Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

Chapter 9

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Thomas Bartholin vit une Danoise qui en offrait trois, dont deux étaient placées dans leur situation naturelle, et l'autre à la partie inférieure du _sternum_, en sorte qu'elles représentaient une espèce de pyramide renversée. Tout le monde sait que la belle Anne de Boulen, épouse de Henri VIII, roi d'Angleterre, avait, outre six doigts à chaque main, trois mamelles à la partie antérieure de sa poitrine. Un moine de Corbie rapporte avoir vu une paysanne qui nourrissait trois jumeaux de quatre mamelles indistinctement, dont deux étaient situées au-devant de la poitrine, et les deux autres au dos.

Les mamelles bien proportionnées sont un des principaux ornements des femmes, particulièrement lorsqu'elles sont accompagnées d'une gorge bien taillée et recouverte d'une peau fine. Il faut aussi qu'elles soient blanches, rondes, et médiocrement écartées l'une de l'autre; qu'elles ne soient placées ni trop haut, ni trop proche des aisselles; et enfin qu'elles ne soient ni trop grosses, ni pendantes: voilà les conditions qu'elles doivent avoir pour être belles et propres à donner de l'amour; mais ce ne sont pas les meilleures ni les plus capables de contenir le lait.

En nul endroit du corps, la peau n'est si fine, si délicate, si lisse, si douce au toucher et si blanche qu'aux environs des mamelles. Là les téguments ont acquis une telle ténuité, qu'ils sont entièrement transparents et laissent facilement apercevoir les ramuscules veineux qui serpentent agréablement dessous, notamment dans le voisinage de la portion rosée, et dont la couleur bleuâtre, en formant un heureux contraste avec la blancheur de la peau, en relève si fortement l'éclat, et donne tant de lustre à la beauté du sein. Ces globes, au reste, plaisent d'autant plus à la vue que cette belle portion de la peau est plus tendue par des glandes mammaires volumineuses, et que la femme jouit de plus d'embonpoint. Il est cependant des personnes fort maigres naturellement dont ces glandes sont si développées que, malgré cet état, elles offrent un sein solide, bien tendu, et de la plus grande beauté.

C'est à la partie centrale de chaque moitié des parois thoraciques qu'est situé le sein dans sa belle conformation. Trop dégagés en dehors et portés sous les aisselles, ces organes laissent entre eux un grand vide, peu agréable à la vue, et peuvent éprouver, de la part des bras portés en bas et surtout en dedans, des pressions plus ou moins fortes dont la fréquence nuit à leur développement, les déforme et même les atrophie. Trop rapprochés du centre de la poitrine, ils se confondent l'un avec l'autre, et de ce défaut de dégagement résulte l'imperfection de ces rotondités élégantes qui concourent tant à la beauté physique du sexe. Trop relevés vers le cou, les seins confondent leurs brillants contours avec ceux de l'épaule, reçoivent des chocs continuels des mouvements brusques de la clavicule, et sont sans cesse exposés à l'influence nuisible de l'atmosphère, dont la femme ne peut se garantir que par des vêtements grotesques et répudiés par la véritable coquetterie. Situés trop intérieurement, ils semblent rapprocher les femmes des animaux mammifères, et demandent à être relevés sans cesse par des corsets, dont la pression continuelle peut porter les plus fâcheuses atteintes à ces organes délicats.

La figure des beaux seins est ronde, et représente un demi-globe; mais les bons nourriciers, au contraire, sont avancés en dehors, et ressemblent à une poire, tels sont en général ceux des Comtoises; ce qui fait qu'ils ont de la peine à se soutenir, principalement quand ils sont pleins de lait.

On ne peut pas bien déterminer leur grandeur; elle varie suivant les nations: les Indiennes et les Siamoises les ont si longs, qu'elles peuvent les jeter par-dessus leurs épaules. Ils différent encore suivant les individus; quelques femmes les ont naturellement petits et d'autres gros; ces dernières sont les meilleures nourrices, pourvus qu'ils ne soient pas trop charnus. Leur grosseur dépend aussi de l'âge; ils commencent à pousser à 14 ans, ils ont alors la figure d'un demi-globe; ils sont petits, mais durs et fermes; ils grossissent à mesure qu'elles avancent en âge; ils se flétrissent aux femmes qui approchent la cinquantaine; et plus une femme vieillit, plus elle les a mous et flasques, n'y restant plus à la fin que des peaux.

Le mamelon est une petite éminence qui s'élève au milieu de la mamelle; il est d'une substance spongieuse, assez semblable à celle du gland de la verge, c'est pourquoi il se relève, se gonfle et se roidit lorsqu'on le suce ou bien qu'on le chatouille. Il a un rapport intime avec les parties de la génération. Les mamelons se dressent et prennent part aux sensations suscitées dans l'appareil génital par le coït ou autres moyens d'excitation. Les titillations de ces boutons rosés y font naître un sentiment de volupté qui, se communiquant en un clin-d'oeil au siége spécial de la jouissance, embrase la femme et la sollicite puissamment à l'acte de la reproduction. Quels sont les moyens d'une si frappante communication entre des organes si éloignés? Quelques auteurs prétendent que ce sentiment si vif, si agréable, a été donné à cette partie afin que l'enfant y cause en la suçant un doux chatouillement, et que la femme y trouvant un singulier plaisir, elle se porte plus volontiers à donner à téter à son enfant aussi souvent qu'il en a besoin.

Il est reconnu que la succion du lait éveille des sentiments de volupté au bénéfice de l'appareil générateur. Cabanis disait que des nourrices lui avaient fait l'aveu qu'elles devaient à l'enfant qu'elles allaitaient de véritables jouissances. La solidarité des seins, relativement à l'appareil sexuel, est un fait constant; aussi la sécrétion du lait augmente-t-elle généralement sous l'influence de l'excitation de l'organe générateur. C'est le cas dans lequel était cette femme, qui voyait le lait sortir de ses seins quand son mari accomplissait avec elle l'acte du coït. On a dit aussi que l'observation avait utilisé cet acte physiologique, que, voyant les animaux se prêter avec complaisance à la manoeuvre par laquelle on leur enlevait leur lait, on avait établi, dans le but d'en augmenter la quantité, une action directe sur l'organe générateur. Hérodote rapporte que les Scythes introduisaient un bâton poli dans la vulve de leurs juments quand ils leur enlevaient leur lait. Bayeu a raconté que dans les Pyrénées les gens occupés à traire les vaches plaçaient une de leurs mains dans la vulve; enfin, s'il faut en croire Levaillant, les Hottentots soufflent de l'air dans les parties sexuelles des animaux avant de les traire.

La jeune fille devient-elle pubère, aussitôt les seins répondent à l'appel de la matrice, et cette corrélation se reproduit à chaque nouvel éveil de cet organe. Elle se moule en quelque façon sur les conditions dans lesquelles il se trouve. Dans l'état ordinaire de la vie, une action, quelle qu'elle soit, sur l'appareil générateur a toujours du retentissement dans les seins, et réciproquement. Ainsi, une sensation voluptueuse venant directement de l'utérus et de ses annexes est comprise et perçue dans les organes de la lactation; de même les sentiments lascifs peuvent trouver accès près des voies génitales en partant des seins. C'est la raison pour laquelle Hippocrate croyait que le lait venait de la matrice.

N'est-ce pas à cette corrélation, à cette excitation génésique provoquée par l'allaitement qu'il faut attribuer le fait de luxure inouï, diabolique, que rapporte M. le docteur Andrieux? Un enfant, qu'on avait pourvu d'une nourrice jeune et vigoureuse, dépérissait chaque jour. Les parents affligés cherchaient en vain la cause de cet état: on finit par la découvrir. Mais où trouver des mots pour exprimer leur surprise et leur colère, quand ils trouvèrent cette malheureuse, exténuée, délirante, avec son nourrisson qui cherchait encore dans une succion affreuse, et inévitablement stérile, un aliment que les seins auraient pu seuls donner!!! Pour parvenir facilement à son but, elle attendait que le cri de la faim se fît entendre; l'enfant, dans cet instant, ouvre la bouche comme pour chercher le sein, il saisit alors avidement le bout du doigt, ou tout corps quelconque souple et arrondi qu'on place entre ses lèvres, et exerce immédiatement sur lui des efforts répétés de succion.

Les exemples d'une pareille dépravation doivent heureusement être fort rares.

La plupart des filles élevées chez des religieuses ne peuvent, selon ces dernières, plaire au Créateur que par des imperfections. Avoir de la gorge, être belle, sont assurément deux sujets de réprobation; l'enfer, ouvert à celles qui portent un sein arrondi, attend sa proie avec impatience; c'est ainsi que s'exprime le fanatisme dans l'intérieur des maisons d'éducation religieuse. Quelques jeunes filles, adoptant ces idées, prennent chaque jour quelques subtances capables d'interrompre ou d'affaiblir la nutrition: tel est, par exemple, l'usage du vinaigre bu à jeun; en altérant les forces digestives, il arrête le cours des sécrétions ou en diminue l'énergie, d'où le défaut d'accroissement des seins avec l'amaigrissement général qui résulte de cette détestable coutume. Des remèdes aussi dangereux, ou plus violents, employés dans les mêmes vues, doivent donc être bannis sans retour, puisque ce n'est qu'en détruisant la santé qu'ils amènent le changement d'organisation qu'on souhaite.

En 1829, le docteur Récamier publia un ouvrage en deux volumes, intitulé: _Recherches sur le traitement du cancer par la compression méthodique simple et combinée._ M. Récamier, appelé souvent dans les couvents, s'est trouvé à portée d'y faire l'observation suivante:

Dans les couvents, les religieuses, dans le but de réprimer l'envahissement mondain d'une gorge trop volumineuse, compriment les glandes mammaires avec des rondelles d'amadou. Les seins, par le fait de la compression et de l'iode qui se trouve naturellement dans l'amadou, s'atrophient; mais ce que les religieuses de nos jours n'ont pas prévu, c'est que, en raison de la solidarité dont nous nous entretenons, l'appareil reproducteur profite du retrait des glandes mammaires. Or, comme le bassin est l'expression de l'état anatomique et physiologique de la matrice, il en résulte que les hanches et les muscles fessiers des femmes soumises à cette opération acquièrent un énorme développement. Il me reste à savoir si un surcroît de nourriture et de développement de l'appareil générateur n'est pas un obstacle de plus à la chasteté; et si ces intéressantes recluses n'en ressentent pas plus vivement les aiguillons de la chair, que la religion leur défend d'écouter.

Mais il est temps de revenir à notre sujet, duquel nous nous sommes un peu écarté. Le mamelon est rose et petit aux vierges; l'aréole qui l'entoure est d'une teinte plus ou moins foncée, suivant les individus; elle l'est en général davantage chez les personnes qui ont la peau brune, les yeux et les cheveux noirs, que chez les femmes blondes, faibles et délicates. L'étendue de ce cercle est de deux centimètres environ; il s'élargit et prend une teinte plus foncée chez celles qui ont fait des enfants; le mamelon devient livide et gros aux nourrices, et il est noir et flétri chez les vieilles femmes.

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Un ouvrage de ce genre ne pouvant se terminer par des matières médicales aussi sérieuses, nous donnons une fort jolie chanson de M. Aug. Gilles, pour le clore convenablement.

LES TÉTONS.

Air: _Elle aime à rire, elle aime à boire._

J'ai pris pour muse une égrillarde A qui la romance déplaît; Chaque jour elle se complaît A rendre ma muse gaillarde. La gaudriole en mes cartons, A ses yeux offre une lacune, Elle me garderait rancune, ) > _Bis_ Si je ne chantais les tétons.)

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Dans le sein fécond qui le porte, L'homme fait neuf mois de séjour; Impatient de voir le jour, De ses pieds il frappe à la porte. A peine est-il né qu'à tâtons Le jeune espiègle entre en licence, Et, sans égards pour la décence, A sa mère il prend les tétons.

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Chacun de vous a sa manie, Amis; mais je ne doute point Que votre penchant sur ce point, Avec le mien ne s'harmonie. Et je crois bien que nous goûtons Même plaisir et même ivresse, Quand notre main frôle et caresse Tour-à-tour deux jolis tétons.

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Il est un usage contraire A la pudeur qui vous régit; Votre modestie en rougit; Mais elle ne peut s'y soustraire. Belles, quand nous vous accostons, De l'arc-boutant de la nature Votre oeil furtif prend la mesure, Le notre toise les tétons.

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Dumont dit à son fils Hilaire: --Il faut enfin te décider, Et conduire, sans plus tarder, Au temple d'hymen Rose ou Claire. --Papa, mon choix est fait; partons: De Claire la beauté me flatte, Mais elle a la poitrine plate Et sa soeur a de gros tétons.

* * * * *

Paul et Justine se conviennent. L'amour paraît combler leurs voeux; C'est à leurs mutuels aveux Pourtant que l'un à l'autre ils tiennent: Grâce à leurs marchands de cartons, Aux amateurs ils font des niches, L'un avec des mollets postiches Et l'autre avec de faux tétons.

* * * * *

Nature dit à la fillette, Qui les voit poindre en son corset: Craignez que le noeud d'un lacet N'en comprime la peau douillette; Qu'entre leurs deux jolis boutons Le même espace s'interpose: Dans vingt ans où je les pose Qu'Amour trouve encor les tétons.

* * * * *

A notre liberté publique Je tiens par goût et par devoir, Et dans aucun temps le pouvoir Ne m'a fait changer de tactique. Au diable les ventrus gloutons De Villèle et de Bonaparte; Car la liberté sans la Charte C'est une femme sans tétons.

AUG. GILLES.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES.

Avant-propos

Épître Dédicatoire.--Sonnet.--Les pommes

Chap. I.--Des tétons.--De leur pouvoir et de leurs charmes.--De la brune.--Pour la blanche.--Marot.--Marin.--Cyrano de Bergerac.--Vers de Cotin sur une belle gorge.--Boursault.--Le coeur volé.--Parny.--Le crucifié.--La Motte.--Le Poëte sans fard.--Le Pays.--Les deux saints

Chap. II.--Des beaux tétons.--La femme parfaite ou les trente points de beauté.--_Mulieris pulchritudo._--_Le Momus redivivus._--Blason de la belle fille.--Épigramme par le sieur Motin.--Chanson.--Sur le beau tétin.--Les tétons.--Benserade.--Bois-Robert.--La puce de Mme des Roches.--Madrigal.--Les délices de la poésie galante.--Sur une sangsue qui pique le sein de Sylvie.--Le buse.--L'amour sur une gorge rebondie.--Louis XV et la gorge de Marie-Antoinette.--Un amant dans le portrait de sa belle.--Marino.--Voisenon: les tétons de ma cousine.--Madrigal.--Victor Cousin

Chap. III.--S'il est de la bienséance que les dames laissent voir leurs tétons, et s'il est permis aux amante de les toucher.--Molière.--Le petit père André.--Sur les femmes qui montrent leur sein.--Stances sur la défense des gorges découvertes des dames.--La vue d'un sein dégoûtait Louis XIII.--Mlle d'Hautefort.--La gorgée de vin sur un sein découvert.--Le père Barri.--Claude de Pontoux. --La pudeur.--Scarron.--Moyen de parvenir.--La duchesse de Bourgogne.--Mammillaires

Chap. IV.--Du langage des tétons.--Le père Bougeant.--Les Innocents.--Ovide et Corine

Chap. V.--Des laids tétons.--Boileau.--Le Brun.--Régnier.--Sygognes.--Maynard.--Urbain Chevreau.--Antoine Legrand.--Voltaire.--Deguerle.--La métamorphose.--Mercier de Compiègne.--Le fichu menteur

Chap. VI.--Des contrées où les femmes sont le mieux partagées de tétons.--Les tétons des Anglaises.--Les tétons de couvents.--Les tétons africains

Chap. VII.--De l'éloquence des tétons.--Phryné devant l'Aréopage.--La fraise et l'oeuf.--Zadig

Chap. VIII.--Moyens de conserver la gorge.--Les seins postiches.--Mme Tolleret.--Poppée

Chap. IX.--Recettes virginales.--Moyens à employer pour effacer les rides et diminuer l'ampleur du ventre et de la gorge; moyens pour la faire croître à celles qui sont privées de ce bel ornement.--Mémoires de Rochefort.--Fontenelle.--Pommade virginale dite à la comtesse.--Mme de Pompadour.--La coupe d'Hébé.--J. J. Rousseau.--La duchesse de Foix.--Étude physiologique sur les mamelles ou seins.--Cabanis.--L'action de donner à téter procure de véritables jouissances à certaines femmes.--Fait de luxure inouï d'une nourrice, rapporté par le docteur Audrieux.--Inconvénients de comprimer la gorge des religieuses.--Les tétons, chanson finale

FIN DE LA TABLE.

19193. PARIS.--TYPOGRAPHIE LAHURE rue de Fleurus, 9