Entre Nous: Lectures françaises à l'usage des écoles primaires - I

Part 2

Chapter 23,959 wordsPublic domain

A l'école, tout était tranquille. Le vent ne pouvait pas y entrer. Pourtant, chaque fois que la porte s'ouvrait, le méchant vent essayait d'entrer. Alors il soulevait les capuchons et les manteaux suspendus dans le vestibule de l'école. Et quand il pouvait entrer en classe, il retournait même les feuilles des livres. Alors, on lui fermait vite la porte au nez. L'école était pour les enfants. Monsieur le vent devait rester dehors. C'était là sa place. Là, il pouvait jouer, chasser et taquiner autant qu'il le voulait. Et c'est ce qu'il faisait! Il soufflait dans les rues et par dessus les toits. Et il soufflait aussi dans les arbres qui étaient dans le jardin de l'école. Il les attrapait et les secouait et alors la cime penchait à droite et à gauche, les branches craquaient et les pauvres feuilles mortes, arrachées des branches, s'envolaient partout. Elles ne savaient pas où aller, les feuilles et, dans leur frayeur, elles entraient en classe par la fenêtre ouverte. Alors les enfants éclataient de rire et levaient leurs petites mains pour les attraper au vol.

Il était vraiment bien amusant, le vent!

XIX. Les Saisons.

Les enfants s'amusaient beaucoup et avaient attrapé bien des feuilles qu'ils montraient à leur maître.

«Maintenant nous sommes en automne, dit le maître.»

Oui, c'est ce que les enfants savaient.

«Et quelles sont les autres saisons?» Plusieurs enfants levaient la main.

«Allons Jean, récitez-moi les noms des saisons. Mettez-vous sur le petit banc devant la classe.»

Jean monta sur le petit banc et récita: «Les quatre saisons sont: le printemps, l'été, l'automne et l'hiver.

--C'est bien! Et quand commence le printemps?»

Jean ne le savait pas et les autres enfants ne le savaient pas non plus. Mais Jean raconta qu'en été il faisait chaud et en hiver froid, qu'au printemps les feuilles venaient aux arbres et qu'en automne elles tombaient. C'était très bien pour un petit garçon de six ans.

«Et quelle saison aimez-vous le mieux?

--L'automne, dit Jean. Le vent est si délicieux. Et Monsieur, poursuivit-il, ce matin mon capuchon s'est retourné et un sergent de ville l'a rabattu. Et le parapluie de Rose s'est retourné aussi!

--Et vous trouviez ça amusant, vous?

--Oh oui, Monsieur, très amusant!»

Monsieur se mit à rire et se dit que Rose n'avait peut-être pas trouvé le vent si amusant.

Et il avait bien raison.

XX. Encore une petite fille.

Marie était assise à la fenêtre. Elle regardait dans la rue: le vent l'amusait, elle aussi. Tous les petits papiers s'envolaient, parfois même par dessus les toits.

Mais ce cycliste ne s'amusait pas, lui. Il pédalait, pédalait et.... n'avançait pas.

Et cette pauvre petite fille, là bas, ne s'amusait pas non plus. Oh! la pauvre enfant! Elle avait une petite robe très mince et avait l'air d'avoir bien froid.

«O maman, dit Marie, regarde un peu comme cette petite fille a froid. Peut-elle entrer se chauffer?

--Oui, petite, appelle-la donc.»

Marie se mit à crier: «Petite fille, petite fille!» Mais la petite fille ne l'entendait pas. Alors Marie frappa à la vitre. Mais la petite fille ne l'entendait toujours pas.

«Frappe un peu plus fort, dit la maman.» Marie frappa plus fort et enfin la petite fille se retourna. Mais elle ne comprenait pas qu'on l'appelait. Alors Marie lui fit signe des deux mains.

«Vous m'appelez?» demanda la fillette dans la rue. Maintenant Marie ne l'entendait pas. Alors la petite fille se mit la main sur la poitrine. Cela voulait dire: C'est moi que vous appelez? Oui, oui, dit la tête de Marie.

Alors la fillette s'approcha enfin de la fenêtre. La maman de Marie avait déjà dit à Rose d'ouvrir la porte. Bientôt la petite entra dans le vestibule, puis dans la chambre bien chauffée.

«Comment t'appelles-tu? demanda tout de suite Marie.

--Ninette, dit la petite fille.

--Et comment va ta mère? demanda la maman de Marie. Va-t-elle mieux?

--Non, Madame, maman est encore bien malade.»

Marie était très étonnée. Sa maman connaissait donc Ninette?

Mais ce n'était pas étonnant, car Ninette était la fille du jardinier qui arrangeait toujours le jardin derrière la maison.

XXI. Ninette.

Voilà plus d'un an que la mère de Ninette était malade. Tous les jours elle était couchée. Quelquefois elle se levait pendant une heure, mais jamais elle ne sortait de la maison. Elle ne pouvait presque pas travailler. Elle cousait un peu dans son lit, mais c'était tout. Voilà pourquoi les enfants devaient faire le ménage. Ninette aidait aussi beaucoup et pourtant elle n'avait que huit ans.

La mère de notre petite Marie avait souvent été voir la pauvre malade, pour lui apporter des fortifiants ou des fruits. Elle connaissait donc Ninette et voilà pourquoi elle avait permis à Marie d'appeler la petite fille.

«Veux-tu jouer avec moi? demanda Marie.

--Je ne puis pas rester, répondit Ninette. Je dois aller à l'école.

--Mais les classes commencent à neuf heures, Jean est déjà parti.

--Oui, mais ma robe était mouillée et j'ai dû retourner chez nous pour en mettre une autre.»

C'était dommage! Marie était si contente d'avoir une camarade pour jouer avec elle, maintenant que Jean n'était pas là et voilà que Ninette devait aussi aller à l'école. Mais Ninette ne pouvait pas aller dans la rue sans manteau. Il faisait si froid. Et Marie lui demanda:

«Pourquoi n'as-tu pas mis ton manteau?»

Ninette ne répondit pas, elle rougit seulement.

«Et pourquoi la bonne ne t'a-t-elle pas conduite à l'école sous un parapluie? Alors tu ne serais pas mouillée. Rose a conduit Jean, n'est-ce pas maman?

--Oui, répondit maman, mais la mère de Ninette n'a pas de bonne. Allons, dis au revoir à ta nouvelle petite amie.»

Et Ninette, qui avait bu la tasse de chocolat que Rose lui avait donnée, partit à l'école.

«Au revoir, Ninette, tu reviendras, n'est-ce pas?

--Oui, s'il vous plaît, au revoir Madame, au revoir Marie.»

XXII. Ninette partie.

Ninette était partie à l'école et Marie l'avait vue partir sans manteau: et le vent était bien froid!

Marie avait bien entendu parler de pauvres, mais pourtant elle ne savait pas très bien ce que c'était. Il y avait donc des familles sans bonne? Qui faisait alors les lits et qui faisait la cuisine? Et une petite fille qui n'avait pas de manteau quand il faisait si froid? C'était trop drôle! Quand on a besoin d'un manteau, on va avec sa maman dans une boutique, pour en acheter un. Ou bien, un homme apporte une grande boîte avec des manteaux à la maison et puis on les essaye. Et papa paye le manteau qu'on achète.

«Petite Mère, demanda Marie, pourquoi le papa de Ninette ne lui achète-t-il pas un manteau?

--Il ne peut pas le payer, chérie.

--Pourquoi? parce que la maman de Ninette est malade peut-être? Cela coûte-t-il cher d'être malade, maman?

--Oui, chérie, répondit maman.»

Elle ne pouvait pas tout dire à sa petite fille.

«Mais tu n'es pas malade, maman, alors papa peut bien payer le manteau de Ninette.

--C'est ça, nous irons en acheter un ensemble.»

Et la maman sortit de la chambre pour causer avec Rose du dîner.

XXIII. Marie regarde par la fenêtre.

La petite Marie était de nouveau seule. Heureusement elle avait Paul et Alice. Elle les mit dans la croisée: alors ils pouvaient regarder par la fenêtre quels tours jouait le vent.

Voilà qu'arrive un grand garçon, tirant une voiture à bras. Il a le vent dans le dos: le vent le pousse donc et pousse aussi la voiture. Mais tout à coup le vent enlève la casquette du garçon et l'emporte bien loin. Le garçon laisse la voiture au milieu de la rue et court à toutes jambes pour attraper sa casquette. Voilà la casquette, le garçon arrive, il se baisse pour la ramasser mais.... voilà le vent qui la prend et l'emporte encore plus loin.

Marie presse son petit nez contre la vitre pour voir si le garçon attrape sa casquette. Mais il est trop loin, elle ne le voit plus et la voiture à bras attend toujours dans la rue.

Voilà des moineaux qui s'abattent dans la rue. Ils cherchent des miettes, mais le vent les pousse. Oh! les pauvres moineaux! Ils ne peuvent presque pas se tenir sur leurs petites pattes. Et quand ils voient une graine ou une miette, ils doivent souvent courir après, comme le garçon après sa casquette.

Oh! voilà justement le garçon. Il a attaché sa casquette avec une ficelle. Maintenant il reprend sa voiture et continue son chemin.

Une pauvre vieille arrive maintenant. Elle ne peut presque pas avancer. Elle marche tout près des maisons, mais là aussi souffle ce vilain vent. Elle doit s'arrêter bien souvent. Le vent souffle si fort et ses jupes sont tendues contre ses jambes. Pauvre vieille! elle n'aime pas beaucoup le vent.

Comme ça Marie voit tous les tours que joue ce vent que les uns trouvent bien amusant et les autres bien désagréable!

XXIV. Marie sort.

A onze heures la maman de Marie entre dans la chambre.

«Tiens, dit-elle, tu regardes encore par la fenêtre?

--Oui, maman, répond Marie. Tout est amusant aujourd'hui. Les papiers volent, les casquettes volent. Paul et Alice ont aussi regardé dans la rue.

--Veux-tu sortir avec moi et aller prendre Jean à l'école?

--Oh! je veux bien, petite Mère.

--Tu n'as donc pas peur de ce vent désagréable?

--Non, pas du tout, je le trouve si amusant!»

Bientôt, la maman et la petite fille sortent de la maison, chaudement habillées.

D'abord, elles vont dans un magasin de nouveautés acheter un manteau pour Ninette. Le marchand en montre plusieurs et la maman en choisit un bien chaud et bien long.

Puis elles vont à l'école et entrent dans le vestibule: il fait si froid dans la rue! Bientôt elles entendent une cloche et tous les petits garçons et les petites filles arrivent deux à deux et bien en rang. Marie voit tout de suite son petit frère, mais celui-ci reste bien en rang jusqu'à la porte, puis il court vers sa mère:

«Bonjour maman, bonjour Marie.»

Et les voilà partis tous les trois, la maman donnant le bras à ses deux enfants. Au coin de la rue le vent essaya encore une fois de retourner le capuchon, mais Jean le tenait bien cette fois!

Bientôt ils sont rentrés. Tous les trois ont les joues bien rouges. Voilà ce qu'avait fait ce bon vent!

XXV. Il nous faut travailler tous.

«O maman, comme j'ai faim! dit un jour Jean en rentrant de l'école.

--C'est une bonne maladie, dit maman. Le dîner te guérira.»

Une heure après, à table, Jean vit que le dîner était bien bon quand on avait faim. Il mangea comme quatre et.... la faim disparut!

Après le dîner, Papa, Maman, Jean et Marie étaient dans la chambre. Les enfants jouaient, maman préparait le thé et papa s'était assis dans un fauteuil et s'était endormi.

Mais les enfants faisaient beaucoup de bruit. Ils jouaient au vent.

Paul, le chanteur, était un grand garçon qui, d'un bras, poussait une voiture. Et voilà que le vent emportait sa casquette! Mais le vent, c'était la main de Jean. Il avait pris la casquette et l'avait lancée bien loin dans la chambre. Alors Paul laissait sa voiture à bras au milieu de la chambre et Marie prenait Paul par la main et courait après la casquette.

«Vous faites trop de bruit, mes enfants, dit maman. Papa ne peut pas se reposer.»

Pendant un moment tout fut tranquille, mais bientôt le bruit recommença. Il faisait tant de vent!

«Venez ici, mes chéris, dit tout doucement maman. Si vous faites tant de bruit, papa se réveillera et alors il ne se sera pas bien reposé.»

Les enfants venaient chez maman, mais ils n'étaient pas contents: ils s'amusaient si bien!

«Pourquoi papa doit-il dormir? demanda Marie. Nous dormons la nuit.

--Parce que papa est si fatigué.

--Et pourquoi papa est-il si fatigué?

--Parce qu'il travaille tant.

--Pourquoi travaille-t-il tant?

--Pour gagner de l'argent.

--Et pourquoi doit-il gagner de l'argent?

--Parce que nous devons manger, mes enfants. Quand les enfants rentrent de l'école et qu'ils ont bien faim, nous devons leur donner à manger. Et ce manger, nous devons l'acheter. Et pour l'acheter, il faut de l'argent. Et cet argent papa doit le gagner. Et pour gagner cet argent, papa doit beaucoup travailler!

Allons, je vous apprendrai une poésie sur cinq petits bonshommes.

Le premier dit: J'ai bien faim! L'autre dit: Il faut du pain! L'autre dit: Je n'en ai guère. Le voisin dit: Comment faire! Le petit dit: Savez-vous? Il nous faut travailler tous.»

Quand papa se réveilla, il s'était bien reposé et les petits pouvaient lui réciter une jolie poésie.

XXVI. Le plus petit, le plus sage.

Et qui étaient ces cinq petits bonshommes? C'étaient les cinq doigts de la main. Le premier, qui a faim, c'est le pouce. Le second, qui dit qu'il faut du pain, c'est monsieur l'index. Le troisième, qui remarque tristement qu'il n'a rien, c'est le majeur ou doigt du milieu. Le quatrième, qui demande ce qu'il faut faire, c'est l'annulaire. Et le cinquième, le plus sage de tous, c'est le petit doigt ou auriculaire.

Ce petit doigt sait qu'il faut travailler pour gagner son pain. Il est donc le plus sage et pourtant c'est le plus petit.

«C'est tout juste comme dans le Petit Poucet, dit maman.

--O maman, demandèrent Jean et Marie, raconte-nous l'histoire du Petit Poucet.»

Ils la connaissaient déjà, mais ils désiraient beaucoup l'entendre encore une fois.

Et voici ce que maman raconta: «Il était une fois un bûcheron qui demeurait dans un grand bois avec sa femme, la bûcheronne, et avec ses sept enfants, tous garçons. Le cadet, qui était tout petit, s'appelait le Petit Poucet.

Il travaillait aussi beaucoup, notre bûcheron, pour nourrir toutes ces petites bouches, mais il gagnait très peu d'argent.

Un jour qu'il n'avait plus rien à leur donner à manger, le bûcheron dit à sa femme: «Je vais aller perdre les enfants dans le bois. J'aime mieux qu'ils meurent de faim dans le bois que chez nous.» La pauvre bûcheronne pleura beaucoup, mais consentit enfin à ce que son mari voulait.

XXVII. Le Petit Poucet. (suite)

«Le lendemain, le père partit avec ses enfants pour les perdre dans le bois. Mais le Petit Poucet, qui s'était caché derrière la porte, le soir, et qui avait entendu tout ce que ses parents disaient, avait emporté des cailloux blancs.

Il jeta ces cailloux sur la route, et quand le père fut parti et que les six frères pleuraient, Petit Poucet leur dit: «Suivez-moi. Je retrouverai la maison.» Et il conduisit ses six grands frères à la maison, en suivant les cailloux blancs.

Les sept frères restèrent quelque temps à la maison, car le père avait reçu un peu d'argent.

Mais quand il n'eut plus d'argent, le pauvre bûcheron résolut de perdre encore une fois les enfants. Quand le petit Poucet voulut, comme la première fois, chercher des cailloux blancs, la porte était fermée. Alors il emporta du pain et jeta du pain sur la route. Mais hélas! quand, le soir, le père fut parti, les laissant seuls, et que les enfants voulurent rentrer, il n'y avait plus de miettes sur la route: les oiseaux avaient tout mangé.

Les voilà tout seuls dans le bois, les pauvres petits! Le Petit Poucet grimpa alors vite dans un arbre et il vit bientôt une petite lumière. «Je vois une maison, dit-il.» Il descendit de l'arbre et les voilà en route.

Ils cherchèrent longtemps leur chemin, mais arrivèrent enfin à la maison. Ils frappèrent, une femme ouvrit la porte et les enfants lui demandèrent s'ils pouvaient entrer dans sa maison: ils avaient peur du loup, la nuit, dans le bois. La femme leur répondit que cette maison était à son mari, l'ogre, et que celui-ci mangeait les petits enfants. Mais elle voulait bien les cacher jusqu'au lendemain. Et quand elle entendit arriver l'ogre, elle cacha bien vite les sept petits enfants sous le lit.

XXVIII. Le Petit Poucet. (fin)

Quand l'ogre entra dans la chambre, il dit tout de suite: «Je sens la chair fraîche!»

Il chercha partout et trouva les sept pauvres petits enfants sous le lit. Il voulait déjà les tuer pour les manger, mais sa femme lui dit: «Mange ce veau que j'ai fait rôtir pour toi, tu mangeras les enfants demain.»

Quand l'ogre eut mangé le veau, il s'endormit et pendant la nuit, la femme ouvrit la porte et les sept enfants partirent bien vite.

Le lendemain, l'ogre dit: «Où sont les enfants? Je veux les manger pour mon déjeuner.» Mais sa femme lui dit qu'ils étaient partis. Furieux, l'ogre mit ses bottes de sept lieues et courut après les enfants.

Mais ceux-ci s'étaient cachés et l'ogre passa devant eux, sans les voir. Quand l'ogre fut fatigué, il se coucha sur la mousse et s'endormit. Pendant qu'il dormait, le Petit Poucet sortit de sa cachette. Il coupa la tête de l'ogre, lui ôta ses bottes de sept lieues et les mit à ses petites jambes. Il rentra alors avec ses frères, mais lui-même partit ensuite chez le roi. Le roi était en guerre et le Petit Poucet, avec ses bottes de sept lieues, lui apporta des nouvelles de son armée qui était très loin. Il fit tant de commissions pour le roi, que celui-ci lui donna un grand sac de pièces d'or.

Avec tout cet argent, le Petit Poucet rentra chez son père, le bûcheron, et celui-ci fut bien content de le voir arriver.

Et ils vécurent très longtemps heureux ensemble.

XXIX. La Neige.

Jean trouva l'histoire très belle, comme toujours, mais il remarqua pourtant quelque chose qui ne l'avait jamais frappé. Ce bûcheron n'était pas un vrai père! Un vrai père travaille pour ses enfants. C'est pour cela que son papa à lui était si fatigué tous les soirs et qu'il devait faire un somme. Et le bûcheron chassait ses enfants dans le bois et ils pouvaient revenir quand ils avaient des sacs pleins d'or. C'était le monde renversé! Non, Jean n'aimait pas un tel papa. Il était content d'en avoir un autre, un vrai! Il jouerait toujours tout doucement le soir. Son papa pourrait alors faire un bon somme.

Jean avait raison. Mais heureusement on ne trouve ces bûcherons-là que dans les contes de fées. Les vrais bûcherons ne sont pas de si mauvais pères!

«O maman, il neige!» cria tout à coup Marie.

Les rideaux n'étaient pas fermés et les enfants virent les beaux flocons blancs tomber du ciel sur la terre. D'abord quelques petits flocons, puis un peu plus et bientôt tant de flocons tombaient qu'on ne voyait plus que du blanc partout.

Les enfants n'avaient pas beaucoup envie d'aller se coucher, mais ils montèrent pourtant bientôt et, dans leurs petits lits, ils pensèrent au plaisir qu'ils auraient le lendemain.

Le lendemain, un épais tapis de neige couvrait la terre. Que c'était amusant pour les enfants. C'était un jeudi, heureusement. Jean n'allait donc pas en classe. Il joua au jardin avec Marie. Ils se jetèrent des boules de neige, montèrent en traîneau, et firent des glissades. Qu'elle était amusante la neige!

XXX. Les Moineaux.

Et les moineaux? Aimaient-ils aussi la neige? Oh non! Ils trouvaient déjà si peu de graines par ces froids et maintenant tout était caché sous cet épais tapis blanc. Comment feraient-ils pour trouver à manger maintenant? Heureusement les enfants étaient là. Leurs petites mains jetèrent des miettes au jardin et comme ça les pauvres moineaux ne mouraient pas de faim.

Et en même temps, Jean apprenait à Marie une chanson qu'il avait apprise à l'école, sur les moineaux et sur la neige. La voici.

LES MOINEAUX.

[Musique]

1.

Blanche neige est en voyage, C'est l'hiver, c'est l'hiver! Les moineaux dans le village Font leur plainte de concert. Blanche neige est en voyage, C'est l'hiver! (_bis_)

2.

Plus d'abri sous les feuillages, Plus de grain! (_bis_) Le vent perce les plumages, Mais surtout, on a bien faim! Plus d'abri sous les feuillages, Plus de grain! (_bis_)

3.

Un enfant alors partage Son goûter! (_bis_) Dans les trous du voisinage, Chacun peut en emporter! Un enfant alors partage Son goûter! (_bis_)

4.

Aussitôt, joyeux tapage, Sur le toit. (_bis_) Les pauvrets ont pris courage, Et gaîment bravent le froid. Aussitôt, joyeux tapage, Sur le toit! (_bis_)

XXXI. Quatre fois deux font sept.

«Maman, tu m'as promis que Ninette pourrait venir jouer avec moi. Rose peut-elle aller la chercher, dis?

--Mais, chérie, Ninette est en classe aujourd'hui. Demain, c'est jeudi, alors elle aura congé, comme tous les enfants. Nous l'inviterons alors, si tu veux.

--Oh oui, maman. Que c'est amusant! Il faut qu'elle reste toute la journée alors.»

Notre petite Marie était bien contente. Rose dut aller tout de suite inviter Ninette. Heureusement la maman de Ninette allait un peu mieux; elle permit donc à sa petite fille d'aller passer tout le jeudi chez Marie.

Maintenant, c'est jeudi et les deux petites amies sont ensemble. Ninette est l'aînée et pourtant c'est Marie qui commande. Elle conduit sa nouvelle amie partout, lui montre ses poupées, leur lit, leur voiture et tous les autres joujoux. Ninette trouve tout cela bien beau et est très contente de jouer.

Voilà d'autres visites, c'est Louis et Henriette. Louis s'en va bien vite au jardin avec Jean et les trois fillettes restent dans la chambre. A quoi joueront-elles? A l'école? Oui, c'est ça. Henriette sera la maîtresse, car elle est l'aînée. Marie et Ninette s'assoient sur deux petites chaises et Henriette marche de long en large dans la chambre: une maîtresse peut faire ce qu'elle veut! Enfin, elle s'arrête devant la classe et dit à Ninette:

«Comment t'appelles-tu?

--Ninette, Mademoiselle.

--Eh bien, Ninette, récite-moi la table de cinq.»

Et Ninette récite:

«Une fois cinq fait cinq. Deux fois cinq font dix. Trois fois cinq font quinze. Quatre fois cinq font vingt. Cinq fois cinq font vingt-cinq. Six fois cinq font trente. Sept fois cinq font trente-cinq. Huit fois cinq font quarante. Neuf fois cinq font quarante-cinq. Dix fois cinq font cinquante.

--C'est bien, dit la maîtresse. Et toi, Marie, récite-moi la table de deux.

--Je ne la sais pas, Mademoiselle.

--Alors, je t'aiderai. Commence toujours.»

Et Marie récite:

«Une fois deux fait deux. Deux fois deux font quatre. Trois fois deux font six. Quatre fois deux font sept. Cinq fois deux font quinze. Six....

--Holà! crie la maîtresse, ce n'est pas ça! Quatre fois deux font huit; cinq fois deux font dix. Et combien font six fois deux?

--Six fois deux font neuf, répond Marie.

--Non, non, ce n'est pas ça! Tu ne sais pas tes tables de multiplication. Compte alors de un à cent.»

Marie commence à compter. Tout va bien jusqu'à douze, mais ensuite elle dit: quinze, vingt, dix-sept, cent. Elle y est bien vite comme ça, mais, à vrai dire, beaucoup trop vite.

XXXII. Le Thé.

A présent, Marie veut jouer à autre chose; mais à quoi? Si l'on jouait au thé: elle a un si joli service à thé. C'est ça, ce sera amusant.

Marie pose sur sa petite table un plateau sur lequel elle met la théière, le pot au lait, le sucrier, quelques tasses et des soucoupes et enfin une boîte avec de jolies petites cuillers. Maman met des feuilles de thé dans la théière, mais très peu, car le thé ne doit pas être trop fort. Rose ajoute de l'eau bouillante et maintenant Marie laisse infuser le thé sous le joli petit chauffe-thé que sa maman lui a fait.

Henriette et Ninette vont dans l'autre chambre. Elles doivent venir en visite chez Marie.

Elles frappent: toc toc.

«Entrez,» crie Marie.

Deux petites dames entrent dans la chambre. «Bonjour, Madame, vous allez bien?

--Très bien, merci, Madame; et comment allez-vous?

--Très bien, Madame. Quel temps, n'est-ce pas? Il y a de la neige partout et ces méchants gamins vous jettent des boules.

--Asseyez-vous donc, mesdames. Puis-je vous offrir une tasse de thé?

--Avec plaisir, Madame.

--Prenez-vous du sucre et du lait?

--Volontiers, dit Ninette.

--Vous aussi, Madame Henriette?

--Du sucre, mais pas de lait, s'il vous plaît.»