Dictionnaire de la langue verte
Part 9
Le mot est nouveau, dans ce sens du moins, car les membres de la société de la casse et du séné, souvent, ne sont que des associés et pas du tout des amis; ils s'aident, mais ils se méprisent. C'est Henri Delatouche, l'ennemi, et, par conséquent, la victime de la _camaraderie_, qui est le parrain de ce mot, dont la place était naturellement marquée dans ce Dictionnaire, sorte de Muséum des infirmités et des difformités de la littérature française.
CAMARDE, s. f. La Mort,--dans l'argot des voleurs, qui trouvent sans doute qu'elle manque de nez.
CAMARO, s. m. Camarade, ami,--dans l'argot des faubouriens.
CAMBOLER, v. n. Se laisser choir. Même argot.
CAMBRIOLE, s. f. Chambre,--dans l'argot des voleurs.
_Cambriole de Milord._ Appartement somptueux.
_Rincer une cambriole._ Dévaliser une chambre.
CAMBRIOLEUR, s. m. Homme qui dévalise les chambres, principalement les chambres de domestiques, en l'absence de leurs locataires.
_Cambrioleur à la flan._ Voleur de chambre au hasard.
CAMBROU, s. m. Domestique mâle. Même argot.
CAMBROUSE, s. f. Gourgandine,--dans l'argot des faubouriens, qui se rencontrent sans le savoir avec les auteurs du _Théâtre-Italien_.
CAMBROUSIER, s. m. Brocanteur,--dans l'argot des revendeurs du Temple.
CAMBROUSSE, s. f. Banlieue, campagne,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Camplouse_.
CAMBUSE, s. f. Cabaret,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi logis quelconque, taudis.
CAMELLIA, s. m. Femme entretenue,--par allusion à Marie Duplessis, qui a servi de type à Alexandre Dumas fils, pour sa _Dame aux Camélias_.
C'est par conséquent un mot qui date de 1852. Les journalistes qui l'ont employé l'ont écrit tous avec un seul _l_,--comme Alexandre Dumas fils lui-même, du reste,--sans prendre garde qu'ainsi écrit ce mot devenait une injure de bas étage au lieu d'être une impertinence distinguée: un _camellia_ est une fleur, mais le _camélia_ est un [grec: kamêlos].
CAMELOT, s. m. Marchand ambulant,--dans l'argot des faubouriens, qui s'aperçoivent qu'on ne vend plus aujourd'hui que de la _camelotte_.
CAMELOTTE, s. f. Mauvaise marchandise; besogne mal faite,--dans l'argot des ouvriers; livre mal écrit, dans l'argot des gens de lettres.
Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif; ils ont dit: _Un mariage camelotte_.
CAMELOTTE, s. f. «Femme galante de dix-septième ordre,»--dans l'argot du peuple.
CAMELOTTE EN POGNE, s. f. Vol dans la main. Argot des prisons.
CAMELOTTER, v. n. Marchander ou vendre.
Signifie aussi mendier, vagabonder.
CAMOUFLE, s. f. Chandelle,--dans l'argot des voleurs.
_La camoufle s'estourbe._ La chandelle s'éteint.
CAMOUFLEMENT, s. m. Déguisement,--parce que c'est à tromper que sert la _camoufle_ de l'instruction et de l'éducation.
CAMOUFLER, v. pr. S'instruire,--se servir de la _camoufle_, de la lumière intellectuelle et morale.
CAMOUFLER (Se), v. réfl. Se déguiser.
CAMOUFLET, s. m. Chandelier.
CAMP DES SIX BORNES, s. m. Endroit du cimetière où les marbriers font leur sieste aux jours de grande chaleur.
_Piquer une romaine au camp._ Dormir.
CAMPHRE, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier et funeste à l'estomac, comme on en boit dans les cabarets populaciers ou assommoirs.
CAMPHRIER, s. m. Marchand de vin et d'eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi pour buveur d'eau-de-vie.
CAMPO, s. m. Congé,--dans l'argot des écoliers et des employés, qui ne sont pas fâchés d'aller _ad campos_ et de n'aller ni à leur école ni à leur bureau.
_Avoir campo._ Être libre.
CAMUS, adj. Etonné, confus, comme quelqu'un qui viendrait de «se casser le nez»,--dans l'argot du peuple.
CAMUSE, s. f. Carpe,--dans l'argot des voleurs, qui alors n'ont pas vu les carpes des bassins de Fontainebleau.
CAMUSE (La). La Mort,--dans le même argot.
CANAGE, s. m. Agonie,--dans l'argot des voyous, qui ont vu _caner_ souvent devant la mort.
CANAPÉ, s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon,--dans l'argot des voleurs, qui ont toutes les corruptions.
CANARD, s. m. Imprimé crié dans les rues,--et par extension, Fausse nouvelle. Argot des journalistes.
CANARD, s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire,--dans l'argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des _blagues_ qu'ils composent.
CANARD, s. m. Mari fidèle et soumis,--dans l'argot des bourgeoises.
CANARD, s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois donne à sa femme ou à son enfant,--s'ils ont été bien sages.
CANARD, s. m. Chien barbet,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces chiens-là vont à l'eau comme de simples palmipèdes, _water-dogs_.
CANARD, s. m. Fausse note,--dans l'argot des musiciens.
On dit aussi _Couac_.
CANARDER, v. a. Fusiller,--dans l'argot des troupiers, pour qui les hommes ne comptent pas plus que des palmipèdes.
CANARDER, v. a. Tromper.
CANARDIER, s. m. Crieur de journaux.
Signifie aussi journaliste.
CANARD SANS PLUMES, s. m. Nerf de bœuf,--dans l'argot du peuple.
CANARI, s. m. Imbécile, _serin_,--dans le même argot.
CANASSON, s. m. Cheval,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que cet animal se nourrit de _son_ aussi bien que d'avoine: _cane-à-son_.
CANCAN, s. m. Médisance à l'usage des portières et des femmes de chambre. Argot du peuple.
CANCAN, s. m. Fandango parisien, qui a été fort en honneur il y a trente ans, et qui a été remplacé par d'autres danses aussi décolletées.
CANCANER, v. n. Danser le cancan;--Faire des cancans.
CANCANIER, adj. et s. Bavard, indiscret. Qui colporte de faux bruits, des médisances.
On dit aussi _Cancaneur_.
CANCRE, s. m. Collégien qui ne mord volontiers ni au latin ni aux mathématiques, et qui préfère le Jardin des plantes de Buffon au _Jardin des racines grecques_ de Lancelot.
CANCRE, s. et adj. Avare, homme qui n'aime point à prêter. Argot du peuple.
Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien, soit par incapacité, soit par inconduite.
CANER, v. n. Avoir peur, s'enfuir, faire la _cane_ ou le _chien_.
CANER, v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres.
_Caner son article._ Ne pas envoyer l'article qu'on s'était engagé à écrire.
CANER, v. n. Mourir,--dans l'argot des voyous.
CANER LA PÉGRENNE, v. a. Mourir de faim,--dans l'argot des voleurs.
CANICHE, s. m. Chien en général,--dans l'argot du peuple, pour lequel le caniche est le seul chien qui existe, comme le _dada_ est pour les enfants le seul cheval de la création.
CANICHE, s. m. Ballot à oreilles,--dans l'argot des voleurs.
CANNE, s. f. Surveillance de la haute police,--dans le même argot.
CANNE, s. f. Congé, renvoi plus ou moins poli,--dans l'argot des gens de lettres, dont quelques-uns ont une assez jolie collection de ces rotins.
_Offrir une canne._ Prier un collaborateur de ne plus collaborer; l'appeler à d'autres fonctions, toutes celles qu'il voudra--mais ailleurs.
CANON, s. m. Verre,--dans l'argot des francs-maçons; petite mesure de liquide,--dans l'argot des marchands de vin.
_Petit canon._ La moitié d'un _cinquième_.
_Grand canon._ Cinquième.
CANONNER, v. n. Fréquenter les cabarets.
CANONNER, v. n. _Crepitare_,--dans l'argot facétieux des faubouriens, amis du bruit, d'où qu'il sorte.
CANONNEUR, s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de canons.
CANONNIER DE LA PIÈCE HUMIDE, s. m. Infirmier,--dans l'argot des soldats.
CANONNIÈRE, s. f. Le _podex_ de Juvénal, dans l'argot des faubouriens. _Charger la canonnière._ Manger.
_Gargousses de la canonnière._ Navets, choux, haricots, etc.
CANT, s. m. Argot des voleurs anglais, devenu celui des voleurs parisiens.
CANT, s. m. Afféterie de manières et de langage; hypocrisie à la mode. Expression désormais française.
Le _cant_ et le _bashfulness_, deux jolis vices!
CANTALOUP, s. m. Imbécile, _melon_,--dans l'argot des faubouriens.
CANTIQUE, s. m. Chanson à boire,--dans l'argot des francs-maçons, qui savent que _chanter_ vient de _cantare_.
CANTON, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.
CANTONADE, s. f. Partie du théâtre en dehors du décor,--dans l'argot des coulisses.
_Parler à la cantonade._ Avoir l'air de parler à quelqu'un qui est censé vous écouter,--au propre et au figuré.
_Ecrire à la cantonade._ Ecrire pour n'être pas lu,--dans l'argot des gens de lettres.
CANTONNIER, s. m. Prisonnier.
CANULANT, adj. Ennuyeux, importun, insupportable,--dans l'argot du peuple, qui a une sainte horreur des matassins, armés comme l'on sait, qui poursuivent M. de Pourceaugnac.
CANULE, s. f. Homme ennuyeux, obsédant.
CANULER, v. a. Ennuyer, obséder.
CAPAHUTER, v. a. Assassiner un complice pour s'approprier sa part du vol.
CAPE, s. f. Écriture,--dans l'argot des voleurs.
CAPET, s. m. Chapeau,--dans l'argot des ouvriers.
CAPINE, s. f. Écritoire.
CAPIR, v. a. Écrire.
CAPITAINE, s. m. Agioteur, dans l'argot des voleurs.
CAPITAINE, s. m. Capitaliste,--dans le même argot.
CAPITAINE BÉCHEUR, s. m. Capitaine rapporteur,--dans l'argot des soldats.
CAPITAINER, v. a. Agioter.
CAPITONNER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe «d'avantages» en coton,--dans l'argot des petites dames qui, pour séduire les hommes, ont recours à l'Art quand la Nature est insuffisante.
CAPON, s. m. Lâche,--dans l'argot du peuple, trop coq gaulois pour aimer les _chapons_.
CAPONNER, v. n. Reculer, avoir peur.
CAPORAL, s. m. Tabac de la régie.
CAPOU, s. m. Ecrivain public,--dans l'argot des voleurs.
CAPRICE, s. m. Amant de cœur,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on a l'imagination très capricante.
_Caprice sérieux._ Entreteneur.
CAPSULE, s. f. Chapeau à petits bords, à la mode depuis quelques années. Argot des faubouriens.
CAQUER, v. n. _Alvum deponere_,--dans l'argot du peuple.
CARABAS, s. m. Vieille berline de comte ou de _marquis_, carrosse d'un modèle suranné.
CARABAS, s. m. Riche propriétaire de terres ou de maisons.
On dit aussi _Marquis de Carabas_.
CARABIN, s. m. Etudiant en médecine,--dans l'argot du peuple.
_Carabine_, s. f. Maîtresse d'étudiant.
CARABINE, s. f. Fouet,--dans l'argot des soldats du train.
CARABINÉ, ÉE, adj. De première force ou de qualité supérieure. Argot du peuple.
_Plaisanterie carabinée._ Difficile à accepter, parce qu'excessive.
CARABINER, v. n. Jouer timidement, aventurer en hésitant son argent sur quelques cartes. Argot des joueurs de lansquenet.
CARAMBOLAGE, s. m. Lutte générale,--dans l'argot des faubouriens.
CARAMBOLER, v. a. Battre quelqu'un, et surtout plusieurs quelqu'uns à la fois; faire coup double, au propre et au figuré.
CARANT, s. m. Planche, morceau de bois _carré_,--dans l'argot des voleurs.
CARANTE, s. f. Table.
CARAPATTER (Se). V. réfl. Se sauver, _jouer des pattes_. Argot des faubouriens.
CARBELUCHE GALICÉ, s. m. Chapeau de soie,--dans l'argot des voleurs.
CARCAGNO, s. m. Usurier,--dans l'argot des faubouriens.
CARCAN, s. m. Vieux cheval bon pour l'équarrisseur. Argot des maquignons.
CARCASSE, s. f. Le corps humain,--dans l'argot du peuple.
_Avoir une mauvaise carcasse._ Avoir une mauvaise santé.
CARCASSIER, s. m. Habile dramaturge,--dans l'argot des coulisses.
On dit aussi _Charpentier_.
CARDER, v. a. Egratigner le visage de quelqu'un à coups d'ongles. Argot du peuple.
CARDINAL DE LA MER, s. m. Le homard,--dans l'argot ironique des gens de lettres, par allusion à la bévue de Jules Janin.
CARDINALE, s. f. Lune,--dans l'argot des voleurs.
CARDINALES, s. f. pl. Les _menses_ des femmes,--dans l'argot des bourgeois.
CARDINALISER (Se), v. réfl. Rougir, soit d'émotion, soit en buvant.
L'expression appartient à Balzac. Déjà Rabelais avait parlé des «escrevisses qu'on cardinalise à la cuite».
CARE, s. f. Cachette,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi _Planque_.
CARER, v. a. Cacher, se mettre à l'abri.
CAREUR, s. m. Voleur dont la spécialité consiste à s'établir à portée du tiroir de caisse d'un marchand, sous prétexte de pièces anciennes à échanger, et à profiter de la moindre distraction pour s'emparer du plus de pièces possible--anciennes ou nouvelles.
On dit aussi _Voleur à la care_.
C'est le _pincher_ anglais.
CARGE, s. f. Balle,--dans l'argot des voleurs.
CARGUER SES VOILES, v. a. Agir prudemment, prendre ses invalides,--dans l'argot des marins.
CARIBENER, v. a. Voler à la care.
On dit aussi _Carer_.
CARLINE, s. f. La Mort,--dans l'argot des bagnes.
La carline (_carlina vulgaris_) est une plante qui, au dire d'Olivier de Serres, prend son nom du roi Charlemagne, qui en fut guéri de la peste. La vie étant aussi une maladie contagieuse, ne serait-ce pas parce que la mort nous en guérit, grands et petits, rois et manants, qu'on lui a donné ce nom? Ou bien est-ce parce qu'elle nous apparaît hideuse, comme Carlin avec son masque noir?
CARMAGNOLE, s. m. Soldat de la République,--dans l'argot des _ci-devant_ émigrés à Coblentz.
CARME, s. m. Argent,--dans l'argot des voleurs.
Quelques étymologistes veulent qu'on écrive et prononce _carle_,--probablement par contraction de _carolus_.
CARME, s. m. Miche de pain,--dans le même argot.
CARMER, v. n. Payer, _faire des effets de poche_.
CARNAVAL, s. m. Personne vêtue d'une façon extravagante, qui attire les regards et les rires des passants. Argot des bourgeois.
CARNE, s. f. Viande gâtée, ou seulement de qualité inférieure,--dans l'argot du peuple, qui a l'air de savoir que le génitif de _caro_ est _carnis_.
Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.
CAROGNE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.
CAROTTE, s. f. Prudence habile,--dans l'argot des joueurs.
_Jouer la carotte._ Hasarder le moins possible, ne risquer que de petits coups et de petites sommes.
CAROTTE, s. f. Escroquerie légère commise au moyen d'un mensonge intéressant,--dans l'argot des étudiants, des soldats et des ouvriers.
_Tirer une carotte._ Conter une histoire mensongère destinée à vous attendrir et à délier les cordons de votre bourse.
_Carotte de longueur._ Histoire habilement forgée.
CAROTTE DANS LE PLOMB (Avoir une), v. a. Se dit d'un chanteur qui fait un _couac_ ou chante faux,--dans l'argot des coulisses; avoir l'haleine infecte,--dans l'argot des faubouriens.
CAROTTER, v. a. Se servir de carottes pour obtenir de l'argent de son père, de son patron, ou de toute personne charitable.
_Carotter l'existence._ Vivre misérablement.
_Carotter le service._ Se dispenser du service militaire, ou autre, en demandant des congés indéfinis, sous des prétextes plus ou moins ingénieux.
CAROTTER, v. n. Jouer mesquinement, ne pas oser risquer de grands coups ni de grosses sommes.
CAROTTEUR, s. et adj. Celui qui carotte au jeu.
CAROTTIER, s. m. Homme qui vit d'expédients, qui ment volontiers pour obtenir de l'argent.
_Carottier fini._ Carottier rusé, expert, dont les carottes réussissent toujours.
CAROUBLE, s. f. Fausse clé,--dans l'argot des voleurs.
CAROUBLEUR, s. m. Individu qui vole à l'aide de fausses clés.
On dit aussi _caroubleur refilé_.
_Caroubleur à la flan._ Voleur à l'aventure.
CARRÉ (Être). Avoir une grande énergie, aller droit au but. Argot des bourgeois.
CARREAU DE VITRE, s. m. Monocle,--dans l'argot des faubouriens.
CARREAUX BROUILLÉS, s. m. pl. Maison mal famée, tapis franc,--_abbaye des s'offre-à-tous_.
CARRELURE DE VENTRE, s. f. Réfection plantureuse,--dans l'argot du peuple, qui éprouve souvent le besoin de _raccommoder_ son ventre déchiré par la faim.
CARRÉMENT, adv. D'une manière énergique, carrée.
CARRER (Se), v. réfl. Se donner des airs, faire l'entendu,--dans le même argot.
On dit aussi _Se recarrer_.
CARRER (Se), v. réfl. Se cacher,--dans l'argot des faubouriens.
CARRER DE LA DÉBINE (Se), v. réfl. Se tirer de la misère.
CARTAUDE, s. f. Imprimerie,--dans l'argot des voleurs.
CARTAUDE, s. m. Imprimé.
CARTAUDER, v. a. Imprimer.
CARTAUDIER, s. m. Imprimeur.
CARTE, s. f. Papiers d'identité qu'on délivre à la Préfecture de police, aux femmes qui veulent exercer le métier de filles.
_Être en carte._ Être fille publique.
CARTON, s. m. Carte à jouer,--dans l'argot de Breda-Street, où fleurit le lansquenet.
_Manier le carton._ Jouer aux cartes.--On dit aussi _Graisser le carton_ et _Tripoter le carton_.
_Maquiller le carton._ Faire sauter la coupe.
CARTONNIER, adj. Mal habile dans son métier. Argot des ouvriers.
CARUCHE, s. f. Prison,--dans l'argot des voleurs.
CAS, s. m. La lie du corps humain, les fèces humaines, dont la chute (_casus_) est plus ou moins bruyante.
_Faire son cas._ Alvum deponere.
_Montrer son cas._ Se découvrir de manière à blesser la décence.
CASAQUIN, s. m. Le corps humain,--dans l'argot du peuple.
_Sauter_ ou _tomber sur le casaquin à quelqu'un_. Battre quelqu'un, le rouer de coups.
_Avoir quelque chose dans le casaquin._ Être inquiet, tourmenté par un projet ou par la maladie.
CASCADE, s. f. Plaisanterie; manque de parole,--_chute_ de promesse.
CASCADES, s. f. pl. Fantaisies bouffonnes, inégalités grotesques, improvisations fantasques,--dans l'argot des coulisses.
CASCADEUSE, s. f. Fille ou femme qui,--dans l'argot des faubouriens,--laisse continuellement la clé sur la porte de son cœur, où peuvent entrer indifféremment le coiffeur et l'artiste, le caprice et le protecteur.
CASCARET, s. m. Homme sans importance, de mine malheureuse ou d'apparence chétive. Argot du peuple.
CASE, s. f. Maison, logement quelconque,--dans l'argot du peuple, qui parle latin sans le savoir.
_Le patron de la case._ Le maître de la maison, d'un établissement quelconque; le locataire d'une boutique, d'un logement.
CASIMIR, s. m. Gilet,--dans le même argot.
CASQUE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des faubouriens, pour qui c'est le mâle de _casquette_.
_Casque-à-mèche._ Bonnet de coton.
CASQUE, s. m. Effronterie, aplomb, _blague_ du charlatan.
_Avoir du casque_, c'est-à-dire parler avec la faconde de Mangin.
CASQUE (Avoir son), v. a. Être complètement gris,--ce qui amène naturellement une violente migraine, celle que les médecins appellent _galea_, parce qu'elle vous coiffe comme avec un casque.
CASQUER, v. n. Payer,--dans l'argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière--armée--de déposer votre offrande dedans.
Signifie aussi: donner aveuglément dans un piège,--de l'italien _cascare_, tomber, dit M. Francisque Michel.
Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première,--celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple: _J'ai casqué pour le roublard_ (je l'ai pris pour un malin).
CASQUETTE, s. f. Chapeau de femme,--dans l'argot des faubouriens.
CASQUETTE (Être), v. n. Être sur la pente d'une forte ivresse, avoir son _casque_.
CASSANT, s. m. Noyer, arbre,--dans l'argot des voleurs; biscuit de mer,--dans l'argot des matelots.
CASSANTES, s. f. pl. Les dents,--dans l'argot des voleurs.
CASSE, s. f. Ce que l'on casse. Argot des garçons de café.
CASSE-COU, s. m. Homme hardi jusqu'à l'audace, audacieux jusqu'à l'imprudence, jusqu'à la folie. Argot du peuple.
CASSE-CUL, s. m. Chute qu'on fait en glissant. Argot du peuple. Les enfants jouent souvent au casse-cul.
CASSE-GUEULE, s. m. Bal de barrière,--dans l'argot des faubouriens qui s'y battent fréquemment.
CASSE-MUSEAU, s. m. Coup de poing,--dans le même argot.
C'est le nom d'une sorte de pâtisserie dans l'ouest de la France. Rabelais dit _casse-musel_.
CASSE-NOISETTE, s. m. Figure grotesque, où le nez et le menton sont sur le point d'accomplir le mariage projeté depuis leur naissance.
CASSE-POITRINE, s. m. Eau-de-vie poivrée,--dans l'argot du peuple.
CASSE-POITRINE, s. m. pl. Individus voués aux vices abjects, _qui manustupro dediti sunt_, dit le docteur Tardieu.
CASSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des voleurs.
CASSER, v. a. Couper,--dans l'argot des voyous.
CASSER (Se la), v. réfl. S'en aller de quelque part; s'enfuir.
CASSER DU BEC, v. n. Avoir une haleine infecte,--dans l'argot des faubouriens.
CASSER DU GRAIN, v. a. Ne rien faire de ce qui vous est demandé. Argot du peuple.
CASSER DU SUCRE, v. a. Faire des cancans,--dans l'argot des cabotins.
CASSER LA GEULE A SON PORTEUR D'EAU, v. a. Avoir ses _menses_,--dans l'argot des voyous.
CASSER LA HANE, v. a. Couper la bourse,--dans l'argot des voleurs.
CASSER LA MARMITE, v. a. Se ruiner; s'enlever, par une folie, tout moyen d'existence. Argot des faubouriens.
CASSER LE COU A UN CHAT, v. a. Manger une gibelotte,--dans l'argot du peuple.
CASSER LE COU A UNE NÉGRESSE, v. a. Vider une bouteille.
CASSER LE NEZ (Se), v. réfl. Avoir une déception plus ou moins amère, depuis celle qu'on éprouve à trouver fermée une porte qu'on s'attendait à trouver ouverte, jusqu'à celle qu'on ressent à voir un amant chez une femme qu'on avait le droit de croire seule.
CASSER LE SUCRE A LA ROUSSE. Dénoncer un camarade ou plutôt un complice. Argot des voleurs.
CASSEROLE, s. f. Mouchard,--dans le même argot.
CASSEROLE, s. f. L'hôpital du Midi,--dans l'argot des faubouriens.
_Passer à la casserolle._ Se faire soigner par le docteur Ricord; être soumis à un traitement dépuratif énergique.
CASSER SON CABLE, v. a. Mourir,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté l'expression à Commerson.
C'est une allusion à la rupture du câble transatlantique.
CASSER SA CANNE, v. a. Dormir, et, par extension, mourir.
CASSER UNE CROUTE, v. a. Manger légèrement en attendant un repas plus substantiel. Argot des bourgeois.
CASSER SA CRUCHE, v. a. Perdre le droit de porter le bouquet de fleurs d'oranger,--dans l'argot du peuple, qui interprète à sa manière le tableau de Greuze.
CASSER SA FICELLE, v. a. S'évader du bagne ou d'une maison centrale,--dans l'argot des voleurs.
CASSER SA PIPE, v. a. Mourir, dans l'argot des faubouriens et des rapins.
CASSER SON SABOT, v. a. Perdre le droit de porter un bouquet de fleur d'oranger,--dans l'argot du peuple.
CASSEUR, s. m. Fanfaron, qui a l'air de vouloir tout casser,--dans l'argot du peuple.
_Mettre son chapeau en casseur._ Sur le coin de l'oreille, d'un air de défi.
CASSEUR DE PORTES, s. m. Voleur avec effraction,--dans l'argot des voyous.
CASSINE, s. f. Maison où le service est sévère,--dans l'argot des domestiques paresseux; atelier où le travail est rude,--dans l'argot des ouvriers gouapeurs.
CASSOLETTE, s. f. Bouche,--dans l'argot des faubouriens.
_Plomber de la cassolette._ Fetidum halitum emittere.
CASSOLETTE, s. f. La _matula_ de Plaute, et le «Pot qu'en chambre on demande» de Lancelot,--dans l'argot du peuple, qui va chercher ses phrases dans un autre Jardin que celui des Racines grecques.
Se dit aussi du Tombereau des boueux, quand il est plein d'immondices et qu'il s'en va vers les champs voisins de Paris fumer les violettes et les fraises.
CASTE DE CHARRUE, s. m. Quart d'un écu,--dans l'argot des voleurs.
CASTILLE, s. f. Petite querelle,--dans l'argot des bourgeois, qui cependant n'ont pas lu l'_Histoire de Francion_.
_Chercher castille._ Faire des reproches injustes ou exagérés.
CASTOR, s. m. Chapeau d'homme ou de femme, en feutre ou en soie, en tulle ou en paille,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie pas cette expression précisément en bonne part.
CASTROZ, s. m. Chapon,--dans l'argot des voyous.
Ils disent aussi _Castion_.
CASTU, s. m. Hôpital,--dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que personne que les premiers établissements hospitaliers en France, notamment l'hôpital général à Paris, ont été de véritables forteresses, _castelli_.
CASTUC, s. f. Prison, un autre hôpital, celui des vices, qui sont la maladie de l'âme.
CAT, s. m. Chat,--dans l'argot des enfants, qui parlent mieux le vieux français que les grandes personnes:
Lou _cat_ a fain Quant manjo pain,
dit un fabliau ancien.
CATAPLASME AU GRAS, s. m. Épinards,--dans l'argot des faubouriens.
CATAPLASME DE VENISE, s. m. Soufflet, coup sur le visage,--dans l'argot du peuple.
CATHAU, s. f. Fille qui n'a pas voulu coiffer sainte Catherine et s'est mariée avec le général Macadam.