Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 31
=580=, 3, puerile, R, sec et sain mais quand et quand naïf et bas.--4, inimaginable, D *, véritable franc et iuste au dela de tout exemple.--17, vne oisiue, R, vn’ oisiue.--34, securité, R, niaise en vne securité.--34, enfantine, R, puerile.--=582=, 3, d’elle, D, mesmes.--14, encheuestrions et battions, R, encheuestrons et battons.--15, tuions, R, tuons.--37, oisiueté, R, enhortemens d’autruy.--=584=, 16, lié, R, empilé.--17, incognues, R, inconues.--18, Cela c’est, D *, en consciance.--23, il effaçoit, R, à chacun il me sembla effacer.--25, et parmy, R, parmy.--25, suis, R, ie suis.--=586=, 1, cettuy-ci, R, cettuy ici.--2, eusse, R, en eusse.--2 à 5, Eh quoy... perdre, R, D’auantage, telle faueur gratieuse que la fortune peut m’auoir offerte par l’entremise de cet ouurage eut lors rencontre vne plus seson.--13, s’espessit, R, se croupit.--21, donrois-ie, R, dourrais-ie.--22, Socrates, D, qui.--24, si disgracié, R *, et vn visage si vilain.--24, si disconuenable, R, disconuenable.--31 à 34, et nous... bien, R, et souuent nous desgoute par bien legieres causes: du teint d’vne tâche d’vne rude contenance de quelque cause inexplicable sur des menbres bien.--36, toutesfois, R, pourtant.--36, le plus, R, tres.--38, qui, D, est.--38, difformité, R, deformité.--=588=, 16, non a, R, n’a.--18, rang, R, ranc.--21, appartenir aux beaux, R, aux beaux appartenir.--25, fait-il, R, dict-il.
=590=, 27, seule, R, la seule.--30, religions, non, R, relligions nous.--=592=, 6, vne apparence, R, vn port.--10, celle, R, celuy.--33, mon soupçon, R, ma supçon.--=594=, 3, l’interpretation, R, interpretation.--17, enuieux, R, ialoux.--20, en, R, dans.--20, dans, R, en.--26, remonte, R, remonta.--36, dispersé, R, desparti.--=596=, 6, harquebusier, R, harquebousier.--9, harquebusade, R, harquebousade.--28, lendemain, R, l’endemain.--33, indiscrete liberté, R, liberté indiscrete.--=598=, 9, punition, R, vengence.--11, laideur, R, haine.--12, abhorrer, R, hayr.--18, De mesme qu’, R, Comme.--=Ch. XIII.=--27, A, de beaucoup.--27, plus vil, R, moins digne.
=600=, 2, conference, R, ressemblance.--=602=, contrat, R, vn contrat.--=604=, 9, et redoutons, R, redoutons.--26, sur qui, R, auquel.--36, contraire, R, rebours.--=606=, 3, à soye, R, de soye.--19, raccourcissement, R, racourciment.--20, ou, A, signe.--23, A, et tourneuire.--31, on, R, l’on.--42, commentaires, R, commenteres.--=608=, 2, s’entent, R, s’antent.--10, leurs ouurages, R, leur ouurage.--29, d’Hydra, R, de Hydra.--30, dist, R, fit.--33, tu nous en apportes, R, en voicy.
=610=, 7, bout, R, coin.--=614=, 6, estrené, R *, aussi estrené.--=616=, 15, peut, R, sauroit.--19, gouuernement, R, son gouuernement.--24, peint, R, trop peint.--28, robuste, D, vertu.--29, A, quiete.
=620=, 16, Euthydeme, D, en Xenophon.--22, de cette, R, à cette.--26, _Nihil_, R, _Nil hoc_.--=622=, 28, c’est, R *, ainsi que de.--=624=, 14, d’oreilles, R, des oreilles.--=626=, 22, pour, D, le seruice de.--36, beaucoup, R, de beaucoup.--=628=, 9, apprins, R, apris.--13, mauuais, R, mauues.--41, à cette heure, R, asture.
=630=, 24, moy, R, à moy.--=632=, 8, sottises, R, bestises.--9, mettons, R, ietons.--15, tiennent, R, disent.--=634=, 18, respondit, R, respondoit.--20, ordinaire, R, ordinere.--20, bruit, R, son.--21, de l’eau, R, l’eau.--26, deporta, R, laissa.--27, semoyent, R, semoint.--29, employa, R, continua.--=636=, 6, aussi au changement, R, au changement aussi.--36, trois, D *, bones.--=638=, 32, il a, R, il m’a.--32, m’imprimer, R, imprimer.--34, l’inquisition, R, inquisition.
=640=, 16, offices, R, seruices.--20, A, Tandis que.--=646=, 14, course, D, naturelle.--=648=, 16, l’vtilité, R, vtilité.--18, allongera-lon, R, alongera tu.--18, vostre, R, nostre.
=650=, 4, cet office, R, ce service.--27, compagnie, D, ordinaire.--28, sain, R, autre.--29, dit-il, R, faict-il.--=652=, 33, quoy, R, qui.--=654=, 16, qu’à cette heure, R, qu’asture.--=656=, 17, entr’engendrent, R, s’entr’engendrent.
=660=, 11, cognoistre, R, conestre.--=664=, 8, A, et tout vn peuple.--21, secousses, R, sesons.--24, l’aage, R, tantost de six ans, le cinquantieme.--33, A, et mes yeux.--33, incontinent, D, et mes yeux.--=666=, 16, paisiblement, D, seulement.--33, _sicut_, R, _si cui_.--=668=, 2, leur nourriture, R, nourriture.
=670=, 28, r’allie, R, r’allia.--32, me semble, R, semble.--=672=, 1, m’ennuyent, R, me fachent.--10, auoyent, R, auoint.--=674=, 15, A, ils se trompent, et.--17, et dix, R, dix.--18, qui ay, R, ay.--20, prodigieuse, R, monstrueuse.--36, las, R, lasse.--=678=, 3, A, sur tout les vieillards.--5, d’almanachs, D, les ephemerides et aux médecins.--5, A, les esperances et les pronostiques.--18, galbe, R, garbe.--31, contraire, R, rebours.
=680=, 1, et ne bois, R, ne bois.--11, vin, D, d’eau.--15, ou non, R, non.--19, buroit, R, boiroit.--=682=, 21, ses compagnons, R, les autres.--24, A, naturelle.--29, des hommes à Rome, R, à Rome des gens.--35, pour quelle, R, à ce qu’elle.--38, aux festins, R, à leurs festins.--=684=, 7, desdaigné, R, refusé.--9, souueraine, R, principale.--10, Mon... forclost. [Phrase reportée lig. 12 après «il se trouue»].--11, pour soy... saueur, R, des conuiez y apporte la principale grâce.--15, de prendre, R, prendre.--=686=, 4, veulent que, R, tiennent.--5, A, soyent.--6, comme dit Aristote, qui d’vne farouche stupidité, R, qui d’vne farouche stupidité, comme dit Aristote.--7, font les degoustés, R, sont desgoutez.--7, A, d’autres.--10, ne leur coutant, R, et ne leur couste.--11, substantent, R, sustantent.--13, leurs femmes, R, les fames.--23, plus, R *, bien plus.--34, humains et corporels, R, naturels et par consequent necesseres et iustes.--38, vocation, R *, vacation.--=688=, 9 à 12, avez-vous sceu composer... villes, R, Composer nos mœurs est nostre office, non pas composer des liures, et gaigner non pas des batailles et prouinces, mais l’ordre et la tranquillité à nostre conduite.--12, Le glorieux... c’est, R, Nostre grand et glorieus chef d’euure c’est.--17, au deuis, R, à son deuis.--30, dispensé, R, despansé.--35, Bacchus, D, _Illis est indulgendum non seruiendum._ [Traduction: «Il faut le leur pardonner, et ne pas leur en faire un grief»].--37, voluptez, D *, naturelles.
=690=, 5, des mœurs, R, de meurs.--7, vne geniture, R, vn’origine.--24, A, En la... cheual [phrase reportée lig. 32].--25, Et emmy... Et le premier emmy.--26, A, le premier.--32, abstinence, D, Il s’est veu en la bataille Deliene releuer et sauuer Xenophon renuersé de son cheual.--=692=, 17, bien, D, naturellement.--=696=, 5, afin, R, pour.--7, chagrigne, R, chagreigne.--12, l’amplifier, R, amplifier.--=698=, 2, substantassions, R, sustentissions.--6, que plustost... produisist, R, plus tost qu’on les produisit encore.--20, la volupté, R, volupté.--29, ne va, R, va.
=700=, 1, expliquer, R, exprimer.--=702=, 16, facheux à digerer, R, à digérer facheus.--19, les plus, R, le plus.--=704=, 5, miracle, D, et.
[E] FASCICULE E
L’ESPRIT DES ESSAIS.
EXTRAITS, CLASSÉS PAR MATIÈRE ET DANS UN ORDRE MÉTHODIQUE, DES IDÉES CARACTÉRISTIQUES QUI Y SONT ÉMISES.
«Montaigne, le meilleur philosophe moral que nous ayons, plus profond que subtil, a dit d’Aguesseau, n’est jamais mieux que cité; on ne lui trouve pas tant de génie à le lire de suite, ses propos saisissent plus que les développements qu’il leur donne».--Ses propos, on les trouvera, en majeure partie, énoncés ici; et, en se reportant aux indications de volume et de page qui les accompagnent, il sera aisé, à qui voudra, de les replacer dans leur cadre pour en mieux juger et méditer.
Ces extraits, synthétisant «l’esprit des Essais», sont textuels, en dehors des légères retouches qu’il a fallu faire à quelques-uns pour les rendre compréhensibles tout en les présentant isolément.--Le style et l’orthographe en ont été conservés, pour ne rien leur enlever de leur précision et de leur pittoresque.
Ce relevé, joint au sommaire des Essais (fascicule B), présente de fait la quintessence de cet ouvrage: l’un dans son ensemble, l’autre dans ses idées caractéristiques.
La pensée n’en est pas nouvelle; elle a déjà été réalisée, au moins à deux reprises au XVIIIe siècle, d’une manière fort judicieuse, bien que dans des conditions ne nous donnant pas pleine satisfaction, ce qui nous a déterminé à la reprendre, en faisant à cet égard table rase du passé.
Le difficile, dans un travail de ce genre, est de ne pas se laisser entraîner, tout en n’écartant rien d’essentiel. Mais la corrélation entre ce relevé et le Répertoire analytique des principales matières traitées ou mentionnées dans les Essais (fascicule Hb) et, d’autre part, le recours immédiat au texte que rend possible la contexture de «Self-édition», résolvent ce point épineux.
Il est à observer que cet «Esprit des Essais» diffère entièrement des «Extraits de Montaigne» qui, sous ce nom et en assez grand nombre, en donnent in extenso les morceaux les plus intéressants, n’y faisant que les coupures indispensables suivant la catégorie de lecteurs auxquels ils sont destinés.
Le titre de chaque article indique le sujet auquel il est plus particulièrement afférent et souvent aussi, entre parenthèses, d’autres articles auxquels il y a lieu de se reporter pour ce même objet, car, ici non plus, on n’a pu se garder complètement de la confusion qui partout existe dans les Essais, où à propos de tout il est question de tout.
Dans l’article «Divers», plus encore que dans les autres, on trouvera un peu de ce tout; les sujets y sont classés d’après l’ordre alphabétique du mot qui, dans l’alinéa, attire le plus l’attention.
+Nota.+--Les nombres suivant chaque alinéa, indiquent: ceux en caractères romains, le volume; ceux en caractères arabes, la page où se trouve l’extrait qu’il relate.
Pour chaque sujet, outre l’article qui lui est propre, consulter également ceux qui accessoirement sont indiqués dans l’en-tête, et aussi l’article «Divers».
[E.153] ESSAIS DE MONTAIGNE.
L’ESPRIT DES ESSAIS.
EXTRAITS, CLASSÉS PAR MATIÈRE ET DANS UN ORDRE MÉTHODIQUE, DES IDÉES CARACTÉRISTIQUES QUI Y SONT ÉMISES.
ABONDANCE.
Il n’est rien si empeschant, si desgouté que l’abondance, =I=, 490.
ABSENCE (AMITIÉ, MARIAGE).
Si nous ne iouyssons que ce que nous touchons, adieu noz escus quand ils sont en noz coffres, et noz enfans s’ils sont à la chasse, =III=, 434.
Vne faim insatiable de la présence corporelle, accuse vn peu la foiblesse en la iouissance des ames, =III=, 436.
ACTIONS.
Ie hay quasi à pareille mesure vne oysiueté croupie et endormie, comme vn embesongnement espineux et penible. L’vn me pince, l’autre m’assoupit, =III=, 276.
Toutes actions, dit la philosophie, sieent egallement bien et honnorent egallement le sage, =III=, 692.
Les choses moins craintes sont moins defendues et obseruees. On peut oser plus aysement, ce que personne ne pense que vous oserez, qui deuient facile par sa difficulté, =III=, 274.
Est-ce pas erreur, d’estimer aucunes actions moins dignes de ce qu’elles sont necessaires? Si est ce vn tres-conuenable mariage, du plaisir auec la necessité, auec laquelle, dit vn ancien, les Dieux complottent tousiours, =III=, 700.
A l’enfourner, il n’y va que d’vn peu d’auisement, mais depuis que vous estes embarqué, toutes les cordes tirent, =III=, 512.
La pluspart de nos actions ne sont que masque et fard, =I=, 406.
Noz plus grandes agitations, ont des ressorts et causes ridicules, =III=, 512.
L’insuffisance et la sottise est loüable en vne action meslouable, =III=, 274.
ADULTÈRE (CHASTETÉ, MARIAGE).
Il faut estre ingenieux à euiter cette ennuyeuse et inutile cognoissance, =III=, 234.
Mais le monde en parle. Vn galant homme en est pleint, non pas desestimé. Et puis, de qui ne parle on en ce sens, depuis le petit iusques au plus grand? =III=, 234.
Chacun de vous a fait quelqu’vn coqu: or nature est toute en pareilles, en compensation et vicissitude. La frequence de cet accident, en doibt mes-huy auoir moderé l’aigreur: le voyla tantôt passé en coustume, =III=, 234.
I’en sçay qui à leur escient ont tiré et proffit et auancement du cocuage, dequoy le seul nom effraye tant de gens, =I=, 464.
La curiosité est vicieuse par tout: mais elle est pernicieuse icy. C’est folie de vouloir s’esclaircir d’vn mal, auquel il n’y a point de medecine, qui ne l’empire et le rengrege: duquel la honte s’augmente et se publie principalement par la ialousie: duquel la vengeance blesse plus nos enfans, qu’elle ne nous guerit. Vous assechez et mourez à la queste d’vne si obscure verification. Combien piteusement y sont arriuez ceux de mon temps, qui en sont venus à bout? On ne se moque pas moins de celuy qui est en peine d’y pouruoir, que de celuy qui l’ignore. Le charactere de la cornardise est indelebile: à qui il est vne fois attaché, il l’est tousiours. Le chastiement l’exprime plus, que la faute. Il faict beau voir, arracher de l’ombre et du doubte, nos malheurs priuez, pour les trompeter en eschaffaux tragiques: et malheurs qui ne pinsent, que par le rapport, =III=, 232.
Miserable passion, a cecy encore, d’estre incommunicable. Car à quel amy osez vous fier vos doleances: qui, s’il ne s’en rit, ne s’en serue d’acheminement et d’instruction pour prendre luy mesme sa part à la curee? =I=, 464.
AFFAIRES (FORTUNE, VIE PUBLIQUE).
Il faut manier les entreprises humaines, plus grossierement et superficiellement; et en laisser bonne et grande part, pour les droits de la Fortune. Il n’est pas besoin d’esclairer les affaires si profondement et si subtilement. On s’y perd à la consideration de tant de lustres contraires et formes diuerses, =II=, 540.
Qui en recherche et embrasse toutes les circonstances, et consequences, il empesche son eslection. Vn engin moyen, conduit esgallement, et suffit aux executions, de grand et de petit poix, =II=, 542.
Nous guidons les affaires en leurs commencemens, et les tenons à nostre mercy: mais par apres, quand ils sont esbranlez, ce sont eux qui nous guident et emportent, et auons à les suyure, =III=, 514.
Vn sage homme peut pour l’interest d’autruy, comme pour ne rompre indecemment compagnie ou pour ne discontinuer vn autre affaire d’importance, remettre à entendre ce qu’on luy apporte de nouueau: mais pour son interest ou plaisir particulier, mesmes s’il est homme ayant charge publique; pour ne rompre son disner, voyre ny son sommeil, il est inexcusable de le faire, =I=, 656.
AFFECTION (ENFANTS).
Les choses nous sont plus cheres, qui nous ont plus cousté. Et donner, est de plus de coust que le prendre, =II=, 20.
Ce n’est pas merueille, si à reculons l’affection des enfans aux peres, n’est pas si grande. Ioint que celuy qui bien faict à quelcun, l’aime mieux, qu’il n’en est aimé. Et celuy à qui il est deu, aime mieux, que celuy qui doibt: et tout ouurier aime mieux son ouurage, qu’il n’en seroit aimé, si l’ouurage auoit du sentiment, =II=, 20.
Au demeurant il est aisé à voir par experience, que cette affection naturelle, à qui nous donnons tant d’authorité, a les racines bien foibles. Pour vn fort leger profit, nous arrachons tous les iours leurs propres enfans d’entre les bras des meres, et leur faisons prendre les nostres en charge. Et voit-on en la plus part d’entre elles, s’engendrer bien tost par accoustumance vn’affection bastarde, plus vehemente que la naturelle et plus grande sollicitude de la conseruation des enfans empruntez, que des leurs propres, =II=, 46.
La seule raison doit auoir la conduite de nos inclinations, =II=, 22.
AGE.
Nos ames sont desnoüées à vingt ans, elles sont alors ce qu’elles doiuent estre, et promettent tout ce qu’elles pourront. Iamais ame qui n’ait donné en cet aage là, arre bien euidente de sa force, n’en donna depuis la preuue, =I=, 596.
En la vie des mesmes hommes souuent la belle moitié, ils la vescurent de la gloire acquise en leur ieunesse: grands hommes depuis au prix de touts autres, mais nullement au prix d’eux-mesmes, =I=, 598.
Il est possible qu’à ceux qui employent bien le temps, la science, et l’experience croissent depuis cet aage (trente ans) auec la vie: mais la viuacité, la promptitude, la fermeté, et autres parties bien plus nostres, plus importantes et essentielles, se fanissent et s’allanguissent, =I=, 598.
AMBASSADEURS.
I’ay trouué bien estrange, qu’il fust en la puissance d’vn Ambassadeur de dispenser sur les aduertissemens de grande consequence qu’il doit faire à son maistre. Et m’eust semblé l’office du seruiteur estre, de fidelement representer les choses en leur entier, comme elles sont aduenuës: afin que la liberté d’ordonner, iuger, et choisir demeurast au maistre. Car de luy alterer ou cacher la verité, de peur qu’il ne la preigne autrement qu’il ne doit, et que cela ne le pousse à quelque mauuais party, et ce pendant le laisser ignorant de ses affaires, cela m’eust semblé appartenir à celuy, qui donne la loy, non à celuy qui la reçoit, au curateur et maistre d’eschole, non à celuy qui se doit penser inferieur, comme en authorité, aussi en prudence et bon conseil, =I=, 94.
AMBITION.
Nous ne sommes pas naiz pour nostre particulier, ains pour le publicq; beau mot, dequoy se couure l’ambition et l’auarice, =I=, 410.
L’ambition n’est pas vn vice de petis compaignons, et de tels efforts que les nostres, =III=, 520.
Où l’amour et l’ambition seroient en esgale balance, et viendroient à se choquer de forces pareilles, ie ne fay aucun doubte, que ceste-cy ne gaignast le prix de la maistrise, =II=, 642.
L’ambition ne se conduit iamais mieux selon soy, que par vne voye esgaree et inusitee, =III=, 322.
L’ambition paye bien ses gents, de les tenir tousiours en montre, comme la statue d’vn marché. Ils n’ont pas seulement leur retraict pour retraitte, =III=, 156.
AME (IMMORTALITÉ DE L’AME).
La generation de l’ame suyt la commune condition des choses humaines: comme aussi sa vie. On la voyt naistre à mesme que le corps en est capable; esleuer ses forces comme les corporelles; on y recognoit la foiblesse de son enfance, et auec le temps sa vigueur et sa maturité: et puis sa declination et sa vieillesse, et en fin sa decrepitude. On l’apperçoit capable de diuerses passions et agitée de plusieurs mouuemens penibles, d’où elle tombe en lassitude et en douleur, capable d’alteration et de changement, d’allegresse, d’assopissement, et de langueur, subjecte à ses maladies et aux offences, comme l’estomach ou le pied: esblouye et troublée par la force du vin: desmue de son assiette, par les vapeurs d’vne fieure chaude: endormie par l’application d’aucuns medicamens, et reueillée par d’autres. Dauantage on sent l’ame s’engager en la mort, comme le corps. Ce que l’image du sommeil nous montre assez: car c’est vne defaillance et cheute de l’ame aussi bien que du corps, =II=, 316.
L’ame loge au cerueau: ce qui appert de ce que les blessures et accidens qui touchent cette partie, offensent incontinent les facultez de l’ame, =II=, 312.
L’ame, par sa faculté ratiocine, se souuient, comprend, iuge, desire et exerce toutes ses autres operations par diuers instrumens du corps, comme le nocher gouuerne son nauire selon l’experience qu’il en a, =II=, 312.
Nos ames se trouuent souuent agitees de diuerses passions. D’où nous voyons les enfans, qui vont tout naifuement apres la nature, pleurer et rire souuent de mesme chose: Et quelque gentille flamme qui eschauffe le cœur des filles bien nees, encore les despend on à force du col de leurs meres, pour les rendre à leur espoux. Ainsin il n’est pas estrange de plaindre celuy-là mort, qu’on ne voudroit aucunement estre en vie, =I=, 406.
Puisque l’ambition peut apprendre aux hommes, et la vaillance, et la temperance, et la liberalité, voire et la iustice: puis que l’auarice peut planter au courage d’vn garçon de boutique, nourri à l’ombre et à l’oysiueté, l’asseurance de se ietter si loing du foyer domestique, à la mercy des vagues et de Neptune courroucé dans vn fraile bateau, et qu’elle apprend encore la discretion et la prudence: et que Venus mesme fournit de resolution et de hardiesse la ieunesse encore soubs la discipline et la verge; et gendarme le tendre cœur des pucelles au giron de leurs meres: ce n’est pas tour de rassis entendement, de nous iuger simplement par nos actions de dehors: il faut sonder iusqu’au dedans, et voir par quels ressors se donne le bransle, =I=, 612.
Ce n’est pas pour la montre, que nostre ame doit iouër son rolle, c’est chez nous au dedans, où nuls yeux ne donnent que les nostres: là elle nous couure de la crainte de la mort, des douleurs et de la honte mesme: elle nous asseure là, de la perte de nos enfans, de nos amis, et de nos fortunes: et quand l’opportunité s’y presente, elle nous conduit aussi aux hazards de la guerre. Ce profit est bien plus grand, et bien plus digne d’estre souhaité et esperé, que l’honneur et la gloire, qui n’est autre chose qu’vn fauorable iugement qu’on fait de nous, =II=, 452.
I’ordonne à mon ame, de regarder et la douleur, et la volupté, de veuë pareillement reglée: et pareillement ferme: mais gayement l’vne, l’autre seuerement. Et selon ce qu’elle y peut apporter, autant soigneuse d’en esteindre l’vne, que d’estendre l’autre, =III=, 692.
Il n’est point ame si chetifue et brutale, en laquelle on ne voye reluire quelque faculté particuliere: il n’y en a point de si enseuelie, qui ne face vne saillie par quelque bout. Et comment il aduienne qu’vne ame aueugle et endormie à toutes autres choses, se trouue vifue, claire, et excellente, à certain particulier effect, il s’en faut enquerir aux maistres, =II=, 502.
Comme les ames vicieuses sont incitees souuent à bien faire, par quelque impulsion estrangere? aussi sont les vertueuses à faire mal. Il les faut doncq iuger par leur estat rassis: quand elles sont chez elles, si quelquefois elles y sont: ou au moins quand elles sont plus voysines du repos et en leur naifue assiette, =III=, 118.
La pluspart des facultez de nostre ame, comme nous les employons, troublent plus le repos de la vie, qu’elles n’y seruent, =III=, 24.
Les secousses et esbranlemens que nostre ame reçoit par les passions corporelles, peuuent beaucoup en elle: mais encore plus les siennes propres: ausquelles elle est si fort prinse, qu’il est à l’aduanture soustenable, qu’elle n’a aucune autre alleure et mouuement, que du souffle de ses vents, =II=, 350.
Nous ne sommes iamais sans maladie: des effects d’vne passion ardente, nous retombons aux effects d’vne passion frileuse, =II=, 354.
Les maux du corps s’esclaircissent en augmentant. Nous trouuons que c’est goutte, ce que nous nommions rheume ou foulleure. Les maux de l’ame s’obscurcissent en leurs forces: le plus malade les sent le moins, =III=, 188.
Quand les medecins ne peuuent purger le caterrhe, ils le diuertissent, et desuoyent à vne autre partie moins dangereuse. C’est aussi la plus ordinaire recepte aux maladies de l’ame. On luy fait peu choquer les maux de droit fil: on ne luy en fait ny soustenir ny rabatre l’atteinte: on la luy fait decliner et gauchir, =III=, 164.
Entre les functions de l’ame, il en est de basses. Qui ne la void encor par là, n’acheue pas de la connoistre. Et à l’aduenture la remarque lon mieux où elle va son pas simple, =I=, 554.
Ny n’entendent les Stoiciens, que l’ame de leur sage puisse resister aux premieres visions et fantaisies qui luy suruiennent: ains comme à vne subiection naturelle consentent qu’il cede au grand bruit du ciel, ou d’vne ruine, pour exemple, iusques à la palleur et contraction: ainsin autres passions, pourueu que son opinion demeure sauue et entiere, et que l’assiette de son discours n’en souffre atteinte ny alteration quelconque, et qu’il ne preste nul consentement à son effroy et souffrance. Le sage Peripateticien ne s’exempte pas des perturbations, mais il les modere, =I=, 82.