Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Part 62

Chapter 623,765 wordsPublic domain

14, +Intelligence+.--Si Montaigne ne savait pas le grec, il n’en était pas de même de sa sœur Madame de Lestonna, témoin l’anecdote suivante qui n’est pas sans analogie avec celle de la note précédente: M. de Lestonna reçut un jour la visite d’un ami venant lui proposer une «débauche d’amourette»; et sa femme se trouvant là, l’ami pensant n’être pas compris d’elle, s’exprimait en grec; il se trompait, elle le lui fit bien voir, il dut détaler au plus vite.

16, +Tablier+.--Table servant aux jeux de dames, d’échecs et de trictrac, comme il en existe encore aujourd’hui.

25, +Et ne fus... seruist+.--Var. de 80: _et auoit, vn ioueur d’espinette pour cet effect_.

26, +Instrument+.--Ce soin était confié, comme l’indique la note précédente, à un joueur d’épinette, petit clavecin qui est devenu le piano.--Le réveil de Montaigne, enfant, a fait le sujet d’un tableau par Ed. Hamman, qui a été exposé à Paris, au salon de 1847.

35, +Bien+.--Var. des éd. ant.: _d’vn iugement bien seur et ouuert_.

=284=,

6, +Guienne+.--A Bordeaux.

19, +Lire+.--Les Eléments de mathématiques d’Euclide furent pour Pascal ce qu’avaient été pour Montaigne les Métamorphoses d’Ovide.

23, +Lancelot du Lac+.--Un des principaux chevaliers de la Table Ronde (ordre de chevalerie fabuleux, institué, suivant les légendes de la Grande-Bretagne, à la fin du Ve siècle); ses exploits ont été chantés au moyen âge, dans un roman de ce nom.

23, +Amadis+.--Amadis des Gaules, poème espagnol de chevalerie du moyen âge, écrit par divers auteurs, traduit en français par ordre de François Ier.

23, +Bordeaux+.--Huon de Bordeaux, chanson de geste, autrement dit de faits héroïques du XIIe siècle.

25, +Discipline+.--C.-à-d. _le soing qu’on auoit à mon institution_ (qu’on apportait à mon éducation), comme le portent les éditions antérieures.

29, +Conniuer+.--Qui eut le bon esprit d’être de connivence, d’accord avec moi, en ayant l’air de ne pas s’en apercevoir.

30. +L’Æneide+.--Poème épique, l’un des chefs-d’œuvre de Virgile, ayant pour héros Énée, un des chefs de Troie, venu en Italie pour s’y établir, après la ruine de cette ville, et auquel les Romains faisaient remonter leur origine.

=286=,

2, +Parties+.--Acception tirée de l’anglais, signifie ici: qualités, talents, moyens intellectuels.

7, +Fainéantise+.--Var. des éd. ant.: _Stupidité_.

27, +Cognoissait+.--«Sous ses airs d’indolence, l’esprit de Montaigne n’en était pas moins, en effet, plein de hardiesse, couvant bien des audaces.» SAINTE-BEUVE.

=288=,

5, +Deformabat+.--Montaigne s’élève ici contre la réprobation qui, à cette époque et longtemps encore après, pesait sur les comédiens. De nos jours ils sont estimés à juste titre à l’égal des autres suivant la conduite privée de chacun, bien qu’on puisse leur reprocher à tous en général que la réclame à outrance qui se fait autour de leurs noms et qu’excusent les nécessités du métier, les porte trop à en prendre les exagérations pour des réalités, à quoi il faut ajouter qu’une différence existe entre eux plus accentuée que dans n’importe quelle autre carrière. Les artistes de second ordre (acteurs et chanteurs) qui vont pérégrinant de ville en ville, peinant à l’extrême pour arriver à jouer presque chaque jour des pièces différentes, gagnent peu, sont parfois obligés pour vivre à des compromissions que le besoin excuse, et leur considération s’en ressent. Combien autre est l’existence des coryphées de la profession, jouant cent fois de suite et plus la même pièce! Ils ont des loisirs que les précédents ne connaissent pas et en outre réalisent des bénéfices qui leur permettent la vie la plus large; à cela rien à dire. Seulement il y en a parmi eux qui oublient trop que le monde dépense sans compter pour ses plaisirs, alors qu’il est le plus regardant pour ce qui est de première nécessité, et ils jaugent leur valeur d’après l’argent dont on les comble et deviennent encombrants, s’estimant sans vergogne au-dessus de ceux-là mêmes dont ils interprètent les œuvres, ne se disant pas que dans Molière, dont ils s’honorent, c’est l’observateur, le moraliste, l’écrivain incomparables qu’on admire, et pas du tout l’acteur depuis longtemps ignoré de beaucoup.

8, +Valent+.--Qui méritent d’y être admis.

17, +Spectacles+.--Le premier édifice moderne, complètement clos, spécialement destiné à cet usage, a été élevé, vers 1500, par le Bramante, dans le Vatican, à Rome; ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle, qu’il a été construit en France des salles permanentes de théâtre.--Tout récemment, on a cherché à faire revivre dans le midi, à Béziers, à Orange, le théâtre en plein air, et cela a réussi surtout par l’originalité, la rareté du fait; mais ces immenses scènes antiques à ciel ouvert conviennent bien mieux aux jeux du cirque, aux combats de gladiateurs, aux courses de taureaux, qu’à des représentations littéraires.

17, +Diuertissement+.--Diversions, qui servent à détourner les gens de se livrer en secret, à l’écart, à des actions qui ne sont pas à louer.

17, +Occultes+.--Tout ce passage est en contradiction avec ce qu’a écrit plus tard J.-J. Rousseau sur ce même sujet des spectacles; et ce que Montaigne en dit est incontestablement plus vrai, plus solide et mieux pensé que les sophismes éloquents du philosophe de Genève.

22, +Espouser+.--Ce chapitre, qui ne saurait être ni trop loué, ni trop lu, ni trop médité, fait autorité en matière d’éducation; la partie de l’_Émile_ où J.-J. Rousseau traite cette question, n’en est qu’un commentaire. Ce sont les mêmes vues, les mêmes idées plus ou moins étendues ou resserrées, mais présentées d’une manière moins piquante, moins originale, avec une éloquence plus imposante sans doute, mais moins persuasive, parce qu’elle est moins naturelle. Il est à observer que les seuls préceptes véritablement utiles et pratiques sur l’éducation des enfants qu’on remarque dans le livre de Rousseau sont précisément ceux qu’il doit à Montaigne: pour peu qu’il s’écarte de son guide, il ne dit guère que des lieux communs, ou bien s’égare et se perd dans un dédale d’idées vagues, incohérentes, chimériques.

CHAPITRE XXVI.

Ce chapitre est numéroté XXVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

23, +Suffisance+.--Rien n’est plus vrai du fait même de notre raison dont la conception est des plus limitées, qui ne peut en outre juger que par déduction et est bien loin de voir les choses comme elles sont et en ignore toujours les causes premières, et plus encore par les influences des milieux ambiants qu’elle subit jusqu’à complet anéantissement.

Cet effet est particulièrement manifeste quand on considère à quelle omnipotence atteignent les croyances les plus contraires à la raison: «_Credo quia absurdum_, je crois par cela même que c’est absurde», aphorisme émis par Tertullien en matière de foi, est un axiome d’application constante.

De fait, une croyance ne dépend pas de la part de vérité ou d’erreur qu’elle peut contenir, mais uniquement des sentiments qu’elle fait naître et des sentiments qu’elle inspire. Impérative au suprême degré, elle n’admet ni analyse ni discussion et par elle les erreurs les plus évidentes se transforment en vérités éclatantes; chez les convaincus, l’intelligence la plus haute est impuissante contre l’entraînement de la foi; l’apôtre ne doute de rien, aucune difficulté ne l’embarrasse.

En dépit de tout raisonnement, les croyances communes constituent une force qui donne à un peuple une cohésion, une énergie qui contribuent dans la plus large mesure à sa sauvegarde; et l’un de nos plus grands dangers à l’époque actuelle est bien certainement de n’avoir plus guère de croyances communes (G. LEBON).

=290=,

29, +Saturúsque+.--Le texte latin porte _satiate_; _saturus_ mis pour _satur_ constitue un barbarisme. LE CLERC.

=292=,

1, +Iuger+.--Add. des éd. ant.: _des choses_.

2, +Nature+.--Les éd. ant. port.: _Dieu_.

12, +Rien trop+.--Maxime philosophique célèbre attribuée par ARISTOTE à Bias; PLINE en fait honneur à Chilon; DIOGÈNE LAERCE pareillement, mais ensuite il en dote Solon; on l’a attribuée à d’autres encore.--Elle a été émise à maintes reprises; on en retrouve le sens dans HOMÈRE; TÉRENCE, dans son _Andrienne_, la met dans la bouche d’un esclave: «Je pense, dit-il, que beaucoup est chose utile dans la vie, pourvu que beaucoup ne soit pas trop.» HORACE, dans sa satire I, la développe en deux vers souvent cités: «En toutes choses, il est certain tempérament, il y a des limites déterminées et le bien ne se trouve ni en deçà ni au delà.» ABSTEMIUS l’exprime de la sorte: «Nul immodéré ne dure longtemps.» «Trop, c’est trop,» a dit RIVAROL. «Surtout, Messieurs, pas de zèle,» répétait TALLEYRAND à ses diplomates. «L’excès en tout est un défaut,» est un aphorisme des plus usités. On dit encore: «De peu on jouit, de trop on pâtit.» Dans le _Paradis perdu_ de MILTON, Adam demande à l’ange Gabriel s’il vivra longtemps: «Oui, dit l’ange, si tu observes la règle: Rien de trop.» LA FONTAINE en a fait le titre d’une de ses fables et a dit d’elle avec vérité:

«Rien de trop est un point Dont on parle souvent et qu’on n’observe point.»

Enfin, on peut en dire aussi qu’elle était la maxime favorite de MONTAIGNE, qui aurait pu la prendre pour devise au même titre que «Que sçay-ie», car dans ses jugements en toutes choses, comme dans tous les actes de sa vie politique et privée, il en a fait une application constante.

15, +Moquer+.--En 1385. FROISSART, III, 17, dit que la rapidité avec laquelle la nouvelle en parvint du Portugal en France, au comte de Foix, fut attribuée à ce que celui-ci avait à son service un malin esprit qui lui rapportait la nuit les nouvelles de ce qui, présentant de l’intérêt pour lui, s’était passé la veille dans le monde entier.

25, +Perdue+.--En 93. Antonius Saturninus, qui commandait deux légions dans la Germanie supérieure, s’était soulevé et avait été battu par le lieutenant de l’empereur en Gaule. La distance du lieu du combat à Rome, évaluée par PLUTARQUE, _Paul Émile_, à 20.000 stades (le stade valant 150 pas environ), ce qui ferait 500 lieues, est en réalité de 250. La nouvelle s’en répandit dans la capitale de l’empire, le jour même où le fait se produisit, et Domitien, parti nonobstant à la tête d’une armée pour le combattre, rencontra, chemin faisant, le courrier qui lui était envoyé pour lui annoncer sa défaite.

26, +L’accident+.--_Guerre civile_, III, 36.

35, NATURE.--Il est exact que Pline présente comme vrais, nombre de faits qui depuis ont été controuvés, mais c’est inévitable, et dans le domaine de la science bien des vérités du jour au lendemain perdent cette qualité; c’est ainsi qu’il n’existe plus de gaz permanents, alors qu’il n’y a pas un demi-siècle, on en comptait cinq. Par contre, certaines autres de ses assertions que nous tenons comme invraisemblables, ne le sont sans doute que parce que nous ne les avons pas encore vérifiées: telle cette propriété qu’il relate de l’huile maintenant le calme dans une certaine mesure parmi les flots d’une mer agitée, ce que longtemps on a considéré comme une fable, jusqu’à ce qu’assez récemment le hasard l’ait confirmé. Pline, qui manquait des moyens d’investigation si nombreux aujourd’hui, a composé son Histoire naturelle, comme Buffon a écrit la sienne qui, sous le rapport de l’exactitude, laisse aussi fort à désirer, ce dont ce dernier est peut-être moins excusable, vu la différence des temps et une plus grande facilité de contrôle; il n’en est pas moins un auteur éminemment précieux qui a conservé à la postérité beaucoup d’indications, de procédés que nous avons utilisés et qui, sans lui, ne seraient pas parvenus jusqu’à nous.

38, +Impudence+.--L’édition de 1588 porte: _imprudence_.

39, +Tesmoigne+.--_De Civitate Dei_, XXII.--Les corps de ces deux frères, martyrisés au Ier siècle, découverts, d’après une tradition, en 380, par saint Ambroise, sur l’indication qu’eux-mêmes, dans une apparition, lui avaient donnée du lieu où ils avaient été ensevelis, furent transférés par ses soins dans la cathédrale qu’il faisait construire à Milan; et c’est dans le cours de cette translation, qu’un aveugle qui avait touché le brancard portant ces reliques avait recouvré la vue.

=294=,

12, +Recors+.--Témoins; du verbe latin _recordari_, se souvenir. D’où cette appellation donnée couramment à ceux qui assistent un huissier pour lui servir de témoins et lui prêter main-forte en cas de besoin.

16, +Frangerent+.--On s’étonne de voir Montaigne, surtout après avoir décliné la croyance aux miracles attribués à saint Hilaire, se faire le défenseur si zélé de ceux que rapporte saint Augustin, parmi lesquels se trouvent quelques cas de résurrection. La vertu et la piété des témoins ne sont pas en pareille matière d’importance primordiale, elles peuvent même porter à se défier de témoignages de personnes dont la foi a pu sur ce point troubler le jugement et faire préférer ceux de profanes moins portés à céder à semblable entraînement.--Il y a du reste un point qui, en fait de guérisons miraculeuses, donne à réfléchir: Pourquoi tous les miracles de cette nature, des temps anciens comme de nos jours, prêtent-ils tous à être expliqués par la science à laquelle il arrive de résoudre elle-même des cas semblables? Que n’a-t-on vu une fois, une seule fois, une impossibilité indiscutable se réaliser, quelqu’un amputé d’un membre, par exemple, ne serait-ce que d’un petit doigt, le recouvrer soudainement et en user, comme avant l’accident survenu; ce serait là un miracle indéniable que seraient obligés de reconnaître les plus incrédules.

26, +Creance+.--C’est ce triage entre les choses à croire et celles à ne pas croire qui dans l’Église a donné naissance à la plupart des hérésies et des schismes, ce qu’indique l’étymologie même du mot hérésie, αἵρησις;, qui signifie proprement choix; quant au schisme, de σχίσμα, division, il n’en est que la conséquence.

34, +Obeissance+.--C’est le principe même de la religion catholique et, de fait, une religion ne saurait être une sans cela; seulement l’application de cette autorité souveraine est chose délicate: l’obligation de ne pas empiéter sur ce qui n’est pas de son domaine, de s’adapter, dans chaque pays, à ses mœurs et à ses lois, de n’être ni oppressive ni opprimée, est de bien grande difficulté, d’autant que toute erreur, toute maladresse préjudicie, à tort mais d’une façon effective, à la religion elle-même, surtout en des temps comme les nôtres de libre discussion et d’indifférence religieuse.

39, +Sçauans+.--Add. des éd. ant.: _et bien fondez_.

CHAPITRE XXVII.

Ce chapitre est numéroté XXVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

=296=,

8, +Amitié+.--SHAKESPEARE s’est souvenu de ce chapitre dans _Hamlet_, où il en a transporté des passages entiers et nombreux.

10, +L’ensuiure+.--Le suivre des yeux, le regarder travailler, voir comment il s’y prend.

12, +Suffisance+.--Élaboré, travaillé avec tout le soin dont il est capable.

24, +Ignoré+.--Qui ne savaient pas qu’il était déjà désigné sous ce titre.

24, +Contre-vn+.--_Le Contre-un_, ou _Discours sur la servitude volontaire_ (Contre-un veut dire: contre le gouvernement d’un seul, la monarchie), opuscule d’une trentaine de pages in-octavo, est un pamphlet qui s’élève contre les abus du despotisme. Inspiré par les troubles de l’époque, il n’a pourtant pas trait aux événements d’alors, et de plus, il ne conclut pas.--Montaigne dans les éditions antérieures indique que LA BOÉTIE l’a composé à l’âge de dix-huit ans, et en fin de ce chapitre il dit seize, probablement pour mieux faire valoir la précocité d’esprit de son ami, car il ne se pique guère en général d’exactitude. Ce serait, d’après cela, vers 1548 que ce discours aurait été écrit; mais il témoigne d’une maturité de talent qui donne à penser à certains qu’il pourrait bien dater de 1554, alors que l’auteur avait vingt-quatre ans, ou tout au moins qu’il a été retouché à ce moment; ils s’appuyent pour cela sur ce qu’il y est fait mention de du Bellay qui n’avait rien publié avant 1549, de la _Franciade_ de Ronsard et d’autres poètes de la Pléiade, dont les poésies commençaient seulement à se répandre.--Ce n’est que dix ans environ après la mort de l’auteur, en 1574, que cet écrit fut publié pour la première fois à Bâle, et encore en latin et par extraits; il ne l’a été intégralement et en français qu’en 1576, à Genève, inséré, comme du reste en 1574, dans un recueil comprenant d’autres pièces s’inspirant de la même idée. Du reste, il produisit peu d’effet sur le moment et n’a réellement acquis de la vogue qu’aux époques révolutionnaires, en 1789, 1852, où on le remit en lumière, adapté aux besoins du moment. Par lui, on a fait de La Boétie un précurseur des révolutions modernes: de telles idées étaient bien loin de son caractère, et ce discours a été de sa part un morceau purement littéraire où les sentiments généreux et la fougue de la jeunesse se sont donné carrière, plutôt qu’une œuvre politique réfléchie. BONNEFON. V. =I=, 318.

25, +Ieunesse+.--Les éd. ant. aj.: _N’ayant pas atteint le dix-huitiesme an de son aage_.

38, +Gentil+.--A ici le sens de généreux qui se retrouve dans «gentilhomme», mais dans lequel il n’est plus guère employé aujourd’hui, sauf dans quelques rares localités, avec tendance à disparaître complètement.

=298=,

6, +Ciuiles+.--L’édit de janvier 1562, sous le règne de Charles IX encore mineur. Cet édit accordait aux Huguenots l’exercice public de leur religion. Le parlement refusa d’abord de l’enregistrer, en disant: «_Nec possumus, nec debemus_ (nous ne pouvons et ne devons)», et finit par s’exécuter après deux lettres de jussion. Il y a dans cet édit une sorte de règle de conduite pour les Protestants; il y est dit qu’«ils n’avanceront rien de contraire au concile de Nicée, au Symbole des Apôtres, ni à l’Ancien et au Nouveau Testament».

7, +Place+.--Le mémoire de La Boétie sur cet édit, si jamais il a été imprimé, n’existe plus. On ignore dans quel sens il était écrit; il est à supposer toutefois, étant donné le caractère de l’auteur et l’opposition que cet édit rencontrait, qu’il devait en approuver la teneur et constituer un plaidoyer en faveur de la tolérance religieuse.

10, +Lumiere+.--A Paris, en 1571.--Les œuvres de La Boétie se composent: d’une traduction de l’Économique de Xénophon, parue sous le titre de Mesnagerie; de celle de deux petits traités de Plutarque, de fragments du Dante; pièces de vers latins, de vers français, du Discours sur la servitude volontaire et de Mémoires sur nos troubles résultant de l’édit de janvier 1562. Ces deux derniers opuscules, Montaigne ne les publia pas, craignant qu’ils ne devinssent une arme pour les fauteurs de désordre de l’époque; la note ci-dessus, =I=, 296, _Contre-vn_, indique ce qui advint du premier. V. N. =I=, 320: Main.

19, +Siecles+.--A l’appui de sa thèse, Montaigne aurait pu indiquer ceux qui, dans l’antiquité, ont eu des liaisons de cette nature: Hercule et Philoctète, Thésée et Pirithoüs, Oreste et Pylade, Pythias et Damon, Épaminondas et Pélopidas, Alexandre et Héphestion, Scipion et Lelius, et pour clore par un mot de Phèdre: «Rien de plus commun que le nom, de plus rare que la chose.»

20, +Aristote+.--_Morale à Nicomaque_, VIII, 1.

=300=,

5, +Enfans+.--L’infanticide est commun en Chine; il y a nombre de gens, même à leur aise qui ne gardent pas plus de deux ou trois enfants. _Annales de la propagation de la Foi._

7, +L’aultre+.--Les éd. ant. aj.: _L’amitié n’en vient iamais là_.

8, +Aristippus+.--DIOGÈNE LAERCE, II.

11, +Plutarque+.--_De l’amitié fraternelle._

14, +Dilection+.--Tendresse, affection, du latin _dilectio_, qui a même signification.

15, +Alliance+.--Ce terme de «frère» était souvent employé à cette époque pour marquer les relations d’affection entre personnes que n’unissait aucun lien du sang. C’est dans ce même ordre d’idées que Montaigne appelait Mademoiselle de Gournay sa fille d’alliance; ne dit-on pas dans le même sens des «frères d’armes» et «frères» et «sœurs» dans les communautés religieuses. Cette appellation est d’usage courant chez les peuples sémitiques, c’est à elle qu’est probablement due cette assertion de RENAN, dans la _Vie de Jésus_, cette si charmante idylle, que Notre-Seigneur avait des frères.

18, +Fraternelle+.--Allusion probable au droit d’aînesse qui subsistait alors, d’après lequel l’aîné avait des privilèges et était favorisé, souvent de la façon la plus abusive, dans la succession des parents, et qui n’était pas sans avantage au point de vue de la société. Il maintenait la famille en lui donnant un chef et à ce chef une situation qu’il devait utiliser pour aider tous autres à se tirer d’affaire. Ce droit, aujourd’hui aboli en France, survit encore dans quelques majorats, immeubles ou dotations inaliénables attachés à la possession d’un titre de noblesse et permettant au titulaire de garder son rang. L’idée essentielle sur laquelle reposait le droit d’aînesse était d’empêcher la noblesse de péricliter, l’idée de la famille n’en était qu’une résultante; c’est au contraire exclusivement cette dernière qui a donné naissance à la pensée récemment émise de permettre de constituer des biens familiaux destinés à parer à la désagrégation de la famille, amenée par les exigences de l’existence et les facilités de se répandre au loin; biens de valeur restreinte, mais qui, bénéficiant de certaines immunités, demeureraient, quoi qu’il arrive, un centre à l’abri de toute éventualité.

20, +Souuent+.--«_Rara concordia fratrum_ (la concorde, chose rare chez des frères)», est une maxime de jurisconsultes.

«Le frère est ami de nature, Mais son amitié n’est pas sûre.»

28, +Amitié+.--«Le sort fait les parents, le choix fait les amis» (DELILLE).

=302=,

15, +Vsage+.--L’abbé SAGETTE estime trop au-dessus de tout autre sentiment cette amitié bien éthérée pour de simples mortels, et que son culte pour la mémoire de son ami emporte l’auteur des Essais au delà de l’humaine nature, incapable d’un sentiment platonique si pur et si désintéressé.

25, +Fins+.--L’éd. de 80 aj.: _comme de la generation, alliances, richesses_.

31, +Durable+.--Mais inversement. Les femmes haïssent mortellement pour des sujets très légers. Mme DE GENLIS.

37, +Reietté+.--Contre cette opinion qui regarde les femmes comme peu propres à l’amitié, THOMAS, littérateur français du XVIIIe siècle, dans son _Essai sur les femmes_, 1773, dit: «Rien ne leur échappe, elles devinent l’amitié qui se tait, encouragent l’amitié qui souffre»; les rapports de Mme Récamier (1778 à 1849) avec de Chateaubriand et Ballanche témoignent de la vérité de cette appréciation; en amour, Thomas leur accorde les mêmes délicatesses.

38, +Grecque+.--Passage des plus curieux où est fort bien expliqué ce que c’était que cet amour des Grecs pour les jeunes gens, dont on a tant et si diversement parlé.

=304=,

33, +Achilles+.--Achille, roi des Myrmidons, peuple de Thessalie (anc. Grèce); le plus fameux des héros grecs qui prirent part à la guerre de Troie et immortalisé par Homère dans l’Iliade; célèbre en particulier par sa liaison avec Patrocle, tué par Hector qu’Achille tue à son tour pour venger la mort de son ami, et tué lui-même par Pâris d’une flèche au talon, seule partie de son être qui fût vulnérable (=XIIIe= siècle). Son nom, dans toutes les langues, est synonyme de bravoure et d’intrépidité.

=306=,

7, +Aristogiton+.--Aristogiton était l’amant de Harmodius. Hipparque, qui gouvernait Athènes, conjointement avec son frère Hippias, cherchant à s’imposer à Harmodius, celui-ci et Aristogiton le tuèrent. D’autres disent qu’Hipparque, insulté par Harmodius, s’en vengea en insultant la sœur de ce dernier, qui avec l’aide de son ami tua l’insulteur. Ce faisant, Harmodius tomba lui-même sous les coups des gardes de son ennemi, tandis qu’Aristogiton, arrêté, périssait peu après dans les tortures. Leur mort fut le point de départ d’un mouvement populaire qui délivra Athènes du joug de la tyrannie, =509=.