Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Part 85

Chapter 853,485 wordsPublic domain

28, +Sortables+.--Montaigne (liv. I, ch. XXXI, =I=, 378) blâme l’usage «de chercher à affermir et appuyer nostre religion par la prospérité de nos entreprises; nostre créance, ajoute-t-il, a assez d’autres fondemens, sans l’authoriser par les euenemens».

36, +Et+.--Add. des éd. ant.: _voylà pourquoi_.

39, +Excusable+.--Saint Paul, ayant reçu mission du Saint-Esprit de prêcher les Gentils, était à Athènes (51). Conférant avec quelques philosophes épicuriens et stoïciens sur les idées qu’il venait propager, ceux-ci le menèrent à l’Aréopage pour qu’il y exposât sa doctrine, et là il s’exprima de la sorte: «Athéniens, lorsqu’en passant je regardais les objets de votre culte, j’ai aperçu un autel avec cette inscription: Au dieu inconnu; ce Dieu que vous adorez sans le connaître, c’est lui que je viens vous annoncer.» _Actes des apôtres_, XVII, 23.

40, +Pres+.--Approcha la vérité de plus près, en traça une image plus fidèle.--Adombra, mot latin francisé par Montaigne, de _adumbrare_, imiter, représenter.

=252=,

5, +Numa+.--D’origine sabine, Numa vivait dans la solitude et avait quarante ans, quand les Romains l’appelèrent au trône. Pas une guerre ne troubla son règne, tout entier voué à la législation et aux institutions religieuses. Il fonda des temples, donna des lois écrites, régularisa l’année qui jusque-là n’avait que dix mois et à laquelle il en donna douze, et répartit le peuple en corps de métiers. Pour faire adopter ses institutions, il feignait des révélations d’Egérie, nymphe révérée des Romains comme déesse des fontaines. Certains critiques modernes pensent que Numa n’a pas existé et qu’il n’est que la personnification de la législation religieuse et civile des Romains.

20, +Effect+.--La religion de Confucius observée en Chine est la religion des lettrés, ses pratiques extérieures ne sont que des formalités traditionnelles qui au fond lui sont étrangères; de fait, elle reconnaît un Dieu suprême, n’a ni dogmes, ni culte, ni prêtres, consiste uniquement en principes de morale qui ne le cèdent en rien à ceux de la religion chrétienne, et est peut-être celle qui se rapproche le plus de la religion idéale philosophique. Mais Montaigne est dans le vrai quand il estime qu’il faut aux peuples une religion qui les saisisse; et l’Église catholique avec son unité, le principe de l’amour du prochain qui en est la base essentielle, les espérances si consolantes, si bien conçues, pour aider l’homme à lutter contre ses mauvais instincts, à le soutenir contre les adversités auxquelles chacun est ou se croit plus ou moins en butte ici-bas, la confession qui lui rend la paix de la conscience quand il l’a perdue, ses cérémonies répétées, si bien ordonnées, tout à la fois simples et grandioses, si propres à saisir l’imagination et en même temps accessibles à tous, est incontestablement sous ce rapport la plus parfaite de toutes, lorsque ses ministres s’abstiennent de l’intolérance si peu dans l’esprit du Christ, si compatissant au contraire pour toutes les faiblesses humaines, à laquelle certains ont quelque propension et qui, à d’autres époques, en ont terni l’histoire.

D’une façon générale la religion qui répond à un des besoins essentiels de l’humanité (car à qui a la foi, elle donne un but à la vie), est un soutien et une consolation dans ses épreuves, en est aussi l’agent moralisateur par excellence, et personne jusqu’ici n’a rien trouvé en approchant qui comme efficacité soit de nature à lui être substitué. «S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer», a-t-on dit de Dieu; on peut en dire autant de la religion, et bien aveugles sont ceux qui le nient, bien criminels ceux qui la combattent. Si son action est bienfaisante, et en conscience le contraire n’est pas soutenable, qu’importe ce que sont ses dogmes et ses mystères! ses ennemis au nom de la raison les taxent de superstition, de mystifications, peut-être, mais qu’opposer à ce fait qu’il y a parmi les croyants autant d’intelligences supérieures que parmi ceux qui ne le sont pas?

De nos jours ces derniers, l’emportant dans les conseils du Gouvernement, dans l’espoir de la saper, après en avoir chassé les Congrégations religieuses enseignantes et hospitalières dont, à juste titre, ils redoutaient l’influence pour le triomphe de leurs idées, sont, dans leur aveuglement, arrivés à faire prononcer en France la séparation de l’Église et de l’État. Envisagée à ce seul point de vue, c’est là une lourde faute politique: l’État y perd la main-mise sur le clergé, qu’il avait du fait du Concordat; après quelques années d’épreuve, l’Église, devenue indépendante, sera plus forte que jamais, et aura acquis de pouvoir jouer un rôle politique considérable alors qu’auparavant elle n’en avait aucun. Quel sera ce rôle? Il est douteux qu’elle entre dans le jeu de ceux qui ne rêvent que sa ruine; conservatrice par essence, elle apportera aux conservateurs un point d’appui qui leur fait actuellement défaut, et son action pourra devenir prépondérante si elle a la sagesse de ne s’inféoder plus particulièrement à aucun des partis (monarchiques ou républicains) de cette nuance. Il lui suffira, pour cela, qu’après avoir, par les moyens dont elle dispose, fait de la propagande et stimulé le zèle électoral de tous ses fidèles, restant neutre entre tous les partis conservateurs jusqu’après le premier tour de scrutin, de propos délibéré elle agisse au second tour, avec toute son énergie, exclusivement en faveur de celui d’entre eux, quel qu’il soit, qui, au premier, aura obtenu la majorité, lui ralliant tous ceux sur lesquels son influence a action.

20, +Celles+.--Des divinités.--Dans les éd. ant. cette phrase suit immédiatement celle où il est parlé de la divinité inconnue à Athènes, ce qui explique l’interruption d’idée que le texte présente.

21, +Requis+.--Add. des éd. ant.: _pour la conception du peuple_.

23, +Soleil+.--De toutes les idolâtries, celle du soleil passe pour la plus ancienne, et, comme le dit Montaigne, c’est la plus naturelle. Encore au VIIe siècle, les Perses adoraient le Soleil; son culte, d’où découle celui du feu observé par les sectateurs de Zoroastre, subsiste encore en certains lieux de l’Asie centrale; dans le nouveau monde les Péruviens, les Natchez le pratiquaient; par contre les Hottentots adoraient la Lune.

42, +Thales+.--Cette analyse de la théologie païenne est extraite surtout de CICÉRON, _De Nat. deor._, I, 10, 11, 12, etc.

=256=,

1, +Iupiter+.--Ou Zeus; le dieu suprême, père et maître des dieux et des hommes chez les Romains, comme chez les Grecs. Il était fils de Saturne et vainquit les Titans qui avaient détrôné son père qu’il rétablit sur le trône, et qu’il renversa lui-même plus tard, pour se partager l’empire du monde avec ses frères Neptune et Pluton, donnant au premier les mers, au second les enfers, et se réservant le Ciel et la Terre. Il épousa sa sœur Junon, dont le caractère altier lui causa bien des ennuis, et eut une foule de maîtresses tant parmi les déesses que parmi les mortelles. Vulcain, Bacchus, les Muses, Apollon et Diane, Mercure, Hercule, Minerve et nombre d’autres étaient ses enfants. Il est représenté sur un trône, tenant d’une main un sceptre, de l’autre lançant la foudre; à ses pieds un aigle déployé. Le chêne lui était consacré; ses temples les plus célèbres étaient ceux de Dodone et d’Olympie en Grèce, d’Ammon en Libye et le Capitole à Rome.

19, +Genus+.--ENNIUS, cité par CICÉRON, _De Divinat._, II, 50.

23, +Miennes+.--Les mœurs et les idées qui diffèrent des miennes.

32, +L’ancienneté+.--Les éd. ant port.: _car d’adorer celles de nostre sorte, maladiues, corruptibles et mortelles, comme faisoit toute l’ancienneté, des hommes qu’elle auoit veu viure et mourir, et agiter de toutes nos passions_, au lieu de: «Parquoy... ancienneté».

33, +Discours+.--C’est ce que même la faiblesse de notre raison ne peut excuser.

=258=,

20, +Isis+.--Sérapis, dieu égyptien en lequel ses adorateurs voyaient le dieu suprême, celui qui ressuscite et donne la vie et la santé; on l’identifie parfois avec Osiris, et il semble que ce soit le cas de Montaigne. Isis était sœur et femme d’Osiris; l’Égypte célébrait en son honneur des mystères qui se répandirent dans la Grèce et l’Italie.--En réalité Osiris et Isis, avant d’être déifiés, auraient été, croit-on, des souverains qui avaient régné sur l’Égypte et y avaient fait fleurir l’agriculture; le bœuf Apis, qui y était adoré, semble n’avoir été qu’un emblème rappelant ce règne bienfaisant.

23, +Varro+.--Cité par S. AUGUSTIN, _De Civ. Dei_, XVIII, 5.

26, +Cicero+.--_Tusc._, I, 26.

33, +Pluton+.--Ou plutôt prairie où, suivant Platon, au sortir du corps, toutes les âmes vont séjourner plus ou moins longtemps d’après ce qu’ont pu rendre nécessaire, pour se purifier, leurs faits et gestes en ce monde. Deux chemins en partent: l’un conduit au Tartare (partie de l’Enfer des anciens où les méchants subissaient la peine due à leurs crimes), l’autre aux îles fortunées; c’est en somme la conception, sous une forme plus anodine, du Purgatoire de la religion chrétienne. Plutarque appelle de ce même nom et donne cette même affectation à l’espace entre la terre et la lune, où, suivant lui, les âmes viennent après la mort et d’où, après une pénitence suffisante, celles des bons se rendent dans les régions visibles de la lune, et celles des méchants dans les régions invisibles.

=260=,

17, +Ce qu’elle peut+.--Var. des éd. ant.: _nous sçauons la foiblesse et incapacité de nos forces_.

29, +S. Paul+.--_Lettre aux Corinthiens_, I, 2, 9, d’après ISAIE, LXIV, 4.

35, +Hector+.--Participa avec gloire au siège de Troie où il soutint de nombreux combats contre les plus redoutables guerriers grecs; tua plusieurs de leurs chefs, entre autres Patrocle, l’ami d’Achille, et périt lui-même sous les coups de ce dernier, sorti de son inaction pour venger son ami. Achille vainqueur attacha son cadavre à son char et le traîna trois fois autour des murs de la ville; il consentit cependant à rendre ce corps à Priam venu pour l’implorer; ces faits et la colère d’Achille qui les a précédés sont le sujet principal de l’_Iliade_.

=262=,

4, +Ny que... nous+.--Var. des éd. ant.: _et qu’il souffre pour luy? et_.

12, +Premier+.--PLINE, _Nat. Hist._, X, 2.--Le phénix était un oiseau fabuleux qui, suivant les anciens, était unique en son espèce, vivait plusieurs siècles, se faisait périr sur un bûcher et renaissait de ses cendres.

40, +Luy+.--Selon l’expression du pape S. Calixte et de S. Augustin que le concile de Trente a adopté, «Dieu couronne ses dons, en couronnant nos mérites».

43, +Faillir+.--«Pourquoi nous as-tu fait fourvoyer, ô Eternel, hors de tes voyes, pourquoi as-tu estrangé nostre cœur de ta crainte?» ISAIE, _traduction de Calvin_.

=264=,

14, +Plutarque+.--Dans le traité: _Pourquoi la justice divine diffère quelquefois la punition des maléfices_, 4.

20, +Cognoissance+.--De nos jours, on n’hésite cependant pas, en France, à faire de pareils gens ministres de la guerre et de la marine et eux-mêmes ne doutent pas un instant être à hauteur de leur tâche et les voilà jouant avec la plus entière conviction le rôle de la mouche du coche, avec cette différence toutefois que leur action, moins anodine, s’exerce surtout sur le personnel qu’ils bouleversent, sans la moindre conscience, au gré de leurs passions politiques. Pour le reste, la machine, il est vrai, continue à fonctionner en vertu de la vitesse acquise; les conséquences de leur direction nulle ou néfaste ne se font sentir qu’à la longue, alors qu’en a déjà disparu la cause; mais le mal est fait, l’aiguillon demeure dans la plaie! Puissent les événements, par de trop cruelles épreuves, ne pas ouvrir trop tardivement nos yeux sur le danger que présentent pour le pays ces atteintes flagrantes au bon sens.

29, +Sempronius+.--En =196=.--TITE-LIVE, XLI, 16.

32, +Minerue+.--TITE-LIVE, XLV, 33. A Amphipolis, en =168=, lors des fêtes données pour célébrer la défaite de Persée et la pacification de la Grèce; mais les armes seules des ennemis furent brûlées, les autres dépouilles furent envoyées à Rome et les masses de numéraire, lingots et objets d’orfèvrerie versés au Trésor étaient si considérables que les citoyens romains ne payèrent plus, dit-on, d’impôt jusqu’à l’an =44=, c.-à-d. pendant plus d’un siècle.

35, +Aussi+.--«A l’embouchure de l’Indus, Alexandre s’avança au delà et en pleine mer sacrifia aux dieux et précipita dans les flots les taureaux immolés à Neptune et les coupes d’or qui ont servi aux libations, demandant aux dieux de protéger le voyage que Néarque va entreprendre dans le golfe Persique.» ARRIEN, VI, 19.--Aucun historien ne parle des sacrifices humains ou boucheries d’hommes, que lui prête Montaigne.

40, +Vmbris+.--Pallas, fils d’Évandre, roi du Latium, allié d’Énée, ayant été tué par Turnus, roi des Rutules, que la jalousie avait armé contre ce dernier, celui-ci, après lui avoir fait de magnifiques funérailles, comprenant les sacrifices dont il est ici question, vengea sa mort en tuant Turnus. Ce sujet est le thème des six derniers livres de l’_Énéide_.

=266=,

1, +Getes+.--HÉRODOTE, IV, 94.

10, +Amestris+.--PLUTARQUE, _De la superstition_, 13; HÉRODOTE, VII, 114.--Amestris était la femme et non la mère de Xerxès; celle-ci était Atossa, fille de Cyrus.

14, +Themixtitan+.--Ou plutôt Tenuxtitlan, pris souvent pour une divinité, est l’ancien nom de Mexico; ce nom de Mexico (source d’eau) n’était alors lui-même que celui d’une partie de la ville, les Espagnols l’ont appliqué à la ville entière.

16, +Innocence+.--Ces sacrifices humains, d’enfants et autres, étaient fréquents chez les Mexicains; en une seule fois, rapportent les chroniques, auraient été immolés douze mille prisonniers de guerre. Au début de la conquête, des blancs, faits prisonniers ou dont les indigènes s’étaient emparés par surprise, furent sacrifiés de la sorte. Dans certains temples, on nourrissait parfois une année durant, un esclave qui représentait l’idole principale et qui, après avoir joui tout ce temps de l’adoration, était sacrifié à la fin de son règne. HERRERA et autres.

18, +Carthaginois+.--PLUTARQUE, _De la superstition_, 13.

22, +Lacedemoniens+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_, vers la fin.

25, +Gratifier+.--Add. des éd. ant.: _l’ouurier par la ruyne de son ouurage, et_.

27, +Coulpables+.--Préserver les coupables de la peine qu’ils avaient méritée.

30, +Commises+.--V. N. =I=, 24: Dueil.

33, +Et ces... ennemis+.--Var. de 88: _Et que Decius pour acquerir la bonne grace des dieux, enuers les affaires Romaines, se brulast tout vif en holocauste à Saturne, entre les deux armées_.

33, +Decius+.--Décius, consul romain, dans une bataille qu’il livra aux Latins, se voua aux dieux infernaux, sur la foi d’un oracle, pour assurer la victoire à son armée, et se jetant au milieu des rangs ennemis, y périt sous leurs coups (=341=). Son fils et son petit-fils imitèrent son dévouement: le premier, dans une bataille livrée aux Samnites (=295=); le second, dans la guerre contre Pyrrhus (=279=).--Codrus, le dernier roi d’Athènes, se sacrifia de même dans une guerre contre les Ioniens, un oracle ayant déclaré que l’avantage demeurerait à celui des deux peuples dont le chef serait tué (=1132=).

=268=,

9, +Poisson+.--HÉRODOTE, III, 41 et 42.--La mauvaise fortune que Polycrate avait si infructueusement tenté de conjurer, finit par l’atteindre: alors qu’il méditait la conquête de l’Ionie, il fut pris par trahison et mis en croix (=524=).

11, +Mahometans+.--Les Corybantes étaient les prêtres de Cybèle dont ils célébraient le culte, de la façon la plus bruyante et la plus désordonnée, hurlant et allant jusqu’à se déchirer dans leurs accès de frénésie (V. N. =II=, 594).--Les Ménades ou Bacchantes célébraient le culte de Bacchus, leur dieu, par des orgies où elles se livraient à des transports furieux de même ordre.--De nos jours encore, chez les Mahométans, les Aissaoua en Afrique, les Fakirs en Orient et surtout dans les Indes, se soumettent aux jeûnes les plus austères et aux tortures les plus affreuses pour mériter la félicité éternelle et la vénération de leurs coreligionnaires.

20, +Mastiner+.--C.-à-d. de mutiler son corps, le rendre incapable des fonctions qui lui appartiennent, fonctions purement matérielles et soumises par leur nature à la direction de l’âme, et cela pour épargner à celle-ci...

33, +Interest+.--Préjudice.

=270=,

2, +Cela+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 117.

26, +Seiour+.--Sans jamais se reposer.

32, +Attaquent+.--Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: _attachent_.

=272=,

14, +L’asseure+.--Dans le _Timée_.

23, +Epicurus+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 85.

29, +Ceres+.--Bacchus répandit, parmi les hommes, la culture de la vigne; Cérès leur enseigna l’agriculture.

29, +Herodote+.--Les dires qui suivent sont tirés de Pline, VII et VIII, et d’Hérodote, III et IV; mais, en les rapportant, ils ne les présentent que comme des on-dit, et déclarent en même temps ne pas y croire; Pline ajoute même que, si on les admettait, il faudrait également ajouter foi à tous les contes dont la fausseté a été avérée depuis tant de siècles.

34, +Pates+.--Pline estime que ce doit être une espèce de singes.

40, +Feu+.--Dans les îles Mariannes, dans le Grand Océan, découvertes par Magellan en 1521, les habitants, outre quantité de choses que nous croyons nécessaires à la vie, qui leur manquaient, n’avaient jamais vu de feu; ils ignoraient également qu’il y eût d’autres terres et se regardaient comme les seuls hommes qui fussent dans l’univers.

41, +Noire+.--Un curieux et habile anatomiste, dit Hérodote, m’a assuré que le fait était absolument faux.

42, +Hommes+.--Il est vraisemblable que ces transformations étaient produites tout simplement parce que ces gens se vêtissaient une partie de l’année de peaux de loup et de cheval.

43, +Plutarque+.--Dans son traité _De la face de la Lune_; PLINE, VII, 2.

44, +Odeurs+.--Plutarque en effet, et Pline avec lui, parlant sur la foi de Mégasthène, disent qu’à l’extrémité des Indes, près des sources du Gange, il y a une peuplade qui n’a point de bouche, ce qui les fait nommer «Astômes»; ils sont tout velus, et ne mangent ni ne boivent; ils font brûler une certaine racine qui se trouve dans le pays et se nourrissent du parfum qui s’en exhale, qu’ils respirent par les narines.

=274=,

14, +N’auoit+.--Add. des éd. ant.: _ny force, ny cognoissance_.

16, +Noire+.--CICÉRON, _Acad._, II, 23 et 31; GALIEN, II, 1; LACTANCE, _Div. Instit._, III, 23; etc. Dans des temps plus rapprochés, un Allemand, VOIGT, a publié aussi une dissertation _Adversus alborem nivis_ (_contre la blancheur de la neige_).

18, +Dire+.--CICÉRON, _Acad._, II, 23; SEXTUS EMPIRICUS, _Hyp. Pyrrh._

21, +Ἔστι+.--Citation que Montaigne a fait précéder de sa traduction.--Cette pensée d’Euripide a été utilisée, comme forme et comme fond, par Arnobe, Descartes, Bossuet, Pascal et d’autres: «Ce que l’on appelle veiller (être éveillé), n’est peut-être qu’une phase du sommeil perpétuel.» ARNOBE.--«Qui sait si cette autre partie de la vie où nous pensons veiller, n’est pas un autre sommeil, peu différent du premier.»

24, +Eloise+.--Eclair. Le mot est encore employé couramment dans les campagnes du S.-O. de la France; vient du latin _elucere_, briller, comme le mot éclair lui-même.

29, +Melissus+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 24.

32, +Protagoras+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 51; SÉNÈQUE, _Epist._ 99.

35, +Mansiphanes+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 88.--Est mis ici, par erreur de typographie, pour _Nausiphanez_, rectification que porte l’ex. de Bordeaux.

=276=,

2, +Comprins+.--CICÉRON, _Acad._, II, 37; SÉNÈQUE, _Epist._ 88.

3, +Il m’a+.--Dans les éd. ant. ce passage commence par cette précaution oratoire: _Ie ne sais si la doctrine Ecclesiastique en iuge autrement, et me soubs-mets en tout et par tout à son ordonnance, mais il m’a_.

11, +Grammariens+.--C.-à-d. viennent du fait des grammairiens; sont «question de mots», dirions-nous aujourd’hui.--Cette influence omnipotente de la grammaire, MOLIÈRE, dans _Les femmes savantes_, la signale de la sorte:

«La grammaire qui sait régenter jusqu’aux rois, Et les fait, la main haute, obéir à ses lois.»

«Quelque étrange que cette assertion puisse paraître, dit de son côté Mgr DUPANLOUP, _Discours de réception à l’Académie française_, je ne crains pas d’affirmer que la grammaire et le dictionnaire sont deux colonnes de la raison et de la société humaine.»

16, +Hoc+.--Mot latin qui signifie «ceci», et par lequel commence la formule de la consécration dans le sacrement de l’Eucharistie: «_Hoc est corpus meum_ (ceci est mon corps).»--Allusion de Montaigne à la querelle sur ce point des catholiques et des protestants, ceux-ci niant la transsubstantiation, autrement dit le changement qui s’opère en ce moment du pain et du vin en la substance même du corps et du sang de N.-S. Jésus-Christ.

BOILEAU, dans sa Satire XII, _Sur l’Équivoque_, qui traite précisément de la diversité des interprétations auxquelles prête le langage (satire qui fut frappée d’interdit et ne parut qu’après la mort de l’auteur), celui-ci faisant allusion aux disputes religieuses soulevées au IVe siècle, entre les orthodoxes disant que le Fils est de même substance que le Père «_homousios_», et les Ariens soutenant qu’il est d’une substance semblable «_homoiousios_», mots qui ne diffèrent que par la diphtongue _oi_, qui manque dans le premier et se trouve dans le second, a dit:

«Et l’Eglise elle-même eut peine à s’en sauver... Lorsque attaquant le Verbe et sa divinité, D’une syllabe impie, un seul mot augmenté Remplit tous les esprits d’aigreurs si meurtrières Et fit du sang chrétien couler tant de rivières!»

Il avait d’abord écrit:

«Tu fis dans une guerre et si triste et si longue, Périr tant de chrétiens, martyrs d’une diphtongue.»

21, +Donc+.--C’est le raisonnement désigné en scolastique sous le nom de «Sophisme du menteur», attribué par les uns à Zénon (CICÉRON, _Acad._, II, 29; AULU-GELLE, XVIII, 2; etc.), par d’autres à Épaminondas, et qui a été le sujet de discussions innombrables: «Tu dis que tu es un menteur; si tu dis vrai, tu mens; si tu mens, tu ne dis pas vrai; donc tu n’es pas un menteur.»