Dictionnaire du patois du pays de Bray

Part 3

Chapter 33,686 wordsPublic domain

Le lendemain, jour des Rois, ils recommencent la même procession et les mêmes chants, en remplaçant le mot _boujou_ par celui d'_adieu_.

SAINT-JEAN (_Feux de_).

En certaines communes, on fait un feu de joie la veille de la fête de saint Jean-Baptiste. Chaque habitant apporte un bâton pour l'entretien du feu; des danses ont lieu pendant une partie de la nuit, et l'on n'oublie jamais d'emporter avec soi quelques charbons comme préservatifs de la foudre et de l'incendie (Voir notre _Essai sur le canton de Londinières_, page 242). Il nous semble voir là clairement un souvenir des feux qui signalaient, chez les anciens Slaves, la fête du dieu Koupalo (24 juin), et autour desquels dansaient hommes, femmes, enfants et vieillards (_Encyclopédie du_ XIXe _siècle_, vol. XXIV, p. 559). Koupalo était le dieu des productions de la terre. Avant la révolution de 1793, ces sortes de feux avaient lieu même à Paris: «La veille de Saint-Jean, les échevins faisaient élever, sur la place de l'Hôtel-de-Ville, un immense bûcher auquel le roi mettait solennellement le feu. En 1471, Louis XI, à l'exemple de ses prédécesseurs, communiqua lui-même la flamme à cet amas de matières combustibles dont l'incendie éclairait toute la ville. Les chroniques contemporaines nous ont conservé les détails de cette cérémonie.

«Au milieu de la place de Grève s'élevait un arbre de 90 pieds de hauteur, hérissé de traverses auxquelles on attachait 800 bourrées et 300 cotrets; 15 voies de bois et une immense quantité de bottes de paille en formaient la base. Le tout était surmonté d'un tonneau et d'une roue. Des guirlandes de fleurs décoraient ce colossal appareil, dans lequel il faut voir l'idée première de nos feux d'artifice officiels. Des bouquets volumineux étaient distribués au roi, aux personnes de sa suite, aux magistrats et aux notables. Une compagnie d'archers de la ville, composée de 200 hommes d'armes, maintenaient l'ordre conjointement avec 100 arbalétriers et 100 arquebusiers. Avant de mettre le feu, on plaçait dans le bûcher les célèbres doubles pétards dits de la Saint-Jean, les grosses fusées et tous les produits pyrotechniques connus à cette époque; on suspendait ensuite à l'arbre un grand panier renfermant deux douzaines de chats et un renard.

«Les registres de comptabilité de l'Hôtel-de-Ville contiennent, au sujet de ce dernier article, la mention suivante:

_A Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la ville, cent sous parisis pour avoir fourni, durant trois années, tous les chats qu'il fallait audit feu, comme de coutume; mêmement pour avoir fourni, il y a un an, où le roi assista, un renard, pour donner plaisir à Sa Majesté, et pour avoir fourni un grand sac de toile où étaient lesdits chats._

«Lorsque le feu était apaisé, le roi montait à l'Hôtel-de-Ville, où l'attendait une somptueuse collation. La foule se précipitait sur les débris du bûcher et se disputait les tisons, dont la possession était un gage de bonheur et de réussite en toutes choses pendant une année entière.

«Louis XIV n'assista qu'une seule fois à cette cérémonie, et Louis XV refusa de s'y montrer. Le feu de la Saint-Jean ne fut plus alors considéré que comme une tradition populaire, et les vestiges en furent effacés par l'orage de la Révolution.» (_Journal de Rouen, 18 février 1852._)

SAINT-BENOIT.

Quand il pleut le jour de saint Benoit (11 juillet), on est convaincu que la pluie durera quarante jours. Il faut peut-être voir l'explication de cette croyance dans la légende du saint. Un jour, étant allé visiter sa soeur, sainte Scholastique, celle-ci voulut le retenir au moment de partir; mais, comme il se refusait à rester, elle pria Dieu qui suscita _une si grande tempeste de tonnerre, d'esclairs et de pluye_, que saint Benoit ne put sortir de la maison (_Fleurs des vies des Saints_, par Ribadeneira, tome I, page 493, édit. in-4º).

SAINT-MARC.

S'il pleut le jour de saint Marc, c'est signe qu'il n'y aura point de merises. Voici ce qui a pu donner lieu à ce dicton: A cette époque, 25 avril, les merisiers sont en fleurs, et la pluie, si elle se prolongeait, pourrait les empêcher de nouer.

SAINTE-MONIQUE.

La pluie, le jour de sainte Monique, 4 mai, présage qu'il n'y aura point de pommes. C'est l'époque de la fleuraison des pommiers.

SAINT-PIERRE (_Feu de_).

On fait aussi des feux la veille de la fête de saint Pierre. Vers le coucher du soleil, le clergé de la paroisse se rend en procession au lieu où le bois a été disposé, le prêtre y met le feu et prononce une bénédiction; après quoi la procession retourne à l'église. Les habitants se partagent ensuite les tisons qu'ils conservent dans l'espoir d'être préservés des accidents de l'incendie (Voir notre _Essai sur le canton de Neufchâtel_, page 148). Nous trouvons encore, dans cet usage, une trace des feux nocturnes que les Romains allumaient pour célébrer certains anniversaires, tels que les Palilies, fête fort ancienne à laquelle Romulus rattacha la célébration annuelle de la mémoire de la fondation de Rome. Cette fête, instituée en l'honneur de la déesse Pales, se célébrait le 23 avril (_Encyclopédie théologique_, tome XXVIe, 3me des Religions, page 1056).

SAINT-SAUVEUR (_Pélérinage de_).

Les pélerinages de saint Sauveur ont lieu le jour de la Trinité et pendant l'octave, et se font à l'intention des animaux malades, surtout des chevaux. Assez souvent, on _touche_ un morceau de pain à la statue du Sauveur, et l'on réserve ce pain pour le donner aux bestiaux pendant leurs maladies. (Voir notre _Essai sur le canton de Blangy_, page 164 et suiv.)

TABLIER.

Si, en sortant de chez soi, la première personne qu'on rencontre est une femme _sans tablier_, on est persuadé qu'on éprouvera quelque désagrément dans la journée. Au reste, les femmes du pays de Bray sortent rarement sans cette partie de leur toilette.

TARTE (_La_).

Quand les moissonneurs finissant à couper le blé, ils se réunissent et crient à tue-tête: A la tarte! à la tarte! à la tarte! Cet usage vient de ce que, antérieurement, on avait l'habitude de manger des tartes à pareil jour. Aujourd'hui on se contente de vider quelques bouteilles à large panse, et la tarte se mange à la _parcie_ (Voyez ce mot dans le Dictionnaire).

TERRE-SAINTE.

Si l'on remue la terre sainte, c'est-à-dire si l'on creuse une tombe le dimanche, on prétend qu'il mourra une personne pendant la semaine.

TREIZE (_Le nombre_).

Le nombre 13 est généralement considéré comme néfaste. Par exemple, si treize enfants font leur première communion le même jour, on assure qu'il en mourra un dans la même année. Il est plus d'une personne qui ne voudrait pas être treizième à table. Mais, en tous cas, ce qui est le plus à redouter pour celui qui se trouve le treizième en cette circonstance, c'est, avons lu quelque part, lorsqu'il n'y a à diner que pour douze.

TRIGLYDOTE (_Le_).

C'est le petit oiseau qu'on appelle improprement _roitelet_; le peuple le nomme _petite poulette au bon Dieu_, et ne veut pas qu'on le tue. On prétend que chaque nichée se réunit dans le nid, la veille des Rois, avec les père et mère; aussi se garde-t-on bien de détruire ce petit nid, ordinairement placé au bas des couvertures en paille.

VACHERS (_Chanson des_).

Les petits vachers ont l'habitude de s'adresser de loin des espèces de dialogues, qu'ils chantent et terminent toujours par ces mots: _Lariala! lariala! lariala! lalonlariala!_ Il nous semble reconnaître dans ces paroles une invitation adressée aux autres gardeurs de vaches: _Là! ris il y a là!... Là! allons là! ris il y a là!_ En effet, ces paroles sont ordinairement le prélude d'une réunion dans laquelle on mange des poires et des pommes; après quoi on fait la partie de bilboquet, au milieu des _ris_ et joyeux discours.

VENDREDI.

On considère généralement le vendredi comme un jour néfaste, et beaucoup de personnes ne voudraient pas entreprendre un travail en ce jour. Serait-ce qu'on regarde ce jour comme malheureux, en mémoire de la mort de Jésus-Christ?

VENT (_Fiançailles et mariage du_).

On dit que le vent _se fiance_ le jour de saint Denis (9 octobre), et _se marie_ le jour de la Toussaint. On ajoute que, pendant l'hiver suivant, il souffle souvent du point où il se trouvait le jour de ses _fiançailles_ et de son _mariage_.

DICTIONNAIRE DU PATOIS DU PAYS DE BRAY.

REMARQUES.

Nos lecteurs ne trouveront point dans cette publication les mots devenus d'un usage général; et, quoique l'Académie ne leur accorde pas le droit de naturalisation dans son Dictionnaire, nous avons pensé qu'il suffisait qu'ils fussent admis par les bons lexicographes pour être autorisé à ne point les classer parmi les mots du patois brayon.

Nous avons cru devoir insérer quelques locutions vicieuses en usage non-seulement dans le pays de Bray, mais encore dans toute la Normandie.

En rédigeant notre travail, nous avons surtout consulté _le Dictionnaire du patois normand_, par MM. Édélstand et Alfred Duméril, Caen, 1849; le _Glossaire du patois picard_, par M. l'abbé Jules Corblet, Amiens, 1851, et le précieux manuscrit de M. Auguste Le Prevost, qui a recueilli les mots du patois des environs de Rouen et de Bernay. Les mots du patois brayon usités en Basse-Normandie sont indiqués par les initiales B.-N.; nous indiquons ceux qui sont employés en Picardie par un P, et ceux de la Haute-Normandie par les lettres H.-N.

Enfin, nous avons, autant que possible, écrit le patois brayon comme on le prononce; mais il existe un grand nombre d'expressions dont la prononciation ne saurait être rendue sans altérer profondément le sens des mots.

DICTIONNAIRE DU PATOIS DU PAYS DE BRAY.

A

A, elle, s'emploie assez généralement devant une consonne. Ex.: A m'a dit de partir. P.

A, aux. Ex.: Dites _à_ charretiers de dételer.

ABAVENT, contrevent, qui _abat_ le vent. B.-N.

ABITER, toucher. Ex.: N'_abitez_ pas là. H.-N.

ABLO, somme qu'il fallait ajouter aux anciennes pièces de monnaie pour compléter leur valeur diminuée par la circulation. Aux pièces de _six sous_, on ajoutait un sou; aux pièces de _douze sous_, deux sous; aux pièces de _vingt-quatre sous_, quatre sous; aux écus de _trois livres_, cinq sous; aux écus de _six livres_, quatre sous; aux louis de _vingt-quatre livres_, treize sous, etc.

ABOIRE, aboyer.

ABOLI, abattu, triste. P.

ABOULER, pousser comme une boule, Ex.: _Aboule-moi_ ton argent. P.

ABRE, arbre.

ABRIAS, grand paillasson dont se servent les moissonneurs, et à l'ombre duquel ils prennent leurs repas.

ABRIER, abriter. Les uns font venir ce mot du vieil allemand _ad-bi-rihan_, les autres du latin arbor. Nous ferons dériver tout simplement ce mot de _abri_, comme le verbe _abriter_. B.-N., H.-N., P.

ABRUVER, abreuver. P.

ABYMER, gâter, salir, déchirer un objet. H.-N., P.

ACANT, ACANTÉ, en compagnie, à côté de. Ex.: J'irai au marché _acant_ ou _acanté_ vous. B.-N.

ACANTER, incliner, pencher un vase.

ACCIPER, prendre, recevoir; du latin _accipere_.

ACCORDS, conventions qui précèdent le mariage. Ex.: On fait demain les _accords_ de Paul et de Julie. B.-N.

ACHEVALER (s'), se mettre à califourchon sur. P.

ACHOPÉ, entêté. H.-N.

ACHOPER (s'), s'entêter à une chose. P.

ACONNAITRE (se faire). Se faire connaître à une personne. H.-N.

ACONDUIRE (se faire), se faire conduire à. H.-N.

ACCOUTUMANCHE, ACCOUTUMANCE, habitude. P.

ACTIONNER, presser. Se dit particulièrement du ministère d'un huissier qui assigne une personne à comparaître devant un juge, un tribunal. P.

ACRE. L'acre se compose de 160 perches, à l'exception de celui de Blangy qui n'en a que 147. Mais l'on distingue différentes espèces de perches; ce qui donne une grande différence dans la contenance des divers acres. Voici ceux qui sont en usage dans le pays de Bray. Saint-Saens: perche de 18 pieds 4 pouces et de 20 pieds 2 pouces, ce qui donne deux sortes d'acres dans le même canton, l'un de 56 ares 73 centiares, et l'autre de 68-66. Gournay: perche de 20 pieds 2 pouces, comme Saint-Saens _en partie_. Londinières: perche de 21 pieds 1 pouce, de 21 p. 6 p. 1/2 et de 22 pieds, formant trois sortes d'acres: 1º 75 ares 05 centiares; 2º 78-35; 3º 81-72. Cette dernière mesure est la plus générale; elle est en usage à Argueil, Aumale, La Feuillie, La Ferté, Gaillefontaine, Neufchâtel, etc. Bazinval et quelques communes voisines; perche de 23 pieds, donnant à l'acre une mesure de 89 ares 31 centiares. (_Manuel métrique_, par P. Périaux, pag. 110 et suiv.)

ACULER, égarer. H.-N.

ADIRER, égarer.

ADIRER (s'), aller à un lieu voulant aller vers un autre; du latin _adire_, aller à.

ADLAISI, inoccupé. Ex.: Voilà trois jours qu'il est _adlaisi_. C'est le _at leisure_ des Anglais, à loisir.

ADOUCHIR, adoucir. P.

AD PATRES (envoyer), donner la mort. P.

ADRÈCHE, adresse. P.

ADRET, adroit.

ADVINER, deviner. P.

AFFIQUETS, parures de femme. P.

AFFAIRE de (avoir une bonne), avoir une grande quantité de.

AFFAIRE (être à son), connaître son commerce, le faire avantageusement. H.-N.

AFFAITEMENT, assaisonnement. H.-N.

AFFAITER, assaisonner. Ex.: Voulez-vous _affaiter_ la salade. H.-N.

AFFLATER, flatter, caresser avec la main. P.

AFFLIGÉ, contrefait, estropié. P.

AFFRIOLER, affriander. P.

AFFOURÉE, fourrage destiné à un repas des vaches ou des moutons. Ex.: Allez donner une _affourée_ aux vaches. B.-N.

AFFOURER, donner une _affourée_. Ne se dit pas en parlant des chevaux. B.-N.

AFFUBER, envelopper. Ex.: Cette liqueur m'_affube_ le coeur.

AFFULER (s'), mettre son bonnet. P.

AFFULURE, coiffure de femme. P.

AFFUTIAUX, parures. P. Objets divers nécessaires pour former un tout ou travailler à un objet. B.-N.

AGA! tiens! vois donc. Selon M. du Méril, vient du saxon _agarder_. B.-N.

AGACHE, pie. P.

AGACHER, agacer, irriter. Se dit aussi du cri des oiseaux au moment qu'on enlève leur couvée.

AGALÊTRER, exciter, irriter, Ex.: Si tu _agalêtres_ le chien, tu te feras mordre.

AGE (en), majeur. P.

AGE (homme d'), homme âgé. P.

AGERS, distribution, places. Ex.: Je connais les _agers_ de la maison. En Picardie, on dit _eziers_.

AGONIR DE SOTTISES, accabler d'injures. P. B.-N. H.-N.

AGRAPPINS, espèce de grappins qu'on s'ajuste aux jambes pour monter aux arbres et les ébrancher.

AGRIPPER, prendre en secret. H.-N.

AGRIPPER (s'), s'accrocher. Ex.: En tombant, il s'est _agrippé_ à une branche. H.-N.

AGUIGNETTES, étrennes du premier jour de l'an. On regarde assez généralement ce mot comme une corruption du cri: _au gui l'an neuf!_ que poussent les enfants, en certaines contrées, pour annoncer le nouvel an et demander des étrennes. On croit reconnaître dans cet usage un souvenir de l'ancienne coutume des Bardes qui annonçaient la nouvelle année en distribuant le gui sacré coupé par les druïdes (Voir notre _Essai sur le canton de Londinières_, page 107).

AHI! Expression qui sert à exciter les animaux à avancer ou à reculer. B.-N.

AHOQUER, accrocher. B.-N.

AHURI, stupéfait, abasourdi. P. H.-N.

AHURIR, frapper d'étonnement. P.

AIAUX, narcisses des prés. P.

AIN, AINE, un, une.

AIR (avoir l'), ressembler. Ex.: Cet homme _a l'air_ de ton père. H.-N.

AIR (faux), ressemblance légère. Ex.: Il a un _faux air_ de ton oncle. H.-N.

AJET, achat.

AJUSTER. Employé comme synonyme de _joindre_, _rassembler_. P.

AL'. Employé pour _à la_. Ex.: Il ira _al_ saint Jean. P.

AL', elle, elles.

ALENCONTRE, contre. P.

ALLER (s'en), se dit d'un liquide qui s'échappe d'un vase en bouillant. B.-N.

A LES, aux.

ALLEZ! Exclamation d'indifférence. Ex.: Vous pouvez vous moquer de moi, _allez!_ je ne me fâcherai pas.

ALLONGE, pièce de bois qui unit les deux trains d'un chariot. P.

ALLURE (cheval d'), amble. B.-N.

ALLURES, démarches suspectes.

ALOSER, donner trop d'éloges à une personne ou à une chose. Ce mot, qui était usité dès le XIe siècle, viendrait-il de _laus_, louange?

ALUMÈTE, ALLUMELLE, lame de couteau sans manche.

AM', à ma. Ex.: Je chante _am'_ manière. Devant une voyelle, on mettrait:

AM'N', à ma, à mon. Ex.: Pensez _am'n'_affaire.

A-MAIN (en), outil dont il est aisé de se servir. Ex.: Cette faucille est bien _en a-main_.

AMELETTE, omelette. P. H.-N.

A MÊME (être), occupé à faire une chose. Ex.: Je suis à même de faire ma barbe. H.-N.

A MÊME (prendre), prendre une portion de quelque chose. Ex.: Prends des pois _à même_ du plat... Bois _à même_ de la bouteille. H.-N.

AMÈRE, espèce de pommes à cidre.

AMÈTRER, mettre les cailloux par monceaux d'un mètre cube.

A-MI, parmi, au milieu de. Ex.: Il est _à-mi_ les champs.

AMI (bon), amant.

AMIGNARDER, caresser.

AMIGNOTER, amadouer, caresser. P.

A-MITAN, à moitié.

AMITOUFLER (s'), s'envelopper la tête et la figure pour se préserver du froid, Vient probablement du latin _amictus_, couvert. P.

AMITIEUX, caressant.

AMONT, au haut de: Ex.: _Amont_ la côte.

AMONT (vent d'), vent d'en haut, qui élève ou _amonte_ les nuages. H.-N.

AMONTER, monter, gravir une côte. H.-N.

AMOUCHELER, amonceler.

AMOUILLANTE (vache), vache dont la mamelle commence à s'emplir de lait, et qui ne tardera pas à vêler. B.-N.

AMOUROUQUES, camomille des champs. En Picardie et aux environs de Bayeux, on dit _amourette_; près de Bernay, c'est _amourioques_. H.-N.

AMUNITION (fusil, pain d'), de munition. H.-N.

AMUSER (s'). Se dit d'un homme qui a des relations coupables avec une femme. H.-N.

ANDIER, chenet orné d'une hampe et d'un crochet mobile, qui sert à placer la broche pour faire rôtir les volailles ou autres pièces.

ANE (oreilles d'), centaurée noire. On appelait aussi de ce nom un bonnet de papier, orné de longues oreilles, que les anciens maîtres d'école plaçaient sur la tête des écoliers rebelles.

ANGE, espèce. Ex.: Donnez-moi de l'_ange_ de vos petits pois.

ANGER DE, fournir. Ex.: _Angez-moi_ d'un bon couteau.

ANGOLAT (chat), angora.

ANICROCHES, entraves.

ANNE, aune.

ANTENOIS (moutons), âgés de moins d'un an.

ANTOMI, engourdi. Se dit aussi substantivement d'un squelette humain.

ANNELÉE. On désigne sous ce nom chaque volée qu'on sonne pour les défunts.

ANNELER, agneler.

ANUIT, aujourd'hui. Mot conservé de l'ancien usage des Celtes qui comptaient par nuits et non par jours (Voir notre _Essai sur le canton de Londinières_, p. 106). Les Anglais se servent encore de l'expression _fortnight_ (contraction de _fourteen nights_, quatorze nuits) pour signifier quinze jours; ils disent aussi _sennight_ pour indiquer une semaine ou huit jours. P. H.-N. B.-N.

ANUITER (s'), s'attarder, se laisser surprendre en voyage par la nuit. P.

APATELLE, nourriture que les oiseaux portent à leurs petits. P.

APATELER, porter l'_apâtelle_. P.

APPOIYAS, longues fourches de bois qui servent à soutenir les branches des pommiers trop chargés de fruits.

APOIYER, appuyer.

A POINT (venir), arriver au moment convenable pour être utile. P.

APOS (faire), s'ennuyer, regretter. Ex.: Il me fait _apôs_ de mon fils depuis qu'il est au collége.

APOTUME, apostème. P.

APOTUMER, abcéder.

APPAREILLER, mettre par couple. P.

APPOLON, sorte de camisole de femme. P.

APPOLER, appuyer, pousser, presser contre.

APPRINS (mal), mal élevé.

A QUAND? Locution interrogative. Ex.: _A quand_ notre réunion?

ARABE (terre), arable. P.

ARCAIL (fil d'), fil d'archal.

ARÉ! voyez! B.-N.

ARÊQUE, arête de poisson.

ARÊQUE DU DOS, épine dorsale.

ARGOT, ergot.

ARIAS, contrariétés. Ex.: Il y a eu des _arias_ pour son mariage.

ARIÈRE (en), en cachette. P.

ARMANA, almanach.

AROUSER, arroser. P.

ARRANGEMENT (personne d'), avec laquelle il est aisé de s'arranger.

ARRASER, passer près de. Ex.: Sa voiture a _arrasé_ le mur.

ARSOUILLE, fille qui a des habitudes de débauche et de malpropreté. P. B.-N.

ARTER, arrêter. P.

ARUER, lancer, jeter vers quelqu'un. Ex.: _Arue_-moi ton couteau.

AS', à sa. Ex.: J'ai mangé _as'_ table; mais devant une voyelle, c'est:

AS'N', à sa, à son. Ex.: Il est parti _as'n'_ ouvrage.

AS-COURANTE, as-courant, jeu de cartes.

ASSASSIN, assassinat. B.-N.

ASSASSINEUX, assassin. P.

ASSAVOIR (faire), faire savoir. P.

ASSIÉTER (s'), s'asseoir.

ASSIR (s'), s'asseoir. P.

ASSOMILLER (s'), s'endormir.

ASSOTER (s'), s'éprendre d'amour pour une personne qui ne le mérite pas. P.

ASSOUFFI, rassasié. P.

ASTEURE, à présent, à cette heure. P.

ASTICOTER, taquiner, chicaner. P. B.-N.

ASTIQUER. On dit _astiquer_ à une porte pour signifier la secouer longtemps, chercher à l'ouvrir sans pouvoir réussir. M. E. du Méril fait venir ce mot de _staga_, mot islandais qui signifie revenir trop souvent à la charge. B.-N.

AT', à ta, devant une consonne. Ex.: Il est parti _at'_ maison; devant une voyelle, on se sert de:

AT'N', à ta, à ton. Ex.: Il a été _at'n'_ école. P.

ATAME, entamure, premier morceau d'un pain.

ATOUT, coup, blessure. P. H.-N. B.-N.

ATTAQUE, attache. P.

ATTAQUER, attacher. P. Un Picard devait être pendu, quand on lui proposa sa grâce, à condition d'épouser une femme de mauvaise vie qu'on lui présenta. Il allait s'y décider, quand il s'aperçut qu'elle boitait: _Elle cloke_, dit-il au bourreau, _attake! attake!_ (_Glossaire du patois picard_, par M. l'abbé Corblet, page 329).

ATTELÉE, temps pendant lequel les chevaux travaillent sans rentrer à l'écurie. P.

ATTELURE, certain nombre de chevaux de trait qui travaillent ensemble. Ex.: J'ai une belle _attelure_ de six chevaux.

ATTENTIONNÉ, qui a des attentions pour plaire à une personne.

ATTISÉE (bonne), grande quantité de bois mise au feu. P.

ATTOUCHER, toucher. Ex.: N'_attouchez_ pas là. H.-N.

ATTRAPER (s'), se blesser contre un objet quelconque. H.-N.

ATTRAVER, apporter. Ne se dit que des choses qu'on apporte en certaine quantité et qui exigent plusieurs courses. Ex.: Vous aurez soin d'_attraver_ de l'eau pour les moutons et du fourrage pour les chevaux.

ATTUIRE, tutoyer. P.

AUBÉ, aubier.

AUCUNS (d'), quelques-uns.

AUMONDE, aumône. Voici la formule la plus ordinaire des mendiants: _Un' p'tit' aumonde, si vo plaît, pour l'amour du bon Dieu et de la sainte Vierge._

AUTEUX, aouteron, qui travaille à recueillir la moisson.

AUTE, autre.

AUTOUR DE (être), être occupé à.

AVA, AVAL (veut d'), vent qui rapproche les nuages de la terre, les précipite _ad vallem_, et annonce la pluie. H.-N.

AVALLON, gorgée de boisson. P.

AVANT, profond. P.

AVANTAGER (s'), se donner des éloges.

AVANTEUR, profondeur.

AVEINDRE, atteindre, tirer une chose d'un lieu. P.

AVEINE, avoine.

AVEINERI, champ où l'on a récolté de l'avoine.

AVENANT, poli, qui a de bonnes manières.

AVENANT (à l'), en proportion.

AVENIR, convenir. Ex.: Il ne lui _avient_ guère de faire le monsieur. H.-N.

AVENTS (les), les quatre semaines qui précèdent la fête de Noël.

AVER, avoir.

AVEU, avec. P.

AVISER, regarder. Pourquoi me regardez-vous ainsi, disait un jour un monsieur à un paysan?--Eh! repartit celui-ci, un chien _avise_ bien un évêque. P.

AVOCAT-SOUS-L'ORME, chicaneur, homme qui aime à donner son avis dans les contestations et les procès. Cette dénomination vient de ce que les plaids seigneuriaux se tenaient autrefois sous de grands ormes. M. Léopold Delisle en cite plusieurs exemples, pour le XIIIe et le XIVe siècle, dans son intéressant ouvrage sur l'état de l'agriculture en Normandie, au moyen-âge (_Etudes sur la condition de la classe agricole_, p. 357 et 738).

AVOUER, user. Ex.: Elle m'a avoué deux morceaux de savon. H.-N.

AVRONE, aurone.

AYOU? où. H.-N.

B

BABET, Élisabeth.

BABINES, lèvres. Ex.: Essuie-toi les _babines_. H.-N.

BABOUIN. V. _Babines_. H.-N.

BACHIN, bassin. P.

BACHINET, bassinet, espèce de renoncule.

BACHINET (cracher au), donner de l'argent en plusieurs fols pour la réussite d'une affaire ou d'une dépense.

BACHINER, bassiner. _P._

BACHINOIRE, bassinoire.

BACU, petite volée à laquelle on attache les traits de chaque cheval et qui lui _bac_ le derrière quand il marche.

BADRÉE, espèce de bouillie qu'on place sur une pâtisserie commune. Voy. _Tarte._ P.