Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
Part 10
=Sur Démocrite et Héraclite=, =I=, 553.--En toutes choses le jugement est nécessaire; Montaigne, dans les Essais, en fait une application constante. Dans la composition de cet ouvrage, il ne s’astreint à aucune règle, tout sujet lui est bon, et il l’effleure ou l’approfondit plus ou moins, suivant l’idée qui lui vient, 553.--Dans n’importe quel acte de la vie le caractère de l’homme se révèle, et à toutes choses notre âme imprime un cachet personnel; aussi peut-on juger les hommes dans leurs petites comme dans leurs plus grandes actions, à table, au jeu, comme à la tête des armées: au jeu d’échecs par exemple, si ridicule par la contention d’esprit qu’il nécessite pour un passe-temps, ont part toutes les facultés de notre âme (CICÉRON, CATON, SOCRATE, ALEXANDRE), 555.--Démocrite riait, Héraclite pleurait de nos sottises; le premier était dans le vrai, il faut rire de ce que l’on méprise et non s’en affliger (DIOGÈNE, TIMON LE MISANTHROPE, STATILIUS et BRUTUS, HÉGÉSIAS, THÉODORE), 559.
CHAPITRE LI.
=Combien vaines sont les paroles=, =I=, 559.--La rhétorique est l’art de tromper (THUCYDIDE et PÉRICLÈS), 559.--Les républiques bien ordonnées ont toujours fait peu de cas des orateurs; c’est surtout dans celles en décadence qu’a fleuri l’éloquence (la CRÈTE, LACÉDÉMONE, ATHÈNES, RHODES, ROME; ARISTON, SOCRATE, PLATON; les MAHOMÉTANS, les ATHÉNIENS; POMPÉE, CÉSAR, CRASSUS, LUCULLUS, LENTULUS, METELLUS; VOLUMNIUS), 559.--Ayant surtout action sur les masses, l’art de la parole est moins en honneur dans les monarchies (MACÉDOINE, PERSE), 561.--Abus qu’on en fait dans toutes les professions (le MAÎTRE D’HÔTEL du cardinal Caraffa, les ARCHITECTES, les GRAMMAIRIENS), 561.--Abus qui se produisent également dans les titres pompeux que nous donnons à certaines charges et les surnoms glorieux que nous attribuons à de médiocres personnages (PLATON et l’ARÉTIN), 563.
CHAPITRE LII.
=Parcimonie des anciens=, =I=, 565.--Exemples de la parcimonie avec laquelle ont vécu certains personnages illustres de l’antiquité et de Rome en particulier (ATTILIUS REGULUS, CATON L’ANCIEN, SCIPION ÉMILIEN, HOMÈRE, PLATON, ZÉNON, TIBERIUS GRACCHUS), 565.
CHAPITRE LIII.
=A propos d’une phrase de César=, =I=, 565.--L’imperfection de l’homme est démontrée par l’inconstance de ses désirs; à peine possède-t-il un bien, qu’il soupire après un autre; il ne sait jamais jouir du bonheur présent (LUCIEN, ÉPICURE, CÉSAR), 565.
CHAPITRE LIV.
=Inanité de certaines subtilités=, =I=, 567.--Certaines subtilités et les talents frivoles ne méritent pas d’être encouragés; il est plus facile qu’on ne pense d’exceller en ce genre (certains POÈTES, l’HOMME au grain de millet), 567.--En bien des choses les extrêmes se touchent; la peur et un courage excessif produisent parfois en nous les mêmes effets physiques (dénominations de SIRE, de DAME; DON SANCHE), 569.--Aux prises avec la souffrance, la bêtise et la sagesse en arrivent aux mêmes fins, 571.--Les esprits simples sont propres à faire de bons chrétiens et les esprits élevés des chrétiens accomplis; les esprits médiocres sont sujets à s’égarer (PAYSANS, PHILOSOPHES et DEMI-SAVANTS), 571.--La poésie populaire est souvent comparable à la plus parfaite (VILLANELLES), 573.--Ayant fait de vains efforts pour sortir de la médiocrité, Montaigne pense que si ses Essais ne plaisent ni aux esprits vulgaires ni aux intelligences supérieures, peut-être pourront-ils se soutenir dans la région moyenne, 573.
CHAPITRE LV.
=Des odeurs=, =I=, 575.--On a dit de certaines personnes que les émanations de leur corps avaient une odeur suave; mieux vaut encore ne rien sentir que sentir bon (ALEXANDRE LE GRAND, les FEMMES SCYTHES), 575.--Il est des personnes extrêmement sensibles aux odeurs qui, pourtant, ne sont pas plus sujettes que les autres aux maladies épidémiques qui se propagent par l’air (MONTAIGNE, SOCRATE), 575.--Il semble que les médecins pourraient tirer plus de parti des odeurs, car elles ont sur nous une action très sensible (emploi de l’ENCENS dans les églises), 577.--En Orient on fait emploi des parfums dans l’apprêt des viandes (le ROI DE TUNIS), 577.--La puanteur est une des incommodités des grandes villes (VENISE, PARIS), 577.
CHAPITRE LVI.
=Des prières=, =I=, 579.--Profession de foi de Montaigne: elle prime tout ce qu’il peut dire ou écrire sur la religion, 579.--De toutes les prières, l’oraison dominicale est celle dont on devrait faire le plus fréquemment usage, 579.--Dieu ne devrait pas être indifféremment invoqué à propos de tout; on devrait avoir l’âme pure, quand on le prie, 579.--Mais le plus souvent on prie par habitude; on donne une heure à Dieu, le reste au vice, 581.--Que peuvent valoir les prières de ceux qui vivent dans une inconduite persistante; on en voit qui vont jusqu’à sacrifier leurs convictions religieuses à leurs intérêts temporels, 583.--Quelle prétention que de penser que toute croyance autre que la nôtre est entachée d’erreur, 583.--Les psaumes de David ne devraient pas être chantés indifféremment par tout le monde, c’est les profaner; la Bible ne devrait pas davantage se trouver dans toutes les mains, elle ne doit être lue qu’avec respect et lorsqu’on y est préparé, son étude n’amende point les méchants, 585.--Il n’y a pas d’entreprise plus dangereuse qu’une traduction de la Bible en langage vulgaire, peu de personnes étant aptes à prononcer sur les difficultés d’interprétation (les JUIFS, les MUSULMANS), 587.--Une grande prudence est à apporter dans l’étude des questions dogmatiques sur lesquelles, aujourd’hui, les femmes et même les enfants se mêlent de discuter (les MYSTÈRES du temple de Delphes, les empereurs THÉODOSE et ANDRONIC COMNÈNE, les habitants de l’île DIOSCORIDE, les PAÏENS), 587.--On ne devrait jamais mêler la théologie aux discussions philosophiques; c’est une science à part, qui a son objet propre et sur laquelle les initiés seuls devraient être appelés à écrire (S. JEAN CHRYSOSTOME), 589.--Le nom de Dieu ne devrait être invoqué que dans un sentiment de piété, 591.--Abus qu’on fait de la prière (anecdote contée par MARGUERITE DE NAVARRE), 591.--Que de choses on demande à Dieu, qu’on n’oserait lui demander en public et à haute voix (les PYTHAGORICIENS, ŒDIPE), 593.--On dirait que pour beaucoup, la prière n’est qu’une sorte de formule cabalistique pouvant faciliter l’accomplissement de nos désirs, 593.
CHAPITRE LVII.
=De l’âge=, =I=, 595.--Qu’entend-on par la durée naturelle de la vie de l’homme, alors que tant d’accidents surviennent qui en interrompent le cours (CATON D’UTIQUE)? 595.--Mourir de vieillesse n’est pas un genre de mort plus naturel qu’un autre et c’est la mort la plus rare de toutes, 597.--C’est un vice des lois d’avoir retardé jusqu’à 25 ans l’âge auquel il est permis de gérer soi-même ses affaires; dès l’âge de vingt ans, on peut le plus souvent augurer ce que nous serons (SERVIUS TULLIUS, l’empereur AUGUSTE), 597.--On cite un bien plus grand nombre d’hommes qui se sont distingués par de belles actions avant leur trentième année, qu’on n’en cite qui se sont rendus célèbres après (ANNIBAL, SCIPION), 599.--La vieillesse arrive promptement; aussi ne faudrait-il donner à l’apprentissage de la vie, c’est-à-dire à l’éducation, que le temps strictement nécessaire, 599.
[B.21] LIVRE SECOND.
CHAPITRE I.
=De l’inconstance de nos actions=, =I=, 601.--On trouve dans l’homme tant de contradictions, qu’on chercherait en vain à les expliquer (MARIUS LE JEUNE, BONIFACE VIII, NÉRON), 601.--Tout homme a un caractère indéterminé (l’empereur AUGUSTE), 601.--Rien de plus ordinaire en nous que l’inconstance; à peine l’antiquité nous offre-t-elle quelques hommes toujours fermes dans leurs desseins, cependant le caractère de la sagesse est la constance dans tout ce qui est juste et bon (SÉNÈQUE, DÉMOSTHÈNE), 601.--C’est toujours l’occasion qui fait les hommes tels qu’ils nous apparaissent (FILLE de vertu équivoque qui tente de se tuer parce qu’elle craint d’être violentée; SOLDAT d’Antigone qui, venant à guérir d’une maladie, perd sa valeur; autre SOLDAT devenu courageux pour avoir été dévalisé), 603.--Essentiellement variable, l’homme est tantôt humble, tantôt orgueilleux; un jour chaste, un autre jour débauché; avare et prodigue, etc. (le CHEF DES JANISSAIRES de Mahomet II), 607.--Pour être véritablement vertueux, il faudrait l’être dans toutes les circonstances de la vie; autrement c’est à l’action et non à l’homme que l’on doit des éloges (les GRECS, les CIMBRES, les CELTIBÉRIENS), 609.--Peu d’hommes ont de belles qualités qui ne présentent des taches. La vaillance même d’Alexandre le Grand n’en est pas exempte; quoique extrême en son genre, elle n’a pas toujours été parfaite et ne s’est pas étendue à tous ses actes, 609.--Notre inconstance dans les diverses circonstances de la vie n’a rien qui puisse surprendre, attendu que nul d’entre nous n’a de règle de conduite bien définie (SOPHOCLE, les PARIENS et les MILÉSIENS), 611.--On ne saurait porter un jugement sur les hommes d’après les actes isolés dont l’ambition, l’amour ou toute autre passion ont pu les rendre capables; pour les bien connaître, il faudrait pénétrer profondément dans leur âme et les examiner longuement; devant une tâche aussi difficile beaucoup, qui se mêlent de juger, devraient s’abstenir, 611.
CHAPITRE II.
=De l’ivrognerie=, =I=, 613.--Tous les vices ne sont pas de même gravité; il y a entre eux des degrés, 613.--L’ivrognerie est un vice grossier qui n’exige pas, comme d’autres, de l’adresse, du talent, du courage, 615.--Dans l’ivresse on n’est plus maître de ses secrets. On a vu cependant quelques hommes conserver, en cet état, le sentiment de leurs devoirs; mais d’autres, en pareille situation, ont pu éprouver les plus grands outrages sans même en rien sentir (l’historien JOSÈPHE et un ambassadeur, AUGUSTE et LUCIUS PISON, TIBÈRE et COSSUS, CIMBER, CASSIUS, les ALLEMANDS, ATTALE et PAUSANIAS, une VILLAGEOISE des environs de Bordeaux), 615.--Les anciens ont peu décrié le vice de l’ivrognerie; c’est en effet celui qui porte le moins de dommage à la société, il est des plus faciles à satisfaire et dans les mœurs de certains peuples (SOCRATE, CATON LE CENSEUR, CYRUS), 617.--Les anciens passaient les nuits à table et quelquefois les jours; nous avons tendance en France à nous modérer sous ce rapport, mais nous nous dédommageons en nous adonnant davantage au libertinage, 619.--Portrait et caractère du père de Montaigne; ce qu’il pensait de la chasteté des femmes, 619.--Boire est à peu près le dernier plaisir qui demeure à la vieillesse. D’où vient l’usage de boire de grands verres à la fin des repas (ANACHARSIS), 621.--Platon interdit le vin aux adolescents tout en le permettant aux hommes faits; encore devraient-ils s’en abstenir lorsqu’ils sont à la guerre ou dans l’exercice de fonctions publiques; son abus est nuisible aux vieillards (les CARTHAGINOIS, STILPON, ARCÉSILAS), 623.--Le vin peut-il triompher de la sagesse? Pour répondre, il ne faut que réfléchir combien est grande la faiblesse humaine (LUCRÈCE, VIRGILE, PLUTARQUE), 625.--Les faits d’impassibilité au milieu des tourments que nous fournissent les philosophes et aussi les martyrs chrétiens, sont des effets de surexcitation due à un enthousiasme frénétique (MÉTRODORE, ANAXARQUE, les MARTYRS), 627.--Cette surexcitation apparaît également dans les propos tenus sous l’effet d’idées fixes; nous la constatons aussi chez les guerriers, les poètes chez lesquels l’âme peut, sous cette influence, s’élever au-dessus d’elle-même (ANTISTHÈNE, SEXTIUS, ÉPICURE, ARISTOTE, PLATON), 627.
CHAPITRE III.
=A propos d’une coutume de l’île de Céa=, =I=, 629.--Il y a des accidents pires que la mort; celui qui ne la craint pas, brave toutes les tyrannies et toutes les injustices (DAMINDAS, AGIS, un enfant de LACÉDÉMONE, les LACÉDÉMONIENS et ANTIPATER, les LACÉDÉMONIENS et PHILIPPE), 629.--C’est un bienfait de la nature que d’avoir mis constamment, comme elle l’a fait, la mort à notre portée, et, par elle, de nous avoir faits libres d’accepter ou de refuser l’existence qui nous est faite. Arguments en faveur du suicide (BOIOCALUS, le grammairien SERVIUS, les STOÏCIENS, HÉGÉSIAS, DIOGÈNE et SPEUSIPPE), 631.--Objections contre le suicide; c’est une lâcheté de fuir l’adversité; c’est aller contre les lois de la nature que de ne pas supporter l’existence telle qu’elle nous l’a faite (REGULUS et CATON, MARTIAL, LUCAIN, PLATON), 633.--Pour ceux qui admettent comme licite de se donner la mort, dans quel cas est-on fondé à user de cette faculté? Tant que demeure un reste d’espérance on ne doit pas disposer de sa vie, et les revirements de la fortune sont tels qu’il n’y a jamais lieu de désespérer (les VIERGES de Milet, THERYCION et CLÉOMÈNE, JOSÈPHE, CASSIUS et BRUTUS, le duc D’ENGHIEN à Cérisoles), 637.--Cependant des maladies incurables, d’irrémédiables infortunes peuvent autoriser une mort volontaire (DÉMOCRITE chef des Étoliens, ANTINOÜS et THEODOTUS, un SICILIEN à Goze, les FEMMES JUIVES lors de la persécution d’Antiochus, SUBTERFUGE employé par sa famille vis-à-vis d’un criminel, SCRIBONIA et son neveu LIBO, mort courageuse de RAZIAS lors de la persécution de Nicanor), 639.--Elle est glorieuse chez les femmes qui n’ont d’autre moyen de conserver leur honneur, ou auxquelles il a été ravi par la violence, ce dont beaucoup pourtant finissent par prendre leur parti (PELAGIA et SOPHRONIA, une FEMME de Toulouse, CLÉMENT MAROT), 641.--Les raisons les plus diverses ont été cause de semblables résolutions (L. ARUNTIUS, GR. SILVANUS et STATIUS PROXIMUS, SPARGAPIZEZ, BOGÈS, NINACHETUEN seigneur indien, COCCEIUS NERVA), 643.--Femmes se donnant la mort pour encourager leurs maris à faire de même (SEXTILIA femme de Scaurus, PAXEA femme de Labeo, la FEMME de Fulvius), 645.--Mort de Vibius Virius et de vingt-sept autres sénateurs de Capoue, 645.--Inhumanité de Fulvius consul romain (TAUREA JUBELLIUS), 647.--Indiens qui se brûlent tous dans une ville assiégée par Alexandre le Grand, 647.--Fin tragique des habitants d’Astapa, ville d’Espagne assiégée par les Romains, 649.--Fin analogue des habitants d’Abydos; de semblables résolutions sont plus facilement décidées par les foules que par les individus, 649.--Privilège accordé du temps de Tibère aux condamnés à mort qui se la donnaient eux-mêmes, 649.--Parfois on se donne la mort dans l’espoir des félicités d’une vie future (S. PAUL, CLÉOMBROTE, JACQUES DU CHATEL évêque de Soissons, les INDIENS), 651.--Plusieurs coutumes et institutions politiques autorisaient le suicide et s’y prêtaient (à MARSEILLE, dans l’île de CÉA; mort courageuse, dans ces conditions, d’une FEMME de haut rang de cette île qui s’empoisonne en public; chez une NATION HYPERBORÉENNE), 651.--Conclusion: de grandes douleurs et une mort misérable en perspective sont les motifs les plus excusables qui peuvent nous porter à nous ôter la vie, 653.
CHAPITRE IV.
=A demain, les affaires=, =I=, 655.--Amyot nous a rendu un réel service en traduisant Plutarque, ouvrage si plein d’enseignements; il ferait également œuvre utile en traduisant Xénophon, 655.--Plutarque nous cite, entre autres, un exemple de discrétion donné par Rusticus différant d’ouvrir un message de l’empereur, pour ne pas troubler une conférence, 655.--Si trop de curiosité est répréhensible, trop de nonchalance ne l’est pas moins et, de la part de quelqu’un chargé des affaires publiques, ce peut avoir les plus graves inconvénients (M. DE BOUTIÈRES, JULES CÉSAR, ARCHIAS tyran de Thèbes), 657.--Ligne de conduite qu’il semble possible de tracer à ce sujet (PLACE CONSULAIRE), 657.
CHAPITRE V.
=De la conscience=, =I=, 659.--On dissimule en vain; l’âme se révèle toujours par quelque côté (un GENTILHOMME du parti contraire à celui de Montaigne, BESSUS), 659.--Qui va contre sa conscience, l’a contre lui; le châtiment d’une faute commence au moment même où elle se commet (PLATON, HÉSIODE, APOLLODORE, tyran de Potidée, ÉPICURE, JUVÉNAL), 659.--Par contre, une bonne conscience nous donne confiance (SCIPION), 661.--Injustice et danger de la torture pour obtenir des aveux des accusés (PUBLIUS SYRUS, PHILOTAS), 663.--Ce procédé d’information est réprouvé par certaines nations que nous qualifions de barbares et qui, en cela, le sont moins que nous (BAJAZET Ier), 663.
CHAPITRE VI.
=De l’exercice=, =I=, 665.--Le raisonnement et la science ne suffisent pas pour lutter contre les difficultés de la vie; il faut nous y exercer pour pouvoir en triompher le cas échéant, 665.--Mais si l’on peut par l’expérience fortifier son âme contre la douleur, l’indigence, etc., contre la mort, nous n’avons pas cette ressource parce qu’on ne la souffre qu’une fois, 665.--Exemple mémorable de J. Canius qui, au moment de mourir, ne songeait qu’à observer l’impression qu’il en pouvait ressentir, 667.--Il y a pourtant possibilité de se familiariser avec la mort et presque de l’essayer; le sommeil en est une image, les évanouissements lui ressemblent plus encore, 667.--Comme tant d’autres choses, la mort produit plus d’effet de loin que de près, 669.--Accident survenu à Montaigne qui lui causa un long évanouissement, 669.--Ce qu’il éprouva pendant cette défaillance et en reprenant ses sens, 671.--Ce fut pour lui une preuve de l’idée, qu’il s’était faite depuis longtemps, que les affres de la mort sont les effets d’une désorganisation à laquelle l’âme ne participe pas, 671.--L’agonie est un état analogue à celui d’un homme qui ne serait ni tout à fait éveillé, ni complètement endormi, 673.--Au début de son accident Montaigne demeure anéanti, ses mouvements comme ses réponses sont inconscients, seul règne en lui un sentiment de bien-être qui le tient tout entier; à ce moment où la mort était si proche, sa béatitude était complète, 675.--Peu à peu renaissant à l’existence, la mémoire lui revient, et en même temps les souffrances l’envahissent et prennent une place prépondérante, 677.--Si Montaigne s’est si longuement arrêté sur cet accident, c’est que son but est de s’étudier dans toutes les circonstances de la vie, afin d’offrir aux autres d’utiles documents (PLINE L’ANCIEN), 677.--C’est à tort que l’on accuse de vanité ceux qui se confessent publiquement et qui, en toute sincérité, montrent à découvert leurs actes et leurs passions; nous sommes à nous-mêmes, pour qui sait s’observer, une précieuse source d’enseignements (SOCRATE), 679.--Il faut reconnaître toutefois que cette étude de soi-même est des plus délicates, 681.--S’occuper de soi n’est pas se complaire en soi, c’est le moyen de se connaître; par suite d’arriver à mieux, ce qui est le but de la sagesse, 683.
[B.23] DEUXIÈME VOLUME
CHAPITRE VII.
=Des récompenses honorifiques=, =II=, 11.--Les distinctions honorifiques sont éminemment propres à récompenser la valeur (l’empereur AUGUSTE), 11.--A cet égard, l’institution des ordres de chevalerie est une conception des plus heureuses (ordre de S. MICHEL), 11.--Les récompenses pécuniaires s’appliquent à des services rendus de tout autre caractère, 13.--La vaillance est une vertu assez commune qui prime chez nous la vertu proprement dite, laquelle est bien autrement rare, 13.--Conditions dans lesquelles se décernait l’ordre de Saint-Michel; abus qui en a été fait, discrédit en lequel il est tombé; mieux vaudrait ne pas le donner à des gens le méritant, que l’avilir en le prodiguant, 13.--Ce discrédit rend difficile de mettre en honneur un nouvel ordre de chevalerie (ordre du S.-ESPRIT), 15.--En France, la vaillance tient chez l’homme le premier rang comme la chasteté chez la femme, 17.
CHAPITRE VIII.