Dictionnaire de la langue verte

Part 6

Chapter 63,634 wordsPublic domain

BEAU BLOND, s. m. Le soleil,--dans l'argot des voleurs, qui ne se doutent pas qu'ils font là de la mythologie grecque.

BÉBÉ, s. m. Costume d'enfant (_baby_), que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.

BÉBÉ (Mon). Petit terme de tendresse employé depuis quelques années par les petites dames envers leurs amants, qui en sont tout fiers,--comme s'il y avait de quoi!

BÉBÈTE, s. f. Bête quelconque,--dans l'argot des enfants.

BEC, s. m. Bouche,--dans l'argot des petites dames.

BÉCASSE, s. f. Femme ridicule,--dans le même argot.

BÉCHER, v. a. Médire et même calomnier, dans l'argot des faubouriens, qui ne craignent pas de donner des coups de _bec_ à la réputation du prochain.

BÉCHEUR, s. m. Le Ministère public, l'Avocat général. Argot des voleurs.

BÉCOT, s. m. Bouche,--dans l'argot des mères et des amoureux.

Signifie aussi Baiser.

BÉCOTER, v. a. Donner des baisers.

_Se bécoter._ S'embrasser à chaque instant.

BEDON, s. m. Ventre,--dans l'argot du peuple qui sait son Rabelais par cœur sans l'avoir lu.

BÉDOUIN, s. m. Homme dur, brutal,--dans le même argot.

BEDOUIN, s. m. Garde national de la banlieue autrefois,--dans l'argot des voyous irrespectueux.

Ils disaient aussi _Gadouan_, _Malficelé_, _Museau_, _Offarmé_, _Sauvage_.

BEEFSTEAK DE LA CHAMAREUSE, s. m. Saucisse plate,--dans l'argot des faubouriens, qui savent de quelles charcuteries insuffisantes se compose souvent le déjeuner des ouvrières.

BÈGUE, s. f Avoine,--dans l'argot des voleurs, qui savent à ce qu'il paraît l'italien (_bavia_, _biada_).

Ils disent aussi _Grenuche_.

BÉGUIN, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens.

BÉGUIN, s. m. Caprice, chose dont on _se coiffe_ volontiers l'esprit. Argot de Breda-Street.

_Avoir un béguin pour une femme._ En être très amoureux.

_Avoir un béguin pour un homme._ Le souhaiter pour amant quand on est femme--légère.

On disait autrefois _S'embéguiner_.

BEIGNE, s. f. Soufflet ou coup de poing,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles.

On dit aussi _Beugne_.

BÈLANT, s. m. Mouton,--dans l'argot des voleurs, qui ne se sont pas mis en frais d'imagination pour ce mot.

BÉLIER, s. m. Cocu,--dans l'argot des voyous, pour qui les infortunes domestiques n'ont rien de sacré.

BELLE, s. f. Dernière partie,--dans l'argot des joueurs.

BELLE, s. f. Occasion favorable; revanche. Argot du peuple.

_Attendre sa belle._ Guetter une occasion.

_Être servi de belle._ Être arrêté à faux.

Cette dernière expression est plus spécialement de l'argot des voleurs.

BELLE À LA CHANDELLE, s. m. Femme laide, qui n'a d'éclat qu'aux lumières. Argot du peuple.

BELLE DE NUIT, s. f. Fille qui hante les brasseries et les bals. Même argot.

BÉNEF, s. m. Apocope de _Bénéfice_,--dans l'argot des bohèmes et du peuple.

BENI-MOUFFETARD, s. m Habitant du faubourg Saint-Marceau,--dans l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.

BÉNIR BAS, v. a. Donner un ou des coups de pied au derrière de quelqu'un,--comme ferait par exemple un père brutal à qui son fils aurait précédemment demandé, avec sa bénédiction, quelques billets de mille francs pour courir le monde.

BÉNIR SES PIEDS, v. a. Être pendu,--dans l'argot impitoyable du peuple, qui fait allusion aux derniers _gigottements_ d'un homme accroché volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.

BÉNISSEUR, s. m. Père noble, dans l'argot des coulisses, où «le vertueux Moëssard» passe pour l'acteur qui savait le mieux bénir.

BENOITON, s. m. Jeune homme du monde qui parle argot comme on fait dans _La famille Benoiton_, pièce de M. Sardou.

BENOITON (Mme). Se dit d'une femme sans cesse absente de sa maison.

BENOITONNE, s. f. Jeune fille bien élevée qui parle la langue des filles.

BEQ, s. m. Ouvrage,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui se partagent souvent à quatre ou cinq un dessin fait sur quatre ou cinq _morceaux_ de bois assemblés.

BÉQUET, s. m. Petite pièce de cuir mise à un soulier,--dans l'argot des cordonniers; petit morceau de bois à graver,--dans l'argot des graveurs; petit ajouté de copie,--dans l'argot des typographes.

BÉQUETER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui n'oublie jamais son _bec_.

BÉQUILLARD. s. m. Vieillard,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas précisément pour la vieillesse le même respect que les Grecs.

BÉQUILLE, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs, dont les pères ont eu l'occasion de remarquer de près l'analogie qui existe entre ces deux choses.

BÉQUILLER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot des faubouriens.

BÉQUILLEUR, s. m. Bourreau,--probablement parce qu'il est le représentant de la Mort, qui va PEDE CLAUDO comme la Justice.

BERBIS, s. f. Brebis,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_vervex_, _vervecis_) et à la tradition:

«Ne remist buef ne vac, ne chapuns, ne geline, Cheval, porc, ne berbiz, ne de ble plaine mine,»

dit un poème du XIIIe siècle.

BERCEAU, s. m. Entourage de tombe,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui croient que les morts ont besoin d'être abrités du soleil.

BERDOUILLE, s. f. Ventre,--dans l'argot des faubouriens.

BERGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.

BERGÈRE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des troupiers.

BERLAUDER, v. n. Flâner, aller de cabaret en cabaret. Argot des faubouriens.

Cette expression est certainement le résultat d'une métathèse: on a dit, on dit encore, _berlan_ pour _brelan_, _berlandier_ pour _brelandier_,--et _berlauder_ pour _brelander_.

BERLINE DE COMMERCE, s. f. Commis marchand,--dans l'argot des voleurs.

BERLU, s. m. Aveugle, homme qui a naturellement la _berlue_. Même argot.

BERLUE, s. f. Couverture,--dans le même argot.

BERNIQUE-SANSONNET! C'est fini; il n'y a plus rien ni personne. Littré dit «_Berniquet pour Sansonnet_: tu n'en auras pas.» C'est une variante dans l'argot populaire.

BERRI, s. m. Hotte,--dans l'argot des chiffonniers.

BERRIBONO, s. m. Homme facile à duper,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Béricain_.

BERRY, s. m. Capote d'études,--dans l'argot des polytechniciens.

BERTELO s. m. Pièce d'un franc,--dans l'argot des voleurs.

BERTRAND, s. m. Compère de filou ou de faiseur,--dans l'argot du peuple, qui a gardé les souvenir de la légende de Robert-Macaire.

BESOUILLE, s. f. Ceinture,--dans l'argot des voleurs, qui y serrent leurs _bezzi_, nom italien des _deniers_.

BESSONS, s. m. pl. Les deux seins,--des jumeaux en effet. Argot du peuple.

BESTIASSE, s. m. Imbécile, plus que bête,--dans l'argot du peuple.

BESTIOLE, s. f. Petite bête, au propre et au figuré,--dans l'argot du peuple, qui a parfois des qualificatifs caressants.

BÊTA, s. et adj. Innocent et même niais,--dans l'argot du peuple.

BÊTE, s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par _l'emporteur_.

BÊTE-A-CORNES, s. f. Fourchette,--dans l'argot des voyous.

BÊTE-A-PAIN, s. f. L'homme,--dans l'argot du peuple.

BÊTE COMME SES PIEDS. Se dit,--dans l'argot populaire,--de tout individu extrêmement bête.

BÊTE COMME UN CHOU. Extrêmement bête,--dans l'argot des bourgeois qui calomnient cette crucifère.

BÊTE ÉPAULÉE, s. f. Fille qui, le jour de ses noces, n'a pas le droit de porter le bouquet de fleurs d'oranger,--dans l'argot du peuple, cruel quand il n'est pas grossier.

BÊTE NOIRE, s. f. Chose ou personne qui déplaît, que l'on craint ou que l'on méprise. Argot des bourgeois.

_Être la bête noire de quelqu'un._ Être pour quelqu'un un objet d'ennui ou d'effroi.

BÊTISES, s. f. pl. Grivoiseries,--dans l'argot des bourgeoises, qui trouvent très spirituels les gens mal élevés qui en disent devant elles.

BETTANDER, v. n. Mendier,--dans l'argot des filous.

BETTERAVE, s. f. Nez d'ivrogne,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à la ressemblance de forme et de couleur qu'il a avec la _beta vulgaris_.

BEUGLANT (Le). Café-concert.

BEUGLER, v. n. Pleurer,--dans l'argot du peuple.

BEURRE, s. m. Argent monnayé; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. _Faire son beurre._ Gagner beaucoup d'argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque.

_Y aller de son beurre._ Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

BEURRE (C'est un). C'est excellent, en parlant des choses, quelles qu'elles soient. Même argot.

BEURRE DEMI-SEL, s. m. Fille ou femme qui n'est plus honnête, mais qui n'est pas encore complètement perdu. Argot du peuple.

BEURRIER, s. m. Banquier,--dans l'argot des voleurs.

BÉZEF, adv. Beaucoup,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi en Afrique et en ont rapporté quelques mots de la langue sabir.

BIARD, s. m. Côté,--dans l'argot des voleurs, qui voient les choses de _biais_.

BIBARD, s. m. Vieil ivrogne, ou vieux débauché,--dans l'argot du peuple, qui cependant ne sait pas que boire vient de _bibere_.

BIBARDER, v. n. Vieillir dans la fange, dans la misère.

BIBASSE, s. f. Vieille femme.

BIBASSERIE, s. f. Vieillesse. On dit aussi _Bibarderie_.

BIBASSIER, s. m. Vieil homme.

Signifie aussi _Ivrogne_,--le vin étant le lait des vieillards.

BIBELOT, s. m. Objet de fantaisie, qu'il est de mode, depuis une vingtaine d'années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots.

Par extension: Objet de peu de valeur.

Ce mot est une corruption de _Bimbelot_, qui signifiait à l'origine jouet d'enfants, et formait un commerce important, celui de la _bimbeloterie_. Aujourd'hui qu'il n'y a plus d'enfants, ce commerce est mort; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux _bimbelotiers_.

BIBELOT, s. m. Havresac, porte-manteau,--dans l'argot des soldats.

BIBELOTTER, v. a. Vendre ses bibelots, et, par extension, ses habits, ses meubles, etc. Argot des filles et des bohèmes.

Par extension aussi: _Bibelotter une affaire_ dans le sens de _Brasser_.

BIBELOTTER (Se), v. réfl. S'arranger pour le mieux, se _mijoter_. Argot des faubouriens.

BIBERON, s. m. Ivrogne,--dans l'argot du peuple, qui cependant ne doit pas connaître le jeu de mots (_Biberius_) fait sur le nom de Tibère, impérial buveur.

BIBI, s. m. Petit nom d'amitié,--dans l'argot des faubouriens; petit nom d'amour,--dans l'argot des petites dames.

BIBINE, s. m. Cabaret de barrière,--dans l'argot des chiffonniers.

BIBON, s. m. Vieillard qu'on ne respecte pas, parce qu'il ne se respecte pas lui-même.

C'est une corruption péjorative du mot _barbon_.

BICHE, s. f. Demoiselle de petite vertu, comme l'encre de Guyot; variété de fille entretenue.

Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.

BICHETTE, s. f. Petit nom d'amitié ou d'amour,--dans l'argot des petites dames et de leurs Arthurs.

BICHON, s. m. Petit jeune homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès de n'importe quels _Vautrin_.

BICHONNER, v. a. Arranger avec coquetterie: friser comme un _bichon_. Argot des bourgeois.

_Se bichonner._ S'adoniser.

BIDET, s. m. «Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu'ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse.»

BIDOCHE, s. f. Viande,--dans l'argot des faubouriens.

_Portion de bidoche._ Morceau de bœuf bouilli.

BIDONNER À LA CAMBUSE, v. n. Boire au cabaret,--dans l'argot des marins.

BIEN, s. m. Mari ou femme,--dans l'argot du peuple, qui a tout dit quand il a dit _Mon bien_. C'est plus énergique que _ma moitié_.

BIEN, adj. et s. Distingué,--dans l'argot des petites dames.

BIEN MIS, s. m. Bourgeois,--dans l'argot du peuple.

BIENSÉANT, s. m. Le derrière de l'homme et de la femme,--dans l'argot des bourgeoises.

BIER, v. n. Aller,--dans l'argot des voleurs.

BIFIN, s. m. Chiffonnier,--dont le crochet sert à _deux fins_, à travailler et à se défendre.

BIGARD, s. m. Trou,--dans l'argot des voleurs.

D'où _Bigardée_ pour Trouée, Percée.

BIGE, s. m. Ignorant,--dans le même argot.

BIGEOIS ou BIGOIS, s. m. Imbécile, homme _bige_.

BIGORNE, s. m. L'argot des voleurs,--monstre _bicorniger_ en effet, corne littéraire d'un côté, corne philosophique de l'autre, qui voit rouge et qui écrit noir, qui épouvante la conscience humaine et réjouit la science philologique.

BIGORNEAU, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot du peuple.

BIGOTTER, v. a. Prier Dieu,--dans l'argot des faubouriens.

BIGREMENT, adv. Extrêmement,--dans l'argot des bourgeois qui n'osent pas employer un superlatif plus énergique.

BIJOU, s. m. Ornement particulier,--dans l'argot des francs-maçons.

_Bijou de loge._ Celui qui se porte au côté gauche.

_Bijou de l'ordre._ L'équerre attachée au cordon du Vénérable, le niveau attaché au cordon du premier surveillant, et la perpendiculaire attachée au cordon du second surveillant.

BIJOUTERIE, s. f. Frais avancés, argent déboursé. Argot des ouvriers et des patrons.

BIJOUTIER, ÈRE, s. Marchand, marchande d'_arlequins_,--dans l'argot des faubouriens, à qui ces détritus culinaires «_reluisent_ dans le ventre».

BIJOUTIER SUR LE GENOU, s. m. Cordonnier.

On dit aussi: _Bijoutier en cuir_. Au XVIIe siècle, on disait: _Orfèvre en cuir_.

BILBOQUET, s. m. Femme grosse et courte,--dans l'argot du peuple.

BILBOQUET, s. m. Homme qui est le _jouet_ des autres.

BILBOQUET, s. m. Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, etc.,--dans l'argot des typographes.

BILLANCER, v. n. Faire son temps,--dans l'argot des voleurs.

BILLANCHER, v. a. et n. Payer, donner de la _bille_. Argot des faubouriens.

On dit aussi _Biller_.

BILLARD DE CAMPAGNE, s. m. Mauvais billard,--dans l'argot des bourgeois.

BILLE, s. f. L'argent,--dans l'argot des voleurs qui n'ont pas l'air de se douter que nous avons eu autrefois de la monnaie de _billon_.

BILLE À CHÂTAIGNE, s. f. Figure grotesque,--dans l'argot des faubouriens.

BILLEMON, s. m. Billet,--dans l'argot des voleurs.

BILLET DE CINQ, s. m. Billet de cinq cents francs,--dans l'argot des bourgeois, qui savent aussi bien que les Anglais que _time is money_, et qui ne perdent pas le leur à prononcer des mots inutiles.

Ils disent de même: _Billet de mille_.

BINELLE, s. f. Faillite,--dans l'argot des voleurs.

_Binelle-lof._ Banqueroute.

BINELLIER, s. m. Banqueroutier.

BINETTE, s. f. Figure humaine,--dans l'argot des faubouriens, qui me font bien l'effet d'avoir inventé ce mot, tout moderne, sans songer un seul instant au perruquier Binet et à ses perruques, comme voudrait le faire croire M. Francisque Michel, en s'appuyant de l'autorité d'Edouard Fournier, qui s'appuie lui-même de celle de Salgues. Pourquoi tant courir après des étymologies, quand on a la ressource de la génération spontanée?

BINOMES, s. m. pl. Camarades de chambre à l'École d'application de Fontainebleau, et compagnons d'études à l'Ecole polytechnique; amis, copains, frères d'adoption qui ne se ressemblent et ne se valent souvent pas, mais qui n'en sont pas moins comme en algèbre, deux termes, unis par - ou par +, et qui n'en forment pas moins à eux deux une quantité.

BIQUE-ET-BOUC, s. m. et f. Créatures des deux genres,--dans l'argot du peuple, ordinairement plus brutal pour ces créatures-là.

BIRBADE, s. f. Vieille femme,--dans l'argot des faubouriens.

BIRBE, s. m. Vieillard.

_Birbe dab._ Grand'père.

BIRBETTE, s. m. Archi-vieillard,--dans l'argot des petites dames, qui ont dû connaître plus d'un _birbante_ italien, anglais, russe ou suédois.

BIRLIBIBI, s. m. Jeu de dés et de coquilles de noix. Argot des voleurs.

BISARD, s. m. Soufflet de cheminée,--dans le même argot.

BISBILLE, s. f. Querelle, fâcherie,--dans l'argot des bourgeois, qui sans doute ne savaient pas que ce mot vient de l'italien _bisbiglio_ (murmure).

Être _en bisbille_. Être brouillés.

BISCAYE, n. de l. Bicêtre,--dans l'argot des voleurs.

BISQUANT, adj. Ennuyeux, désagréable,--dans l'argot du peuple.

BISQUER, v. n. Enrager,--dans l'argot des écoliers.

BISSARD, s. m. Pain _bis_,--dans l'argot des voyous.

BITUMER, v. n. Raccrocher les passants,--dans l'argot des filles habituées du _trottoir_.

On dit mieux _Faire le bitume_.

BITURE, s. f. Réfection copieuse,--dans l'argot des faubouriens.

BITURER, v. n. Manger copieusement.

BLAGUE, s. f. Gasconnade essentiellement parisienne,--dans l'argot de tout le monde.

Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre,--MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc.,--et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu'à Ménage? Un gamin s'est avisé un jour de la ressemblance qu'il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la _blague_ fut!

_Avoir de la blague._ Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar.

_Avoir la blague du métier._ Faire valoir ce qu'on sait; parler avec habileté de ce qu'on fait.

_Ne faire que des blagues._ Gaspiller son talent d'écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester.

_Pousser une blague._ Raconter d'une façon plus ou moins amusante une chose qui n'est pas arrivée.

BLAGUE SOUS LES AISSELLES! Expression de l'argot des ouvriers, pour signifier qu'ils cessent de plaisanter, qu'ils vont parler sérieusement, et pour inviter les interlocuteurs à en faire autant.

On dit aussi: _Blague dans le coin_.

BLAGUER, v. n. Mentir d'une agréable manière, ou tout simplement parler.

_Blaguer quelqu'un._ Se moquer de lui.

BLAGUES A TABAC, s. f. pl. Seins plus dignes d'une sauvagesse de la Nouvelle-Calédonie que d'une femme civilisée. Argot des faubouriens.

«Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues!» ai-je entendu dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait au même saladier que lui.

BLAGUEUR, s. m. Gascon né sur les bords de la Seine, dont le type extrême est le _baron de Worsmspire_ et le type adouci le _Mistigris_ de Balzac.

BLAIREAU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des vieux troupiers.

BLAIREAU, s. m. Jeune homme de famille qui se croit des aptitudes littéraires et qui, en attendant qu'il les manifeste, mange sa légitime en compagnie de bohèmes littéraires.

BLAIREAUTER, v. a. Peindre avec trop de minutie.--dans l'argot des artistes qui n'ont encore pu digérer Meissonnier.

BLANC, s. m. Légitimiste,--dans l'argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

BLANC, s. m. Vin blanc,--dans le même argot.

BLANCHISSEUR, s. m. Celui qui revise un manuscrit, qui le polit,--dans l'argot des gens de lettres, par allusion à l'action du menuisier, qui, à coups de rabot, fait d'une planche rugueuse une planche lisse.

Signifie aussi Avocat.

BLANCHISSEUSE DE TUYAUX DE PIPES, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.

BLANC-VILAIN, s. m. Distributeur de boulettes municipales destinées aux chiens errants,--dans l'argot des faubouriens, qui, d'un nom propre probablement, ont fait une qualification applicable à une profession.

BLANQUETTE, s. f. Argenterie,--dans l'argot des voleurs.

BLASÉ, ÉE, ad. Enflé, ée,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression à l'allemand _blasen_ (Souffler).

BLAVIN, s. m. Mouchoir,--dans le même argot.

BLAVINISTE, s. m. Pick-pocket qui a la spécialité des mouchoirs.

BLÉ BATTU, s. m. Argent,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris, pour qui blé en grange représente en effet de l'argent.

_Avoir du blé en poche._ Avoir de l'argent dans sa bourse.

_N'avoir pas de blé._ N'avoir pas le sou.

BLEU, s. m. Bonapartiste,--dans l'argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l'appellent _rouge_, la monnaie de leur couleur.

Les chouans appelaient _Bleus_ les soldats de la République, qui les appelaient _Blancs_.

BLEU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des troupiers; cavalier nouvellement arrivé,--dans l'argot des élèves de Saumur.

BLEU, s. m. Manteau,--dans l'argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.

BLEU, s. m. Vin de barrière,--dans l'argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets.

On dit aussi _Petit bleu_.

BLEU, s. m. Marque d'un coup de poing sur la chair.

_Faire des bleus._ Donner des coups.

BLEU, adj. Surprenant, excessif, invraisemblable.

_C'est bleu._ C'est incroyable.

_En être bleu._ Être stupéfait d'une chose, n'en pas revenir, _se congestionner_ en apprenant une nouvelle.

_Être bleu._ Être _Étonnamment_ mauvais,--dans l'argot des coulisses.

On disait autrefois: _C'est vert!_ Les couleurs changent, non les mœurs.

BLOC, s. m. La salle de police. Argot des soldats.

_Être au bloc._ Être consigné.

Signifie aussi Prison.

BLOCKHAUS, s. m. Garni,--dans l'argot des chiffonniers, qui parlent allemand sans le savoir.

BLONDE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.

BLOQUER, v. a. Mettre un soldat au bloc, à la salle de police,--ce qui est le _boucler_, vieille forme du verbe _blouquet_.

BLOQUER, v. a. Abandonner,--dans l'argot des voleurs.

BLOQUER, v. a. Jouer à la bloquette,--dans l'argot des enfants.

BLOQUETTE, s. f. Jeu de billes, auquel on _bloque_.

BLOQUIR, v. a. Vendre des objets volés, ordinairement en _bloc_. (V. _Abloquer_.)

BLOT, s. m. Prix d'une chose,--dans l'argot des faubouriens.

_C'est mon blot!_ Cela me convient.

BLOUSE (La). Le peuple,--dans l'argot dédaigneux des gandins.

BLOUSER (Se), v. réfl. Faire un pas de clerc, une sottise; se tromper,--dans l'argot du peuple, qui a voulu faire une allusion à la _blouse_ du billard.

BLOUSIER, s. m. Voyou, porteur de blouse,--dans l'argot des gens de lettres.

BOBÊCHON, s. m. La tête,--dans l'argot du peuple, par allusion à la bobêche qui surmonte le chandelier.

_Se monter le bobêchon._ S'illusionner sur quelqu'un ou sur quelque chose; se promettre monts et merveilles d'une affaire--qui accouche d'une souris.

BOBELINS, s. m. pl. Bottes,--dans l'argot des marchandes du Temple, qui ont l'air d'avoir lu Rabelais.

BOBINE, s. f. Tête, visage,--dans l'argot du peuple, qui a constaté fréquemment les _bobes_ ou grimaces que les passions font faire à la figure humaine, d'ailleurs terminée _cylindriquement_.

BOBINO, s. m. Montre,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Bobine_.

BOBINO. Le théâtre du Luxembourg, qui a disparu. Argot des étudiants.

On disait aussi _Bobinche_ et _Bobinski_.

BOBO, s. m. Mal,--dans l'argot des enfants.

_Il n'y a pas de bobo._ Il n'y a pas de mal,--dans l'argot des faubouriens, qui parlent ici au figuré.

BOBOSSE, s. m. Vieux galantin bossu,--dans l'argot du peuple.

BOBOSSE, s. f. Fille ou femme affligée d'une gibbosité. Argot des faubouriens.

BOCAL, s. m. Carreau de vitre,--dans l'argot des faubouriens.

BOCAL, s. m. Estomac.

_Se garnir le bocal._ Manger.

BOCAL, s. m. Logement.

BOCARD, s. m. Mauvais lieu habité par des femmes de mauvaise vie. Argot des soldats.

BOCHE, s. m. Mauvais sujet--dans l'argot des petites dames, qui le préfèrent au _muche_. (V. ce dernier mot.)

BOCOTTER, v. n. Murmurer, marmotter entre ses dents; rechigner,--dans l'argot du peuple.

BOEUF, s. m. Second ouvrier, celui à qui l'on fait faire la besogne la plus pénible. Argot des cordonniers.

BOEUF, adj. Enorme, extraordinaire,--dans l'argot des faubouriens.

_Avoir un aplomb bœuf._ Avoir beaucoup d'aplomb.

BOGUE, s. f. Montre,--dans l'argot des voleurs.

_Bogue en jonc._ Montre en or.

_Bogue en plâtre._ Montre en argent.

BOGUISTE, s. m. Horloger.

BOHÈME, s. f. Etat de chrysalide,--dans l'argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l'état de papillons. Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s'endorment--souvent pour toujours--une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.