Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 11
=De l’affection des pères pour leurs enfants=, =II=, 19.--Comment Montaigne a été amené à écrire et à faire de lui-même le sujet de ses Essais, et pourquoi il consacre ce chapitre à Madame d’Estissac, 19.--L’affection des pères pour les enfants est plus grande que celle des enfants pour leurs pères, ce qui tient à ce que tout auteur s’attache à son œuvre et que, toujours, celui qui donne aime plus que celui qui reçoit, 21.--Il ne faut pas trop se laisser influencer par les penchants que l’on nomme naturels; on ne doit d’amitié aux enfants que s’ils s’en rendent dignes; et c’est une faute qui se produit fréquemment, d’être plus généreux envers les enfants lorsqu’ils sont très jeunes, que lorsque à un âge plus avancé leurs besoins se sont accrus; il semble qu’alors on les jalouse, 21.--Il faudrait, au contraire, partager de bonne heure ses biens avec eux; cela leur permettrait de s’établir plus tôt et dans de meilleures conditions, et ne les inciterait pas, comme il arrive parfois, à commettre par besoin des actions viles, des vols par exemple, auxquelles ils s’habituent (un GENTILHOMME adonné au vol), 23.--Mauvaise excuse des pères qui thésaurisent pour conserver le respect de leurs enfants; c’est par leur vertu et leur capacité seules qu’ils peuvent se rendre respectables, 25.--Trop de rigueur dans l’éducation forme des âmes serviles (MONTAIGNE, LÉONORE sa fille), 27.--Il ne faut pas se marier trop jeune; l’âge le plus favorable au mariage semble être de trente à trente-cinq ans, cette règle ne s’appliquant pas toutefois aux classes inférieures de la société où tout homme vivant du travail de ses mains a intérêt à avoir beaucoup d’enfants (ARISTOTE, PLATON, THALÈS, les GAULOIS, un ROI DE TUNIS, les ATHLÈTES en Grèce, coutume dans les INDES), 27.--Un père ne doit pas se dépouiller trop jeune en faveur de ses enfants, 29.--Celui qu’accablent les ans et les infirmités ne devrait garder pour lui que le nécessaire (l’empereur CHARLES-QUINT), 29.--Mais peu de gens savent se retirer à temps quand l’âge les gagne, 31.--En faisant l’abandon de l’usufruit de son superflu à ses enfants un père doit se réserver la faculté de les surveiller, de vivre avec eux et même de reprendre ses biens s’il a des motifs de plainte (singularité d’un DOYEN de S.-Hilaire de Poitiers), 31.--Appeler les parents des noms de père et de mère, ne devrait pas être interdit aux enfants; on se trompe quand on croit se rendre plus respectable à eux par la morgue et la hauteur; il vaut mieux s’en faire aimer que s’en faire craindre, 33.--Exemple d’un vieillard qui, voulant se faire craindre, était joué par tout son entourage, 35.--Quand les vieillards sont chagrins, grondeurs, avares, toute leur maison: femme, enfants, domestiques, se ligue contre eux pour les tromper (CATON), 37.--Profitons pour nous diriger à ce moment de la vie, des exemples que nous voyons autour de nous, 39.--Un père regrette parfois de s’être montré trop grave, trop peu bienveillant pour ses enfants (le maréchal DE MONTLUC), 39.--Dans la vieillesse c’est surtout un ami qu’il faudrait; l’amitié est préférable à toutes les liaisons de famille, 41.--C’est un tort de laisser à sa veuve les biens dont les enfants devraient jouir. Ce n’est pas non plus toujours une bonne affaire que d’épouser une femme ayant une belle dot, quoique une femme pauvre ne soit pas par cela même plus maniable, aucune considération ne modifiant sur ce point le caractère de la femme, 41.--Un mari ne doit attribuer à sa veuve que ce qu’il lui faut pour se maintenir dans le rang qu’elle a dans la société; on ne doit la laisser maîtresse de disposer de la fortune de ses enfants que durant le temps de leur minorité, 43.--Pour la répartition des biens qu’on laisse en mourant, le mieux est de s’en rapporter aux lois admises dans le pays; les testaments sont presque toujours injustes, 43.--Les substitutions en vue d’éterniser notre nom sont ridicules. On fait fréquemment erreur en déshéritant des enfants dont l’extérieur ne pronostique pas un avenir avantageux; dans son enfance, Montaigne était lourdaud et peu dégourdi, 45.--Raisons données par Platon pour que les questions d’héritage soient réglées par les lois, 45;--Revenons aux femmes: Il ne faut pas leur laisser le droit de partager les biens que les enfants tiennent de leur père, la mobilité et la faiblesse de leur jugement ne leur permettant pas de faire de bons choix; le plus souvent ce sont ceux qui le méritent le moins, qu’elles affectionnent le plus, 47.--On compte en vain sur ce qu’on appelle la tendresse maternelle; en ont-elles celles qui confient à des étrangères, et souvent aux mamelles des animaux, les enfants qu’elles devraient allaiter? 47.--Les hommes chérissent les productions de leur esprit bien plus que leurs propres enfants, et en effet c’est bien plus exclusivement leur ouvrage (LABIENUS, CASSIUS SEVERUS, CREMUTIUS CORDUS, LUCAIN, ÉPICURE, S. AUGUSTIN, MONTAIGNE, ÉPAMINONDAS, ALEXANDRE et CÉSAR, PHYDIAS, PYGMALION), 49.
CHAPITRE IX.
=Des armes des Parthes=, =II=, 55.--Mauvaise habitude, aux armées, de la noblesse de nos jours de ne s’armer qu’au dernier moment, 55.--Nos armes actuelles sont plus incommodes par leur poids qu’elles ne sont propres à la défense (ALEXANDRE LE GRAND, les anciens GAULOIS, LUCULLUS et les MÈDES), 55.--On est plus vigilant, quand on se sent moins protégé (SCIPION ÉMILIEN), 57.--C’est le défaut d’habitude qui nous fait paraître nos armes si pesantes; poids énorme porté par les soldats romains (CARACALLA, les SOLDATS DE MARIUS, SCIPION ÉMILIEN en Espagne), 57.--Ressemblance des armes des PARTHES avec celles dont nous faisons usage nous-mêmes aujourd’hui (DÉMÉTRIUS et ALCINUS), 57.
CHAPITRE X.
=Des livres=, =II=, 61.--En écrivant ses Essais, Montaigne n’a pas de plan arrêté, il donne libre cours à sa fantaisie; il sait combien il est ignorant, aussi, tout en disant sur chaque chose ce qu’il juge à propos, peu lui importe les erreurs que l’on pourra relever, 61.--Double motif qu’il a pour ne pas nommer les auteurs auxquels il emprunte des idées, voire même des passages entiers et dont il donne des citations; il veut orner son ouvrage et rire de la critique que l’on fera peut-être en lui, et sans s’en douter, des auteurs de l’antiquité auxquels il fait des emprunts, 61.--Il renouvelle l’aveu de son ignorance, mais la science coûte trop à acquérir et il préfère passer doucement la vie; aussi, ne lit-il que les auteurs qui l’amusent et ceux qui lui apprennent à bien vivre et à bien mourir, 63.--Parmi les auteurs des temps modernes simplement amusants, Montaigne n’apprécie guère que BOCCACE, RABELAIS et JEAN SECOND; il a toujours trouvé insipides les romans des AMADIS et, l’âge ayant modifié ses goûts, ARIOSTE et même Ovide qui dans son enfance lui plaisait tant, n’ont plus d’attrait pour lui, 65.--Il regrette d’avoir à confesser qu’il n’apprécie pas l’AXIOCHE de PLATON, c’est probablement un effet de son ignorance, 65.--Les fables d’Ésope renferment généralement un sens plus profond que celui qui ressort à première vue, 67.--Parmi les poètes latins, les premiers pour lui, sont: VIRGILE, surtout par ses GÉORGIQUES et le cinquième livre de l’ÉNÉIDE; LUCRÈCE, CATULLE et HORACE; il prise aussi LUCAIN, mais plus pour ses pensées que pour son style, 67.--Combien TÉRENCE est au-dessus de PLAUTE; quelle élégance, quelle grâce inimitable, un rien lui suffit pour provoquer l’intérêt; quelle différence sous ce rapport entre eux et les poètes comiques de nos jours! 67.--Les bons poètes ont toujours évité l’affectation et la recherche: c’est ce qui fait que les épigrammes de CATULLE sont si supérieures dans leur simplicité, aux satires de MARTIAL dont les pointes sont aiguisées avec tant de soin, 69.--Comme les bons plaisants, les bons poètes n’ont pas non plus besoin de déguisements, d’ornements superflus pour exciter l’intérêt: Que l’on compare VIRGILE et ARIOSTE: le premier fend l’air d’un vol hardi, le second ne fait que voleter de branche en branche, 71.--D’entre les ouvrages sérieux, PLUTARQUE et SÉNÈQUE sont ceux que préfère Montaigne; comparaison entre ces deux auteurs, 71.--Quant à Cicéron, ce que Montaigne apprécie le plus en lui, ce sont ses ouvrages philosophiques; mais il l’ennuie par ses longs préambules et ses éternelles définitions, il arrive trop tard au sujet. On peut en dire autant de PLATON dont la forme dialoguée alourdit le style, ce n’est point ainsi qu’écrivent PLINE et quelques autres, 73.--Les lettres de CICÉRON à Atticus sont d’un grand intérêt par les particularités qu’elles contiennent sur les mœurs et le caractère de l’auteur qui, bon citoyen, avait peu d’énergie, était dévoré d’ambition et de vanité et avait la faiblesse de se croire un grand poète (BRUTUS), 75.--Son éloquence hors de pair, a trouvé cependant des censeurs; on lui a reproché ses trop longues périodes et les mots à effet par lesquels il les termine si souvent (CICÉRON LE JEUNE et CESTIUS), 75.--De tous les auteurs de divers genres, les historiens sont ceux que Montaigne affectionne le plus, parce qu’ils font connaître l’homme en général; et, parmi les historiens ceux qui, tels que PLUTARQUE et DIOGÈNE LAERCE, ont écrit la vie de grands personnages, 77.--Éloge des COMMENTAIRES DE CÉSAR, 77.--Les meilleurs historiens, sont ceux, assez rares du reste, qui, ayant le génie de l’histoire, s’imposent par leur valeur, et ceux qui l’écrivent avec simplicité et bonne foi; les autres nous induisent en erreur par leurs relations tronquées ou altérées et leurs jugements erronés (FROISSART), 79.--Les bonnes histoires sont surtout celles faites par des hommes ayant pris part aux événements qu’ils racontent; difficulté de fixer, même dans ce cas, les détails de certains faits (ASINIUS POLLIO et les COMMENTAIRES DE CÉSAR, BODIN), 81.--Jugements de Montaigne sur GUICHARDIN, PHILIPPE DE COMINES, GUILLAUME et MARTIN DU BELLAY; ces deux derniers paraissent avoir eu pour but de faire le panégyrique de François Ier, plutôt que d’écrire des mémoires (Sire DE JOINVILLE, ÉGINHARD), 81.
CHAPITRE XI.
=De la cruauté=, =II=, 85.--La bonté a l’apparence de la vertu; mais celle-ci lui est supérieure en ce qu’elle suppose une lutte perpétuelle contre les passions (les STOÏCIENS, ÉPICURIENS et ARCÉSILAS), 85.--C’est par les combats qu’elle livre, que la vertu se perfectionne (ÉPAMINONDAS, SOCRATE, METELLUS), 87.--Dans les âmes touchant à la perfection, la vertu est facile à pratiquer parce qu’elle y est à l’état d’habitude (SOCRATE), 89.--Combien est belle la mort de CATON D’UTIQUE, étant donnés ses circonstances et son mobile, 91.--L’espèce de gaîté qui accompagne la mort de SOCRATE met encore celle-ci au-dessus de celle de CATON (ARISTIPPE), 93.--La vertu comporte divers degrés: résister au vice d’une façon continue et en triompher, est plus beau que de réagir après y avoir cédé de prime abord; et cette réaction elle-même est plus méritoire que de ne pas s’abandonner à mal faire par nonchalance de tempérament, 93.--Certaines vertus nous sont attribuées qui ne proviennent que de la faiblesse de nos facultés, ce dont il y a lieu de tenir compte avant de porter un jugement sur nos actes (appréciation sur la bravoure chez les ITALIENS, les ESPAGNOLS, les FRANÇAIS, les ALLEMANDS et les SUISSES), 93.--Montaigne déclare qu’il a dû à son tempérament, plus qu’aux efforts qu’il a faits pour leur résister, de ne pas céder à ses passions, et qu’il était plus réglé dans ses mœurs que dans ses pensées et ses propos, ainsi que cela arrive chez bien d’autres (ARISTIPPE, ÉPICURE), 95.--Il estime, contrairement à ce qu’en pensent les STOÏCIENS, que, pour être adonné à un vice, on n’est pas nécessairement sujet à tous les autres (SOCRATE, STILPON), 99.--Il est possible à l’homme, quoique le contraire ait été soutenu, de demeurer maître de ses pensées et de sa volonté sous les caresses les plus ardentes de la femme la plus désirée, plus encore que sous l’excitation de la chasse pour qui a cette passion, 101.--Sensibilité de MONTAIGNE; son horreur pour tout ce qui est cruauté (JULES CÉSAR), 101.--Même à l’égard des criminels, la peine de mort devrait être appliquée sans aggravation de tourments barbares qui n’ajoutent rien à son effet (un SOLDAT prisonnier), 103.--Ces barbaries devraient, tout au plus, s’exercer sur les corps inanimés des suppliciés; d’autant qu’il est à remarquer que mutiler les cadavres, produit une grande impression sur le peuple. Aujourd’hui, au contraire, on en est arrivé à tuer et à torturer les gens uniquement pour le plaisir de leurs souffrances (le voleur CATENA, ARTAXERXÈS, les ÉGYPTIENS), 103.--Humanité de MONTAIGNE vis-à-vis des bêtes, 105.--Le dogme de l’immortalité de l’âme a conduit au système de la métempsycose auquel, pour sa part, Montaigne ne croit guère (PYTHAGORE, les ÉGYPTIENS, les anciens GAULOIS), 107.--Chez certains peuples, certains animaux étaient divinisés; c’était un hommage rendu, soit aux services que nous en retirons, soit aux qualités essentielles qui les caractérisent, 107.--Nous devons nous montrer justes envers nos semblables et avoir des égards pour toutes les autres créatures susceptibles d’en sentir les effets; des peuples entiers, des hommes célèbres ont témoigné par des monuments et autrement leur reconnaissance à des animaux (les TURCS, les OIES du Capitole, les BÊTES DE SOMME employées à Athènes à l’érection d’un temple, les AGRIGENTINS, les ÉGYPTIENS, CIMON, XANTIPPE, PLUTARQUE), 109.
CHAPITRE XII.
=Apologie de Raimond Sebond=, =II=, 111.--Est-il vrai que la science soit mère de toutes les vertus, comme l’ignorance de tous les vices? 111.--Son père avait les savants en haute estime et les accueillait avec distinction; pour lui, Montaigne, il se contente de les aimer, 111.--Un de ces savants, Pierre Bunel, qui avait prévu les immenses conséquences de la Réforme, laquelle commençait à poindre en France, ayant donné le traité de Raimond de Sebond sur «la Théologie naturelle» au père de Montaigne, celui-ci le fit traduire d’espagnol en français par son fils, traduction qui depuis a été publiée, 111.--Éloge de ce livre (ADRIEN TURNEBUS), 113.--Cet ouvrage a soulevé des objections; la première c’est qu’«il ne faut pas appuyer de raisons humaines ce qui est article de foi», 115.--Il est vrai que la raison est insuffisante pour démontrer par elle-même des faits au-dessus de notre intelligence; il faut que d’abord nous soyons éclairés par la foi qui est une grâce de Dieu; la raison a alors son utilité en venant corroborer ce que la foi enseigne, 115.--Chez le CHRÉTIEN, la foi fait généralement défaut; aussi sa vie qui, dirigée par la Divinité elle-même, devrait être si édifiante, prête-t-elle si fort au reproche; les uns font semblant de croire, les autres se persuadent qu’ils croient et ne savent ce que c’est que croire (les MAHOMÉTANS, les PAÏENS, S. LOUIS et un ROI TARTARE converti, un JUIF voyageant à Rome), 117.--Dans les guerres de religion, ce sont les intérêts des partis qui les guident, si bien que parfois les maximes de l’un sont abandonnées par lui et reprises par l’autre qui les combattait, 119.--Chacun fait servir la religion à ses passions; le zèle du chrétien éclate surtout pour produire le mal; si notre foi était sincère, outragerions-nous sans cesse Dieu comme nous le faisons et craindrions-nous la mort qui doit nous réunir à lui (ANTISTHÈNE, DIOGÈNE)? 121.--C’est ne pas croire, que croire par faiblesse ou par crainte, 123.--Les athées ne le sont guère que par vanité; ils veulent se montrer au-dessus des croyances populaires; en présence de la mort, ils reviennent aux idées religieuses (BION), 125.--L’opinion de PLATON, que les enfants et les vieillards sont plus portés à la religion que les hommes dans la force de l’âge, n’est pas exacte; ce n’est pas par faiblesse d’esprit que nous y sommes amenés, mais parce que Dieu se manifeste à nous par ses œuvres; ce que nous en saisissons explique ce qui nous en échappe; c’est ce que Sebond s’applique à démontrer, 127.--Ses arguments, par leur conformité avec ce que nous enseigne la foi, ont une valeur indéniable (SOCRATE, CATON, SEBOND), 129.
La seconde objection faite à Sebond, c’est que «ses arguments sont faibles»; mais est-il possible d’en produire d’autres, étant donné le peu que nous pouvons par nous-mêmes? 129.--Il faut tout d’abord reconnaître qu’il est bien des choses qui ne peuvent s’expliquer par la raison seule (S. AUGUSTIN), 131.--L’homme se croit une grande supériorité sur toutes les autres créatures; examinons ce qui en est, 133.--Est-il fondé à prétendre que le ciel, la mer et toutes les merveilles de la nature n’ont été créés que pour lui? 135.--S’il est vrai que les astres ont de l’influence sur nos ¡destinées, pouvons-nous dire que nous commandons, quand nous ne faisons qu’obéir? 135.--Que savons-nous de ces astres, sur quoi pouvons-nous appuyer les suppositions que nous émettons à leur sujet? mais notre présomption est sans limites (ANAXAGORE), 135.--Vis-à-vis des animaux, en quoi consiste notre supériorité? nous pensons, nous parlons, mais est-il sûr que les bêtes n’aient pas, elles aussi, des idées et un langage (l’AGE D’OR d’après Platon)? 137.--Les bêtes se comprennent entre elles; si nous ne les comprenons pas, est-ce à elles ou à nous que cela est imputable? 139.--Celles qui n’ont pas de voix se font comprendre par les mouvements du corps; que de choses n’exprimons-nous pas nous-mêmes, par gestes (un AMBASSADEUR d’Abdère et AGIS roi de Sparte)? 139.--Leur habileté surpasse celle de l’homme, si bien qu’il semblerait que la nature les a traitées plus favorablement que nous (les ABEILLES, les HIRONDELLES, l’ARAIGNÉE), 141.--Il n’en est rien; en dépit des apparences, elle a donné à l’homme tout ce qui est nécessaire à sa conservation, 145.--Il ne tiendrait qu’à nous de nous passer de vêtements, même dans les climats froids; et, sans cultiver le sol, ni nous livrer à aucune préparation d’aliments, nous pourrions trouver partout notre nourriture (certaines PEUPLADES SAUVAGES, les GAULOIS, les IRLANDAIS), 145.--L’homme est naturellement mieux armé que beaucoup d’autres animaux; et s’il a recours, pour accroître sa force, à des moyens de défense artificiels, d’autres animaux, qui ont des armes naturelles, agissent de même (l’ÉLÉPHANT, le TAUREAU, le SANGLIER, l’ICHNEUMON), 147.--Le langage n’est pas chez l’homme une chose naturelle; mais, de même que les animaux manifestent leurs sentiments et se font comprendre en donnant de la voix, il y a lieu de penser que nous-mêmes avons un parler inné, car nous nous faisons comprendre d’eux; et, de ce langage, il semble qu’il y ait trace chez l’enfant, 149.--Tout cela dénote que nous ne sommes ni au-dessus ni au-dessous du reste des animaux, 151.--Les bêtes, comme les hommes, suivent librement leurs inclinations; comme eux, elles sont susceptibles de réflexion dans ce qu’elles font (RENARDS employés par les Thraces pour vérifier l’adhérence de la glace), 151.--Si nous les asservissons, n’en est-il pas de même des hommes vis-à-vis les uns des autres? Souvent même, nous nous astreignons à l’égard des bêtes, à ce que ne feraient pas pour nous nos propres serviteurs (les CLIMACIDES, les FEMMES DE THRACE, les GLADIATEURS, les SCYTHES, DIOGÈNE), 151.--Les animaux (les TIGRES, les LIONS, le CHIEN, le BROCHET, l’HIRONDELLE, l’ÉPERVIER, la CIGOGNE, l’AIGLE, les FAUCONS en THRACE, les LOUPS dans les Palus-Méotide, la SEICHE) pratiquent la chasse comme font les hommes, parfois de commun accord, 155.--La force de l’homme est inférieure à celle de bien des animaux, et de bien plus petits que lui en triomphent aisément (SYLLA), 157.--Les bêtes savent discerner ce qui peut leur être utile soit pour leur subsistance, soit en cas de maladie (les CHÈVRES de Candie, la TORTUE, le DRAGON, les CIGOGNES, les ÉLÉPHANTS), 157.--Exemple caractéristique de raisonnement chez le chien, 157.--Les bêtes sont capables d’être instruites (CHIENS savants, CHIENS d’aveugle, CHIEN du théâtre de Marcellus, les BŒUFS des jardins de Suze), 159.--On constate que quelques-unes se livrent à l’instruction des autres, et il y en a qui s’instruisent elles-mêmes (le ROSSIGNOL, des ÉLÉPHANTS de cirque, une PIE, un CHIEN qui veut se désaltérer), 161.--Subtilité et pénétration des ÉLÉPHANTS, 163.--D’hommes à hommes, nous traitons de sauvages ceux qui n’ont pas les mêmes usages que nous; de même nous nous étonnons de tout ce que, chez les animaux, nous ne comprenons pas, 167.--Il semble que chez l’ÉLÉPHANT, il y ait trace de sentiment religieux; l’échange d’idées entre animaux auxquels la voix fait défaut, n’est pas niable (les FOURMIS de Cléanthe), 167.--Propriétés que nous ne possédons pas et dont jouissent certains animaux (le REMORA, le HÉRISSON, le CAMÉLÉON, le POULPE, la TORPILLE), 169.--Les prédictions fondées jadis sur le vol des oiseaux, pouvaient avoir leur raison d’être (les OISEAUX de passage), 171.--N’attribue-t-on pas aux chiennes de savoir discerner, dans une portée, le meilleur de leurs petits? 171.--Sous bien des rapports, nous devrions prendre modèle sur les animaux, 171.--Ils ont le sentiment de la justice, leur amitié est plus constante que celle de l’homme (le CHIEN du roi Lysimaque, celui de PYRRHUS), 173.--Dans leurs goûts, leurs affections, en amour, ils sont délicats, bizarres, extravagants comme nous-mêmes (propension des CHEVAUX pour ceux de même robe, l’ÉLÉPHANT et la BOUQUETIÈRE D’ALEXANDRIE, le BÉLIER DE GLAUCIA), 173.--Subtilité malicieuse d’un MULET, 177.--Certaines bêtes paraissent sujettes à l’avarice, d’autres sont fort ménagères (La FOURMI et le GRAIN DE BLÉ), 177.--Quelques-unes, ce sont des exceptions, se font la guerre à l’instar des hommes chez lesquels elle dénote une si grande imbécillité, les princes, qui sont soumis aux mêmes passions que nous, la faisant pour des motifs aussi futiles que ceux qui occasionnent les querelles des particuliers et son issue étant souvent amenée par des incidents des moins importants de la vie ordinaire (causes de la guerre de TROIE, de la guerre civile entre ANTOINE et AUGUSTE; intervention de la poussière dans les batailles livrées par SERTORIUS à POMPÉE, par EUMÈNE à ANTIGONE, par SURÉNA contre CRASSUS; des ABEILLES au siège de Tamly), 177.--Fidélité et gratitude des animaux (le CHIEN D’HÉSIODE et autres, le LION D’ANDROCLÈS), 161.--Comme nous, ils se constituent en sociétés pour se défendre mutuellement; des individus d’espèces différentes s’associent pour pourvoir à leur sûreté et à leur subsistance (les BŒUFS, les POURCEAUX, etc.; l’ESCARE, le BARBIER; la BALEINE et son GUIDE, le CROCODILE et le ROITELET, la NACRE et le PINOTHÈRE; les THONS), 187.--Nous trouvons en eux des exemples de magnanimité, de repentir, de clémence (fierté d’un CHIEN, repentir d’un ÉLÉPHANT, clémence d’un TIGRE), 189.--L’ingéniosité de l’ALCYON dans la construction de son nid défie notre intelligence, 189.--Les animaux nous ressemblent et nous égalent aussi par l’imagination puisque, comme nous, ils ont des songes et des souvenirs (le CHEVAL, les CHIENS), 191.--Quant à la beauté, pour savoir si nous avons sur eux quelque avantage de ce fait, il faudrait tout d’abord être fixé sur ce en quoi elle consiste; or, que d’opinions diverses sur ce point: telles formes, telles couleurs appréciées dans un pays, sont rebutantes dans un autre (les ORIENTAUX, les femmes BASQUES, les MEXICAINES, les ITALIENS, les ESPAGNOLS), 193.--A cet égard, nous ne sommes nullement fondés à nous croire privilégiés par rapport aux bêtes, celles qui ont le plus de ressemblance avec nous sont les plus laides, 195.--L’homme a plus de raisons que tout autre animal de couvrir sa nudité, tant il y a d’imperfections en son corps, 197.--Du reste tous les biens qu’il s’attribue sont imaginaires, et les biens réels il les départ aux animaux (HÉRACLIDE et PHÉRÉCIDE, ULYSSE et CIRCÉ), 199.--Malgré cela, estimant notre forme extérieure au-dessus de tout, nous n’admettons de supériorité sous aucun rapport de qui n’est pas formé à notre image, 199.