Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 15
=De la société des hommes, des femmes et de celle des livres=, =III=, 137.--La diversité des occupations est un des caractères principaux de l’âme humaine; le commerce des livres est de ceux qui la distraient (CATON L’ANCIEN), 137.--Pour Montaigne, son occupation favorite était de méditer sur lui-même; par la lecture, il ajoutait à ses sujets de méditation; il se plaisait aussi aux conversations sérieuses, sans bannir toutefois les sujets ayant de la grâce et de la beauté; les entretiens frivoles n’étaient pour lui d’aucun intérêt (ARISTOTE), 137.--Peu porté à se lier, il apportait beaucoup de circonspection dans ces amitiés de rencontre qu’engendre la vie journalière; cette réserve, commandée aussi par le mauvais esprit du temps, n’a pas été sans indisposer beaucoup de personnes contre lui; par contre, assoiffé d’amitié vraie, il se livrait sans restriction s’il venait à se rencontrer avec quelqu’un répondant à son idéal (SOCRATE, PLUTARQUE), 139.--Il est utile de savoir s’entretenir familièrement avec toutes sortes de gens et il faut se mettre au niveau de ceux avec lesquels on converse; aussi n’aime-t-il pas les personnes au langage prétentieux (PLATON, les LACÉDÉMONIENS), 141.--Cette sorte de langage est un défaut fréquent chez les savants et qui lui fait fuir les femmes savantes; que la femme ne se contente-t-elle de ses dons naturels; si, cependant, elle veut étudier, qu’elle cultive la poésie, l’histoire et ce qui, en fait de philosophie, peut l’aider à supporter les peines de la vie, 143.--Montaigne, de caractère ouvert et exubérant, s’isolait volontiers autant par la pensée au milieu des foules, à la cour par exemple, que d’une manière effective, chez lui, où on était affranchi de toutes les contraintes superflues qu’impose la civilité, 145.--Dans le monde, il recherchait la société des gens à l’esprit juste et sage, lesquels sont bien plus rares qu’on ne croit; nature des conversations qu’il avait avec eux. C’est là ce que finalement il appelle son premier commerce (HIPPOMACHUS), 147.--Le commerce avec les femmes vient en second lieu; il a sa douceur, mais aussi ses dangers; les sens y jouent un grand rôle; Montaigne voudrait que de part et d’autre on y apportât de la sincérité, à cet égard l’homme est au-dessous de la brute (les FILLES des Brahmanes), 149.--Idée qu’il donne de ses amours; les grâces du corps, en pareil cas, l’emportent sur celles de l’esprit bien que celles-ci y aient aussi leur prix (l’empereur TIBÈRE, la courtisane FLORA), 153.--Un troisième commerce dont l’homme a la disposition, est celui des livres; c’est le plus sûr, le seul qui ne dépende pas d’autrui; les livres consolent Montaigne dans sa vieillesse et dans la solitude (JACQUES roi de Naples et de Sicile), 153.--Sa bibliothèque est son lieu de retraite de prédilection; description qu’il en donne, 155.--Les Muses sont le délassement de l’esprit. Dans sa jeunesse, Montaigne étudiait pour briller; dans l’âge mûr, pour devenir plus sage; devenu vieux, il étudie pour se distraire, 159.--Mais le commerce des livres a, lui aussi, des inconvénients; il n’exerce pas le corps: de ce fait, dans la vieillesse, il est préjudiciable à la santé, 159.
CHAPITRE IV.
=De la diversion=, =III=, 159.--C’est par la diversion qu’on parvient à calmer les douleurs vives. On console mal par le raisonnement; il faut distraire l’esprit, appeler son attention sur d’autres objets, mais l’effet en est de courte durée (CLÉANTHE, les PÉRIPATÉTICIENS, CHRYSIPPE, ÉPICURE, CICÉRON), 159.--A la guerre, la diversion se pratique utilement pour éloigner d’un pays un ennemi qui l’a envahi, pour gagner du temps (PÉRICLÈS, le SIEUR D’HIMBERCOURT, ATALANTE et HIPPOMÈNE), 161.--C’est aussi un excellent remède dans les maladies de l’âme, par elle on rend moins amers nos derniers moments; SOCRATE est le seul qui, dans l’attente de la mort, sans cesser de s’en entretenir, ait constamment, durant un long espace de temps, gardé la plus parfaite sérénité (les disciples d’HÉGÉSIAS et le roi PTOLÉMÉE), 165.--Chez les condamnés à mort, la dévotion devient une diversion à leur terreur, 165.--Fermeté, lors de son exécution, de SUBRIUS FLAVIUS condamné à mort, 167.--Sur un champ de bataille, dans un duel, l’idée de la mort est absente de la pensée des combattants (L. SILANUS), 167.--Dans les plus cruelles calamités, nombre de considérations rendent notre situation moins pénible; sommes-nous menacés d’une mort prochaine, l’espérance d’une vie meilleure, le succès de nos enfants, la gloire future de notre nom, l’espoir que nous serons vengés, etc., tout se présente à notre esprit, l’occupe et le distrait (DIDON, ARIANE, XÉNOPHON, ÉPICURE, ÉPAMINONDAS, ZÉNON), 167.--Moyen de dissiper un ardent désir de vengeance, 169.--C’est encore par la diversion qu’on se guérit de l’amour, comme de toute autre passion malheureuse; par elle, le temps, qui calme tout, exerce son action, 169.--De même en détournant l’attention, on fait tomber un bruit public qui vous offense (ALCIBIADE), 171.--Un rien suffit pour attirer et détourner notre esprit; en présence même de la mort, les objets les plus frivoles entretiennent en nous le regret de la vie (PLUTARQUE, la ROBE de César, TIBÈRE), 173.--L’orateur et le comédien en arrivent souvent à ressentir en réalité les sentiments qu’ils expriment dans le plaidoyer qu’ils débitent ou le rôle qu’ils jouent (les PLEUREUSES, le convoi de M. DE GRAMMONT, QUINTILIEN), 175.--Singulier moyen que nous mettons en œuvre pour faire diversion à la douleur que nos deuils peuvent nous causer, 177.--Nous nous laissons souvent influencer par de purs effets d’imagination; parfois, il n’en faut pas davantage pour nous porter aux pires résolutions (CAMBYSE, ARISTODÈME, MIDAS, PROMÉTHÉE), 177.
CHAPITRE V.
=A propos de quelques vers de Virgile=, =III=, 179.--La vieillesse est si naturellement portée vers les idées tristes et sérieuses que, pour se distraire, elle a besoin de se livrer quelquefois à des actes de gaîté; à l’âge où il est parvenu, Montaigne se défend de la tempérance comme il se défendait autrefois de la volupté, 179.--Aussi saisit-il avidement toutes les occasions de goûter quelque plaisir et pense qu’il vaut mieux être moins longtemps vieux, que vieux avant de l’être (PLATON), 181.--Ce qu’il y a de pire, dans la vieillesse, c’est que l’esprit se ressent des souffrances et de l’affaiblissement du corps, 185.--La santé, la vigueur physique font éclore les grandes conceptions de l’esprit; la sagesse n’a que faire d’une trop grande austérité de mœurs, elle est par essence gaie et sociable (PLATON, SOCRATE, CRASSUS), 185.--Ceux qui se blessent de la licence des écrits de Montaigne devraient bien plutôt blâmer celle de leurs pensées. Pour lui, il ose dire tout ce qu’il ose faire et regrette que tout ce qu’il pense ne puisse de même être publié; il est du reste à présumer que la confession qu’il fait de ses fautes, aura peu d’imitateurs (THALÈS, ORIGÈNE, ARISTON), 187.--Ce que les hommes craignent le plus, c’est qu’une occasion quelconque mette leurs mœurs à découvert; et pourtant, comment un homme peut-il être satisfait d’être estimé, honoré, lorsqu’il sait qu’il ne mérite ni l’estime, ni la vénération? Montaigne, qui va maintenant entrer dans le vif de son sujet, appréhende que ce chapitre des Essais ne fasse passer son livre du salon de ces dames dans leur boudoir (ARCHÉLAÜS, SOCRATE), 191.--Comment se fait-il que l’acte par lequel se perpétue le genre humain, paraisse si honteux qu’on n’ose le nommer? Il est vrai que si on tait son nom, il n’en est pas moins connu de tout sexe (ARISTOTE, PLUTARQUE, LUCRÈCE), 193.--Pourquoi avoir voulu brouiller les Muses avec Vénus? Rien n’inspire plus les poètes que l’amour, et rien ne peint mieux ses transports que la poésie; pour s’en convaincre, il ne faut que lire les vers où Virgile décrit avec tant de chaleur une entrevue amoureuse de Vénus avec Vulcain, 193.--Le mariage diffère de l’amour; c’est un marché grave, dicté par la raison, que l’on contracte en vue de la postérité; les extravagances amoureuses doivent en être bannies; au surplus, les mariages auxquels l’amour a seul présidé, ont, plus que tous autres, tendance à mal tourner (ARISTOTE), 195.--L’amour ne fait pas partie intégrante du mariage, pas plus que la vertu n’est d’une façon absolue liée à la noblesse. Digression sur le rang en lequel sont tenus les nobles dans le royaume de Calicut (ANTIGONE), 195.--Un bon mariage, s’il en existe, est une union faite d’amitié et de confiance, qui impose des devoirs et des obligations mutuelles; il n’est pas d’état plus heureux dans la société humaine (SOCRATE), 199.--Montaigne répugnait beaucoup à se marier, cependant il s’est laissé assujettir par l’exemple et les usages à ce commun devoir; et, tout licencieux qu’on le croit, il a mieux observé les lois du mariage qu’il ne l’avait promis et espéré. Ceux-là ont grand tort qui s’y engagent sans être résolus à s’y comporter de même, 201.--Différence entre le mariage et l’amour; une femme peut céder à un homme, dont elle ne voudrait pas pour mari (VIRGILE, ISOCRATE, LYCURGUE, PLATON), 203.--Nos lois sont trop sévères envers les femmes, on voit qu’elles ont été faites par les hommes. Nous voulons qu’elles maîtrisent leurs désirs plus ardents encore que les nôtres, que nous n’essayons même pas de modérer (ISOCRATE, TIRÉSIAS, PROCULUS et MESSALINE, une FEMME DE CATALOGNE et la REINE D’ARAGON, SOLON), 205.--Il n’y a pas de passion plus impérieuse, et nous nous opposons à ce qu’elles en tempèrent les effets ou reçoivent entière satisfaction; épousent-elles un jeune homme, cela ne l’empêche pas d’avoir des maîtresses; un vieillard, c’est comme si elles restaient vierges (le philosophe POLÉMON, la vestale CLODIA LÆTA, BOLESLAS roi de Pologne et KINGE sa femme), 209.--L’éducation qu’on donne aux jeunes filles, tout opposée à ce qu’on exige d’elles, éveille constamment en elles ce sentiment: elles n’entendent parler que d’amour; ce qu’on leur en cache, souvent maladroitement, elles le devinent; aussi, leur imagination aidant, en savent-elles plus que nous qui prétendons les instruire, et Boccace et l’Arétin n’ont rien à leur apprendre (la FILLE DE MONTAIGNE), 209.--Du reste c’est l’amour, c’est l’union des sexes qui sont la grande affaire de ce monde; aussi ne faut-il pas s’étonner si les plus grands philosophes ont écrit sur ce sujet (SOCRATE, ZÉNON, STRATON, THÉOPHRASTE, ARISTIPPE, PLATON, DÉMÉTRIUS DE PHALÈRE, HÉRACLIDE DU PONT, ANTISTHÈNE, ARISTON, CLÉANTHE, SPHEREUS, CHRYSIPPE, l’école d’ÉPICURE), 211.--Dans l’antiquité, les organes de la génération étaient déifiés; aujourd’hui, comme alors, tout du fait de l’homme comme de celui de la nature, rappelle constamment l’amour aux yeux de tous (à BABYLONE, dans l’île de CHYPRE, à HÉLIOPOLIS, les ÉGYPTIENNES, les MATRONES DE ROME, la CHAUSSURE DES SUISSES, les COSTUMES des hommes et des femmes chez nous et ailleurs, un PAPE), 213.--Mieux vaudrait renseigner de bonne heure la femme sur les choses de l’amour, que de lui en faire mystère et de laisser son imagination travailler, ce qui la porte notamment à des exagérations qui aboutissent à des déconvenues lorsqu’elle est en présence de la réalité; en somme, dans toutes les règles qu’il a édictées, l’homme n’a eu que lui-même en vue (PLATON, les FEMMES de l’INDE, LIVIE, les LACÉDÉMONIENNES, S. AUGUSTIN), 215.--Il est bien difficile, dans l’état actuel de nos mœurs, qu’une femme demeure toujours chaste et fidèle (S. JÉRÔME), 217.--Elles n’en ont que plus de mérite, lorsqu’elles parviennent à se maintenir sages; mais ce n’est pas en se montrant prudes et revêches qu’elles feront croire à leur vertu. Ce à quoi elles doivent s’appliquer, c’est à conserver leur réputation, ou, si elles l’ont perdue, à la rétablir. L’indiscrétion des hommes est un grand tourment pour elles, 219.--La jalousie est une passion inique dont elles ont également à souffrir, etc.; le préjugé qui nous fait considérer comme une honte l’infidélité de la femme n’est pas plus raisonnable. Que de grands hommes se sont consolés de cet accident; les DIEUX du paganisme, VULCAIN entre autres, ne s’en alarmaient pas. Chez la femme, la jalousie est encore plus terrible que chez l’homme; elle pervertit en elle tout ce qu’il y a de bon et de beau et la rend susceptible des pires méfaits (le berger CHRATIS, LUCULLUS, CÉSAR, POMPÉE, ANTOINE, CATON, LÉPIDE, VULCAIN et VÉNUS, OCTAVE et PAULIA POSTHUMIA), 223.--La chasteté est-elle chez la femme une question de volonté? Pour réussir auprès d’elle, tout dépend des occasions et il faut savoir oser (Montaigne était de ceux qui n’osent guère); celles qui se prétendent sûres d’elles-mêmes, ou n’ont pas été exposées à la tentation, ou se vantent; du reste ce que nous entendons leur interdire à cet égard, est mal défini et peut se produire parfois inconsciemment (les FEMMES SCYTHES, FATUA femme de Faustus, la FEMME DE HIÉRON), 227.--C’est d’après l’intention qu’il faut juger si la femme manque, ou non, à son devoir; qu’a-t-on à blâmer chez celle qui se prostitue pour sauver son mari? à celle qui a été livrée au libertinage avant l’âge d’avoir pleine connaissance? et puis, quel profit retirons-nous de prendre trop de souci de la sagesse de nos femmes (PHAULIUS D’ARGOS et le roi PHILIPPE, GALBA et MÉCÈNE, les FEMMES DE L’INDE, le philosophe PHÉDON, SOLON)? 231.--Il vaut mieux ignorer que connaître leur mauvaise conduite; un honnête homme n’en est pas moins estimé parce que sa femme le trompe. C’est là un mal qu’il faut garder secret, mais c’est là un conseil qu’une femme jalouse ne saurait admettre, tant cette passion, qui l’amène à rendre la vie intolérable à son mari, la domine une fois qu’elle s’est emparée d’elle (PITTACUS, le SÉNAT DE MARSEILLE), 233.--Un mari ne gagne rien à user de trop de contrainte envers sa femme; toute gêne aiguise les désirs de la femme et ceux de ses poursuivants (un HÔTE DE FLAMINIUS, MESSALINE et CLAUDE), 237.--Lucrèce a peint les amours de Vénus et de Mars avec des couleurs plus naturelles que Virgile décrivant les rapports matrimoniaux de Vénus et de Vulcain; quelle vigueur dans ces deux tableaux si expressifs! Caractère de la véritable éloquence; enrichir et perfectionner leur langue est le propre des bons écrivains; quelle différence entre ceux des temps anciens et ceux du siècle de Montaigne (VIRGILE, LUCRÈCE, GALLUS, HORACE, PLUTARQUE, RONSARD et la PLÉIADE), 239.--La langue française, en l’état, se prête mal, parce qu’on ne sait pas en user, à rendre les idées dont l’expression comporte de l’originalité et de la vigueur; ce qui fait qu’on a souvent recours à l’aide du latin et du grec, alors qu’on en pourrait tirer davantage. On apporte également trop d’art dans le langage employé dans les questions de science (LÉON L’HÉBREU, FICIN, ARISTOTE, BAMBO, ÉQUICOLA), 243.--Montaigne aimait, quand il écrivait, à s’isoler et à se passer de livres pour ne pas se laisser influencer par les conseils et par ses lectures; il ne faisait exception que pour Plutarque (un PEINTRE, le musicien ANTIGENIDE), 245.--Il a grande tendance à imiter les écrivains dont il lit les ouvrages, aussi traite-t-il de préférence des sujets qui ne l’ont pas encore été; n’importe lequel, un rien lui suffit (des SINGES et ALEXANDRE, SOCRATE, ZÉNON et PYTHAGORE), 247.--Les idées les plus profondes, comme les plus folles, lui viennent à l’improviste, surtout lorsqu’il est à cheval; le souvenir qu’il en conserve est des plus fugitifs, 249.--Revenant à son sujet principal, Montaigne estime que l’amour n’est autre que le désir d’une jouissance physique; et, considérant ce que l’acte lui-même a de ridicule, il est tenté de croire que les dieux ont voulu par là apparier les sages et les fous, les hommes et les bêtes (SOCRATE, PLATON, ALEXANDRE), 249.--D’autre part, pourquoi regarder comme honteuse une action si utile, commandée par la nature? On se cache et on se confine pour construire un homme; pour le détruire, on recherche le grand jour et de vastes espaces (les ESSÉNIENS, les ATHÉNIENS), 251.--N’y a-t-il pas des hommes, et même des peuples, qui se cachent pour manger? chez les Turcs, des fanatiques qui se défigurent? un peu partout des hommes qui s’isolent de l’humanité? On abandonne les lois de la nature, pour suivre celles plus ou moins fantasques des préjugés, 253.--Parler discrètement de l’amour, comme l’ont fait Virgile et Lucrèce, c’est lui donner plus de piquant; ainsi font les femmes qui cachent leurs appâts pour les rendre plus attrayants; et les prêtres, leurs dieux pour leur donner plus de lustre (VIRGILE, LUCRÈCE, OVIDE, MARTIAL), 255.--L’amour, tel que le pratiquent les ESPAGNOLS et les ITALIENS, plus respectueux et plus timide que chez les FRANÇAIS, plaît à Montaigne; il en aime les préambules; celui qui ne trouve de jouissance que dans la jouissance n’est pas de son école. Le pouvoir de la femme prend fin, dès l’instant qu’elle est à nous (THRASONIDE), 257.--La coutume d’embrasser les femmes lorsqu’on les salue, lui déplaît, c’est profaner le baiser; les hommes eux-mêmes n’y gagnent pas: pour trois belles qu’ils embrassent il leur en faut embrasser cinquante laides (SOCRATE), 259.--Il approuve que, même avec des courtisanes, on cherche à gagner leur affection afin de ne pas avoir que leur corps seulement (les ITALIENS, la VÉNUS DE PRAXITÈLE, un ÉGYPTIEN, PÉRIANDRE, la LUNE et ENDYMION), 259.--Les femmes sont plus belles, les hommes ont plus d’esprit en ITALIE qu’en FRANCE; mais nous avons autant de femmes d’exquise beauté et d’hommes supérieurs que les Italiens. La femme mariée est, chez eux, trop étroitement tenue, ce qui est d’aussi fâcheuse conséquence que de leur laisser trop de licence, 261.--Il est de l’intérêt de la femme d’être modeste et d’avoir de la retenue; même n’étant pas sages, elles sauvegardent de la sorte leur réputation; la nature d’ailleurs les a faites pour se refuser, du moins en apparence, car elles sont toujours prêtes; par ces refus, elles excitent beaucoup plus l’homme (les SARMATES, ARISTIPPE, THALESTRIS et ALEXANDRE), 265.--Il y a de l’injustice à blâmer l’inconstance de la femme; rien de violent ne peut durer et, par essence, l’amour est violent; d’autre part, c’est une passion qui n’est jamais assouvie, il ne faut donc pas leur savoir mauvais gré si, après nous avoir acceptés, s’apercevant que nos facultés, notre mérite ne sont pas ce qu’elles attendaient de nous, elles se pourvoient ailleurs (la reine JEANNE DE NAPLES, PLATON), 265.--Quand l’âge nous atteint, ne nous abusons pas sur ce dont nous sommes encore capables, et ne nous exposons pas à être dédaignés, 267.--Montaigne reconnaît la licence de son style, mais il tient à ce que son livre soit une peinture exacte de lui-même; et, bien qu’aimant la modestie, il est obligé par les mœurs de son temps à une grande liberté de langage qu’il est le premier à regretter (THÉODORE DE BÈZE, SAINT-GELAIS), 269.--Il est injuste d’abuser du pouvoir que les femmes nous donnent sur elles en nous cédant; à cet égard, il n’a rien à se reprocher: il tenait religieusement les engagements pris avec elles, en observait toutes les conditions, souvent au delà et plus même qu’elles n’eussent voulu, 273.--Même dans ses plus vifs transports, il conservait sa raison. Il estime qu’en pareille matière, la modération doit être de règle; tant qu’on reste maître de soi et que ses forces ne sont point altérées, on peut s’abandonner à l’amour; quand viennent les ans, l’imagination, substituée à la réalité, nous ranime encore (le philosophe PANETIUS, AGÉSILAS, ANACRÉON, SOCRATE), 275.--Dans l’usage des plaisirs, l’esprit et le corps doivent s’entendre et s’entr’aider pour que chacun y participe dans la mesure où cela lui est possible, comme il arrive de la douleur, 279.--L’amour chez le vieillard que n’a pas encore atteint la décrépitude, ranimerait le corps, obligerait à en prendre plus de soin, ragaillardirait l’esprit, ferait diversion aux tristesses et aux chagrins de toutes sortes qui l’assaillent; mais il ne saurait exiger un amour réciproque; surtout qu’il ne s’adresse pas à des femmes hors d’âge. A dire vrai, l’amour sans limites ne convient qu’à la première jeunesse (BION, CYRUS, MÉNON, l’empereur GALBA, OVIDE, EMONÈS de Chio et le philosophe ARCÉSILAS, HORACE, HOMÈRE, PLATON, la reine MARGUERITE de Navarre, SAINT JÉRÔME), 281.--On voit souvent les femmes sembler faire de l’amour une question de sentiment et dédaigner la satisfaction que les sens peuvent y trouver, 285.--En somme, hommes et femmes ont été pétris dans le même moule, et un sexe n’est guère en droit de critiquer l’autre (PLATON, ANTISTHÈNE), 287.
CHAPITRE VI.