Egalité des hommes et des femmes
Part 3
Au surplus l'animal humain n'est homme ny femme, à le bien prendre, les sexes estants faicts non simplement, mais _secundum quid_, comme parle l'Eschole: c'est à dire pour la seule propagation. L'unique forme & difference de cet animal, ne consiste qu'en l'ame humaine. Et s'il est permis de rire en passant, le quolibet ne sera pas hors de saison, nous apprenant; qu'il n'est rien plus semblable au chat sur une fenestre, que la chatte. L'homme & la femme sont tellement uns, que si l'homme est plus que la femme, la femme est plus que l'homme. L'homme fut creé masle & femelle, dit l'Escriture, ne comptant ces deux que pour un. Dont Jesus-Christ est appellé fils de l'homme, bien qu'il ne le soit que de la femme. Ainsi parle apres le grand Sainct Basile: La vertu de l'homme & de la femme est mesme chose, puis que Dieu leur a decerné mesme creation & mesme honneur: _masculum & fœminam fecit eos_. Or en ceux de qui la Nature est une & mesme, il faut que les actions aussi le soient, & que l'estime & loyer en suitte soient pareils, où les œuvres sont pareilles. Voila donc la deposition de ce puissant pilier, & venerable tesmoing de l'Eglise. Il n'est pas mauvais de se souvenir sur ce poinct, que certains ergotistes anciens, ont passé jusques à cette niaise arrogance, de debattre au sexe feminin l'image de Dieu à difference de l'homme: laquelle image ils devoient, selon ce calcul attacher à la barbe. Il failloit de plus & par consequent, desnier aux femmes l'image de l'homme, ne pouvant luy ressembler, sans qu'elles ressemblassent à celuy auquel il ressemble. Dieu mesme leur a departy les dons de Prophetie indifferamment avec les hommes, les ayant establies aussi pour Juges, instructrices & conductrices de son Peuple fidelle en paix & en guerre: & qui plus est, rendu triumphantes avec luy des hautes victoires, qu'elles ont aussi maintefois emportées & arborées en divers lieux du Monde: mais sur quelles gens, à vostre advis? Cyrus & Theseus: à ces deux on adjouste Hercules, lequel elles ont sinon vaincu, du moins bien battu. Aussi fut la cheute de Pentasilée, couronnement de la gloire d'Achilles: oyez Seneque & Ronsard parlans de luy.
_L'Amazone il vainquit dernier effroy des Grecs. Pentasilée il rua sur la poudre._
[Entre autres au Calendrier des Grecs, publié par Genebrard.]
[Epist.]
[Electra.]
Ont elles au surplus, (ce mot par occasion) moins excellé de foy, qui comprend toutes les vertus principales, que de suffisance & de force magnanime & guerriere? Paterculus nous apprend, qu'aux proscriptions Romaines, la fidelité des enfans fut nulle, des affranchis legere, des femmes tresgrande. Que si Sainct Paul, suyvant ma route des tesmoignages saincts, leur deffend le ministere & leur commande le silence en l'Eglise: il est evident que ce n'est point par aucun mespris: ouy bien seulement, de crainte qu'elles n'esmeuvent les tentations, par cette montre si claire & publique qu'il faudroit faire en ministrant & preschant, de ce qu'elles ont de grace & de beauté plus que les hommes. Je dis que l'exemption de mespris est evidente, puisque cet Apostre parle de Thesbé comme de sa coadjutrice en l'œuvre de nostre Seigneur, sans toucher le grand credit de Saincte Petronille vers sainct Pierre: & puis aussi que la Magdeleine est nommée en l'Eglise egale aux Apostres, _par Apostolis_. Voire que l'Eglise & eux-mesmes ont permis une exception de ceste reigle de silence pour elle, qui prescha trente ans en la Baume de Marseille au rapport de toute la Provence. Et si quelqu'un impugne ce tesmoignage de predications, on luy demandera que faisoient les Sibyles, sinon prescher l'Univers par divine inspiration, sur l'evenement futur de Jesus-Christ? Toutes les anciennes Nations concedoient la Prestrise aux femmes, indifferemment avec les hommes. Et les Chrestiens sont au moins forcez de consentir, qu'elles soyent capables d'appliquer le Sacrement de Baptesme: mais quelle faculté de distribuer les autres, leur peut estre justement deniée; si celle de distribuer cestuy-là, leur est justement accordé? De dire que la necessité des petits enfans mourans, ait forcé les Peres anciens d'establir cet usage en despit d'eux: il est certain qu'ils n'auroient jamais creu que la necessité les peust dispenser de mal faire, jusques aux termes de permettre violer & diffamer l'application d'un Sacrement. Et partant concedans ceste faculté de distribution aux femmes, on void à clair qu'ils ne les ont interdites de distribuer les autres Sacremens, que pour maintenir tousjours plus entiere l'auctorité des hommes; soit pour estre de leur sexe, soit afin qu'à droit ou à tort, la paix fust plus asseurée entre les deux sexes, par la foiblesse & ravallement de l'un. Certes sainct Jerosme escrit sagement à nostre propos; qu'en matiere du service de Dieu, l'esprit & la doctrine doivent estre considerez, non le sexe. Sentence qu'on doit generaliser, pour permettre aux Dames à plus forte raison, toute action & science honneste: & cela suyvant aussi les intentions du mesme sainct, qui de sa part honnore & auctorise bien fort leur sexe. Davantage sainct Jean l'Aigle & le plus chery des Evangelistes, ne mesprisoit pas les femmes non plus que sainct Pierre, sainct Paul & ces deux Peres, j'entends saint Basile & sainct Jerosme; puis qu'il leur addresse ses Epistres particulierement: sans parler d'infinis autres Ss: ou Peres, qui font pareille addresse de leurs Escrits. Quand au faict de Judith je n'en daignerois faire mention s'il estoit particulier, cela s'appelle dependant du mouvement & volonté de son auctrice: non plus que je ne parle des autres de ce qualibre; bien qu'ils soient immenses en quantité, comme ils sont autant heroiques en qualité de toutes sortes, que ceux qui couronnent les plus illustres hommes. Je n'enregistre point les faicts privez, de crainte qu'ils semblent, non advantages & dons du sexe, ains boüillons d'une vigueur privée & specialle. Mais celuy de Judith merite place en ce lieu, parce qu'il est bien vray, que son dessein tombant au cœur d'une jeune dame, entre tant d'hommes lasches & faillis de cœur, à tel besoing, en si haulte & si difficile entreprise, & pour tel fruict, que le salut d'un Peuple & d'une Cité fidelle à Dieu: semble plustost estre une inspiration & prerogative divine vers les femmes, qu'un traict purement voluntaire. Comme aussi le semble estre celuy de la Pucelle d'Orleans, accompagné de mesmes circonstances environ, mais de plus ample & large utilité, s'estendant jusques au salut d'un grand Royaume & de son Prince.
[Æneid. I. allusion.]
_Cette illustre Amazone instruicte aux soins de Mars, Fauche les escadrons & brave les hazars: Vestant le dur plastron sur sa ronde mammelle, Dont le bouton pourpré de graces estincelle: Pour couronner son chef de gloire & de lauriers, Vierge elle ose affronter les plus fameux guerriers._
Adjoustons que la Magdelene est la seule ame, à qui le Redempteur ait jamais prononcé ce mot, & promis cette auguste grace: En tous lieux où se preschera l'Evangile il sera parlé de toy. Jesus-Christ d'autrepart, declara sa tres heureuse & tres glorieuse resurrection aux dames les premieres, affin de les rendre, dit un venerable Pere ancien, Apostresses aux propres Apostres: cela, comme lon sçait, avec mission expresse: Va, dit il, à cette cy mesme, & recite aux Apostres & à Pierre ce que tu as veu. Surquoy il faut notter, qu'il manifesta sa nouvelle naissance esgalement aux femmes qu'aux hommes, en la personne d'Anne fille de Phannel, qui le recongneut en mesme instant, que le bon vieillard Sainct Simeon. Laquelle naissance, d'abondant, les Sybilles nommées, ont predite seules entre les Gentils, excellent privilege du sexe feminin. Quel honneur faict aux femmes aussi, ce songe survenu chez Pilate; s'addressant à l'une d'elles privativement à tous les hommes, & en telle & si haulte occasion. Et si les hommes se vantent, que Jesus-Christ soit nay de leur sexe, on respond, qu'il le failloit par necessaire bien sceance, ne se pouvant pas sans scandale, mesler jeune & à toutes les heures du jour & de la nuict parmy les presses, aux fins de convertir, secourir & sauver le genre humain, s'il eust esté du sexe des femmes: notamment en face de la malignité des Juifs. Que si quelqu'un au reste est si fade; d'imaginer masculin ou feminin en Dieu, bien que son nom semble sonner le masculin, ny consequemment besoin d'acception d'un sexe plustost que de l'autre, pour honnorer l'incarnation de son fils; cettuy cy monstre à plein jour, qu'il est aussi mauvais Philosophe que Theologien. D'ailleurs, l'advantage qu'ont les hommes par son incarnation en leur sexe; (s'ils en peuvent tirer un advantage, veu cette necessité remarquée) est compensé par sa conception tres precieuse au corps d'une femme, par l'entiere perfection de cette femme, unique à porter nom de parfaicte entre toutes les creatures purement humaines, depuis la cheute de nos premiers parens, & par son assumption unique en suject humain aussi.
Finalement si l'Escripture a declaré le mary, chef de la femme, la plus grande sottise que l'homme peust faire, c'est de prendre cela pour passedroict de dignité. Car veu les exemples, aucthoritez & raisons nottées en ce discours, par où l'egalité des graces & faveurs de Dieu vers les deux especes ou sexes est prouvée, voire leur unité mesme, & veu que Dieu prononce: Les deux ne seront qu'un: & prononce encores: L'homme quittera pere & mere pour suivre sa femme; il paroist que cette declaration n'est faicte que par le besoin expres de nourrir paix en mariage. Lequel besoin requeroit, sans doubte, qu'une des parties cédast à l'autre, & la prestance des forces du masle ne pouvoit pas souffrir que la soubmission vînt de sa part. Et quand bien il seroit veritable, selon que quelques uns maintiennent, que cette soubmission fut imposée à la femme pour chastiement du peché de la pomme: cela encores est bien esloigné de conclure à la pretendue preferance de dignité en l'homme. Si lon croioit que l'Escripture luy commendast de ceder à l'homme, comme indigne de le contrecarrer, voyez l'absurdité qui suivroit: la femme se treuveroit digne d'estre faicte à l'image du Createur, de jouyr de la tressaincte Eucaristie, des mysteres de la Redemption, du Paradis & de la vision voire possession de Dieu, non pas des advantages et privileges de l'homme: seroit ce pas declarer l'homme plus precieux & relevé que telles choses, & partant commettre le plus grief des blasphemes?
FIN.
L'IMPRIMEUR A RANGÉ ces vers icy pour emplir le reste de la feuille.
AUTHEUR INCERTAIN.
_Lumine Acron dextro captus, Leonilla sinistro, Et potis est forma vincere uterque Deos. Blande puer, lumen quod habes concede sorori: Sic tu cæcus Amor, sic erit illa Venus.
VERSION.
Lys & sa jeune mere aussy beaux que les Dieux: De deux costez divers ont perdu l'un des yeux. Lys, donne ton bon œil à ta mere Argentine; Tu seras Cupidon, elle sera Cyprine.
AUTREMENT.
Lyse & son petit Lys aussy beaux que les Dieux, De deux costez divers ont perdu l'un des yeux. Si Lys donne l'autre œil à sa mere admirée; Il est l'aveugle Amour, & Lyse Cytherée._
EX HORATIO. DIAL.
_Donec gratus eram tibi, Nec quisquam potior brachia candidæ Cervici iuvenis dabat, Persarum vigüi Rege beatior. Donec non alia magis Arsisti, neque erat Lydia post Chloen, Lydia multi nominis, Romana vigui clarior Ilia. Me nunc Thrassa Chloe regit, Dulces docta modos & Cytharæ sciens: Pro qua non metuam mori, Si parcent animæ fata superstiti. Me torret face mutua Thurini Calais filius Orinthi: Pro quo bis patiar mori, Si parcent puero fata superstiti. Quid si prisca redit Venus, Diductosque iugo cogit aheneo? Si flava excutitur Chloe Reiectæque patet ianua Lydiæ? Quanquam sidere pulchrior Ille est, tu levior cortice & improbo Iracundior Adria; Tecum vivere amem, tecum obeam libens._
DIALOGUE D'HORACE ET DE LYDIE.
_Tandis que mon Amour t'enflammoit constamment, Tandis qu'un jeune amy, bravant ma jalousie, Ne pressoit ton beau col d'un mol embrassement, J'ay flory plus heureux qu'un Monarque d'Asie. Devant que ton esprit brisast sa loyauté, Devant qu'il eust chery d'une aveugle folie Cloé plus que Lydie, illustre de beauté, J'ay surmonté l'esclat de la Romaine Ilie. Cloé Greque sans pair me possede à son tour Par son luth & sa voix qui scait charmer l'oreille: Et mourrois volontiers, victime de l'Amour, Pour conserver mourant cette jeune merveille. Calaïs Thurien épris de mes appas, Par un revers gentil de ses attraits me blesse: Et souffrirois deux fois la rigueur du trespas, Pour sauver du tombeau cette belle jeunesse. Quoy si l'amour premier ressuscitant son feu Ramenoit soubs ton joug mon ame revoltée? Quoy si mon cœur solide éternisant son vœu, Ma Lydie est reçeue & Cloé rejettée? Encor qu'il soit plus beau qu'un astre au front des cieux, Toy plus leger qu'un liege & plus mutin que l'onde; Je veux rouler mes jours aux prisons de tes yeux, Je veux que mon cercueuil tes obseques seconde._
INCERTAIN SUR L'HORLOGE DE SABLE.
_Exiguus vitro pulvis qui dividit horas, Et levis angustum sæpe recurrit iter, Olim Alcipus erat: qui Marthæ ut vidit ocellos Arsit, & est subito factus ab igne cinis. Irrequiete cinis, miseros testabere amantes, More tuo, nulla posse quiete frui.
VERSION
Ce peu de poudre, helas! qui fîle en ces deux verres, Courant & recourant sur ses estroictes erres, Affin de marquer l'heure & mesurer le jour, Estoit jadis Alcipe esclave de l'Amour. Bruslé des yeux de Marthe il coula tout en cendre: Et faut, cendre inquiete, en ton aspect comprendre: Qu'un miserable esprit blessé par un bel œil N'a jamais de repos s'il te manque au cercueil._