Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Part 50

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31, +Exprimer+.--Cette disposition d’esprit si contradictoire existe en moi et probablement chez beaucoup d’autres: Toute histoire touchante que je lis, tout drame que je vois représenter au théâtre, me font venir les larmes aux yeux, tandis que les faits analogues de la vie réelle dont je suis témoin, si tragiques soient-ils et lors même que j’y suis directement intéressé, me laissent impassible. La nouvelle de la mort de mon fils aîné, survenue au Tonkin et apprise par la voie des journaux, ne m’a causé sur le moment nulle émotion apparente, tandis que depuis, et aujourd’hui encore, après bien des années, ma pensée ne se reporte jamais sur lui sans un attendrissement manifeste. G. M.--A la suite de cette réponse de Psamménite, Cambyse donna ordre de délivrer son fils et sa fille; mais déjà le premier, conduit au supplice un mors dans la bouche, ce qui était un signe de servage, n’était plus, et lui-même, il le traita avec bonté. Dans la suite, Psamménite ayant incité les Égyptiens à la révolte, fut condamné à boire du sang de taureau, ce dont il mourut sur-le-champ. HÉRODOTE, III, 14.

37, +Dueil+.--Lors de la guerre de Troie (=XIVe= siècle), des vents contraires persistants empêchant la flotte des Grecs de mettre à la voile, les devins déclarèrent que c’était du fait de Diane irritée contre Agamemnon leur chef et que la déesse ne pouvait être apaisée que par le sang d’une princesse de la famille royale. Après avoir longtemps lutté, Agamemnon, cédant aux sollicitations de ses alliés, consentit au sacrifice d’Iphigénie sa fille. Diane satisfaite substitua à la victime une biche qui lui fut immolée et transporta la princesse en Tauride où elle en fit une prêtresse de son culte.--Le peintre qui peignit cette scène, Timanthe (=IVe= siècle), donnait au grand prêtre Calchas, qui avait réclamé le sacrifice, l’air abattu; il représentait Ulysse consterné, Ajax frémissant de rage d’une telle cruauté, Ménélas poussant des cris lamentables, un aruspice, des amis, un frère en pleurs, et Agamemnon, le père de la victime, la tête couverte d’un voile, laissant, a-t-on dit, à la sensibilité du spectateur à juger de sa douleur; peut-être aussi n’était-il affublé de ce voile qu’en suite du rite en pareille circonstance, ainsi que cela se voit dans certaines cérémonies de l’Église catholique, lors des relevailles par exemple. CICÉRON, _Orat._, 22; VALÈRE MAXIME, VIII, 11.--Plutarque raconte un fait identique au sacrifice d’Iphigénie: le consul romain Métellus, devant passer en Sicile avec son armée, avait sacrifié aux Dieux, mais en omettant Vesta. Celle-ci pour se venger fit également souffler des vents contraires qui mettaient obstacle au départ. Pour l’apaiser, Métellus, sur le conseil des devins, consentit également à lui sacrifier sa fille et Vesta, comme Diane prise de compassion, substitua une génisse à la victime qu’elle transporta à Lavinium et attacha à ses autels.--Ce passage des Essais est peut-être ce qui a inspiré à Robert Fleury de représenter, dans son tableau de la mort de Montaigne, sa veuve la figure masquée par un mouchoir qu’elle tient à la main.

40, +Rocher+.--Niobé, glorieuse de ses sept garçons et de ses sept filles, en vint à mépriser Latone qui n’avait d’enfants qu’Apollon et Diane. La déesse offensée leur remit le soin de la venger; ils firent périr sous leurs flèches tous ceux de Niobé, tandis que la mère elle-même était changée en rocher. MYTHOLOGIE.

41, +Malis+.--Le texte d’Ovide porte: _Diriguitque malis_.

=26=,

9, +Mena+.--Mena, dans cette acception, est purement latin; on dit dans cette langue _ducere bellum_, faire la guerre. NAIGEON.

10, +Hongrie+.--En 1560, à propos de la couronne de Hongrie que Ferdinand I, empereur d’Allemagne, disputa d’abord à Jean I Zapoly, puis à son fils Jean II, dont les droits étaient défendus par sa mère Isabelle, conflit qui se termina par le mariage de Jean II avec la fille de Ferdinand.

31, +Nocte+.--Ces vers de Catulle sont une imitation d’une Ode de Sappho, que Boileau a traduite. Delille a fait quelques changements à cette traduction, pour se rapprocher davantage de la forme de l’ode sapphique:

«De veine en veine, une subtile flamme Court dans mon sein, sitôt que je te vois; Et, dans le trouble où s’égare mon âme, Je demeure sans voix. Je n’entends plus, un voile est sur ma vue; Je rêve, et tombe en de douces langueurs; Et, sans haleine, interdite, éperdue, Je tremble, je me meurs!»

39, +Iouïssance+.--Add. de 1588: _accident qui ne m’est pas incogneu_.

=28=,

1, +Routte+.--Déroute, de l’italien _rotta_ qui a même signification.

1, +Cannes+.--Le fait est affirmé par Pline, VII, 54.--Tite-Live en raconte un semblable arrivé après la bataille de Trasimène, perdue l’année précédente (=217=) également par les Romains contre Annibal.

1, +Sophocles+.--Sophocle serait mort de joie, disent les uns, en apprenant le succès d’une de ses pièces; selon d’autres, en avalant un grain de raisin, comme il arriva à Anacréon. On attribue à Sophocle, mort à 90 ans environ, 120 à 130 pièces de théâtre; vingt fois, il avait remporté la palme de la tragédie.--Chilon serait également mort de joie, en embrassant son fils couronné aux Jeux Olympiques.

2, +Tyran+.--Pline (VII, 54) dit que ce fut la joie d’avoir remporté le prix de tragédie qui causa la mort de Denys; Diodore de Sicile, que ce furent les excès de table auxquels il se livra en suite de la satisfaction qu’il en éprouva.--Cette épithète de «tyran» n’impliquait pas, dans l’antiquité comme de nos jours, une idée de cruauté; chez les Grecs, comme chez les Romains, elle désignait un souverain de pouvoir absolu et le plus souvent usurpé.

4, +Decernez+.--En Corse, en =163=, Thalva, ou mieux Thalna, offrait un sacrifice quand il reçut le décret du Sénat qui lui accordait les honneurs du triomphe; il l’ouvrit, le lut et tomba expirant de l’autel. VALÈRE MAXIME, IX, 12.--Pour obtenir les honneurs du triomphe, il fallait avoir vaincu dans une bataille où cinq mille ennemis au moins avaient été tués, ce qui amenait souvent à continuer le carnage, lors même que déjà on était victorieux.

7, +Mourut+.--En 1521; Léon X venait d’apprendre coup sur coup la reprise de Milan, de Plaisance et, le jour même de sa mort, celle de Parme sur les Français qu’il abhorrait. Sa fin inopinée donna lieu à des soupçons d’empoisonnement que discrètement on s’abstint d’élucider. GUICCIARDIN, _Hist. d’Italie_, XIV.--Martin du Bellay (l. II) dit assez plaisamment à cette occasion: «Le pape Léon X fut bien aise de mourir de joie.»

11, +Faict+.--Diodore mourut de honte de n’avoir pu répondre sur le moment même à des raisonnements captieux que lui proposait Stilpon. PLINE, VII, 53.

CHAPITRE III.

14, +Beant+.--Béer, verbe qui avait le sens du mot latin _inhiare_; n’est plus aujourd’hui usité qu’aux participes: bouche bée, bouche béante.

26, +Plus+.--«Le présent n’est jamais notre but; le seul avenir est notre objet; ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre.» PASCAL.--«La nature nous rendant malheureux en tous états, nos désirs nous figurent un état heureux; et, quand nous arriverions à les satisfaire, nous n’en serions pas plus heureux pour cela, parce que nous en aurions d’autres conformes à notre nouvel état.» LA BRUYÈRE.--«La vie... se passe toute à désirer; l’on remet à l’avenir son repos et ses joies... Ce temps arrive qui nous surprend dans les désirs...; on en est là quand la fièvre nous saisit et nous éteint; si on eût guéri, ce n’eût été que pour désirer plus longtemps.» LA BRUYÈRE.

27, +Anxius+.

«..... Tant de prudence entraîne trop de soin, Je ne sais pas prévoir les malheurs de si loin.»

RACINE, _Andromaque_.

... «La prévoyance! La prévoyance qui nous porte sans cesse au delà de nous, souvent nous place où nous n’arriverions point; voilà la véritable source de toutes nos misères.» J.-J. ROUSSEAU, _Émile_.

28, +Congnoy+.--«Un beau mot, dit Platon dans _Timée_, court depuis longtemps dans le monde, c’est que seul le sage s’attache uniquement à ses propres affaires et arrive à se connaître lui-même.»--Cette même idée se retrouve dans ces sentences si souvent reproduites: Γνωθὶ σεαυτόν et _Nosce te ipsum_ (Connais-toi toi-même).

=30=,

4, +L’aduenir+.--Épicure enseignait que le plaisir est le souverain bien de l’homme et que tous ses efforts doivent tendre à l’obtenir; mais il faisait consister le plaisir dans la culture de l’esprit et la pratique de la vertu. Après lui, ses disciples dénaturèrent sa doctrine en l’étendant aux plaisirs des sens, que ses adversaires ont alors présentés comme étant son unique but, ce qu’avec eux la postérité a trop facilement admis. Il expliquait tout par le concours fortuit des atomes, rejetait l’immortalité de l’âme, admettait des dieux, êtres d’une nature supérieure à l’homme, mais leur refusait toute action sur le monde et niait la Providence, prétendant détruire ainsi, par la racine, toute superstition.

6, +Mort+.--Il en était ainsi dans l’Égypte ancienne à l’égard des rois et même des simples particuliers. Tout le monde avait le droit d’accusation, et, si le fait incriminé était prouvé, il entraînait la privation de sépulture légale, c’est-à-dire en rapport avec le rang que le mort avait occupé et dans le lieu que ce rang lui assignait. DIODORE DE SICILE, I, 6.--«Il est étonnant et regrettable, lit-on dans l’Encyclopédie du XVIIIe siècle, que ceux qui ont imaginé le dogme de l’immortalité de l’âme, ne s’en soient pas servis pour, en même temps, persuader aux hommes qu’ils entendront dans l’autre monde les jugements divers qu’on portera sur eux lorsqu’ils ne seront plus.» Dans ces jugements il ne faut probablement pas comprendre ces panégyriques d’usage, toujours exagérés, quand ils ne sont pas complètement mensongers, prononcés aujourd’hui sur nos tombes.

«Quand un roi fainéant, la vergogne des princes, Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces, Entre les voluptés indignement s’endort, Quoique l’on dissimule, on n’en fait point d’estime. Et si la vérité se peut dire sans crime, C’est avecque plaisir qu’on survit à sa mort.»

MALHERBE.

On ne saurait dire toutefois que, même de nos jours, la mémoire des Chefs d’État qui, abusant de leur irresponsabilité constitutionnelle, laissent tout faire, échappe à toute sanction. La simple énonciation d’une quelconque de ces mentions, suivant le cas: «Panama, Fachoda, Algésiras, Grèves universelles, Expulsion des congrégations, Suppression de l’enseignement religieux, Confiscation des biens de l’Église, Accroissement des monopoles, Déficit,etc...», au revers d’une médaille à leur effigie, en dira plus à la postérité que toutes les polémiques de l’époque.

7, +Loix+.--Comparaison tirée des corporations de métiers: le maître et le compagnon.

9, +Successeurs+.--A Venise, après la mort d’un doge, on nommait trois inquisiteurs chargés de recevoir les plaintes de ceux auxquels il avait pu faire quelque dommage pécuniaire; ses héritiers en devaient réparation, quelquefois même avec amende.--Il devrait bien en être actuellement ainsi en France, non seulement à l’égard des Chefs de l’État, mais de tout ministre, et cette instruction s’ouvrir dès qu’ils sortiraient de charge et s’étendre sans que jamais il y ait prescription à tous les dénis de justice, quels qu’ils soient, commis aussi bien par action que par omission, c’est-à-dire qu’ils aient commis soit par abus d’autorité, faiblesse, compromis politique et même par ignorance, ou laissés s’accomplir quand leur devoir eût été de s’y opposer; on évincerait peut-être de la sorte de ces fonctions, pour le plus grand bien de la chose publique, nombre de gens sans caractère ou incapables que nous voyons journellement briguer ou accepter ces mandats.

13, +Leur+.--Au ch. XLII de ce même livre (=I=, 492), Montaigne reprend cette même idée: «... le méchant, le bon roy... autant en a l’vn que l’autre».

14, +Roys+.--A moins qu’ils ne commandent le crime, comme fit, en 1572, le vicomte d’Orthez refusant de se prêter, à Bayonne, aux massacres de la Saint-Barthélemy: «Sire, répondit-il à Charles IX, j’ai communiqué le commandement de V. M. à ses fidèles habitants et gens de guerre de la garnison; je n’y ai trouvé que bons citoyens et fermes soldats, mais pas un bourreau. C’est pourquoi eux et moi vous supplions de ne vouloir employer nos bras et nos vies qu’en choses possibles, quelque hasardeuses qu’elles soient.»--D’autres encore se refusèrent à l’exécution des ordres relatifs à ces massacres: parmi lesquels Éléonor de Chabot, gouverneur de la Bourgogne; le marquis de la Guiche, à Macon; le duc de Longueville, en Picardie; Matignon, en Normandie; Saint-Héran, en Auvergne.--Le nombre des victimes fut, dans les principales localités: à Paris, 2.500 à 3.000; à Orléans, 500; à Meaux, 200; à Lyon, 7 à 800.

28, +Tesmoignages+.--TITE-LIVE, XXXV, 48.

32, +Mal+.--Le premier était le tribun militaire Subrius Flavius, le même dont il est question =II=, 145, le second le centurion Sulpitius Afer, tous deux inculpés dans la conspiration de Pison (=65=). TACITE, _Ann._, XV, 67 et 68.

=32=,

1, +Police+.--Est employé ici et à maintes reprises dans les Essais avec sa signification grecque: πόλις ville, et πολιτεία, république.

6, +Leurs+.--HÉRODOTE, VI, 68.

8, +Dernier+.--HÉRODOTE, VI, 68.--Postrème et dernier sont synonymes; le premier vient du latin _postremus_ et en a retenu le sens.

8, +Aristote+.--Aristote fut le génie le plus vaste de l’antiquité (=IVe= siècle). Il a embrassé toutes les sciences connues de son temps et en a même créé plusieurs. Pendant un grand nombre de siècles, ses écrits posèrent la borne du savoir humain et jouirent d’une autorité absolue; au moyen âge, notamment, il fut l’oracle des philosophes et des théologiens scolastiques. Il est l’auteur d’un grand nombre de traités, dont les progrès de la science moderne ont démontré la valeur; les principaux portent sur la Logique, la Rhétorique, la Politique, l’Histoire des animaux, la Physique, le Ciel, la génération, le Monde, la Métaphysique. En philosophie, il donne comme base à la science tout à la fois l’expérience et la raison; il démontre l’existence de Dieu qu’il présente comme le centre auquel tout aspire; dans l’art, il ramène le beau à l’imitation de la nature; en morale, il fait consister la vertu dans l’équilibre entre les passions, gardant un juste milieu prévenant tout excès; en politique, il assigne l’utilité comme but à la société. V. N. =II=, 202: Sienne.

10, +Heureux+.--HÉRODOTE, I, 32; ARISTOTE, _Morale à Nicomaque_, I, 10.

21, +Vindicat+.--Montaigne a fait quelque changement au texte latin.

23, +Auuergne+.--BRANTÔME, _Mémoires_, II.--En 1380; sa mort fut cachée aux assiégés qui ne la connurent que le lendemain quand ils vinrent se rendre; celui qui les en avait sommés en son nom, ayant eu la présence d’esprit de leur déclarer que s’ils ne se décidaient, il était résolu à ne plus avoir de communication avec eux.--Duguesclin, attaché au parti de Charles de Blois qui revendiquait le duché de Bretagne; à la mort de celui-ci, il se mit au service de Charles V qui le soutenait. Vainqueur du roi de Navarre à Cocherel (1364), il fut cette même année battu et fait prisonnier à Auray. Rendu à la liberté, il délivre la France des grandes compagnies en les conduisant en Espagne où il est battu et fait à nouveau prisonnier (1367). Il se rachète une seconde fois, et, rentré en France, il se remet à guerroyer, cette fois avec plein succès, contre les Anglais qu’il avait toujours eus en face de lui, à Auray comme en Espagne; il les chasse de la Normandie et du Poitou et meurt au siège de Château-Rendon (1380). Ce fut un des plus grands hommes de guerre de France; il avait été fait connétable en 1370 et fut enterré à Saint-Denis.

33, +Craindre+.--En 1515. BRANTÔME, II; GUICCIARDIN, XII.

38, +Corinthiens+.--En =425=, durant la guerre du Péloponnèse. La discussion qui s’éleva à ce propos entre Nicias et ses adversaires portait sur ce que les corps de deux des siens avaient échappé aux recherches de ceux qui, après le combat, avaient été chargés de les enlever, et avaient dû leur être réclamés; cela ne changeait du reste rien au résultat, seule la réputation du général athénien eut à en souffrir. PLUTARQUE, _Nicias_, 2.

39, +Bœotiens+.--En =394=. Le lendemain de la bataille de Coronée qui avait été indécise, les Thébains demandèrent une trêve pour relever et ensevelir leurs morts; Agésilas la leur accorda, considérant cette demande comme une confirmation de sa victoire. PLUTARQUE, _Agésilas_, 6.

41, +Soing+.--Les éd. ant. aj.: _que nous auons_.

=34=,

6, +Mourant+.--En 1307. ANDRÉ DU CHESNE, _Hist. d’Angleterre_, XIV.

12, +Zischa+.--Ou mieux Ziska; héros national de la Bohême, avait perdu l’un après l’autre les deux yeux dans différents combats.

13, +Wiclef+.--Un des précurseurs de la Réforme; niait la transsubstantiation, repoussait la confession, la primauté du Pape et la hiérarchie ecclésiastique. Jean Huss, en Bohême, adoptant ses idées, fit des prosélytes qui engendrèrent une guerre civile de 1174 à 1434.

26, +Corps+.--En 1524, au combat de Romagnano (Italie), où, franchissant la Sesia, il était demeuré le dernier pour couvrir la retraite.--Bayard, surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche, réunissait en lui les vertus qu’on admire séparément dans plusieurs hommes de l’antiquité. Il s’illustra dans les guerres de Charles VII, Louis XII et François Ier; ce dernier, pour lui témoigner sa haute estime, voulut être armé chevalier de sa main, sur le champ de bataille de Marignan.--Les détails rapportés par Montaigne sont tirés des Mémoires de du Bellay, II.

34, +Présent+.--Philippe II, roi d’Espagne, fils de Charles-Quint, né lui-même de Philippe le Beau, fils de Maximilien.

38, +Percée+.--Cette critique n’a pas empêché cette façon de faire de se continuer chez certains grands seigneurs, dont les plus titrés, parmi ceux en agissant ainsi, furent le duc de Vendôme sous Louis XIV et le duc d’Orléans, régent de France, sous Louis XV.

=36=,

5, +Profession+.--La profession d’homme de guerre qu’à diverses reprises, au cours de son livre, Montaigne, sans rien préciser et sans que renseigne davantage aucun document autre que son tombeau, laisse entendre comme ayant été la sienne.

7, +Mort+.--Ce ne furent pas les seules excentricités de ce prince, recommandable du reste sous bien des rapports. Il avait fait faire son cercueil, y avait joint le drap mortuaire et tous les objets nécessaires à ses funérailles, le tout disposé dans un coffre dont il avait la clef et que, dans les dernières années de sa vie, on portait à sa suite dans tous ses voyages. A sa mort, occasionnée, comme celle de son père, pour avoir mangé immodérément du melon, il ordonna qu’on lui coupât les cheveux, qu’on lui arrachât les dents, qu’on les broyât et les réduisît en cendres, et que son corps fût enfermé dans un sac rempli de chaux vive.

13, +Religion+.--Cyrus, fils de Cambyse, seigneur perse, et de Mandane, fille d’Astyage, roi des Mèdes, commanda d’abord les armées de Cyaxare, fils et successeur d’Astyage; puis, se rendant indépendant, se fit nommer roi des Perses qui depuis longtemps étaient sous la domination des Mèdes (=560=). Peu à peu, il agrandit son empire, défit Crésus, roi de Lydie, à la bataille de Thymbrée (=548=), et s’annexa ses états; s’empara de Babylone (=538=); hérita de la Médie, et devint ainsi le maître d’un empire qui embrassait la majeure partie de l’Asie. C’était un prince brave, énergique, qui ne demandait aux vaincus qu’obéissance et tribut, et respectait leurs institutions. On ignore quelle fut sa fin; Xénophon, dont Montaigne adopte la version, le fait mourir âgé, entouré de ses enfants; selon Hérodote, il fut tué dans une expédition contre les Massagètes, peuple de la Scythie, et son corps étant resté entre leurs mains, Thomyris leur reine, dont le fils avait péri peu auparavant, lui fit couper la tête et plonger dans une outre pleine de sang, en disant: «Monstre, abreuve-toi de ce sang dont tu as toujours été altéré» (=530=).--Le fait mentionné ici dans les Essais est relaté par Xénophon (_Cyropédie_, VIII, 7).

14, +Grand+.--L’éd. de 88 porte «grand prince», ce que confirme la suite du récit.

20, +Traicts+.--C.-à-d. sur le point de rendre l’esprit.

25, +Montre+.--De la cérémonie, c.-à-d. la manière dont serait formé le cortège.

33, +Choses+.--Emilius Lepidus était grand pontife et prince du sénat depuis six ans; il prescrivit à ses fils, avant de mourir, de ne consacrer à ses obsèques qu’une somme modique, ne dépassant pas pour chacun dix pièces de bronze, de n’y produire ni son image, ni celles de ses ancêtres et de ne faire montre de luxe d’aucune sorte. TITE-LIVE, _Epitome_ du liv. XLVIII.

=38=,

2, +Mechaniques+.--DIOGÈNE LAERCE, V.

4, +Charge+.--Var. 88: «Plustost la coustume ordonner de ceste cerimonie, et sauf les choses requises au seruice de ma religion, si c’est en lieu où il soit besoing de l’enioindre, m’en remettray volontiers à la discretion des premiers à qui cette sollicitude tombera en partage», au lieu de: «purement... charge».

10, +Voudrez+.--PLATON, vers la fin du _Phédon_.

31, +Soin+.--Ne s’occupa que du soin.

33, +Rendre+.--Accomplir.

37, +Supplice+.--En =406=, à l’accusation portée contre eux, en vain ils opposèrent qu’une violente tempête étant survenue, ils avaient été empêchés de rechercher et recueillir leurs morts; ils n’en furent pas moins condamnés. Socrate se trouvant alors être du Sénat auquel il appartenait de sanctionner les arrêts du peuple, ni les clameurs les plus bruyantes, ni les menaces les plus terribles ne purent le contraindre à autoriser de son approbation cet acte de démence publique; son opposition ne put empêcher le peuple de se souiller d’un sang innocent. Ils étaient dix: six furent mis à mort; deux s’étaient exilés volontairement; un était prisonnier des Lacédémoniens; Conon, le dixième, n’avait pas été compris dans l’accusation.--En cette circonstance, comme en tant d’autres, le peuple athénien se prit peu après à avoir honte de sa conduite; celui qui avait porté l’accusation fut mis en jugement et condamné à son tour sans qu’on voulût seulement entendre sa défense; exemple bien typique de la versatilité des foules. DIODORE DE SICILE, XIII, 31 et 32.

=40=,

1, +Souppe+.--C.-à-d. de la même façon.

8, +Superstition+.--DIODORE DE SICILE, XV, 9.--Sous le règne de Constantin Copronyme, empereur d’Orient, une flotte de 2.600 barques qu’en 766 ce prince avait équipées contre les Bulgares, fut assaillie par un ouragan qui brisa une partie des navires et en submergea une autre; l’empereur passa quatre mois à recueillir les corps flottants sur les eaux et à leur rendre les devoirs funèbres. LEBEAU.

10, +Iacent+.--Cyrano de Bergerac a dit dans le même sens:

«Une heure après ma mort, mon âme évanouie Sera ce qu’elle était, une heure avant ma vie.»

18, +Dit+.--La manière dont Montaigne use des documents qu’il met en œuvre, se révèle tout entière dans cette restriction: Le public ou un auteur croit ou dit telle chose. Lui-même n’en est pas aussi sûr, qu’importe? il suffit que cela se prête à sa thèse pour qu’il en use, en laissant la responsabilité à celui de qui émane cette croyance ou cette assertion.

CHAPITRE IV.

26, +Deult+.--Fait mal, endolorit, du latin _dolet_ qui a cette même signification.

26, +Vent+.--N’atteint que le vide. Image tirée d’un terme employé au jeu de paume.

=42=,

2, +Dit+.--Dans la _Vie de Périclès_, au commencement.

5, +Vain+.--Oisive.

8, +Que+.--Sous-entendu «plustôt», qui se trouve quelques lignes plus haut, et éviter la répétition; ces élisions sont fréquentes dans Montaigne.