Dictionnaire du patois du pays de Bray

Part 2

Chapter 23,445 wordsPublic domain

§ IV.--DE L'ADJECTIF. Plusieurs adjectifs ne forment pas leur féminin comme en français: Ex. Blanc, sec, vieil, fou, malin, frais, font _blanque_, _sèque_, _vieuille_, _fôlle_, _malinne_, _fraique_. Presque tous les adjectifs terminés en _i_ ont le féminin en _ite_: Ex. Pourri, guéri, font _pourrite_, _guérite_.

Les adjectifs possessifs se rendent ainsi:

Mon, _man_, _min_, _m'n'_. Ma, _m'_. Mes, _més_, _m's'_. Ton, _tan_, _t'n'_, _tin_, _t'n_. Ta, _t'_. Tes, _tés_, _t's'_. Son, _san_, _s'n'_, _sin_, _s'n_. Sa, _s'_. Ses, _sés_, _s's'_. Notre, _not'_. Notre, _not'_. Nos, _nos_. Votre, _vot'_. Votre, _vot'_. Vos, _vos_. Leur, _leu_, _leut_. Leur, _leu_, _leut'_. Leurs, _leus_.

Les adjectifs démonstratifs sont:

Ce, _çu_. Cet, _c't'_. Cette, _c't'_, _c'te_. Ces, _cés_, _chés_.

§ V. DU PRONOM. Voici les différentes formes des pronoms personnels:

Je, _j_', _ej'_. Moi, _mai_, _mi_. Me, _m'_. Nous, _j'_. Tu, _tu_. Toi, _tai_. Te, _té_. Vous, _vos_, _os_. Il, _y_, _il_. Elle, _al'_, _a_. Ils, _y_, _ils_. Elles, _al'_, _y_. Lui, _li_. Leur, _leu_. Eux, _eux_. Se, _s'_, leus. Soi, _sai_.

Les pronoms possessifs n'offrent d'autre différence avec le français que la suivante: _l' est_ employé pour _le_, et l'on supprime l'accent circonflexe sur _notre_, _votre_, _notres_, _votres_.

Voici maintenant les pronoms démonstratifs:

Celui, _le sien_. Celle, _la sienne_, _la celle_. Ceux, _les ceux_, _les siens_. Celles, _les celles_, _les siennes_.

Celui-ci, _c't'ichite_. Celle-ci, _c't'ichite_. Ceux-ci, _cheux-chite_, _ceux-chite_. Celles-ci, _cheux-chite_, _ceux-chite_.

Celui-là, _ç't'ila_. Celle-là, _ç't'éla_. Ceux-là, _cheux-la_. Celles-là, _cheux-la_.

Ce, _cha_. Ceci, _cha_. Cela, _cha_.

Les pronoms relatifs se prononcent de la manière suivante:

Qui, _qui_. Que, _qu'_, _que_. Lequel, _l'queul_. Laquelle, _l'queulle_, _laqueulle_. Lesquels, _lèqueuls_. Lesquelles, _léqueulles_.

Nous ajouterons les pronoms interrogatifs: qui, que, quoi; lesquels se rendent ordinairement par _qué_.

En parlant de l'interrogation, nous voulons faire une remarque qui ne trouverait peut-être point place ailleurs. Dans le pays de Bray, et généralement en Normandie, on répond à certaines questions par la négation ou l'affirmation de la proposition opposée. Ainsi, à cette question: _Fait-il froid aujourd'hui?_ on répondra: _Il ne fait pas chaud_, ou _il fait assez chaud_, ou _il fait très-chaud_.

§ VI.--DU VERBE. Afin de donner une idée du système des conjugaisons, nous placerons ici quelques temps des verbes auxiliaires AVOIR et ÊTRE.

AVER. ETE.

INDICATIF PRÉSENT.

J'ai. Ej'sis. T'as. T'es. Il a. Il est. J'avons. J'sommes. Os avez _ou_ vos avez. Os ètes _ou_ vos ètes. Il ont. Y sont.

IMPARFAIT.

J'avais. J'étais _ou_ j'étois. T'avais. T'étais _ou_ t'étois. Il avait. Il était _ou_ il étoit. J'avions. J'étions _ou_ os étions. Os aviez. Os étiez _ou_ vos étiez. Il avaient _ou_ aviont. Il étaient _ou_ étoient _ou_ étiont.

SUBJONCTIF PRÉSENT.

Que j'aie _ou_ que j'uche. Que j'sais _ou_ que j'suche. Q't'aies _ou_ que tu uches. Que tu sais _ou_ que tu suches. Qu'il ait _ou_ qu'il uche. Qu'il sait _ou_ qu'il suche. Qu'j'avions _ou_ qu'j'uchions. Que j'sayions _ou_ que nous suchions _ou_ qu'os soyomes. Qu'os aviez _ou_ qu'os uchiez. Qu'os sayez _ou_ qu'os suchiez. Qu'il aient _ou_ qu'il uchent. Qu'y saient _ou_ qu'ils suchent.

Le patois du pays de Bray offre beaucoup d'irrégularité dans les conjugaisons; nous en mentionnerons seulement quelques-unes.

Généralement l'_u_ du pronom _tu_ s'ellipse à la seconde personne du singulier, quand le verbe commence par une voyelle: Ex. _T'aimes_, _t'avertis_, _t'as_, _t'entends_.

Le _j'_ remplace ordinairement le pronom _nous_, à la première personne du pluriel, quand le verbe commence par une voyelle: Ex. _J'aimons_, _j'avertissons_, etc. Si le verbe commence par une consonne, le pronom _nous_ est remplacé par le monosyllabe _ej_: Ex. _Ej trouvons_, _ej prévenons_, etc. Il paraît que les courtisans de Henri III regardaient comme de bon ton de dire: _J'avions_, _j'étions_, _j'allions_; c'était alors une manière de parler recherchée dans la bonne compagnie, même à la cour[26].

[Note 26: _Essai sur le langage_, page 302.--_Glossaire du patois picard_, page 173.]

Parmi les verbes de la première conjugaison qui sont irréguliers dans plusieurs temps, nous mentionnerons le verbe _aller_ qui fait au présent du subjonctif: _que j'ouaiche_, _que tu ouaiches_, _qui ouaiche_, _que j'ouaichions_, _qu'os ouaichiez_, _qui ouaichent_.

Les verbes terminés en _ier_ et _uer_ ont ordinairement le présent du subjonctif en _che_: Ex. Charrier, ruer, etc., font: _que je carriche_, _que je ruche_.

Le _r_ terminal de l'infinitif ne se fait point sentir dans les verbes de la seconde conjugaison; ainsi on dit: _mouri_, _parti_, _r'veni_, etc., pour _mourir_, _partir_, _revenir_. Plusieurs de ces verbes forment aussi leur participe passé tout-à-fait irrégulièrement; c'est ainsi que _soutenir_ fait _soutint_ pour _soutenu_.

Les verbes de la troisième conjugaison changent leur terminaison _oir_ en _er_; par exemple: _Apercevoir, recevoir, émouvoir_, etc., font _aperchever, r'chever, émouver_, et, au participe passé, _aperchu, r'chu, émouvé_.

Au nombre des verbes de la quatrième conjugaison qui s'éloignent du français, nous mettrons le verbe _suivre_ qui fait _sieure, je sieus, j'ai sieus_, etc.

Une règle qui se rapporte à toutes les conjugaisons consiste dans l'emploi de la troisième personne au lieu de la première et de la seconde, comme dans les phrases suivantes: _C'est moi qui se trompe; c'est toi qui ira; c'est nous qui a joui; c'est vous qui chantait_, etc.

Nous pensons que ces courtes remarques suffisent pour indiquer à nos lecteurs les ressemblances et différences du patois du pays de Bray avec les patois des autres provinces, surtout de la Normandie et de la Picardie. Il nous resterait à citer quelque fragment de cet idiome, afin d'en faire mieux comprendre le mécanisme; mais nous ne connaissons aucun monument écrit auquel nous puissions avoir recours. Sous ce rapport, nous sommes aussi pauvres que la Picardie est riche. Là, des hommes d'esprit s'amusent souvent a recueillir les reparties, les boutades, les saillies populaires, pour en former de plaisants dialogues, de gais refrains. Ici, rien de semblable; _Ch'est pat à dire que j'soyomes_ (simus) _pus enchifrénés q'd'autes, mais j'manquons d'éditeux_, disait dernièrement un de nos amis. C'est donc une bonne fortune pour nous que la rencontre de l'article suivant que nous extrayons d'une récente publication[27].

[Note 27: _Almanach du pays de Bray_, pour 1852, page 99 et suiv.]

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

_Jacques_.--Ah! Boujou, Mousieu _Esprit_...

_Le citoyen Esprit_.--Ne m'appelle donc pas _Monsieur_; ce titre aristocratique est aboli et remplacé par le mot égalitaire de _citoyen_.

_Jacques_.--Ah! chest cha; j'comprends pas, mais chest tout d'même.

_Le citoyen Esprit_.--Tu es si bête!

Jacques.--Ah! par exemple, cha pourrait ben être vrai; car tout l'monde me l'dit. Mais en attendant, j'voudrais ben saver qué qu'veulent dire chés trois mots _Libertai, Égalitai, Fraternitai_, quo vait tout partout; o dirait que l'zimprimeux n'peuvent plus rien écrire sans mette chés mots-là.

_Le citoyen Esprit_.--Tu ne comprends pas cela?

_Jacques_.--Ma foi, non.

_Le citoyen Esprit_.--Liberté!!! mot divin qui fait battre tous les coeurs, quand on le prononce...

_Jacques_.--Ah! bah! l'mien des coeurs n'bat pas du tout.

_Le citoyen Esprit_.--C'est une manière de parler.

_Jacques_.--Chest-à-dire qu'cha n'signifie rien.

_Le citoyen Esprit_.--C'est-à-dire que tu es un imbécille.

_Jacques_.--Os me l'avez déjà dit, _Mousieu citoyen_.

_Le citoyen Esprit_.--Comment pourrais-tu en effet comprendre la liberté, toi qui as été toute ta vie esclave et malheureux.

_Jacques_.--Ma foi, pas core trop.

_Le citoyen Esprit_.--Écoute, Jacques, et tâche de comprendre.

_Jacques_.--J'vo z'écoute des yeux et des oreilles.

_Le citoyen Esprit_.--Par le mot liberté, on entend que chacun est libre de faire ce qui lui plaît.

_Jacques_.--Tout c'qui li plaît?

_Le citoyen Esprit_.--Tout!

_Jacques_.--Absolument tout?

_Le citoyen Esprit._--Oui.

_Jacques._--Y a ti longtemps, cha?

_Le citoyen Esprit._--Depuis le 24 février, l'an 59 de la liberté.

_Jacques._--Et moi qui ne l'savait point core! Faut que j'sais rudement béte!

_Le citoyen Esprit._--Je ne dis pas non.

_Jacques._--Mais, comment qu'man maîte n'me l'a pas dit?

_Le citoyen Esprit._--Nigaud, est-ce qu'il n'est pas intéressé à te laisser dans l'ignorance?

_Jacques._--Chest vrai! ben asteu, chest ben fini; quand y m'dira d'batte du blai, j'battrai d'l'aveine; quand y m'dira d'vaner de l'orge, j'ferai des guerbées; quand y m'dira de monter l'grain au grenier, j'irai m'mette à table; puis plutot j'li dirai que j'veux ête maîte chacun note semaine... Asteu, j'voudrais bien saver quoique chest qu'l'_égalitai_.

_Le citoyen Esprit._--Cela signifie qu'il n'y a aucune différence entre les hommes, et qu'ils sont tous égaux.

_Jacques._--Mais chest pas vrai, cha.

_Le citoyen Esprit._--Comment, ce n'est pas vrai?

_Jacques._--Non! Est-ce que j'sis l'égal de man maîte?

_Le citoyen Esprit._--Sans doute.

_Jacques._--Ah! cha mais!... comment s'y prendre? Man maîte qu'a six pouces plus qu'mai.

_Le citoyen Esprit._--On le rognera.

_Jacques._--Par queu bout?

_Le citoyen Esprit._--Par la tête.

_Jacques._--Diable! mais... puis, Nicolas, li qu'est trois pouces plus p'tit qu'mai; est-ce qu'on me rognera itou par la tête?

_Le citoyen Esprit._--Mon pauvre Jacques, tu ne comprends donc rien; quand on dit que nous sommes égaux, on veut dire que nous avons tous les mêmes droits et les mêmes avantages.

_Jacques._--Chest-à-dire que j'pourrais mette l'zhabits de man maîte, manger san dinner, monter sur san bidet?

_Le citoyen Esprit._--Certes, tous les biens sont communs.

_Jacques._--Mais les propriétaires?

_Le citoyen Esprit._--Il n'y a plus de propriétaires: la propriété, c'est le vol.

_Jacques._--Tiens! je l'aurais jamais cru.... Man maîte qui passe pour si honnête homme dans le pays! Mais y va me renvéyer, pétète, quand j'l'y demanderai l'exécution d'l'_égalitai_.

_Le citoyen Esprit._--Ne crains rien.

_Jacques._--Pourquoi?

_Le citoyen Esprit._--Parce qu'il ne saurait trouver un autre domestique aussi bête que toi.

_Jacques._--Chest ben possible... Puis c'té _fraternitai_, elle, qué qu'chest?

_Le citoyen Esprit._--Cela veut dire que nous sommes tous frères.

_Jacques._--Ah! cha, du coup, chest une bêtise; car, quand ma mère, qui n'vient plus d'pis qu'al est morte, venait m'ver, a m'embrachait toujou; puis a disait: _Boujou, man fieu_! Mais a n'embrachait pas man maîte; au contraire, a faisait une révérence, puis disait: _Boujou, maîte Pierre_! mais a n'y disait jamais: _Boujou man fieu_, ni _boujou man frère_! Cha fait ben ver qu'a n'était pas sa soeur et qu'il n'est pas man frère.

_Le citoyen Esprit._--Il ne s'agit ici ni de père ni de mère.

_Jacques._--Chest vrai, y sont morts tous deux.

_Le citoyen Esprit._--Tu ne comprends pas. Il n'y a plus ni père ni mère pour personne; nous sommes tous enfants de la nature.

_Jacques._--De la nature? Connais pas! J'avais toujou cru qu'j'étais l'fieu d'ma mère qu'est morte, pauve fame.

_Le citoyen Esprit._--Pauvre Jacques! quel dommage qu'on ait paralysé l'action des clubs! je t'aurais fait admettre pour t'initier aux grands principes....

_Jacques._--Pardon! excuse! _Mousieu citoyen_, maîte Pierre m'crie pour manger la soupe.

_Le citoyen Esprit._--Mais j'aurais un petit service à te demander.

_Jacques._--Jé pas l'temps; cha sera pour une aute fais.

UN FLANEUR BRAYON.

Nous terminerons cette introduction par quelques proverbes et dictons populaires, auxquels nous joindrons un court exposé des croyances et usages du pays.

PROVERBES ET DICTONS.

Amis comme chiens et chats. Ennemis.

Adroit de sa main comme un cochon de sa queue. Maladroit.

Se laisser manger la laine sur le dos. Trop bon.

La semaine des trois jeudis. Jamais.

Il vaux mieux tuer le diable que le diable vous tue.

Caillou qui roule n'amasse pas mousse.

_Mais que_ les poules pissent. Jamais.

Engendré d'un coq et d'une oie. Sot et malin.

Ouvrir les yeux comme un chat qui c... dans du son. Ouvrir de grands yeux.

Brouillard en mars, gelée en mai.

Laid comme le diable.

Toute la _pouquette_ sent le hareng. Toute la famille a les mêmes vices.

En attendant les souliers d'un mort, on va longtemps nu-pieds.

N'y voir que du brouillard. Ne rien comprendre à une chose.

Un coup de langue est pire qu'un coup de lance.

La première mouche qui le piquera sera un taon. La dernière faute paiera pour les autres.

Ne pas valoir les quatre fers d'un chien. N'avoir aucune valeur.

N'entendre ni à _hu_, ni à _dia_. N'avoir aucune intelligence.

Brebis qui bêle perd sa goulée. On ne peut parler et manger en même temps.

Au plus fort la _pouque_. En parlant de deux personnes qui se disputent un objet.

Qui demande un hiver avant Noël, en demande deux.

Faire la _caloge_ du veau avant qu'il soit venu. Former de vains projets sur un événement éventuel.

Il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron. Pas de paroles inutiles.

Aller ou venir pour des prunes. Pour rien.

Si le soleil luit quand il pleut, on dit que le _diable bat sa femme_.

Quand on se sent morveux, on se mouche. En parlant d'une personne qui prend pour elle-même un blâme donné sans application particulière.

Gratter quelqu'un par où il a _manjure_. Lui proposer une chose qui le flatte.

Faute de poisson, on mange des moules. Quand on n'a pas ce qu'on désire, il faut se contenter de ce qu'on a.

On n'est pas louis d'or. Ou ne plaît pas à tout le monde.

Quand on quitte le maréchal, il faut payer les vieux fers. Lorsqu'on change de fournisseur, il faut payer ce qu'on lui doit.

Quitter brûler ce qui ne cuit pas pour soi. Ne s'occuper que de ce qui profite.

Quand il pleut sur l'un, il grêle sur l'autre. En parlant de deux personnes qui ont les mêmes intérêts.

Rebattre le _feurre_ de ses glanes. Perdre le fil de son discours et faire des redites.

Il a mis une cheville à son trou. Réponse ou repartie trouvée à propos.

Malin comme Gribouille qui se jette à l'eau de peur de se mouiller.

Être de la famille de Riquiqui. Être parent de tout le monde.

S'il y a pondu, il n'y a pas couvé. Il n'a pas été longtemps parti.

Vaut mieux faire envie que pitié.

Février emplit les fossés, mars les vide.

Il vaut mieux laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez. Mieux vaut conserver un objet avec ses défauts que de le briser en cherchant à le réparer.

Ils sont comme saint Roch et son chien. Inséparables.

Ton nez branle. Tu mens. Il paraît que ce dicton n'est pas neuf et qu'on disait du temps d'Érasme: _Nasus tuus arguit mihi te mentiri_, votre nez me dit que vous mentez.

On ne peut guère manier de beurre, sans qu'il en reste dans les doigts. En parlant des régisseurs et autres qui ne rendent pas fidèle compte de leur administration.

Chaque grain a sa paille. Chacun a ses défauts.

Manger son pain chaud, boire son cidre doux, brûler son bois vert, c'est mettre la maison au désert.

Ne point mettre une chose dans l'oreille d'un chat. Donner un avis qui sera suivi.

Chacun son métier, les moutons seront bien gardés.

Faire de la bouillie pour les chats. Faire une chose inutile ou mal exécutée.

Les nourrices auront bon temps, les enfants se jouent. En parlant des grandes personnes qui s'amusent à des jeux d'enfant.

Heureux comme un coq en pâte. Nous pensons qu'il faudrait dire: _Comme un coq empâté_.

C'est comme à la maison du bon Dieu, l'on n'y boit, n'y mange. Allusion aux personnes qui n'offrent rien à ceux qui font visite; ce qui est rare dans le pays de Bray.

On a tiré à son baptême. Il n'a pas inventé la poudre.

On ne tire pas de farine d'un sac à charbon. On n'espère pas de bonnes actions de la part d'un méchant.

C'est du bois à faire des vielles. Il se ploie de toutes façons. Par allusion à ceux qui disent oui et non sur la même question, pour plaire à l'un et ne pas déplaire à l'autre.

Faire des contes à mourir debout. Impossibilités.

Rien ne dure plus longtemps qu'un pot cassé. En parlant de personnes souffrantes qui vont jusqu'à la vieillesse.

Il n'y a pas moyen de _moyenner_. Il faut en convenir.

On vous donne des noix à casser, quand on n'a plus de dents. Faire des douceurs, quand on ne peut plus en profiter.

C'est lui, en chair et en os, comme saint Amadou. Lui-même.

Plus malin que lui n'est pas bête.

Sourd comme une _boîse_. Très-sourd.

Aller son petit bonhomme de chemin. Faire ses affaires, sans s'inquiéter du _qu'en dira-t-on_.

Ce n'est pas par là que le pot court. Ce n'est pas là que se trouve le mal.

Courir comme un poulain délicoté.

Être du côté que le plat _pend_. Être bien placé.

Sec comme du bois.

Les paroles sont des femelles; les écrits sont des mâles. Les uns sont plus sûrs que les autres: _Verba volant, scripta manent_.

Les rouges (à cheveux roux) sont tout bons ou tout mauvais.

Entêté comme une mule.

Babiller comme une pie borgne. A tort et à travers.

Ne pas plus bouger qu'un 0 en chiffre.

Noir comme une taupe.

Partir dans le royaume des taupes. Mourir.

Aller à taupes-jouque. Mourir.

Avoir la compagnie d'un pelé et trois tondus. Société sans considération.

Ne craindre ne Dieu, ne Vierge Marie. N'avoir aucune crainte.

Bête comme un pot. Très-sot.

Un _quien_ regarde bien un évêque. Un inférieur peut regarder son supérieur.

Père aux écus. Homme riche.

Avoir les yeux plus grands que le ventre. Gourmand qui ne peut manger tout ce qu'il a demandé.

Les conseilleux Ne sont pas les payeux.

Faites du bien à un vilain, Il vous c... dans la main.

A la Saint-Romain, On prend les mouches à la main.

A la Saint-Denis, Bécasse en tous pays.

A la Saint-Denis, Perdreaux sont perdrix.

S'il fait beau, Prends ton manteau; S'il pleut, Prends-le, si tu veux.

Pluie du matin N'arrête pas le pélerin.

Jamais le mois d'avril Ne s'en va sans épi, Et le mois de mai Sans épi de _blai_.

Aujourd'hui saint Thomas, Cuis ton pain, lave tes draps, Dans trois jours Noël t'auras.

A la Saint-Luc, Ne sème plus, ou sème plus dru.

A saint Luquet, Sème toujours jusqu'à ce que tu aies fait.

Brouillard en decours, De la pluie sous trois jours.

Brouillard en croissant, C'est du beau temps.

A la sainte Cateline, (25 nov.) Tout bois prend racine.

Petits enfants, Petits tourments.

Il ne faut qu'un coup Pour tuer un loup.

Vaut mieux aller au moulin Qu'au médecin.

Pour filer, Faut mouiller.

Avril le doux, Quand il s'y met, c'est le pire de tous.

Année de hennetons, Année de grenaison.

L'hiver n'est pas bâtard, Quand il ne vient pas d'_heure_, il vient tard.

A la Chandeleur (2 fév.), L'hiver finit ou prend vigueur.

Un essaim du mois de mai Vaut une vache du pays de Bray.

USAGES ET CROYANCES.

ABEILLES.

Sur le deuil des abeilles, voyez _Mouches à miel_, dans le Dictionnaire. Les abeilles offrent bien assez d'intérêt à l'observateur, sans leur prêter un instinct dont elles ne jouissent point.

On dit que les abeilles qui essaiment le jour du Saint-Sacrement forment, dans la ruche, un travail en forme d'ostensoir, c'est-à-dire que les rayons aboutissent au centre de la ruche, au lieu d'être transversaux. Nous ne nions pas ce genre de travail; mais, jusqu'à preuve contraire, nous croyons que tous les essaims qui sortent en ce jour ne travaillent pas de la même manière, et qu'on peut observer ce genre de travail dans les ruches d'essaims sortis en d'autres jours.

CARREAU.

Dans la campagne, les bonnes femmes désignent sous ce nom tout embarras gastrique, toute maladie chronique, toute affection maladive dont la guérison se fait attendre. Dans leur pensée, aucun âge n'en est exempt; nous nous rappelons avoir entendu dire d'une personne octogénaire, qu'elle était _morte du carriau, parce qu'on ne l'avait pas fait toucher_. Voyez, dans le Dictionnaire, le mot _Carriau_.

CHARDON (_Jeu du_).

Parfois les moissonneurs laissent un gros chardon debout; ils placent quelques petits rubans dans ses feuilles; et, au moment de faire scier la _dernière poignée_, ils présentent au maître de maison une faucille dont le manche est orné de _lisets_, en le priant de commencer le jeu, c'est-à-dire de se placer à une distance convenable et de lancer la faucille sur le chardon pour le couper. Ordinairement le cultivateur place une pièce d'argent au pied du chardon; c'est le prix de la victoire.

CHEVAUX.

Lorsqu'on conduit les chevaux à l'eau, on a l'habitude de siffler pour les engager à boire. Par un contraste assez singulier, il est aussi d'usage de siffler pour les engager à p......

CHOUETTES.

Le cri de la chouette, aux environs d'une habitation, est considéré comme un signe de mortalité.

CIERGES.

Si les cierges placés à l'autel brûlent mal, quand on fait célébrer la messe pour un malade, on est persuadé qu'il ne guérira pas.

DERNIÈRE POIGNÉE (_La_).

Dans les communes où l'on n'offre pas de _glane_ au commencement de la moisson (voir plus bas), les moissonneurs font scier la _dernière poignée_. Voyez ce mot dans le Dictionnaire.

EAU BÉNITE.

Le Samedi saint, en certaines communes, l'instituteur se présente à chaque maison de la paroisse, il trempe une branche de buis dans un petit vase plein d'eau bénite, qu'il porte avec lui, et il asperge l'habitation. Ensuite, il offre du pain à chanter qu'il a fait bénir, et reçoit des oeufs qu'il vend à son profit. (Voir notre _Essai sur le canton de Neufchâtel_, page 114.)

Quand il pleut le dimanche avant l'eau bénite, on est persuadé que c'est signe qu'il pleuvra pendant toute la semaine.

On prétend que l'enfant qui _étrenne_ les fonts, c'est-à-dire celui qui est baptisé le premier après la bénédiction des fonts, meurt dans l'année.

FLANS (_Les_).

C'est ainsi qu'on désigne encore, en certaines communes, le jour de la fête patronale. Ainsi, on dit: _Les Flans de Bures_, pour indiquer la fête de Saint-Agnan, patron de cette paroisse. Cette habitude vient de l'ancien usage, encore en vigueur, de préparer des _flans_ ou tartes pour ce jour.

GLANE (_La_).

Le premier jour de la moisson, on forme une glane d'épis choisis, artistement disposés et ornés de fleurs et de rubans de soie. Les moissonneurs se réunissent en corps pour aller offrir cette glane à la maîtresse de maison; celui ou celle qui la présente débite un petit compliment; après quoi on arrose la fête avec quelques pots de gros cidre.

NOEL (_Les douze jours de_).

On prétend que la température des _douze jours de Noël_, c'est-à-dire des jours qui se trouvent à partir du 25 décembre jusqu'au 5 janvier, indique le temps de chacun des douze mois de l'année suivante. Ainsi, le temps du 25 décembre indique le temps qu'il fera en janvier; le temps du 26, celui du mois de février, etc.

RAMEAUX.

Bien des gens sont convaincus que les blés dépériront pendant quarante jours, s'il pleut le jour des Rameaux.

ROIS.

La veille des Rois, les enfants parcourent les rues avec des lanternes de papier de diverses couleurs, attachées au bout d'un bâton, et crient de toute leur force:

_Boujou_ les Rois, Jusqu'à douze mois! _Boujou_ la Reine, Jusqu'à six s'maines! _Boujou_ l'_crapou_, Jusqu'au mois d'août!