Egalité des hommes et des femmes
Part 2
Adjouſtons que la Magdelene eſt la ſeule ame, à qui le Redempteur ait iamais prononcé ce mot, & promis cette auguſte grace: En tous lieux où ſe preſchera l'Euangile il ſera parlé de toy. Ieſus-Chriſt d'autrepart, declara ſa tres heureuſe & tres glorieuſe reſurrection aux dames les premieres, affin de les rẽdre, dit vn venerable Pere ancien, Apoſtreſſes aux propres Apoſtres: cela, cõme lon ſçait, auec miſſion expreſſe: Va, dit il, à cette cy meſme, & recite aux Apoſtres & à Pierre ce que tu as veu. Surquoy il faut notter, qu'il manifeſta ſa nouuelle naiſſance eſgalement aux femmes qu'aux hommes, en la perſonne d'Anne fille de Phannel, qui le recongneut en meſme inſtant, que le bon vieillard Sainct Simeon. Laquelle naiſſance, d'abondant, les Sybilles nommées, ont predite ſeules entre les Gentils, excellent priuilege du ſexe feminin. Quel honneur faict aux femmes auſſi, ce ſonge ſuruenu chez Pilate; s'addreſſant à l'vne d'elles priuatiuement à tous les hommes, & en telle & ſi haulte occaſion. Et ſi les hommes ſe vantent, que Ieſus-Chriſt ſoit nay de leur ſexe, on reſpond, qu'il le failloit par neceſſaire bien ſceance, ne ſe pouuant pas ſans ſcandale, meſler ieune & à toutes les heures du iour & de la nuict parmy les preſſes, aux fins de conuertir, ſecourir & ſauuer le genre humain, s'il euſt eſté du ſexe des femmes: notamment en face de la malignité des Iuifs. Que ſi quelqu'vn au reſte eſt ſi fade; d'imaginer maſculin ou feminin en Dieu, bien que ſon nom ſemble ſonner le maſculin, ny conſequemment beſoin d'acception d'vn ſexe pluſtoſt que de l'autre, pour honnorer l'incarnation de ſon fils; cettuy cy monſtre à plein iour, qu'il eſt auſſi mauuais Philoſophe que Theologien. D'ailleurs, l'aduantage qu'ont les hommes par ſon incarnation en leur ſexe; (s'ils en peuuent tirer vn aduantage, veu cette neceſſité remarquée) eſt cõpenſé par ſa conception tres precieuſe au corps d'vne femme, par l'entiere perfection de cette femme, vnique à porter nom de parfaicte entre toutes les creatures purement humaines, depuis la cheute de nos premiers parens, & par ſon aſſumption vnique en ſuiect humain auſſi.
Finalement ſi l'Eſcripture a declaré le mary, chef de la femme, la plus grande ſottiſe que l'homme peuſt faire, c'eſt de prendre cela pour paſſedroict de dignité. Car veu les exemples, aucthoritez & raiſons nottées en ce diſcours, par où l'egalité des graces & faueurs de Dieu vers les deux eſpeces ou ſexes eſt prouuée, voire leur vnité meſme, & veu que Dieu prononce: Les deux ne ſeront qu'vn: & prononce encores: L'hõme quittera pere & mere pour ſuiure ſa femme; il paroiſt que cette declaration n'eſt faicte que par le beſoin expres de nourrir paix en mariage. Lequel beſoin requeroit, ſans doubte, qu'vne des parties cédaſt à l'autre, & la preſtance des forces du maſle ne pouuoit pas ſouffrir que la ſoubmiſſiõ vĩt de ſa part. Et quand bien il ſeroit veritable, ſelon que quelques vns maintiennent, que cette ſoubmiſſion fut imposée à la femme pour chaſtiement du peché de la pomme: cela encores eſt bien eſloigné de conclure à la pretendue preferance de dignité en l'homme. Si lon croioit que l'Eſcripture luy commendaſt de ceder à l'homme, comme indigne de le contrecarrer, voyez l'abſurdité qui ſuiuroit: la femme ſe treuueroit digne d'eſtre faicte à l'image du Createur, de iouyr de la treſſaincte Eucariſtie, des myſteres de la Redemptiõ, du Paradis & de la viſion voire poſſeſſion de Dieu, non pas des aduantages et priuileges de l'homme: ſeroit ce pas declarer l'homme plus precieux & releué que telles choſes, & partant commettre le plus grief des blaſphemes?
FIN.
L'IMPRIMEVR A RANGÉ ces vers icy pour emplir le reſte de la feuille.
_AVTHEVR INCERTAIN.
Lvmine Acron dextro captus, Leonilla ſiniſtro, Et potis eſt forma vincere vterque Deos. Blande puer, lumen quod habes concede ſorori: Sic tu cæcus Amor, ſic erit illa Venus.
VERSION.
Lys & ſa ieune mere außy beaux que les Dieux: De deux coſtez diuers ont perdu l'vn des yeux. Lys, donne ton bon œil à ta mere Argentine; Tu ſeras Cupidon, elle ſera Cyprine.
AVTREMENT.
Lyſe & ſon petit Lys außy beaux que les Dieux, De deux coſtez diuers ont perdu l'vn des yeux. Si Lys donne l'autre œil à ſa mere admirée; Il eſt l'aueugle Amour, & Lyſe Cytherée._
EX HORATIO. DIAL.
_Donec gratus eram tibi, Nec quiſquam potior brachia candidæ Ceruici iuuenis dabat, Perſarum vigüi Rege beatior. Donec non alia magis Arſiſti, neque erat Lydia poſt Chloen, Lydia multi nominis, Romana vigui clarior Ilia. Me nunc Thraſſa Chloe regit, Dulces docta modos & Cytharæ ſciens: Pro qua non metuam mori, Si parcent animæ fata ſuperſtiti. Me torret face mutua Thurini Calais filius Orinthi: Pro quo bis patiar mori, Si parcent puero fata ſuperſtiti. Quid ſi priſca redit Venus, Diductosque iugo cogit aheneo? Si flaua excutitur Chloe Reiectæque patet ianua Lydiæ? Quanquam ſidere pulchrior Ille eſt, tu leuior cortice & improbo Iracundior Adria; Tecum viuere amem, tecum obeam libens._
DIALOGVE D'HORACE ET DE LYDIE.
_Tandis que mon Amour t'enflãmoit conſtãmẽt, Tandis qu'vn ieune amy, brauãt ma ialouſie, Ne preſſoit ton beau col d'vn mol embraſſement, I'ay flory plus heureux qu'vn Monarque d'Aſie. Deuant que ton eſprit briſaſt ſa loyauté, Deuant qu'il euſt chery d'vne aueugle folie Cloé plus que Lydie, illuſtre de beauté, I'ay ſurmonté l'eſclat de la Romaine Ilie. Cloé Greque ſans pair me poſſede à ſon tour Par sõ luth & ſa voix qui ſcait charmer l'oreille: Et mourrois volontiers, victime de l'Amour, Pour conſeruer mourant cette ieune merueille. Calaïs Thurien épris de mes appas, Par vn reuers gentil de ſes attraits me bleſſe: Et ſouffrirois deux fois la rigueur du trespas, Pour ſauuer du tombeau cette belle ieuneße. Quoy ſi l'amour premier reſſuſcitant ſon feu Ramenoit ſoubs ton ioug mon ame reuoltée? Quoy ſi mon cœur ſolide éterniſant ſon vœu, Ma Lydie eſt reçeue & Cloé rejettée? Encor qu'il ſoit plus beau qu'vn aſtre au frõt des cieux, Toy plus leger qu'vn liege & plus mutin que l'õde; Ie veux rouler mes iours aux priſons de tes yeux, Ie veux que mon cercueuil tes obſeques ſeconde._
INCERTAIN SVR L'HORLOGE DE SABLE.
_Exiguus vitro puluis qui diuidit horas, Et leuis anguſtum ſæpe recurrit iter, Olim Alcipus erat: qui Marthæ vt vidit ocellos Arſit, & eſt ſubito factus ab igne cinis. Irrequiete cinis, miſeros teſtabere amantes, More tuo, nulla poſſe quiete frui.
VERSION
Ce peu de poudre, helas! qui fîle en ces deux verres, Courant & recourant ſur ſes eſtroictes erres, Affin de marquer l'heure & meſurer le iour, Eſtoit iadis Alcipe eſclaue de l'Amour. Bruſlé des yeux de Marthe il coula tout en cẽdre: Et faut, cendre inquiete, en ton aſpect cõprendre: Qu'vn miſerable eſprit bleſſé par vn bel œil N'a iamais de repos s'il te manque au cercueil._
VERSION MODERNISÉE
EGALITÉ DES HOMMES ET DES FEMMES.
_A LA REYNE._
M. DC. XXII.
A LA REYNE.
_MADAME_,
_Ceux qui s'adviserent de donner un Soleil pour devise au Roy vostre Pere, avec ce mot, Il n'a point d'Occident pour moy, firent plus qu'ils ne pensoient: parce qu'en representans sa grandeur qui voit presque tousjours ce Prince des Astres sur quelqu'une de ses terres, sans intervale de nuict; ils rendirent la devise hereditaire en vostre Majesté, presageans vos vertus, & de plus, la beatitude des François sous vostre Auguste presence. C'est dis-je chez vostre Majesté, Madame, que la lumiere des vertus n'aura point d'Occident, ny consequemment l'heur & la felicité de nos Peuples qu'elles esclaireront. Or comme vous estes en l'Orient de vostre aage & de vos vertus ensemble, Madame, daignez prendre courage d'arriver en mesme point au midy de luy & d'elles, je dis de celles qui ne peuvent meurir que par temps & culture: car il en est quelques unes des plus recommendables, entre autres la Religion, la charité vers les pauvres, la chasteté & l'amour conjugale, dont vous avez touché le midy dés le matin. Mais certes il faut le courage requis à cet effort aussi grand & puissant que vostre Royauté, pour grande & puissante qu'elle soit: les Roys estant battus de ce malheur, que la peste infernale des flatteurs qui se glissent dans les Palais, leur rend la vertu & la clair voyance sa guide & sa nourrice, d'un accez infiniment plus difficile qu'aux inferieurs. Je ne scay qu'un seur moyen à vous faire esperer, d'atteindre ces deux midys en mesme instant: c'est qu'il plaise à V. M. se jetter vivement sur les bons livres de prudence & de mœurs: car aussi tost qu'un Prince s'est relevé l'esprit par cet exercice, les flatteurs se trouvans les moins fins ne s'osent plus jouër à luy. Et ne peuvent communement les Puissans & les Roys recevoir instruction opportune que des mors: parce que les vivans estans partis en deux bandes, les foux & meschans, c'est à dire ces flateurs dont est question, ne sçavent ny veulent bien dire pres d'eux; les sages & gens de bien peuvent & veulent, mais ils n'osent. C'est en la vertu certes,_ MADAME, _qu'il faut que les personnes de vostre rang cherchent la vraye hautesse & la Couronne des Couronnes: d'autant qu'ils ont puissance & non droit de violer les loix & l'equité, & qu'ils trouvent autant de peril & plus de honte que les autres hommes à faire ce coup. Aussi nous apprend un grand Roy luy mesme, que toute la gloire de la fille du Roy est par dedans. Quelle est cependant ma rusticité, tous autres abordent leurs Princes & Roys en adorant & loüant, j'ose aborder ma Reyne en preschant? Pardonnez neantmoins à mon zele,_ MADAME, _qui meurt d'envie d'ouyr la France crier ce mot, avec applaudissement, La lumiere n'a point d'Occident pour moy, par tout où passera vostre_ MAJESTÉ _nouveau Soleil des vertus: & d'envie encore de tirer d'elle, ainsi que j'espere de ses dignes commencemens, une des plus fortes preuves du Traicté que j'offre à ses pieds, pour maintenir l'egalité des hommes & des femmes. Et non seulement veu la grandeur unique qui vous est acquise par naissance & par mariage, vous servirez de miroir au sexe & de sujet d'emulation aux hommes encore, en l'estenduë de l'Univers, si vous vous eslevez au prix & merite que je vous propose: mais aussi tost,_ MADAME, _que vous aurez pris resolution de vouloir luyre de ce bel & precieux esclat, on croira que tout le mesme sexe esclaire en la splendeur de vos rayons. Je suis de vostre Majesté_
MADAME,
Tres-humble & Tres-obeissante servante & subjecte.
GOURNAY.
_EGALITÉ DES HOMMES ET DES FEMMES._
LA pluspart de ceux qui prennent la cause, des femmes, contre cette orgueilleuse preferance que les hommes s'attribuent, leur rendent le change entier: r'envoyans la preferance vers elles. Moy qui fuys toutes extremitez, je me contente de les esgaler aux hommes: la nature s'opposant pour ce regard autant à la superiorité qu'à l'inferiorité. Que dis-je, il ne suffit pas à quelques gens de leur preferer le sexe masculin, s'ils ne les confinoient encores d'un arrest irrefragable & necessaire à la quenoüille, ouy mesme à la quenouille seule. Mais ce qui les peut consoler contre ce mespris, c'est qu'il ne se faict que par ceux d'entre les hommes ausquels elles voudroient moins ressembler: personnes à donner vray semblance aux reproches qu'on pourroit vosmir sur le sexe feminin, s'ils en estoient, & qui sentent en leur cœur ne se pouvoir recommander que par le credit de l'autre. D'autant qu'ils ont ouy trompetter par les ruës, que les femmes manquent de dignité, manquent aussi de suffisance, voire du temperament & des organes pour arriver à cette-cy, leur eloquence triomphe à prescher ces maximes: & tant plus opulemment, de ce que, dignité, suffisance, organes & temperament sont beaux mots: n'ayans pas appris d'autre part, que la premiere qualité d'un mal habill'homme, c'est de cautionner les choses soubs la foy populaire & par ouyr dire. Voyez tels esprits comparer ces deux sexes: la plus haute suffisance à leur advis où les femmes puissent arriver, c'est de ressembler le commun des hommes: autant eslongnez d'imaginer, qu'une grande femme se peust dire grand homme, le sexe changé, que de consentir qu'un homme se peust eslever à l'estage d'un Dieu. Gens plus braves qu'Hercules vrayement, qui ne desfit que douze monstres en douze combats; tandis que d'une seule parolle ils desfont la moitié du Monde. Qui croira cependant, que ceux qui se veulent eslever & fortifier de la foiblesse d'autruy, se puissent eslever ou fortifier de leur propre force? Et le bon est, qu'ils pensent estre quittes de leur effronterie à vilipender ce sexe, usants d'une effronterie pareille à se loüer & se dorer eux mesmes, je dis par fois en particulier comme en general, voire à quelque tort que ce soit: comme si la verité de leur vanterie recevoit mesure & qualité de son impudence. Et Dieu sçait si je congnois de ces joyeux vanteurs, & dont les vanteries sont tantost passées en proverbe, entre les plus eschauffez au mespris des femmes. Mais quoy, s'ils prennent droict d'estre galans & suffisans hommes, de ce qu'ils se declarent tels comme par Edict; pourquoy n'abestiront ils les femmes par le contrepied d'un autre Edict? Et si je juge bien, soit de la dignité, soit de la capacité des dames, je ne pretends pas à cette heure de le prouver par raisons, puisque les opiniastres les pouroient debattre, ny par exemples, d'autant qu'ils sont trop communs; ains seulement par l'aucthorité de Dieu mesme, des arcsboutans de son Eglise & de ces grands hommes qui ont servy de lumiere à l'Univers. Rangeons ces glorieux tesmoins en teste, & reservons Dieu, puis les Saincts Peres de son Eglise, au fonds, comme le tresor.
[Hypathia.]
Platon à qui nul n'a debattu le tiltre de divin, & consequemment Socrates son interprete & Protecole en ses Escripts; (s'il n'est là mesme celuy de Socrates, son plus divin Precepteur) leur assignent mesmes droicts, facultez & functions, en leurs Republiques & par tout ailleurs. Les maintiennent, en outre, avoir surpassé maintefois tous les hommes de leur Patrie: comme en effect elles ont inventé partie des plus beaux arts, ont excellé, voire enseigné cathedralement & souverainement sur tous les hommes en toutes sortes de perfections & vertus, dans les plus fameuses villes antiques entre autres Alexandrie, premiere de l'Empire apres Rome. Dont il est arrivé que ces deux Philosophes, miracles de Nature, ont creu donner plus de lustre à des discours de grand poix, s'ils les prononçoient en leurs livres par la bouche de Diotime & d'Aspasie: Diotime que ce dernier ne craint point d'appeller sa maistresse & Preceptrice, en quelques unes des plus hautes sciences, luy Precepteur & maistre du genre humain. Ce que Theodoret releve si volontiers en l'Oraison de la Foy, ce me semble; qu'il paroist bien que l'opinion favorable au sexe luy estoit fort plausible. Apres tous ces tesmoignages de Socrates, sur le faict des dames; on void assez que s'il lache quelque mot au Sympose de Xenophon contre leur prudence, à comparaison de celle des hommes, il les regarde selon l'ignorance & l'inexperience où elles sont nourries, ou bien au pis aller en general, laissant lieu frequent & spatieux aux exceptions: à quoy les deviseurs dont est question ne s'entendent point.
[Erasme Epist: & Colloq. Politia: Epist. Agripa Precel: du sexe feminin. Courtizan.]
[Hotman pour l'etymologie des Pairs: du Tillet & Math. Histoire du Roy pour les Dames Pairresses.]
[Plut.]
Que si les dames arrivent moins souvent que les hommes, aux degrez d'excellence, c'est merveille que le deffaut de bonne instruction, voire l'affluence de la mauvaise expresse & professoire ne face pis, les gardant d'y pouvoir arriver du tout. Se trouve til plus de difference des hommes à elles que d'elles à elles mesmes, selon l'institution qu'elles ont prinse, selon qu'elles sont eslevées en ville ou village, ou selon les Nations? Et pourquoy leur institution ou nourriture aux affaires & Lettres à l'egal des hommes, ne rempliroit elle ce vuide, qui paroist ordinairement entre les testes des mesmes hommes & les leurs: puis que la nourriture est de telle importance qu'un de ses membres seulement, c'est à dire le commerce du monde, abondant aux Françoises & aux Angloises, & manquant aux Italiennes, celles cy sont de gros en gros de si loing surpassées par celles là? Je dis de gros en gros, car en detail les dames d'Italie triumphent par fois: & nous en avons tiré deux Reynes à la prudence desquelles la France a trop d'obligation. Pourquoy vrayment la nourriture ne frapperoit elle ce coup, de remplir la distance qui se void entre les entendemens des hommes & des femmes; veu qu'en cet exemple icy le moins surmonte le plus, par l'assistance d'une seule de ses parcelles, je dis ce commerce & conversation: l'air des Italiennes estant plus subtil & propre à subtilizer les esprits, comme il paroist en ceux de leurs hommes, confrontez communement contre ceux là des François & des Anglois? Plutarque au Traicté des vertueux faicts des femmes maintient; que la vertu de l'homme & de la femme est mesme chose. Seneque d'autre part publie aux Consolations; qu'il faut croire que la Nature n'a point traicté les dames ingratement, ou restrainct & racourcy leurs vertus & leurs esprits, plus que les vertus & les esprits des hommes: mais qu'elle les a doüées de pareille vigueur & de pareille faculté à toute chose honeste & loüable. Voyons ce qu'en juge apres ces deux, le tiers chef du Triumvirat de la sagesse humaine & morale en ses Essais. Il luy semble, dit il, & si ne sçait pourquoy, qu'il se trouve rarement des femmes dignes de commander aux hommes. N'est ce pas les mettre en particulier à l'egale contrebalance des hommes, & confesser, que s'il ne les y met en general il craint d'avoir tort: bien qu'il peust excuser sa restrinction, sur la pauvre & disgraciée nourriture de ce sexe. N'oubliant pas au reste d'alleguer & relever en autre lieu de son mesme livre, cette authorité que Platon leur depart en sa Republique: & qu'Anthistenes nioit toute difference au talent & en la vertu des deux sexes. Quant au Philosophe Aristote, puisque remuant Ciel & terre, il n'a point contredit en gros, que je scache, l'opinion qui favorise les dames, il l'a confirmée: s'en rapportant, sans doubte, aux sentences de son pere & grand pere spirituels, Socrates & Platon, comme à chose constante & fixe soubs le credit de tels personnages: par la bouche desquels il faut advoüer que le genre humain tout entier, & la raison mesme, ont prononcé leur arrest. Est il besoing d'alleguer infinis autres anciens & modernes de nom illustre, ou parmy ces derniers, Erasme, Politien, Agripa, ny cet honneste & pertinent Precepteur des courtizans: outre tant de fameux Poëtes si contrepoinctez tous ensemble aux mespriseurs du sexe feminin, & si partisans de ses advantages aptitude & disposition à tout office & tout exercice louable & digne? Les dames en verité se consolent, que ces descrieurs de leur merite ne se peuvent prouver habiles gens, si tous ces esprits le sont: & qu'un homme fin ne dira pas, encores qu'il le creust, que le merite & passedroit du sexe feminin tire court, pres celuy du masculin; jusques à ce que par arrest il ait faict declarer tous ceux là buffles, affin d'infirmer leur tesmoignage si contraire à tel decry. Et buffles faudroit il encores declarer des Peuples entiers & des plus sublins, entre autres ceux de Smyrne en Tacitus: qui pour obtenir jadis à Rome presseance de noblesse sur leurs voisins, allegoient estre descendus, ou de Tantalus fils de Jupiter ou de Theseus petit fils de Neptune ou d'une Amazone, laquelle par ce moyen ils contrepesoient à ces Dieux. Pour le regard de la loy Salique, qui prive les femmes de la couronne, elle n'a lieu qu'en France. Et fut inventée au temps de Pharamond, pour la seulle consideration des guerres contre l'Empire duquel nos Peres secoüoient le joug: le sexe feminin estant vray semblablement d'un corps moins propre aux armes, par la necessité du port & nourriture des enfans. Il faut rémarquer encores neantmoins, que les Pairs de France ayans esté créez en premiere intention comme une espece de personniers des Roys, ainsi que leur nom le declare: les dames Pairaisses de leur chef ont seance, privilege & voix deliberative par tout où les Pairs en ont & de mesme estendue. Comme aussi les Lacedemoniens ce brave & genereux Peuple, consultoit de toutes affaires privées & publiques avec ses femmes. Bien a servy cependant aux François, de trouver l'invention des Regentes, pour un equivalent des Roys; car sans cela combien y a il que leur Estat fust par terre? Nous sçaurions bien dire aujourd'huy par espreuve, quelle necessité les minoritez des Roys ont de cette recepte. Les Germains ces belliqueux Peuples, dit Tacitus, qui apres plus de deux cens ans de guerre, furent plustost triumphéz que vaincus; portoient dot à leurs femmes, non au rebours. Ils avoient au surplus des Nations, qui n'estoient jamais regies que par ce sexe. Et quand Ænee presente à Didon le sceptre d'Ilione, les scoliastes disent, que cela provient, de ce que les dames filles aisnées, telle qu'estoit cette Princesse, regnoient anciennement aux maisons Royalles. Veult-on deux plus beaux envers à la loy Salique, si deux envers elle peut souffrir? Si ne mesprisoient pas les femmes nos anciens Gaulois, ny les Carthaginois aussi; lors qu'estans unis en l'armée d'Hanibal pour passer les Alpes, ils establirent les dames Gauloises arbitres de leurs differends. Et quand les hommes desroberoient à ce sexe en plusieurs lieux, part aux meilleurs advantages; l'inegalité des forces corporelles plus que des spirituelles, ou du merite, peut facilement estre cause du larrecin & de sa souffrance: forces corporelles, qui sont vertus si basses, que la beste en tient plus par dessus l'homme, que l'homme par dessus la femme. Et si ce mesme Historiographe Latin nous apprend, qu'où la force regne, l'equité, la probité, la modestie mesme, sont les attributs du vainqueur; s'estonnera-on, que la suffisance & les merites en general, soient ceux de nos hommes, privativement aux femmes.
[Homil. I.]
[Olda Debora.]