En Pénitence chez les Jésuites: Correspondance d'un lycéen

Part 26

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On peut s’attendre à ce que l’Université, ou du moins la partie la plus avancée de l’Université, s’emploiera de tout son pouvoir à effacer la distinction connue entre les _deux jeunesses_: l’une neutre, c’est-à-dire, en réalité, sans croyance aucune, l’autre franchement croyante. Commencera-t-elle par montrer patte de velours, ou osera-t-elle immédiatement sortir ses griffes? Dans le premier cas, nos jeunes gens feront bien de se défier des avances tant soit peu louches et, tout en se montrant bons élèves et bons camarades, de se tenir sur une grande réserve.

Dans le second, sans prendre des airs de bravade, ils sauront témoigner que la menace ne les touche pas, de si haut qu’elle puisse venir, et ils avertiront parents ou tuteurs de ce qui se passe. Ceux-ci aviseront sans retard à faire respecter le droit de leurs enfants à un traitement équitable et, si on ne leur rend pas justice, ils en appelleront hardiment à l’opinion publique par la voie de la presse. De même, chaque fois que, dans l’enseignement ou la discipline, il se produira un écart de quelque importance ou un scandale, ils regarderont comme un devoir de crier au loup. Ainsi surveillés de près et sûrs d’être rappelés à l’ordre pour chacun de leurs errements, les professeurs apprendront à s’observer et à observer les convenances de leur charge.

Mais, objecteront certains, ils seront peut-être tentés de prendre leur revanche, quand arrivera le redoutable moment des examens, en refusant le témoignage obligatoire de satisfaction aux élèves cléricaux et en leur fermant, du même coup, l’entrée des carrières de l’État?

Il sera, je crois, possible de prévenir cet inconvénient. L’Université n’aura aucun intérêt à compromettre aux examens le succès des élèves intelligents et travailleurs, les plus capables, les seuls capables de faire honneur à son enseignement. Que nos jeunes gens donnent l’exemple du travail consciencieux; qu’ils ne fournissent, de parti pris, à personne, un sérieux sujet de plainte par leur conduite; que dans les compositions ils enlèvent les meilleures places; bref, qu’ils forcent l’estime de leurs nouveaux maîtres en même temps que celle de leurs camarades, et ils n’auront rien à craindre pour leurs examens.

Que si, pourtant, l’athéisme officiel, s’obstinant jusqu’au bout dans son abominable entreprise sur la liberté des âmes, prétendait contraindre nos enfants à opter entre les faveurs de l’État et une apostasie, est-il besoin de dire ce que commanderaient le devoir et l’honneur? Il faudrait répondre par un souverain mépris à ce pouvoir marchandeur de consciences et lui rejeter en plein visage ses infâmes propositions.

A voir comme on traite nos magistrats et nos officiers, trop fiers pour lécher les bottes ou les bottines ministérielles, est-ce que ces carrières sont donc aujourd’hui si enviables? Il en reste assez d’autres plus sûres et plus indépendantes, le commerce, l’industrie, l’agriculture, où l’intelligence et l’énergie de volonté savent toujours trouver leur emploi et le succès. On y trouve mieux encore: un bonheur tranquille, la liberté de prier Dieu sans crainte des dénonciateurs, mille occasions de rendre service à ses semblables, et aussi, quand leur estime vous a porté aux assemblées électives, le droit de parler haut aux tyranneaux officiels et d’empêcher une partie du mal qu’ils voudraient faire.

Et ne pourrait-on pas dire aujourd’hui qu’en elles réside l’âme de notre pays? Si cela est, quelle noble ambition pour un jeune homme au cœur bien né que de contribuer pour sa part à moraliser cette âme, afin qu’elle arrive quelque jour à secouer le joug odieux qui pèse sur elle et à reconquérir ses vieilles destinées chrétiennes!

Pourquoi donc les Comités de défense religieuse n’inscriraient-ils pas dans leurs statuts la protection des jeunes chrétiens qui se destinent à ces carrières? Pourquoi ne profiterait-on pas des facilités qu’offre la loi sur les associations pour fonder des syndicats, ayant pour but spécial de favoriser les agriculteurs, les commerçants et les industriels catholiques par tous les moyens légaux, y compris certaines mesures d’exclusion? Puisqu’on nous met la paix à des conditions inacceptables, pourquoi la chercher plus longtemps? Mieux vaut la guerre franche qu’une paix honteuse.

Pardonne-moi: je n’ai pas trouvé le temps d’être plus bref.

Ton frère,

JEAN.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos V

LETTRES DE RHÉTORIQUE

Oct. 1-2. Arrêt paternel. La grande sœur 1 7. Internement: vue d’ensemble du collège 6 9. Entrée en cour: premiers amis 8 10. Classe: aperçu général 11 15. Notes hebdomadaires 14 20. L’ami Jean: premier sacrifice 16 22-27. Troubles sur le devoir chrétien. Visite à l’aumônier 19 Nov. 1-3. Retraite et conversion 23 7-15. Idées nouvelles sur la religion et l’éducation 26 24. Les élèves 32 Déc. 5. Les supérieurs 36 14. Les surveillants et les professeurs 39 22. Le P. Spirituel: faute et réparation 45 Janv. 4. Visite de papa 49 10. Les Rois Mages 54 16. La comédie au collège 58 30. Séance académique 61 Fév. 12. Les auteurs classiques: _lecture_ et _prélection_ 66 22. Les jours gras: loterie et visite aux Petites-Sœurs 73 28. L’infirmerie 78 Mars. 8. Concertation de la classe de quatrième 79 15-26. Le _Ratio_ ou la méthode d’enseignement des Jésuites 84 Avr. 5-25. Vacances de Pâques 101 31. Convention entre frère et sœur pour leur bien mutuel 108 Mai. 5-10. Consultation d’un ami troublé: le remède 113 13. Le baccalauréat et le _chauffage_ 118 22. _Sabbatine_: Lettres et Sciences 124 Juin. 2-6. Première Communion. L’ami converti 131 18. Compositions pour les prix et bains de rivière 137 22. Les jeux au collège 142 27. Souhaits de fête 148 30. Les charges honorifiques 151 Juil. 2. Petite émeute au lycée 130 5. Discipline du collège: pères et religieux 162 10-10. Fête du P. Recteur: les _Anciens_, les jeux 172 15-22. Scandale au lycée: impressions et remède 183 23. La Congrégation 190 Août. 2-5. Le premier diplôme: récompense 197 16. Pélerinage à Lourdes 204 Sept. 1. Lettre du professeur 208 8. Lettre du P. Spirituel 209 12. Les vacances d’un ami 211 Oct. 8. Rentrée en Philosophie 216 10-14. Préfet de Congrégation et Président d’œuvre 218

JOURNAL DE PHILOSOPHIE

Oct. 15. La logique 225 18. Congé à la campagne 225 22. Retraite annuelle 226 30. Les Frères jésuites 227 Nov. 1. La fête des Morts 231 13. Saint Stanislas Kostka 232 20. Conférence des Anciens élèves 232 25. Sainte Catherine, patronne des Philosophes 235 30. Sortie du mois et comédie 235 Déc. 3. Saint François Xavier: causerie d’un missionnaire 238 6. Saint Nicolas 238 8. Congrégation des Anciens 238 25. Fête de Noël et des Enfants pauvres 238 27. Fête du professeur 240 28. Les Innocents 241 30. Résultats du premier trimestre 242 Janv. 3. Fêtes du jour de l’an 242 7-25. Maladie de cœur: un _chou_ 243 Fév. 5. Vœux solennels d’un Père 246 13. Réjouissances des jours gras 247 15-16. Mort d’un condisciple 248 Mars. 7. Séance de Philosophie: le transformisme 251 19. Visite aux Petites-Sœurs 255 25. Réception d’un Congréganiste 256 30-31. Jeudi saint et Vendredi saint 256 Avr. 2. L’_Alleluia_ et les œufs de Pâques 258 15. Dernière rentrée: préoccupations d’avenir 259 17-19. Confidence d’un futur novice 260 24-30. Conférence sociale au collège (M. de Mun) 264 Mai. 7. Revue militaire 266 17. Promenade de faveur en montagne 268 28. Conférence des _Anciens_ sur _la jeunesse et ses détracteurs_ 271 Juin. 4. Adieux aux Enfants pauvres 274 9. Procession du Sacré-Cœur 276 13-18. Retraite de fin d’études: vocation décidée 277 29. Conversion de papa 281 Juil. 4. Fêtes du P. Recteur 283 16. Fête des adieux en Congrégation 283 31. Fête de saint Ignace: adieux au collège 284 Mars 1903. _Aujourd’hui_ 286

Appendice de la seconde édition

QUELQUES DIFFICULTÉS

Juin 1903. I. _Plongeon_ et retour au bien après le collège 289 Juillet 1903. II. Causes des défections après le collège 296 Août 1903. III. _L’Idéal_ et le _réel_ dans l’enseignement 307 IV. Le principe religieux et la morale sociale dans l’éducation 313 Avril 1904. V. Le rapport Buisson sur la suppression de l’enseignement congréganiste 318 VI. Que faire pour sauver l’âme de nos enfants? 324

Paris.--Imp. P. TÉQUI, 92, rue de Vaugirard.