Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 61
En France, oublieux de cet autre passage des Essais: «Ce n’est pas vne ame, ce n’est pas vn corps qu’on dresse, c’est vn homme; il ne faut pas les dresser l’vn sans l’autre, mais les conduire également» (=I=, 266), dans les programmes d’instruction secondaire, on n’attache pas aux exercices physiques, à la vie au grand air, une importance suffisante, et au grand préjudice du développement corporel de l’adolescent on exagère la durée des classes et des études; son éducation morale est pareillement nulle ou à peu près et l’enseignement intellectuel à la fois trop étendu, trop superficiel, embrassant trop d’inutilité et mal donné. Partant de ce principe faux en matière d’éducation que la théorie doit précéder la pratique et que les connaissances entrent dans l’entendement par la mémoire, l’enseignement classique s’adresse uniquement à celle-ci, gavant ses élèves d’autant de matières, pour la plupart inutiles, que le temps le permet, sans même lui donner seulement celui de les digérer et sans avoir recours simultanément à l’enseignement par les yeux et les oreilles qui seul fait naître en nous l’esprit d’observation, l’habitude de réfléchir, de raisonner, la faculté de déduire l’inconnu du connu et est de nature à développer sa volonté, son jugement, son initiative, sa valeur morale, de former en un mot des caractères. Aussi, quand cette instruction prend fin, que l’étudiant devenu homme, livré à lui-même, en arrive à l’application, ce n’est le plus souvent qu’un incapable chez lequel les germes de ces qualités primordiales sont atrophiées, de là le naufrage de tant d’intelligences et de caractères, une tendance à éviter ce qui peut être difficulté, une profonde indifférence pour ce qui se passe en dehors de lui, défauts caractéristiques de notre race, dont la décadence est fatalement liée à ces affaiblissements physiques, intellectuels et moraux de l’individu, qui le plus souvent n’est qu’un mineur que toute sa vie durant il faudra diriger.
Au lieu de former des industriels, des agriculteurs, des commerçants, des colonisateurs, cet enseignement, dit classique, ne peut conduire qu’aux professions libérales et en raison de l’énorme disproportion entre le nombre des appelés et celui des élus, il crée cette multitude de déclassés et de mécontents qui végètent et parmi lesquels le socialisme recrute ses adeptes les plus fervents.
Quelques efforts ont bien été faits pour, concurremment avec l’enseignement classique, développer en France l’enseignement professionnel qui aux connaissances générales réduites au minimum joint l’enseignement pratique d’une quelconque des branches des arts, des sciences, de l’industrie, de l’agriculture ou du commerce suivant la spécialité de l’école, mais ce progrès s’est effectué sans faire la place plus grande à l’éducation physique et morale, et là encore prévalent l’instruction théorique et la récitation des manuels; aussi ne saurait-on s’étonner que dans de semblables conditions, cet enseignement dont ont si fort à se louer les peuples qui en ont fait la base de l’éducation, ne produise pas en France les mêmes heureux résultats.
Chez les Anglo-Saxons notamment le système suivi est le contrepied de celui admis en France; l’enseignement professionnel en raison de son utilité et de ses avantages prédomine. Partant de ce principe que l’expérience qui seule instruit les hommes, est aussi seule capable d’instruire la jeunesse, on en déduit que la pratique doit précéder la théorie, par suite les langues s’enseigner tout d’abord en les parlant, les sciences physiques par les manipulations, un métier, une profession par l’apprentissage, donnant, de ce fait même, occasion de se développer à l’esprit d’observation, à la réflexion, au jugement, à la volonté, à l’initiative, à la persévérance. Laissé libre de bonne heure et ayant possibilité d’agir de lui-même, c’est par les conséquences qui résultent pour lui de ses actes, que l’étudiant arrive à distinguer le bien du mal et contracte cette discipline interne qui constitue la moralité; il se développe au physique et acquiert du coup d’œil, l’esprit de solidarité, l’empire sur soi, le dévouement aux intérêts de la collectivité; quant au respect de l’ordre public, des coutumes établies, à l’obéissance à l’autorité, c’est affaire de mœurs et de mentalité de race. Dans ces conditions, au sortir même du collège, le jeune Anglais, avec une instruction générale restreinte, n’a aucune difficulté à trouver sa voie, et est à même d’apprendre en peu de temps le complément dont il peut avoir besoin pour la suivre et le plus souvent devenir quelqu’un.
Aujourd’hui que le télégraphe et la vapeur en réduisant les distances ont fait du monde un seul et même théâtre d’action, le succès est acquis aux peuples dont les individualités sont tout à la fois capables, bien trempées au physique et au moral, dont l’émancipation est complète, et l’esprit de solidarité absolue, quand il s’agit d’intérêts collectifs; cela nous place incontestablement dans une situation désavantageuse pour le présent et inquiétante pour l’avenir.
Pour y remédier, au mieux de ce qui est possible, en ce qui concerne l’éducation, il y aurait lieu en France, de:
Transférer lycées et collèges des villes à la campagne, ce qui est relativement facile en raison de la rapidité des communications.
Réduire dans une notable proportion la durée des classes et des études et donner aux jeux et aux exercices physiques la même importance qu’aux autres branches de l’éducation.
Faire de même touchant l’éducation morale; donner de bonne heure et progressivement aux élèves plus de liberté, les abandonnant à eux-mêmes dans une assez large mesure afin de leur apprendre à se conduire.
Pour la généralité, réduire l’enseignement classique au strict nécessaire de mnémonique, le rendre expérimental; à l’étude du grec et du latin qui est sans profit, substituer des traductions et une étude plus sérieuse des langues vivantes. Supprimer les concours, les classements, les diplômes, toutes choses où la chance a trop de part et qui engendrent la jalousie plus que l’émulation, crée des espérances trop souvent chimériques, et les remplacer par des examens de passage d’une classe à une autre.
Mais que de difficultés pour la réalisation de pareilles réformes, qui devraient commencer par celle même des professeurs qui, dressés à une méthode qu’ils tiennent pour excellente, dont ils ont le train-train et qui les fait vivre, sont incapables d’en concevoir et d’en appliquer une autre; en second lieu, il faudrait rendre irresponsables les chefs d’établissement, sauf le cas de lourde faute, des quelques inconvénients et accidents qu’entraîne inévitablement de temps à autre le système; et aussi faire que les parents acceptent de voir leurs enfants retardés dans leurs classes, quand ils ne sont pas jugés aptes à passer à la classe supérieure, sans qu’il en résulte du discrédit pour l’établissement. Enfin et par-dessus tout, il y aurait à modifier l’esprit public, de telle sorte que l’enseignement classique, qui en raison de son inutilité est chose de luxe, ne soit donné qu’à ceux auxquels leur état de fortune permet de ne rien faire, au lieu de s’étendre de plus en plus, par l’octroi de bourses, si bien que dans notre pays, dont la population agricole, commerciale et industrielle est les 9/10 de la population totale, la clientèle de l’enseignement professionnel n’est que le 1/8 du nombre de nos étudiants; et ce, parce que pour la plupart des emplois de tout repos des administrations de l’État, dont l’obtention est le desideratum de la majorité des Français, pour lesquels quelque garantie d’instruction est demandée, les diplômes de l’enseignement classique sont à peu près les seuls admis ou tout au moins dont il soit tenu compte; à quoi s’ajoute ce préjugé qui longtemps encore pèsera sur nous, par suite duquel le plus infime clerc, le plus humble fonctionnaire, le moindre employé, le plus modeste professeur se croient d’une caste bien supérieure à celle d’un industriel, d’un commerçant, d’un artisan ou d’un paysan dont les travaux cependant exigent beaucoup plus d’intelligence. Malheureusement aussi, avec la propension de l’Université à monopoliser l’instruction, et de la sorte supprimer la concurrence, il est à craindre que ces errements néfastes se perpétuent au point que le mal devienne irrémédiable.
Notons encore que l’enfant ne peut plus tout apprendre, qu’il faut choisir, et nos programmes, nos méthodes, nos établissements d’instruction ne répondent plus à la diversité des vocations et des mœurs, aux conditions changeantes de la vie moderne; par suite aussi, un lycée, un collège ne saurait davantage demeurer un froid immeuble administratif, taillé sur un modèle uniforme, celui si peu attrayant, si généralement dénué d’air et de lumière que nous connaissons.
39, +Lasse+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 122.
41, +Garçon+.--_Dans un college_, comme portent les éd. ant.; qu’on l’y mette interne.
=264=,
8, +Affolé+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 62.
25, +Faire+.--PLUTARQUE, _Symposiaques_ (mélanges), I, 1.
33, +Conuiue+.--Banquet, festin, repas (en latin _convivium_); nom d’un dialogue de Platon.
38, +Autres+.--C.-à-d. il n’y a pas doute qu’ainsi dressé à la recherche et à l’amour de la vertu, il ne soit moins désœuvré que les autres.
=266=,
11, +Platon+.--Cité par PLUTARQUE dans le traité _Des moyens de conserver la santé_.
16, +Il se fait+.--Var. des éd. ant. à 88: _aux colleges où_.
17, +Lettres+.--Add. des éd. ant. à 88: _et leur en donne goust_.
25, +Dameret+.--Efféminé, qui fait le beau et cherche à plaire aux dames.
31, +Office+.--Leur devoir; pendant les classes, les études, la récitation des leçons.
36, +Quintilian+.--_Instit. orat._, I, 3.
=268=,
1, +Graces+--Étaient dans l’antiquité la personnification de ce qu’il y a de plus séduisant dans la beauté. Elles étaient au nombre de trois: Aglaé (qui excite l’admiration), Thalie (qui inspire la joie), Euphrosyne (qui réjouit l’âme); on les représentait sous la figure de trois jeunes vierges nues, sans ceinture, les mains et les bras entrelacés, formant des danses gracieuses autour de Vénus. MYTH.
2, +Speusippus+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 1.
15, +Soleil+.--SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrrh. Hyp._, I, 14.
19, +Cocqs+.--PLUTARQUE, _De l’envie et de la haine_, vers le commencement.--Alexandre le Grand frémissait, dit-on, au seul toucher d’une pêche; Turenne se trouvait mal, assure-t-on, s’il voyait une araignée: petites faiblesses de grands homme, si cela est exact.--Jacques Ier d’Angleterre, qu’on ne saurait mettre sur le même rang, se trouvait mal, dit-on encore, à la vue d’une épée nue; peut-être était-ce le souvenir de sa mère qui l’obsédait.--Plusieurs membres de la famille de Candale, avec laquelle Montaigne était lié, et c’est probablement à eux qu’il fait allusion ici, ne pouvaient supporter l’odeur de la pomme.--Ambroise Paré en dit autant de Wladislas, roi de Pologne, et cite des exemples de l’horreur inspirée par le pain, les œufs, les légumes, les chats, les souris, les araignées, etc...--Les cas de ces singulières antipathies et autres analogues sont fort nombreux, en voici quelques autres: Alaüs Borrichius cite un cabaretier qui frémissait et se couvrait d’une sueur froide, quand il voyait du vinaigre; une demoiselle qui ne pouvait regarder une plume, sans jeter des cris; un gentilhomme écossais qui pleurait à l’aspect d’une anguille.--Le maréchal de Brézé s’évanouissait à la vue d’un lapin; la fièvre s’emparait d’Erasme, dès qu’il voyait ou sentait du poisson; Joseph Scaliger tremblait en apercevant du lait, et ne pouvait souffrir davantage le cresson; l’illustre mathématicien Cardan avait horreur des œufs; Ladislas Jagellon redoutait les pommes; si l’on faisait sentir ce fruit à un sieur La Chesnaye, secrétaire de François Ier, le sang s’échappait en abondance de ses narines; on cite des gens que le froissement d’une robe de soie fait tomber en pâmoison.--Samuel Pelissius parle d’un homme qui se troublait et divaguait, quand il voyait de la salade; un autre éprouvait une douleur aiguë quand on parlait des pieds ou de ce qui s’y rapporte, bas, souliers, etc., et cette douleur cessait dès qu’on parlait de la tête ou de ce qui s’y rapporte, cheveux, etc...--Henri III ne pouvait demeurer dans une chambre où était un chat; le maréchal de Schomberg avait la même aversion.--Un conseiller au parlement de Bordeaux avait été si effrayé à la vue d’un hérisson qu’il crut, pendant plus de deux ans, que ses entrailles étaient dévorées par cet animal.--D’après Pierius Valerianus, l’odeur des roses faisait évanouir le cardinal Caraffa; il en dit autant d’un cardinal de Cordoue, d’un évêque de Breslau; et ce qui est plus particulier, il cite un espagnol, Dom Juan Rual de Polemaque, sur lequel entendre prononcer le mot _Lana_ produisait le même effet.--Balzac a écrit: «La rose est mon inclination, comme c’était l’aversion de M. le chevalier de Guise»; Catherine de Médicis ne pouvait non plus en supporter l’odeur.--Le chancelier Bacon tombait en défaillance, quand il y avait une éclipse de lune; le duc d’Epernon quand, dans un repas, on lui servait du levraut; le maréchal d’Albret, du marcassin.--Il existe sur ce sujet deux ouvrages publiés l’un en 1617, l’autre en 1665, le premier de Sagittarius, savant allemand, le second de Martin Schoockius, savant hollandais. PAYEN.
26, +Boucle+.--C.-à-d. contenir. Métaphore tirée de l’usage où l’on est de boucler une jument par l’interposition d’un anneau pour empêcher qu’elle ne soit saillie, ce qui était également le principe des ceintures de chasteté du moyen âge, dont le musée de Cluny, à Paris, a des spécimens; se dit aussi de quelqu’un jeté en prison.
32, +D’autant+.--Boire d’autant, c’est faire raison, tenir tête à quelqu’un à table, buvant à chaque invitation qu’il vous en fait en buvant lui-même.
=270=,
7, +Recita+.--Peut-être Gaspard de Schomberg, qui était reçu à Montaigne et qui a rempli pour la France diverses missions en Allemagne, et avait été notamment chargé par Charles IX d’aller justifier auprès des seigneurs de cette contrée les massacres de la Saint-Barthélemy en faisant connaître les nécessités qui avaient motivé cet acte politique.
9, +Alcibiades+.--PLUTARQUE, _Alcibiade_, 14.
18, +Vtramque+.--Montaigne emploie ces deux vers dans un sens directement opposé à celui qu’ils ont dans Horace, d’où ils sont tirés.
19, +Leçons+.--Var. des éditions antérieures: _Voicy mes leçons, où le faire va auec le dire. Car à quoy sert il qu’on presche l’esprit, si les effects ne vont quant et quant?_ au lieu de: «Voicy... escrites» (19 à 32).
20, +Voyez+.--«Voulez-vous, disait S. GRÉGOIRE, un abrégé de la règle de saint Benoît, considérez sa vie; voulez-vous un précis de sa vie, considérez sa règle: l’une est l’expression de l’autre.»
21, +Platon+.--Dans le dialogue intitulé _Les Rivaux_.
27, +Philosophe+.--Ce n’est pas Héraclite, mais Pythagore, qui fit cette réponse; ce fait rapporté par CICÉRON, _Tusc._, V, 3, a été relevé par lui dans un livre d’Héraclite.
32, +Escrites+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 48.
=272=,
7, +Paroles+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.
9, +Babil+.--Plus encore que chez toute autre race, l’exubérance de paroles existe chez les Latins, dont nous sommes. De tous temps, ils ont été grands discoureurs, amis des mots et de la logique, se préoccupant très peu des faits et faciles à gagner à toute idée présentée dans un beau langage. Aujourd’hui chacun s’en mêle et il n’est même plus besoin de logique; pour réussir, il ne suffit plus, en France, mais c’est une chose à laquelle rien ne supplée, que d’être prêt à parler, à l’impromptu, sur quoi que ce soit, et à même de trouver de suite des arguments, tout au moins bruyants, pour répondre à ses adversaires; la compétence, pas plus que la vérité et la sincérité, ne sont nécessaires; des lieux communs, un langage tant soit peu amphigourique, des évocations flattant les passions de l’auditoire assurent le succès; et cette nécessité d’être à même de parler sans réfléchir est telle, qu’elle élimine des affaires publiques, et notamment du Parlement, nombre d’hommes de valeur réelle et de jugement pondéré.
33, +Ombrages+.--Ombres, apparences, ou encore aperçus, comme on dit aujourd’hui.
39, +Tiens+.--Add. des éd. ant.: _que qui en a l’esprit_.
=274=,
2, +Bergamasque+.--Le patois de Bergame passait, du temps de Montaigne, pour le langage le plus grossier de l’Italie.
7, +Pas+.--C.-à-d. pas plus que ne fait, que ne sait.--Un emploi analogue du verbe faire se retrouve dans cette expression «si fait», encore en usage: «Vous ne mangez pas?--Si fait (si, je fais l’action de manger)».
7, +Petit pont+.--Aujourd’hui, pont du Châtelet, un des trois premiers ponts de Paris, ainsi nommé par opposition au Grand pont, devenu le Pont au Change et actuellement le Pont-Neuf.
10, +Maistre és arts+.--Gradué des anciennes universités à la suite d’épreuves soutenues avec succès, qui avait qualité pour enseigner les humanités et la philosophie; arts était alors synonyme de lettres.
15, +Afer+.--TACITE, _Dial. des Orateurs_; le texte latin porte Aper.
22, +Faire+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.
28, +Feray+.--PLUTARQUE, _Instruction pour ceux qui manient les affaires d’État_, 4.
30, +Consul+.--PLUTARQUE, _Caton_.--Montaigne donne un sens trop général à la réflexion de Caton qui ne se moquait pas de l’éloquence de Cicéron. mais de l’abus qu’il en fit, dans le temps de son consulat, un jour que, plaidant pour Muréna contre lui Caton, il se mit à tourner en ridicule les principes essentiels de la philosophie stoïcienne, d’une manière par trop comique, peu digne de la fonction qu’il occupait, ce qui lui attira cette observation de son adversaire plus piquante que tous les traits qu’il venait de lui décocher. COSTE.--Cicéron était, du reste, lui-même fort porté à l’épigramme. Dans ses _Saturnales_, MACROBE cite quelques-unes de ses plaisanteries. Parlant de César: «La ceinture m’a trompé», dit-il, faisant allusion à ce qu’il portait sa toge à la mode des jeunes gens efféminés, lui qui était l’homme d’action par excellence. De Pompée, qui venait de concéder le droit de cité à un barbare: «Il le donne aux autres et est impuissant à nous le rendre à nous-mêmes.» De Caninius Dibulus fait consul, en =45=, la veille du jour où finissait l’année, avec laquelle sa charge prenait fin: «Nous avons eu en Caninius un consul vigilant; de tout son consulat il n’a pas goûté le sommeil.»
35, +Force+.--C.-à-d. n’importe, il n’y a pas lieu de s’y opposer, de l’y contraindre. Cette locution se retrouve avec le même sens dans Rabelais.
=276=,
10, +Vers+.--PLUTARQUE, _Si les Athéniens ont été plus excellents en armes qu’en lettres_, 4.--On raconte à peu près la même chose de Racine qui écrivait d’abord ses pièces en prose et les estimait terminées, lorsqu’il ne lui restait plus qu’à les mettre en vers.
11, +Le demeurant+.--Var. des éd. ant.: _les mots, les pieds et les césures qui sont à la vérité de fort peu au pris du reste. Et qu’il soit ainsi_...
18, +Fera il+.--C.-à-d. mais que fera notre jeune élève, si on le presse...--Montaigne revient ici à son principal sujet, qu’il semblait avoir entièrement perdu de vue.
20, +Desaltere+.--Parmi les singularités de ce genre, nous rappellerons encore celle-ci: «Vous avez des cornes ou vous n’avez pas de cornes: Or vous n’avez pas de cornes, donc vous avez des cornes.»
21, +Respondre+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 49.
23, +Empesche+.--DIOGÈNE LAERCE, II.
26, +Aage+.--DIOGÈNE LAERCE, VII.
36, +Querir+.--Montaigne détourne, en effet, assez fréquemment le sens des citations qu’il donne; il était capable d’inventer le procédé; mais il a pu le trouver dans saint Paul, ainsi que le reconnaît saint Jérôme.
36, +Suiure+.--«Qui traite un beau sujet, est sans peine éloquent.» EURIPIDE.
37, +Aller+.--J.-J. Rousseau a dit aussi: «Toutes les fois qu’à l’aide d’un solécisme, je pourrai me faire mieux entendre, ne pensez pas que j’hésite.» Il s’est bien fait entendre sans avoir besoin de solécismes; mais cette phrase montre qu’il était aussi peu esclave que Montaigne des exigences de la grammaire. LE CLERC.
=278=,
3, +Brusque+.--Montaigne excelle, en effet, à user du laconisme, témoin le membre de phrase qui se rencontre quelques lignes plus haut: «Que le Gascon y arrive, si le François n’y peut aller.»
4, +Feriet+.--Épitaphe de Lucain, citée dans la Bibliothèque latine de Fabricius.
5, +Affectation+.--Les éd. ant. aj.: _et d’artifice_.
7, +Fratesque+.--Monacal, de l’italien _fratre_, moine.
8, +Cæsar+.--Add. des éd. de 80, 82 et 87: _Qu’on lui reproche hardiment ce qu’on reprochoit à Séneque, Que son langage estoit de chaux viue, mais que le sable en estoit à dire._
9, +Appelle+.--SUÉTONE, _César_, 55, ne dit pas que l’éloquence de César était soldatesque, c.-à-d. brève, saccadée, nerveuse, comme on imagine le langage du soldat, parce que la devise qui lui convient est «_acta non verba_ (des actes et non des paroles)», mais que, sous ce rapport aussi bien que sous celui des talents militaires, il est hors de pair. L’erreur de Montaigne vient de ce que certaines éditions de l’auteur latin sont mal ponctuées en ce passage; par suite sa remarque à cet égard est sans objet.
22, +Soy+.--C.-à-d. l’éloquence qui fixe toute l’attention de l’auditeur fait tort aux choses dont on parle, elle en fait en quelque sorte la critique.
27, +Paris+.--Quand on demandait à MALHERBE son avis sur quelque mot français, il renvoyait ordinairement aux crocheteurs du Port au Foin, disant que c’étaient ses maîtres pour le langage, ce qui a donné lieu à cette protestation de RÉGNIER:
«Comment! Il faudrait donc pour faire une œuvre grande, Qui de la calomnie et du temps se défende Et qui nous donne rang parmi les bons auteurs, Parler comme à Saint-Jean parlent les crocheteurs.»
Il y a toutefois lieu de croire que cette indignation était inspirée à Régnier plus par son esprit de contradiction que par ses convictions, si on s’en rapporte au jugement que BOILEAU a porté sur lui:
Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait l’auteur.
30, +Seulement+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 13.
37, +Platon+.--_Des Lois_, I.
40, +Meilleurs+.--Les éd. ant. port.: _miens_.
40, +Disoit+.--STOBÉE, _Serm._, 34.
=280=,
25, +Latine+.--Cet Allemand se nommait Horstanus; il professa dans la suite au collège de Guyenne. Le père de Montaigne essaya d’en agir de même pour ses autres enfants; il dut y renoncer par la difficulté de trouver à qui en donner la charge.
28, +Moy+.--Latiniser ainsi, c’est bien; mais que devient, durant ce temps, la douce et irremplaçable éducation, qui ne peut se donner en latin, que nous recevons sur les genoux de nos mères, qui forme nos premiers élans vers les choses généreuses, notre première préparation aux combats de la vie? A l’égard de Montaigne, cette manière de faire a dû favoriser en lui l’impatience de toute règle et de toute discipline. MARGERIE.
=282=,
4, +Romanorum+--Ouvrage estimé, publié en 1555.
6, +Temps+.--Dans ses ouvrages, Muret expose en un parfait latin antique des idées toutes modernes. On a de lui des notes sur les auteurs anciens, dont ses études ont beaucoup contribué à épurer les textes, des Harangues, des Poésies et des Épîtres.--On raconte de lui qu’étant en Italie, il tomba gravement malade et entra dans un hôpital. Là, deux médecins délibérant près de lui sur le traitement à suivre à son égard, et le prenant pour un homme du commun, ils se dirent en latin: «_Faciamus periculum in anima vili_ (Que risquons-nous sur un être de rien)?» pensant bien n’être pas compris; et Muret de leur crier aussitôt: «_An vilis anima pro qua mortuus est Christus_ (Eh quoi, n’est-ce rien, un être pour lequel le Christ a donné sa vie)?» Et il sortit au plus vite de ce lieu pour échapper aux expériences. BOUILLET.