Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 57
33, +Maistrise+.--Le cas est fréquent. Il n’en est guère de plus caractéristique dans les temps modernes que celui des Anglais mettant à mort leur roi Charles Ier parce qu’il voulait, disaient-ils, attenter à leur liberté et à leurs privilèges et qui se rangèrent, au même moment, aux lois autrement dures et tyranniques de Cromwell, dont ils portèrent le joug patiemment et, après lui, supportèrent sans se plaindre celui presque aussi despotique de Charles II.--Chez nous, la période de Louis XVI, la Révolution, Napoléon, Louis XVIII, nous représentent quelque chose d’analogue. En 1815, nous nous sommes retrouvés presque exactement au même point qu’en 1789, après être passés par les phases les plus aiguës; et ce n’est qu’en 1830 qu’un nouvel à-coup de protestation s’est produit. Tout régime succédant à un autre emporté par le flot populaire, peut, sous une autre forme, reprendre les mêmes errements, avec grande chance de ne pas voir se renouveler d’un certain temps semblable manifestation; toutefois, moins que par le passé ces à-coups interrompent l’évolution de l’humanité: le suffrage universel, les progrès de l’instruction, l’émancipation des masses de plus en plus avides de libéralisme, de socialisme, l’instantanéité des communications, la rapidité et la facilité des transports, l’action continue et pénétrante de la presse, font que chacun a une part beaucoup plus effective, bien qu’encore souvent inconsciente et passive, aux questions d’ordre politique dont la généralité se désintéressait jadis. A l’autorité d’un seul, s’est substituée celle non moins intolérable, ni plus stable, des groupes; les transformations s’opèrent par la force même des choses, mais sous le couvert de la légalité; elles sont peut-être moins apparentes, mais tout aussi réelles que par le passé et acheminent fatalement aux mêmes revirements.
35, +Ecosse+.--Les Highlanders, ou Montagnards, ainsi qu’on les appelle aujourd’hui.
39, +Eux-mesmes+.--Ceci est tiré d’HÉRODOTE, III, 38. «Chez les Padéens, dit-il, peuplade de l’Inde, ses plus proches parents et ses meilleurs amis tuent quiconque tombe malade, donnant pour raison que la maladie le ferait maigrir et que sa chair serait moins bonne; il a beau nier qu’il soit malade, ils l’égorgent impitoyablement et se régalent de sa chair. Ils tuent de même et mangent ceux arrivés à un grand âge; mais il s’en trouve peu dans ce cas, en raison des risques d’un sort semblable que chacun court dès qu’il est malade.» V. N. =II=, 376: Coustume.
=172=,
4, +Horreur+.--Nous voyons se reproduire ce même fait pour la même cause, c’est-à-dire la force de l’habitude, et aussi quelque peu à la réprobation dont, on ne sait pourquoi, la frappe l’Église catholique, qu’il faut attribuer le peu de progrès que fait en France la crémation, en dépit des appréhensions qu’inspirent les inhumations précipitées. Ces appréhensions sont cependant des plus justifiées; en Angleterre, rien que par le fait des exhumations pratiquées de 1900 à 1905, dans les cimetières, il aurait été relevé que 149 personnes ainsi exhumées avaient été enterrées vivantes.--La crémation est aujourd’hui admise à peu près partout en Europe, mais pourtant encore peu en faveur surtout par les raisons sus-indiquées. En France, il existe des fours crématoires à Paris, Lyon, Rouen, Reims; d’autres sont en construction ou en projet à Marseille, Dijon, Nîmes, Nice. A Paris, de 1889 à la fin de 1905, 3.825 incinérations ont été effectuées; en cette dernière année, il y en a eu 341. La durée de l’opération est d’une heure environ, la redevance de 50 fr., le poids des cendres recueillies à peu près le douzième de celui des corps incinérés.
15, +Platon+.--_Lois_, VIII, 6.
16, +Preposteres+.--A rebours, à contre-sens; par extension: autrement qu’il ne faut, contre nature.
23, +Enfants+.--Un oracle avait prédit à Thyeste, frère du roi d’Argos, qu’il aurait un fils de sa propre fille; pour éviter ce crime, Thyeste, à la naissance de celle-ci, la fit élever loin de lui. Dans la suite, l’ayant rencontrée dans un bois sans la connaître, il lui fit violence et la rendit mère.--Une prédiction avait été faite à Laïus, roi de Thèbes, que l’enfant qu’il attendait de Jocaste, sa femme, lui donnerait la mort. Pour échapper à ce sort, dès la naissance de l’enfant, il le fit exposer. Un berger de Corinthe l’ayant trouvé, le porta à la reine, qui le nomma Œdipe et le fit élever. Devenu grand, Œdipe consulta l’oracle sur sa destinée et apprit qu’il serait le meurtrier de son père et époux de sa mère. Se croyant fils de la reine de Corinthe, pour déjouer la fatalité il s’expatria. Chemin faisant, il fit rencontre de Laïus, se prit de querelle avec lui et le tua. Quelque temps après, il arriva à Thèbes, et trouva la ville désolée par le Sphinx; il le vainquit et, pour prix de sa victoire, obtint la main de Jocaste, promise à qui délivrerait la ville de ce monstre, et réalisa ainsi, sans le savoir, la prédiction dont il avait été l’objet.--Macareus eut un fils de sa propre sœur; leur père, instruit de cet inceste, envoya à sa fille une épée avec laquelle elle se tua; son frère échappa par la fuite au châtiment qui l’attendait, et se réfugia à Delphes, où il fut admis au nombre des prêtres d’Apollon. MYTH.
32, +Chrysippus+.--SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrrh. hypot._, I, 14.
35, +Preiudice+.--Signifie ici préjugé.
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3, +Etat+.--Certains ont pensé voir, nonobstant ce qui suit, une allusion aux préjugés religieux; il est hors de doute que telle n’a pas été l’intention de Montaigne qui, de parti pris, s’en tient sans discussion aux enseignements de l’Église.
6, +Oncques+.--Le droit romain qui était d’application courante et qui alors n’existait écrit qu’en latin.
8, +Langue+.--Au moyen âge, il était fait usage du latin pour la rédaction des actes judiciaires et notariés. En 1539, une ordonnance de François Ier, datée de Villers-Cotterets, prescrivit que dorénavant tout acte, etc. serait prononcé, enregistré et délivré aux parties en leur langue maternelle. Depuis, cette langue s’est transformée, mais les grimoires de la Basoche, continuant à être écrits dans le langage d’il y a quatre siècles, sont redevenus presque incompréhensibles pour la génération actuelle en attendant qu’une nouvelle ordonnance intervienne.
9, +Isocrates+.--_Discours à Nicoclès._
17, +Impériales+.--Peut-être Waifre ou Hunold, ducs d’Aquitaine à l’époque de Charlemagne... PAUL ÉMILE, historien latin du XVe siècle, dit: «Charlemagne projetait de donner une nouvelle législation à ses peuples, en commençant par ceux de France; un de ceux, gascon, qui l’avaient suivi en Espagne, se prononça et devant l’opposition des conseils tenus à cet effet, ce projet fut abandonné.»
19, +Vende+.--La vénalité des charges de juge, introduite en France en 1526, sous François Ier, par le chancelier Duprat, comme moyen de subvenir à la pénurie du Trésor, a subsisté jusqu’à la Révolution.--Sans demander que ces errements soient rétablis, les juges s’en trouvaient incontestablement plus indépendants, et il serait à désirer aujourd’hui que par mode de recrutement et d’avancement, ils fussent à nouveau affranchis des pouvoirs publics et des pressions que trop souvent ceux-ci exercent sur eux, cherchent à exercer ou passent pour le faire; l’inamovibilité qui leur avait été donnée comme garantie est insuffisante à cet effet, d’autant qu’on ne la respecte même plus. Il faudrait que, du haut en bas de la hiérarchie, le corps judiciaire se recrutât exclusivement par lui-même dans des conditions déterminées par la loi; peut-être alors cours et tribunaux en reviendraient, comme jadis, à ne rendre que des arrêts et non plus des services, alors que les parlements tenaient tête à l’occasion à l’autorité royale et qu’en dépit de la prison et de l’exil, ils se refusaient à l’enregistrement de ses édits quand ils estimaient qu’il y avait abus ou déni de justice.
20, +Payer+.--Nous n’en sommes plus tout à fait là, mais pas loin. Dans les procès civils, les deux parties ne sont-elles pas condamnées fréquemment aux frais, celle qui gagne comme celle qui perd, la première ayant simplement recours sur l’autre?--Ce n’est pas là du reste le seul grief que dans les temps actuels on articule contre la magistrature, en voici quelques-uns:
L’omnipotence, le sans-gêne et l’arbitraire des juges d’instruction qui prolongent la détention préventive au delà de toute raison; n’a-t-on pas cité, en l’an 1906, un honorable négociant, accusé d’avoir soustrait la valeur d’une lettre chargée, détenu ainsi pendant treize mois, sans qu’il fût procédé à l’examen de l’affaire?
La lenteur avec laquelle se jugent les affaires civiles. C’est ainsi que, dans le ressort de Paris, de simples procès en séparation attendent de longs mois avant d’être appelés. A cela on objecte le grand nombre d’affaires; mais si, quand l’encombrement le comporte, les audiences commençaient plus tôt et finissaient plus tard, si elles avaient lieu tous les jours au lieu de trois fois par semaine, si les tribunaux ne prenaient pas chaque année de si longues vacances et même s’en passaient quand le service l’exige, les retards seraient infiniment moins considérables. On pourrait encore augmenter leur nombre, ou mieux les réduire à un juge unique, comme en Angleterre, aux États-Unis, ce qui permettrait avec le même personnel de faire triple besogne et aurait en outre l’immense avantage de substituer une responsabilité individuelle à une trinité anonyme, d’où une plus grande attention apportée à l’étude des affaires et plus d’équité dans le jugement à intervenir.
Les ajournements fréquents à huit, quinze jours pour le prononcé du jugement dans les affaires correctionnelles, ce qui prolonge les angoisses des inculpés et prête à ce que dans l’intervalle les juges prennent langue au dehors; le jugement devrait toujours être rendu séance tenante comme aux assises, et seule sa rédaction être ajournée quand cela est nécessité par les considérants à exposer.
De ne pas chercher à s’éclairer suffisamment et de trop s’en rapporter à la parole des divers agents qui portent l’accusation, alors que leurs témoignages sont contestés, sous prétexte qu’ils sont assermentés, ce n’est pas toujours une garantie suffisante.
Enfin d’avoir intérêt à la multiplication des affaires, ce qui porte à exercer des poursuites pour des vétilles qui n’en valent pas la peine, pour donner plus d’importance au ressort.
27, +Contraires+.--Une distinction analogue, non moins farouche, comme dit Montaigne, subsiste, suivant que le dommage causé à autrui, l’est par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, ou par tout autre. Sans parler des pouvoirs exorbitants dévolus en France, par le code lui-même, aux préfets qui ont qualité pour pratiquer des actes qui devraient être l’apanage exclusif de l’autorité judiciaire, dans toutes les branches de l’administration, les abus, quels qu’ils soient, échappent à toute répression.--Outre que ceux qui les commettent ne font souvent qu’appliquer les instructions de leurs supérieurs, les uns et les autres n’ont à répondre en dernier ressort de leurs faits et gestes que vis-à-vis du Ministre dont ils relèvent, lequel est toujours prêt à les couvrir de sa responsabilité, chose illusoire entre toutes. Seule la justice, unique pour tous, devrait connaître de ces abus et des dommages en résultant, comme de tous autres; la tâche des fonctionnaires en deviendrait assurément plus difficile et plus délicate, mais en somme ils sont faits pour le public, et devant une responsabilité effective, ils s’observeraient davantage.
36, +Vertu+.--La vertu militaire, le courage.
=176=,
1, +Partage+.--Jusqu’au XVIIe siècle, robe longue s’est dit de la magistrature et du clergé, robe courte de l’armée.
11, +Commun+.--Dans le ch. III du liv. III, Montaigne revient sur ces idées et les développe.
16, +Receües+.--SAINT AUGUSTIN était de cet avis lorsqu’il répondait à un prêtre qui lui demandait s’il valait mieux suivre la liturgie de Rome ou celle de Milan: «A Rome, suivez la liturgie de Rome; à Milan, celle de Milan.» Par contre, LA BRUYÈRE dit à ce sujet: «Il faut faire comme les autres,» maxime suspecte qui signifie presque toujours: «Il faut mal faire», dès qu’elle s’applique au delà de ces choses purement extérieures, qui n’ont point de suites et dépendent de l’usage, de la mode ou de la bienséance.--«Différence complète au dedans, dit SÉNÈQUE à ce même propos, mais ressemblance entière au dehors.»--«Pour ne pas rompre l’harmonie, le sage doit parler la langue des fous.» ABBÉ DES FONTAINES.
23, +Est+.--En disant que la première loi est de se conformer à celles du pays dans lequel on se trouve, Montaigne l’entend sous tous rapports, sous celui des usages tout aussi bien que des lois proprement dites; de fait, pour ne parler que de l’hygiène, de l’alimentation, de l’habillement, la plupart de ceux qui, en pays étranger, ont voulu faire mieux que les indigènes, ont eu à s’en repentir.
26, +Remuer+.--S’il en était ainsi, toute réforme, tout progrès seraient impossibles et les abus se perpétueraient. Il est des cas où l’expérience révèle des inconvénients sérieux pour les intérêts généraux, à s’en tenir aux anciennes pratiques. Quand le fait est bien démontré, il n’y a pas d’hésitation à avoir: ce qui existe, est à modifier, sans avoir égard aux intérêts de moindre importance qui s’en trouveront lésés; car, comme le disait Caton, il n’y a aucune bonne loi qui soit avantageuse à tout le monde. Il est incontestable, en outre, qu’il y a des circonstances où la nécessité presse au point qu’il faut que les lois lui fassent place. Mais de là à tout bouleverser, comme cela avait lieu à l’époque où écrivait Montaigne, et ainsi que cela existe, de parti pris, en ce moment en France, à l’effet d’y introduire le socialisme d’État, il y a un abîme.
29, +Thuriens+.--Charondas. DIODORE DE SICILE, XII, 24.
34, +Ordonnances+.--Lycurgue qui, après avoir donné à sa patrie une législation à laquelle longtemps elle dut sa gloire et sa force, fit jurer à ses concitoyens de n’y rien changer pendant son absence, puis entreprit un long voyage duquel, de propos délibéré, il ne revint jamais. PLUTARQUE, _Lycurgue_, 22.
=178=,
1, +Façon+.--Phrynis ajouta deux cordes à la cithare qui n’en avait alors que sept. ARISTOPHANE, dans sa comédie des _Nuées_, lui reproche d’avoir substitué à la musique noble et mâle de ce temps, des airs mous et efféminés.
5, +Marseille+.--Cette épée, suivant VALÈRE MAXIME, II, 6, 7, avait servi à trancher la tête aux criminels; elle existait depuis la fondation de la ville, était rongée de rouille et presque hors de service.
7, +Dommageables+.--Que dirait aujourd’hui Montaigne, en voyant l’action inconsciente des foules se substituant de plus en plus dans le domaine social et politique à l’activité consciente des individus? «nouuelleté», l’une des caractéristiques principales de l’âge actuel, absolument en dehors de celles auxquelles il fait allusion, et qui, nous conduisant insensiblement au socialisme, dépasse si fort ses prévisions les plus pessimistes.
8, +Ans+.--La réforme, qui avait été introduite en France _vingt-cinq ou trente ans_ auparavant, comme le porte l’éd. de 88.
11, +Nez+.--S’en prendre au nez; ne pouvoir s’en prendre qu’à soi. Cette locution viendrait, dit-on, d’une ancienne coutume qui obligeait celui qui avait accusé quelqu’un à faux, à lui faire réparation publique, en se tenant soi-même le nez.
20, +Fons+.--Charles Ier d’Angleterre, Louis XVI et en général la chute de tous les souverains victimes de révolution, témoignent de la justesse de cette assertion.--Chez ceux auxquels l’ambition fait concevoir l’idée de déposséder un roi pour prendre sa place, c’est plutôt, d’après l’auteur même des Essais, l’inverse qui se produit: «Michel Montaigne me dit un jour, rapporte D’AUBIGNÉ dans son _Histoire universelle_, que les prétendants à la couronne trouvent, jusqu’au marchepied du trône, tous les échelons petits et aisés, mais que le dernier ne peut se franchir, en raison de sa hauteur.» «Cromwell lui-même, ajoute d’Aubigné, n’osa se parer du titre de roi.» Nombreux en effet sont ceux qui, comme les maires du palais, à la fin de la race mérovingienne, s’étant emparés du pouvoir, l’ont exercé en demeurant au second plan. Napoléon, dans les temps modernes, a montré moins d’hésitation.
22, +Mal+.--Allusion aux excès des catholiques tombant dans la rébellion, à l’imitation des protestants.
25, +Heureusement+.--Facilement, sans peine.
29, +Thucydides+.--Liv. III, 52.
35, +Est+.--TITE-LIVE, XXXIV, 54, dit cela à propos d’un règlement nouveau prescrivant que, dans certains spectacles, le peuple devait être séparé des Sénateurs, qui jusqu’alors avaient été assis avec lui sans aucune distinction, et il ajoute: «Les hommes aiment mieux qu’on s’en tienne aux anciennes pratiques, si l’on en excepte celles où l’expérience fait voir des inconvénients palpables.»
=180=,
13, +Polluantur+.--En =301=. Le peuple romain réclamait que des pontifes et des augures qui étaient à nommer, fussent pris parmi les plébéiens, ce à quoi le Sénat se refusait, ne voulant pas abandonner le privilège de remplir les fonctions sacerdotales, les seules auxquelles le peuple n’eût pas accès à cette époque. TITE-LIVE, X, 6.
18, +Propre+.--HÉRODOTE, VIII, 36.
25, +Politique+.--Il est assez curieux de voir ici Montaigne donner le pas au pouvoir temporel sur le spirituel, et mettre l’autorité politique quelle qu’elle soit, au-dessus de l’autorité ecclésiastique; il y a là en germe la doctrine de l’église gallicane.
=182=,
1, +Isocrates+.--_Discours à Nicoclès._
2, +Party+.--Le passage qui suit, «car qui... _sequor_ (lig. 2 à 30)», ne figure pas sur la majeure partie des exemplaires de l’édition originale de 1595; il a été ajouté seulement sur les derniers tirés, Mlle de Gournay s’étant probablement aperçue de l’omission en cours de tirage.
=184=,
13, +Inequalité+.--Il est certain qu’un homme placé dans une circonstance critique se trouve dans le cas du chien de LA FONTAINE qui porte à son cou le dîner de son maître, qui après l’avoir défendu de son mieux, trop faible contre ceux qui l’attaquaient, voulut au moins en avoir sa part et fut le premier à prendre un morceau; du reste c’est toujours l’homme que peint notre fabuliste, quand il fait parler ou agir ses animaux.
24, +Remuer+.--Tiberius Gracchus proposait aux Patriciens de se dessaisir en faveur des citoyens pauvres, et moyennant indemnité, de terres qu’ils détenaient contrairement à la loi; Octavius son collègue au tribunat, usant de son droit, mit opposition à cette proposition, ce qui conduisit T. Gracchus à en formuler de plus dures, accentua la division entre l’oligarchie et le peuple et amena les désordres qui conduisirent à la guerre civile entre Marius et Sylla et à la dictature de ce dernier.--Caton le Jeune, par son opposition à la loi qui rappelait à Rome Pompée et son armée, et cela par crainte de l’influence que celui-ci en retirerait, le porta à s’unir à César, ce qui les rendit tout-puissants, puis rivaux, et engendra entre eux la guerre civile qui mit fin à la République romaine.--De nos jours, en France, la résistance du Pape Pie X à la constitution des associations cultuelles de la loi de séparation de 1905 de l’Église et de l’État, que beaucoup de bons esprits et excellents catholiques de France, y compris nombre de membres de tous rangs du clergé, estimaient acceptable, donna lieu en 1906 à une nouvelle loi qui enleva au clergé les immeubles dont la jouissance lui avait été conservée et lui fit une situation beaucoup plus précaire, dont en ces temps d’indifférence religieuse il est plus difficile de prévoir l’issue.
28, +Veulent+.--«Il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher», dit le proverbe.
29, +Heures+.--Après la bataille de Leuctres, =371=, qui enleva à tout jamais aux Spartiates la prééminence en Grèce, le nombre des fuyards fut considérable, et les lois de Lacédémone les notaient d’infamie; devant l’inconvénient d’avoir un aussi grand nombre de citoyens frappés d’incapacité, alors qu’on avait tant besoin de soldats, Agésilas proposa et fit adopter de laisser dormir les lois ce jour-là, et de leur rendre toute leur autorité le lendemain. PLUTARQUE, _Agésilas et Apophth. des Lacédémoniens_. C’était en fait l’amnistie que nous appliquons si fréquemment à tout propos et souvent hors de propos, accommodée suivant les convenances du parti au pouvoir.
30, +Calendrier+.--Alexandre assiégeait Tyr, =332=. Le devin Aristandre lui annonça à la suite d’un sacrifice que, d’après l’examen des entrailles des victimes, la ville tomberait, dans le mois, en son pouvoir. On était au dernier jour du mois, et les assistants se moquaient de cette impossibilité flagrante. Alexandre, ne voulant pas que la science du devin, dont il usait fréquemment pour faire accepter ses projets par son armée, se trouvât en défaut, ordonna que ce jour, qui était le trentième du mois, fût compté comme seulement le vingt-septième, et sur l’heure il fit sonner les trompettes et donner l’assaut; la ville, assiégée depuis sept mois, fut emportée le jour même. PLUTARQUE, _Alexandre_.
31, +May+.--Cet autre, c’est encore Alexandre. Les Grecs et les Perses se trouvaient en présence sur les bords du Granique; on était au mois de juin (en grec Daisios), et un ancien usage voulait que les rois de Macédoine n’ouvrissent pas les hostilités ce mois-là. Alexandre, pour n’être pas arrêté par cette superstition, déclara qu’à l’avenir ce mois serait appelé «second mai» (en grec Artemisios), et, passant outre, livra sa première grande bataille contre les Perses, =334=. PLUTARQUE, _Alexandre_.--Une superstition analogue, qui ne leur permettait pas de se mettre en marche avant la pleine lune, avait empêché les Spartiates de prendre part à la bataille de Marathon, =490=.
36, +Marine+.--Vers la fin de la guerre du Péloponnèse, =431= à =404=, les alliés de Lacédémone redoutant de voir le commandement de la flotte confédérée, alors exercé par Lysandre, en lequel ils avaient toute confiance, passer en d’autres mains, députèrent à Sparte, pour qu’il lui fût maintenu. Les lois ne permettant pas de lui continuer une seconde année la charge d’amiral, les Lacédémoniens, pour satisfaire aux désirs de leurs alliés, en investirent un certain Aracus, auquel Lysandre fut adjoint à titre de lieutenant, mais ayant seul toute l’autorité. PLUTARQUE, _Lysandre_, 4.
=186=,
2, +Deffendu+.--Ces ambassadeurs, en vue de rétablir la bonne harmonie entre les Athéniens et les Mégariens, poursuivaient l’annulation d’un décret rendu par les premiers contre les seconds; malgré l’ingéniosité de la réplique, ils n’obtinrent pas satisfaction. PLUTARQUE, _Périclès_, 18.
2, +Plutarque+.--_Parallèle de Flaminius avec Philopœmen_, vers la fin.
5, +Requeroit+.--C’est presque toujours en se retranchant derrière la légalité, devenue injuste ou oppressive, et ne la faisant pas fléchir en temps opportun, que les gouvernements provoquent les émeutes, et parfois les révolutions.
CHAPITRE XXIII.
7, +Nostres+.--En 1562; François de Guise, surnommé le Balafré, de la maison de Lorraine. V. N. =I=, 24: Nostres.
31, +Propos+.--Récit tiré de _La Fortune de la Cour_, par DE DAMPMARTIN, courtisan du règne de Henri III.
=188=,
8, +Tuer+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux portent: _homicider_.
9, +Raison+.--VOLTAIRE a mis en vers cette pensée dans sa tragédie d’_Alzire_, et Guzman, par la bouche de qui il l’exprime, est en même situation que le duc de Guise:
«Des dieux que nous servons, connais la différence. Les tiens t’ont commandé le meurtre et la vengeance, Et le mien, quand ton bras vient de m’assassiner, M’ordonne de te plaindre et de te pardonner.»
11, +Auguste+.--Le récit qui suit est traduit, presque mot pour mot, de SÉNÈQUE, _De la Clémence_, I, 9; il a été reproduit presque textuellement par CORNEILLE dans sa tragédie de _Cinna_; le fait se passait en l’an =4=.