Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 86
36, +Que sçay-ie?+--Cette devise et la balance en équilibre, sont devenues l’épigraphe des Essais. Elles figurent pour la première fois dans l’édition de 1635, au-dessous du portrait de Montaigne. Elles caractérisent du reste parfaitement sa philosophie, que peint également bien cette maxime qu’il avait inscrite en grec sur les solives de sa bibliothèque: «Il n’est point de raisonnement auquel on ne puisse opposer un raisonnement contraire.» C’est ce «Que sçay-ie?» qui indignait si fort Pascal et lui a fait dire en parlant de Montaigne: «Il met toutes choses dans un doute si universel et si général, que l’homme doutant même s’il doute, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos, s’opposant également à ceux qui disent que tout est incertain et à ceux qui disent que tout ne l’est pas, parce qu’il ne veut rien assurer. C’est dans ce doute qui doute de soi, et dans cette ignorance qui s’ignore, que consiste l’essence de son opinion. Il ne peut l’exprimer par aucun terme positif; car, s’il dit qu’il doute, il se trahit en assurant au moins qu’il doute, ce qui étant formellement contre ses intentions, il en est réduit à ne s’expliquer que par interrogations, de sorte que, ne voulant pas dire: «Je ne sais», il dit: «Que sais-je?» de quoi il a fait sa devise, en la mettant sous les bassins d’une balance, lesquels pesant les contradictions, se trouvent dans un parfait équilibre; en un mot, il est pur Pyrrhonien.»--Et, ce disant, Pascal était bien dans le vrai, car non seulement Montaigne était pyrrhonien, mais il en a convenu: Lors de la reconstruction de son château, après l’incendie de 1885, on a trouvé dans les décombres un jeton de cuivre dont l’empreinte figure au Musée de Périgueux et porte: sur une face les armes de Montaigne entourées du collier de Saint-Michel et l’exergue «MICHEL, SEIGNEVR DE MONTAIGNE»; au revers, dans un écu, une balance dont les plateaux sont horizontaux et la légende «42. 1576 Ἐπέχω» (Je m’abstiens), qui est précisément le mot d’ordre et le principe essentiel de l’école des sceptiques: le chiffre 42 indique l’âge que Montaigne avait alors, en 1576.--Une autre épigraphe: «_Vires acquirit eundo_ (_ses forces s’accroissent au fur et à mesure qu’il va_)», se trouve sur une édition de 1598 et un grand nombre d’autres subséquentes. Elle est écrite de la main même de l’auteur sur l’exemplaire de Bordeaux qui devait servir à la réimpression de l’ouvrage, et cependant elle n’a été reproduite ni sur l’édition de 1595, ni sur celle de 1635, ce qui porte à croire que les éditeurs posthumes de Montaigne, s’inspirant probablement de sa pensée qu’ils avaient été à même de connaître, ne l’ont considérée que comme une idée à laquelle, à la réflexion, il n’aurait pas été donné suite; si exacte fût-elle, puisque le texte primitif allait toujours en augmentant, appliquée à son œuvre par l’auteur lui-même, elle eût dénoté par trop de prétention, escomptant par avance une vogue qui n’est venue que notablement plus tard.
=278=,
2, +Irreuerence+.--Dont il est question plus haut: «Dieu ne peut faire ceci ou cela.»
6, +Ancien+.--Cet ancien c’est PLINE, II, 7, dont Montaigne, dans les éd. ant., avait inscrit le nom que, finalement, il a rayé.
28, +Point+.--Ne le comprend point.--Du temps de Montaigne, le mot appréhender, du latin _apprehendere_, prendre, saisir, n’était employé que dans ce sens et absolument inconnu dans celui de craindre qui, aujourd’hui, a tendance à prédominer.
32, +Poix+.--Montaigne, en philosophe, contredit ici l’auteur qu’il a traduit et qu’il dit défendre: «L’homme, dit très orthodoxement Sebond, est, par sa nature, en tant qu’homme la véritable et vivante image de Dieu; de même que le cachet marque son empreinte sur la cire, Dieu a empreint en l’homme sa ressemblance, etc...»
38, +Encore+.--C.-à-d. et je désire qu’aucun chrétien ne fasse comme eux.
40, +Yeux+.--_Et mesurer à nostre mesure_, ajout. les éd. préc.
41, +Nostres+.--C.-à-d. chrétien comme nous. Il s’agit ici de TERTULLIEN, dans ce passage si connu et si souvent cité dans les discussions théologiques: «_Quis negat Deus esse corpus, etsi spiritus sit?_ (_Qui peut nier que bien qu’esprit, Dieu n’ait aussi un corps?_)» ce qui, à tout prendre, n’est qu’une assertion de rhéteur qui n’éclaire en rien la question.
=280=,
1, +Curant+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, III, 35.--Ce que ce même auteur a encore exprimé sous cette autre forme plus connue: «_De minimis, non curat prætor_ (_le préteur_ [magistrat romain qui, dans les provinces, était investi de tous les pouvoirs] _ne s’occupe pas des détails_)»; maxime favorite de bien des paresseux et de bien des ignorants, portés à en faire l’excuse de leur paresse et de leur ignorance, par une application abusive et aussi une traduction fautive, pour être trop littérale, son vrai sens étant: Le préteur ne se laisse ni absorber ni arrêter par les détails, une fois sa décision prise et l’action en train.
26, +S. Paul+.--_Ep. aux Romains_, I, 22 et 23.
34, +Faustine+.--HÉRODIEN, IV.--C’est par ironie que Montaigne l’appelle «honneste femme»; ses débauches n’étaient ignorées, dans l’empire, que de Marc-Aurèle, son mari.
35, +Cheuremorte+.--Porter quelqu’un ainsi, c’est le porter sur le dos, ses bras entourant le cou, ses jambes, que l’on soutient, enserrant le corps de celui qui porte.
=282=,
9, +Offre+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.
10, +Douzaines+.--LA BRUYÈRE a exprimé la même pensée: «Faites donc seulement une goutte d’eau», dit-il, au lieu de: «Il ne sçauroit forger vn ciron»; seulement l’assertion de Montaigne est toujours vraie, tandis que les progrès de la science ont réduit à néant le défi de La Bruyère.
10, +Trismegiste+.--Hermès Trismégiste; personnage fabuleux que les Égyptiens et, d’après eux, les Grecs, regardaient comme le père de toutes les sciences, le législateur et le bienfaiteur de l’Égypte, et que l’on place dans le =XXe= siècle. Il existait sous son nom quarante-deux livres sacrés, appelés «livres hermétiques», confiés aux prêtres seuls et qui contenaient toute l’encyclopédie religieuse et scientifique des premiers temps de l’Égypte.
13, +Faire+.--_Asclepius dialog., ap._ APULEIUM.
17, +Animal+.--Animé.--CICÉRON, _De Nat. deor._, III, 13, 14; tous les arguments qui suivent sont tirés du même ouvrage, II, 6, 8, 11, 12, 16, etc.
=284=,
1, +Imbecillité+.--De faiblesse, d’imperfection.
8, +Desbastiment+.--Le théisme et l’athéisme, tous ces arguments pour et contre la divinité, se forgent...
10, +Estirons+.--Étendons, allongeons.
21, +Mont Senis+.--Montaigne cite ici le mont Cenis, au pied duquel il était passé en revenant d’Italie, comme représentant pour lui et vraisemblablement son époque, le point le plus élevé de la terre, bien qu’il n’ait que 3.600 m., tandis que son voisin le mont Blanc, sommet culminant de l’Europe, en a 4.800. Mais on s’inquiétait peu alors de ce dernier, perdu dans le massif des Alpes, non plus que de ces autres absolument inconnus, il y a à peine quatre-vingts ans: le Kilimandjaro (6.130 m.) en Afrique; le Sorata (7.900 m.), un des sommets des Andes dans l’Amérique du Sud; le Gaurizankar (8.840 m.) dans l’Himalaya, en Asie, la plus haute montagne du globe.--Quant à la profondeur des mers, on n’avait pas sur elle de données plus approchées; ce n’est également que depuis le siècle dernier qu’on a donné à cette étude une extension de laquelle il résulte qu’à l’heure actuelle la plus grande profondeur relevée se trouve dans l’océan Pacifique, en un point dénommé «Fosse du Néro», où a été constaté un fond de 9.650 m.
22, +Astrolabe+.--Instrument pour mesurer la hauteur des astres au-dessus de l’horizon.
27, +Temple+.--Le fait, rapporté par JOSÈPHE, _Ant. jud._, XVIII, 4, qui parle d’Anubis, au lieu de Sérapis, se passa en l’an 32, sous le règne de Tibère, qui fit crucifier les prêtres qui avaient pris part à ce sacrilège, détruire le temple, jeter la statue du dieu dans le Tibre et exila l’amoureux, lui accordant les circonstances atténuantes, en raison de la violence de son amour.
38, +Diuins+.--PLUTARQUE, _Romulus_, 3, qui donne Taruncius, qu’il nomme Tarucius, non comme un jeune homme, ce qui eût été plus généreux de la part du Dieu, mais comme un homme déjà fort âgé.
39, +Estoc+.--Des deux côtés, du côté paternel et maternel.--Estoc, ligne d’extraction, source d’une lignée, point auquel la lignée entière rapporte son commencement. NICOT.
=286=,
2, +Neptune+.--Platon descendait au sixième degré, par sa mère, de Solon qui, lui-même, tirait son origine de Neptune.
4, +Platon+.--PLUTARQUE, _Symposiaques_, VIII, 1, rapporte que, d’après une tradition, Apollon aurait apparu à Ariston, lui défendant d’avoir commerce avec sa femme, parce qu’elle était enceinte de son fait, et qu’elle accoucha le jour même de l’anniversaire de ce dieu, dont Platon était considéré comme étant fils. Voir aussi DIOGÈNE LAERCE, III, 2.--C’est le cas identique, à quatre siècles d’intervalle, à celui de Joseph et de Marie, au dire des saintes Écritures.
11, +Langue+.--Ce nom de «merlin» donné à ces enfants supposés nés du fait d’un enchantement, d’un miracle, est probablement une allusion au célèbre enchanteur de ce nom, qui vivait au Ve siècle et était issu, disait-on, d’une religieuse et d’un démon ayant pris forme humaine pour la circonstance, ce que l’Église (S. Cyprien, S. Augustin), et aussi la science (Ambroise Paré), ont longtemps admis; aussi, les tribunaux ecclésiastiques n’hésitaient-ils pas à pourchasser le démon en livrant au feu sa victime, pour la débarrasser de son persécuteur.
23, +Figure+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, I, 18.
26, +Xenophanes+.--EUSÈBE, _Prép. évang._, XIII, 13.
28, +Nous+.--Cette réflexion de Montaigne rappelle cette boutade de Fontenelle, répondant à quelqu’un disant devant lui que Dieu avait fait l’homme à son image: «Celui-ci, depuis, le lui a bien rendu.»
36, +Mangent+.--Dans tout ce passage, Montaigne, qui combat les idées de ceux qui estiment que tout a été fait pour l’homme, est en opposition complète avec SEBOND, ch. 97: «Le ciel te dit (à l’homme): Ie te fournis de lumiere le iour, à fin que tu veilles; d’ombre la nuict, à fin que tu dormes et reposes; pour ta recreation et commodité, ie renouuelle les saisons, ie te donne la fleurissante douceur du printemps, la chaleur de l’esté, la fertilité de l’automne, les froideurs de l’hyuer... L’air: Ie te communique la respiration vitale, et offre à ton obéyssance tout le genre de mes oyseaux. L’eau: Ie te fournis de quoy boire, de quoy te lauer. La terre: Ie te soutiens; tu as de moy le pain de quoi se nourrissent tes forces, le vin de quoi tu esiouis tes esprits, etc...»--BOSSUET, critiquant sur ce point la manière de voir de l’auteur des Essais et son mode de discussion, prend notamment à partie ce passage où il assimile l’homme à l’oison: «Les hommes voudraient se persuader qu’ils ne sont que corps, et ils aspirent à la condition des bêtes qui n’ont que leur corps à soigner; ils semblent vouloir élever les animaux jusqu’à eux-mêmes, afin d’avoir droit de s’abaisser jusqu’aux animaux et de vivre comme eux. Ils trouvent des philosophes qui les flattent dans ces pensées: Plutarque a fait des traités entiers sur le raisonnement des animaux qu’il élève, ou peu s’en faut, au-dessus des hommes; c’est plaisir de voir Montaigne faire raisonner son oie, qui, se promenant dans sa basse-cour, se dit à elle-même que tout est fait pour elle; que c’est pour elle que le soleil se lève et se couche; que la terre ne produit ses fruits que pour la nourrir; que la maison n’est faite que pour la loger; que l’homme lui-même n’existe que pour prendre soin d’elle et qu’enfin, s’il égorge parfois des oies, ainsi fait-il bien de son semblable!»
38, +Region+.--Un poète anglais a émis la même idée: «Le crabe, au fond de la mer, dit: Dieu est trop bon de me traiter aussi magnifiquement et de tant faire pour moi!»
=288=,
11, +Veteris+.--_Telluris iuvenes_, les Enfants de la Terre, appelés aussi les Titans, ou les Géants, êtres fabuleux, de taille colossale, qui tentèrent, en entassant Ossa sur Pélion (deux montagnes de la Grèce anc.), d’escalader le Ciel pour détrôner Jupiter, lequel, aidé d’Hercule, les terrassa et, les frappant de la foudre, précipita les uns dans les Enfers, et ensevelit les autres sous des montagnes volcaniques. _Myth._
17, +Tenet+.--Neptune avait construit les murs de Troie; mais le salaire convenu lui ayant été refusé, il se déclara contre elle, lors de la guerre qui éclata entre ses habitants et les Grecs; Junon avait également pris parti pour ces derniers par rancune du jugement de Pâris. V. _Lex._, Scæes.
22, +Territoire+.--HÉRODOTE, I, 172.
23, +Necessité+.--C.-à-d. la puissance des dieux est partagée et répartie suivant nos besoins; l’un guérit...--On peut en dire autant des saints de l’Église romaine où beaucoup sont particulièrement honorés dans certaines localités et certains invoqués dans des cas spéciaux comme, par exemple, S. Antoine de Padoue pour retrouver ce qui est égaré, pour ne parler que de l’un de ceux le plus en faveur de nos jours.
28, +Ponant+.--Occident; ce terme était fréquemment employé au XVIe siècle.
35, +Venerandus+.--Le texte d’Ovide ajoute _erat_, addition qui figure également sur la plupart des éditions modernes.
41, +Mille+.--Ce renseignement paraît tiré d’HÉRODOTE, _Opera et Dies_, 252; toutefois cet auteur n’en compte que trente mille; par contre, son assertion est tenue comme beaucoup trop faible, notamment par MAXIME DE TYR, qui dit qu’ils sont innombrables, et par VARRON.--On estime à vingt-cinq mille environ les saints de l’Église catholique.
=290=,
5, +Physiciens+.--Médecins. Cette dénomination leur était fréquemment donnée jadis dans les campagnes; elle leur est encore appliquée parfois, dit-on, en Angleterre. PAYEN.
9, +Chrysippus+.--PLUTARQUE, _Des communes conceptions_, etc., 27.
13, +Creten+.--Jupiter avait été secrètement élevé dans l’île de Crète, par les soins de sa mère et à l’insu de Saturne son père, auquel Titan, frère aîné de ce dernier, avait cédé le trône sous condition qu’il n’élèverait pas d’enfant mâle. _Myth._
18, +Fallitur+.--S. Augustin ajoute que Varron estimait que «là était tout le secret des politiques et des ministres d’état». Les choses ne semblent guère avoir changé depuis: l’homme le plus honnête, le plus courtois dans la vie privée, perd absolument toute notion de probité et de courtoisie dès qu’il est mêlé à la politique; de quelque parti qu’il soit, mentir, tromper, manquer à ses engagements, caser ses créatures, gaspiller les deniers publics, n’avoir d’autre règle en quoi que ce soit que son intérêt politique et cela impudemment, sans la moindre vergogne, sont pour lui une seconde nature; les débutants et les naïfs se transforment rapidement et inconsciemment de la sorte; et, dès lors, chez eux comme chez tous autres plus ou moins éhontés ou ayant déjà vécu dans cette atmosphère cela devient calcul et parti pris.
21, +Phaeton+.--Avait obtenu d’Apollon, son père, de conduire le char du Soleil; mais, l’entreprise étant au-dessus de ses forces, les chevaux mal dirigés s’emportèrent, la surface de la terre fut embrasée, les eaux desséchées, et Jupiter ne put mettre fin à ces désordres qu’en foudroyant l’imprudent conducteur.
25, +Fer, et+.--L’ex. de Bordeaux aj.: _auecq Anaxagoras_.--XÉNOPHON, _Memor._, IV, 7, 7; PLUTARQUE, _De Plac. phil._, II, 20.
26, +Dit-il+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, II, 22.
32, +Socrates+.--XÉNOPHON, _Mém. sur Socr._, IV, 7, 2.
34, +Polyænus+.--CICÉRON, _Acad._, II, 38.
37, +Xenophon+.--_Mémoires sur Socrate_, IV, 7, 6 et 7.
=292=,
1, +Perscrutent+.--Qui recherchent, scrutent; mot forgé par Montaigne, du latin _perscrutari_, chercher, rechercher avec soin, examiner à fond.
7, +Herbes+.--Montaigne semble dire que le soleil ne tue ni les plantes, ni les herbes; cela se produit dans certaines conditions. Pour ce qui est de la pierre qui, dit-il, «ne luit point au feu», on rend facilement incandescent aujourd’hui un caillou avec les hautes températures que l’on obtient avec le four électrique, et on ne peut pas plus fixer ces foyers de 3000° qu’on ne peut regarder fixement le soleil.
8, +Point+.--Ce n’est pas précisément sur les questions de science, auxquelles il était étranger, que la manière de voir de Socrate offre de l’intérêt; toutefois sur ce point particulier, lui et Montaigne sont bien dans le vrai. Certaines sciences, en effet, qui ont donné tout ce qu’elles pouvaient et auxquelles il n’y a pas d’intérêt réel à s’adonner davantage, sont encore pratiquées aujourd’hui: telles sont l’astronomie poussée à outrance et réduite à étudier la topographie de la lune et les taches du soleil, et ces explorations des régions polaires inabordables actuellement, suffisamment connues pour qu’on sache qu’il n’y a présentement aucun parti à en tirer. En citant l’astronomie transcendante, nous n’avons pas entendu y comprendre la météorologie, science bien autrement importante, dédaignée de sa grande sœur et presque encore en enfance.
24, +Ordo+.--Citation empruntée à la description du char du Soleil.
29, +Platon+.--_République_, X, 3.
34, +Acceptat+.--Ces vers, rapportés par le grammairien Valérius Probus, sont de Varron; leur reproduction n’est toutefois pas textuelle.--Les cinq zones dont il est ici question, environnant le monde, sont celles déterminées par les deux cercles polaires arctique et antarctique, et les deux tropiques du Cancer et du Capricorne; la bordure qui les traverse obliquement, c’est le zodiaque avec ses douze constellations. V. N. =I=, 254: _Aqua_.
=294=,
1, +Ainigmatique+.--Platon ne dit ni que la nature est une poésie, ni même qu’elle est énigmatique, ce qui néanmoins est de toute vérité; il dit simplement, à propos d’un vers d’Homère dont le sens est difficile à saisir, que «toute poésie est, de sa nature, énigmatique».
9, +Descousu+.--_Timon l’appelle, par iniure, grand forgeur de miracles_; addition de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.--Timon est un poète satirique, cité par DIOGÈNE LAERCE, dans sa _Vie de Platon_.
16, +Empruntée+.--Sous François II, Montaigne étant encore enfant, les hommes trouvèrent qu’un gros ventre donnait un air de majesté; les femmes s’imaginèrent aussitôt qu’il en serait de même d’un gros derrière: on eut alors de gros ventres et de gros derrières postiches et cette mode ridicule dura trois ou quatre ans. _Essais historiques sur Paris_, 1757.--Qu’est-ce autre chose qu’un de ces derrières postiches, généralement dans de fort modestes proportions, il est vrai, que cet ajustement, du nom de tournure, dont font usage nos femmes pour faire bouffer leurs robes?
19, +Epicycles+.--Cercles dont les centres se meuvent sur la circonférence d’un autre de plus grand diamètre. En faisant décrire aux planètes des orbites de cette nature, Ptolémée, astronome du IIe siècle, expliquait leurs mouvements et les irrégularités apparentes de ces mouvements.
20, +Astrologie+.--Du temps de Montaigne, on entendait par là l’astronomie.
22, +Subject+.--S. Hilaire de Poitiers dit que l’orgueil caché des prétendus sages les porterait, s’ils le pouvaient, à aller jusque dans le ciel, changer et corriger les mouvements des astres.--Alphonse, roi de Castille, auquel le système de Ptolémée déplaisait, disait qu’il se croyait de taille à donner de bons conseils à Dieu.
25, +Platon+.--Dans le _Timée_.
32, +Rauissement+.--Rétrogradation, trépidation, ascension sont autant de termes empruntés au système astronomique de Ptolémée, qui tenait la terre comme fixe et en faisait le centre du monde: reculement, ravissement y sont ajoutés par plaisanterie.
34, +Petit monde+.--En grec: microcosme.
39, +Ame+.--Quelques auteurs ont donné à l’homme deux âmes: l’une rationnelle, l’autre sensitive; Platon en compte trois. C. DE M.
=296=,
1, +Imaginaire+.--Une république, un gouvernement imaginaire.
9, +Condonons+.--leur concédons; mot francisé, par Montaigne, du latin _condonare_, accorder, pardonner, remettre.
21, +Pieds+.--PLATON, qui dans le _Théétète_ conte ce fait, dit seulement que Thalès, marchant les yeux levés vers le ciel pour contempler les astres, tomba dans un puits, et ne fait nullement intervenir sa servante comme cause de l’accident. Cela semble avoir fourni à LA FONTAINE le sujet de sa fable: «l’Astrologue qui se laisse tomber dans un puits», où il dit:
«Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir, Penses-tu lire au-dessus de ta tête?»
et encore:
«C’est l’image de ceux qui bâillent aux chimères Ce pendant qu’ils sont en danger, Soit pour eux, soit pour leurs affaires.»
24, +Plagas+.--Cette critique présentée par Montaigne, comme émise par Démocrite et reproduite par Cicéron, émane au contraire de celui-ci et est dirigée contre le premier.--Dans sa fable (liv. II, fabl. 13) LA FONTAINE reproduit cette citation: «Sans rien voir sur la terre, on se perd dans les cieux.»
27, +Platon+.--Dans le _Théétète_, là même où il est question de l’accident de Thalès.
42, +Congé+.--Autorisation, permission.
=298=,
6, +Faucée+.--Du latin _fauces_, entrée, avenue, défilé, brèche, pénétration.--Le sens de la phrase est: «Mais savoir comment une impression spirituelle peut exercer une action si intense sur la partie matérielle de l’homme, connaître la nature des rapports et de la connexité de ces admirables ressorts, jamais homme ne l’a fait.» De nos jours, les médecins, les physiologistes disent que c’est un effet de sympathie, ce qui signifie qu’ils n’en savent pas plus, à cet égard, que du temps de Montaigne.
8, +Sçeu+.--Les éd. ant. aj.: _comme dict Salomon_.
9, +Pline+.--_Nat. Hist._, II, 37.
9, +S. Augustin+.--_De Civ. Dei_, XXI, 10.
33, +Autre+.--L’autorité d’Aristote fut toute-puissante pendant des siècles, au point qu’en 1624, le parlement de Paris bannit de son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des thèses contre la doctrine de ce philosophe, et qu’il défendit à toute personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans ces thèses à peine de punition corporelle, et d’enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs approuvés, à peine de la vie; qu’en 1629, cette même cour édictait qu’on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d’Aristote, sans manquer à ceux de la théologie scolastique reçue par l’Église. BAYLE.
=300=,
1, +Diogenes+.--Diogène d’Apollonie. SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrr. hypot._, III, 4.