Dictionnaire de nos fautes contre la langue française
Part 1
Note de transcription:
Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. Il y a une note plus détaillée à la fin de ce livre.
DICTIONNAIRE DE NOS FAUTES CONTRE La Langue Française
PAR
RAOUL RINFRET
MONTREAL CADIEUX & DEROME EDITEURS
DICTIONNAIRE DE NOS FAUTES CONTRE La Langue Française
CONTENANT
1º Nos fautes contre la langue française et leurs corrections.
2º Règles de grammaire, difficultés, etc., relatives à nos fautes les plus fréquentes.
3º Nos fautes de prononciation.
4º Mots français et mots anglais dont l’orthographe se ressemble.
5º Mots dont l’accent circonflexe est quelquefois oublié.
PAR
RAOUL RINFRET
MONTREAL CADIEUX & DEROME EDITEURS
Enregistré conformément à l’Acte du Parlement du Canada, l’an mil huit cent quatre-vingt-seize, par Raoul Rinfret, au Ministère de l’Agriculture.
Typ. John Lovell & Son.
PREFACE.
Le livre que je publie est, en grande partie, un résumé de tout ce qui a été écrit au Canada relativement à nos fautes contre la langue française (la liste des ouvrages mis à contribution est donnée plus bas). Quelques ouvrages français, qui traitent des locutions vicieuses en usage en France, ont été consultés. J’ai ajouté un assez grand nombre de termes locaux, que j’avais commencé à recueillir il y a quelques années.
Afin de ne pas surcharger ce DICTIONNAIRE, je ne corrige pas les fautes que font seules les personnes sans instruction, ni les fautes qui se commettent dans l’emploi des mots techniques des professions et des métiers; à moins que ces mots n’appartiennent au domaine public.
Il nous faut apprendre le français tel qu’il existe en France. Il ne peut être question pour nous de créer une langue spéciale. Je suis forcé de condamner, bien à regret, une foule d’expressions employées ici tous les jours, mais qui ne sont plus correctes parce qu’elles ont vieilli ou changé de signification. Si nous commençons à nous écarter, de propos délibéré, du véritable français, tel qu’il est parlé et compris de nos jours, en conservant nos archaïsmes, où nous arrêterons-nous?
Il est inutile d’ajouter que je ne condamne pas les mots de la langue canadienne qui n’ont pas d’équivalents en France.
Nous somme obligés d’apprendre l’anglais. Apprenons-le bien. Mais quand nous parlons le français, évitons d’y mêler des mots à moitié anglais. Je signale avec soin les anglicismes, cette plaie de notre langue.
Le génie d’une langue ne peut s’apprendre dans les dictionnaires, a-t-on dit. C’est vrai. Mais avant d’essayer de nous pénétrer du génie de la langue française par la lecture des bons auteurs, débarrassons-nous au moins des fautes grossières que nous commettons contre elle. Ce petit DICTIONNAIRE nous aidera, j’espère, à atteindre ce but.
M. Fréchette a recueilli des notes très complètes sur notre langue canadienne. Je le remercie de tout cœur de me les avoir communiquées. Elles m’ont été bien utiles. Elles contiennent un grand nombre d’expressions vicieuses qui ne sont pas mentionnées dans les autres ouvrages.
Le DICTIONNAIRE est divisé en plusieurs parties. Il s’est glissé quelques erreurs dans la disposition des articles. Il a été difficile, dans certains cas, d’établir une ligne de démarcation entre la première et la deuxième partie.
La PREMIÈRE PARTIE contient nos fautes contre la langue française, et leurs corrections.
La DEUXIÈME PARTIE contient les mots dont le genre est douteux ou quelquefois changé; la définition des mots qu’on peut confondre à cause de leur synonymie ou de leur paronymie; les difficultés et les règles relatives à nos fautes contre la langue. J’ai ajouté quelques articles oubliés dans la PREMIÈRE PARTIE, préférant les donner hors de leur place, plutôt que de ne les pas donner du tout.
La TROISIÈME PARTIE traite de la prononciation. Je ne cite que les mots que nous prononçons mal, et nos principaux défauts de prononciation. Ces défauts sont: 1º de faire ordinairement _a_ trop grave (V. _A_); 2º de ne pas prononcer _g_ assez de la gorge (V. _G_); 3º de ne pas faire sentir les consonnes _d, l, m, n, r_, lorsqu’elles sont doubles; 4º de mal prononcer les diphthongues _oi, un_. (V. _Oi_, _Un_).
Nous commettons beaucoup de fautes de prononciation par une négligence inexcusable.
QUATRIÈME PARTIE. Nous nous servons tous les jours de la langue anglaise; ce qui nous fait parfois mal épeler un mot français parce que son orthographe ressemble à celle du mot anglais correspondant. J’ai recueilli ces termes paronymes, retranchant ceux qui sont employés rarement.
La CINQUIÈME PARTIE donne les mots dont l’accent circonflexe est quelquefois oublié.
LISTES DES OUVRAGES CONSULTÉS.
OUVRAGES CANADIENS.
_Manuel des Difficultés les plus communes de la Langue Française, suivi d’un Recueil de Locutions Vicieuses._
Québec, 1841; l’Abbé T. Maguire, V. G.
_Recueil des Expressions Vicieuses et des Anglicismes les plus fréquents._
Québec, 1860; par un membre de la Société Typographique de Québec.
_Le Mémorial des Vicissitudes et des Progrès de la Langue Française en Canada._
Montréal, 1879; Bibaud.
_L’Anglicisme, voilà l’Ennemi._
Québec, 1880; J. P. Tardivel.
_Glossaire Franco-Canadien et Vocabulaire de Locutions Vicieuses usitées au Canada._
Québec, 1880; Oscar Dunn.
_Petit Vocabulaire à l’usage des Canadiens-Français._
Trois-Rivières, 1880; l’Abbé N. Caron.
_Manuel des Expressions Vicieuses les plus fréquentes._
Ottawa, 1880; J. F. Gingras.
_Dictionnaire des Locutions Vicieuses du Canada (lettre A)._
Québec, 1881; J. A. Manseau.
_Anglicismes et Canadianismes._
Québec, 1888; A. Buies.
_Fautes à Corriger._
Québec, 1890; Alphonse Lusignan.
_La Langue Française au Canada._
Québec, 1890; Napoléon Legendre.
_A propos d’Education._
Montréal, 1893; Louis Fréchette.
_Notre Langue Technique_ (_Conférences_).
Québec, 1890; C. E. Gauvin.
_Dictionnaire Canadien-Français._
Montréal et Boston, 1894; Sylva Clapin.
_“Corrigeons-nous” de “La Patrie.”_
Montréal, du 18 juillet 1893 au 6 juillet 1895; Louis Fréchette.
_Notes, contenant environ 4500 mots, recueillies par M. Fréchette, et mises à la disposition de l’auteur._
OUVRAGES FRANÇAIS.
_Du Bon Langage, et des Termes et des Locutions Vicieuses à éviter._
Paris, 1876; comtesse Drohojowska.
_Les Omnibus du Langage avec le Corrigé des Locutions Vicieuses._
Paris; D. Lévi Alvarès, père.
_2000 Locutions et Fautes à corriger._
Paris. Collection “Cent Bons Livres.”
_Petit Dictionnaire raisonné des Difficultés et Exceptions de la Langue Française._
Paris, 1886; Soulice et Sardou.
R. R.
MONTREAL, juillet 1896.
DICTIONNAIRE DE NOS FAUTES CONTRE LA LANGUE FRANÇAISE.
A
=A=.--On entend souvent l’expression: _Sept À huit personnes_. C’est une faute. Il faut dire: _Sept OU huit personnes_. Voici la règle: entre deux nombres consécutifs, il faut employer la conjonction _ou_ lorsque le substantif qui suit est indivisible, et À s’il est divisible: _Il y avait sept OU huit personnes. Il y a cinq à six lieues._ Dans cette dernière phrase, on devra dire: _cinq OU six lieues_, si l’on veut spécifier que c’est l’une ou l’autre de ces deux quantités.
Ne dites pas: _j’ai plusieurs endroits À aller_; mais: _il me faut aller à plusieurs endroits._
_À matin, À soir_, sont des expressions fautives que l’on entend tous les jours pour _ce matin, ce soir_.
On doit dire: _cent bottes de foin PAR_ et non _À l’arpent_.
C’est une faute d’employer _à, aux_, pour _de_ lorsqu’il s’agit de désigner la substance qui compose un mets. Il faudra dire: _compote DE pommes_; _marmelade DE pêches_; _confitures D’abricots_; _fricassée DE poulet_; _gelée DE veau, pâté DE lièvre, salade DE homard_, etc. L’emploi de _à_ indique que la substance mentionnée n’est qu’un accessoire, ou désigne la manière dont un mets est apprêté: _omelette AUX fines herbes, gelée AU rhum, macaroni AU gratin_.
_Cette laitue monte À graine, À LA graine_, sont des expressions fautives. Il faut dire: _Cette laitue monte EN graine_.
On ne doit pas dire: _il insiste, il demande, il consent À CE QUE vous veniez_; mais: _il insiste que_ ou _pour que, il demande que, il consent que vous veniez_.
_A_ ne saurait être employé pour _de_ exprimant un rapport de possession. _Le pré D’un tel_, et non: _le pré À un tel_. L’Académie fait une exception pour la locution populaire: _La barque À Caron_. On emploie aussi quelquefois _à_, dans ce cas, par plaisanterie.
Il faut dire: _ne servir DE rien_, et non: _ne servir À rien_. _Cela ne sert DE rien d’essayer de le convaincre_.
Ne dites pas: _Il est parti À Québec_, mais _POUR Québec_.
=AA1, A1=.--Ces expressions anglaises peuvent se traduire par _marqué à l’A_. Larousse dit: “Proverbe. _C’est un homme marqué à l’A_. Se dit d’un individu d’une haute probité, d’un noble caractère, d’une intelligence distinguée. Ce proverbe a été emprunté des monnaies fabriquées à Paris et qui sont marquées de la lettre A. _Il est des bons, il est MARQUÉ À L’A_ (H. Estienne).”
=Abandonner= _une poursuite_.--Expression vicieuse, en termes de procédure. Dites: _Renoncer à une poursuite, se désister d’une poursuite._ D’après Bescherelle, il est préférable de spécifier et de dire: _Se désister d’une demande, d’une plainte, d’un appel._
=Abord=.--_De premier abord_ n’est pas français. Dites: _de prime abord, au premier abord, tout d’abord._
_D’abord que_ signifie en français _aussitôt que_. C’est une faute de lui donner le sens de _pourvu que, puisque, du moment que_, comme dans ces phrases: _D’ABORD QU’il le dit_ (puisqu’il le dit); _D’ABORD QU’il viendra_ (pourvu qu’il vienne).
=Aboutant=.--Est le part. prés. _d’abouter_. Il faut se servir _d’aboutissant_, et non _d’aboutant_, pour désigner les parcelles de terre voisines dans le sens de la longueur. _Mentionner les tenants et les ABOUTISSANTS_.
=Abrier, s’Abrier=.--Signifient: mettre quelque chose, se mettre à l’abri du vent. Ne sont plus français dans le sens _d’envelopper quelqu’un_, de _s’envelopper de couvertures_; il faut dire: _Couvrir quelqu’un, se couvrir. Couvrez l’enfant comme il faut_, et non _Abriez... Couvrez-vous en vous couchant_, et non: _Abriez-vous..._
=Abuser quelqu’un=.--Signifie en français _le tromper_. _ABUSER les esprits faibles_. C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens _d’insulter, d’injurier_, comme dans cette phrase: _Il l’a ABUSÉ_. Dites: _Il l’a insulté, injurié; il l’a abreuvé, accablé d’injures._
=Accaparer (s’)=.--Signifie: être accaparé: _Les blés S’ACCAPARENT en ce moment_. Il ne faut pas dire: _Il S’EST ACCAPARÉ tout le blé du marché_, mais: _Il A ACCAPARÉ..._
=Accent=.--V. _Circonflexe_.
=Acceptance=.--Mot anglais. Dites: _acceptation_ (d’une lettre de change, etc.), et non _acceptance_.
=Accommodation=.--N’est guère employé qu’en termes de philosophie, de linguistique, de physiologie et de théologie. C’est un anglicisme de lui donner le sens _de confort, commodité, espace_. Au lieu de: _Ce bateau manque d’accommodation_, il faut dire: _Ce bateau manque de CONFORT_; ou bien _manque DE CABINES_, si l’on veut parler de l’aménagement, de la grandeur.
_Billet D’ACCOMMODATION_ est un anglicisme. En français, on dit _billet de complaisance_ (terme de commerce).
=Accomplissement=.--Anglicisme dans le sens de _talent, mérite, qualités_. (Il avait autrefois ce sens.) Signifie, en français, exécution, réalisation d’une chose projetée, promise ou souhaitée. _Accomplissement d’un vœu._
=Acconnaître=.--N’est plus français. Dites: _Connaître, savoir_. On le trouve dans les vieilles formules du droit: _Lui fait ACCONNAÎTRE et assavoir_.
=Accord=.--_Mettre d’accord_ signifie _concilier_. _Le juge les MIT D’ACCORD_ (c-à-d., _les concilia_). En parlant d’un instrument de musique, dites: _Accorder_ et non _mettre d’accord_; _ACCORDER un violon, un piano_.
=Accorder un contrat=.--V. _Contrat_.
=Accoster=.--Est un verbe actif. Ne dites pas: _ACCOSTER au quai, contre le quai_, mais _ACCOSTER le quai_: _Ce navire a ACCOSTÉ LE quai_.
=Accoter (s’)=.--V. _Appuyer_ (_s’_).
=Accouder (s’)=.--V. _Appuyer_ (_s’_).
=Accoupler=.--Il faut dire: _attacher_ des wagons, et non _accoupler_. _Accoupler_ signifie: réunir deux à deux.
=Accoupleur=.--N’est pas français. Celui qui attache ensemble les wagons n’a pas, en France, de nom particulier. Il s’appelle _homme d’équipe_.
=Accrochoir=.--N’est pas français. Dites _portemanteau_ (morceau de bois ou de fer fixé au mur pour suspendre des habits), _crochet, patère_.
=Acculer=.--Signifie: pousser quelqu’un dans un coin où il ne puisse plus reculer. Il ne faut pas donner à ce mot le sens d’_éculer_ (rabattre en marchant le quartier de sa chaussure). _Souliers ÉCULÉS_, et non _acculés_.
=Acculoir=.--N’est pas français. Dites _avaloire_, subst. fém. (pièce de harnais), ou _reculement_.
=Achalant=.--N’est pas français. V. _Achaler_.
=Achaler=.--N’est pas français. Dites: _Il m’ennuie, il me fatigue, il m’importune_, et non _il m’achale_.
=Acompte=.--Dites: _J’ai reçu cent dollars À COMPTE_ et non _en acompte_. Ou bien: _J’ai reçu un ACOMPTE de cent dollars sur ce qu’il me doit_.
=Acoustique=.--Le cylindre évasé qu’on se met à l’oreille pour communiquer par le téléphone ne s’appelle pas _acoustique_, mais _récepteur_.
Est du féminin. _L’acoustique de cette église est bonne_.
=Acquêt=.--Terme de jurisprudence. Dans ce genre de phrase: _Vous avez autant D’ACQUÊT_, pour signifier _gain, profit, acquêt_ n’est plus employé.
=Acter=.--Signifie: signer des actes, ou les faire rédiger (peu usité). N’est pas français dans le sens de _tenir un rôle_ (dans une pièce de théâtre). C’est un anglicisme très usité et très condamnable: _Ce jeune homme joue très bien_, et non _ACTE très bien_.
=Addition=.--On dit _additions_ en parlant de ce qu’on ajoute à un livre, à un document. C’est un anglicisme de lui donner le sens étendu qu’il a dans les phrases de ce genre: _ADDITION à une bibliothèque_, pour désigner de _nouveaux livres_;--_ADDITION à une salle_, pour un ou des meubles ajoutés; de l’employer pour signifier un _agrandissement_ quelconque fait à une maison; pour signifier une _annexe_.
=Additionnel=.--C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens de _supplémentaire_. Ne dites pas: _Employé ADDITIONNEL_, mais: _Employé supplémentaire_. Signifie, en français: qui doit être ajouté. _Ordonnance additionnelle_.
=Adjectif=.--On emploie quelquefois à tort, comme adverbes, certains adjectifs qui ne peuvent l’être. Ne dites pas: _moi PAREIL_, pour _moi pareillement_; _il viendra SÛR_, pour _sûrement_; _j’y serai CERTAIN_, pour _certainement_.
=Admission=.--Signifie: action d’admettre ou d’être admis. Admission aux ordres sacrés. N’est pas français dans le sens d’_aveu_. Ne pas dire: _ADMISSION d’un crime_, mais _aveu d’un crime_. Au lieu de: _Pas D’ADMISSION_, dites: _Entrée interdite_. Au lieu de: _L’ADMISSION de Terre-Neuve dans la Confédération_, dites: _l’entrée_...
_Carte D’ADMISSION_ doit se dire: _Billet d’entrée_.
=Adon=.--N’est pas français. Dites _hasard, bonne chance_.
=Adonner (s’)=.--Le verbe _s’adonner_ veut dire: s’attacher particulièrement à une chose, s’y complaire avec passion: _S’ADONNER à l’étude, à la boisson_. Il signifie en outre: se convenir, s’unir, sympathiser, en parlant des choses morales: _Deux caractères S’ADONNENT_. C’est une faute de dire: _Je M’ADONNAIS à passer, lorsqu’il s’est mis à la fenêtre_. Dites: _Je passais, lorsqu’il..._ Autre faute: _Vous voilà? cela S’ADONNE bien; j’avais affaire à vous_. Dites: _Cela tombe bien_...
On entend dire souvent aussi: _Je M’ADONNE bien avec cette personne_. Ce n’est pas français. Dites: _Je sympathise bien avec cette personne; nos caractères s’accordent bien_.
=Adosser (s’)=.--V. _Appuyer (s’)_.
=Adresse=.--Quand on écrit à un avocat, à un médecin, à un notaire, etc., on adresse la lettre: _Monsieur Un Tel, avocat_, et non: _Monsieur l’Avocat Un Tel_.
Ne dites pas: _Cette petite fille a lu une ADRESSE à son père à l’occasion de sa fête_, mais: _Cette petite fille a SOUHAITÉ la fête à son père_. Il est cependant correct de dire: _L’ADRESSE de la Chambre des députés, en réponse au discours du trône_ (_Acad._)
=Adresser= _un auditoire_.--Est un anglicisme. Il faut: _S’adresser à un auditoire, adresser la parole à un auditoire_, ou _haranguer un auditoire_.
=Adverse=.--On dit bien: _la partie ADVERSE, fortune ADVERSE_; mais il vaut mieux dire: _opinion opposée, contraire_, plutôt que: _opinion adverse_.
=Affaire=.--Il faut dire: _J’ai AFFAIRE À lui parler_, et non _DE lui parler_, si c’est dans le sens _d’avoir besoin de_.
_Faire SON AFFAIRE_, en parlant de quelqu’un, c’est, en français, le châtier ou même le tuer: _Il lui a fait son AFFAIRE_. _Faire son AFFAIRE d’une chose_ c’est _s’en charger_. _Faire son affaire_ ne veut pas dire en français, _gagner de l’argent_. Au lieu de: _Il fait son affaire_, dites: _Il fait bien ses affaires, il réussit bien_.
On dit en français: _un homme D’AFFAIRES, un agent D’AFFAIRES_, mais on ne peut faire un qualificatif de ce terme et dire: _Il est D’AFFAIRES_, pour signifier: _habile en affaires_. C’est un anglicisme.
=Affecter=.--C’est une faute de donner à ce mot le sens _d’influencer_, et de dire _AFFECTER un vote, AFFECTER la majorité_, au lieu de: _Influencer un vote, la majorité_.
=Affiquiot=.--Corruption _d’affûtiau_. Signifie _tout l’attirail dont on a besoin pour faire une chose_.
S’emploie, mais aussi à tort, dans le sens _d’affiquet_ (ornement de femme, etc.); _affiquet_ est français, mais populaire.
=Affirmative=.--Ne dites pas: _Répondre dans l’AFFIRMATIVE_. C’est un anglicisme (_to answer in the affirmative_); mais: _répondre affirmativement_.
=Affronter= _quelqu’un_.--Signifie: braver avec audace sa colère, ses menaces. N’est pas français dans le sens de _faire un affront_. Ne dites pas: _il l’A AFFRONTÉ devant tout le monde_, mais: _il lui a fait un affront_...
=Agacer=.--On dit: _agacer les dents, les nerfs, un chien_, etc., mais c’est une faute d’employer ce mot dans le sens _d’émousser_, et de dire: _agacer un instrument tranchant_.
=Agate=.--Nom anglais de la _parisienne_ ou _sédanoise_, caractère d’imprimerie plus petit que la _nonpareille_. En français _agate_, désigne une pierre précieuse. Ne pas confondre ce mot avec le nom propre _Agathe_.
=Âge=.--_Etre en âge de_... signifie: être assez âgé pour... _Etre en âge_, employé pour signifier _être majeur_, n’est pas français. Ne dites pas: _Il est EN AGE_, mais _il est MAJEUR_.
=Agent= _de station_.--Anglicisme. Dites: _Chef de gare_.
=Agir=.--De ce qu’_agir_, dans un grand nombre de cas, est synonyme d’_en user_, il ne faut pas croire qu’il est permis de dire aussi _en agir_. Cette manière de s’exprimer est condamnée par tous les grammairiens. Au lieu de: _Il EN A mal agi_ dans cette affaire, dites: _Il A mal agi dans cette affaire_.
=Agoniser=.--Signifie: être à l’agonie. Ne dites pas: _AGONISER quelqu’un d’injures_, mais: _agonir d’injures_ (c’est-à-dire, _accabler d’injures_); ou simplement _agonir_: _Il a agoni son adversaire_.
=Agrafe=.--Dites _fermoir_, pour désigner cette agrafe qui sert à tenir un livre fermé.
=Agrain=.--Signifie en français: amas de grains en gerbe pour attirer le gibier. Il faut dire du _farrago_, si l’on veut désigner un mélange de diverses sortes de grains, et non des _agrains_.
=Agrès=.--On dit les _agrès_ d’un vaisseau, d’un gymnase; mais il faut dire _engins de pêche_, et non _agrès_.
=Aigrefin=.--Signifie en français _souple, adroit_, et parfois même _escroc_ (_è-skro_). C’est une faute de lui donner le sens de _faible de constitution_.
=Aigrette=.--Désigne la huppe des oiseaux. N’est pas français dans le sens de _chènevotte_ (partie ligneuse du lin et du chanvre quand elle est dépouillée de la filasse).
=Air=.--Substantif masculin. On fait souvent la faute de le mettre au féminin, comme dans cette phrase: _Que l’air est BONNE_! il faut dire: _Que l’air est BON_!
_AIR de vent_, pour _brise, souffle du vent_, est une locution vicieuse. Ne dites pas: _Il n’y a pas un AIR DE VENT_, mais, _Il n’y a pas un souffle, pas la moindre brise_. Mais _AIRE de vent_ est français, pour désigner la trente-deuxième partie de la boussole dont les divisions représentent tout l’horizon.
Ne dites pas: _je connais les AIRS de la maison_, mais _les AÎTRES_ ou _les ÊTRES de la maison_; c’est-à-dire ses différentes parties, la distribution des pièces dont elle se compose.
_Avoir l’air à_, expression vicieuse. Au lieu de: _Il a l’air À vouloir se corriger_, dites: _Il a l’air DE vouloir se corriger_.
=Aléner=.--V. _Enclaver_.
=Alentour=.--Est adverbe, et ne doit donc pas être suivi de la préposition _de_. Dites: _Les enfants jouent autour de la maison_, et non _ALENTOUR DE la maison_. _Alentour_ peut être suivi de _de_, si ce dernier mot ne lui sert pas de complément: _il y avait ALENTOUR DES soldats étrangers_. C’est-à-dire: _Il y avait des soldats_...
Ne dites pas _aux alentours de, dans les alentours de_, dans le sens d’_à peu près_, d’_environ_: _Il lui doit environ, à peu près cent dollars_.
=Alise=.--Fruit de _l’alisier_. On donne à tort, en certains endroits, ce nom à la _bourdaine, au fruit_ de la bourdaine, qui croît dans les lieux humides, et atteint une hauteur de douze à quinze pieds. Ce fruit est une baie successivement verte, rouge et noire.
=Alitré=.--N’est pas français. Dites: _avivé_. _Plaie, peau AVIVÉE_.
=Allége=.--Désigne en français une espèce de barque; est aussi un terme d’architecture et de chemin de fer. Ce mot n’est pas un adjectif, et l’on ne peut dire: _Une voiture ALLÉGE_, pour: _une voiture non chargée_. Ce doit être une corruption du terme de marine _lége_, qui signifie: n’ayant pas son chargement complet. _Navire lége._
=Allégué=.--Est un participe et non un substantif. Ne dites pas: _Un allégué_, mais: _Une allégation_.
=Aller=.--C’est un anglicisme de dire: _Il est ALLÉ pour vous voir_ (_he has been to see you_). Dites: _Il a été vous voir_, ou: _Il a été chez vous pour vous voir_.
_Une rumeur ALLANT à dire_ (_going to say_) est un anglicisme. Il faut: _On dit que, on rapporte que, le bruit court que_.
Ne dites pas: _ALLER en procès_, mais _intenter, faire un procès_.
=Alley=.--Terme anglais. Se traduit par _boulet_: espèce de bille en verre de couleur; ou par _calot_: grosse bille de pierre dont les enfants se servent au jeu.
=Allouance=.--Signifie _allocation_ (d’une somme). Est peu usité. Ne dites pas: _ALLOUANCE des chemins_, mais _réserve pour chemins_ (espace qui est réservé pour les chemins lorsqu’un terrain est subdivisé en terres pour la culture).
=Allumer=.--Ne peut s’employer absolument pour signifier _allumer sa pipe_. Dites: _Je vais ALLUMER ma pipe_, et non: _je vais ALLUMER_, tout court.
=Allusion=.--_Faire allusion à quelque chose_ signifie: en éveiller le souvenir. Mais dans une de ses acceptions anglaises, ce mot signifie _mention_. Dites: _Le procès dont il a été fait mention_, et non: _auquel il a été fait allusion_.
=Alsphate=.--Il faut dire _asphalte_ et non _alsphate_.
Est du masculin. _L’asphalte est plus pesant que l’eau._
=Allumelles=.--N’est plus français dans le sens de _lame_ de couteau.
=Aluminum=.--Il ne faut pas dire, comme les Anglais: _aluminum_, mais _aluminium_ (masculin).
=Amais=.--N’est pas français. Dites _point de repère_: marque, signe par lequel on reconnaît sa position dans une forêt.
_Amais_ s’emploie aussi à tort pour _direction d’une ligne_. Ce mot est une corruption _d’amers_, terme de marine qui signifie: marques apparentes sur les côtes, telles que les moulins, les clochers, etc., propres à guider les navigateurs.