Emile et les autres

Part 8

Chapter 8573 wordsPublic domain

Pas plus de physionomie qu’un grillon ou une fourmi, à cela près que la face de ceux-ci fait penser, si l’on veut, à un seau à charbon, tandis que la sienne évoque plutôt l’idée d’un bijou bien ciselé ou d’un fragment de jade: «On aura presque autant de plaisir à les observer qu’à considérer le plumage, les manœuvres et le vol de plusieurs espèces d’oiseaux...» Et Lacépède, cité pour la dernière fois, a parfaitement raison quand il s’exprime de la sorte. Car, si Buffon et ses disciples immédiats accueillent l’erreur avec une immense indulgence lorsqu’il s’agit des faits particuliers, on ne saurait leur contester la faculté d’ouvrir larges leurs tabliers quand il pleut des vérités premières et des considérations générales.

Le printemps de 1917 me retrouva en congé de convalescence dans ma ville natale. Printemps seigneurial, épanoui, généreux, qui succédait au plus rigoureux des hivers. Ma sœur et moi, penchés vers le vase de vieux rouen, guettions le réveil de Zompette. Elle allait entrer dans la cinquième année de sa vie.

Je ne savais pas alors qu’elle ni ses pareilles ne vivent guère plus de quatre ans.

XIII

SALTAVIT ET PLACUIT

Charmante, mais stupide... Stupide, mais charmante... Une figure dépourvue de toute expression, mais ravissante. Je pense à ces _sisters_ de music-hall, aux visages aussi _impersonnels_ que celui de Zompette, mais à qui nous sommes reconnaissants, maquillés qu’ils sont par les lumières de la rampe comme Zompette par le reflet du feuillage, de flatter un instant nos yeux.

Je pense encore aux dernières phrases de la préface que Pierre Louÿs consacra à la biographie de sa fictive Bilitis, laquelle avait chanté et dansé sa vie, et plu aussi longtemps que sa frêle personnalité compta aux registres de ce bas monde.

Le printemps! Les mouches abondaient, tous les insectes s’étaient réveillés, les grillons allaient prendre leur costume nuptial, le dieu archer crépitait lumineusement de toutes ses flèches contre le vase de vieux rouen. Et Zompette, sourde aux appels de la lumière et de l’amour, persistait à ne point surgir de son abri entre sable et mousse...

Comme mon congé allait finir, je me décidai à enlever la mousse avec précaution... Il n’y avait plus, sur le sable clair, qu’un petit squelette aplati, minutieusement intact, mais curieusement réductible en poudre menue, dès que mes doigts voulurent le toucher.

Je vidai le contenu du vase de vieux rouen sur le balcon.

Le vent y laissa le sable et emporta dans sa danse les restes de Zompette.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

Pages

Préface 7

I. Emile ou de la Personnalité chez les Bêtes 19

Livre premier: Psychologie humaine et Psychologie animale 25 Livre deuxième: Du Plagiat ou de la «Singerie» chez la plupart de nos familiers 37 Livre troisième: Individualité et Personnalité 51 Livre quatrième: Emile et... 73 Livre cinquième: ... les Autres 87 Livre sixième: Les Autres... et Emile 97 Livre septième: Le Temps et les Bêtes 125 Livre huitième: La Mort 139 Livre neuvième: Immortalité et Personnalité 148

II. Coco, cacatois 163

III. Zompette, la Grenouille verte 173

Prologue 175 La Forêt à l’Automne 177 Rencontre de Zompette 183 Portrait de Zompette 186 Pourquoi si peu de révérence vis-à-vis de mes illustres devanciers? 195 De l’Habitat qui sied à Zompette captive 199 Réputation usurpée de Zompette 203 Les Menus de Zompette 206 L’Automne et le Sommeil 213 Le Printemps 219 Le Rappel de l’Onde 229 Eclaircissement d’un Mystère 232 Suite et Fin des Annales de Zompette 237 _Saltavit et placuit_ 249

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