Part 18
Le Seïhoun et le Djeïhoun (province d’Adana). La Sakkaria, le Yechil et le Kizil-Irmak, sans compter le Tigre et l’Euphrate qui se jettent dans le golfe Persique et que l’on peut rendre navigables sur une grande étendue de leur parcours.
Il suffira en général de couper la barre qui obstrue l’entrée des rivières en resserrant leur embouchure au moyen de jetées ou d’estacades et à l’intérieur de réduire la largeur du cours d’eau au moyen de digues submersibles là où le tirant d’eau fait défaut. Souvent des épis suffiront pour concentrer les eaux dans le thalweg. On peut estimer que les travaux les plus urgents à exécuter pour rendre les principaux de ces cours d’eau navigables ne dépasseraient pas plus de L. T. 435,000.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Il est presque certain que le produit des droits de péage et de transport à percevoir des voyageurs et marchandises circulant tant sur les routes ordinaires que sur les voies ferrées à construire suffiront à couvrir les dépenses de construction, d’entretien et d’exploitation de ces ouvrages.
Ainsi donc si le gouvernement, en dehors du concours moral qu’il est dans son intérêt de prêter aux entreprises d’utilité publique, accordait le droit de percevoir un tarif suffisamment rémunérateur pour couvrir les sommes dépensées réellement pour la construction des chaussées et des chemins de fer, ainsi que certaines facilités telles que le droit de posséder et d’exploiter, conformément à la loi sur la propriété, tous les marais à dessécher situés à proximité des ouvrages, de construire des ports et des quais sur les points du littoral avoisinant les travaux primitifs et de percevoir des droits de port et de quai; en conséquence, d’importer de l’étranger, en franchise de douane, tous les objets nécessaires aux travaux, et ce, en conformité du cahier des charges sanctionné par ordonnance impériale, d’exploiter, selon les règlements régissant la matière, les mines qui seraient situées sur le tracé de la route ou de la ligne à construire, de couper gratuitement dans les forêts de l’État tous les bois nécessaires au premier établissement des travaux, à la condition de se conformer au règlement des forêts; il est évident que des capitalistes puissants et sérieux se présenteraient pour l’exécution desdits travaux.
Les droits de port, de quai et d’échelle suffiraient, nous en sommes plus que sûrs, pour indemniser en général les capitalistes des dépenses qu’ils auront à faire pour ces diverses constructions. Quant aux routes et chemins de fer, plus leur réseau s’étendra, plus naturellement la production du pays et par conséquent le transport par voie ferrée et la circulation sur les routes augmenteront; en outre, la richesse du pays et les facilités d’échange que, par la position du pays, ces travaux développeront, seront un moyen sûr d’augmenter les relations commerciales et autres avec l’Europe, l’Asie et les autres parties du monde; ces diverses considérations convaincront les entrepreneurs de ces travaux de la possibilité de récupérer les dépenses qu’ils auront à supporter ainsi que les bénéfices qu’ils sont en droit d’attendre.
Pour en venir aux desséchements de marais, les travaux seront toujours compensés, soit par la concession conformément à la loi sur la propriété des terrains submergés appartenant à l’État, soit par la contribution des propriétaires qui profiteraient du desséchement et de l’assainissement de leurs propriétés, soit encore par l’abandon, de la part des propriétaires qui ne voudraient pas se soumettre à cette contribution, d’une partie de leurs terres à l’entrepreneur des travaux de desséchement; ces avantages ne sont-ils pas de nature à indemniser largement les entrepreneurs des dépenses qu’ils auront à leur charge?
Les dépenses à faire pour les irrigations pourront être couvertes par la perception de droits d’arrosage sur les terrains appartenant à des particuliers.
Tous les travaux détaillés ci-dessus peuvent donc être exécutés sans imposer au Trésor de l’État aucune subvention pécuniaire ni garantie d’intérêts, mais seulement moyennant, comme il a été dit plus haut, la concession de certains droits et de certaines facilités.
Rapport du Ministre des travaux publics
--Novembre 1880.
II
ANALYSE DES EAUX THERMALES DE BROUSSE
... La localité la plus connue et la plus célèbre sous le rapport des eaux thermales en Asie-Mineure est sans contredit la ville de Brousse.
Au pied oriental d’un des contreforts de l’Olympe, dont la hauteur, selon M. Texier, est de 1,930 mètres, on voit échelonnées sur une ligne dirigée du nord-est au sud-ouest toute une rangée de sources chaudes, dont l’altitude est à peu près celle de la ville de Brousse, que M. Texier a déterminée à 305 mètres.
Parmi ces sources les principales sont celles de:
1º Eski Kaplidja ayant une température de 36° Réaumur (44° centigrades);
2º Tchekirgué, 36° (44°);
3º Kara-Moustafa;
4º Bouyouk Kukurtlu, 65° (90°);
5º Yeni Kaplidja, 66° (92°).
M. le docteur Noé, pharmacien prussien, employé depuis longtemps au service de la Porte, s’est occupé de l’examen chimique et thermomatique de plusieurs de ces sources; les nºs 2, 3, 4 et 5 ont été consignés dans l’ouvrage médical que M. Rigler a publié sur l’état sanitaire de Constantinople et des provinces ottomanes. Il résulte de ces observations que toutes les sources susmentionnées renferment de la soude et sont par conséquent alcalines; que, dans toutes, à l’exception de la source de Yeni Kaplidja, les sulfates et les carbonates prédominent; et qu’enfin toutes contiennent l’acide carbonique libre, quoique en très petite quantité.
Ce qui les distingue particulièrement entre elles ce sont d’abord les proportions très variables entre les sulfates et les carbonates, et ensuite la différence des bases qui figurent dans ces sels; ces bases n’étant dans toutes les sources susmentionnées que la soude, l’alumine, la chaux et la magnésie, elles s’y présentent dans des proportions très différentes sous la forme soit de sulfates, soit de carbonates, ainsi qu’on le voit dans le tableau suivant, dont les chiffres y représentent les fractions d’un gramme telles qu’elles résultent de l’analyse de 10,000 grammes d’eau:
SOURCE DE Tchekirgué Kara- Bouyouk- Yeni- Moustafa Kukurtlu Kaplidja
Carbonates 14,291 4,454 1,880 4,073 Bicarbonate de chaux 12,890 2,621 1,880 3,352 Bicarbonate de soude 00,521 » » » » 0,721
Sulfates 01,249 2,314 5,178 4,807 Sulfate de soude 00,020 » » 0,453 2,395 Sulfate d’alumine 00,206 » » » » 0,918 Sulfate de chaux 00,001 1,833 2,375 » » Sulfate de magnésie 01,022 0,481 2,350 1,494
Hyperchlorate de soude 00,016 0,166 » » 9,945
On voit que malgré le peu de variété dans les substances que contiennent ces sources, elles offrent de très notables différences dans les combinaisons et les proportions de ces substances; la source de Yeni Kaplidja se distingue surtout par sa nature décidément alcaline, qui se traduit par un goût salé très prononcé, tandis que la plupart des autres sources ont un goût plutôt acidulé et qui, après son refroidissement, est parfaitement potable.
Nous ne possédons sur les sources thermales de Brousse aucun renseignement qui se rapporte à une époque antérieure à l’ère chrétienne. Ainsi la visite de l’empereur Constantin aux eaux de cette ville est peut-être le fait le plus ancien à l’occasion duquel ces thermes aient été mentionnés. M. Daubigny cite un curieux passage de Paulus Silentiarius, dignitaire de la cour de Justinien, qui, dans un poème écrit en un grec un peu barbare, parle des eaux thermales de Pithya, en Bithynie, qui évidemment est la ville de Brousse d’aujourd’hui. Il s’étend sur les propriétés curatives de ces eaux, et, après avoir discuté d’une manière assez rationnelle la question de l’origine des sources chaudes en général, il s’écrie avec enthousiasme, «ce fut ainsi que ce fluide embrasé et pétillant se fit jour pour le salut du genre humain, auquel il sert d’Hippocrate inanimé et de Galien sans science».
A ce témoignage de Paul nous pouvons en ajouter plusieurs autres non moins remarquables. Déjà Procope, qui écrivait au VIe siècle sous le règne de Justinien, nous fournit un passage très intéressant sur les eaux de Brousse: «Chez les Bithyniens, dit-il, dans une ville nommée Pithya, on voit jaillir des eaux chaudes. Justinien y déploya une magnificence digne d’un empereur. Il y fit élever un nouveau palais et construire des bains publics dans l’enceinte desquels les sources chaudes se trouvèrent renfermées. En conduisant jusque dans ces lieux des eaux douces et fraîches qui se trouvent à une grande distance, il tempéra la chaleur incommode qui y régnait auparavant.»
Théophanes nous apprend qu’en l’année 525 l’impératrice Théodora alla prendre les eaux chaudes de Pithya accompagnée d’une suite de 4,000 individus attachés à sa personne.
Il paraît qu’après Justinien les eaux de Brousse continuèrent à jouir d’une grande renommée auprès de la cour de Byzance, car Cédyene dit positivement que l’impératrice Irène et son fils allèrent prendre les eaux à Brousse «Προὐση θερμἠσαι».
P. DE TCHIHATCHEFF.--_Asie-Mineure_ (1re partie: Géographie physique comparée, ch. VII.)
TABLE DES MATIÈRES
Pages PRÉFACE 7
PREMIÈRE PARTIE LE PAYS.--LES MŒURS.--LES HABITANTS.
Chapitre I. LA VILLE DE BROUSSE. Le vilayet de Hudavendighiar. Brousse, l’ancienne capitale. La ville sainte. La route de Moudania. Les rues de Brousse. L’activité commerciale. Le khan. Le bazar. Le tcharchi. Nonchalance et misère. Les amusements. Les semaines des trois dimanches. Le kief. Les jardins de Set Bachi. Le théâtre de Brousse. Molière et Shakespeare en Asie-Mineure. S. A. Ahmed Vefik Pacha. La promenade d’Adjemler. La colonie européenne. Les communautés chrétiennes et la tolérance religieuse. Les mosquées, les turbès, les fondations pieuses 27
Chapitre II. LES EAUX THERMALES. Les bains de Brousse. Une future station balnéaire. Yeni et Eski Kaploudja. Kara Moustapha. Le village de Tchekirglé 48
Chapitre III. MOUDANIA. Un campement sur le golfe de Ghemlek. Le grec moderne. Arnaout Keuy. La saison des bains de mer. Les soirées. Les maisons. Les Grecques et les Arméniennes. Une source sainte 53
Chapitre IV. LA JUSTICE ET LES JUGES. I. Les tribunaux turcs. Le konak du gouverneur. Les cafés. Les faux témoins. La salle des pas perdus. Une audience au tribunal mixte. Les procès sans fin. Doléances d’un Français 60 II. Portraits de magistrats. 76 III. Chez le juge d’instruction. 83 IV. L’élément chrétien dans les conseils provinciaux. 88
Chapitre V. DANS LA MONTAGNE. I. Les paysans. Une chasse à l’ours. Mon ami sir Edwin. Un ours à tuer. En route pour la montagne. L’arrivée au village. La chambre d’hospitalité. Le _mouktar_. Pendant le café. De grands enfants. Histoire de bottes. Les médecins malgré eux. Le repos. Les puces et autre vermine. Idée originale d’un muletier. Les fusils à treize francs. Dans la forêt. Les rabatteurs. L’ours invisible. Le retour en ville. Les chacals 92 II. L’ascension du mont olympe. L’excursion à faire. L’Olympe vierge. Le kiosque impérial. Les lits d’anciens torrents. La forêt. Le premier plateau. Le deuxième plateau. Une oasis dans un désert de pierres. Le troisième plateau. La montée à pied. Le panorama 102 III. Histoires de bandits. Un conte des _Mille et une nuits_. Les _Grandes Compagnies_. La bande de Salonique. Le chef hellène Ghika. La bande hellène de Ghemlek. Le brigand Koko. La bande de Janina. Les brigands d’Aïdin. Le farouche Emin. Une bataille rangée dans le district de Caterine. Histoire du bandit Catchégani. Histoire du bandit Pistchi Osman 107
Chapitre VI. LE SOLDAT TURC. 125
Chapitre VII. LES INCENDIES. Au feu! Fréquence des incendies. Indifférence des habitants. Les coffres turcs. Simplification du déménagement. Les pompiers du comte Edmond Schekenyi. Les _toulombadji_. Les incendies en Asie. Le feu hygiénique. Les communautés et leurs pompes. Un incendie à Brousse. Comment on sonne le tocsin. Les cafés. Où un pacha administre à ses sujets une volée de coups de bâton. Tentative de révolte des prisonniers 134
Chapitre VIII. LES SŒURS DE CHARITÉ. La clientèle catholique en Orient. Actes blâmables et complaisances coupables. Retour à la politique traditionnelle. Les sœurs de Charité à Brousse. Création d’un petit hôpital français 147
Chapitre IX. EN ROUTE. UN ACCIDENT. Le départ. Les zaptiés d’escorte. Histoire de voleurs. A travers la plaine. Les gendarmes cafetiers. L’heure du déjeuner. Un accident. Sous un platane. A mes amis de Paris. Sous la tente. Le brancard. Les enchères. Une dangereuse méprise. Un médecin d’ambassade 157
Chapitre X. LA SAGESSE TURQUE EN ASIE. Proverbes 170
DEUXIÈME PARTIE LES PRODUCTIONS.--L’INDUSTRIE.--LE COMMERCE.
Chapitre I. LES VINS DE BROUSSE. I. La récolte des raisins 181 II. La fabrication des vins 185 III. Les vignes dans l’intérieur 189
Chapitre II. L’INDUSTRIE DE LA SOIE. I. Les centres de production 192 II. Les procédés de fabrication 195 III. Les muriers, les graines, les magnaneries, le système Pasteur 199 IV. La récolte séricicole de 1880-81 208 V. Avantages que présenterait la création à Brousse d’une condition des soies 216
Chapitre III. LES TAPIS DE SMYRNE. I. Procédés de fabrication 220 II. Maisons de Ouchak. Prix moyens. Le commerce général. Les dessins 222 III. Les tapis de Gheurdès et de Koula 225
Chapitre IV. LES MINES D’ÉCUME DE MER DE ESKI-CHEIR. Les puits d’extraction. Les mineurs. Un consul persan en tournée. Les blocs bruts. Le séchage. Le triage. L’emballage. Prix de vente. Impôts et redevances. Tracasseries administratives 227
Chapitre V. L’AGRICULTURE. I. La situation des agriculteurs et le crédit agricole 235 II. La production des céréales 239 III. Le bétail 240
Chapitre VI. LA MINOTERIE. I. Les moulins à Brousse 242 II. Les blés et les farines 244 III. Les moulins turcs de l’intérieur 247
Chapitre VII. LES FORÊTS DU HUDAVENDIGHIAR. I. Difficultés d’exploitation 249 II. Tableau des forêts des sandjaks de Brousse, de Karassi, de Kara-hissar, de Kutahia 252
Chapitre VIII. LES VOIES DE COMMUNICATIONS. I. Les Routes 254 II. Les Rivières 258 III. Le chemin de fer de Moudania à Brousse 259 IV. La poste dans l’intérieur 263
Chapitre IX. PRINCIPALES PRODUCTIONS. MINES. INDUSTRIES. I. L’opium, les olives, le coton 269 II. Les mines 271 III. Industries diverses 273
Chapitre X. TABLEAU DES PRIX MOYENS DES MARCHANDISES à l’importation et à l’exportation dans le vilayet de Hudavendighiar 276
ANNEXES
RAPPORT de S. E. Hassan-Fehmi Pacha sur les travaux publics nécessaires à entreprendre en Turquie d’Asie 281
ANALYSE des Eaux thermales de Brousse 310
Tours.--Imp. E. Mazereau.
Extrait du Catalogue de la BIBLIOTHEQUE-CHARPENTIER
13, RUE DE GRENELLE-SAINT-GERMAIN, PARIS
à 3 fr. 50 le volume
P. LANFREY Histoire de Napoléon Ier (Les tomes I à V sont en vente).
JURIEN DE LA GRAVIÈRE Guerres maritimes, sous la République et l’Empire, avec les plans des batailles navales du cap Saint-Vincent, d’Aboukir, de Copenhague, de Trafalgar et une carte du Sund. 6e édition 2 vol.
ALFRED MICHIELS Histoire secrète du gouvernement Autrichien 1 vol. L’invasion prussienne en 1792 et ses conséquences 1 vol.
THÉOPHILE LAVALLÉE Histoire des Français, depuis le temps des Gaulois jusqu’à nos jours. 20e édition, développée de 1814 à 1848 et continuée sur le même plan, jusqu’en 1874, par M. Frédérick Lock 6 vol. Tome I.--Les Gaulois.--Les Francs.--Les Français jusqu’en 1328. Tome II.--Les Valois (1328-1589). Tome III.--Les Bourbons (1589-1789). Tome IV.--Révolution.--Empire (1789-1814). Tome V.--Restauration.--Monarchie constitutionnelle (1814-1848). Tome VI.--Deuxième République.--Second Empire.--Troisième République (1848-1874). Géographie physique, historique et militaire, ouvrage adopté pour l’École militaire de Saint-Cyr. Nouvelle édition, entièrement refondue, corrigée et augmentée, par. M. P. Martine, agrégé d’histoire, ancien élève de l’École normale supérieure, ancien professeur de l’Université 1 vol.
E. MASSERAS Un essai d’empire au Mexique 1 vol.
CHARLES NODIER Souvenirs de la Révolution et de l’Empire 2 vol.
JEAN WALLON Le Clergé de quatre-vingt-neuf 1 vol.
Paris.--Imp. E. CAPIOMONT et V. RENAULT, rue des Poitevins, 6.