Dictionnaire de la langue verte

Part 8

Chapter 83,663 wordsPublic domain

BOXON, s. m. Mauvais lieu habité par de jolies filles,--dans l'argot des faubouriens.

BOYAU ROUGE, s. m. Bon buveur,--dans l'argot du peuple qui a emprunté cette expression à la Bourgogne.

BRADER, v. a. et n. Vendre à vil prix. Argot des marchands de bric-à-brac.

BRAILLANDE, s. f. Caleçon, _braies_. Argot des voleurs.

BRAILLARD, s. m. Mauvais chanteur. Argot du peuple, qui dit plutôt: _Gueulard_.

BRAILLER, v. n. Chanter.

BRAIRE, v. n. Pleurer.

C'est un vieux mot. On le trouve dans la _Chanson de Roland_.

BRAISE, s. f. Argent monnayé,--dans l'argot des filles.

_Abouler de la braise._ Donner de l'argent à une fille pour être aimé d'elle, ou à un voleur pour n'être pas tué par lui.

BRAISER, v. n. Payer, dépenser de la _braise_.

On dit aussi _Braisiller_.

BRAISEUR, s. et adj. Homme riche, ou seulement en train de dépenser de l'argent.

BRANCARD, s. m. Lorette hors d'âge, qui conduit les jeunes drôlesses dans les bons endroits, qui les _traîne_ sur la route du vice. Argot de Breda-Street.

BRANCARDS, s. m. pl. Les jambes,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que c'est avec elles qu'on _traîne_ le corps.

BRANCHE, s. f. Ami, compagnon, _ma vieille branche_,--dans le même argot.

BRANDILLEUSE, s. f. Sonnette,--dans l'argot des voyous.

BRANLANTES, s. f. pl. Dents des vieillards,--dans le même argot.

BRANLE-BAS, s. m. Vacarme, bouleversement; déménagement. Argot du peuple.

_Faire du branle-bas._ Faire du tapage.

BRANLER DANS LE MANCHE, v. n. Se dit d'une chose ou d'une personne qu'on est menacé de perdre.

BRANQUE, s. m. Ane,--dans l'argot des voleurs, dont les ancêtres, les gueux infirmes, étaient portés à l'hospice sur un cacolet, qu'ils appelaient _brancard_.

BRAQUE, s. m. Original, homme à moitié fou, qui court de-ci, de-là, comme un chien de chasse,--dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment pas les excentriques, et veulent qu'à leur exemple on marche à pas comptés et d'un air compassé.

On dit aussi _Grand Braque_,--même à propos d'un homme de taille moyenne.

BRAS, adj. m. Grand,--dans l'argot des voleurs, qui exagèrent la longueur de la _brasse_.

BRASSET, adj. m. Gros,--homme difficile à _embrasser_.

BRAVE, s. m. Vieux soldat,--dans l'argot du peuple.

BRAVE, adj. Beau, bien vêtu,--comme paré pour le combat.

_Brave comme un jour de Pâques._ Richement habillé.

BREDA-STREET, s. m. Cythère parisienne, qui comprend non seulement la rue Bréda, mais toutes les rues avoisinantes, où s'est agglomérée une population féminine dont les mœurs laissent à désirer,--mais ne laissent pas longtemps désirer. Mœurs à part, langage spécial formé, comme l'airain de Corinthe, de tous les argots parisiens qui sont venus se fondre et se transformer dans cette fournaise amoureuse. Nous en retrouverons çà et là des échantillons intéressants.

BRÉDI-BRÉDA, loc. adv. Précipitamment, avec confusion,--dans l'argot du peuple.

On dit quelquefois _Brédi-bréda taribara_.

BREDOCHE, s. f. Liard,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _brobèche_ et _broque_.

BRELOQUE, s. f. Pendule,--dans l'argot des faubouriens.

D'où est sans doute venue l'expression: _Battre la breloque_, pour signifier d'abord chez les soldats: «Annoncer à son de tambour l'_heure_ des repas;» puis au figuré, chez le peuple: «Déraisonner comme une pendule détraquée.»

BRÊMES, s. f. pl. Cartes à jouer, dans l'argot des voleurs et des petites dames.

_Brême de paclin._ Carte géographique.

_Maquiller les brêmes._ Se servir, pour jouer, de cartes biseautées.

BRÊMIER, s. m. Fabricant de cartes.

BRIC-À-BRAC, s. m. Choses de peu de valeur,--ou d'une valeur énorme, selon le monde où on emploie ce mot: Vieilles ferrailles ici, vieux Sèvres là.

BRIC-A-BRAC, s. m. Revendeur, petit marchand de débris, de _bric-à-brac_.

BRICABRACOLOGIE, s. f. Science, métier du bric-à-brac, des _bibelots_ de luxe.

Le mot est de Balzac.

BRICARD, s. m. Escalier,--dans l'argot des voyous.

BRICOLE, s. f. Mauvaise affaire, affaire d'un produit médiocre. Argot du peuple.

BRICOLER, v. a. Faire une chose à la hâte et sans goût.

Signifie aussi faire des choses que pourraient réprouver la conscience et la morale. Dans ce sens, il a pour parrain Saint-Simon.

BRICOLEUR, s. m. Homme bon à tout faire, les bons comme les mauvais métiers,--les mauvais surtout.

On dit aussi _Bricolier_.

BRICUL, s. m. Officier de paix,--dans l'argot des voleurs.

BRIDE, s. f. Chaîne de montre,--dans le même argot.

BRIDER, v. a. Fermer,--dans le même argot.

_Brider la lourde._ Fermer la porte.

BRIFFER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui se souvient de la vieille et bonne langue.

«O! le bon appétit, voyez comme il briffe!» dit Noël Du Fail en ses _Propos rustiques_.

BRIGANTE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.

BRIGEANTS, s. m. pl. Cheveux, dans le même argot.

On dit aussi _Brigands_,--à cause de la physionomie rébarbative que vous donnent des cheveux ébouriffés.

BRIGETON, s. m. Pain,--dans l'argot des faubouriens.

BRIMADE, s. f. Mauvaise plaisanterie,--dans l'argot des troupiers qui se plaisent à jouer des tours aux conscrits.

BRIMAR, s. m. Briseur,--dans l'argot des voleurs.

BRIMER, v. a. Faire subir à un conscrit des épreuves désagréables--qu'il peut toujours s'épargner en n'épargnant pas le vin à ses camarades.

BRINDEZINGUE, s. m. Etui en fer-blanc, d'un diamètre peu considérable et de douze à quinze centimètres de longueur, dans lequel les voleurs renferment une lame d'acier purifié, taillée en scie, et à trois compartiments, qui leur sert à couper les plus forts barreaux de prison. Comment arrivent-ils à soustraire cet instrument de délivrance aux investigations les plus minutieuses des geôliers? C'est ce qu'il faut demander à M. le docteur Ambroise Tardieu, qui a fait une étude spéciale des maladies de la gaîne naturelle de cet étui.

BRINDEZINGUES (Être dans les). Être complètement ivre. Argot des faubouriens.

BRINGUE, s. f. Femme maigre, déhanchée,--dans le même argot.

On dit aussi _Grande bringue_.

BRIOCHE, s. f. Grosse bévue, faute grossière,--dans l'argot des bourgeois.

BRIOLET, s. m. Petit vin suret,--dans l'argot du peuple, que ce vin rend _ebriolus_ tout comme si c'était du bourgogne.

BRIQUEMON, s. m. Briquet,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Sabre de cavalerie.

BRISER (Se la). Se retirer d'un lieu quelconque, qu'on s'y trouve mal ou bien. Argot des faubouriens.

BRISEUR, s. m. Variété d'escrocs dont parle Vidocq.

BRISQUE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.

BROBUANTE, s. f. Bague,--dans le même argot.

BROCANTE, s. f. Chose de peu de valeur,--dans l'argot du peuple.

BROCANTER, v. a. et n. Acheter et vendre toutes sortes de choses, des tableaux et des femmes, son talent et sa conscience. Argot des gens de lettres.

BROCHE, s. f. Billet à ordre d'une petite somme. Argot des commerçants.

BROCHES, s. f. pl. Dents. Argot des voyous.

BRODANCHER, v. a. Écrire,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Broder_.

BRODANCHEUR A LA PLAQUE, s. m. Notaire,--à cause de son écusson.

BRODEUR, s. m. Ecrivain public--ou particulier.

BRODEUSE, s. f. Individu appartenant au troisième sexe. Même argot.

BROQUILLE, s. f. Rien, chose de peu de valeur. Argot des cabotins.

Ne s'emploie ordinairement que dans cette phrase: _Ne pas dire une broquille_, pour: Ne pas savoir un mot de son rôle.

BROQUILLE, s. f. Minute,--qui est un _rien_ de temps. Argot des voleurs.

BROQUILLE, s. f. Bague,--dans le même argot.

Signifie aussi Boucle d'oreille.

BROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

BROSSER, v. a. Donner des coups.

Signifie aussi Gagner une partie de billard.

_Se faire brosser_, v. réfl. Se faire battre,--au propre et au figuré.

BROSSER LE VENTRE (Se), v. réfl. Se passer de manger, et coucher sans souper.

BROUÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens, qui parfois se décousent ainsi les _brouailles_.

BROUILLARDS (Être dans les). Être gris à n'y voir plus clair pour se conduire.

BROUILLÉ AVEC LA MONNAIE, s. et adj. Pauvre, ruiné,--dans l'argot au peuple.

On disait autrefois _Brouillé avec les espèces_.

BROUSSAILLES (Être dans les). Être en état d'ivresse, à en perdre son chemin et à en donner du nez contre les haies, au lieu de suivre le pavé du roi ou de la république.

BROUTE, s. m. Pain,--dans l'argot des faubouriens.

Ne serait-ce pas par hasard une corruption du _Brod_ allemand?

BROUTER, v. a. Manger.

BROUTEUR SOMBRE, s. m. Homme mélancolique, qui mange tout seul.

BROYEUR DE NOIR EN CHAMBRE, s. m. Ecrivain mélancolique; personne qui se suicide à domicile.

BRUGE, s. m. Serrurier.--dans l'argot des voleurs.

BRUGERIE, s. f. Serrurerie, parce que cela se _ronge_ vite ([grec: bruchô]), dirait M. Lorédan Larchey dans son ardeur d'étymologiste.

BRÛLAGE, s. m. Déconfiture générale de l'homme _brûlé_.

L'expression appartient à Balzac.

BRÛLANT, adj. Délicat, scabreux, difficile.

_Actualité brûlante._ Actualité on ne peut plus actuelle, pour ainsi dire.

BRÛLÉ (Être). N'inspirer plus aucune confiance dans les endroits où l'on était bien reçu, où l'on avait crédit sur sa mine. Argot des bohèmes et des escrocs.

BRÛLÉ (Être). Être déjoué par la police, dans l'argot des voleurs.

BRÛLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

_Foutre une brûlée._ Battre les ennemis dans l'argot des troupiers.

_Recevoir une brûlée._ Être battu par eux.

BRÛLE-GUEULE, s. m. Pipe très courte et très culottée,--dans l'argot du peuple et des artistes.

BRÛLER, v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une chose,--dans l'argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui savent à quoi on s'expose en s'approchant du _feu_.

BRÛLER, v. a. Dépasser une voiture,--dans l'argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.

BRÛLER A LA RAMPE (Se). Jouer pour soi sans se préoccuper de la pièce. Argot des coulisses.

BRÛLER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,--dans le même argot.

BRÛLER LA POLITESSE, v. a. Disparaître sans avertir,--dans l'argot des bourgeois.

BRÛLER LE PÉGRIOT, v. a. Faire disparaître les traces d'un vol. Argot des prisons.

BRÛLER LES PLANCHES, v. a. Avoir l'habitude de la scène, jouer un rôle avec aplomb. Argot des coulisses.

BRÛLER SA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS, v. a. Faire des dépenses extravagantes,--dans l'argot des bourgeois.

BRÛLOT, s. m. Petit punch à l'eau-de-vie.

BRUTAL, s. m. Canon,--dans l'argot du peuple, qui a quelquefois à se plaindre de cet _ultima ratio regum_.

BU, adj. Ivre,--dans l'argot du peuple.

BUCHE, s. f. Bois à graver,--dans l'argot des graveurs.

BÛCHE, s. f. Pièce à faire,--dans l'argot des tailleurs.

BÛCHE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple.

BÛCHE PLOMBANTE, s. f. Allumette chimique, dans l'argot des voleurs.

BÛCHER, v. n. Travailler avec énergie, avec assiduité. Argot du peuple.

BÛCHER, v. a. Frapper, battre,--dans le même argot.

_Se bûcher._ Echanger des coups.

BÛCHERIE, s. f. Rixe populaire, souvent sanglante, quoique à coups de pied et de poing seulement.

BÛCHEUR, s. m. _Piocheur._

BULL-PARK. Le jardin Bullier,--dans l'argot des étudiants.

BUQUER, v. n. Voler dans les boutiques sous prétexte d'y demander de la monnaie.

BURELIN, s. m. Bureau,--dans l'argot des voyous.

BURETTES, s. f. pl. Paire de pistolets,--dans l'argot des faubouriens.

BUSARD, s. f. Niais; homme incapable, paresseux, impropre à quoi que ce soit. Argot du peuple.

On dit aussi _Buse_ et _Buson_.

BUSTINGUE, s. f. Garni où couchent les bateleurs, les Savoyards, les montreurs de curiosités. Argot des voleurs.

BUTE, s. f. L'échafaud que doivent gravir ceux qui ont _buté_ quelqu'un. Même argot.

BUTER, v. a. Assassiner,--dans l'argot des voleurs, qui ont un salutaire effroi de la _bute_.

BUTEUR, s. m. Le bourreau,--qui tue ceux qui ont tué, et bute ceux qui ont buté.

BUTRE, s. f. Plat,--dans l'argot des voleurs.

BUVAILLER, v. a. Boire peu, ou à petits coups. Argot du peuple.

BUVAILLEUR, s. m. Homme qui ne sait pas boire.

BUVETTE, s. f. Endroit du mur du cimetière par où passent les marbriers pour aller chercher des liquides prohibés à la douane du _gaffe_ en chef.

BYRONIEN, adj. et s. Homme fatal, style mélancolique,--dans l'argot des gens de lettres.

BYRONISME, s. m. Maladie littéraire et morale, à la mode il y a quarante ans, aujourd'hui presque disparue.

C

ÇA (Être). Être parfait, comme il faut que ce soit--dans l'argot du peuple.

CAB, s. m. Apocope de _Cabotin_,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Cabot_.

CABARET BORGNE, s. m. Mauvais lieu, cabaret de mauvaise mine.

CABAS, s. m. Vieux chapeau d'homme ou de femme,--dans l'argot des bourgeois.

CABASSER, v. n. Bavarder,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Tromper, et même Voler.

CABASSEUR, s. m. Faiseur de cancans.

Signifie aussi Voleur.

CABERMON, s. f. Cabaret,--dans l'argot des voleurs.

CABESTAN, s. m. Officier de paix,--dans le même argot.

CABILLOT, s. m. Soldat,--dans l'argot des marins.

CABO, s. m. Chien,--dans l'argot du peuple, qui a contracté le vieux mot _Clabaud_.

On dit aussi _Cabe_.

CABOCHE, s. f. Tête,--dans l'argot du peuple, qui s'éloigne bien du [grec: kephalê] grec et du _caput_ latin, mais ne s'éloigne pas du tout de la tradition: «D'autant plus qu'il n'avoit pas beaucoup de cervelle en sa caboche,»--disent _les Nuits de Straparole_.

«Biau sire, laissiés me caboche, Par la char Dieu, c'est villenie!»

disent les poésies d'Eustache Deschamps.

On dit aussi _Cabosse_.

CABOCHON, s. m. Coup reçu sur la tête, ou sur toute autre partie du corps.

CABOTIN, s. m. Mauvais acteur,--le Rapin du Théâtre, comme le Rapin est le Cabotin de la Peinture.

CABOTINAGE, s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d'être applaudi à Paris.

CABOTINE, s. f. Drôlesse qui fait les planches au lieu de faire le trottoir.

CABOTINER, v. n. Aller de théâtre en théâtre et n'être engagé nulle part.

CABOULOT, s. m. Boutique de liquoriste tenue par de belles filles bien habillées, qui n'ont pour unique profit que les _deux sous du garçon_.

Ce mot a une vingtaine d'années. Au début, il a servi d'enseigne à un petit cabaret modeste du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un jour par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son chemin.

CABRER (Se), v. réfl. Se fâcher,--dans l'argot des bourgeois.

CABRIOLET, s. m. Petit instrument fort ingénieux que les agents de police emploient pour mettre les malfaiteurs qu'ils arrêtent hors d'état de se servir de leurs mains.

CABRION, s. m. Rapin, loustic, mauvais farceur,--dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent du roman d'Eugène Sue (_Les Mystères de Paris_).

CACA, s. m. Evacuation alvine,--dans l'argot des enfants; Vilenie,--dans l'argot des grandes personnes qui connaissent le verbe _Cacare_.

_Faire caca_. Ire ad latrinas.

CACADE, s. f. Reculade, fuite honteuse,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Voltaire.

CACHE, s. f. Endroit où l'on se cache. Argot des enfants.

_Jouer à cache-cache._ Jouer à se cacher.

CACHEMIRE, s. m. Torchon,--dans l'argot ironique des faubouriens.

_Donner un coup de cachemire sur une table._ L'essuyer.

CACHEMIRE D'OSIER, s. m. Hotte,--dans l'argot des chiffonniers.

Ils disent aussi _Cabriolet_, et _Carquois d'osier_.

CACHE-MISÈRE, s. m. Vêtement ample, boutonné jusqu'au menton et dissimulant tant bien que mal l'absence de la chemise. Argot du peuple.

CACHEMITE, s. f. Cachot,--dans l'argot des voleurs.

CACHER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot des faubouriens.

CACHET DE LA RÉPUBLIQUE, s. m. Coup de talon de botte sur la figure. Argot des voyous.

CACHET DE M. LE MAIRE, s. m. Tache breneuse à la chemise. Argot du peuple.

CACHOTTERIE, s. f. Mystère fait à propos de choses qui n'en valent pas la peine. Même argot.

CACHOTTIER, s. m. Homme sournois, mystérieux, qui ne confie rien à personne.

CADAVRE, s. m. Synonyme de corps. Même argot.

_Se mettre quelque chose dans le cadavre._ Manger.

CADAVRE, s. m. Secret qu'on a intérêt à cacher,--faute ou crime, faiblesse ou malhonnêteté. Argot des gens de lettres.

_Savoir où est le cadavre de quelqu'un._ Connaître son secret, savoir quel est son vice dominant, son _faible_.

CADÈNE, s. f. Chaîne de cou,--dans l'argot des voleurs, dont les pères ont jadis fait partie de la _Grande Cadène_ qui allait de Paris à Toulon ou à Brest.

CADET, s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot.

CADET, s. m. Les parties basses de l'homme, «la cible aux coups de pied». Argot du peuple.

_Baiser Cadet._ Faire des actions viles, mesquines, plates.

Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu'un ou pour clore une discussion qui leur déplaît: «Tiens, baise Cadet!»

CADET, s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier.

_Tu es un beau cadet!_ Phrase ironique qu'on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.

CADET DE HAUT APPÉTIT, s. m. Grand mangeur, ou dépensier.

CADET DE MES SOUCIS (C'est le). Phrase de l'argot du peuple, qui signifie: Je ne m'inquiète pas de cela, je m'en moque.

CADICHON, s. m. Montre,--dans l'argot des voleurs.

CADRAN, s. m. Le derrière de l'homme,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _Cadran humain_ ou _Cadran solaire_.

CAFARDE, s. f. La lune,--dans l'argot des voleurs, qui redoutent les indiscrétions de cette planète assistant à leurs méfaits derrière un voile de nuages.

CAGE, s. f. Prison,--dans l'argot du peuple, qui a voulu constater ainsi que l'on tenait à empêcher l'homme qui _vole_ de s'envoler.

_Cage à chapons._ Couvent d'hommes.

_Cage à jacasses._ Couvent de femmes.

_Cage à poulets._ Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

CAGE, s. f. Atelier de composition,--dans l'argot des typographes.

Ils disent aussi _Galerie_.

CAGETON, s. m. Hanneton,--dans l'argot des voleurs, qui savent qu'il est impossible de mettre ce scarabée en _cage_, et qui voudraient bien jouir du même privilège.

CAGNE, s. f. et m. Personne paresseuse comme une _chienne_,--dans l'argot du peuple.

C'est aussi le nom qu'il donne au cheval,--pour les mêmes raisons.

CAGNOTTE, s. f. Rétribution tacitement convenue qu'on place sous le chandelier de la _demoiselle_ de la maison. Argot des joueurs du demi-monde.

CAGOU, s. m. Voleur solitaire,--dans l'argot des voleurs.

CAHIN-CAHA, adv. Avec peine, de mauvaise grâce,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie: _qua hinc, qua hac_.

CAILLASSE, s. f. Cailloux,--dans le même argot.

CAILLÉ, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.

CAILLE COIFFÉE, s. f. Femme éveillée, un peu plus amoureuse que son mari ne le voudrait,--dans l'argot du peuple, qui connaît les mœurs du _Coturnix_.

CAILLOU, s. m. Figure grotesque,--dans l'argot des voyous.

Signifie aussi Nez.

CAISSE D'ÉPARGNE, s. f. La bouche, dans l'argot du peuple, qui a l'ironie amère, parce qu'il sait que les trois quarts du salaire sont absorbés par ce gouffre toujours ouvert.

Il l'appelle aussi, en employant une image contraire, _Madame la Ruine_.

CAISSON, s. m. Tête,--dans l'argot des soldats.

_Se faire sauter le caisson._ Se brûler la cervelle.

CALABRE, s. f. Teigne,--dans l'argot des voleurs.

CALAIN, s. m. Vigneron,--dans le même argot.

CALANCHER, v. n. Mourir,--dans l'argot des vagabonds.

CALANDRINER LE SABLE, v. a. Traîner sa misère,--dans l'argot des voyous.

CALÉ, ÉE, adj. Riche, heureux,--dans l'argot du peuple, à qui il semble qu'un homme _calé_ ne peut plus tomber ni mourir.

CALEBASSE, s. f. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui ont trouvé une analogie quelconque entre l'_os sublime_ et le fruit du baobab, presque aussi vides l'un que l'autre.

_Grande calebasse._ Femme longue, maigre et mal habillée.

CALEBASSES, s. f. pl. Gorge molle, qui promet plus qu'elle ne tient.

CALÉGE, s. f. Femme entretenue,--dans l'argot des voleurs qui prononcent _calèche_ à la vieille mode.

CALER, v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux billes,--dans l'argot des enfants.

CALER, v. n. Céder, rabattre de ses prétentions,--ce qui est une façon de baisser les voiles. Argot du peuple.

CALER, v. n. N'avoir pas de besogne, attendre de la _copie_,--dans l'argot des typographes.

CALER L'ÉCOLE, v. a. N'y pas aller, la _lâcher_,--dans l'argot des écoliers qui ont appris assez de latin et de grec pour supposer que ce verbe vient de _chalare_ et de [grec: Chalaô].

Mais les grandes personnes, même celles qui ont fait leurs classes, veulent qu'on dise _caner_ et non _caler_, s'appuyant sur la signification bien connue du premier verbe, qui n'est autre en effet que Faire la cane, s'enfuir. Mais je persisterai dans mon orthographe, dans mon étymologie et dans ma prononciation, parce qu'elles sont plus rationnelles et qu'en outre elles ont l'avantage de me rappeler les meilleures heures de mon enfance. En outre aussi, à propos de cette expression comme à propos de toutes celles où les avis sont partagés, je pense exactement comme le chevalier de Cailly à propos de _chante-pleure_:

«Depuis deux jours on m'entretient Pour savoir d'où vient chante-pleure: Du chagrin que j'en ai, je meure! Si je savais d'où ce mot vient, Je l'y renverrais tout à l'heure...»

CALICOT, s. m. Commis d'un magasin de nouveautés,--dans l'argot du peuple.

Le mot date de la Restauration, de l'époque où les messieurs de l'aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires, qu'on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger.

CALICOTE, s f. Maîtresse de commis de nouveautés.

CALIGULER, v. a. Ennuyer,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune au _Caligula_ d'Alexandre Dumas.

CALINO, s. m. Nom d'une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fauchery dans un vaudeville, et qui a été appliqué depuis à tous les gens assez simples d'esprit, par exemple, pour s'imaginer avoir vu bâtir la maison où ils sont nés.

CALINOTADE, s. f. Naïveté qui frise de près la niaiserie.

CALLOT, s. m. Teigneux,--dans l'argot des voleurs.

CALME ET INODORE (Être). Se conduire convenablement,--dans l'argot du peuple.

CALOQUET, s. m. Chapeau.

CALORGNE, s. m. Borgne, ou seulement Bigle.

On dit aussi _Caliborgne_.

CALOT, s. m. Dé à coudre,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi coquille de noix.

CALOT, s. m. Grosse bille avec laquelle on _cale_ en jouant,--dans l'argot des enfants.

CALOTIN, s. m. Prêtre,--dans l'argot du peuple.

CALOTS, s. m. pl. Yeux ronds comme des _billes_,--dans l'argot des faubouriens.

_Boiter des calots._ Loucher.

CALOTTE (La). Le Clergé,--dans l'argot des bourgeois.

_Le régiment de la calotte._ La Société de Jésus,--sous la Restauration. Aux XVIIe et XVIIIe siècles on avait donné ce nom à une société bien différente, composée de beaux esprits satiriques.

CALOTTE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple.

CALOTTER, v. a. Souffleter.

CALVIGNE, s. f. La vigne,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Clavigne_.

CALVIN, s. m. Raisin.

On dit aussi _Clavin_.

CAMARADERIE, s. f. Aide mutuelle mais intéressée que se prêtent les gens de lettres, journalistes ou dramaturges, pour arriver à la fortune et à la réputation. C'est la courte-échelle appliquée à l'art et à la littérature, c'est-à-dire aux deux plus respectables choses qui soient au monde,--les plus respectables et les moins respectées, «Passe-moi la casse et je te passerai le séné. Dis que j'ai du génie et je crierai partout que tu as du talent.»