Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Part 35

Chapter 353,933 wordsPublic domain

Nous deuons plus rarement le prier: d’autant qu’il n’est pas aisé, que nous puissions si souuent remettre nostre ame, en cette assiette reglée, reformée, et deuotieuse, où il faut qu’elle soit pour ce faire: autrement nos prieres ne sont pas seulement vaines et inutiles, mais vitieuses. Pardonne nous, disons nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offencez. Que disons nous par là, sinon que nous luy offrons nostre ame exempte de vengeance et de rancune? Toutesfois nous inuoquons Dieu et son ayde, au complot de nos fautes, et le conuions à l’iniustice. L’auaricieux le prie pour la conseruation vaine et superflue de ses thresors: l’ambitieux pour ses victoires, et conduite de sa fortune: le voleur l’employe à son ayde, pour franchir le hazard et les difficultez, qui s’opposent à l’execution de ses meschantes entreprinses: ou le remercie de l’aisance qu’il a trouué à desgosiller vn passant. Au pied de la maison, qu’ils vont escheller ou petarder, ils font leurs prieres, l’intention et l’esperance pleine de cruauté, de luxure, et d’auarice, =I=, 590.

Aux vices leur heure, son heure à Dieu, comme par compensation et composition, =I=, 582.

Il semble, à la verité, que nous nous seruons de nos prieres, comme d’vn iargon, et comme ceux qui employent les paroles sainctes et diuines à des sorcelleries et effects magiciens: et que nous facions nostre compte que ce soit de la contexture, ou son, ou suitte des motz, ou de nostre contenance, que depende leur effect. Car ayans l’ame pleine de concupiscence, non touchée de repentance, ny d’aucune nouuelle reconciliation enuers Dieu, nous luy allons presenter ces parolles que la memoire preste à nostre langue: et esperons en tirer vne expiation de nos fautes, =I=, 592.

C’est erreur, de recourir à Dieu en tous nos desseins et entreprises, et l’appeller à toute sorte de besoing, et en quelque lieu que nostre foiblesse veut de l’aide, sans considerer si l’occasion est iuste ou iniuste; et d’escrier son nom, et sa puissance, en quelque estat, et action que nous soyons, pour vitieuse qu’elle soit, =I=, 578.

Celuy qui appelle Dieu à son assistance, pendant qu’il est dans le train du vice, il fait comme le coupeur de bourse, qui appelleroit la iustice à son ayde; ou comme ceux qui produisent le nom de Dieu en tesmoignage de mensonge, =I=, 592.

Sa iustice et sa puissance sont inseparables. Pour neant implorons nous sa force en vne mauuaise cause. Il faut auoir l’ame nette, au moins en ce moment, auquel nous le prions, et deschargée de passions vitieuses: autrement nous luy presentons nous mesmes les verges dequoy nous chastier, =I=, 580.

Quelle prodigieuse conscience se peut donner repos, nourrissant en mesme giste, d’vne societé si accordante et si paisible, le crime et le iuge? =I=, 582.

L’assiette d’vn homme meslant à vne vie execrable la deuotion, semble estre aucunement plus condemnable, que celle d’vn homme conforme à soy, et dissolu par tout, =I=, 580.

DIEU (DÉVOTION, PRIÈRES, RELIGION).

L’humaine raison ne fait que fouruoyer par tout, mais specialement quand elle se mesle des choses diuines, =II=, 264.

Rien du nostre ne se peut apparier ou rapporter en quelque façon que ce soit, à la nature diuine, qui ne la tache et marque d’autant d’imperfection. Cette infinie beauté, puissance, et bonté, comment peut elle souffrir quelque correspondance et similitude à chose si abiecte que nous sommes, sans vn extreme interest et dechet de sa diuine grandeur? =II=, 268.

Timæus ayant à instruire Socrates de ce qu’il sçait des Dieux, du monde, et des hommes, propose d’en parler comme vn homme à vn homme; et qu’il suffit, si ses raisons sont probables, comme les raisons d’vn autre: car les exactes raisons n’estre en sa main, ny en mortelle main, =II=, 238.

Ie connoy par moi, dit S. Bernard, combien Dieu est incomprehensible, puis que les pieces de mon estre propre, ie ne les puis comprendre, =II=, 306.

Nostre arrogance nous remet tousiours en auant cette blasphemeuse appariation, =II=, 280.

Qu’est-il plus vain, que de vouloir deuiner Dieu par nos analogies et coniectures: le regler, et le monde, à nostre capacité et à nos loix? et nous seruir aux despens de la diuinité, de ce petit eschantillon de suffisance qu’il luy a pleu despartir à nostre naturelle condition? et par ce que nous ne pouuons estendre nostre veuë iusques en son glorieux siege, l’auoir ramené ça bas à nostre corruption et à nos miseres? =II=, 250.

Quand nous disons que l’infinité des siecles tant passez qu’auenir n’est à Dieu qu’vn instant: que sa bonté, sapience, puissance sont mesme chose auecques son essence; nostre parole le dit, mais nostre intelligence ne l’apprehende point. Et toutesfois nostre outrecuidance veut faire passer la diuinité par nostre estamine. Et de là s’engendrent toutes les resueries et erreurs, desquelles le monde se trouue saisi, ramenant et poisant à sa balance, chose si esloignée de son poix, =II=, 278.

De toutes les opinions humaines et anciennes touchant la religion, celle là me semble auoir eu plus de vray-semblance et plus d’excuse, qui recognoissoit Dieu comme vne puissance incomprehensible, origine et conseruatrice de toutes choses, toute bonté, toute perfection, receuant et prenant en bonne part l’honneur et la reuerence, que les humains luy rendoient soubs quelque visage, soubs quelque nom et en quelque maniere que ce fust, =II=, 250.

Pythagoras adombra la verité de plus pres: iugeant que la cognoissance de cette cause premiere, et estre des estres, deuoit estre indefinie, sans prescription, sans declaration: que ce n’estoit autre chose, que l’extreme effort de nostre imagination, vers la perfection: chacun en amplifiant l’idée selon sa capacité. Mais l’esprit humain ne se sçauroit maintenir vaguant en cet infini de pensées informes: il les luy faut compiler à certaine image à son modelle. La majesté diuine s’est ainsi pour nous aucunement laissé circonscrire aux limites corporels, =II=, 250.

A chaque chose, il n’est rien plus cher, et plus estimable que son estre et chacune rapporte les qualitez de toutes autres choses à ses propres qualitez. Lesquelles nous pouuons bien estendre et racourcir, mais c’est tout; car hors de ce rapport, et de ce principe, nostre imagination ne peut aller, ne peut rien diuiner autre, et est impossible qu’elle sorte de là, et qu’elle passe au delà. D’où naissent ces anciennes conclusions. De toutes les formes, la plus belle est celle de l’homme: Dieu donc est de cette forme. Nulle raison ne peut loger ailleurs qu’en l’humaine figure: Dieu est donc reuestu de l’humaine figure, =II=, 286.

Cette attribution à la diuinité d’vne forme corporelle est cause de ce qui nous aduient tous les iours, d’attribuer à Dieu, les euenements d’importance, d’vne particuliere assignation. Par ce qu’ils nous poisent, il semble qu’ils luy poisent aussi, et qu’il y regarde plus entier et plus attentif, qu’aux euenements qui nous sont legers, ou d’vne suitte ordinaire. Nostre arrogance nous remet tousiours en auant cette blasphemeuse appariation, =II=, 278.

Les hommes, dit sainct Paul, sont deuenus fols cuidans estre sages, et ont mué la gloire de Dieu incorruptible, en l’image de l’homme corruptible, =II=, 280.

DIEUX.

Il est bien plus aisé de satisfaire, parlant de la nature des Dieux, que de la nature des hommes: par ce que l’ignorance des auditeurs preste vne belle et large carriere, et toute liberté, au maniement d’vne matiere cachee. Il aduient de là, qu’il n’est rien creu si ferme, =I=, 376.

Il est impossible d’establir quelque chose de certain, de l’immortelle nature, par la mortelle, =II=, 262.

L’homme ne peut estre que ce qu’il est, ny imaginer que selon sa portée. C’est grande presomption, dit Plutarque, à ceux qui ne sont qu’hommes, d’entreprendre de parler et discourir des Dieux, presumant comprendre par quelque legere coniecture, des effects qui sont hors de sa cognoissance, =II=, 264.

Sur quel fondement de leur iustice les Dieux peuuent ils recognoistre et recompenser à l’homme apres sa mort ses actions bonnes et vertueuses: puis que ce sont eux mesmes, qui les ont acheminées et produites en luy? Et pourquoy s’offencent ils et vengent sur luy les vitieuses, puis qu’ils l’ont eux-mesmes produict en cette condition fautiue, et que d’vn seul clin de leur volonté, ils le peuuent empescher de faillir? =II=, 262.

Platon en ses loix fait trois sortes d’iniurieuse creance des Dieux, Qu’il n’y en ayt point, Qu’ils ne se meslent pas de noz affaires, Qu’ils ne refusent rien à noz vœux, offrandes et sacrifices. La premiere erreur, selon son aduis, ne dura iamais immuable en homme, depuis son enfance, iusques à sa vieillesse. Les deux suiuantes peuuent souffrir de la constance, =I=, 580.

De toutes les religions, que Sainct Paul trouua en credit à Athenes, celle qu’ils auoyent dediée à vne diuinité cachée et incognue, luy sembla la plus excusable, =II=, 250.

DIRE ET FAIRE.

Le dire est autre chose que le faire, il faut considerer le presche à part, et le prescheur à part. C’est sans doubte vne belle harmonie, quand le faire, et le dire vont ensemble: et ie ne veux pas nier, que le dire, lors que les actions suyuent, ne soit de plus d’authorité et efficace: mais vn homme de bonnes mœurs, peut auoir des opinions faulces, et vn meschant peut prescher verité, voire celuy qui ne la croit pas, =II=, 610.

Apprenons non à bien dire, mais à bien faire, =I=, 436.

DISSIMULATION.

Ie hay capitalement cette nouuelle vertu de faintise et dissimulation, qui est à cett’heure si fort en credit: et de tous les vices, ie n’en trouue aucun qui tesmoigne tant de lascheté et bassesse de cœur, =II=, 492.

DIVERS.

Tout abbregé sur vn bon liure est vn sot abbregé, =III=, 368.

L’accoustumance, n’est pas chose de peu, =I=, 158.

L’accoustumance est vne seconde nature, et non moins puissante, =III=, 496.

L’accoustumance à porter le trauail, est accoustumance à porter la douleur, =I=, 244.

Tu as bien largement affaire chez toy, ne t’esloigne pas, =III=, 486.

Il ne faut pas se precipiter esperduement apres nos affections et interestz, =III=, 504.

L’affirmation et l’opiniastreté, sont signes exprez de bestise, =III=, 620.

A combien de sottes ames sert vne mine froide et taciturne, de tiltre de prudence et de capacité? =III=, 352.

Nostre appetit est irresolu et incertain: il ne sçait rien tenir, ny rien iouyr de bonne façon, =I=, 566.

Il mesprise et outrepasse ce qui luy est en main, pour courir apres ce qu’il n’a pas, =I=, 434.

Bien apprentis sont ceux qui syndiquent leur liberté, =I=, 346.

O le vilain et sot estude d’estudier son argent, se plaire à le manier et recomter! c’est par là, que l’auarice faict ses approches, =III=, 392.

Les arts qui promettent de nous tenir le corps en santé, et l’ame en santé, nous promettent beaucoup: mais aussi n’en est-il point, qui tiennent moins ce qu’elles promettent, =III=, 628.

L’auarice et la profusion ont pareil desir d’attirer et d’acquerir, =I=, 570.

Les Barbares ne nous sont de rien plus merueilleux que nous sommes à eux: ny auec plus d’occasion, =I=, 162.

La bestise et la sagesse se rencontrent en mesme poinct de sentiment et de resolution à la souffrance des accidens humains: les sages gourmandent et commandent le mal, et les autres l’ignorent, =I=, 570.

On dit: Il ne sçauroit estre bon, puis qu’il n’est pas mauuais aux meschans. Ou bien ainsi: Il faut bien qu’il soit bon, puis qu’il l’est aux meschants mesme, =III=, 598.

Chacun en sa chacuniere, =I=, 390.

Quand nous voyons vn homme mal chaussé, nous disons que ce n’est pas merueille, s’il est chaussetier, =I=, 218.

Rien ne chatouille, qui ne pince, =III=, 564.

La plus grande chose du monde c’est de sçauoir estre à soy, =I=, 418.

La maladie se sent, la santé, peu ou point: ny les choses qui nous oignent, au prix de celles qui nous poignent, =III=, 520.

Toutes choses ont leur saison, les bonnes et tout. Et ie puis dire mon patenostre hors de propos, =II=, 586.

Nous admirons et poisons mieux les choses estrangeres que les ordinaires, =II=, 164.

La difficulté donne prix aux choses, =II=, 434.

L’application aux legeres choses nous retire des iustes, =III=, 270.

La plus part des choses du monde se font par elles mesmes, =III=, 358.

Toutes choses tombent en discretion et modification, =III=, 458.

On me faict haïr les choses vray-semblables, quand on me les plante pour infaillibles, =III=, 534.

Les choses se guerissent par leurs contraires: le mal guerit le mal, =I=, 350.

Il n’est chose, en quoy le monde soit si diuers qu’en coustumes et loix. Telle chose est icy abominable, qui apporte recommandation ailleurs, =II=, 376.

On commence ordinairement ainsi: Comment est-ce que cela se fait? mais, se fait-il? faudroit il dire, =III=, 528.

Qui ne peut venir à bout du commencement, ne viendra pas à bout de la fin. Ny n’en soustiendra la cheute, qui n’en a peu soustenir l’esbranslement, =III=, 510.

Il y a beaucoup de commodité à n’estre pas si aduisé, =II=, 218.

L’issuë authorise souuent vne tres-inepte conduite, =III=, 354.

La confession genereuse et libre, enerue le reproche, et desarme l’iniure, =III=, 444.

Ie croy des hommes plus mal aisément la constance que toute autre chose, et rien plus aisément que l’inconstance, =I=, 602.

Pour mesurer la constance, il faut necessairement sçauoir la souffrance, =III=, 506.

Tous les iours la sotte contenance d’vn autre, m’aduertit et m’aduise, =III=, 332.

Nous nous corrigeons aussi sottement souuent, comme nous corrigeons les autres, =III=, 412.

Comme si nous auions l’attouchement infect, nous corrompons par nostre maniement les choses qui d’elles mesmes sont belles et bonnes, =I=, 344.

Il ne faut pas croire à chacun, par ce que chacun peut dire toutes choses, =II=, 358.

Encore faut-il du courage à craindre, =III=, 288.

Ie n’ay point l’authorité d’estre creu, ny ne le desire, me sentant trop mal instruit pour instruire autruy, =I=, 232.

I’ay peur que nous ayons les yeux plus grands que le ventre, et plus de curiosité, que nous n’auons de capacité, =I=, 354.

La curiosité de cognoistre les choses, a esté donnée aux hommes pour fleau, dit la saincte Escriture, =II=, 470.

La defense attire l’entreprise, et la deffiance l’offense, =II=, 438.

Nous defendre quelque chose, c’est nous en donner enuie. Nous l’abandonner tout à faict, c’est nous en engendrer mespris, =II=, 434.

Il ne faut rien designer de si longue haleine, ou au moins auec telle intention de se passionner pour en voir la fin, =I=, 120.

Nostre desir s’accroist par la malaisance, =II=, 432.

Au pis aller, courez tousiours par retranchement de despence, deuant la pauureté, =III=, 382.

Qui est desloyal enuers la verité, l’est aussi enuers le mensonge, =II=, 494.

Il fait bien piteux, et hazardeux, despendre d’vn autre, =III=, 420.

Nous ne prestons volontiers à la deuotion que les offices, qui flattent noz passions, =II=, 120.

Les dieux s’esbatent de nous à la pelote, et nous agitent à toutes mains, =III=, 404.

La difficulté donne prix aux choses, =II=, 434.

Qui establit son discours par brauerie et commandement, montre que la raison y est foible, =III=, 536.

Il y a encore plus de discours à instruire autruy qu’à estre instruit, =III=, 160.

Le vray miroir de nos discours, est le cours de nos vies, =I=, 272.

La dissimilitude s’ingere d’elle-mesme en nos ouurages, nul art peut arriuer à la similitude, =III=, 600.

Il ne nous faut guere de doctrine, pour viure à nostre aise, =III=, 550.

Comme le donner est qualité ambitieuse, et de prerogatiue, aussi est l’accepter qualité de summission, =III=, 422.

La douleur a quelque chose de non euitable, en son tendre commencement: et la volupté quelque chose d’euitable en sa fin excessiue, =III=, 692.

Platon veut plus de mal à l’excés du dormir, qu’à l’excés du boire, =III=, 662.

Les effectz nous touchent, mais les moyens, nullement, =III=, 528.

L’eloquence faict iniure aux choses, qui nous destourne à soy, =I=, 278.

Nous embrassons tout, mais nous n’estreignons que du vent, =I=, 354.

Enfant, tu és venu au monde pour endurer: endure, souffre et tais toy, =III=, 648.

L’enfance et la decrepitude se rencontrent en imbecillité de cerueau, =I=, 570.

Nous ne faisons que nous entregloser. Tout fourmille de commentaires: d’autheurs, il en est grand cherté, =III=, 606.

Les esprits hauts, ne sont de guere moins aptes aux choses basses, que les bas esprits aux hautes, =III=, 466.

On s’appriuoise à toute estrangeté par l’vsage et le temps, =III=, 532.

Où cuidez-vous pouuoir estre sans empeschement et sans destourbier? =III=, 458.

Estant peu apprins par les bons exemples, ie me sers des mauuais: desquels la leçon est ordinaire, =III=, 322.

Ny vne estuue ny vne leçon, n’est d’aucun fruict si elle ne nettoye et ne decrasse, =III=, 460.

Les euenemens, sont maigres tesmoings, de nostre prix et capacité, =III=, 356.

Autant se fache le cheuelu comme le chauue, qu’on luy arrache le poil, =I=, 470.

Il y a moyen de faillir en la solitude, comme en la compagnie, =I=, 428.

Tout ce qui peut estre faict vn autre iour, le peut estre auiourd’huy, =I=, 118.

Ie ne me mesle pas de dire ce qu’il faut au monde: d’autres assés s’en meslent: mais ce que i’y fay, =I=, 214.

Toute femme estrangere nous semble honneste femme, =III=, 434.

Les femmes qui communiquent tant qu’on veut leurs pieces à garçonner: à medeciner, la honte le deffend, =I=, 346.

La fortune a meilleur aduis que nous, =I=, 386.

La fortune se rencontre souuent au train de la raison, =I=, 384.

Plaisante foy, qui ne croid ce qu’elle croid, que pour n’auoir le courage de le descroireII, 124.

La gloire et la curiosité, sont les fleaux de nostre ame. Cette cy nous conduit à mettre le nez par tout, et celle là nous defend de rien laisser irresolu et indecis, =I=, 296.

Le goust des biens et des maux despend en bonne partie de l’opinion que nous en auons, =I=, 440.

La hastiueté se donne elle mesme la iambe, s’entraue et s’arreste, =III=, 494.

L’homme qui presume de son sçauoir, ne sçait pas encore que c’est que sçauoir, =II=, 132.

L’homme n’est non plus instruit de la cognoissance de soy, en la partie corporelle, qu’en la spirituelle, =II=, 330.

L’homme forge mille plaisantes societez entre Dieu et luy, =II=, 290.

L’honneur, c’est vn priuilege qui tire sa principale essence de la rareté: et la vertu mesme, =II=, 12.

Qui veut guerir de l’ignorance, il faut la confesser, =III=, 534.

Combien en a rendu de malades la seule force de l’imagination, =II=, 208.

Nous sommes plus ialoux de nostre interest, que de celuy de nostre createur, =II=, 206.

Ie ne fay qu’aller et venir: mon iugement ne tire pas tousiours auant, il flotte, il vague, =II=, 348.

C’est iniustice de se douloir qu’il soit aduenu à quelqu’vn, ce qui peut aduenir à chacun, =III=, 648.

L’extreme espece d’iniustice, c’est que, ce qui est iniuste, soit tenu pour iuste, =III=, 558.

Il est force de faire tort en detail, qui veut faire droict en gros; et iniustice en petites choses, qui veut venir à chef de faire iustice és grandes, =III=, 612.

L’innocence ciuile, se mesure selon les lieux et saisons, =III=, 468.

Les ieunes se doiuent faire instruire; les hommes s’exercer à bien faire: les vieux se retirer de toute occupation ciuile et militaire, viuants à leur discretion, sans obligation à certain office, =I=, 418.

Il ne faut pas iuger les conseils par les euenemens, =III=, 358.

C’est vne mauuaise prouision de païs, que iurisconsultes, et medecins, =III=, 602.

Nostre licence nous porte tousiours au delà de ce qui nous est loisible, et permis, =III=, 462.

La licence des iugements, est vn grand destourbier aux grands affaires, =II=, 454.

Quiconque combat les loix, menace les gents de bien d’escourgées et de la corde, =I=, 244.

On est assez à temps à sentir le mal, sans l’allonger par le mal de la peur, =III=, 660.

La tourbe des menus maux, offence plus, que la violence d’vn, pour grand qu’il soit, =III=, 386.

Seruons nous pour consolation des maux presens, de la souuenance des biens passez, et appelons à nostre secours vn contentement esuanouy, pour l’opposer à ce qui nous presse, =II=, 214.

De nos maladies la plus sauuage, c’est mespriser nostre estre, =III=, 692.

Il n’est pas marchant qui tousiours gaigne, =III=, 366.

La maturité a ses deffaux, comme la verdeur, et pires, =III=, 586.

La meschanceté fabrique des tourmens contre soy, =I=, 660.

Ny les Dieux, ny les gens de bien, dict Platon, n’acceptent le present d’vn meschant, =I=, 594.

Chacun peut faire bonne mine par le dehors, plein au dedans de fiebure et d’effroy, =II=, 454.

On se doibt moderer, entre la haine de la douleur, et l’amour de la volupté, =III=, 484.

Le monde n’est que varieté et dissemblance, =I=, 612.

Qui se faict mort viuant, est subiect d’estre tenu pour vif mourant, =III=, 442.

Il est incertain où la mort nous attende, attendons la par tout, =I=, 116.

L’estre mort ne fasche pas, mais ouy bien le mourir, =II=, 426.

La moins premeditee mort, est la plus heureuse, et plus deschargee, =II=, 576.

Les plus mortes morts sont les plus saines, =I=, 120.

La plus volontaire mort, c’est la plus belle, =I=, 630.

Les morts ie ne les plains guere, et les enuierois plustost; mais ie plains bien fort les mourans, =II=, 100.

Vne mort courte, est le souuerain heur de la vie humaine, =II=, 424.

Le soing des morts nous est en recommandation, =III=, 474.

A celuy qui disoit à Socrates: Les trente tyrans t’ont condamné à la mort: Et nature eux, respondit-il, =I=, 142.

Nature peut tout, et fait tout, =I=, 218.

La vie despend de la volonté d’autruy, la mort de la nostre, =I=, 630.

Nature nous a mis au monde libres et desliez, nous nous emprisonnons en certains destroits, =III=, 428.

Les loix de Nature nous apprennent ce que iustement il nous faut, =III=, 494.

Tout ce qui vient au reuers du cours de nature, peut estre fascheux: mais ce, qui vient selon elle, doibt estre tousiours plaint, =III=, 674.

La necessité compose les hommes et les assemble. Cette cousture fortuite se forme apres en loix, =III=, 398.

Il fait bon auoir bon nom, c’est à dire credit et reputation, =I=, 508.

Le meilleur pretexte de nouuelleté est tres-dangereux, =I=, 178.

De l’obeyr et ceder naist toute autre vertu, comme du cuider, tout peché, =II=, 204.

L’offence a ses droits outre la iustice, =III=, 442.

L’offence a sans mesure plus d’aigreur, que n’a la perte, =III=, 562.

L’ordre est vne vertu morne et sombre, =III=, 116.

L’orgueil gist en la pensée: la langue n’y peut auoir qu’vne bien legere part, =I=, 682.

Est l’opiniastreté sœur de la constance, au moins en vigueur et fermeté, =II=, 628.

L’opiniastreté est plus excusable, que la pusillanimité, =III=, 516.

Toute opinion est assez forte, pour se faire espouser au prix de la vie, =I=, 446.

Il est impossible de voir deux opinions semblables exactement: non seulement en diuers hommes, mais en mesme homme, à diuerses heures, =III=, 604.

Il faut refuser l’opportunité à toute action importune, =II=, 28.

Il y a prou de loy de parler par tout, et pour et contre, =I=, 518.

Le n’oser parler rondement de soy, accuse quelque faute de cœur, =III=, 372.

Qui n’arreste le partir, n’a garde d’arrester la course, =III=, 510.

La passion nous commande bien plus viuement que la raison, =II=, 660.

La pauureté des biens, est aisée à guerir; la pauureté de l’ame, impossible, =III=, 496.

Chacun poise sur le peché de son compagnon, et esleue le sien, =I=, 612.

La peur extreme, et l’extreme ardeur de courage troublent également le ventre, et le laschent, =I=, 568.

Qui a sa pensee à prendre, ne l’a plus à ce qu’il a prins. La conuoitise n’a rien si propre que d’estre ingrate, =III=, 298.

Qui ne peut d’ailleurs, si se paye de sa bourse, =III=, 522.

Ce qui poincte, touche et esueille mieux, que ce qui plaist, =III=, 332.

Tout ce qui plaist, ne paist pas, =III=, 552.

C’est vne sotte presomption, aller desdeignant et condamnant pour faux, ce qui ne nous semble pas vray-semblable, =I=, 290.