des jeux funèbres à l’occasion de la mort des deux Scipion (=206=).

=578=,

15, +Butes+.--C’étaient des tirs organisés pour l’arc et l’arbalète, avec ou sans banquette pour le tireur d’une part; et de l’autre, à distance convenable, une levée de terre contre laquelle se plaçait le but à atteindre comme il en existe encore beaucoup dans le Nord de la France. Le mot «butes» signifie ici ce genre de tir, plutôt que son aménagement.

Tous les exercices concourant au développement de la force et de l’adresse, sont à pratiquer, et notamment ceux qui sont d’utilité immédiate à la guerre. A ce titre le tir à l’arme de guerre est particulièrement à encourager, car la défense nationale y est intéressée: les efforts individuels de quelques-uns à cet égard sont insuffisants, il faut que cela devienne une institution d’État. Pour ce faire, et c’est possible, facile même, il faudrait que ces tirs à la cible pussent s’effectuer au centre même des populations, et nonobstant n’offrir aucun danger; être gratuits dans une certaine mesure, pour tout individu de nationalité française, de l’âge des enrôlements volontaires à celui du passage dans l’armée territoriale. On peut satisfaire aux deux premières conditions, en établissant ces tirs souterrainement, dans les villes, sous les promenades publiques ou les principales artères (à Paris par exemple sous l’esplanade des Invalides, aux Tuileries sous la terrasse du bord de l’eau, etc.), et dans les localités moindres, dans le voisinage immédiat, à l’instar des tirs forains. On emploierait à cet effet des tuyaux métalliques de 2 à 5m de longueur, s’ajoutant les uns aux autres, de forme appropriée, de 1m de hauteur sur 0.60 de largeur, d’épaisseur variable suivant qu’ils seraient en acier ou en fonte, suffisante pour n’être pas perforés par la balle; leur longueur totale permettant le tir à 200m. A l’origine du tir serait, pour le personnel et les tireurs, une construction également souterraine analogue à celle qui vient d’être édifiée pour un tout autre usage, à Paris, près de l’église de la Madeleine; l’autre extrémité serait aménagée pour les marqueurs; un fil électrique les relierait. Des organisations analogues ont déjà fonctionné à Lisieux, à Bergerac, et donnent les meilleurs résultats.--Le tir aurait lieu les dimanches et jours de fête. Le nombre des cartouches allouées annuellement à titre gratuit aux seuls individus dont il a été question ci-dessus, pourrait être de 36 à chaque ayant-droit, qui aurait la faculté de les tirer quand bon lui semblerait par série de six, en trois séances au moins: l’État trouverait là un heureux moyen de renouveler ses approvisionnements de mobilisation; on intéresserait les tireurs, en leur tenant compte des résultats lors de l’appel sous les drapeaux ou des périodes d’instruction. L’installation de ces tirs, et il devrait en être créé un au moins par canton, serait peu considérable: 3.000 fr. environ; elle serait à la charge des communes du canton. L’État pourrait leur venir en aide par des subventions, cela constituant au premier chef une dépense d’utilité publique indispensable pour que le tir, qui importe à un si haut degré à notre sécurité et à notre indépendance, pénètre dans les mœurs.

15, +Tournois+.--Sorte de fête publique, très en faveur au moyen âge, où les chevaliers se mesuraient entre eux à cheval, armés de pied en cap, mais à armes courtoises. Ces jeux, qui souvent entraînaient mort d’homme, prirent fin en France en 1559, à la suite d’un accident survenu au cours de l’un d’eux et qui causa la mort du roi Henri II.