Dictionnaire de la langue verte

Part 7

Chapter 73,691 wordsPublic domain

BOHÈME, s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l'éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l'hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.

Ce mot et le précédent sont vieux,--comme la misère et le vagabondage. Ce n'est pas à Saint-Simon seulement qu'ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s'en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature: c'est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger--dont ils ont fait la réputation.

BOIRE DU LAIT, v. a. Avoir un joli succès, dans l'argot des comédiens, assez _chats_.

BOIRE UNE GOUTTE, v. a. Être sifflé,--dans le même argot.

_Payer une goutte._ Siffler.

BOIS POURRI, s. m. Amadou, dans l'argot des voyous.

BOISSEAU, s. m. Schako,--dans l'argot des vieux troupiers.

BOISSONNER, v. n. Boire plus que de raison.

BOISSONNIER, s. m. Ivrogne.

BOIS-TORTU, s. m. Vigne,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot aux poètes du XVIIe siècle.

BOITE, s. f. Théâtre de peu d'importance,--dans l'argot des comédiens; bureaux de ministère,--dans l'argot des employés; bureau de journal,--dans l'argot des gens de lettres; le magasin ou la boutique,--dans l'argot des commis.

BOITE A CORNES, s. f. Chapeau, coiffure quelconque,--dans l'argot des faubouriens.

BOITE AU LAIT, s. f. La gorge,--dans l'argot du peuple, qui se souvient de sa nourrice.

BOITE A DOMINOS, s. f. Cercueil,--dans l'argot des faubouriens.

BOITE A SURPRISES, s. f. La tête d'un homme de lettres. Argot des voleurs.

BOITE AU SEL, s. f. La tête, siège de l'esprit. Argot des faubouriens.

_Avoir un moustique dans la boîte au sel._ Être un peu fou, un peu maniaque.

BOITE AUX CAILLOUX, s. f. Prison. Même argot.

BOITE DE PANDORE, s. f. Boîte dans laquelle les voleurs renferment la cire à prendre les empreintes,--et de laquelle sortent tous les _mots_ qu'ils ont avec la justice.

BOITER DES CHASSES, v. n. Être borgne ou être affecté de strabisme,--dans l'argot des voleurs, qui se sont rencontrés ici dans la même image avec l'écrivain qui a dit le premier, à propos d'Esope, qu'il _louchait de l'épaule_.

BOLIVAR, s. m. Chapeau,--dans l'argot du peuple, qui ignore peut-être que c'est le nom de l'émancipateur des colonies espagnoles, et qui le donne indistinctement à tout couvre-chef, de feutre ou de paille, rond ou pointu, parce que c'est une habitude pour lui, depuis la Restauration.

BOMBÉ, adj. et s. Bossu.

BON, s. m. Homme sur lequel on peut compter,--dans l'argot du peuple, à qui l'adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

BONBONNIÈRE A FILOUS, s. f. Omnibus,--dans l'argot des voyous, qui savent mieux que personne avec quelle facilité on peut _barboter_ dans ces voitures publiques.

BON CHEVAL DE TROMPETTE, s. m. Homme qui ne s'effraye pas aisément, dans l'argot du peuple.

BON DIEU, s. m. Sabre,--dans l'argot des fantassins.

BONDY-SOUS-MERDE, n. d. l. Le village de Bondy, à cause du dépotoir. Argot des faubouriens.

Autrefois on disait _Pantin-sur-Merde_.

BONHOMME, s. m. Saint,--dans l'argot des voleurs, et du peuple.

BONICARD, s. m. Vieil homme,--dans l'argot des voleurs.

_Bonicarde._ Vieille femme.

BONIFACE, s. m. Homme simple et même niais,--dans l'argot du peuple, auprès de qui la bonté n'a jamais été une recommandation.

BONIFACEMENT, adv. Simplement, à la bonne franquette.

BONIMENT, s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu'il donne naturellement comme _bonne_; Parade de pître devant une baraque de «phénomènes».

Par analogie, manœuvres pour tromper.

BONIR, v. n. Se taire,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

BONIR, v. a. Dire, parler,--dans l'argot des voleurs.

BONISSEUR, s. m. Celui qui fait l'annonce, le _boniment_. Argot des saltimbanques.

BONJOUR (Vol au), s. m. Espèce de vol que son nom désigne clairement. Le chevalier d'industrie, dont c'est la spécialité, monte de bonne heure dans un hôtel garni, où on laisse volontiers les clés sur les portes, frappe au hasard à l'une de celles-ci, entre s'il n'entend pas de réponse, et, profitant du sommeil du locataire, fait main basse sur tout ce qui est à sa portée,--quitte à lui dire, s'il se réveille: «_Bonjour_, Monsieur; est-ce ici que demeure M.***?»

BONJOURIER, s. m. Voleur au _Bonjour_.

On dit aussi: _Chevalier grimpant_,--par allusion aux escaliers que ce malfaiteur doit _grimper_.

BON MOTIF, s. m. Mariage,--dans l'argot des bourgeois.

BONNE, s. f. Chose amusante ou étonnante, _bonne_ à noter.

_En dire de bonnes._ Raconter des histoires folichonnes.

_En faire de bonnes._ Jouer des tours excessifs.

BONNE AMIE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.

Une expression charmante, presque aussi jolie que le _sweetheart_ des ouvriers anglais, et qu'on a tort de ridiculiser.

BONNE-GRACE, s. f. _Toilette_ de tailleur.

BONNET DE NUIT SANS COIFFE, s. m. Homme mélancolique,--dans l'argot du peuple.

BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Le train de derrière d'une volaille. Argot des bourgeois.

BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Petite loge du cintre. Argot des coulisses.

BONNETEUR, s. m. Filou qui, dans les fêtes des environs de Paris, tient des jeux de cartes où l'on ne gagne jamais.

BONNETIER, s. m. Homme vulgaire, ridicule,--dans l'argot des gens de lettres, qui méprisent les commerçants autant que les commerçants les méprisent.

BONNET JAUNE, s. m. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des filles.

BON NEZ, s. m. Homme fin, qui devine ce qu'on veut lui cacher, au figuré, ou qui, au propre, devine qu'un excellent dîner se prépare dans une maison où il s'empresse d'aller--quoique non invité.

C'est l'_olfacit sagacissime_ de Mathurin Cordier.

BONNICHON, s. m. Petit bonnet d'ouvrière,--dans l'argot du peuple.

BONO, adj. Bon, passable,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.

BON POUR CADET! Se dit d'une lettre désagréable ou d'un journal ennuyeux que l'on met dans sa poche pour servir de _cacata charta_. C'est l'histoire du sonnet d'Oronte.

BONSHOMMES, s. m. pl. Croquis,--dans l'argot des écoliers.

Ils disent _Bonhommes_.

BONSHOMMES, s. m. pl. Nom que, par mépris, les filles donnent à leurs amants, et les gens de lettres à leurs rivaux.

BORDÉE, s. f. Débauche de cabaret,--dans l'argot des ouvriers, qui se souviennent d'avoir été soldats de marine.

_Courir une bordée._ S'absenter de l'atelier sans permission.

_Tirer une bordée._ Se débaucher.

BORDEL, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d'autres:

«Miex ne voulsist estre mesel Et ladres vivre en ung bordel Que mort avoir ne le trespas.»

dit l'auteur du roman de _Flor et Blanchefleur_.

BORDEL, s. m. Petit fagot de deux sous,--dans l'argot des charbonniers.

BORDELIER, s. et adj. Homme qui se plaît dans le libertinage.

Le mot a plus de cinq cents ans de noblesse populaire, ainsi que cela résulte de cette citation du _Roman de la Rose_:

«Li aultre en seront difamé, Ribaut et bordelier clamé.»

BORGNE, s. m. Le derrière de l'homme et de la femme,--dans l'argot des faubouriens.

BORGNER, v. a. Regarder,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui clignent un œil pour mieux voir de l'autre.

BORGNESSE, s. f. Femme borgne,--dans l'argot du peuple.

BORGNIAT, s. m. Homme borgne.

BOSCOT, BOSCO, s. m. Bossu.

Au féminin, _Boscotte_.

BOSSE, s. f. Excès de plaisir et de débauche.

_Se donner une bosse._ Manger et boire avec excès.

_Se faire des bosses._ S'amuser énormément.

_Se donner une bosse de rire._ Rire à ventre déboutonné.

BOSSOIRS, s. m. pl. La gorge d'une femme,--dans l'argot des marins.

BOTTER, v. a. Plaire, agréer, convenir,--dans l'argot du peuple.

BOTTER, v. a. Donner un coup de pied au cul de quelqu'un.

BOTTES DE NEUF JOURS, s. f. pl. Bottes percées,--dans l'argot des faubouriens,--qui disent aussi _Bottes en gaieté_.

BOTTIER, s. m. Homme qui se plaît à donner des coups de botte aux gens qui ne lui plaisent pas.

On dit d'un artiste en ce genre: _C'est un joli bottier_.

BOUANT, s. m. Cochon,--dans l'argot des voyous, sans doute à cause de la _boue_ qui sert de bauge naturelle au porc.

BOUBANE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.

BOUC, s. m. Cocu,--dans le même argot.

BOUCAN, s. m. Vacarme; rixe de cabaret,--dans l'argot du peuple.

_Faire du boucan._ Faire du scandale,--ce que les Italiens appellent _far bordello_.

_Donner un boucan_. Battre ou réprimander quelqu'un.

BOUCANADE, s. f. Corruption d'un témoin,--dans l'argot des voleurs, qui redoutent le _boucan_ de l'audience.

_Coquer la boucanade._ Suborner un témoin.

BOUCANER, v. n. Sentir mauvais, sentir le _bouc_,--dans l'argot des ouvriers.

BOUCANER, v. n. Faire du bruit, du _boucan_.

BOUCANEUR, s. et adj. Qui se débauche et hante les mauvais lieux.

Boucanière, s. f. Femme légère, qui vit plus volontiers dans les lieux où l'on fait du _Boucan_ que dans ceux où l'on fait son salut.

BOUCARD, s. m. Boutique,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Boutogue_.

BOUCARDIER, s. m. Voleur qui dévalise les boutiques.

BOUCHER, s. m. Médecin,--dans l'argot des voleurs, très petites maîtresses lorsqu'il s'agit de la moindre opération chirurgicale.

BOUCHER UN TROU, v. a. Payer une dette,--dans l'argot des bourgeois.

BOUCHON, s. m. Acabit, genre,--dans l'argot du peuple.

_Être d'un bon bouchon._ Être singulier, plaisant, cocasse.

BOUCHON, s. m. Cabaret.

On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d'un rameau de verdure,--_boscus_.

BOUCHON, s. m. Bourse,--dans l'argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient _bourçon_.

BOUCLAGE, s. m. Liens, menottes. Même argot.

BOUCLÉ (Être), v. pron. Être emprisonné.

BOUCLER, v. a. Fermer,--même argot.

_Boucler la lourde._ Fermer la porte.

BOUCLEZOZE, s. m. Pain bis. Même argot.

BOUDER, v. a. Avoir peur, reculer,--dans l'argot du peuple.

BOUDER AUX DOMINOS, v. n. Avoir des dents de moins,--dans l'argot des faubouriens.

BOUDIN, s. m. Verrou,--dans l'argot des voleurs.

BOUDINS, s. m. pl. Mains trop grasses, aux doigts ronds, sans nodosités. Argot du peuple.

BOUÉ, s. m., ou BOUÉE, s. f. Trou,--dans le même argot.

C'est un nom emprunté au patois manceau.

BOUE JAUNE, s. f. L'or,--dans lequel pataugent si gaiement tant de consciences, heureuses de se crotter.

L'expression est de Mirabeau.

BOUEUX, s. m. Celui qui ramasse la boue des rues de Paris et la jette dans un tombereau.

BOUFFARD, s. m. Fumeur,--dans l'argot du peuple, qui a remarqué, sans doute, qu'en fumant on enfle ou _bouffe_ les joues.

BOUFFARDE, s. f. Pipe.

BOUFFARDER, v. n. Fumer.

BOUFFARDIÈRE, s. f. Estaminet, et, par extension, Cheminée. Argot des voleurs.

BOUFFE-LA-BALLE, s. m. Gourmet, goinfre,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi d'un Homme dont le visage est un peu soufflé.

BOUFFER (Se). Se battre--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Se bouffer le nez_.

BOUFFER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui aime les mots qui font image.

BOUFFETER, v. n. Causer, bavarder. Argot des faubouriens.

BOUGIE, s. f. Canne d'aveugle parce qu'elle sert à l'_éclairer_. Même argot.

BOUGIE GRASSE, s. f. Chandelle. Même argot.

BOUGON, s. et adj. Bourru, grondeur,--dans l'argot du peuple, qui pourtant ne sait pas que les abeilles sont appelées _bugones_, par onomatopée sans doute.

On dit aussi _Bougonneur_.

BOUGONNER, v. a. et n. Gronder sans cesse et sans motif.

BOUGRE, s. m. Homme robuste, de bons poings et de grand cœur,--dans l'argot du peuple, qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu'il a eu pendant longtemps.

_Bon bougre._ Bon camarade, loyal ami.

_Bougre à poils._ Homme à qui la peur est inconnue.

_Mauvais bougre._ Homme difficile à vivre.

BOUGREMENT, adv. Extrêmement.

BOUI, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voyous.

BOUIBOUI, s. m. Marionnette,--dans l'argot des fabricants de jouets, qui ont probablement emprunté ce mot au cri guttural de Polichinelle.

On écrit aussi _Bouis-bouis_,--je ne sais pas pourquoi puisque c'est une onomatopée. _Bouig-bouig_ serait plus exact alors.

_Ensecreter un bouiboui._ Attacher tous les fils qui doivent servir à faire mouvoir une marionnette.

BOUIBOUI, s. m. Petit théâtre,--dans l'argot des comédiens. Endroit mal famé,--dans l'argot des bohèmes.

BOUILLABAISSE, s. f. Confusion de choses ou de gens. Argot des coulisses et des gens de lettres.

_Faire de la bouillabaisse._ Arranger confusément des choses ou des idées.

BOUILLANTE, s. f. Soupe,--dans l'argot des soldats.

BOUILLIE POUR LES CHATS, s. f. Affaire avortée, chose mal réussie. Argot des bourgeois.

_Faire de la bouillie pour les chats._ Travailler sans profit pour soi ni pour personne.

BOUILLON, s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot.

_Boire un bouillon._ Perdre de l'argent dans une affaire.

BOUILLON, s. m. Pluie,--dans l'argot du peuple.

_Bouillon qui chauffe._ Nuage qui va crever.

BOUILLON AVEUGLE, s. m. Bouillon gras qui n'est pas assez gras, dont on ne voit pas les _yeux_. Même argot.

BOUILLON DE CANARD, s. m. Eau.

BOUILLON D'ONZE HEURES, s. m. Breuvage empoisonné.

_Prendre un bouillon d'onze heures._ Se suicider par le poison.

BOUILLONNER, v. n. Perdre de l'argent dans une affaire, _boire un bouillon_.

BOUILLON POINTU, s. m. Lavement.

BOUILLON POINTU, s. m. Coup de baïonnette,--dans l'argot des troupiers.

BOUILLONS, s. m. Livres ou journaux invendus.

BOUIS, s. m. Fouet,--dans l'argot des voleurs.

BOUISER, v. a. Donner le fouet ou du fouet,--selon qu'il s'agit d'un enfant ou d'un cheval.

BOULANGE, s. f. Apocope de _Boulangerie_. Argot des ouvriers.

BOULANGER DES AMES, s. m. Le diable,--dans l'argot des voleurs.

BOULE, s. f. Foire,--dans le même argot.

BOULE, s. f. Tête,--dans l'argot du peuple.

_Bonne boule._ Physionomie grotesque.

_Perdre la boule._ Ne plus savoir ce que l'on fait.

BOULE DE NEIGE, s. f. Nègre,--par une antiphrase empruntée à nos voisins d'outre-Manche, qui disent de tout oncle Tom: _Snow-ball_,--quand ils n'en disent pas: _lily-white_ (blanc de lis).

BOULE DE SIAM, s. f. Tête ridicule, figure grotesque, ayant quelque ressemblance avec le disque percé de deux trous qui sert au jeu de quilles.

BOULE DE SON, s. f. Pain,--dans l'argot des prisons.

BOULE DE SON, s. f. Figure marquée de taches de rousseur,--dans l'argot des faubouriens.

BOULENDOS, s. m. Bossu,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _Bosco_, _Bossemar_.

BOULER, v. n. Aller, _rouler_,--dans le même argot.

BOULER, v. a. Pousser quelqu'un brusquement, le secouer brutalement. Argot du peuple.

S'emploie aussi, au figuré, pour gronder, faire d'énergiques reproches.

BOULE ROUGE, s. f. Fille ou femme galante qui habitait le quartier de la Boule-Rouge, dans le faubourg Montmartre.

Comme les mots ne manqueront jamais aux hommes pour désigner les femmes,--du moins une certaine classe de femmes,--ce nom, qui succédait à celui de _lorette_ et qui date de la même époque, a été lui-même remplacé par une foule d'autres, tels que: _filles de marbre_, _prè-catelanières_, _casinettes_, _musardines_, etc., selon les localités.

BOULES DE LOTO, s. f. Yeux gros et saillants,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que Junon les avait ainsi, et à qui peut-être la chose est parfaitement indifférente.

BOULET A CÔTES, s. m. Melon,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Boulet à queue_.

BOULET JAUNE, s. m. Potiron,--dans l'argot des voyous.

BOULETTE, s. f. Bévue, erreur plus ou moins grave. Argot du peuple.

BOULEUSE, s. f. Actrice qui joue tous les rôles, et principalement ceux dont ses camarades, les chefs d'emploi, ne veulent pas. Argot des coulisses.

BOULINER, v. a. Voler,--quand cela exige qu'on fasse des _boulins_ (ou trous) aux murs d'une maison ou aux volets d'une boutique.

Les escrocs des siècles passés disaient _bouler_.

BOULINGUER, v. a. Déchirer,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi gouverner, conduire,--dans l'argot des vagabonds, qui savent si mal se _boulinguer_ eux-mêmes.

BOULINOIRE, s. f. Vilebrequin.

BOULOTER, Assister un camarade,--dans l'argot des voleurs.

BOULOTS, s. m. pl. Haricots ronds,--dans l'argot des bourgeois.

BOULOTTER, v. a. Manger. Argot du peuple.

BOULOTTER, v. n. Aller doucement, faire de petites affaires. Argot du peuple.

BOULOTTER L'EXISTENCE, v. a. La mener heureuse et douce.

BOULVARI ou BOULEVARI, s. m. Vacarme , tumulte excessif.

BOUQUET, s. m. Accident heureux ou malheureux.

_C'est le bouquet!_ Cela complète mon malheur.

BOUQUET, s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à _L'homme de peine_ qui a voulu s'abstenir; _chopin_ de la première affaire. Argot des voleurs.

BOUQUET, s. m. Cadeau,--dans l'argot des voyous.

BOUQUIN, s. m. Livre neuf ou vieux,--dans l'argot des gens de lettres.

C'est une corruption ou une ironie du mot anglais _book_.

BOUQUINER, v. n. Faire la chasse aux livres anciens ou modernes.

BOURBE (La). Nom que le peuple s'obstine à donner à l'hospice de la Maternité de Paris, malgré l'espèce d'infamie cruelle qui semble attachée à cette appellation.

BOURBILLONS, s. m. pl. Filaments d'encre épaisse qui restent dans le bec de la plume. Argot des écoliers.

BOURDON, s. m. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.

BOURDON, s. m. Mots oubliés,--dans l'argot des typographes.

BOURGEOIS, s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l'_Histoire comique de Francion_: «Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m'appeler _bourgeois_, car c'est l'injure que ceste canaille donne à ceux qu'elle estime niais.»

BOURGEOIS, s. m. Patron,--dans l'argot des ouvriers; Maître,--dans l'argot des domestiques.

On dit dans le même sens, au féminin: _Bourgeoise_.

BOURGEOIS, s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise,--à quelque classe de la société qu'elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens; les cochers et ceux qui les payent,--et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.

BOURGEOISADE, s. m. Action mesquine, plate, écœurante,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.

BOURGERON, s. m. Petite blouse de toile bleue,--dans l'argot des ouvriers dont, avec la _cotte_, cela compose le costume de travail.

BOURGUIGNON, s. m. Le soleil, dans l'argot du peuple, qui croit que cet astre n'a été créé par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la Côte-d'Or.

BOURRASQUE, s. f. Coup de filet policier,--dans l'argot des voleurs.

BOURRE-COQUINS, s. m. pl. Haricots,--dans l'argot du peuple.

BOURRE-DE-SOIE, s. f. Fille ou femme entretenue,--dans l'argot des voyous.

BOURRÉE, s. f. Bousculade brutale,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Bourrade_.

BOURRICHON, s. m. La tête,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent les imbéciles pour des huîtres.

_Se monter le bourrichon._ Se faire une idée fausse de la vie, s'exagérer les bonheurs qu'on doit y rencontrer, et s'exposer ainsi, de gaieté de cœur, à de cruels mécomptes et à d'amers désenchantements.

BOURRIQUE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui calomnie l'âne.

_Tourner en bourrique._ S'abrutir ne plus savoir ce que l'on fait.

_Faire tourner quelqu'un en bourrique._ L'obséder de reproches ou d'exigences ridicules.

BOURRIQUE A ROBESPIERRE, s. f. Animal aussi fantastique que la bête du Gévaudan, que le peuple se plaît à mettre à toutes les sauces, sans qu'on sache pourquoi. Quand il a dit: _Bête_ (ou _saoûl_, ou _méchant_) _comme la bourrique à Robespierre_, c'est qu'il n'a pas trouvé de superlatif péjoratif plus énergique.

BOURSICOT, s. m. Porte-monnaie et l'argent qu'il contient. Même argot.

BOURSICOTER, v. n. Economiser, mettre de l'argent de côté.

Signifie aussi Faire de petites opérations de Bourse.

BOURSICOTEUR, s. m. Courtier marron de Bourse.

On dit aussi _Boursicotier_.

BOURSILLONNER, v. n. Contribuer pour une petite somme à quelque dépense commune.

BOUSCAILLE, s. f. Boue.--Argot des voleurs.

BOUSCAILLEUR, s. m. Balayeur.

BOUSILLER, v. a. Faire vite et mal,--dans l'argot du peuple, qui sait avec quel sans-façon et quelle rapidité les maçons bâtissent les maisons des champs, avec du crachat et de la _boue_, ou mieux de la _bouse_.

BOUSILLEUR, s. m. Ouvrier qui fait de mauvais ouvrage,--parce qu'il le fait trop vite et sans soin.

BOUSILLEUSE, s. f. Femme qui gaspille volontiers ses robes et l'argent qu'elle gagne,--sans rien faire.

BOUSIN, s. m. Vacarme, scandale,--dans l'argot du peuple.

_Faire du bousin._ Faire du tapage du scandale; se battre à coups de chaises, de tables et de bouteilles.

BOUSIN, s. m. Maison mal famée; cabaret borgne. Argot du du peuple.

M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la Manche et d'aller chercher _bowsing_, cabaret à matelots. C'est, me semble-t-il, renverser l'ordre naturel des choses, et faire descendre François Ier de Henri II. _Bowsing_ n'est pas le père, mais bien le fils de _bousin_, qui lui-même est né de la _bouse_ ou de la _boue_. Pour s'en assurer, il suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis Régnier jusqu'à Restif de la Bretonne.

BOUSINEUR, s. et adj. Ami du bruit et du scandale.

BOUSINGOT, s. m. Etudiant romantique qui portait des gilets à la Robespierre et était affilié à la Société des saisons: un type héroïque, quoique un peu théâtral, qui a complètement disparu.

BOUSINGOTISME, s. m. Doctrines et mœurs des bousingots.

BOUSSOLE, s. f. Tête,--dans l'argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c'est là que se trouve l'aiguille aimantée appelée la Raison.

_Perdre la boussole._ Devenir fou.

BOUSSOLE DE SINGE, s. f. Fromage de Hollande,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Boussole de refroidi_.

BOUSTIFAILLE, s. f. Vivres, nourriture, en un mot ce que Rabelais appelait «le harnois de gueule». Argot du peuple.

BOUSTIFAILLER, v. n. Manger.

BOUT DE CUL, s. m. Petit homme,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Bas du cul_.

BOUTANCHE, s. f. Boutique,--dans l'argot des prisons.

On dit aussi _Boutogue_, _Boucard_.

BOUTEILLE, s. f. Nez,--dans l'argot des faubouriens.

BOUTEILLE, s. f. Latrines,--dans l'argot des matelots.

BOUTEILLE A L'ENCRE (C'est la). Se dit, dans l'argot des bourgeois,--de toute affaire embrouillée ou de toute personne aux allures ténébreuses.

BOUTEILLER, v. n. Se dit des globules d'air,--des _bouteilles_,--que forme la pluie dans les ruisseaux lorsqu'elle tombe avec abondance.

BOUTERNE, s. f. Boîte carrée d'assez grande dimension, garnie de bijoux d'or et d'argent numérotés, parmi lesquels il y a l'inévitable «pièce à choisir», qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, «d'une valeur de 600 francs», que la marchande reprend pour cette somme lorsqu'on la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour cela: les dés sont pipés!

BOUTERNIÈRE, s. f. Femme qui dupe les simples avec la bouterne.

BOUTIQUE, s. f. Ce que les petites filles laissent voir si volontiers,--comme dans le tableau de _l'Innocence_. Argot du peuple.

S'applique aussi à l'autre sexe.

_Montrer toute sa boutique._ Relever trop haut sa robe dans la rue, ou la décolleter trop bas dans un salon.

BOUTIQUE, s. f. Bureau,--dans l'argot des employés; journal,--dans l'argot des gens de lettres.

_Esprit de boutique._ Esprit de corps.

_Être de la boutique._ Être de la maison, de la coterie.

BOUTIQUER, v. a. Faire à contre-cœur; arranger mal une chose. Argot du peuple.

BOUTON, s. m. Passe-partout. Argot des voleurs.

BOUTON, s. m. Louis d'or. Argot des maquignons.

BOVARISME, s. m. Hystérie littéraire, réalisme ægypanesque dans le genre du roman de G. Flaubert, _madame Bovary_. L'expression a été créée par Barbey d'Aurevilly, à propos de son étude sur l'_Antoine Quérard_ de Ch. Bataille.