Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 13
=Comment notre esprit se crée à lui-même des difficultés=, =II=, 431.--Le choix de l’homme entre deux choses de même valeur se détermine par si peu, qu’on est amené à en conclure que tout ici-bas est doute et incertitude (PLINE), 431.
CHAPITRE XV.
=Notre désir s’accroît par la difficulté qu’il rencontre à se satisfaire=, =II=, 433.--La difficulté de les obtenir et la crainte de les perdre sont ce qui donne le plus de prix à nos jouissances; les obstacles rendent notamment les plaisirs de l’amour plus piquants; tout ce qui est étranger a pour nous plus d’attrait (JUPITER et DANAÉ, LYCURGUE et les lois de LACÉDÉMONE, la courtisane FLORA), 433.--Les femmes ne se voilent et n’affectent de la pudeur, que pour exciter davantage nos désirs (l’impératrice POPPÉE), 435.--C’est pour réveiller notre zèle religieux, que Dieu permet les troubles qui agitent l’Église, 437.--En interdisant le divorce, on a affaibli les nœuds du mariage, 437.--La sévérité des supplices, loin d’empêcher les crimes, en augmente le nombre; il y a des peuples qui ont existé sans lois répressives (les ARGYPPÉES), 437.--Montaigne, au milieu des guerres civiles, a garanti sa maison de toute invasion, en la laissant ouverte et sans défense, 439.
CHAPITRE XVI.
=De la gloire=, =II=, 441.--En tout, il y a lieu de distinguer le nom et la chose, 442.--A Dieu seul appartient gloire et honneur; l’homme manque de tant d’autres choses qui lui sont autrement nécessaires, qu’il est bien puéril à lui de rechercher celles-là, 441.--Plusieurs philosophes ont prêché le mépris de la gloire laquelle, chez l’homme, est cause de si grands dommages; elle n’est à rechercher que lorsque d’autres avantages plus réels l’accompagnent (CHRYSIPPE, DIOGÈNE, les SIRÈNES et ULYSSE), 443.--Et cependant l’homme est tellement complexe que bien que ce mépris fût un des dogmes fondamentaux de sa doctrine, Épicure lui-même, à son heure dernière, n’a pas été sans se préoccuper du soin de sa réputation, 445.--Selon d’autres philosophes la gloire est désirable pour elle-même; le plus généralement on admet qu’il ne faut ni la rechercher, ni la fuir (CARNÉADE, ARISTOTE), 447.--Erreur de ceux qui ont cru que la vertu n’est désirable que pour la gloire qui l’accompagne (CICÉRON), 447.--S’il en était ainsi, il ne faudrait jamais faire de belles actions que lorsqu’on est remarqué (SEXTUS PEDUCEUS, SEXTILIUS RUFUS, M. CRASSUS et Q. HORTENSIUS), 447.--La vertu serait chose bien frivole, si elle tirait sa recommandation de la gloire, 449.--Quant à Montaigne, toute la gloire qu’il désire, c’est de passer une vie tranquille, telle qu’il la conçoit, 449.--C’est le hasard qui donne la gloire: que de belles actions demeurent inconnues (CÉSAR, ALEXANDRE), 449.--La vertu est à rechercher pour elle-même, indépendamment de l’approbation des hommes, 451.--Le jugement des foules est méprisable; le sage ne doit pas attacher de prix à l’opinion des fous (DÉMÉTRIUS, CICÉRON), 453.--Quand on ne suivrait pas le droit chemin uniquement parce qu’il est droit, il faudrait encore le suivre pour son propre avantage, les choses honnêtes étant ordinairement celles qui profitent le plus (PAUL ÉMILE, FABIUS), 453.--On fait trop cas de la louange et de la réputation, d’ailleurs on n’est jamais jugé que sur des apparences; aussi notre juge le plus sûr, c’est nous-mêmes, 455.--Certains vont jusqu’à vouloir que leurs noms soient connus à tout prix, même par des crimes (ÉROSTRATE, MANLIUS CAPITOLINUS), 457.--Qu’est-ce pourtant que la gloire attachée à un nom? n’est-il pas des noms communs à plusieurs familles, témoin celui de MONTAIGNE? 457.--Peu d’hommes, sur un très grand nombre, jouissent de la gloire à laquelle ils pourraient prétendre (les GRECS, les ROMAINS, les LACÉDÉMONIENS), 459.--Les écrits qui relatent leurs actions, le souvenir qui s’en conserve sont eux-mêmes de bien courte durée, 459.--A quel degré ne faut-il pas atteindre pour que notre mémoire se perpétue! dans de telles conditions, et la vertu portant elle-même sa récompense, est-ce la peine de sacrifier à la gloire? 461.--On peut cependant arguer en sa faveur qu’elle est un stimulant pour les hommes; qu’elle les porte quelquefois à la vertu, parce que redoutant le blâme de la postérité, ils recherchent son estime (TRAJAN, NÉRON, PLATON), 461.--Un semblable mobile équivaut à avoir recours à la fausse monnaie quand la bonne ne suffit pas; cela a été le cas de tous les législateurs (NUMA, SERTORIUS, ZOROASTRE, TRISMÉGISTE, ZAMOLXIS, CHARONDAS, MINOS, LYCURGUE, DRACON et SOLON, MOÏSE, la religion des BÉDOUINS), 463.--Quant aux femmes, elles ont tort d’appeler honneur ce qui est leur devoir; celles qui ne sont retenues que par la crainte de perdre leur honneur, sont bien près de céder, 463.
CHAPITRE XVII.
=De la présomption=, =II=, 465.--La présomption nous fait concevoir une trop haute idée de notre mérite, elle nous représente à nous-mêmes autres que nous ne sommes; mais, pour fuir ce défaut, il ne faut pas tomber dans l’excès contraire et, par une excessive modestie, s’apprécier moins qu’on ne vaut; en toutes choses, il faut être vrai et sincère, 465.--Se peindre soi-même est le moyen de se faire connaître pour qui mène une vie obscure; c’est ce qui, contrairement aux conventions mondaines, a déterminé MONTAIGNE à parler de lui-même et l’incite à continuer (LUCILIUS), 462.--Remontant à son enfance, il remarque, qu’ainsi qu’il arrive souvent, il avait des gestes habituels qui, chez lui, pouvaient indiquer de la fierté; on ne saurait en inférer qu’il soit réellement atteint de ce défaut (ALEXANDRE, ALCIBIADE, JULES CÉSAR, CICÉRON, CONSTANTIN), 467.--Il ne trouve bien rien de ce qu’il fait, et estime toujours moins les choses qu’il possède que celles qui appartiennent aux autres, 469.--La trop bonne opinion que l’homme a de lui-même, semble à Montaigne être la cause des plus grandes erreurs, 471.--Il sait le peu qu’il vaut, il a toujours été peu satisfait de ce que son esprit a produit, surtout lorsqu’il s’est essayé dans la poésie que cependant il aime, 471.--Accueil fait aux jeux olympiques à celle de DENYS L’ANCIEN, 473.--Opinion que Montaigne a de ses propres ouvrages; il a grand’peine à rendre ses idées et ne s’entend nullement à faire valoir les sujets qu’il traite (CICÉRON, XÉNOPHON, PLATON), 475.--Son style est embarrassé, sa nature primesautière s’accommode mieux de parler que d’écrire; sa prononciation est altérée par le patois de son pays; avec l’âge, il a perdu l’habitude qu’il avait, étant enfant, de s’exprimer et d’écrire en latin (SALLUSTE, CÉSAR, SÉNÈQUE, PLUTARQUE, MESSALA), 477.--De quel prix est la beauté corporelle? c’est elle qui, la première, a mis de la différence entre les hommes, 479.--Montaigne était d’une taille au-dessous de la moyenne. A l’encontre de ce qui est pour la femme, chez l’homme une taille élevée est la condition essentielle et presque unique de la beauté (C. MARIUS, les ÉTHIOPIENS, les INDIENS, JÉSUS-CHRIST, PLATON, PHILOPŒMEN), 481.--Généralement maladroit aux exercices du corps, il était cependant vigoureux et résistant, quand les fatigues auxquelles il se livrait provenaient de sa propre volonté, 483.--Son état de fortune à sa naissance lui assurait l’indépendance, il s’en est tenu là, 485.--Sa nonchalance est telle, qu’il préfère ignorer les préjudices qu’il peut en éprouver que d’avoir à s’en préoccuper, 487.--Toute réflexion, toute délibération lui sont pénibles, bien qu’une fois sa détermination prise, la résolution ne lui fasse pas défaut, 487.--L’incertitude du succès l’a dégoûté de l’ambition, qu’il n’admet que chez ceux qui sont dans l’obligation de chercher fortune pour se maintenir dans la condition où ils sont nés (le chancelier OLIVIER), 489.--Son siècle, par sa dépravation, ne convient nullement à son humeur, 491.--On n’y connaît pas la franchise, la loyauté et, lui, abhorre la dissimulation (ARISTOTE, APPOLLONIUS), 493.--La fourberie finit presque toujours par avoir de mauvais résultats; il est plus nuisible qu’utile pour les princes d’y avoir recours (METELLUS MACEDONICUS, LOUIS XI, TIBÈRE, SOLIMAN), 495.--Montaigne, ennemi de toute contrainte et de toute obligation, apportait dans ses relations avec les grands une entière liberté de langage (ARISTIPPE), 493.--L’infidélité de sa mémoire lui rendait impossible de prononcer des discours de longue haleine, 497.--Il était tellement rebelle à toute pression, que sa volonté elle-même était parfois impuissante à obtenir obéissance de lui-même (un ARCHER), 497.--Son peu de mémoire qui se révélait en maintes occasions, le mettait notamment hors d’état de démêler dans ce qui lui venait à l’esprit, ce qui lui était propre de ce qui était une réminiscence de ses lectures (MESSALA CORVINUS, GEORGES TRAPEZUNCE), 499.--Il avait l’esprit lent et obtus, mais ce qu’il avait une fois compris il le retenait bien (PLINE LE JEUNE), 501.--Son ignorance à propos des choses les plus communes, 503.--Il était foncièrement irrésolu, trouvant tour à tour également bonnes les raisons alléguées pour ou contre, ce qui le portait dans les cas douteux à suivre les autres ou à s’en rapporter au hasard, plus qu’à se décider par lui-même (RENÉ DE LORRAINE, CHRYSIPPE, MATHIAS, SOCRATE), 505.--Par la même raison, il est peu favorable aux changements politiques, parce qu’on n’est jamais sûr des institutions nouvelles qu’on veut substituer à celles existant depuis longtemps déjà (MACHIAVEL), 507.--Sur quoi est fondée l’estime que Montaigne a de lui-même; il croit à son bon sens, du reste personne au monde ne s’imagine en manquer, 509.--C’est ce qui fait que les ouvrages uniquement inspirés par le bon sens, attirent si peu de réputation à leurs auteurs; chacun se croit capable d’en faire autant, 511.--Montaigne estime que ses opinions sont saines; il en voit une preuve dans le peu de cas qu’il n’a jamais cessé de faire de lui-même malgré la profonde affection qu’il se porte, 511.--Les autres regardent en avant d’eux; lui ne regarde que lui-même, s’examine, se contrôle et exerce ainsi constamment son jugement, 513.--Il estime peu son époque; peut-être ce sentiment provient-il en partie de son commerce continu avec l’antiquité autrement riche à tous égards, 513.--C’est toujours avec plaisir qu’il loue le mérite partout où il le constate, chez ses amis et même chez ses ennemis (les PERSES), 515.--Les hommes complets sont rares; éloge de son ami Étienne de la Boétie, 515.--Les gens de lettres sont vains et faibles d’entendement; peut-être exige-t-on trop d’eux et est-on, envers eux, moins porté à l’indulgence, 515.--Mauvaise direction imprimée à l’éducation qui se borne, en fait de morale, à des définitions, au lieu de nous en inculquer les principes, 517.--Effets d’une bonne éducation; elle modifie le jugement et les mœurs. Les mœurs du peuple, en leur simplicité, sont plus réglées que celles des philosophes de ce temps, 517.--Hommes de guerre, hommes politiques, poètes et autres qui, seuls, parmi ceux de son siècle, semblent à Montaigne mériter une mention spéciale (le duc DE GUISE, le maréchal STROZZI, les chanceliers OLIVIER et L’HOSPITAL, DAURAT, THÉODORE DE BÈZE, BUCHANAN, MONT-DORÉ, TURNEBUS, RONSARD, DU BELLAY, le duc d’ALBE, le connétable DE MONTMORENCY, M. DE LA NOUE), 519.--Éloge de MARIE DE GOURNAY, sa fille d’alliance, 519.--En ces temps de guerre civile continue, la vaillance, en France, a atteint presque à la perfection et y est devenue une vertu commune, 521.
CHAPITRE XVIII.
=Du fait de donner ou recevoir des démentis=, =II=, 521.--Si, dans son livre, Montaigne parle aussi souvent de lui-même, dont la vie n’offre rien de remarquable, c’est pour laisser un souvenir de lui à ses amis (CÉSAR, XÉNOPHON, ALEXANDRE, AUGUSTE, CATON, SYLLA, BRUTUS), 521.--Mais alors même que personne ne le lirait, il n’en aurait pas moins employé, d’une manière agréable, à s’étudier et à se peindre, une grande partie de sa vie; que lui importe le reste, 525.--Son siècle est si corrompu que l’on ne se fait plus scrupule de parler contre la vérité, défaut imputé à bien des époques aux Français (PINDARE, PLATON, SALVINUS MASSILIENSIS), 527.--Et cependant rien ne les offense plus que de leur en faire reproche, probablement parce que les reproches mérités blessent plus que les accusations non fondées; et aussi, parce que mentir est une lâcheté (LYSANDRE), 527.--Le mensonge est un dissolvant de la société; il est en abomination chez certains peuples de l’Amérique récemment découverte, 529.--Les Grecs et les Romains, moins délicats que nous sur ce point, ne s’offensaient pas de recevoir des démentis (CÉSAR), 529.
CHAPITRE XIX.
=De la liberté de conscience=, =II=, 529.--Le zèle religieux est souvent excessif et conséquemment injuste, 529.--C’est à ce zèle outré des premiers chrétiens qu’il faut attribuer la perte d’un grand nombre d’ouvrages de l’antiquité (l’empereur TACITE et CORNELIUS TACITE), 531.--Leur intérêt les a aussi portés à louer de très mauvais empereurs favorables au christianisme, et à en calomnier de bons qui lui étaient contraires; du nombre de ces derniers est JULIEN, surnommé l’Apostat, qui était un homme de premier ordre; sa continence, sa justice (ALEXANDRE, SCIPION), 531.--Appréciation portée sur lui par deux historiens chrétiens ses contemporains, AMMIEN MARCELLIN et EUTROPE, 533.--Sa sobriété, son application au travail, son habileté dans l’art militaire (ALEXANDRE LE GRAND), 533.--Sa mort a quelque similitude avec celle d’Épaminondas, 535.--On l’a surnommé l’Apostat; c’est un surnom qu’il ne mérite pas, n’ayant vraisemblablement jamais été chrétien par le cœur. Il était excessivement superstitieux; l’exclamation qu’on lui prête, lorsqu’il se sentit frappé à mort, ne semble pas avoir été dite (MARCUS BRUTUS), 535.--Il voulait rétablir le paganisme et détruire les chrétiens en entretenant leurs divisions par une tolérance générale, 525.--Nos rois, probablement par impuissance, suivent le même système à l’égard des catholiques et des protestants, 537.
CHAPITRE XX.
=Nous ne goûtons rien qui ne soit sans mélange=, =II=, 537.--Les hommes ne sauraient goûter de plaisirs sans mélange; toujours quelque amertume se joint à la volupté; il semble que, sans cet ingrédient, on ne saurait la supporter (ARISTON, PYRRHON, ÉPICHARME, SOCRATE, MÉTRODORE, ATTALE), 537.--Au moral, il en est de même; point de bonheur sans quelque teinte de vice, point de justice sans quelque mélange d’injustice (PLATON), 541.--Dans la société même, les esprits les plus parfaits ne sont pas les plus propres aux affaires; tel homme du plus grand sens ne sait pas conduire sa maison, tel qui connaît l’économie publique laisse glisser en ses mains toute une fortune (SIMONIDE et le roi HIÉRON), 541.
CHAPITRE XXI.
=Contre la fainéantise=, =II=, 543.--C’est un devoir pour un prince de mourir debout, c’est-à-dire sans cesse occupé des affaires de l’État; pourquoi des sujets se sacrifieraient-ils au service et aux intérêts d’un souverain dont l’âme est avilie par l’oisiveté (les empereurs VESPASIEN et ADRIEN)? 543.--Il est naturel qu’un prince commande ses armées; les succès qu’il remporte sont plus complets et sa gloire plus justifiée (SÉLIM I, BAJAZET II, AMURAT III et CHARLES V; les rois de CASTILLE et de PORTUGAL), 545.--A l’activité les princes doivent joindre la sobriété (l’empereur JULIEN, la JEUNESSE LACÉDÉMONIENNE et la JEUNESSE PERSANE, les ANCIENS ROMAINS), 545.--Le désir de mourir bravement et utilement est très louable, mais cela n’est pas toujours en notre pouvoir (les LÉGIONS ROMAINES de M. Fabius, quelques SOLDATS INDIENS, PHILISTUS), 547.--Bel exemple de vertus guerrières donné par MOULEY-MOLUCH, roi de Fez, dans un combat où il expire vainqueur des Portugais, 547.--Tranquillité d’âme de CATON, résolu à la mort et sur le point de se la donner, 551.
CHAPITRE XXII.
=Des postes=, =II=, 551.--Montaigne, petit et trapu, courait volontiers la poste dans sa jeunesse, 551.--L’usage de disposer à demeure des chevaux de relais, de distance en distance, a été établi par CYRUS, roi de Perse; les ROMAINS ont agi de même (VIBULLIUS RUFUS, CÉSAR, TIBERIUS NÉRON, SEMPRONIUS GRACCHUS), 553.--Emploi d’hirondelles, de pigeons pour faire parvenir rapidement des nouvelles (CECINA, D. BRUTUS), 553.--Au PÉROU, c’était avec des porteurs que se courait la poste; mesure prise en TURQUIE pour assurer le service des courriers, 553.
CHAPITRE XXIII.
=Des mauvais moyens employés à bonne fin=, =II=, 553.--Les états politiques sont sujets aux mêmes vicissitudes et accidents que le corps humain; lorsque leur population s’accroît outre mesure, on recourt aux émigrations, à la guerre, etc. (les anciens FRANCS, les GAULOIS et BRENNUS, les GOTHS, les VANDALES, les TURCS, les ROMAINS, ÉDOUARD III roi d’Angleterre, PHILIPPE DE VALOIS), 553.--La faiblesse de notre condition nous réduit à recourir parfois, dans un bon but, à de mauvais moyens (LYCURGUE, CONDAMNÉS A MORT livrés vivants au scalpel des médecins), 557.--Les spectacles de GLADIATEURS avaient été inventés pour inspirer au peuple romain le mépris de la mort (l’empereur THÉODOSE), 557.
CHAPITRE XXIV.
=De la grandeur romaine=, =II=, 559.--Montaigne ne veut dire qu’un mot de la grandeur des Romains, à laquelle il ne trouve rien de comparable. N’étant encore que simple citoyen romain, CÉSAR donne, vend, propose des trônes (CÉSAR et CICÉRON, M. FURIUS, le roi DÉJOTARUS et un GENTILHOMME DE PERGAME, le roi PTOLÉMÉE), 559.--Une lettre du sénat romain suffit pour faire abandonner ses conquêtes à un roi puissant (POPILIUS et le roi ANTIOCHUS), 561.--Les Romains rendaient leurs royaumes aux rois qu’ils avaient vaincus, pour faire de ceux-ci des instruments de servitude (AUGUSTE, le roi breton COGIDUNUS, SOLIMAN), 562.
CHAPITRE XXV.
=Se garder de contrefaire le malade=, =II=, 563.--Exemples de personnes devenues soit goutteuses, soit borgnes après avoir feint de l’être pendant quelque temps (CELIUS, un HOMME cité par Appien), 563.--Réflexion de Montaigne sur un vœu formé par quelques gentilshommes anglais, 565.--Il faut empêcher les enfants de contrefaire les défauts physiques qu’ils aperçoivent chez les autres, de peur qu’ils ne les contractent eux-mêmes, 565.--Exemple d’un homme devenu aveugle en dormant, 565.--Une folle habitant la maison de Sénèque, devenue aveugle, croyait que c’était la maison qui était devenue obscure; réflexion de ce philosophe sur ce que les hommes ressemblent à cette folle, attribuant toujours leurs vices à d’autres causes qu’à eux-mêmes, 565.
CHAPITRE XXVI.
=Du pouce=, =II=, 567.--Usage chez certains rois barbares de cimenter leurs alliances en entrelaçant leurs pouces, les piquant, et suçant le sang l’un de l’autre, 567.--Étymologie du mot pouce, 567.--Coutume des Romains d’abaisser ou d’élever le pouce pour applaudir ou pour ordonner la mort des gladiateurs, 567.--La mutilation du pouce chez les anciens dispensait du service militaire (les ROMAINS, AUGUSTE, C. VATIENUS, PHILOCLÈS, les ATHÉNIENS et les ÉGINÈTES, les LACÉDÉMONIENS), 569.
CHAPITRE XXVII.
=La poltronnerie est mère de la cruauté=, =II=, 569.--Vérité de l’adage qui fait le titre de ce chapitre; le vrai brave pardonne à l’ennemi qu’il a vaincu, le lâche l’injurie et le frappe même lorsqu’il est réduit à l’impuissance (ALEXANDRE tyran de Phères), 569.--Tuer son ennemi quand il est abattu, c’est se priver de la vengeance; mieux vaudrait le conserver à la vie, pour jouir de sa honte. Celui qui succombe n’est pas du reste le plus à plaindre; le repos lui est acquis, tandis que le survivant est obligé de fuir, de se cacher (BIAS, LYSISCUS, coutume du royaume de NARSINGUE), 571.--Une chose inexcusable c’est d’attendre la mort d’un ennemi pour publier des invectives contre lui (ASINIUS POLLION et PLANCUS, ARISTOTE), 573.--Les duels dérivent d’un sentiment de lâcheté, de la crainte que notre adversaire ne renouvelle ses offenses; l’usage de s’y faire accompagner de tenants dans les querelles particulières part de ce même sentiment, la peur de se voir abandonné à soi-même devant le danger; devoirs des tenants en pareille occurrence (le duc D’ORLÉANS et le roi HENRY d’ANGLETERRE, les ARGIENS et les LACÉDÉMONIENS, les HORACES et les CURIACES, un frère de MONTAIGNE), 573.--S’il est vrai que, seul, le courage doive être honoré, l’art de l’escrime est à flétrir, puisqu’il ne procure la victoire qu’à force de feintes et de ruses; de plus, il porte à violer les lois (le consul P. RUTILIUS, CÉSAR à Pharsale), 577.--D’ailleurs, à la guerre, cet art est inutile et parfois dangereux (PHILOPŒMEN, PLATON), 579.--Les gens sanguinaires et cruels sont généralement lâches, et un premier acte de cruauté en amène nécessairement d’autres (l’empereur MAURICE et PHOCAS; PHILIPPE roi de Macédoine, THÉOXÈNE et PORIS), 581.--Les tyrans s’ingénient à prolonger les tourments de leurs victimes; mais leur intention est souvent trompée, les tortures violentes tuant, et celles qui sont tolérables ne suffisant pas à leur rage, 583.--Dans les exécutions ordinaires de la justice tout ce qui outrepasse la mort simple, est cruauté (JUIFS crucifiés), 583.--Détails de quelques supplices atroces; Montaigne pense que les plus hideux à voir, ne sont pas toujours ceux qui causent le plus de douleur aux malheureux qui ont à les subir (l’empereur MECHMET en ÉPIRE, CRÉSUS; GEORGES SÉCHEL, chef des paysans polonais révoltés), 585.
CHAPITRE XXVIII.
=Chaque chose en son temps=, =II=, 587.--Ce furent deux grands hommes que CATON LE CENSEUR et CATON D’UTIQUE; mais celui-ci l’emporte de beaucoup sur le premier, 587.--Dans sa vieillesse, CATON LE CENSEUR s’avisa d’apprendre le grec; c’est un ridicule, toutes choses doivent être faites en leur temps (Q. FLAMINIUS, EUDÉMONIDAS et XÉNOCRATE, PHILOPŒMEN et le roi PTOLÉMÉE), 587.--Nos désirs devraient être amortis par l’âge, mais nos goûts et nos passions survivent à la perte de nos facultés; quant à lui, MONTAIGNE, il ne pense qu’à sa fin et ne forme pas de projets dont l’exécution nécessiterait plus d’une année, 589.--Sans doute un vieillard peut encore étudier, mais ses études doivent être conformes à son âge, elles doivent lui servir à quitter le monde avec moins de regrets (CATON D’UTIQUE), 589.
CHAPITRE XXIX.
=De la vertu=, =II=, 591.--Par le mot vertu, il faut entendre ici la force d’âme. Ce n’est pas en des élans impétueux mais passagers que consiste ce genre de vertu; elle demande de la persévérance, un caractère solide et constant, et se rencontre rarement, 591.--Bien qu’il la possédât à un haut degré, PYRRHON essaya vainement de toujours mettre sa vie en conformité avec sa doctrine; c’est que ce n’est pas tout de témoigner de la fermeté d’âme dans une circonstance donnée, le difficile est de se montrer tel dans toutes ses actions, 591.--Traits de courage amenés par une soudaine résolution (un PAYSAN et un GENTILHOMME du pays de Montaigne, une FEMME de Bergerac), 593.--Autres exemples, ceux-là suite de déterminations, de projets arrêtés longtemps à l’avance; ces actions fortes et courageuses longuement préméditées sont, en général, le fruit de préjugés absurdes ou de fausses doctrines (les FEMMES HINDOUES, les GYMNOSOPHISTES, CALANUS), 595.--Le dogme de la fatalité, souvent mis en avant mais facile à réfuter, est fréquemment exploité pour surexciter les esprits; c’est lui qui inspire tant d’audace aux TURCS (les BÉDOUINS, deux MOINES de Florence, un JEUNE TURC, HENRY DE NAVARRE), 597.--Quant aux assassins, la plupart du temps ce sont les passions religieuses ou politiques qui arment leur bras (les assassins du PRINCE D’ORANGE et du DUC DE GUISE, la secte des ASSASSINS), 601.
CHAPITRE XXX.
=A propos d’un enfant monstrueux=, =II=, 605.--Description d’un enfant et d’un pâtre monstrueux; ce qui nous paraît tel, ne l’est pas pour la nature, 605.
CHAPITRE XXXI.