Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

Chapter 8

Chapter 83,809 wordsPublic domain

«Je le lui portai dans sa chambre. Mais comme il n'y avoit personne pour le recevoir, je le mis sous son lit où elle m'avoit dit de le mettre, et m'en fus causer avec la bonne femme Mme du Tilleul, sous-gouvernante des filles, qui étoit de mes bonnes amies. Comme toutes les chambres des filles, ou, pour parler plus juste, toutes les loges étoient ouvertes, car elles ressembloient proprement à celles des comédiens, j'aperçus, en me promenant avec elle, sur une toilette, des peignes, une boëte à poudre, et tous les autres ingrédiens qui servent à l'ajustement d'une fille, et niant remarqué entr'autres choses une petite boëte de pommade, j'en voulus prendre pour me frotter les mains que j'avois un peu rudes. Je la trouvai toute d'une autre couleur que celle de l'ordinaire, ainsi croiant qu'elle pouvoit servir aux lèvres, où j'avois un peu mal, j'en mis assez imprudemment. Mais je ne fus pas longtemps à m'en repentir, au même temps mes lèvres me firent un mal enragé, ma bouche se rétrécit, mes gencives se ridèrent, et quand je vins à vouloir parler, je fis rire tellement Mme du Tilleul, que je jugeai qu'il falloit que je fusse bien ridicule. Ce qui fut le pis fut que je ne pus presque articuler aucune parole, et, courant promptement à un miroir, je me fus regarder, et me fis tant de honte à moi-même, que je m'enfuis pour me cacher. En m'en allant je trouvai M. le duc de Roquelaure qui entroit pour venir faire la cour à quelqu'une des filles, et étant tout étonné de me voir de la sorte, il me demanda qui m'avoit mis en cet état. Je lui contai naïvement mon infortune, à quoi il me fit réponse, en se moquant de moi, que je n'avois que ce que je méritois, qu'à mon âge je devois savoir qu'il y avoit de toutes sortes de pommade; que celle que j'avais prise n'étoit ni pour les mains ni pour les cheveux, et qu'elle étoit un peu plus rare. Il me quitta après s'être ainsi raillé de moi, et s'en allant dans la chambre de la reine-mère, il lui fit sa cour à mes dépens. Aussitôt tout le monde accourut pour me voir, et voiant que j'avais aprêté manière de rire, j'en aurois ri, tout le premier, s'il m'avoit été permis d'ouvrir la bouche. Cette aventure fut le sujet de l'entretien de toute la cour, pendant plus de huit jours, et on le manda même à Nantes, où le roi étoit, qui pour être si sérieux ne put s'empêcher de rire. Pour moi, j'en avois tout autant d'envie que les autres quand je pensois à cet accident, mais quoi que je m'étuvasse la bouche d'eau fraîche, et tantôt de vin tiède, il n'y eut que le temps qui m'aporta du soulagement.»]

POMMADE VIRGINALE DITE A LA COMTESSE.

Sulfate de zinc 40 gr. Noix de galle ) > 20 gr. Noix de cyprès )

Écorce de grenade ) Feuilles de myrte > 30 gr. Sumac )

Mélangez ces substances pulvérisées avec quantité suffisante d'onguent rosat. Cette pommade a la propriété de resserrer le sphyncter ou muscles constricteurs de la vulve et du vagin trop relâchés.

_Formulaire magistral._

On doit d'ailleurs scrupuleusement observer que tous ces topiques, lotions ou pommades, ne doivent jamais s'employer pendant le tribut lunaire, ou toute autre hémorrhagie utérine; et qu'ils ne sont suivis du succès désiré, qu'en s'imposant la sagesse la plus austère. La femme déjà trompée, et qui s'exposerait encore à l'être, n'est plus digne de notre intérêt, et du motif bien pur qui nous anime à consoler son sexe des injustices du nôtre.

Quant au moyen de s'opposer au développement excessif de la gorge, l'art offre des procédés certains pour réprimer ce luxe de la nature, de même qu'il en présente pour la forcer à accorder ses dons à celles envers qui elle s'est montrée trop avare en ce point; et nous croyons faire plaisir à nos lectrices, en publiant, en leur faveur, le manuscrit suivant, trouvé dans les décombres du délicieux château de _Crécy_, bâti pour la belle _Pompadour_, qui paraît avoir profité de la recette qu'il contient. On sait qu'elle n'obtint que fort tard, le genre d'attrait dont il s'agit ici. On pardonnera à l'auteur ses peintures un peu vives en faveur de son motif.

«Vous m'ordonnez, madame, de consulter l'oracle d'Épidaure, pour ajouter à vos attraits ce que vous seule y trouvez à désirer: que peut, en effet, demander aux dieux, celle qui réunit à la majesté, la douceur; à l'élégance des formes, la régularité des traits; enfin, à l'air imposant de la reine des dieux, la fraîcheur des bergères du Mont Ida? Heureux disciple d'Esculape, je suis appelé, par votre confiance dans mon art, à embellir la beauté même: plus occupé de mon bonheur qu'effrayé de ma témérité, je vais tenter d'unir à vos attraits des charmes nouveaux; et j'ose croire au succès, puisque vos beaux yeux m'encouragent d'un regard.

«Dans ce siècle fortuné, où, renonçant au vain luxe des mots, les savans s'occupent avec succès des choses, on applaudit au novateur heureux qui soulève le voile de la nature, pourvu qu'il en obtienne une réponse.... On veut même que les oracles qu'il surprend à l'antique déesse soient précis, et l'on pardonne à la nudité de ses expressions, pourvu que son but soit moral, c'est-à-dire, tende à la perfection, au bonheur de l'humanité. J'ose donc essayer, madame, de vous apprendre l'art d'acquérir ce nouvel attrait qui fera de vous le modèle de la beauté, et donnera à nos jeunes Françaises la confiance de vous imiter; cet attrait qui anime le poëte, enflamme le peintre, ravit le sculpteur, inspire le musicien, et fait délirer depuis le simple cultivateur sous le chaume, jusqu'au grave philosophe au sein de ses livres poudreux; cet attrait, dont les fières amazones consentaient à sacrifier la moitié pour gagner en adresse ce qu'elles perdaient en appas; cet attrait, dont la pomme de Paris n'offrait qu'une imparfaite image, et qui la fit tomber de ses mains; enfin, cet attrait qui date des premiers jours du monde, si c'est par lui qu'il faut expliquer cette autre pomme plus fatale, auquel le genre humain doit, dit-on, la perte du bien et la connaissance du mal.

«S'il est recherché par les hommes, les femmes s'honorent de l'offrir à nos yeux, c'est l'aiguillon du plaisir, le prélude du bonheur!... C'est le secret de ce don charmant que, sans m'arrêter à le depeindre, je voudrais conquérir pour les femmes qui en sont privées, et quoique ce ne soit point une fiction, c'est dans la fable que je puiserai la leçon que je viens vous offrir.

LA COUPE D'HÉBÉ (ALLÉGORIE).

«Hébé, trop jeune encore, ne comptait que quatorze printemps: le lys et la rose se disputaient ou plutôt se partageaient l'honneur de nuancer son teint.... de grands yeux bleus, où déjà se peignait l'amour sans qu'elle s'en doutât, s'ouvraient lentement sous de noires et longues paupières; un front uni, un nez droit, une bouche de la couleur et de la forme d'un bouton de rose qui s'entrouvre, une haleine qui en avait le parfum, des dents d'un émail opalin, de charmantes fossettes offrant des niches à l'amour indécis[31], un col blanc et onduleux, une taille et flexible et légère, des bras arrondis, des doigts délicats; enfin de petits pieds effleurant à peine les parvis de l'olympe.... Hébé avait tout en partage, et les dieux, auxquels elle versait le nectar dans la coupe de l'immortalité, étaient plus enivrés de ses charmes que de sa liqueur éthérée.... elle réunissait tout.... tout? non.... quelque chose manquait à ses charmes, et ce fut l'orgueilleuse Junon qui s'en aperçut. Hébé entrait dans cet âge où la nature indécise semble n'avoir qu'ébauché son chef-d'oeuvre. Offrant également les attraits des deux sexes, elle n'avait point encore reçu ce double présent qui décèle une vierge et que caresse l'oeil furtif de l'amant timide.... Le dieu de la foudre lui-même, souriant à la remarque de l'auguste Junon, témoigne le désir de voir Hébé parfaite.... Il dit, et fils aussi soumis que galant époux, Vulcain prend la coupe des mains d'Hébé; il en couvre l'un des hémisphères du sein de Vénus, et l'arrondit sur ce modèle à la vue des dieux frémissants d'envie et de volupté. Sous son léger marteau le métal docile s'étend, se contourne, se creuse, et façonnée de même sur le second hémisphère de la belle déesse, naît une seconde coupe. Le dieu de Lemnos les place sur le sein d'Hébé qui, ainsi parée, ressemble à la chaste Pallas; bientôt sous ces deux coupes protectrices son sein s'élève, un double mont bondit, et sa gorge s'accroît sans dépasser ces heureuses limites. Les dieux applaudissent.... Cette ingénieuse invention passa jusqu'en Grèce; l'Inde s'en fit honneur, mais elle se perdit comme tous les usages antiques et fut conservée par les seules Bayadères.... Ces coupes amoureuses furent réservées pour les banquets des dieux, et ce sont elles qui, remises depuis aux mains d'Hébé, désaltèrent encore les fortunés habitants de l'Empyrée, et leur inspirent les désirs, l'espérance et la joie en leur rappelant le moule heureux sur lequel elles furent arrondies.

[Note 31: Portrait exact de Mme de Pompadour.

«Ainsi qu'Hébé la jeune Pompadour A deux jolis trous sur la joue, Deux trous charmans où le plaisir se joue, Qui furent faits par la main de l'Amour.»

_OEuv. de Bernis._]

«C'est ce prodige de la mythologie que l'art veut reproduire pour vous, belles, à qui il ne manque que cet attrait pour être accomplies, et vous aussi pour qui sa possession excusera l'absence des autres.

«En drapant légèrement les formes imparfaites de votre douce amie, jeunes époux, imitez le disque rond de Phébé; échancrez[32] l'étoffe en dessinant les contours absents des attraits que vous désirez; que votre main utilement caressante et instruite à la volupté par le dieu de Délos, sache promener des doigts mobiles sur l'aréole de ce sein non encore développé[33]; que de fréquentes titillations fassent frémir ses fibres; bientôt la papille se gonfle, et les esprits appelés par ces douces frictions enflent les muscles qui, profitant d'une liberté inconnue, se frayent une route nouvelle; une lymphe nourricière baigne les glandes qui se dilatent; le réseau éclatant et poli qui les renferme, participant de l'éréthisme général, s'arrondit sous les doigts créateurs: comme la fleur, condamnée à périr sous les glaçons de l'hiver, se développe et naît au jour, sous le verre diaphane, et sous les douces influences d'une chaleur factice; de même les sucs élaborés sous la main de l'époux fortuné s'accumuleront en dessinant les voluptueux contours des beaux modèles que nous a transmis le ciseau des Phidias et des Praxitelle.

[Note 32: Ce vêtement couvre trop le nu, il faut l'_échancrer_ davantage.

_Pygmalion_, scène lyrique. J. J.]

[Note 33: Quant aux jeunes vierges à qui la décence interdit le secours d'une main caressante, il est un moyen qu'elles pourront employer sous l'oeil d'une mère flattée d'ajouter à leurs perfections, sans admettre un tiers dans leur confidence; le voici: appliquez sur la place de la gorge un hémisphère en bois léger et creux ou en gomme élastique et percé à son milieu, à peu près comme les ventouses de verre, dont se servent les jeunes accouchées pour aspirer le lait; à l'orifice s'adapterait un tube de verre ou un tuyau de gomme élastique, au moyen duquel une succion plusieurs fois répétée, chaque jour, finirait par développer l'attrait tant souhaité.

_Note du manuscrit._

Un de nos amis qui, dans son voyage en Égypte, a su à la fois faire des observations sur l'art de guérir et sur les moeurs, nous assure que les femmes de ce pays se servent, avec succès, pour la même intention, de la mie d'un pain arrondi, façonnée au contour de la forme que l'on désire, et appliquée encore chaude sur le sein. Cette substance, dit ce savant que réclame avec honneur la chirurgie française, porte en elle un principe végéto-animal, qui, développé par le calorique, pénètre rapidement le sein, excite l'érection de ses papilles nerveuses, gonfle le système glanduleux, et y cause un ferment, un prurit voluptueux, bientôt suivis du développement successif de l'appareil mammaire et du tissu cellulaire qui le recouvre. C'est ce même principe vireux qui agit si énergiquement comme dérivatif de l'humeur goutteuse aux extrémités inférieures, en appliquant du _levain_ à la plante des pieds. On pourrait activer ce moyen par de légères frictions d'huile très-volatile sur le sein, et d'une lotion astringente sur les parties qui l'environnent; au reste, le volupté fait éclore la gorge, comme le printemps fait éclore la rose, et tous les praticiens connaissent la correspondance de l'_utérus_ au sein.]

«L'une des coupes fameuses dont il s'agit ici, madame, s'est perdue, ou plutôt aimons à croire que les dieux l'ont retirée pour conserver le type du beau, s'il se trouvait perdu sur la terre; l'autre est célèbre par ce banquet où l'amoureuse Cléopâtre fit publiquement aux yeux extasiés d'Antoine, non la fastueuse expérience de dissoudre une perle dans un breuvage qui n'eût pas épargné l'organe complice de sa forfanterie, mais celle bien plus merveilleuse de l'exacte application de ce moule divin, sur sa gorge ravissante. Elle orne aujourd'hui un _Musæum_ fameux en Europe, et nous pourrons la consulter pour donner à vos formes le degré d'extension avoué par le goût, si vous accordez à mes avis le droit de concourir à la naissance de l'attrait dont vous désirez la possession. Je dois vous dire enfin, madame, que c'est de l'abus des moyens que je viens de vous indiquer qu'est né un singulier usage, chez les femmes turques, dont les époux, par je ne sais quel goût bizarre, préfèrent une gorge volumineuse et tombante, et qui, pour se procurer ce double _agrément_, usent avec excès des bains chauds et du _massement_, opération inconnue en Europe. Ce n'est, certes, pas à cette espèce de perfection que je désire vous voir atteindre, et la nature heureusement vous a formée de manière à ne pas satisfaire les inclinations turques; mais l'art hippocratique offre encore des ressources aux femmes dont l'accroissement de la gorge aurait besoin d'être prévenu, et c'est dans le même moyen qui favorise son développement qu'elles trouveront celui de sa répression. Les belles favorites du commandeur des croyants, les Circassiennes, les Géorgiennes, les Mingréliennes, opposent, dès l'âge de douze ans, à leur gorge naissante, un léger rempart de bois de santal qu'elle ne peut franchir; et ce genre d'attrait acquiert chez elles, par la compression, une fermeté que l'on rencontre difficilement chez les femmes des autres peuples.

«Pardonnez, madame, ces détails que la nature de votre demande a rendus nécessaires, et puisse l'application de cette théorie ajouter encore, s'il est possible, aux charmes qui ont mérité l'hommage d'un autre Jupiter. Puissé-je alors aussi, jeune encore et médecin peu connu, obtenir par mes soins votre entière confiance, et par le succès de mes recettes, le triomphe d'une nouvelle Hébé; dût une moderne Junon accabler de sa persécution[34] l'inventeur satisfait de sa réussite.» D.M.V.S.M.

[Note 34: La belle Pompadour suivit le conseil du jeune docteur, elle acquit en effet l'attrait qui manquait seul à ses charmes, et ouvrit, par reconnaissance, à son médecin une carrière qu'il parcourut avec éclat.

Si l'on trouve ce fragment un peu libre, accusons-en plutôt nos moeurs que l'auteur qui vivait dans un temps où le Français se scandalisait plus des actions que des écrits; il pense maintenant tout le contraire, et l'on ferait aujourd'hui le procès de _Vénette_, _Tissot_ et _Montesquieu_ s'ils publiaient l'_Onanisme_, le _Tableau de l'amour conjugal_ et le _Temple de Gnide_; en sommes-nous plus chastes et plus vertueux? l'interprétation que l'on donnera à cet article répondra à cette question. Au surplus, nous protestons de la pureté de nos motifs, et nous n'avons point écrit pour les _Tartuffes de moeurs_, mais pour cette belle moitié du genre humain qui ne connaît de mal que celui que les pervers lui enseignent.]

Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu'en rapportant l'anecdote suivante, qui en est le corollaire.

Sous Louis XIV, le supplice de la Brinvilliers fut un exemple insuffisant pour arrêter les empoisonnements. Une _chambre ardente_ fut instituée pour juger de ces crimes. L'arrestation et le procès de la Voisin firent découvrir dans les papiers de cette dernière, une foule de lettres qui compromettaient des gens de la plus haute condition. La Voisin était accusée d'avoir vendu des poisons, des charmes, et divers secrets magiques pour se faire aimer. La duchesse de Foix avait été arrêtée sur la déposition d'un simple billet d'elle trouvé chez la Voisin, et dont le sens était plus obscur que propre à baser une accusation. Louis XIV, ne voulant pas que sur un indice si léger une dame de haute distinction fût emprisonnée, se réserva de l'interroger lui-même dans ses cabinets, où elle fut conduite avec son propre carrosse par le capitaine des gardes en quartier.

«Reconnaissez-vous ce billet, madame la duchesse? lui dit Sa Majesté d'un ton sévère, mais doux.

--Sire, il est de ma main; je ne puis ni ne veux le nier.

--A merveille! Maintenant dites-moi, je vous prie, avec la même franchise, ce que signifient ces mots: _Plus je frotte, moins ils poussent_.

--Ah! sire, s'écria la duchesse en se jetant aux pieds du roi, daignez m'épargner un tel aveu.

--Je ne le puis, madame, songez que je vous appelle devant moi pour vous sauver un affront public; ce motif me donne tous les droits à votre confiance, et dans l'intérêt de votre honneur je vous ordonne de parler.

--J'obéirai, sire! reprit en tremblant Mme de Foix, rouge jusqu'aux yeux.... Depuis deux ou trois ans je m'aperçois que mon mari me néglige après m'avoir souvent reproché un défaut... non, jamais je n'oserai achever....

--Continuez, duchesse....

--Il est des charmes, reprit l'accusée, dont la nature se montre prodigue envers des femmes, avare envers d'autres....

--Poursuivez, je vous prie.

--Eh bien! sire, mon mari n'aime que les dames auxquelles la nature a prodigué....

--Prodigué quoi?

--Ce qui excède les belles proportions dans Mme de Montespan et manque à Mme de La Vallière... comme à moi, sire....

--Ah! m'y voici, s'écria Louis XIV en s'excusant d'un défaut trop prolongé de pénétration.... Et je vois, poursuivit le monarque interrogateur, que vous aviez demandé à la Voisin....

--Une pommade dont elle disait des merveilles, ajouta Mme de Foix en baissant les yeux.

--Cependant _plus vous frottiez, moins ils poussaient_.

--Hélas! oui.

--C'était un malheur; mais ce n'était pas un crime, et je suis enchanté, duchesse, de vous avoir épargné la honte d'un tel aveu devant la _chambre ardente_. Je vous rends le malheureux billet qui vous causa deux heures d'inquiétude; retournez tranquillement à votre hôtel. Je ne vois de coupable ici que l'époux qui délaisse une femme aussi jolie que vous; je veux en toucher quelques mots au duc. Il est un moyen plus heureux que celui dont vous avez fait l'essai pour obtenir de la nature elle-même ce que vous recherchiez par artifice; nous en causerons avec votre mari, et j'espère qu'il l'emploiera.»

* * * * *

ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE SUR LES MAMELLES OU SEINS.

Les mamelles (_mammæ_, des Latins; _mastoï_, des Grecs; _poppa_, en italien; _teta_, _ubre_, en espagnol) subissent les mêmes phases dans leur développement, que les organes essentiels de la reproduction. Elles sont peu apparentes dans le jeune âge et ne commencent à prendre le développement qu'elles doivent acquérir que lorsque l'appareil génital est apte à perpétuer l'espèce; et comme ce n'est que chez les individus femelles qu'elles parviennent à leur état complet, elles ne présentent pendant les premiers temps de la vie aucune différence chez l'un et l'autre sexe.

C'est donc vers l'époque où la femme devient apte aux plaisirs de la maternité, que les seins commencent à acquérir tout le développement dont ils sont susceptibles, ainsi que les formes gracieuses qui en font un si brillant ornement: avant la puberté, ils n'en forment que le noyau et se flétrissent après le temps de la faculté de reproduire. Cependant il n'est pas sans exemple de voir des jeunes filles encore loin de cette brillante époque, offrir des mamelles parfaitement conformées et susceptibles de fournir du lait. Les auteurs rapportent, à cet égard, des exemples fort curieux; mais tous tendent à prouver que ce développement précoce fut toujours le résultat d'irritations exercées sur le mamelon.

Le développement des mamelles se fait ordinairement en raison de celui des organes spéciaux de la génération, en sorte que la bonne conformation des seins peut, en général, servir de mesure à celle de ces derniers. Ainsi, l'homme qui recherche dans la femme, non-seulement ce qu'elle peut offrir de gracieux, mais encore tout ce qui peut dénoter une grande puissance génératrice et un vif sentiment de l'amour, est-il toujours enthousiaste d'un beau sein. A peine la femme, la plus accomplie sous tous les autres rapports, peut-elle éveiller en lui le moindre sentiment de volupté, si elle ne se trouve pourvue de ce superbe ornement. Cependant, on voit quelquefois des femmes dont les parties sexuelles sont parfaitement développées et propres aux plaisirs ainsi qu'à la propagation, quoiqu'elles n'offrent que quelques traces de ces organes, tandis que d'autres, avec le sein le plus volumineux, ne sont nullement accessibles aux désirs voluptueux ni aptes à la génération.

C'est évidemment en vertu des liens de l'étroite sympathie qui unissent les seins et les organes sexuels, que s'opère le développement simultané.

Les mamelles sont situées au milieu de la poitrine, l'une à droite et l'autre à gauche, directement sur les muscles pectoraux; elles sont au nombre de deux: il est rare de trouver des femmes qui en aient trois ou quatre donnant toutes du lait. Cependant, les annales de la science citent un grand nombre de femmes et même d'hommes multimammes; le plus souvent, le nombre des mamelles est porté à trois: deux présentent la position et le volume ordinaires, et la troisième est située sur la ligne médiane, un peu plus bas que les deux autres, ou bien au-dessous de l'une d'elles à droite ou à gauche. Lorsque la mamelle surnuméraire est médiane, elle reste ordinairement peu volumineuse, même pendant l'allaitement; les mamelles surnuméraires latérales diffèrent au contraire fort peu des mamelles normales et peuvent, comme elles, fournir du lait. Lorsqu'il existe quatre mamelles, elles sont ordinairement bilatérales et placées comme les mamelles abdominales des animaux, l'une au-dessous de l'autre; cette disposition est moins commune que la précédente, et la présence de cinq mamelles est plus rare encore. Percy n'en rapporte qu'un seul cas observé par M. Gorre. Ce cas fut présenté par une femme valaque trouvée, en l'an VIII, parmi les nombreux prisonniers faits à l'armée autrichienne et qui ne tarda pas à périr de froid et de misère. Sur les cinq mamelles de cette femme, quatre étaient très-saillantes, disposées sur deux rangs, gonflées et pleines de lait; la cinquième était médiane et située à cinq pouces de l'ombilic; elle n'était pas plus volumineuse que celle d'une fille impubère.

On a aussi constaté que des mamelles surnuméraires pouvaient se présenter sur d'autres points du corps; ainsi, M. Robert a fait connaître le fait d'une femme multimamme de ce genre, laquelle descendait elle-même d'une mère dont les mamelles étaient plus nombreuses que d'habitude. Mais, chez elle, la mamelle surnuméraire était placée à la partie externe de la cuisse gauche, près de l'aîne. Jusqu'à la première grossesse, cette mamelle fut prise pour un simple _noevus_; mais à cette époque elle se développa et acquit le volume de la moitié d'un citron; l'enfant tétait alternativement l'une des mamelles pectorales et celle-ci, qu'on pourrait appeler inguinale.