Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 74
4, +Esperable+.--On meurt de vieillesse, ou pour mieux dire d’usure, à tout âge, suivant le degré de force vitale que l’on a reçue en naissant, et les épreuves survenues postérieurement. Toutefois on peut admettre qu’aucune autre cause de mortalité n’intervenant, ce degré de force est normal, quand il fait durer l’homme jusqu’à 70 ans, et a fortiori au delà. Les tables de mortalité de Duvillard établissent que sur un million d’êtres humains qui viennent au monde viables: 117.000 arrivent à l’âge de 70 ans; 35.000 à celui de 80 ans; 4.000 à 90; 207 à 100; 1 à 109; aucun à 110.--Des cas de longévité plus considérable sont cependant accusés, même en assez grand nombre, dans les temps reculés, mais seule la tradition les rapporte et nous n’avons rien qui permette de les contrôler. Les plus saillants sont, d’après la Bible: Adam, qui vécut 930 ans; Mathusalem, 969; d’après les auteurs profanes: la Sibylle d’Erythrée, 1000 ans; Épiménide, en Crète, 157 ans. On cite aussi, et celui-là avec un certain caractère d’authenticité, le cas d’un Anglais, qui serait né en 1483 et mort en 1651, ayant vécu 169 ans; dix rois, dans ce laps de temps, se sont succédé sur le trône d’Angleterre.
19, +Durer+.--Les chances théoriques, mais non effectives, que nous avons d’arriver à tel ou tel âge, varient suivant celui auquel nous sommes parvenus. Ces chances sont actuellement assez exactement déterminées par les tables de mortalité: Montaigne, par exemple, qui avait quarante-deux ans, quand, vers 1574, il écrivait ce chapitre, avait plus de chances de longévité, infirmités à part, que lorsque, n’ayant que trente-neuf ans, il écrivait le ch. XIXe de ce même livre. V. =I=, 112 et N. Autant.--Toutefois ces indications, résultat de statistiques, qui vont acquérant de jour en jour plus d’exactitude, ne sont pas immuables; elles accusent un accroissement constant de longévité. La vie moyenne qui, avant la Révolution, était de 29 ans, semble, en France, être de 46 ans (45 pour les hommes, 47 pour les femmes), grâce surtout aux mesures prises pour la conservation des nouveau-nés et des enfants en bas âge, aux progrès de l’hygiène et à une plus grande préoccupation de l’homme pour sa conservation, quelque peu aussi à l’avancement des sciences médicales, mais ce, il faut bien le dire, au détriment de la santé, de plus en plus compromise par le maintien à l’existence, à force de soins et de précautions, d’individus chétifs et perpétuellement souffreteux; la sélection qui s’opérait jadis, se faisant moins bien aujourd’hui, ils vont transmettant à ceux qu’ils engendrent les tares dont ils sont eux-mêmes affectés, que viennent aggraver à chaque génération le surmenage intellectuel et physique, moins d’exercices fortifiants, moins de grand air, l’abus de l’alcool, les excès et la continuité des jouissances de toute nature, et aussi les falsifications de plus en plus nombreuses et nocives des denrées alimentaires. En somme, la durée de la vie humaine s’accroît, mais à tous les âges on se porte notablement plus mal; est-ce progrès?
25, +Trente ans+.--SUÉTONE, _Auguste_, 12.--Les lois fixaient chez les Romains l’âge de 31 ans pour l’obtention de la questure; 37, pour l’édilité; 40, pour la préture; 43, pour le consulat; mais on accordait souvent des dispenses, témoin Scipion Émilien postulant le consulat et répondant à quelqu’un qui lui objectait qu’il n’avait pas l’âge: «Je l’aurai, si je suis nommé.» En =81=, Sylla fit rendre une loi complémentaire interdisant de commander une armée avant d’être questeur, et consul avant d’en avoir commandé une; et elle interdisait d’être nommé une seconde fois à une même charge avant deux ans d’intervalle.
27, +Guerre+.--AULU GELLE, X, 28.
28, +Seiour+.--Repos, retraite.
32, +Cettuy-ci+.--Auguste, dont il vient d’être parlé.
34, +Trente+.--Cette émancipation des souverains est générale, et partout on les voit exercer le pouvoir royal à un âge où, simples particuliers, ils ne pourraient gérer leurs propres intérêts. Il semble qu’il y ait pour la gestion des affaires publiques des grâces d’état, car indépendamment de cette anomalie, en partie justifiée par l’éducation spéciale dont ces princes sont l’objet, combien de nos hommes politiques gèrent les nôtres, qui, au su et connu de tout le monde, ne savent pas gérer les leurs et auxquels nous ne confierions pas nos intérêts privés; que les incrédules aillent se renseigner, auprès des trésoriers de nos deux Chambres, sur les oppositions dont sont l’objet les traitements, au début de leurs mandats, de nos députés et sénateurs.
35, +Estre+.--Montaigne se prononce ici pour l’émancipation complète de l’homme à 20 ans. De son temps, les coutumes, sur ce point, étaient variables; cependant, en général, la majorité légale était, à peu près partout, fixée à 21 ans, mais les droits qu’elle concédait étaient restreints; la majorité parfaite, qui seule permettait de disposer des immeubles, n’avait lieu qu’à 26 ans. Depuis la Révolution, sauf sous le rapport du mariage, exception dont se poursuit l’abrogation, on est absolument hors tutelle à 21 ans.
37, +Arre+.--Arrhe, marque, témoignage.--PHILIPPE DE COMINES dit de même: «Il faut noter que tous les hommes qui jamais ont été grands et fait de grandes choses, ont commencé fort jeunes; cela tient à l’éducation, ou vient de la grâce de Dieu.»
=598=,
29, +Tard+.--Les éd. ant. port.: _longtemps_.
[F.427] LIVRE SECOND
CHAPITRE PREMIER.
=600=,
6, +Venus+.--Son audace et son intrépidité dans les dangers l’avaient fait tout d’abord appeler «fils de Mars»; mais, par la suite, ses actions ayant témoigné des qualités tout opposées, on l’appela «fils de Vénus». PLUTARQUE, _Marius_, à la fin.
8, +Chien+.--Boniface VIII, d’un caractère tout à la fois fin, impérieux et violent, eut de vifs démêlés avec l’empereur d’Allemagne et surtout avec le roi de France Philippe le Bel, parce qu’il voulait élever la puissance spirituelle du pape au-dessus de la puissance temporelle des souverains. Arrêté par ordre du roi de France qui voulait le faire juger par un concile, il fut délivré quatre jours après par le peuple; mais, tombé malade, les uns disent par suite des mauvais traitements qu’il avait subis, de dépit suivant d’autres, il mourut (1303).--Le Dante, qu’il avait voulu faire périr, l’a placé dans son enfer.
12, +Mort+.--SÉNÈQUE, _De Clementia_, II, 1.--Quand Néron fit cette réponse à Burrhus, préfet du prétoire, qui lui présentait à signer la condamnation de deux voleurs, il était jeune, venait à peine d’être élevé au pouvoir, n’était pas encore corrompu par la toute-puissance et les flatteurs de son entourage, et son caractère atrocement cruel ne s’était pas encore révélé.
18, +Potest+.--L’éd. de 80 aj.: _C’est vn mauuais conseil qui ne se peut changer_ (traduction de la citation qui précède).
=602=,
6, +Iuges+.--C.-à-d. que les juges les plus hardis n’ont pu porter sur son caractère un jugement sûr et arrêté.
12, +Ancien+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 20.
17, +Mesure+.--Certains vices peuvent faire naître des qualités: l’avarice produit la sobriété; la peur, la prudence; la défiance, l’ordre; l’orgueil, la charité.
21, +Constance+.--«La prudence est le principe de toutes les vertus; le courage en est la perfection; l’une nous enseigne la route, l’autre nous y affermit.» DÉMOSTHÈNE, dans le _Discours funèbre_, qui lui est attribué, sur les guerriers morts à Chéronée.
29, +Couche+.--Le caméléon, petit lézard inoffensif qui a une couleur grisâtre assez mal définie qui lui est propre, mais dont la nuance change sous l’effet de la présence des objets ambiants dont, par reflet, il prend la coloration.
=604=,
6, +Librement+.--Certains ont vu là une réfutation embryonnaire du libre arbitre attribué à l’homme qui ferait librement ce qu’il veut, mais qui invinciblement, fatalement serait astreint à vouloir telle chose, plutôt que telle autre, ce qu’en d’autres termes on nomme la carte forcée.--La phrase elle-même est traduite de SÉNÈQUE, _Epist._ 52.
12, +Mourir+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 83.--Élien prête ce mot à Platon.
12, +Discours+.--Cette phrase est la suite de celle qui finit trois lignes plus haut par ces mots: des choses aux autres. La phrase intermédiaire, qui n’est point dans les éditions antérieures, rompt la liaison des idées, cas assez fréquent dans les Essais.
14, +Touché+.--C.-à-d. celui qui a posé le doigt sur une des touches d’un clavier, les fait résonner toutes.--On donnait autrefois le nom de marches aux touches des clavecins, des orgues, etc.
19, +Estat+.--C.-à-d. les désordres engendrés par les guerres civiles de l’époque.
29, +Lucrece+.--Femme romaine, épouse de Tarquin Collatin. Violée par Sextus, fils de Tarquin le Superbe, roi de Rome, elle fit l’aveu de son malheur à ses proches et se tua sous leurs yeux, en demandant vengeance (=509=); ce fut l’occasion du renversement de la royauté et de l’établissement de la République.
30, +Non si difficile+.--_Bonne et amiable_ (var. de l’éd. de 80).
32, +Pointe+.--C.-à-d. quand vous n’aurez pu réussir à obtenir les faveurs de votre maîtresse.--Certains pensent qu’il y a ici une faute d’impression, qu’il faut «sailly» au lieu de failly (l’ s initial et l’ f ne différant dans les caractères d’imprimerie de l’époque que par le trait horizontal que celle-ci porte en son milieu); le sens serait alors: Parce que vous aurez satisfait votre maîtresse. Ceux qui en tiennent pour cette version, s’appuient sur le membre de phrase qui précède: «Comme dit le compte», que l’on croit être la _deuxième nouvelle de la troisième journée_ de BOCCACE, intitulée «Un Palefrenier», où il est question d’un homme de cet état, qui s’introduit près de la reine des Lombards avec laquelle il couche, celle-ci s’imaginant, avant comme après, qu’elle a affaire à son mari.
34, +Heure+.--VOLTAIRE a exprimé la même idée:
«Et l’amant maltraité prend souvent pour vertu Les fiers dédains d’un cœur qu’un autre a corrompu.»
38, +Froidement+.--Var. des éd. ant.: _lâchement_.
=606=,
1, +Vie+.--PLUTARQUE, _Pélopidas_, 1.
17, +Englouti+.--En 1456, pendant les opérations se rapportant au siège de Belgrade, défendu par Hunyade et où échoua Mahomet II qui y fut blessé et faillit y être fait prisonnier.
20, +Lendemain+.--Les Espagnols ne disent pas d’un homme qu’il est brave, ils disent qu’il fut brave tel jour.
24, +Autre+.--_Lasche_, port. les éd. ant.
29, +Simple+.--Ce composé d’idées contraires qu’est l’homme est constaté par les philosophes de tous les temps, et bien souvent a été donnée en explication l’existence en lui de deux âmes, l’une végétative gouvernant l’organisme, l’autre intellectuelle; cette doctrine a même été condamnée en divers conciles et en dernier lieu et d’une manière formelle dans le concile œcuménique de Latran en 1513.--Pascal, d’après Montaigne, a dit comme lui, copiant même ses expressions: «Suyvons nos mouvements, observons-nous nous-mêmes et voyons si nous n’y trouverons pas les caractères vivants de ces deux natures. Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple? Cette duplicité de l’homme est si visible, qu’il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes, une seule leur semblant incapable de telles et soudaines variétés d’une présomption démesurée à un horrible abattement de cœur.»--Bacon l’admet: «L’une d’ordre divin, l’autre matérielle.»--En tout cas, il y a bien incontestablement en nous deux principes, celui du bien et celui du mal, qui, au début, sont en conflit continu; leur degré de puissance n’est pas le même chez tous, non plus qu’à tous moments chez un même individu, et suivant que l’un ou l’autre l’emporte, nous agissons bien ou mal. L’homme vertueux est celui qui d’ordinaire triomphe de la tentation, et, à la longue, cela lui devient naturel: le principe du mal est vaincu; il demeure encore, mais à l’état latent. C’est l’inverse qui se produit chez celui qui d’ordinaire n’écoute pas la voix de sa conscience: elle se fait de plus en plus faible au fur et à mesure qu’on l’éconduit davantage et finit par somnoler, le principe du mal l’emporte et règne alors sans conteste; chez l’un comme chez l’autre, l’habitude est devenue une deuxième nature.
38, +Veritable+.--Véridique.
=608=,
4, +Distinguo+.--Terme de logique, emprunté du latin, signifiant: _Je distingue_, qui se retrouvait à tous propos dans les discussions scolastiques, faisant le pendant de ces deux autres: _Concedo_ (_j’accorde_, _j’admets_) et _Nego_ (_je nie_, _je n’admets pas_).
17, +Assaut+.--Devant l’ennemi, l’homme est retenu par l’honneur et le devoir; sa mort est exaltée à l’avance; s’il recule, c’est l’infamie et il a pour témoin l’armée entière; dans son lit, aucun de ces mobiles ne le soutient, sa pensée le reporte vers ce qu’il a sujet de regretter, son entourage gémit, l’au-delà l’inquiète, souvent ses idées sont affaiblies; les circonstances sont absolument différentes, il est naturel que l’état d’âme s’en ressente.
21, +Barbiers+.--La lancette du chirurgien. Les barbiers, jadis, faisaient en partie office de chirurgiens; jusqu’en 1789, ils continuèrent de saigner et de panser certaines blessures.
23, +Cicero+.--_Tusc. Quæst._, II, 27.
34, +Pusillanimité+.--La superstition dont fit preuve Alexandre le Grand a été expliquée par ce fait que, confiant en sa fortune, il tenait, pour soutenir le courage de ses soldats, à faire ratifier les entreprises qu’il concevait par les devins qui l’accompagnaient et passaient aux yeux de la foule pour être les interprètes de la volonté des dieux; et à cette fin, il fallait se les concilier pour s’en faire des auxiliaires. Cette appréciation se trouve confirmée par l’apostrophe qu’il adressa à l’un d’eux qui se montrait défavorable à une attaque qu’il préparait: «Si, quand tu te livres aux pratiques de ton art, quelqu’un intervenait, tu le considérerais probablement comme gênant et fort mal venu.--Sans doute.--Eh bien, que penses-tu d’un devin superstitieux qui, lorsque je suis occupé de choses autrement sérieuses, vient se jeter à la traverse en me parlant des entrailles des victimes?»
36, +Courage+.--«En voyant Clitus tomber à ses pieds, la colère d’Alexandre s’évanouit; il arrache la javeline du corps de sa victime et veut s’en frapper; ses gardes le retiennent et l’emportent; il passe toute la nuit et le jour suivant à fondre en larmes; épuisé, n’ayant plus la force de crier ni de se lamenter, il reste étendu par terre sans proférer une parole, ne poussant que de profonds soupirs jusqu’à ce qu’Aristandre, lui remémorant un songe se rapportant à cette mort, lui représenta que ce malheur était écrit et sa victime prédestinée à pareille fin, ce qui amena l’apaisement dans son esprit.» PLUTARQUE, _Alexandre_.
=610=,
1, +Rapportées+.--L’ex. de Bordeaux porte ici intercalée la citation suivante: «_Voluptatem contemnunt, in dolore sunt molles, gloriam negligunt, franguntur infamia_ (_Les mêmes hommes qui méprisent la volupté, montrent une extrême faiblesse quand ils souffrent, négligent le soin de leur réputation et ne peuvent supporter sans en être profondément affectés la perte de l’honneur et de l’estime publique_).»
4, +Visage+.--_Des poingts_ (var. des éd. ant.).
11, +Auau le vent+.--Comme souffle le vent.
12, +Talebot+.--Général anglais qui se signala pendant les guerres des règnes de Charles VI et Charles VII; fut défait et tué, ainsi que son fils, à la bataille de Castillon (1453), non loin du château de Montaigne; a été inhumé à la place où il est tombé, son tombeau s’y voit encore.--En parlant de lui, qui pendant 60 ans combattit contre nous, Montaigne dit: «Nostre Talbot», peut-être parce qu’il était d’une famille originaire du Limousin; peut-être aussi parce que nul plus que ce preux n’a laissé meilleur souvenir en Guyenne, où il s’est toujours comporté avec justice et humanité, ne manquant jamais à sa parole, dans un temps où on ne s’en faisait pas faute, et dont la mort fut celle d’un héros.--La bataille de Castillon est le dernier fait de la guerre de Cent Ans; c’est là que pour la première fois nous fîmes usage de canons.
12, +Ancien+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 71 et 72.
23, +Qu’on+.--L’Aréopage. CICÉRON, _De Senectute_, 7.
25, +Tragédies+.--Le procès intenté à Sophocle sur le déclin de sa vie par l’un de ses fils avait pour objet de s’opposer à la reconnaissance d’un autre comme enfant légitime: «Ou je suis un imbécile, dit le poète dans sa défense, ou je suis Sophocle; et, dans ce cas, je ne suis pas un imbécile»; et, pour convaincre ses juges, il leur récita un fragment de son _Œdipe à Colone_ qu’il venait d’achever, celui de l’arrivée d’Œdipe dans la forêt sacrée, où se trouvent plusieurs passages applicables à sa propre situation et à la conduite de son fils, et l’enthousiasme qu’il souleva emporta leurs suffrages.--Le fait toutefois n’est pas absolument établi, et le serait-il qu’il ne prouverait pas grand’chose; on peut être grand poète et, comme tout le monde, avoir des faiblesses à certains moments.
27, +Tirerent+.--HÉRODOTE, V, 29.
=612=,
8, +Gendarme+.--Remplit de courage, de hardiesse.--A proprement parler, gendarmer signifie braver. PASQUIER, dans son jugement sur les Essais, reproche à Montaigne d’avoir employé, comme dans le cas présent, des mots dans un sens incorrect, «auxquels, si je ne m’abuse, dit-il, malaisément l’usage donnera vogue».
CHAPITRE II.
23, +Pas+.--C’est sur le principe contraire, si inique par lui-même, qu’est fondée notre législation pénale: la même peine atteint le malheureux qui vole un objet de peu de valeur, et le banqueroutier éhonté qui réduit à la misère nombre d’individus dont il a capté la confiance; l’étendue du préjudice commis n’entre pas en considération. De ce fait, le faible et le pauvre sont bien plus frappés que le riche et le puissant: leurs peines finies, ceux-ci jouissent impunément du fruit de leurs larcins, ceux-là se trouvent dans une position pire qu’avant.
31, +D’acquest+.--A gagner.
34, +Sien+.--C.-à-d. cherche à rendre le sien plus léger, à l’atténuer; le soulève pour qu’il ne pèse pas autant dans le plateau de la balance.--LA FONTAINE, dans sa fable de la _Besace_, commente cette même idée: «Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous»; c’est, autrement dit, la question de la paille et de la poutre de l’Évangile.
37, +Maux+.--«La sagesse vaut mieux que la force, et l’homme prudent que l’homme robuste.» ECCLÉSIASTE, VI, 1.
=614=,
9, +Credit+.--D’après ce que Montaigne dit quelques lignes plus loin des Allemands servant dans nos rangs, de l’usage qu’ils font de grands verres à la fin des repas, de leur façon de boire, il se pourrait que ce soit eux qu’il veuille désigner ici.--L’ivrognerie, qui s’est bien généralisée, est plutôt un vice des pays froids que du midi, parce que, dans les pays de vignobles, on s’enivre avec du vin, dont il faut pour produire l’ivresse une certaine quantité et qui n’est pas malfaisant quand il n’est pas frelaté, tandis que, dans le nord, on a recours à l’alcool qui agit beaucoup plus sous un bien moindre volume, et avec d’autant plus de force qu’il est de plus mauvaise provenance, ce qui est le cas le plus fréquent: c’est alors un véritable poison, dont l’action délétère s’exerce sur l’organisme, l’intelligence et le moral de l’individu. La chimie moderne en augmentant chaque jour la production, et aussi malheureusement la nocivité, en même temps qu’elle en réduit le prix de revient, l’alcoolisme, inconnu aux temps jadis, va se développant de plus en plus, mal d’autant plus redoutable que l’intoxication des parents est héréditaire et pèse lourdement sur la constitution physique et les facultés intellectuelles des enfants à naître, comme font sur ceux déjà existants la misère et le mauvais exemple qu’elle introduit au foyer domestique.
10, +Renuerse+.--«L’ivresse est un acheminement vers la folie.» PYTHAGORE.
24, +D’autant+.--Aussi fréquemment et aussi copieusement qu’on vous y convie par les toasts, sorte de défis courtois qu’on vous porte et dont la formule au temps de Montaigne était: «Je bois à vous»; à quoi l’on répondait: «Je pleige d’autant», qui peut se traduire: Et moi de même.--Les Juifs, à l’époque de Josèphe (67), étaient divisés en plusieurs factions; pour se défaire de lui, ses ennemis lui ayant envoyé un émissaire pour l’attirer dans un guet-apens, il enivra cet émissaire et apprit de lui les mauvais desseins qu’on avait sur sa personne. JOSÈPHE, _De Vita sua_.
29, +Yure+.--Ces deux exemples sont tirés de SÉNÈQUE, _Epist._ 83, auquel, dans ce chapitre, plusieurs idées sont empruntées.
30, +More Lyæo+.--La citation diffère un peu du texte de Virgile dont elle est tirée.
31, +Cassius+.--L’instigateur du complot contre César, par haine de la tyrannie et aussi parce que celui-ci ne s’était pas prononcé pour lui quand il briguait le consulat; ce fut lui qui détermina Brutus, son beau-frère, à se mettre à la tête des conjurés (=44=).
35, +Rang+.--Du quartier où ils logent, du mot d’ordre, de leur place dans les rangs.
=616=,
4, +Macedoine+.--JUSTIN, IX, 6.--Pausanias, jeune gentilhomme macédonien, outragé par Attale, grand de Macédoine qui, dans un festin, l’avait enivré pour abuser de lui, poignarda Philippe, quelque temps après, pour se venger de ce qu’il n’avait pu obtenir, de lui, justice de cette offense; Olympias, mère d’Alexandre le Grand, que Philippe venait de répudier pour épouser la sœur d’Attale, fut soupçonnée d’avoir poussé à ce meurtre (=336=).
16, +Consent+.--Qui se sentirait coupable de ce fait.
22, +Vice+.--On peut même dire que les Livres saints n’y sont pas absolument opposés: «Donnez à ceux qui sont affligés, lit-on aux _Proverbes_, XXXI, 6 et 7, une liqueur qui soit capable de les enivrer, et du vin à ceux qui sont dans l’amertume du cœur; qu’ils boivent et qu’ils oublient leur pauvreté et perdent pour jamais la mémoire de leur douleur.»
25, +D’autant+.--C.-à-d. de se donner liberté de boire autant qu’ils veulent. La suppression de ce complément «d’autant» amènerait un sens tout opposé et signifierait s’exempter de boire.
25, +L’ame+.--Ce reproche de s’adonner à l’ivrognerie a été adressé à maints hauts personnages, entre autres: à Philippe de Macédoine; à son fils Alexandre; à l’empereur Trajan; à Michel III, empereur d’Orient (842 à 867), surnommé l’Ivrogne; à Selim II, empereur ottoman, le vaincu de Lépante, auquel fut donné ce même sobriquet; à Pierre le Grand de Russie (1672 à 1725).
27, +Ferunt+.--Ce qui ne veut pas dire que Socrate s’enivrât; aussi bien sous ce rapport que sous tous autres, ses mœurs étaient irréprochables, et rien, dans les accusations portées contre lui par ses ennemis, ne porte à supposer le contraire. V. =III=, 690.
28, +Ce censeur... autres+.--_Et la vraye image de la vertu stoique_ (var. des éd. ant.).
30, +Virtus+.--J.-B. ROUSSEAU a ainsi paraphrasé ces deux vers d’Horace:
La vertu du vieux Caton, Chez les Romains tant prônée, Était souvent, nous dit-on, De falerne enluminée.
«On a reproché à Caton l’Ancien de s’enivrer; ceux qui lui adressent ce reproche me feront plus facilement voir une vertu qu’un vice chez Caton; il réjouissait par le vin son esprit fatigué des affaires publiques.» SÉNÈQUE.--PLUTARQUE ne semble pas admettre cette sorte de réhabilitation: «Au commencement, dit-il, Caton l’Ancien ne consacrait que fort peu de temps à ses repas, ne buvant qu’un seul coup; après quoi, il se levait; mais, dans la suite, il prit plaisir à boire et passait souvent une grande partie de ses nuits à table.»--V. N. =II=, 586: Caton le Censeur.
32, +Cyrus+.--PLUTARQUE, _Artaxerxès_, 2.--Il s’agit ici de Cyrus le Jeune. V. N. =I=, 524: Perses.
36, +Paris+.--Célèbre par son avarice, qui lui valut de Buchanan une épitaphe en latin dont voici la traduction: «Ci-gît Silvius qui jamais ne donna rien gratis; mort, il gémit de ce que, gratis, tu peux lire ceci.»--Silvius passait pour l’homme de son temps parlant la langue latine avec le plus de pureté et d’élégance.