Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 14
=De la colère=, =II=, 607.--Il vaut mieux confier les enfants au gouvernement qu’à leurs propres parents (les institutions de LACÉDÉMONE et de CRÈTE), 607.--Ceux-ci les châtient quelquefois dans des transports de colère, ils les accablent de coups, les estropient; ce n’est pas correction, c’est vengeance, 607.--La colère nous fait le plus souvent envisager les choses sous un aspect trompeur; les fautes qui nous irritent ne sont pas telles qu’elles nous paraissent. Combien hideux sont les signes extérieurs de la colère (CÉSAR et RABIRIUS), 609.--Il ne faut pas juger de la vérité ou de la fausseté des croyances et des opinions des hommes par leur conduite habituelle (EUDAMINONDAS, CLÉOMÈNE, CICÉRON et BRUTUS, CICÉRON et SÉNÈQUE, les ÉPHORES de Sparte), 611.--Modération de quelques grands hommes sous l’empire de la colère (PLUTARQUE et un de ses esclaves, ARCHYTAS de Tarente, PLATON, le lacédémonien CHARYLLE et un ilote), 611.--Nous cherchons toujours à trouver et à faire trouver notre colère juste et raisonnable (CNEIUS PISON), 613.--Les femmes naturellement emportées, deviennent furieuses par la contradiction; le silence et la froideur les calment (l’orateur CELIUS, PHOCION), 615.--Pour cacher sa colère, il faut des efforts inouïs; elle est moins terrible quand elle éclate librement (les HOMMES de guerre, DIOGÈNE et DÉMOSTHÈNE), 615.--Attentions à avoir quand, dans son intérieur, on a sujet de se mettre en colère, 617.--Caractère du courroux de MONTAIGNE; il feint parfois d’être plus en colère qu’il ne l’est réellement, 617.--Il ne croit pas que la colère puisse jamais avoir de bons effets, même quand il s’agit de forcer les autres à pratiquer la vertu; c’est une arme dangereuse; elle nous tient, nous ne la tenons pas (ARISTOTE), 619.
CHAPITRE XXXII.
=Défense de Sénèque et de Plutarque=, =II=, 621.--Combien est fausse la comparaison que l’on a voulu établir entre SÉNÈQUE et le cardinal DE LORRAINE, en s’appuyant sur le portrait injurieux que l’historien Dion trace du premier; il est plus rationnel de croire ce qu’en disent Tacite et quelques autres qui en parlent d’une manière très honorable, 621.--Quant à PLUTARQUE, il a été accusé par Bodin, d’ignorance, d’excessive crédulité et de partialité; réfutation de ces accusations. Sur le reproche d’ignorance, Montaigne n’a pas le savoir nécessaire pour en juger, 623.--Nombreux exemples témoignant que les faits avancés par Plutarque et qualifiés d’incroyables par son critique, n’ont rien d’impossible (un enfant de LACÉDÉMONE, PYRRHUS, les jeunes SPARTIATES, AMMIEN MARCELLIN et les ÉGYPTIENS, un PAYSAN ESPAGNOL et L. PISON, EPICHARIS, de simples VILLAGEOIS du temps de Montaigne), 623.--C’est un tort de vouloir juger du possible et de l’impossible par ce dont nous sommes nous-mêmes capables (AGÉSILAS), 629.--La partialité de Plutarque en faveur des Grecs et au détriment des Romains n’est pas mieux fondée, d’autant qu’il ne prétend pas que les grands hommes de ces deux peuples qu’il met en parallèle, ont même valeur; il ne porte pas sur eux d’appréciation d’ensemble, il ne compare que des points de détail en des situations déterminées, 629.
CHAPITRE XXXIII.
=Histoire de Spurina=, =II=, 633.--Nous apprendre à commander à nos passions, tel est le but de la philosophie. Mais il en est d’une violence extrême; et, des appétits qu’elles font naître en nous, ceux que l’amour occasionne semblent les plus excessifs; peut-être est-ce parce qu’ils intéressent à la fois le corps et l’âme, 633.--De combien de moyens ne s’est-on pas servi pour les amortir: les mutilations, les cilices, les réfrigérants de toutes espèces (un PRINCE français, XÉNOCRATE), 633.--Chez quelques-uns, l’ambition est plus indomptable que l’amour; Jules César, qui était d’une incontinence excessive, a toujours su réprimer la fougue de cette passion quand il s’agissait de grands intérêts (CÉSAR, MAHOMET II), 635.--D’autres, au contraire, ont fait céder l’ambition à l’amour (LADISLAS roi de Naples), 637.--César ne sacrifiait jamais à ses plaisirs une heure de son temps quand les affaires l’exigeaient tout entier; il était à la fois le plus actif et le plus éloquent de son époque; il était aussi très sobre (CÉSAR et CATON), 639.--Sa douceur et sa clémence ont paru douteuses; mille exemples prouvent qu’il avait ces qualités (les CAPITAINES de Pompée, César à PHARSALE, C. MEMMIUS, C. CALVIUS, CATULLE, C. OPPIUS), 641.--Mais son ambition effrénée l’a amené à renverser la république la plus florissante qui ait jamais existé, ce dont rien, d’après Montaigne, ne saurait l’absoudre (MARC ANTOINE), 643.--Exemple extraordinaire d’un jeune Toscan, SPURINA, qui, extrêmement beau, se cicatrisa tout le visage pour se soustraire aux passions qu’il inspirait, 645.--Une telle action ne se peut approuver; il est plus noble de lutter que de se dérober aux devoirs que la société nous impose, autrement c’est mourir pour s’épargner la peine de bien vivre (SCIPION et DIOGÈNE), 645.
CHAPITRE XXXIV.
=Observations sur les moyens que Jules César employait à la guerre=, =II=, 647.--Dans le chapitre précédent, Montaigne a examiné les vices et les qualités de CÉSAR, il s’occupe ici de ses hauts faits et de ses talents militaires; selon lui, ses commentaires devraient être le bréviaire de tout homme de guerre, 647.--Pour rassurer ses troupes alarmées de la supériorité numérique de l’ennemi, il leur exagérait lui-même cette supériorité; il accoutumait ses soldats à lui obéir sans les laisser commenter ses desseins; très ménager du temps, il savait amuser l’ennemi pour le surprendre avec plus d’avantage (le roi JUBA, CYRUS, les SUISSES), 647.--Il n’exigeait guère de ses soldats que la vaillance et la discipline, parfois il leur donnait toute licence; il aimait qu’ils fussent richement armés, les honorait du nom de «Compagnons», ce qui n’empêchait pas qu’il ne les traitât, le cas échéant, avec beaucoup de sévérité, 649.--Il se complaisait aux travaux de campagne, 651.--Il aimait à haranguer ses troupes avant le combat, et ses harangues sont des modèles d’éloquence militaire, 651.--Rapidité de César dans ses mouvements; aperçu de ses guerres nombreuses en divers pays, 653.--Il voulait tout voir par lui-même; préférait obtenir le succès en négociant, plutôt que par la force des armes; il était plus circonspect qu’Alexandre dans ses entreprises, et donnait hardiment de sa personne chaque fois que la nécessité le comportait (bataille de TOURNAI, siège d’AVARICUM, guerre contre AFRANIUS et PETREIUS, César à DYRRACHIUM, César franchissant l’HELLESPONT), 653.--Sa confiance et sa ténacité au siège d’ALÉSIA; deux particularités dignes de remarque à propos de ce siège (LUCULLUS, VERCINGÉTORIX), 657.--Avec le temps, César devint plus retenu dans ses entreprises. Quoique peu scrupuleux, il n’approuvait cependant pas qu’on se servît de toutes sortes de moyens à la guerre pour obtenir le succès (ARIOVISTE), 659.--Il savait très bien nager et aimait à aller à pied, 659.--Ses soldats et ses partisans avaient pour lui une extrême affection et lui étaient tout dévoués (l’amiral DE CHATILLON, SCEVA soldat de César, GRANIUS PETRONIUS, le siège de SALONE), 661.
CHAPITRE XXXV.
=Trois bonnes femmes=, =II=, 663.--Quelques épigrammes de Montaigne contre les femmes qui font parade de leur affection pour leurs maris seulement quand ils sont morts (la VEUVE d’un prince français), 663.--Cependant, dans l’antiquité, il en relève trois qui voulurent partager le sort de leurs époux se donnant la mort. La première, une italienne, citée par Pline le Jeune, était de naissance commune; son dévouement, 665.--Les deux autres sont nobles; l’une est ARRIA, femme de Cecina PÆTUS; son énergie, 667.--L’autre est PAULINA POMPEIA, femme de Sénèque; son histoire, 671.--Singulière preuve d’amour que, de son côté, Sénèque, renonçant pour elle à mourir, avait donnée à sa femme, 675.
[B.42] TROISIÈME VOLUME.
CHAPITRE XXXVI.
=Quels hommes occupent le premier rang entre tous=, =III=, 11.--Trois hommes des temps passés occupent, selon Montaigne, le premier rang entre tous. Le premier, c’est HOMÈRE, le prince, le modèle de tous les poètes; estime que l’on en a fait dans tous les temps (ARISTOTE, VARRON, VIRGILE, ALEXANDRE LE GRAND, CLÉOMÈNE, PLUTARQUE, ALCIBIADE, HIÉRON, PLATON et PANETIUS, MAHOMET II et le pape PIE II), 11.--Le second est ALEXANDRE LE GRAND: ses belles actions pendant sa vie si courte; il est préférable à César qui pourtant lui est supérieur sous certains rapports (ANNIBAL, les MAHOMÉTANS), 15.--Le troisième et le meilleur de tous, c’est ÉPAMINONDAS; il l’emporte sur Alexandre et César, mais son théâtre d’action a été beaucoup plus restreint. Les Grecs l’ont nommé le premier d’entre eux; il réunissait toutes les qualités que l’on trouve éparses chez les autres, et chez lui elles atteignaient la perfection, 19.--SCIPION ÉMILIEN pourrait lui être comparé, s’il eût eu une fin aussi glorieuse. Ce qu’on peut dire d’ALCIBIADE, 21.--Bonté, douceur, équité et humanité d’Épaminondas (PÉLOPIDAS, les BÉOTIENS), 21.
CHAPITRE XXXVII.
=De la ressemblance des enfants avec leurs pères=, =III=, 23.--Comment Montaigne a fait son livre: il n’y travaillait que lorsqu’il avait des loisirs; un valet lui a emporté une partie de son manuscrit, il le regrette peu, 23.--Il y a sept ou huit ans qu’il a commencé à l’écrire, et depuis dix-huit mois il souffre d’un mal qu’il avait toujours redouté, de coliques néphrétiques, 23.--Combien les hommes sont attachés à la vie! Pour lui, il est bien plus sensible aux maux physiques qu’aux douleurs morales, et cependant il commence à s’habituer à sa cruelle maladie qui lui offre cet avantage de le mieux familiariser avec la mort (MÉCÈNE, TAMERLAN et les lépreux, ANTISTHÈNE et DIOGÈNE), 23.--Il n’est point de ceux qui réprouvent que l’on témoigne par des plaintes et des cris les souffrances que l’on ressent, quoiqu’il arrive à assez bien se contenir, et que, même dans les plus grandes douleurs, il conserve sa lucidité d’esprit, s’observe et se juge, 27.--Ce qui l’étonne et qu’il ne peut s’expliquer, ce sont ces transmissions physiques et morales, directes et indirectes, des pères, des aïeux, des bisaïeuls aux enfants (la famille des LÉPIDES à Rome, une famille de THÈBES), 31.--Il pense tenir de son père ce mal de la pierre dont il est affecté, comme aussi il a hérité de lui de son antipathie pour la médecine, 31.--Motif du peu d’estime en laquelle il tient cette science, elle fait plus de malades qu’elle n’en guérit, 35.--La plupart des peuples, les Romains entre autres, ont longtemps existé sans connaître la médecine (les ROMAINS, CATON LE CENSEUR, les ARCADIENS, les LIBYENS, nos VILLAGEOIS), 39.--L’utilité des purgations imaginées par la médecine n’est rien moins que prouvée; sait-on du reste jamais si un remède agit en bien ou en mal et s’il n’eût pas mieux valu laisser faire la nature (un LACÉDÉMONIEN, l’empereur ADRIEN, un LUTTEUR et DIOGÈNE, NICOCLÈS), 39.--Les médecins se targuent de toutes les améliorations qu’éprouve le malade et trouvent toujours à excuser le mauvais succès de leurs ordonnances (PLATON, ÉSOPE), 41.--Loi des ÉGYPTIENS obligeant les médecins à répondre de l’efficacité du traitement de leurs malades (ESCULAPE), 43.--Le mystère sied à la médecine; le charlatanisme qu’apportent les médecins dans la désignation et le mode d’emploi de leurs drogues, leur attitude compassée près de leurs malades en imposent; ils devraient toujours discuter à huis clos et se garder de traiter à plusieurs un même malade, ils éviteraient ainsi de déceler les contradictions qui règnent entre eux, 45.--Sur la cause même des maladies, que d’opinions diverses! 47.--Quand la médecine a commencé à être en crédit; fluctuations que, depuis cette époque, ont subies les principes sur lesquels elle repose (HIPPOCRATE, CHRYSIPPE, ÉRASISTRATE, HIÉROPHILE, ASCLÉPIADE, THÉMISSON, MUSA, VECTIUS VALENS, THESSALUS, CRINAS de Marseille, CHARINUS, PLINE L’ANCIEN, PARACELSE, FIORAVENTI, ARGENTARIUS), 47.--Rien de moins certain que les médicaments qui ne font pas de bien ne font pas de mal; en outre, les méprises sont fréquentes; la chirurgie offre une bien plus grande certitude, 49.--Comment ajouter foi à des médicaments complexes, composés en vue d’effets différents, souvent contraires, devant se produire simultanément sur divers de nos organes? 53.--Chaque maladie devrait être traitée par un médecin distinct qui s’en serait spécialement occupé (les ÉGYPTIENS), 55.--Faiblesse et incertitude des raisonnements sur lesquels est fondé l’art de la médecine: l’un condamne ce que l’autre approuve, 55.--Quoique Montaigne n’ait confiance en aucun remède, il reconnaît que les bains sont utiles, peut-être aussi les eaux thermales; diversité dans les modes d’emploi de ces eaux (sources minérales en FRANCE, en ALLEMAGNE, en ITALIE), 57.--Conte assez plaisant contre les gens de loi et les médecins (les HABITANTS du pays de Lahontan), 61.--Autre conte sur la médecine (un BOUC nourri d’herbes apéritives et de vin blanc), 63.--Ce n’est que leur science que Montaigne attaque chez les médecins et non eux, pour lesquels il a la même estime que pour les gens de n’importe quelle autre profession; limite dans laquelle il se confie à eux; combien au surplus ne font pas, pour eux-mêmes, usage des drogues qu’ils prescrivent à autrui (LYCURGUE, un GENTILHOMME gascon), 65.--C’est la crainte de la douleur, de la mort, qui fait qu’on se livre communément aux médecins (les BABYLONIENS, les ÉGYPTIENS), 67.--Sur quoi, du reste, la connaissance que les médecins prétendent avoir de l’efficacité de leurs remèdes est-elle fondée (GALIEN)? 69.--Insertion d’une lettre de Montaigne à Madame de Duras. Elle lui a entendu exposer ses idées sur la médecine, elle les retrouvera dans son ouvrage où il se peint tel qu’il est, ne voulant pas paraître après lui autre qu’il n’était de son vivant, se souciant peu de ce que, lui mort, on en pourra penser (TIBÈRE), 71.--S’il a parlé si mal de la médecine, ce n’a été qu’à l’exemple de PLINE et de CELSE, les seuls médecins de Rome ancienne qui aient écrit sur leur art, 75.--Il se peut que lui-même en arrive à se remettre entre les mains des médecins; c’est qu’alors, comme tant d’autres, il sera gravement atteint et ne sera plus en possession de la plénitude de ses facultés; au surplus, sur ce sujet comme sur toutes autres choses, Montaigne admet fort bien que tout le monde ne soit pas de son avis (PÉRICLÈS), 75.
[B.44] LIVRE TROISIÈME.
CHAPITRE I.
=De ce qui est utile et de ce qui est honnête=, =III=, 79.--La perfidie est si odieuse que les hommes les plus méchants ont parfois refusé de l’employer, même quand ils y avaient intérêt (TIBÈRE et ARMINIUS), 79.--L’imperfection de la nature humaine est si grande que des vices et des passions très blâmables, sont souvent nécessaires à l’existence de la société; c’est ainsi que la justice recourt quelquefois et bien à tort à de fausses promesses, pour obtenir des aveux, 79.--Dans le peu d’affaires politiques auxquelles Montaigne a été mêlé, il a toujours cru devoir se montrer franc et consciencieux (HYPÉRIDE et les ATHÉNIENS, ATTICUS), 81.--Quelque danger qu’il y ait à prendre parti dans les troubles intérieurs, il n’est ni beau, ni honnête de rester neutre (GÉLON tyran de Syracuse, MORVILLERS évêque d’Orléans), 85.--Quel que soit le parti que l’on embrasse, la modération est à observer à l’égard des uns comme vis-à-vis des autres, 87.--Il est des gens qui servent les deux partis à la fois; ils sont à utiliser, tout en se gardant du mal qu’ils peuvent vous faire, 87.--Quant à Montaigne, il disait à tous les choses telles qu’il les pensait, et se contentait de ce qu’on lui communiquait sans chercher à pénétrer les secrets de personne, ne voulant du reste être l’homme lige de qui que ce fût (PHILIPPIDE et LYSIMAQUE), 87.--Cette manière de faire n’est pas celle que l’on pratique d’ordinaire, mais il était peu apte aux affaires publiques qui exigent souvent une dissimulation qui n’est pas dans son caractère, 89.--Il y a une justice naturelle, bien plus parfaite que les justices spéciales à chaque nation, que chacune a créées à son usage et qui autorisent parfois des actes condamnables lorsque le résultat doit en être utile (l’indien DENDAMIS), 91.--La trahison, par exemple, est utile dans quelques cas, elle n’en est pas plus honnête; ceux qui s’y prêtent en sont flétris et on ne saurait vous imposer d’en commettre (deux COMPÉTITEURS au royaume de Thrace, l’empereur TIBÈRE et POMPONIUS FLACCUS, les LACÉDÉMONIENS et ANTIPATER, les ROIS D’ÉGYPTE et leurs juges), 93.--Si elle est excusable, ce n’est qu’opposée à une autre trahison sans que pour cela le traître cesse d’être méprisé; parfois il est puni par ceux-là mêmes qu’il a servis (FABRICIUS et le médecin de Pyrrhus, JAROLEPC duc de Russie, ANTIGONE et les soldats d’EUMÈNE, l’ESCLAVE de Sulpitius, CLOVIS, MAHOMET II, la FILLE DE SÉJAN), 95.--Ceux qui consentent à être les bourreaux de leurs parents et de leurs compagnons encourent la réprobation publique (WITOLDE, prince de Lithuanie), 99.--Les princes sont quelquefois dans la nécessité de manquer à leur parole; ils ne sont excusables que s’ils se sont trouvés dans l’impossibilité absolue d’assurer autrement les intérêts publics dont ils ont charge, 99.--Comment le SÉNAT DE CORINTHE s’en remit à la Fortune, du jugement qu’il avait à porter sur TIMOLÉON qui venait de tuer son propre frère, 101.--Acte inexcusable du SÉNAT ROMAIN revenant sur un traité qu’il avait ratifié, revirement fréquent dans les guerres civiles, 101.--L’intérêt privé ne doit jamais prévaloir sur la foi donnée; ce n’est que si on s’est engagé à quelque chose d’inique ou de criminel, que l’on peut manquer à sa parole, 103.--Chez ÉPAMINONDAS, l’esprit de justice et la délicatesse de sentiments ont toujours été prédominants; son exemple montre qu’ils sont compatibles avec les rigueurs de la guerre et qu’il est des actes qu’un homme ne peut se permettre même pour le service de son roi, non plus que pour le bien de son pays (POMPÉE, CÉSAR, MARIUS, un SOLDAT de Pompée, un AUTRE à une époque un peu postérieure), 103.--En résumé, l’utilité d’une action ne la rend pas honorable, 107.
CHAPITRE II.
=Du repentir=, =III=, 107.--Avant d’entrer en matière, MONTAIGNE jette un regard sur lui-même et expose que, si la peinture qu’il fait de lui dans son ouvrage ne le représente pas constamment avec les mêmes idées, c’est qu’il se peint au jour le jour et que rien n’est stable en ce monde; il change, parce que tout change (DEMADE), 107.--Quoique sa vie n’offre rien de particulier, l’étude qu’il en fait, n’en a pas moins son utilité, étant donné que c’est un homme qu’il dépeint, et non un grammairien, un poète ou un jurisconsulte; que jamais auteur n’a traité un sujet qu’il possédait mieux, et qu’il ne veut que raconter et non enseigner, 109.--Tout vice laisse dans l’âme une plaie qui tourmente sans cesse; une bonne conscience procure, au contraire, une satisfaction durable; c’est ce qui fait que Montaigne se félicite de n’avoir, malgré la contagion de son siècle, causé ni la ruine ni l’affliction de personne, de n’avoir pas attenté publiquement aux lois, ni manqué à sa parole, 111.--Chacun devrait être son propre juge, les autres n’ont qu’une fausse mesure de nous-mêmes; ce n’est pas nous qu’ils voient, mais ce qu’ils croient deviner de nous sous le masque dont nous nous couvrons, 113.--Le repentir est, dit-on, la suite inévitable d’une faute; cela n’est pas exact pour les vices enracinés en nous, 115.--La vie extérieure d’un homme n’est pas sa vie réelle, il n’est lui-même que dans sa vie privée; aussi combien peu font l’admiration de ceux qui vivent constamment dans leur intérieur et même dans leur voisinage immédiat. C’est surtout chez les hommes de condition sociale peu élevée, que la grandeur d’âme se manifeste (BIAS, LIVIUS DRUSUS, AGÉSILAS, MONTAIGNE, ARISTOTE, ALEXANDRE et SOCRATE, TAMERLAN, ÉRASME), 115.--Les inclinations naturelles, les longues habitudes se développent, mais ne se modifient ni ne se surmontent par l’éducation; aussi ceux qui entreprennent de réformer les mœurs, se trompent-ils en croyant y arriver: ils n’en changent que l’apparence, 121.--Les hommes en général, même dans leur repentir, ne s’amendent pas réellement; s’ils cherchent à être autres, c’est parce qu’ils espèrent s’en trouver mieux; pour lui, son jugement a toujours dirigé sa conscience (un PAYSAN de l’Armagnac), 121.--Aussi ne se repent-il aucunement de sa vie passée; dans la gestion de ses propres affaires, il a pu commettre des erreurs importantes: c’est à la fortune, et non à son jugement, qu’il en impute la faute, 125.--Les conseils sont indépendants des événements; lui-même en demandait peu et n’en tenait guère compte; d’autre part, il en donnait rarement. Une fois une affaire finie, il se tourmentait peu de la tournure qu’elle avait prise, lors même qu’elle était contraire à ses désirs ou à ses prévisions (PHOCION), 129.--On ne saurait appeler repentir les changements que l’âge apporte dans notre manière de voir et par suite dans notre conduite; la sagesse des vieillards n’est que de l’impuissance; ils raisonnent autrement, et peut-être moins sensément que dans la vigueur de l’âge (ANTISTHÈNE), 131.--Il faut donc s’observer dans la vieillesse pour éviter, autant que possible, les imperfections qu’elle apporte avec elle (SOCRATE), 133.
CHAPITRE III.