Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 90
5, +Mei+.--César, dans sa hâte de suivre Pompée passé en Grèce, avait, faute de moyens de transport suffisants, laissé la majeure partie de ses troupes à Brindisi. Ne les voyant pas arriver et craignant qu’elles ne fussent coupées de lui par la flotte dont disposait Pompée alors que lui-même n’avait que des bâtiments de commerce, voulant presser leur venue, il s’embarqua incognito, de nuit, sur une barque, par un temps affreux; et, le pilote n’arrivant pas à surmonter les difficultés, César, pour stimuler ses efforts, lui dit: «Que crains-tu? tu portes César et sa fortune.» Nonobstant cette confiance en lui-même, il ne parvint pas à effectuer la traversée qu’il avait en vue, les flots le rejetèrent à son point de départ.
18, +Actions+.--L’éd. de 88 et l’ex. de Bord. aj.: _et qu’vn grand roy lui couste plus à tuer qu’vne puce_.
29, +Temps+.--Il faut encore tenir compte si c’est une mort soudaine ou qui vienne pour ainsi dire à pas comptés.
32, +Tourmens+.--Le cruel empereur qui voulait faire sentir la mort à ses victimes, c’est Caligula (SUÉTONE, _Caligula_, 30); et c’est Tibère qui dit, de l’une des siennes qui s’était tuée elle-même, qu’elle lui avait échappé (SUÉTONE, _Tibère_, 61); mais ces deux monstres se ressemblent si fort en cruauté, qu’il est aisé de les prendre l’un pour l’autre.
39, +Desseignoit+.--Avait dessein, projetait.
43, +Planché+.--Planchéié, comme il se dit aujourd’hui.
=424=,
4, +Mourir+.--LAMPRIDIUS, _Heliog._, 33.--Héliogabale fut tué dans une sédition militaire par des soldats qui le massacrèrent dans des latrines où il s’était réfugié: son cadavre fut traîné par les rues et jeté dans un égout; mais l’égout s’étant trouvé trop étroit, on le précipita, une pierre au cou, dans le Tibre (222). V. =I=, 380 et N. Retraict.
8, +Propre+.--Si on l’eût mis dans le cas de se tuer.
14, +Prusse+.--Les Abruzzes, province de l’Italie méridionale.--On a pensé qu’il y avait là une faute d’impression évidente et qu’il faut lire Prusse; c’est douteux, du moins en ce qui touche la substitution d’un P au B: certains auteurs, en effet, écrivent Apruzia, d’où Montaigne a fait la Prusse, comme l’Apulia, autre province de la même région, est devenue la Pouille.
15, +Apres+.--En =48=, à Corfinium. Désespérant de pouvoir s’y défendre, Domitius demanda du poison à son esclave qui était médecin. L’ayant absorbé et apprenant avec quelle bonté César traitait ses prisonniers, il regretta son acte, mais son esclave le rassura en lui avouant que ce n’était qu’un narcotique qu’il lui avait remis. Satisfait de cette assurance, il alla trouver César qui l’accueillit avec beaucoup d’amitié, ce qui ne l’empêcha pas de passer, peu après, à nouveau dans le camp de Pompée. PLUTARQUE, _César_, 10.
22, +Gents+.--TACITE, _Annales_, IV, 22.--Plautius Sylvanus était sous le coup d’une accusation capitale pour avoir précipité sa femme du haut de sa maison (22).
24, +Parties+.--A ses ennemis.--TACITE, _Ann._, VI, 48. Albucilla était accusée d’adultère et d’impiété envers le prince (36).
25, +Sicile+.--PLUTARQUE, _Nicias_, 10.--Lors de l’expédition des Athéniens en Sicile, en =413=, Démosthène, l’un de leurs généraux, se voyant, après une résistance opiniâtre, hors d’état d’échapper, se perça de son épée; mais, ne s’étant pas tué du coup, il fut fait prisonnier et, quelque temps après, lapidé par les Syracusains.
26, +Impetra+.--Obtint par des prières; du latin _impetrare_ qui a cette signification; impétrer est demeuré dans le langage judiciaire.
27, +Acheuer+.--APPIEN, _De Bello Mithrid_.--Fimbria, un des plus fougueux et plus cruels partisans de Marius. Envoyé en Asie Mineure, il y assassina son général pour se substituer à lui; pressé par Sylla, il se donna la mort (=85=). Un de ses hauts faits fut la destruction de fond en comble d’Ilion (l’ancienne Troie), et le massacre de tous ses habitants.
31, +Transperça+.--TACITE, _Ann._, XVI, 15.--Ostorius, qui jouissait d’une grande réputation militaire et de l’éclat d’une couronne civique méritée en Bretagne, fut réduit à se tuer, parce que, chez lui, avait été lu un poème satirique contre Néron (68).
35, +Tuer+.--XIPHILIN, _Adrien_.--Cette précaution ne lui réussit pas; pressé par la maladie et voulant en finir, il ne trouva personne qui voulût lui porter le coup mortel, ni lui donner du poison.
37, +Courte+.--SUÉTONE, _César_, 87.--César tint ce propos dans un repas, la veille de sa mort; ce disant, il faisait allusion aux conspirations journellement ourdies contre lui et dont on ne cessait de l’entretenir, et il ajouta: «Mieux vaut mourir une fois, que de craindre toujours.»
39, +Humaine+.--PLINE, _Hist. nat._, VII, 53, dit: «_une mort subite_».--«Le dernier plaisir de la vie, est de mourir sans y penser.»
=426=,
4, +Mourir+.--De là cette locution si répandue: «Je voudrais, je préférerais être mort», qui se dit fréquemment à propos de toute difficulté ou souffrance morale ou physique dont la mort vous délivrerait. Mais avant d’être mort, ce que l’on peut souhaiter de fort bonne foi, il faut mourir; et nos appels à la mort en sont moins sincères, ainsi que l’a si bien rendu La Fontaine, dans sa fable de «la Mort et le bûcheron»; parce qu’entre les deux, pour qui est en pleine possession de lui-même, il y a un moment redoutable à franchir: le corps s’y trouve généralement aux prises avec la douleur, et fréquemment l’âme appréhende l’inconnu de l’au-delà.
5, +Æstimo+.--Le vers latin, qui est de Cicéron, est la traduction d’un vers grec d’Epicharme.
13, +Cogitation+.--Mesuré et calme, plutôt qu’aigri et surexcité par le fardeau d’une telle pensée. V. N. =III=, 576: L’vn.
28, +Fois+.--CORNELIUS NEPOS, _Atticus_, 22.--Nulle mort dont le récit nous a été conservé ne témoigne un plus grand détachement de la vie; parmi les plus belles, on peut dire que celle de Socrate lui était imposée par sa condamnation, celle de Caton par la situation, et qu’ils ont eu à cœur de se montrer à hauteur de leurs principes; chez Atticus, aucun motif n’excite son courage, il meurt parce qu’il est las de la vie, sans forfanterie, à l’insu de tout le monde.
33, +Cleanthes+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII.
40, +Marcellinus+.--Tout ce récit est emprunté de SÉNÈQUE, _Epist._ 77.
=428=,
13, +Roüons+.--Tournons. Ce mot est encore aujourd’hui employé comme terme de marine: Rouer un câble, c’est le plier en l’enroulant sur lui-même.
15, +Mort+.--C’est ce que les Anglais appellent le _spleen_.
30, +Essayer+.--La goûter, la savourer.
=430=,
4, +Premier+.--Après la bataille de Thapsus (=46=), Caton qui commandait à Utique, voyant les affaires perdues, après avoir pourvu à la sûreté de tous ceux qui s’étaient réfugiés dans la place et se trouvaient compromis, résolut de se tuer, ne voulant pas en outre devoir de grâce à César, dont on connaissait les dispositions bienveillantes à son égard. Sa résolution avait transpiré; pour l’empêcher de la mettre à exécution, la veille on lui avait retiré son épée; il s’en était aperçu et l’avait fait rapporter, observant à ses proches et amis qui le pressaient de renoncer à son dessein, que finalement une épée n’était pas indispensable pour mettre fin à ses jours. Il passa la nuit à lire et méditer le _Phédon_, dialogue où Platon traite de l’immortalité de l’âme. Le lendemain matin, jugeant le moment venu, il fit retirer chacun et se perça de son épée; le bruit qu’occasionna sa chute fit accourir son fils et ses amis; on profita de son évanouissement pour panser la blessure qu’il s’était faite, mais revenu à lui, il repoussa le médecin avec violence, arracha le pansement, déchira la plaie de ses propres mains et expira sur-le-champ.--Ce sujet fut le premier donné, l’an V (1797) de la République, par l’Institut national de France, aux élèves de peinture pour le concours du grand prix, après l’interruption causée par la Révolution. V. N. =II=, 586: Ieune Caton.
CHAPITRE XIV.
7, +Iustement+.--Également.
10, +Faim+.--C’est le sophisme dit de l’âne de Buridan qui, supposant un âne également pressé par la faim et la soif, placé entre une mesure d’avoine et un seau d’eau et à égale distance, demandait: «Que fera-t-il?» Si on lui répondait qu’il demeurerait immobile: «Il se laissera donc mourir?» disait Buridan. On lui répliquait qu’il ne serait pas bête à ce point. «Alors, concluait-il, se tournant d’un côté plutôt que d’un autre, il a donc son libre arbitre.»--Ce sophisme embarrassa fort, paraît-il, les dialecticiens de l’époque; il était cependant aisé d’y répondre: Comment aurez-vous la certitude que lorsqu’il se décidera l’animal sera au même degré pressé par un besoin et par l’autre, et qu’il ne cède pas à celui qui, à votre insu, le presse le plus?
11, +Stoïciens+.--PLUTARQUE, _Contredits des phil. stoïques_, 24.
28, +Circonference+.--Ces absurdités sont jeux d’écoliers, nous ne connaissons pas le raisonnement captieux démontrant que «_le contenu est plus grand que le contenant_».--Pour prouver que «_le centre d’un cercle est aussi grand que sa circonférence_, on suppose le cercle se déroulant suivant une ligne droite; sa circonférence se développant de A en A’, [Illustration] le centre O vient en O´, or OO´ = AA´. De même acabit sont les problèmes suivants:
«_Le diamètre d’un cercle est égal à sa demi-circonférence._» Observons tout d’abord que dans un cercle les deux demi-circonférences décrites sur les deux moitiés d’un diamètre sont au total égales à la demi-circonférence qui les englobe; [Illustration] appliquant ce principe de proche en proche à toutes les demi-circonférences intérieures que l’on peut construire de la sorte, leur total reste égal à la demi-circonférence extérieure en même temps qu’elles en arrivent à se confondre avec le diamètre.--Si on considère que dans le problème précédent AA´ est égal à trois fois le diamètre, et que la présente démonstration conclut à ce que le diamètre est égal à la demi-circonférence, on en arrive à ce que un égale deux.
Si un égale deux, «_deux égale trois_». Supposons trois nombres a, b, c, tels que: a = b + c. Il en ressort que: 2a = 2b + 2c et aussi 3a = 3b + 3c; de ces deux additions égales en inversant les deux termes de la seconde, on a: 2a + 3b + 3c = 2b + 2c + 3a; de chacun des deux termes de cette dernière retranchons 5a, elle devient 3b + 3c - 3a = 2b + 2c - 2a ou 3 (b + c - a) = 2 (b + c - a); supprimant le facteur commun b + c - a, on a 3 = 2.
«Une bouteille vide égale une bouteille pleine.» On est en droit de poser: ½ bouteille vide = ½ bouteille pleine; supprimons ½ facteur commun, et l’énoncé du problème est démontré.
«_Une flèche qui atteint le but, dit Zénon d’Élée, n’a pu cependant franchir la distance_.» Divisons cette distance en deux parties; ce qui reste également, continuons de la sorte indéfiniment, il restera toujours quelque chose à diviser, et par suite à franchir.--C’est une démonstration du genre de celle qui prouve que deux courriers se pourchassant, si vite qu’aille celui qui poursuit, il ne peut rattraper l’autre, si lente que soit l’allure de ce dernier et si faible que soit la distance qui les séparait au début.
30, +Cercle+.--La recherche de la pierre philosophale (alchimie) et de la quadrature du cercle (construction d’un carré de surface équivalente à celle d’un cercle donné) sont deux problèmes insolubles, qui occupaient beaucoup les esprits aux temps jadis.
32, +Pline+.--Les éd. ant. aj.: _Il n’y a rien de certain que l’incertitude et rien de plus misérable et plus fier que l’homme_. Cette addition est la traduction de la citation qui suit.
CHAPITRE XV.
=432=,
+Malaisance+.--Difficulté d’avoir les choses.
2, +Remaschois+.--Au figuré, remâcher, c’est repasser à diverses reprises dans son esprit.
2, +Mot+.--Les éd. ant. aj.: _et tres veritable_.--Cet ancien, c’est SÉNÈQUE, _Epist._ 4.
5, +Preparez+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 4.
6, +Fruition+.--Jouissance; mot forgé, par Montaigne, du latin _frui_, jouir.
9, +Estroict+.--Les éd. ant. port.: _ferme_.
15, +Parens+.--Danaé, fille d’Acrisius, roi d’Argos (Grèce), fut enfermée dans une tour d’airain par son père, auquel l’oracle avait prédit qu’il serait tué par l’enfant qui naîtrait d’elle. Jupiter pénétra dans cette tour sous forme d’une pluie d’or (la toute-puissance de l’argent a été connue de tous temps), et séduisit Danaé. De cette union naquit Persée, qui plus tard, en effet, fut, par accident, le meurtrier d’Acrisius. MYTH.
24, +D’autre+.--PLUTARQUE, _Lycurgue_, 11.
28, +Sauce+.--Dans son poème _Les filles de Minée_, LA FONTAINE dit:
«La défense est un charme; on dit qu’elle assaisonne Les plaisirs, et surtout ceux que l’amour nous donne.»
34, +Morsures+.--PLUTARQUE, _Pompée_, 1.
=434=,
6, +Ancone+.--La marche d’Ancône, province de l’Italie centrale, où est le sanctuaire de N.-D. de Lorette en qui l’on croit posséder la _Santa Casa_ ou maison de la S. Vierge et une statue d’elle, en bois de cèdre, sculptée par l’apôtre S. Luc. Cette maison de la Vierge aurait été transportée par les saints Anges de Nazareth à Lorette; à l’encontre de cette tradition un érudit, le chanoine ULYSSE CHEVALIER, a publié en 1906 que, d’après ses études, elle a tout simplement été construite avec les pierres d’une carrière voisine, par des architectes nommés Anges.
7, +Sainct Iaques+.--S.-Jacques de Compostelle à Santiago en Galice (Espagne), où se trouvait le corps de l’apôtre S. Jacques.
8, +Liege+.--A Liège (Belgique). Non loin de là se trouvent les eaux de Spa, appelées ici, par Montaigne, les bains d’Aspa.
10, +François+.--Par application du proverbe: «Nul n’est prophète en son pays.»
12, +Autre+.--PLUTARQUE, _Caton d’Utique_, 7.--Caton, qui avait deux enfants d’un mariage antérieur, avait consenti à se séparer de sa femme Martia, dont il n’en avait pas, pour la céder à Hortensius son ami, qui n’en avait pas non plus, ce qui était admis par les mœurs romaines. A la mort d’Hortensius, autant par affection que pour ne pas la laisser dans une position difficile, Caton reprit Martia par un second mariage en règle, toutes choses qu’autorisait à Rome la faculté illimitée du divorce; César néanmoins lui en faisait de vifs reproches dans son _Anti-Caton_: «S’il avait besoin de femme, disait-il, pourquoi céder la sienne à un autre; et, s’il n’en avait pas besoin, pourquoi la reprendre? Cela ne montre-t-il pas une arrière-pensée: on prêtait une femme pauvre à Hortensius, on espérait la retrouver riche». V. N. =II=, 586: Ieune Caton.
28, +Plus+.--La Fontaine disait à une courtisane chez laquelle il était entré un jour par hasard et qui se laissait doucement caresser, sans opposer la moindre résistance à ses désirs: «Je t’en prie, repousse-moi un peu.»
37, +Amants+.--TACITE, _Ann._, XIII, 45.--Chez les Lacédémoniens, les filles sortaient en public à visage découvert et les femmes voilées, parce qu’il faut, disaient-ils, que les filles trouvent mari et que les femmes gardent celui qu’elles ont; comme quoi, une même chose peut être envisagée à deux points de vue complètement opposés.
41, +Bastions+.--Au propre, saillants de fortification; ici, pris au figuré, allusion aux vertugadins, paniers dont les dames faisaient alors usage dans leur toilette, sorte de jupons garnis de cercles de baleine, assez analogues aux crinolines du second empire, soutenant les jupes et rendant les robes bouffantes.
43, +Appetit+.--_Par la difficulté_, aj. l’éd. de 88.
=436=,
8, +Desbaucher+.--Porter à une gaîté licencieuse.
10, +Triompher+.--Add. de l’éd. de 88 et de l’ex. de Bord.: _de la rigueur_.
14, +Haissent+.--Add. de l’éd. de 88: _mortellement_.
30, +Seruist+.--VALÈRE MAXIME, II, 1, 4.--Cette assertion est-elle exacte? ce qu’il y a de certain, c’est qu’à Rome les femmes étaient assez libres et le divorce appliqué pour la moindre cause.--Toujours est-il que son introduction en France est loin de confirmer la thèse de Montaigne. Il y a été autorisé en 1884; de 1885 à 1890, la moyenne annuelle des demandes a été de 9.300, suivant d’année en année une progression ascendante constante. En 1901, 10.500 instances ont été introduites se répartissant à peu près également entre gens ayant des enfants et gens n’en ayant pas, 9.000 ont été accordées, à quoi il convient d’ajouter plus de 2.000 séparations de corps. En 1904, il y en a eu 9.860 prononcés en dehors des séparations de corps; en 1905, 10.019.--Il est à observer que les divorces pour cause d’adultère sont presque en nombre double pour adultère de la femme, que pour cette même faute commise par l’homme; ce n’est pas que celui-ci soit plus respectueux de la foi conjugale, mais outre que dans son cas il n’y a pas risque d’un enfant pouvant en résulter, cela tient encore à ce que pour des raisons diverses la femme supporte plus facilement d’être trompée et aussi qu’elle est plus facile à l’être. Et aujourd’hui que le divorce est passé dans les mœurs, l’idée gagne de l’affranchir des fictions judiciaires qui en restreignent l’obtention: les motifs légaux n’existant pas, on les suppose, on va jusqu’à en créer les apparences de commun accord; d’où la tendance à l’admettre par consentement mutuel, et même sur la volonté d’un seul avec conditions de délai; il y a bien la question des enfants, mais n’a-t-on pas déjà passé outre! C’est là le seul point intéressant; et à l’encontre de ce qui se pratique, il semble qu’il vaudrait mieux pour eux, quel que soit le motif du divorce, au lieu d’être attribués à l’un, sous réserve de certains droits concédés à l’autre, que celui auquel ils sont laissés, les ait sans restriction ni obligation vis-à-vis de la partie adverse; les obtiendrait celui en faveur duquel le divorce serait prononcé dans les cas d’indignité, d’inconduite, de sévices et injures graves; celui contre lequel la demande en divorce aurait été introduite dans le cas d’incompatibilité d’humeur quand il sera admis, ce qui avec les idées actuelles ne saurait tarder beaucoup.--Du reste, le mariage lui-même tend à être réduit à sa plus simple expression. On voudrait le rendre aussi facile que possible à contracter, ne le subordonner à aucun consentement autre que celui de ceux qui veulent s’unir; supprimer la puissance maritale, chacun des conjoints ayant mêmes droits, toute liberté et toute indépendance; le régime de la séparation de biens deviendrait la règle unique; l’adultère cessant d’être un délit ne serait plus qu’une cause de divorce, dont l’obtention serait du reste grandement facilitée, si bien que les seules différences qui subsisteraient encore entre le mariage et l’union libre, se réduiraient à la publicité donnée à l’union contractée, l’octroi de la légitimité aux enfants nés pendant sa durée et la possibilité de liquider les intérêts matériels de chacun après sa dissolution.
=438=,
5, +Serpunt+.--L’auteur parle ici des Juifs et de leur religion; Montaigne applique son dire à un sujet tout autre.
8, +Moyen+.--Peut-être; mais l’excès contraire a plus d’inconvénients encore; et, à notre époque, la peine de mort est tellement atténuée, la prison si bénigne à tous ses degrés, la grâce et les réductions de peine sont tellement passées dans les habitudes, que les malfaiteurs, dont le nombre, ainsi que l’audace et la fréquence des méfaits, vont croissant en proportion du besoin de bien-être et de luxe, conséquence des progrès de la civilisation, s’en donnent à cœur joie. La publicité des exécutions n’a plus de raison d’être, n’amenant plus chez le spectateur que cette simple remarque: «Tiens! ce n’est que cela!» En la supprimant, on ferait cette peine un peu plus redoutée; en n’abusant pas du droit de grâce, en n’en usant que lorsqu’il y a des circonstances atténuantes dont il n’a pas été tenu compte, ou qu’un doute peut exister sur la culpabilité, en un mot comme correctif d’une erreur possible du jury; en rendant beaucoup plus pénibles les divers genres d’emprisonnement et réduisant d’autant la durée des condamnations, on modifierait rapidement l’état d’esprit de nombre de criminels qui, actuellement, se disent que ce qui peut leur arriver de pis, c’est de vivre sans rien faire aux dépens de la société, dans des conditions bien moins pénibles que s’il leur fallait gagner leur vie par le travail, ce qui est bon seulement pour les honnêtes gens.--Et pourtant, l’expérience est faite: Pour parer aux recrudescences de crimes à certaines époques contemporaines, les Anglais, qui cependant ont beaucoup plus que nous le respect de la liberté individuelle, n’ont pas hésité à rétablir temporairement des moyens de répression tombés en désuétude: le «_Treadmill_» où le condamné est mis automatiquement dans l’obligation de coopérer, à l’aide des mains et des pieds, à faire tourner une roue; le _Cat_ (le chat à neuf queues) qui consiste à infliger matin et soir, pendant un nombre de jours déterminé, un certain nombre de coups de fouet; ces procédés depuis mis de côté, sans cesser d’être légaux pour le cas où le besoin s’en ferait de nouveau sentir, eurent vite raison de ces associations de bandits qui terrorisaient Londres en étranglant les passants, etc., tout comme nos apaches parisiens en agissent actuellement avec le couteau et le revolver. Mais, chez nous, gouvernants et législateurs ont plus souci de jouir de la situation à laquelle ils sont arrivés, d’assurer leur réélection pour continuer à vivre aux dépens de la chose publique, que de satisfaire à leurs devoirs essentiels, faire régner la liberté et refréner la licence, favoriser le bien, poursuivre et punir le mal; assoiffés de popularité, imbus par calcul d’idées soi-disant humanitaires, leurs actes démentent leurs paroles, leurs sympathies vont de fait aux scélérats bien plus qu’à leurs victimes.
9, +Argippées+.--HÉRODOTE, IV, 23, dit qu’il ne les connaît que par ouï-dire; qu’ils sont chauves, ont le nez aplati et ne se nourrissent que de fruits et de lait. Chacun habite sous un arbre que, l’hiver, il recouvre d’une étoffe de laine blanche, qu’il a soin d’ôter l’été. Personne ne les insulte, ils n’ont pas d’armes et sont considérés comme sacrés.
19, +Violence+.--C.-à-d. peut-être la facilité qu’on a d’entrer dans ma maison, contribue-t-elle à la mettre à l’abri de la violence.
32, +Frontieres+.--Ce n’est pas en effet des places frontières qui sont à construire. La défense des frontières d’un état est le propre des armées elles-mêmes; les fortifications ne devraient être employées que pour couvrir certains points en nombre très restreint, particulièrement importants en vue de l’offensive beaucoup plus qu’en vue de la défensive, ceux où sont nos approvisionnements, et aussi les grandes agglomérations plus particulièrement menacées dont il importe, en raison des ressources qu’elles présentent, de ne pas laisser l’ennemi s’emparer dès le début sans coup férir. Les murailles de Chine n’ont jamais dans le passé satisfait à ce qu’on en attendait, et y satisferont moins encore dans l’avenir, étant donnés les moyens actuellement mis en œuvre, au nombre desquels il faut compter l’envahissement du territoire de l’adversaire sans déclaration de guerre préalable. Vauban, qui à l’époque de Louis XIV avait organisé la défense de nos frontières sous l’empire de ces idées, reconnut, sur la fin de sa vie, cette erreur, qu’après 1870 ses élèves, héritiers de sa science mais non de son génie, ont commise à nouveau, nous amenant à fortifier, une fois encore, outre mesure notre frontière de l’Est au lieu de renforcer ses effectifs dans toute la limite du possible, avec ceux qui, pour des raisons de clocher, demeurent disséminés dans le reste de la France où ils n’ont que faire. S’il en eût été ainsi, Nancy, bien que sans fortifications, serait à l’abri d’un coup de main; et, ayant ces troupes stationnées ailleurs, on n’aurait pas été tenté de les employer abusivement à des œuvres de police, pour lesquelles l’armée n’est point faite, qui la discréditent, où se perd la notion du devoir, auxquelles la nécessité fait que la masse se prête à contre-cœur, non sans que cependant se produisent quelques rares protestations, qui honorent leurs auteurs, mais ruinent leur carrière.