Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Part 63

Chapter 633,628 wordsPublic domain

14, +Equable+.--C.-à-d. «d’une espèce d’amitié plus juste et plus égale» que celle dont il vient d’être parlé.

19, +Parle+.--Ce qui suit est une peinture des plus touchantes de l’amitié, condensée en quelques lignes.

25, +Fatale+.

«Il est des nœuds secrets, il est des sympathies Dont, par le doux rapport, les âmes assorties S’attachent l’une à l’autre, et se laissent piquer Par un je ne sais quoi qu’on ne peut expliquer.» CORNEILLE.

33, +L’autre+.--Il y a dans saint Ambroise pleurant la mort de son frère, et répandant sur sa tombe les fleurs de son éloquence, des mots d’une tendresse charmante, des pensées d’un raffinement de sensibilité bien rare, que rappellent certaines pensées et certaines expressions de Montaigne. PAYEN.--Il en est de même dans les lettres de saint Jérôme à l’occasion de la mort de Népotien.--Quant à ce passage même des Essais, on en retrouve l’imitation suivante dans LAMARTINE:

«Par l’infaillible instinct, le cœur soudain frappé, Ne craint pas de retour, ni de s’être trompé. On est plein d’un attrait qu’on n’a pas senti naître; Avant de se parler, on croit se reconnaître; Pour tous les jours passés on n’a plus un regard; On regrette, on gémit de s’être vus trop tard; On est d’accord sur tout avant de se répondre; L’âme, de plus en plus, aspire à se confondre.»

34, +Publiée+.--Dans le recueil déjà cité plus haut, Paris, 1574; et plus récemment.

36, +Durer+.--Montaigne et La Boétie avaient lié connaissance en 1559; leurs relations durèrent donc quatre ans, ainsi du reste qu’il est dit un peu plus loin; lorsqu’ils se connurent, La Boétie avait 29 ans et Montaigne en avait 26.

=308=,

11, +Pareille+.--C.-à-d. avec un désir et un empressement égaux de part et d’autre.

15, +Intelligence+.--Tiberius Gracchus avait obtenu le vote d’une loi agraire qui distribuait aux citoyens pauvres les richesses qu’Attale, roi de Pergame, avait laissées au peuple romain; devant la résistance qu’y fit le sénat, un mouvement populaire se produisit dont les adversaires de Tiberius, qui redoutaient son influence, profitèrent pour le faire assassiner au milieu de ses partisans, contre lesquels, lui mort, des poursuites furent exercées, =133=. CICÉRON, _De l’Amitié_, 11; PLUTARQUE, _Vie des Gracques_, 5; VALÈRE MAXIME, IV, 7.

20, +Lælius+.--A semblables questions insidieuses, que dans leur ardeur judiciaire les accusateurs publics sont trop souvent portés à adresser, une seule réponse est à faire, c’est celle que fit Monseigneur Turinaz, évêque de Nancy, poursuivi en justice à l’occasion de faits amenés en France par la loi de séparation de l’Église et de l’État. Le Président du tribunal lui disant à un moment donné: «Et qu’auriez-vous fait, si vous n’aviez été évêque?»--«La question ne se pose pas, répondit le prélat, puisque je suis évêque.»

24, +Gracchus+.--Les éd. ant. aj.: _de laquelle il se pouuoit respondre comme de la sienne_.--A la suite de cet événement, Blosius, qui ne fut pas autrement inquiété, quitta Rome pour retourner en Asie; mais peu après, il se donna la mort.

29, +Commis+.--Abandonné, confié; du latin _committere_, s’en remettre.

36, +Plus+.--C.-à-d. n’est pas plus déplacée que ne le serait la mienne.

=310=,

13, +Deffier+.--«L’adversité est la pierre de touche de l’amitié.» _Maxime indienne._--«Les faux amis sont comme les hirondelles, qui paraissent dans la belle saison, et disparaissent dans la mauvaise.» CICÉRON.--«Le faux ami ressemble à l’ombre d’un cadran qui se montre quand le soleil brille et disparaît quand les nuages le voilent.»--Réflexion d’OVIDE exilé, que Ponsard traduit ainsi:

«Heureux, vous trouverez des amitiés sans nombre; Mais vous resterez seul, si le temps devient sombre.»

«Les amis de l’heure présente Ont le naturel du melon; Il faut en essayer cinquante, Avant que d’en trouver un bon.» MERMET.

«L’ami de tous et d’aucun, c’est tout un.»

15, +L’aymer+.--AULU-GELLE, I, 3, qui attribue cette maxime à Chilon. Elle l’est à Bias, par Aristote, Diogène Laërce et Cicéron; elle l’a été à Thalès; elle se retrouve dans l’_Ajax_ de Sophocle.--Elle a donné lieu à bien des controverses: les anciens, en général, abondent dans ce sens: «Je blâme l’homme qui, en exerçant l’hospitalité, fait d’excessives démonstrations d’amitié, comme aussi celui qui traite mal son visiteur; toutes choses sont mieux qui demeurent dans la mesure convenable.» HOMÈRE, _Odyssée_.--«Les leçons d’une longue expérience nous ont appris que les mortels devraient nouer leurs amitiés par des attaches légères, faciles à rompre ou à serrer, et qui ne pénètrent pas jusqu’à l’âme (mot à mot: jusqu’à la pire moelle de l’âme). D’une affection trop tendre qui trouble la vie, naissent, dit-on, plus de tourments que de charmes; aussi, je préfère en tout la modération à l’excès et j’aurai pour moi l’opinion des sages.» EURIPIDE, _Hippolyte_.--CICÉRON, dans son dialogue sur l’amitié, est du même avis.--MARC-AURÈLE disait avoir appris de son père à «éviter les fureurs dans les attachements, même les plus purs».--Les vers suivants sont la contrepartie de cette même thèse:

«Ah! périsse à jamais ce mot affreux d’un sage, Ce mot, l’effroi du cœur et l’effroi de l’amour: «Songez que votre ami peut vous trahir un jour.» Qu’il me trahisse, hélas! sans que mon cœur s’offense, Sans qu’une douloureuse et coupable prudence, Dans l’obscur avenir, cherche un crime douteux, S’il cesse un jour d’aimer, qu’il sera malheureux!»

--DE SACY l’a aussi combattue dans son traité _De l’Amitié_.--De JOUBERT enfin est cette pensée, commentaire en quelque sorte de celle qui nous occupe: «Il n’y a plus aujourd’hui d’inimitiés irréconciliables, parce qu’il n’y a plus de sentiments désintéressés; c’est un bien né d’un mal.»

En somme cette maxime, appliquée à la vie privée, est très discutable; elle l’est beaucoup moins dans la vie publique et doit être de règle absolue dans les relations de peuple à peuple; ce n’est pas, comme dit La Bruyère, un principe moral, c’est un axiome politique.--C’est ce qui fait que l’Angleterre, malgré l’entente cordiale que présentement on s’efforce d’établir entre elle et nous, et les grands avantages économiques qu’elle en retirerait, se refuse obstinément et à bien juste raison à laisser construire le tunnel sous la Manche. Ne sachant ce que sera demain, elle ne veut pas mettre une chance contre elle, une chance d’invasion, si faible soit-elle, alors que de par sa position insulaire elle est inexpugnable. (Ce tunnel projeté de Sangatte (Pas-de-Calais) à Douvres aurait une longueur de 24 milles (44 kil. ½) sous la mer et 30 milles (55 kil. ½) avec les raccordements à fleur du sol; la dépense est évaluée approximativement à 400 millions).--C’est en vertu de ce même principe que notre attitude boudeuse et hargneuse depuis 1870-71 est si inepte; nous aurions dû accepter de bonne grâce les conditions que nous avons signées à Francfort, jusqu’au moment où nous nous serions crus en mesure de le rompre et résolus à le faire; c’était ce à quoi nous invitait Gambetta quand à propos de la revanche il disait qu’il fallait y penser sans cesse et n’en parler jamais; c’est du reste sous cette réserve que sont conclus tous les traités de paix quels qu’ils soient. Nous avons fait et continuons à faire tout le contraire; sans y penser, c’est-à-dire alors que nous sommes pour la paix à tout prix, que si la guerre survient c’est qu’elle nous sera imposée, qu’il nous sera impossible de nous y dérober, nous en parlons toujours, d’où une situation constamment tendue, et nous nous étonnons de trouver l’Allemagne, que par surcroît notre presse est sans cesse à exciter, en travers de toutes nos intentions. Une semblable attitude, peu digne, n’a que des inconvénients, celui entre autres de nous mettre à la remorque de quiconque a intérêt à attiser notre rancune.

19, +Amy+.--DIOGÈNE LAERCE, V, 21.--Dans _Don Quichotte_ se trouve ce proverbe espagnol: «Il n’y a point d’ami; pour ami, les cannes deviennent des lances.»--Autre proverbe: «Il faut se dire beaucoup d’amis et s’en croire peu.»

29, +Eux+.--«Tout est commun entre nous, l’amitié est commerce d’égalité.» _Maxime pythagoricienne._

32, +Aristote+.--DIOGÈNE LAERCE, V, 20.

=312=,

1, +Ensemble+.--Cette interdiction a pour unique objet d’empêcher que, lors du décès, ces donations ne lèsent les héritiers naturels du défunt.

5, +Le liberal+.--Les éd. ant. port.: _l’honneste et le courtois_.

8, +Demandoit+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 16.

10, +Singulier+.--Extrait du _Toxaris_ de LUCIEN, 22.

16, +Suruiure+.--LE POUSSIN a consacré par son pinceau cette action sublime; il a représenté Eudamidas dictant ses dernières volontés; la gravure a reproduit ce tableau.

21, +Talens+.--Le talent n’avait pas une valeur uniforme, celle du talent attique était de 5.720 francs.

24, +Iour+.--«On chercherait en vain dans les temps modernes un pareil trait à citer, et les filles sans dot de notre époque ne sauraient s’en prévaloir pour concevoir des espérances.» VICTOR THIERRY.--On cite bien un fait s’en rapprochant, mais déjà les conditions sont autres: Eulalius qui, de fort riche, était devenu fort pauvre, institua son héritier Justin I, empereur d’Orient; il le chargeait de faire élever ses filles, de les doter et aussi de payer ses dettes; Justin accepta et remplit les clauses du testament, Ve siècle.--Charlotte Corday, condamnée à mort, chargea son défenseur Chauveau-Lagarde de payer, de sa bourse, ce qu’elle devait dans sa prison, 1793.

=314=,

2, +Moy+.--Cette façon de penser n’est pas celle de tous: «Une confidence faite à un ami, sur ce qui touche l’honneur d’autrui, est une atteinte à la charité.» S. AMBROISE.--BOURDALOUE a exprimé la même idée en la développant.

20, +Alliance+.--XÉNOPHON, _Cyropédie_, VIII, 3.

24, +Reste+.--C.-à-d. sans exception, ni restriction aucune.

28, +Doiuent+.--Un évêque de Cracovie avait pour marchand un Juif; pour fermier, un socinien (adhérent à la secte de Sozzini, hérésiarque italien du XVIe siècle, qui repoussait le dogme de la Sainte Trinité et en particulier la divinité de Jésus-Christ); pour intendant, un protestant, et disait: «Ces gens-là seront damnés dans l’autre monde, mais ils me sont nécessaires dans celui-ci.»

=316=,

1, +Cil+.--Celui; cil est un joli mot qu’on aurait dû conserver, quand ce n’eût été qu’à cause des services qu’il peut rendre à la poésie. COSTE.

5, +Action+.--Il s’agit ici d’Agésilas. PLUTARQUE, _Agésilas_, 9.--On raconte un fait analogue de Henri IV qui, surpris par l’ambassadeur d’Espagne, à quatre pattes, promenant ses enfants à cheval sur son dos, lui dit: «Vous êtes père, Monsieur l’Ambassadeur, vous me comprenez et m’excusez.»

13, +Menander+.--Le même qui a dit: «Celui-là meurt jeune qui est aimé des dieux.»

14, +Amy+.--PLUTARQUE, _De l’Amitié fraternelle_, 3.

20, +Années+.--De 1559 à 1563. Les éd. ant. port.: _quatre ou cinq années_, au lieu de «quatre».

31, +Particeps+.--Montaigne, comme il fait souvent, a changé plusieurs mots dans cette citation.

33, +Demy+.

«Pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau: La moitié de moi-même a mis l’autre au tombeau.» CORNEILLE.

=318=,

7, +Amabo+.--La lecture de ce chapitre qui, de fait, se termine ici, est à compléter par celle du chapitre des œuvres de BOURDALOUE intitulé _des Amitiés humaines_, dans lequel il examine le danger des amitiés trop ardentes, aveugles, partiales ou trop tendres, et où il repousse les entraînements du cœur qui offensent la justice, faussent la conscience et pervertissent la charité.

8, +Seize+.--Les éd. ant. port.: _dixhuict_.

9, +Ouurage+.--Le _Discours sur la servitude volontaire_ que Montaigne renonce à insérer contrairement à ce qu’il s’était proposé au commencement de ce chapitre, parce qu’il venait d’être partiellement publié en Suisse par les Protestants (1578), dans le but de s’en faire une arme contre la royauté. V. N. =I=, 296: _Contre-vn_.

18, +Iouant+.--C’est ce que dit CORNELIUS NEPOS d’Épaminondas: «Il était tellement respectueux de la vérité, qu’il ne mentit jamais même en jouant.»

29, +Autre+.--Les vingt-neuf sonnets qui font l’objet du chapitre suivant.

30, +Enioué+.--Les éd. ant. aj.: _Ce sont 29 sonnets que le sieur de Poiferré homme d’affaires et d’entendement, qui le connoissoit long temps auant moy, a retrouué par fortune chez lui, parmy quelques autres papiers, et me les vient d’enuoyer: dequoy ie luy suis tres obligé, et souhaiterois que d’autres qui detiennent plusieurs lopins de ses escris, par-cy, par-là, en fissent de mesme_.

CHAPITRE XXVIII.

Ce chapitre est numéroté XXIX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

31, +Chapitre XXVIII+.--Ce chapitre n’est à proprement parler que la dédicace à Madame de Grammont de vingt-neuf sonnets de La Boétie, élégie amoureuse à l’imitation de Pétrarque, composée dans la jeunesse de l’auteur et aussi faible dans la forme que dans le fond. Ils ont été supprimés, comme n’étant pas de Montaigne, dans la plupart des éditions postérieures à celle de 1588. Nous en aurions fait autant, s’il était bien prouvé que la mention écrite, à la vérité de sa main, sur l’exemplaire de Bordeaux: «Ces vingt neuf sonnets d’Estienne de la Boétie, qui estoient mis en ce lieu, ont esté despuis imprimez avec ses œuures», et qui figure, à l’exclusion des dits sonnets, sur l’édition originale de 1595, témoignait incontestablement qu’il n’avait pas l’intention de les reproduire, auquel cas la dédicace aurait dû disparaître également et ce chapitre tout entier être supprimé. La conserver seule est, comme le font observer Courbet et Royer, une anomalie.

33, +Guissen+.--Diane, vicomtesse de Louvigny, de la maison de Foix, connue avant son mariage sous le nom de la _Belle Corisande d’Andouins_, avait épousé le comte de Grammont et de Guiche, qui mourut au siège de La Fère en 1580. Le nom exact est Guissen, dont par corruption on a fait Guichen, puis Guiche. Devenue veuve, Madame de Grammont devint et demeura longtemps la maîtresse de Henri de Navarre avant son avènement au trône de France. Il en était éperdument amoureux et eut même l’intention de l’épouser; c’est pour aller la retrouver qu’il s’arrêta, au lieu de pousser de l’avant, après la bataille de Coutras et perdit de la sorte le fruit de sa victoire. Du reste, elle le payait de retour et lui fut dévouée toute sa vie; pendant les guerres de la Ligue, elle vendit pour lui ses diamants, engagea ses biens et alla jusqu’à lui envoyer des levées de 20 à 24.000 gascons qu’elle avait enrôlés à ses frais.

=320=,

12, +Main+.--Montaigne est ici quelque peu aveuglé par son affection pour son ami. Cette pièce de vers, élégie ayant trait à quelque aventure de jeunesse de l’auteur, n’offre rien d’intéressant; ce n’est d’un bout à l’autre qu’une plainte amoureuse exprimée en style assez rude et confus, où éclatent les faiblesses et les emportements d’une passion inquiète qui se nourrit de soupçons, de craintes, de défiances, dont elle est accablée. En voici le thème:

«L’auteur constate qu’il est amoureux. Ce sentiment, auquel jusqu’ici il avait été étranger, le tient tout entier; en vain il a cherché à s’en défendre, il s’avoue vaincu, un regard de celle qui l’a conquis, a suffi pour le mettre à sa merci. Il ne la nomme pas; mais en disant qu’elle est la plus belle, chacun la reconnaîtra; elle est sa Dordogne, et bientôt ses chants et son amour feront passer son nom à la postérité.--Mais est-il payé de retour? Elle demeure sourde à ses prières, et lui va se consumant. Il perd courage; se jouerait-elle de lui? Qu’elle prenne garde; s’il sait aimer, il sait haïr aussi!--Dieu! quel blasphème et combien il maudit les vers qui ont pu exprimer une telle pensée! Et voilà qu’au lieu du châtiment mérité, un mot d’elle vient l’assurer de son pardon.--C’en est fait, c’est pour la vie qu’il se reprend à l’aimer. Mais, hélas! si sa bienveillance va le captivant de plus en plus, c’est sans lui rien concéder. Aussi quelle douleur est la sienne; et cependant il se complaît dans ses souffrances; il en mourra, mais est-il possible qu’il en soit autrement? Ses vers, du moins, en révélant son triste sort, le vengeront de l’Amour, en même temps qu’ils l’exalteront, elle dont la grâce et les perfections sont de nature à asservir tous les cœurs.»

La Boétie (N. =I=, 298: Lumiere) a composé quelques autres pièces de vers français, on y relève les passages suivants:

«Le premier coing duquel l’or fut battu, En battant l’or abattit la vertu.»

«Ainsi l’on voit en vn ruisseau coulant, Sans fin l’vne eau après l’autre roulant; Et tout de rang d’vn éternel conduit, L’vne suit l’autre, et l’vne l’autre fuit; Par cette-ci celle-là est poussée Et cette-ci par vne autre auancee: Tousiours l’eau va dans l’eau, et tousiours est-ce Même ruisseau et tousiours eau diuerse.»

17, +L’oreille+.--Ce secret a-t-il été révélé? Toujours est-il que le nom de la personne qui a inspiré ces vers, ne nous est pas connu.

=326=,

27, +Dourdouigne+.--Le poète personnifie ici la dame de ses pensées en la Dordogne (N. =I=, 328: Honte) au cours placide; plus loin (Sonnet XIV), dans un moment d’irritation, il l’assimilera à sa sœur la Vézère, au cours capricieux.

35, +Fidelle+.--Ce vers, qui exprime très heureusement une idée fort juste, a pris place parmi les locutions fréquemment employées: «Qu’est-il plus beau qu’vne amitié fidelle?»

=328=,

8, +Iumeaux+.--Castor et Pollux, qui reçurent le don d’immortalité dont ils jouissaient alternativement; la belle Hélène, cause de la guerre de Troie, était leur sœur.

12, +Honte+.--La Dordogne, formée de deux ruisseaux: la Dore et la Dogne, prend sa source à quelques lieues en amont de Sarlat, patrie de La Boétie, et se termine en Guyenne. A cette époque, cette province et la France, dont elle avait été séparée pendant plus d’un siècle, quoique réunies, conservaient encore leurs appellations distinctes; c’est ce qui fait dire à l’auteur que sa Dordogne a honte de se montrer si modeste en France, alors que lorsqu’elle en sort et devient gasconne, son cours est beaucoup plus important.

13, +Sorgues+.--Ruisseau illustré par les poésies de Pétrarque en l’honneur de la belle Laure de Noves, qu’il avait rencontrée à Avignon qui se trouve à proximité.

15, +Loir+.--Nommé ici, parce qu’il passe à Vendôme, ville aux environs de laquelle est né Ronsard, auquel ce passage fait allusion.

18, +Mince+.--Le Mincio. Mentionné comme rappelant Virgile, originaire de Mantoue, qu’arrose cette rivière.

19, +Arne+.--L’Arno, qui passe à Florence, patrie de Pétrarque dont le souvenir a été évoqué quelques lignes plus haut et l’est encore dans le sonnet suivant.

31, +Migregeois+.--A moitié grec. Properce est ainsi qualifié en raison des tournures grecques qu’affecte son style, bien qu’il écrive en latin.

=330=,

3, +Mesure+.--Ces quatre derniers vers: Chacun sent..., sont sans contredit les meilleurs de la pièce; par les idées qu’ils expriment, la manière dont ils les rendent, ils méritent attention.

17, +Leandre+.--Se noya en franchissant à la nage l’Hellespont, ainsi qu’il le faisait chaque nuit, pour aller voir Héro, son amante, prêtresse de Vénus, qui de désespoir se précipita dans les flots. MYTH.

25, +Sauuez+.--Allusion à la fable d’Hellé, fille d’un roi de Thèbes, et de son frère. Traversant la mer sur un bélier à toison d’or, pour fuir les fureurs de leur belle-mère, Hellé tomba dans les flots et y périt, tandis que son frère et le bélier furent saufs, d’où cette mer prit le nom d’Hellespont (actuellement détroit des Dardanelles).--La largeur de l’Hellespont varie de 1.750 à 3.000 mètres; il est donc facilement franchissable à la nage, par un excellent nageur; lord Byron, en 1810, l’a franchi dans ces conditions à la suite d’un pari. On ne saurait en dire autant du Pas-de-Calais, dont la traversée à la nage a été souvent tentée et ne semble avoir été accomplie qu’une fois, au siècle dernier, par un Anglais, le capitaine Webb, parti de France pour atterrir en Angleterre; il est vrai que sa largeur est de 34 kilomètres et que des courants régnant au large obligent à un parcours notablement plus considérable et augmentent les difficultés.

=334=,

3, +Faux+.--Les sonnets XIV et XV que, dans son repentir, l’auteur désavoue.

21, +Breuet+.--Un billet qui a la vertu d’un talisman.

=336=,

30, +Meleagre+.--Les destins avaient décidé qu’il vivrait tant que durerait un tison qui brûlait dans le foyer au moment de sa naissance. Sa mère éteignit aussitôt ce tison et le conserva soigneusement. Dans la suite, une discussion s’étant élevée entre lui et ses oncles, dans la chaleur de la dispute, il les frappa d’un coup mortel; sa mère, irritée du meurtre de ses frères, jeta au feu le tison fatal et son fils expira aussitôt. MYTH.

CHAPITRE XXIX.

Ce chapitre est numéroté XXX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

=344=,

20, +Excessiuement+.--Les éd. ant. port.: _immoderement_.

20, +Iuste+.--Les éd. ant. aj.: _et vertueuse_.

21, +Diuine+.--SAINT PAUL, _Ep. aux Romains_, XIII, 3.--«Ne sois pas juste à l’excès et ne te montre pas sage outre mesure.» ECCLÉSIASTE, VII, 6.

22, +Sage+.--MOLIÈRE, dans _le Misanthrope_, émet la même pensée:

La parfaite raison fuit toute extrémité, Et veut que l’on soit sage avec sobriété.

C’est là encore une application de la maxime: «Rien trop» (N. =I=, 292).

24, +Sorte+.--Il y a probabilité que Montaigne veut parler ici de Henri III, roi de France, qui, par des retours de conscience, alliait à des débauches sans nom les pratiques de la religion la plus austère et duquel le cardinal d’Ossat écrivait à sa veuve que «ce prince avait vécu une vie aussi et même plus religieuse que royale»; tandis que Sixte-Quint en disait: «Il n’est rien qu’il n’ait fait et ne fasse pour être moine, ni que je n’aie fait, moi, pour ne l’être point.»

28, +Fils+.--Pausanias, roi de Sparte, trahissant la Grèce auprès des Perses et ayant été dénoncé, se réfugia dans le temple de Minerve, pour échapper à une condamnation à mort prononcée contre lui. Nul n’osait violer cet asile lorsque Alcithée, sa mère, se présenta, dit-on, devant le temple et, sans proférer une parole, prenant une brique qu’elle avait apportée, la plaça sur le seuil de l’entrée et revint chez elle. Les Lacédémoniens, adoptant son jugement, l’imitèrent et murèrent ainsi la porte du temple. Pausanias fut réduit à y mourir de faim, =477=. DIODORE DE SICILE, XI, 45; CORNELIUS NEPOS, _Pausanias_, 5.--PLUTARQUE, citant également ce fait, en raconte un semblable survenu à Rome, lors de la guerre contre les Latins, =341=. Un nommé Cassius Brutus avait fait marché avec l’ennemi pour lui ouvrir les portes de la ville; découvert, il s’enfuit dans le temple de Minerve auxiliatrice, où son père le tint tant enfermé qu’il l’y fit mourir de faim et jeta son corps sans sépulture.