Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Part 55

Chapter 553,817 wordsPublic domain

23, +Donnée+.--«Si Dieu avait donné le choix, ou de mourir, ou de toujours vivre; après avoir médité profondément ce que c’est, que de ne voir nulle fin à la pauvreté, à la dépendance, à l’ennui, à la maladie; ou de n’essayer des richesses, des plaisirs et de la santé que pour les voir changer inévitablement en leurs contraires par la révolution du temps, et être ainsi le jouet des biens et des maux, l’on ne saurait guère à quoi se résoudre. La nature nous fixe et nous ôte l’embarras de choisir; et la mort qu’elle nous rend nécessaire, est encore adoucie par la religion.» LA BRUYÈRE.--«Si nous étions immortels, nous serions des êtres très misérables. Il est dur, sans doute, de mourir; mais il est doux d’espérer qu’on ne vivra pas toujours et qu’une meilleure vie finira les peines de celle-ci. Si on nous offrait l’immortalité sur la terre, qui est-ce qui voudrait accepter ce triste présent? quelles ressources, quels espoirs, quelles consolations nous resteraient contre les rigueurs du sort et les injustices des hommes?» J.-J. ROUSSEAU, _Émile_, II.

24, +Priué+.--LE TASSE, près de rendre le dernier soupir, disait: «Si la mort n’était pas, il n’y aurait au monde rien de plus misérable que l’homme.»

«La vie n’est qu’un amas de craintes, de douleurs, De travaux, de soucis, de peines; Pour qui connaît les misères humaines, Mourir n’est pas le plus grand des malheurs.» Mme DESHOULIÈRES.

«Celui-là qui meurt jeune, est aimé des dieux.»--«J’aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice, cela m’aurait ôté bien des ennuis et m’aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément» (Mme DE SÉVIGNÉ).

30, +Indifférent+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 35.

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1, +Arriue+.--C’est de cette même idée que s’inspire cette inscription qui se lit fréquemment sur les cadrans solaires: «_Vulnerant omnes, ultima necat (Toutes les heures nous blessent, la dernière nous tue)_», que certains trouveraient plus juste si elle était rédigée: «_Vulnerant omnes, ultima sanat (la dernière guérit)_», puisque cette dernière met fin à nos maux.

2, +Nature+.--Tout ce discours de la nature est imité de LUCRÈCE, III, du vers 945 jusqu’à la fin du livre. Les deux dernières phrases sont traduites de SÉNÈQUE, _Epist._ 20; le traité de ce même philosophe, _De brevitate vitæ_, a aussi fourni à Montaigne quelques imitations. LE CLERC.

14, +Prescheurs+.--«Qui demandent: Où voulez-vous, Monsieur, qu’on vous enterre?» VOLTAIRE, _La Pucelle_.

17, +Nous+.--Cette idée et celle de la phrase suivante appartiennent à SÉNÈQUE, _Epist._ 24.--«C’est moins la mort qui est horrible, que le fantôme sous lequel on nous la fait envisager.» CHILON.

17, +Masque+.--«La mort est belle; elle est notre amie. Néanmoins, nous ne la reconnaissons pas, parce qu’elle se présente à nous masquée et que son masque nous épouvante.» CHATEAUBRIAND.

20, +Mort+.--Les éd. ant. aj.: _et heureuse trois fois_.

21, +Equipage+.--«Mon ami, je mourrai aujourd’hui. Quand on en est là, il ne reste plus qu’une chose à faire, c’est de se parfumer, de se couronner de fleurs, de s’environner de musique, afin d’entrer agréablement dans ce sommeil dont on ne se réveille plus.» Paroles de MIRABEAU _à Cabanis_, le jour de sa mort.--«Le dernier plaisir de la vie, a dit CÉSAR, est de mourir sans y penser.»

CHAPITRE XX.

Ce chapitre porte le nº XXI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

23, +L’imagination+.--CHARRON a puisé dans ce chapitre la plupart des idées qu’il exprime au ch. 17 du liv. I de son _Traité sur la Sagesse_.

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18, +Sagesse+.--Ce Vibius Gallus était rhétoricien de profession. Il s’imagina que les emportements de la raison, représentés devant ses auditeurs, captiveraient leur esprit; et, par le soin qu’il prit à contrefaire le fou, il le devint effectivement. «C’est le seul homme que je sache, dit SÉNÈQUE LE RHÉTEUR, _Controv._, II, 9, à qui il est arrivé de devenir fou, non par accident, mais par acte de jugement.»

21, +Imagination+.--On a vu maintes fois des patients mourir sur la table d’opération, avant même que le chirurgien eût commencé.--En 1794, Hébert, ce terroriste qui avait envoyé de si nombreuses victimes à l’échafaud, appelé à son tour à y monter, fut si faible devant la mort que ses jambes ne le portaient plus; il fallut, lorsqu’on le descendit de la charrette, l’asseoir sur le pavé. A la vue de la fatale machine, il s’évanouit; il était sans vie, lorsqu’on l’attacha sur la bascule; on ne guillotina qu’un mort.--Au collège royal d’Aberdeen, en Angleterre, des étudiants ayant à se plaindre du portier, s’en saisissent et lui annoncent qu’ils vont lui trancher la tête; ils l’agenouillent les yeux bandés et le frappent à la nuque avec une serviette mouillée; quand on le relève, il a cessé de vivre.--Lors du cataclysme qui, en 1902, ravagea la Martinique et détruisit la ville de Saint-Pierre, tous les navires qui étaient dans la rade périrent consumés par les flammes. Un seul, le «Roddus», parvint à s’échapper indemne; on n’y découvrit pas moins, une fois en sûreté, dans le salon du bord, les cadavres de plusieurs matelots qui, effrayés par la soudaineté de l’éruption et la pluie de feu, avaient dû se réfugier en toute hâte dans cette pièce et y étaient morts de peur, car ils ne portaient aucune trace de blessure. FULBERT DUMONTEIL.

28, +Cruentent+.--Montaigne a rendu lui-même, avant de les citer, l’idée exprimée dans ces deux vers de LUCRÈCE, dont la traduction textuelle est la suivante: «Semblables aux flots tumultueux d’un fleuve franchissant toute limite, les amoureux inondent leurs vêtements.»

31, +Italie+.--VALÈRE MAXIME, V, 6, qualifie Cippus de préteur et dit qu’étant sorti de Rome en habit de général et l’accident dont parle Montaigne lui étant arrivé, les devins déclarèrent qu’il serait roi, s’il retournait à Rome; sur quoi, il se condamna volontairement à un exil éternel. V. aussi PLINE, XI, 58.

35, +Refusée+.--En =546=, Crésus, roi de Lydie (Asie Mineure), avait un fils muet de naissance. Lors de la prise de sa capitale par les Perses, l’un d’eux allait tuer le roi qu’il ne connaissait pas, lorsque son fils qui était à ses côtés, saisi d’effroi, fit un effort qui lui rendit la voix: «Soldat, se serait-il écrié, ne tue pas Crésus!» et, pour le reste de sa vie, il conserva la faculté de parler. HÉRODOTE, I, 85.

37, +Ame+.--Antiochus, fils de Séleucus Nicator roi de Syrie, dépérissait. Erasistrate, son médecin, ne pouvant en pénétrer la cause, pensa qu’il se mourait d’amour, et, pour connaître l’objet de sa passion, imagina de mettre la main sur le cœur du malade et de faire défiler devant lui toutes les personnes de son entourage. A l’entrée de chacune, le jeune homme resta parfaitement calme, jusqu’à l’arrivée de Stratonice, sa belle-mère; à ce moment, il change de couleur, une sueur froide l’envahit, un frisson s’empare de lui, son cœur palpite; ces mouvements révèlent au médecin ce qu’il voulait connaître et il déclare au roi que le seul moyen de sauver son fils est de l’unir à la princesse; Séleucus consentit à la lui céder. LUCIEN, _Traité de la déesse de Syrie_.

38, +Nopces+.--Outre cet exemple de changement de sexe, PLINE, _Hist. nat._, VII, 4, en cite plusieurs autres, mais aucun en sens inverse d’homme changé en femme; AUSONE leur consacre une de ses épigrammes.--Le fait se présente de temps à autre, mais plus apparent que réel, ne tenant en quoi que ce soit du merveilleux; chez la plupart, il n’est que le fait de fausses déclarations, faites à la naissance par les parents qui espèrent de la sorte éviter à leur fils le service militaire. Cependant, en dehors de toute supercherie, il naît parfois des hermaphrodites; les Romains avaient pour principe de les détruire; de nos jours, on les admet à l’existence comme tous autres. Cette année même (1906), à Charlottenbourg (Prusse), un nouveau-né aurait été inscrit à l’état civil sans indication de sexe, l’accord n’ayant pu se faire sur sa détermination, et l’on aurait remis à l’avenir de décider la question.

41, +Iphis+.--Lors de la naissance d’Iphis, son père, partant en voyage, avait ordonné que si c’était une fille, ce qui arriva, elle fût exposée. Sa mère, pour la sauver, déguisa son sexe et l’éleva comme un garçon. Quand vint le moment de la marier, durant la cérémonie nuptiale, les dieux, cédant à ses prières et à celles de sa mère, la changèrent en garçon; et, par reconnaissance, Iphis offrit un sacrifice à Isis (une des divinités principales de l’Égypte, personnification de la nature), inscrivant sur un ex-voto le vers que cite Montaigne. MYTH.

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1, +François+.--Vitry-le-François s’écrit et se prononce encore avec un O. Cette ville a été bâtie par François Ier, pour recevoir les habitants de Vitry-le-Brûlé, bourg distant d’environ 5 kil., que Charles-Quint venait de détruire (1554).

2, +Soissons+.--En 1580. Dans son _journal de voyage_, Montaigne écrit: «Nous ne le sceumes voir, parce qu’il estoit au village». Il y est dit aussi que ce fut l’évêque de Châlons, et non de Soissons, le cardinal de Lenoncourt, qui lui donna ce nom de Germain. LE CLERC.

9, +Marie Germain+.--Le fait est mentionné par AMBROISE PARÉ; c’était, dit-il, une jeune paysanne du nom de Marie Garnier qui, à l’âge de quinze ans, gardant les moutons et ayant sauté un fossé, éprouva une vive douleur et se trouva avoir changé de sexe; on lui donna alors le nom de Germain. Ce devait être, ajoute le célèbre chirurgien de l’époque, un véritable garçon, dont les organes étaient jusque-là demeurés à l’intérieur. CUVIER.--En 1907, à Savia (Italie), est né un enfant hermaphrodite, chez lequel les médecins n’ont pas été d’accord sur le sexe prédominant.--La duchesse d’Orléans, mère du Régent, sous Louis XV, parle dans ses Mémoires de Marie Germain, et avoue avoir, dans l’espoir de devenir homme comme elle, fait, elle aussi, des sauts si terribles que c’est miracle si, cent fois, elle ne s’est pas rompu le cou.

16, +Dagobert+.--Ce roi, dit la légende, était couvert de lèpre; s’étant dévotieusement frictionné avec la rosée de certain lieu d’une vénération particulière, il en fut miraculeusement guéri, ne conservant que les cicatrices de ses plaies.

16, +Saint François+.--Deux ans avant sa mort (1224), saint François d’Assise étant en prière, tomba en extase; le Christ sur la croix lui apparut, et, en même temps, il se sentit comme percé de trous dans tous les membres où les clous avaient été enfoncés dans ceux de Notre-Seigneur; et depuis il en conserva les cicatrices.--Ce fait de stigmates a été relevé à diverses reprises; en des temps rapprochés, en 1843, il a été assez longuement question d’un cas semblable, chez trois vierges, dans le Tyrol. En ce qui touche saint François d’Assise, le fait a été accepté par l’Église qui a institué une fête en cet honneur; ce qui n’a pas empêché un incrédule d’avancer qu’au dire des Jacobins, adversaires des Cordeliers dont saint François est le fondateur, ces stigmates avaient été produits par saint Dominique armé d’une broche, lors d’un différend survenu entre eux.

19, +Autre+.--Cet autre, c’est Restitutus. _Cité de Dieu_, XIV, 24.

22, +Haleine+.--Les extases, plus ou moins prolongées, sont un fait courant que la science explique dans une certaine mesure et qu’on arrive même assez aisément à provoquer chez certaines personnes, par le magnétisme.

27, +Visions+.--«Des miracles», ajoutent toutes les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

32, +Liaisons+.--«Des mariages», ajoutent les éditions antérieures. Il s’agit ici de nouement d’éguillettes, ou impuissance momentanée empêchant la consommation du mariage, attribuée alors à des maléfices et qui jadis était l’objet de bien des préoccupations: Virgile semble y faire allusion; l’Écriture sainte relate la peine de mort contre ceux se livrant à des enchantements pour les produire; la loi salique leur inflige une amende de quarante sous d’or.

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16 à 22, +On n’a pas... préseruer+.--Var. des éd. ant.: _A qui a assez de loisir pour se rauoir et se remettre de ce trouble, mon conseil est qu’il diuertisse ailleurs son pensement ou qu’on luy persuade, qu’on luy fournira des contrenchantemens d’vn effect merueilleux et certain._

31, +Test+.--A la base du crâne.

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1, +Resueillon+.--Collation faite au milieu de la nuit, quand on veillait, fréquemment pratiquée alors, le souper ayant lieu d’ordinaire à 5 heures du soir; est encore, de nos jours, de pratique courante la nuit de Noël, mais avec en plus une idée de divertissement qui à l’époque n’en faisait pas partie intégrante.

32, +Sacrifices+.--HÉRODOTE, II, 81, d’où le fait est tiré, dit que ce fut Laodice qui s’avisa de faire vœu à Vénus de lui ériger une statue, ce dont elle s’acquitta très fidèlement.

34, +Mineuses+.--Qui font des mines, des manières; minaudières.

35, +Allumant+.--Var. des éd. ant.: «Mais il faut aussi que celles, à qui legitimement on le peut demander, ostent ces façons ceremonieuses et affectées de rigueur et de refus, et qu’elles se contraignent vn peu, pour s’accommoder à la necessité de ce siecle malheureux», au lieu de: «Or elles ont... allumant».

35, +Cotte+.--Ce propos émane de Théano. Cf. HÉRODOTE, I, 8.

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4 à 5, +Qui luy... suiuantes+.--Var. des éd. ant.: _que cette frayeur s’en augmente et redouble à toutes les occasions suiuantes: et sans quelque contremine on n’en vient pas aisement à bout_.

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13, +Saint Augustin+.--Dans _la Cité de Dieu_, XIV, 24; voir aussi le commentaire de Vivès sur ce passage.--Il y a vingt ou trente ans, un individu, tirant parti de cette même affection, affublé de la qualité de Pétomane, se donnait en spectacle à Paris; il en était arrivé à jouer certains airs.

25, +Pouuoir+.--Claude, empereur romain. SUÉTONE (_Claude_, 32) dit seulement: Il méditait, assure-t-on, de rendre un édit «pour permettre de lâcher des vents à sa table», parce qu’il avait appris qu’un de ses convives avait pensé mourir pour s’être retenu devant lui. «Ne vous étonnez pas davantage, dit RABELAIS, de celui-ci qui, pour retenir son vent et défaut de péter un mauvais coup, mourut subitement en présence de Claudius», origine probable de cette intention.

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12, +Espaigne+.--Les écrouelles, affection chronique des glandes du cou, vulgairement appelées «humeurs froides».--Les rois de France passaient jadis pour avoir le don de guérir cette maladie. A cet effet, ils faisaient sur la face du malade un signe de croix, en le touchant du front au menton et d’une oreille à l’autre, en disant: «Le roi te touche, Dieu te guérit.» Ils procédaient à cette opération, plus particulièrement le jour de leur sacre et à différentes fêtes annoncées à l’avance, pour que ceux qui le voulaient pussent se présenter. Le jour de son sacre, Louis XIV en toucha près de 2.000. Les étrangers se présentaient en grand nombre, notamment les Espagnols, chez lesquels cette maladie était, paraît-il, assez répandue; ce seraient eux qui, pour cacher ce mal, auraient inventé ces grandes fraises, en usage autrefois, particulièrement au XVIe siècle.--L’antiquité est fertile en superstitions de ce genre: Pyrrhus, roi d’Épire, guérissait les gens malades de la rate en leur touchant le flanc gauche avec son orteil droit; ils devaient au préalable avoir sacrifié un coq blanc. Montaigne, d’après Plutarque, cite ailleurs le fait de Vespasien rendant la vue à deux aveugles en leur humectant la paupière avec sa salive.

17, +Aposéme+.--Apozème, terme de médecine; potion faite d’une décoction d’herbes.

37, +Façon+.--Ce trait est, après Montaigne, rapporté dans les anecdotes de médecine de Dumonchau.--De cet effet d’imagination vrai ou faux, on peut rapprocher celui bien réel qui se produit journellement quand on souffre des dents et qu’on se décide à s’en faire arracher; l’appréhension de la douleur fait que très fréquemment le mal disparaît, quand le dentiste se dispose à opérer.

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7, +Douleur+.--Des faits semblables sont assez fréquents dans les annales médicales.--L’illustre chirurgien VELPEAU eut jadis à traiter un malade persuadé qu’il avait avalé une couleuvre et le guérit en procédant de la même façon.--Tout récemment le docteur Richelot, à l’hôpital Cochin, à Paris, avait affaire à une femme prétendant avoir avalé, en buvant à un ruisseau, il y avait une quarantaine d’années, un œuf de lézard, qui avait éclos en elle et produit un lézard qui la gênait de plus en plus et était devenu intolérable. Il l’endormit, lui fit une incision superficielle et, à son réveil, lui produisit un magnifique lézard vert, d’une trentaine de centimètres de long, dont il s’était nanti au préalable. La femme fut convaincue et guérie, jusqu’à ce que quelque temps après, apprenant la supercherie par les journaux, les mêmes effets se reproduisirent en elle.--Ces effets sont le résultat de troubles nerveux très connus aujourd’hui, qui affectent parfois une forme plus curieuse encore dans le cas de la grossesse nerveuse, où la femme se figure être enceinte, en présente tous les symptômes, a dès les premiers mois des vomissements, s’imagine plus tard sentir remuer l’enfant qui n’existe pas, jusqu’à ce que vers le neuvième mois tout rentre insensiblement de soi-même dans l’ordre.

29, +Regard+.--C’est la croyance au mauvais œil, dont, quelques lignes plus loin, Montaigne gratifie les sorciers. La Scythie n’était pas le seul pays où pareille croyance existait, et nous la trouvons encore aujourd’hui dans bien des pays se disant civilisés, notamment en Italie, où le «jettatore» (jeteur de sorts) est un être redouté, faisant le mal sans même en avoir l’intention. Aussi, s’en garde-t-on avec grand soin; heureusement, il est facile à reconnaître; du reste, pour s’en protéger, il existe des préservatifs: pour conjurer le mauvais sort les dames romaines portaient à cet effet, dans l’antiquité, des priapes de bronze d’or, que les modernes remplacent par des cornes en corail ou en jais; les Orientaux donnent la préférence à des mains en argent, assez grossièrement imitées, les cinq doigts ouverts; à la rigueur, si on est surpris, la main ainsi étendue, les doigts écartés et dirigés vers celui qui vous menace ainsi, d’une façon consciente ou inconsciente, suffit pour vous en défendre.

37, +More+.--Ludovic Sforza, duc de Milan, dont il a été question, =I=, 104, dit le More ou le Maure, en raison de son teint basané.

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2, +Iacob+.--Jacob était convenu avec Laban, son beau-père, qu’il garderait ses troupeaux et que comme salaire tout agneau ou chevreau tacheté serait sa propriété. Il prit alors, dit la GENÈSE, XXX, 37, des baguettes vertes de peuplier, d’amandier et de platane, il y pela des bandes en mettant à nu le blanc des baguettes, et plaça ces baguettes dans les abreuvoirs, et quand les brebis s’accouplaient devant les baguettes, elles faisaient des petits rayés, tachetés et marqués; et comme en outre il prenait la précaution d’agir ainsi à l’égard des brebis les plus vigoureuses, Laban n’avait que des agneaux peu nombreux et chétifs, tandis que les siens étaient en bien plus grand nombre et vigoureux, et de la sorte, ajoute l’Écriture sainte, il devint extrêmement riche.

17, +Moy+.--De nombreuses éditions postérieures à celle de 1595, portent «conte», au lieu de «comme», indicatif du verbe commer (faire application); le sens ne justifie pas cette modification.

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13, +Partis+.--Quoique catholique et partisan de l’autorité royale, Montaigne conserva toujours de bonnes relations avec les chefs de tous les partis, la politique n’eut jamais très grande action sur lui.

23, +Punissables+.--Montaigne cherche plus en effet dans les contes et anecdotes qu’il présente, des occasions d’exprimer sa façon de penser, que d’en tirer des déductions, ce qui le porte à se préoccuper fort peu de leur exactitude qui souvent laisse fort à désirer.

28, +Ainsi+.--Les poètes de cette époque écrivaient «ainsin» pour éviter des hiatus, quand le mot suivant commençait par une voyelle, ce dont ce passage semble une critique.

CHAPITRE XXI.

Ce chapitre porte le nº XXII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

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1, +Demades+.--SÉNÈQUE, _De Beneficiis_, VI, d’où presque tout ce chapitre a été pris.

6, +D’autruy+.--«C’est ce qui fait qu’il est si difficile de détruire les abus; il n’y en a pas qui ne profitent à quelques-uns.»

8, +Guain+.--Ceci a été et sera de tous temps, et l’on peut ajouter que chacun cherche à vendre le plus cher possible et à acheter au prix le moins élevé; c’est ce que de nos jours on appelle «la lutte pour la vie», d’autant plus ardente que la civilisation va sans cesse augmentant les appétits, créant de nouveaux besoins. C’est ce qui fait que le patron veut la journée de travail la plus longue et l’ouvrier la moins longue possible; que les comptables, les professeurs réclament contre les employés des ministères qui, à temps perdu, et Dieu sait s’ils en ont, s’occupent de travaux de comptabilité, donnent des leçons; que les tailleurs et cordonniers réclament contre les maîtres ouvriers des corps de troupe, qui travaillent pour le dehors, etc.; et aussi que les produits similaires de l’étranger sont frappés de droits protecteurs pour permettre à nos producteurs de mieux écouler leurs produits, à notre détriment à nous consommateurs; l’acharnement des médecins contre les rebouteurs, des pharmaciens contre les herboristes dont pâtissent les malades n’a pas d’autre cause.--Mais ce qui se justifie moins encore, c’est l’exagération apportée dans la pratique de cette loi de «l’offre et de la demande» qui n’est autre qu’une variante de la loi du plus fort aussi inique qu’elle et qui fait que souvent le gain d’un homme occupé durant la journée entière ne suffit pas à le faire vivre, parce que l’employeur abuse des facilités qu’il trouve à faire exécuter ce travail pour le rémunérer d’une façon insuffisante; cela a lieu surtout à l’égard de la femme dont le travail est souvent payé d’un prix dérisoire, notamment celles que font travailler à domicile les grands magasins, dont la fortune est faite de leur misère. C’est cette même loi qui fait que dès qu’une plus grande affluence de monde par suite d’une circonstance quelconque survient dans une localité, on voit du même coup s’élever le prix de toutes les denrées de première nécessité.--Dans ce même ordre d’idées rentre la question du repos hebdomadaire dans laquelle il a fallu que la loi intervienne, pour que ceux qui l’accordent ne pâtissent pas de ce que d’autres refusent à l’accorder. En bonne conscience il devrait, sauf le cas de nécessité absolue, avoir lieu le dimanche parce que c’est dans les habitudes que, ce jour-là, les échéances soient prorogées, les grandes administrations fermées; les enfants ne vont pas à l’école; c’est le jour habituel des grandes manifestations de la vie sociale et politique; certainement il peut y avoir inconvénient pour quelques-uns, mais c’est l’avantage du plus grand nombre. Quant au salaire, il ne saurait actuellement être payé par le patron pour les journées où l’on chôme, mais forcément le prix de la journée de travail s’élèvera d’autant, ce qui reviendra au même pour l’ouvrier ou l’employé, l’employeur tout naturellement aussi se rattrapera en surélevant d’autant ses prix; finalement ce sera le consommateur qui paiera, et il ne saurait en être autrement.

13, +Grec+.--Ce comique, c’est Philémon, poète du =IVe= siècle, qui mourut, dit-on, dans un accès de rire, à 97 ans.--Un autre auteur grec, abondant dans le même sens, raconte que quelqu’un, rencontrant son médecin, lui demanda pardon de la bonne santé dont il jouissait depuis longtemps.

13, +Reste+.--«Le précepte de ne jamais nuire à autrui, emporte celui de tenir à la société humaine le moins qu’il est possible; car, dans l’état social, le bien de l’un fait nécessairement le mal de l’autre.» J.-J. ROUSSEAU, _Émile_, III.--«Ce qui nuit à l’un, duit à l’autre.» (Proverbe ancien).