Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Part 58

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35, +Cæpio+.--Ces conspirations eurent lieu: celle de Lépide en =28= (ce Lépide était fils du triumvir et neveu de Brutus); celle de Murena (celui-ci était beau-frère de Mécènes) et de Cæpio en =21=; celle d’Egnatius en =18=. Eux et leurs complices furent mis à mort.

=190=,

20, +Libertin+.--Affranchi, du latin _libertus_ ou _libertinus_; l’affranchi était l’esclave rendu à la liberté.

38, +Trahison+.--Ce même duc de Guise dont il est parlé au commencement du chapitre et qui, après avoir échappé à l’attentat médité contre lui à Rouen, fut assassiné l’année suivante, 1563, au siège d’Orléans.

=192=,

6, +Euenemens+.--Comme contre-partie de ce qui advint entre Auguste et Cinna, et pour confirmer l’intitulé que Montaigne a donné à ce chapitre, on peut en rapprocher le récit ci-après qu’on trouve dans LUITPRAND, relatif à l’empereur Béranger I, roi d’Italie, arrière-petit-fils de Charlemagne: «Dans l’enceinte même de Vérone, cette ville jusque-là si fidèle à Béranger, des traîtres complotèrent sa mort. Leur chef était Flambert, comblé de bienfaits par Béranger, qui avait même voulu être le parrain de son fils. Le vieil empereur (Il avait déjà 36 ans de règne) eut connaissance de la conspiration et voulut cette fois encore pardonner. Il fit venir Flambert, lui rappela en termes pathétiques tout ce qu’il avait fait pour lui: «On m’a pourtant dit, ajouta-t-il, que tu en voulais à ma vie; c’est impossible! Tu me dois tout, dignités et richesses; j’ai fait pour toi ce que je n’avais fait pour personne, et ne m’en tiendrai pas là, si tu persistes dans la fidélité que tu m’as jurée.» Puis, lui présentant une coupe d’or, pleine d’un vin précieux: «Bois à ma santé, lui dit-il, et garde la coupe pour l’amour de moi.» Cette magnanimité fut sans effet sur l’âme du traître, qui ne profita de la clémence du roi que pour hâter sa mort, 924.

22, +Part+.--Dans le domaine de l’électricité, par exemple, cette fée des temps modernes, que de découvertes primordiales dues au hasard, mais observées par des hommes de génie!--C’est ainsi, pour ne relever que les principales, qu’une grenouille dépouillée pour en étudier la structure anatomique, suspendue à un balcon par un fil de cuivre et dont les cuisses éprouvent un mouvement de contraction chaque fois que le balancement produit par le vent, lui fait toucher le fer du balcon, observée par Galvani, étudiée par Volta, amène ce dernier à imaginer la pile électrique.--Œrstedt démontrant que le courant d’une pile peut faire rougir un fil de platine, remarque que toutes les fois qu’il ouvre ou ferme le circuit, une aiguille aimantée qui se trouve dans le voisinage est actionnée; Arago laissant traîner le conducteur d’une pile sur de la limaille de fer, s’aperçoit qu’elle s’y attache, et voilà l’électro-magnétisme découvert.--Le hasard fait constater par Rœtgen que certains corps, considérés jusqu’ici comme absolument opaques, se laissent dans certaines conditions traverser par des effluves électriques qui ont reçu le nom de rayons X, d’où la radiographie.--C’est par le dépôt de cuivre qu’il aperçoit se former sur le zinc d’une pile, que Jacobi doit d’avoir inventé la galvanoplastie.--La constatation accidentelle par Branly des ondes électriques sur une poudre métallique, dont elles agglutinent passagèrement les molécules, rendant ainsi momentanément continu un circuit dont les extrémités y aboutissent, est le départ de la télégraphie sans fil.--Et il en est ainsi de la genèse de la plupart des découvertes et progrès tant soit peu importants, dans toutes les sciences humaines à tous les âges.

34, +Intention+.--Les éd. ant. port.: _invention_.

=194=,

1, +Militaires+.--CORNÉLIUS NEPOS affirme que dans l’attribution de la gloire militaire, la part de la fortune est prédominante.--QUINTE-CURCE dit nettement que les conquêtes d’Alexandre sont moins l’ouvrage de la valeur que celui de la fortune.--TIMOLÉON avouait que ses grands succès étaient l’œuvre des dieux, une grâce de la fortune, du bonheur, bien plus que le fait de sa prudence.--La victoire de Marengo (1800), un instant perdue, fut due à l’arrivée inopinée de Desaix; la défaite de Waterloo (1815), l’une des batailles les mieux ordonnées de Napoléon, au mauvais temps et à l’arrivée imprévue de Bulow, puis à celle de Blücher; à Gravelotte, 1870, sans l’inaction de parti pris et injustifiable de Bazaine, les Allemands eussent éprouvé un désastre irréparable, qui dès le début de la campagne eût changé du tout au tout l’issue de la guerre.

10, +Fortune+.--«Sylla désarma l’envie en se louant souvent de sa bonne fortune, et finalement en prenant le nom de Faustus (heureux). PLUTARQUE, _Comment on peut se louer soi-même_.--D’autres estiment qu’en ajoutant cette épithète à son nom, Sylla avait plutôt en vue d’inspirer plus de hardiesse à ses partisans et de crainte à ses adversaires, la fortune étant un don de la Providence dont les effets sont sans limites.

11, +Discours+.--Sylla, dit PLUTARQUE, a écrit dans ses commentaires que les entreprises qu’il hasardait selon l’occasion, s’y lançant à corps perdu alors qu’auparavant ses résolutions étaient contraires, étaient celles qui lui réussissaient le mieux.

31, +Humanité+.--L’éd. de 88 porte: _si notable bonté_.

=196=,

2, +Autruy+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 4.--C’est ce que prouva d’une façon bien énergique ce major prussien dont parle J.-J. Rousseau, qui, bâtonné à la tête de son bataillon par Frédéric-Guillaume Ier, déchargea l’un de ses pistolets aux pieds du roi et de l’autre se brûla la cervelle.

7, +Amis+.--Cette confiance de Dion ne lui réussit pas. Calippus, dont il avait été l’hôte à Athènes et qui l’avait suivi en Sicile, mit à exécution contre lui les mauvais desseins qu’on lui prêtait, =354=. PLUTARQUE, _Apophth._

12, +Presente+.--QUINTE-CURCE, III, 6.

14, +Faire+.--L’éd. de 88 aj.: _La vaillance n’est pas seulement à la guerre_.

20, +Vn+.--Henri III.

26, +Contraire+.--Henri de Navarre, plus tard Henri IV.

38, +Esperances+.--Syphax, roi de la Numidie occidentale, était hésitant entre l’alliance de Rome et celle de Carthage; Scipion, qui venait d’expulser les Carthaginois de l’Espagne, au risque de tomber entre leurs mains ou d’être retenu prisonnier par Syphax, franchit la mer, avec deux vaisseaux seulement, pour avoir une entrevue avec lui et le décider en sa faveur, ce à quoi il réussit, =207=. TITE-LIVE, XXVIII, 17.--On raconte un fait analogue du général russe Skobelew: En 1881, après la prise de Geok-Tépé, réduit de la résistance du Turkestan, faisant une reconnaissance avec une sotnia de cosaques, il tomba sur un parti de cavaliers Turkmènes; ceux-ci protestant de leur soumission, Skobelew renvoya ses cosaques et les prit pour escorte, acte d’audace et de confiance qui acheva ce qu’avait commencé la force des armes. G{al} NIOX.

40, +Rebours+.--Au rebours se rapporte à ces mots: «La prudence si tendre et circonspecte...»; Montaigne eût dû l’effacer, lorsque postérieurement il a ajouté le trait relatif à Scipion qui ne se trouve pas dans les éditions antérieures. Ces intercalations nombreuses dans les Essais, sont une des causes de la difficulté qu’on a parfois à comprendre.

=198=,

3, +Luy+.--Louis XI, qui, en 1468, se mit en grand danger, ainsi que le rapporte, en l’en blâmant, PHILIPPE DE COMINES, son historien, dans ses _Mémoires_, II, 5 à 7. Lors de son entrevue avec Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, à Péronne, place appartenant à ce dernier, la ville de Liège s’étant révoltée contre le duc, à l’instigation du roi qui ne pensait pas que l’événement fût si prompt, Louis XI, retenu prisonnier par son vassal irrité, courut risque de la vie, et, pour sortir de ce mauvais pas, dut subir de très humiliantes conditions, grâce auxquelles, sur le moment, il réussit à tromper son adversaire par la confiance qu’il lui témoigna, et en arriva à le détacher de ses ennemis comme c’était son dessein. Une fois hors de danger, en fin renard qu’il était, il éluda peu à peu toutes les concessions qui lui avaient été arrachées.

4, +Cæsar+.--Il est souvent question de César dans les Essais, c’est pourquoi nous résumons ici la partie la plus saillante de la vie de ce grand capitaine.--Après quelques succès en Espagne, il conquiert la Gaule (=58= à =49=) et pénètre jusque dans la Bretagne (auj. l’Angleterre). Arrivé au terme de son commandement, Pompée, jusqu’alors son allié, jaloux de ses succès, empêche qu’il lui soit continué. Irrité de ce qu’il considère comme une injustice, César passe les Alpes avec son armée, franchit avec elle le Rubicon, ce que les lois interdisaient, et marche sur Rome, d’où Pompée s’enfuit avec le Sénat, =49=. César entre à Rome, se fait décerner la dictature, bat en Italie et en Espagne les lieutenants de Pompée, l’atteint lui-même en Macédoine et remporte sur lui une bataille décisive dans les plaines de Pharsale, =48=. Pompée s’enfuit en Égypte où il est assassiné. César y arrive après lui; de là il va en Asie où, en trois jours, il détrône le roi du Pont qui s’était révolté; passe en Afrique, y détruit à Thapsus l’armée républicaine commandée par Métellus, Scipion et Caton, =46=; puis en Espagne où, battant à Munda, =45=, le fils de Pompée, il achève d’anéantir le parti. Revenu à Rome, il se fait décerner la dictature à vie, et, maître du pouvoir absolu, n’en use que pour le bien. Accusé par ses ennemis d’aspirer à la royauté, il est assassiné en plein Sénat, =44=.--Grand guerrier et grand homme d’État, César était aussi un excellent orateur et un écrivain élégant; de ses écrits, il ne nous reste que ses Commentaires sur la guerre des Gaules et les guerres civiles, simples souvenirs d’un soldat, qui, par le mouvement, la netteté, la concision, sont un modèle du genre des mémoires historiques.

10, +Metuens+.--En =48=, à Plaisance. Les soldats accusaient leurs chefs de traîner la guerre en longueur; César, alors à Marseille, revenant d’Espagne, accourut en hâte. Ayant apaisé la sédition, il livra au supplice douze des plus mutins tirés au sort sur 120 des plus coupables; un d’eux prouva son innocence, le centurion qui l’avait dénoncé fut exécuté sur place. Dans ses Commentaires, César ne mentionne pas cette mutinerie.

20, +Scrupule+.--«De toute marque de crainte et de défiance.»

25, +Tué+.--En 1548, à Bordeaux, lors d’un soulèvement occasionné par l’impôt de la gabelle (impôt sur le sel, dont chacun était tenu d’acheter une quantité déterminée), imposé à la ville qui, jusqu’alors, n’y avait pas été soumise. Tristan de Monnaisis, qui en était gouverneur et dont il est question ici, périt dans cette émeute.

27, +Soubsmission+.--88 port.: _d’humilité_.

28, +Suyuant qu’en guidant+.--Var. de 88: _flattant que commandant_.

30, +Vne gracieuse... confiance+.--Var. de 88: _la fermeté, l’authorité et vne contenance de paroles_.

34, +Bienseance+.--Autrement dit: «Il n’y a rien qu’on ne puisse moins attendre d’une populace surexcitée que l’humanité et la douceur: elle est bien plutôt susceptible de respect et de crainte»; ce qui est de toute vérité, les foules étant aussi lâches que cruelles.

38, +Aualer toute+.--Soutenir jusqu’au bout sa première résolution.

40, +Demise+.--Soumise, du latin _demissus_.

40, +De saigner... sur soy+.--Var. de 88: _de se remplir l’âme et le front de repentance, n’ayant plus autre soing que de sa conseruation; si qu’abandonnant son premier rolle de regler et de guider, et cédant plustôt que s’opposant, il attira cet orage sur soy, employant tous les moyens de le fuir et eschaper_.

=200=,

1, +Conniller+.--Esquiver, se dérober. Ce terme, jadis d’usage courant dans le S.-O. de la France, a tendance à disparaître; vient de connil, nom du lapereau, dérivé du latin. Le connil, peu enclin à la bravoure, va, à la moindre alerte, se cachant dans les haies ou dans ses terriers appelés également de ce nom, connilières.

2, +Soy+.--Le triomphe des révoltés fut de courte durée; le connétable de Montmorency, dirigé sur Bordeaux, les contraignit à rentrer dans le devoir; plusieurs exécutions suivirent et la ville se vit enlever nombre de ses privilèges.--Parlementer avec l’émeute, et par surcroît le faire en personne, ne réussit jamais. Le fait du général de Bréa, à Paris, en juin 1848, assassiné pareillement par les insurgés, en est encore une preuve, outre bien d’autres; seule une attitude résolue en impose aux foules en délire, tout le reste est pris pour de la faiblesse. Faire tirer à blanc, ou tirer en l’air notamment, ne fait que les surexciter; ce n’est qu’en inspirant de la crainte qu’on empêche le désordre de prendre de l’extension, qu’on en triomphe, en prévient le retour et évite de plus grands malheurs; et cela, sans que le plus souvent on soit contraint d’en venir aux pires extrémités devant lesquelles toutefois il ne faut pas reculer mais qu’il est presque toujours possible d’atténuer en prenant quelques précautions. Les difficultés ne proviennent guère, en pareil cas, que de ce que les émeutiers espèrent que la loi sur les attroupements, demeurée si fréquemment à l’état de lettre morte, le sera une fois de plus en la circonstance.

2, +Montre générale+.--Une grande revue. Le fait se passait en 1583. Le commandant du Château Trompette à Bordeaux, Vaillac, avait promis au duc de Guise de le lui livrer; le maréchal de Matignon, lieutenant du roi en Guyenne, déjoua ce projet, en contraignant Vaillac à cesser ses fonctions. Mais celui-ci, demeuré à Bordeaux, continua ses menées; et, le maréchal s’étant absenté, il crut le moment favorable pour y faire se prononcer un mouvement en faveur de la Ligue. C’est à ce propos que Montaigne, qui était alors maire de la ville, fit faire, pour tenir les suspects en crainte, cette revue qui rassura la population.

14, +Poudre+.--Salves d’artillerie ou de mousqueterie tirées en manière d’honneurs militaires dans des circonstances particulières, et notamment lors d’une revue passée par un haut personnage, à son arrivée devant les troupes, ainsi que cela se pratique encore.

16, +Confidence+.--Confiance, ainsi que portent plusieurs éditions postérieures. C’est là l’attitude constante des hommes politiques de tous les partis au pouvoir, vis-à-vis de l’armée: «Vous êtes admirables de dévouement, lui disent-ils sur tous les tons et à tous propos, vous avez notre sympathie, notre confiance, et toute notre bienveillance vous est acquise.» La première de ces assertions est constamment vraie, la seconde l’est beaucoup plus rarement, quelle que soit l’emphase de l’expression; seul le peuple, quand il est libre de toutes suggestions, l’acclame toujours sans restriction mentale, parce qu’elle émane de lui et le personnifie en ce qu’il y a de plus généreux en lui.

18, +Clemence+.--Add. des éd. ant.: _et douceur_.

33, +Escus+.--PLUTARQUE, _Apophth._

=202=,

5, +Monopoles+.--Conjurations, conspirations.--RABELAIS, I, 17, s’est servi de ce mot dans le même sens: «Plût à Dieu, dit-il en parlant des mutineries du peuple de Paris, que ie susse l’officine en laquelle sont formés ces schismes et monopoles pour les mettre en évidence ès confrairies de ma paroisse.»

8, +Domination+.--Gauthier de Brienne, duc d’Athènes, descendant d’anciens croisés auxquels avait été donné ce duché qui, en 1312, fut enlevé à son père au profit des rois de Sicile. Gauthier, ayant pris du service dans l’armée de Florence et s’étant fait remarquer contre les Pisans, avait acquis une grande autorité; profitant de la lutte des factions qui se disputaient le pouvoir, il s’attribua lui-même la seigneurie à vie (1342); mais son despotisme et ses cruautés soulevèrent la population contre lui, et, l’année suivante, il dut se dérober, par la fuite, au mécontentement général.

9, +Autrefois+.--APPIEN, liv. IV des _Guerres civiles_.

22, +Gaillard+.--Add. des éd. ant.: _et hardy_.

CHAPITRE XXIV.

Ce chapitre est numéroté XXV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

28, +Pedantisme+.--Ce chapitre contient des observations très judicieuses sur la mauvaise manière d’enseigner et d’élever les enfants, et forme avec le suivant un traité presque complet d’éducation, très supérieur à l’_Émile_ de J.-J. Rousseau, qui en a tiré ce qu’il a dit de mieux sur la matière.--A proprement parler, le pédantisme consiste dans une haute opinion de son savoir et un ridicule étalage de science empruntée. NAIGEON.

30, +Italiennes+.--En fait de comédies de ce genre, on peut citer: _El Pedante_, de F. Balo, 1538; mais comme le dit Montaigne, on trouve des rôles de pédant dans une foule de pièces du théâtre italien du XVIe siècle.

30, +Pedante+.--N’est pas le féminin de pédant, mais le nom italien, qui est à prononcer: Pédanté, avec un accent sur l’e final.

30, +Badin+.--Aujourd’hui adjectif; était un personnage ridicule de l’ancienne farce française, tels actuellement Jocrisse, Polichinelle, etc.

=204=,

7, +Dit+.--PLUTARQUE, _Cicéron_, 2.--Longtemps à Rome, les pédagogues furent pour la plupart des Grecs.

11, +Sapientes+.--C’est une sentence que RABELAIS, _Gargantua_, I, 39, met dans la bouche de Frère Jean, fidèle portrait des moines de ce temps et qui s’excuse de la sorte de son ignorance, ce que REGNIER, _Sat._ III, a traduit par ce vers: «Pardieu, les plus grands clercs ne sont pas les plus fins».--Il y a dans ce chapitre quelques autres imitations de Rabelais. LE CLERC.

17, +Princesses+.--Probablement Marguerite de Valois, fille de Henri II, dont Montaigne parle souvent et qui n’étant pas encore mariée était, de par son rang, la première des princesses de France.

31, +Temps+.--Allusion aux comédies d’Aristophane, dans lesquelles Socrate notamment était cruellement ridiculisé.--Les éd. ant. aj.: _mais au rebours des nostres_.

33, +Prests+.--Est dit ici par ironie, il faut entendre: «Ils en sont bien loin.»

34, +C’est+.--Cette façon de parler était encore d’usage du temps de CORNEILLE, où, dans _Horace_, il est dit: «Le roi ne sait que c’est d’honorer à demi.» Aujourd’hui nous disons: «ce que c’est».

=206=,

10, +Insolents+.--Tout ce passage depuis: «Et quant aux philosophes...» est traduit du _Théétète_ de PLATON. LE CLERC.

27, +Iouet+.--Archimède qui, par ses inventions, tint en échec, pendant trois ans, =214= à =212=, les Romains assiégeant Syracuse. PLUTARQUE, _Marcellus_, 6.

35, +Armées+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 92.

36, +Frere+.--Il faut entendre ici, non la royauté proprement dite, mais une charge particulière qui en portait le nom à Éphèse, comme chez les Athéniens, et les Romains après qu’ils eurent renoncé au gouvernement monarchique. PAYEN.

38, +Compagnie+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 6.

=208=,

2, +Offrirent+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 63.--Les éd. ant. continuent: _Vn d’entre eux, Thales_.

6, +Trafique+.--Il prit à ferme tous les pressoirs à huile autour de Milet, dans la prévision d’une bonne récolte et alors que les oliviers étaient encore en fleurs; la récolte fut excellente, et, de sa spéculation, Thalès retira un bénéfice considérable. DIOGÈNE LAERCE, I, 26.

16, +Vienne+.--Add. des éd. ant.: _à nos maistres d’école_.

17, +Sciences+.--Ce mot «sciences», qui se retrouve fréquemment dans Montaigne, signifie chez lui les connaissances philosophiques et littéraires, ou lettres, dont on s’occupait à peu près exclusivement à son époque, et nullement les sciences dans la signification actuelle de ce mot, dont le domaine est devenu si vaste, par suite des découvertes et de leurs applications faites depuis un siècle et demi. La distinction entre lettres et sciences, si nette aujourd’hui, n’existait pas alors; les lettres étaient tout, les sciences à peu près rien.

23, +Homme+.--Passage imité de SÉNÈQUE, _Epist._ 88.

29, +Plus sçauant+.--«Une tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien pleine.»

=210=,

1, +Vent+.--«Nous ne pensons pas; mais écrivons de point en point ce que les autres ont pensé.» VOLTAIRE.

13, +Ietter+.--Jusqu’au VIIIe siècle, on faisait souvent usage de jects ou jetons pour compter; et même jecter ou jetter se disait pour calculer.

18, +Chalemie+.--C’est à proprement parler une flûte de pâtre, faite de paille, de chalumeau de blé; il signifie ici une de ces chansons chantées par les pâtres au son du chalumeau.

19, +Qu’em+.--Montaigne traduit ce proverbe, après l’avoir cité.

20, +Sommes là+.--Un proverbe cité dans le dictionnaire de LEROUX, disait pareillement: «Il n’y a qu’à siffler et remuer les doigts», pour exprimer d’une chose qu’elle est facile à faire.

23, +Perroquet+.--LORD CHESTERFIELD (1694 à 1779) avait bien senti le vice de cette instruction que lui-même avait reçue à l’université de Cambridge, et qui à ce moment n’avait fait de lui qu’un petit pédant, vain et superficiel; et dans ses Lettres à son fils, il en dépeignait ainsi le résultat: «Quand je voulais bien parler, je copiais Horace; quand je voulais faire le plaisant, Martial; et pour paraître homme du monde, je copiais Ovide.»

31, +Gens+.--Cet original s’appelait Calvitius Sabinus et vivait au temps de SÉNÈQUE qui rapporte le fait, _Epist._ 27.--Chacun des esclaves en question lui avait coûté 400.000 sesterces, soit 80.000 fr. (il s’agit ici du petit sesterce qui valait 0 fr. 20, tandis que la valeur du grand sesterce était de 0 fr. 80), il en avait neuf; il ne les avait pas trouvés tout faits, il lui avait fallu les commander.--Ce prix de 400.000 sesterces pour un esclave a parfois été dépassé; PLINE, VII, 39, cite Daphnus, grammairien, qui fut payé 700.000 sesterces (140.000 fr.), et Pœson, eunuque de Sylla, qui atteignit 50.000.000 de sesterces (10.000.000 de fr.), mais, pour ce dernier, la passion s’en mêlait.

37, +Nous+.--Add. des éd. ant.: _de mesmes_.

=212=,

5, +Soy+.--Comparaison tirée de PLUTARQUE, _Comment il faut ouïr_, à la fin.

8, +Capitaine+.--Add. des éd. ant.: _et si aduisé sans l’essay et_.

9, +Mode+.--Quand il fut envoyé pour combattre Mithridate, =73=, dit CICÉRON, _Acad._, II, 1, Lucullus passa tout le temps de la route et de la traversée, soit à s’enquérir auprès de gens experts en l’art de la guerre, soit à lire les comptes rendus de faits y afférents; si bien qu’il arriva en Asie, général consommé, que la victoire couronna, alors qu’il était parti de Rome ignorant les premiers rudiments de cet art.--L’empereur Julien, alors César, se révéla lui aussi, à son arrivée en Gaule (355), tout d’un coup grand capitaine.--L’eunuque Narsès (552) se montra de même habile général, sans jamais avoir été militaire auparavant.--Il est certain que le génie de la guerre et la science militaire sont distincts l’un de l’autre. Le génie est inné, se rencontre rarement, et pour se produire a besoin que les événements s’y prêtent; en dehors d’une disposition d’esprit toute spéciale, il comporte un ensemble de facultés portées à un haut degré: du caractère, un grand bon sens, de la volonté, de l’initiative, de la décision, de l’audace, de la prudence, du sang-froid, du coup d’œil, une grande activité physique, une santé robuste, le mépris de la vie humaine, une connaissance approfondie des hommes et des choses. La science en est le complément, mais elle, elle s’acquiert voire même assez facilement, et celui chez lequel le génie existe a tôt fait de se l’assimiler. A défaut de génie, mais unie à l’expérience, ce qui est le cas le plus ordinaire, la science n’est pas sans conduire à des résultats souvent considérables; seulement rarement alors elle en arrive à tirer aussi complètement parti que le génie des circonstances imprévues si fréquentes à la guerre et à triompher quand même dans les cas difficiles.

17, +Σοφός+.--Dans les éditions antérieures, Montaigne faisait suivre cette citation de sa traduction que nous donnons d’après lui: _Je haï, dict-il, le sage qui n’est pas sage pour soy-mesmes_.

19, +Quiret+.--Les mots: «Ex quo Ennius» qui, dans les Essais, sont détachés de la citation qui les suit, en font partie dans le texte de Cicéron.

23, +Dionysius+.--Les sages réflexions attribuées ici à un Denys quelconque, sont de Diogène le Cynique, comme on peut le voir dans la vie de ce philosophe écrite par Diogène Laërce, VI.

28, +Cher+.--J’aimerais autant.