Dictionnaire de la langue verte

Part 53

Chapter 533,544 wordsPublic domain

PAQUET (Faire le). Argot de grecs. Ranger les cartes en les battant de façon à se donner les bonnes.

PARFAITE ÉGALITÉ. Sorte de jeu de hasard.

PARIGOT. «C'est le surnom qu'on donne à la campagne au malheureux enfant de Paris, placé par l'Assistance publique.» (_Bibliothèque universelle_, novembre 1887.) Mme de Pressensé a écrit une nouvelle qui a pour titre: _Parigot_.

PARTICULIÈRE. Femme légitime. Argot du peuple. _Trimballer sa particulière_, promener son épouse.

PASSADE. Femme galante. On l'appelait autrefois _fille à parties_. Quant à ce mot de _passade_, il n'est point difficile à expliquer pour celui qui sait sous quelle appellation triviale on désigne les maisons dites de rendez-vous. «Nous ne saurions trop féliciter l'Administration, puisqu'on veut une soirée tout à fait bécarre, d'exclure de cette représentation (une soirée de gala à l'Opéra) toutes les passades qui sont aux grandes courtisanes ce que sont les souteneurs de Montmartre aux petits rez-de-chaussée.» (_Gil Blas_, décembre 1886.) «Elle est d'un maintien très décent et, sans être absolument jolie, peut être considérée comme une passade fort aimable.» (_Gil blas_, Février 1888.)

PASSER SUR LE BANC. Expression qu'emploient les forçats quand ils vont, pour une infraction au règlement, recevoir des coups de corde. «Combien j'ai vu d'hommes passer sur le banc et s'en relever, atteints pour jamais dans les sources de la vie, parce qu'ils avaient, en présence d'un argousin, imprudemment laissé tomber de leur poche un mince cahier ou simplement quelques feuilles de papier à cigarette!» (Humbert: _Mon bagne_.)

PASSER A LA SORGUE. Dormir. (V. Delvau: _Sorgue_.)

PATELIN. Compatriote. «En qualité de patelins, nous avions été assez bien accueillis...» (Humbert: _Mon bagne_.)--Signifie aussi pays, lieu de naissance,--dans l'argot militaire.

PATENTÉ. Souteneur.

PATINAGE. Attouchement indécent. (V. Delvau: _Patiner_.)

PATINEUR. Argot des voleurs et notamment des joueurs de bonneteau. Le _patineur_, c'est le banquier, celui qui tient les cartes, les _patine_ et peut ainsi se livrer à toutes les tricheries. (V. _Chocolat_.)

PATRON. Colonel. Argot militaire.

PAYER. Argot des lycées. S'exonérer, au moyen d'une exemption, d'un satisfecit, d'une punition encourue. Payer ses arrêts, sa retenue. _Sortie payante_, sortie de faveur accordée à l'élève qui remet en _paiement_ une ou plusieurs exemptions que son travail, sa bonne conduite lui ont fait obtenir. «Depuis longtemps, la _France_ a protesté contre les sorties dites payantes ou de faveur et contre les punitions actuellement en vigueur.» (_France_, 1881.)

PAYER UN MOOS, LA GOUTTE (Se faire). Argot théâtral. Jouer un rôle à emboîtage.

PEAU (De la)! Non! Rien!

PEAU DE BOUC. Sein. Argot des régiments d'Afrique qui donnent aussi le nom de peau de bouc aux petites outres goudronnées qui leur servent de bidons.

PÊCHE. Tête, physionomie.

PÊCHE (Poser une). _Alvum deponere._

PÈLERIN. Gardien de la paix. Argot du peuple. Allusion aux pèlerines en caoutchouc que les gardiens portent depuis l'année dernière.

PÉNITENCE (Être en). «Un autre coin amusant est celui des femmes en pénitence. On appelle _Être en pénitence_, à Monte-Carlo, ne pas jouer. Elles sont en pénitence pour la journée, la semaine ou la fin du mois, parce qu'elles ont perdu ce qu'elles avaient à jouer et que leurs maris ou leurs fils ne veulent plus desserrer les cordons de leurs bourses. C'est un véritable enfer que de voir jouer et de ne pas jouer.» (_Revue politique et littéraire_, 1882.)

PERDRE SA CLEF. Avoir la colique.

PERFORMANCES. Argot de turf. Manière de courir d'un cheval, de se comporter pendant la course.

PERMANENCE. Argot de joueurs. Série de numéros qui sortent à la roulette ou au trente et quarante, «Il (le marqueur) a d'abord ses abonnés à qui il vend les _permanences_ vingt francs par semaine.» (_Revue politique et littéraire_, 1882.)

PERMISSION (Se faire signer une). Argot militaire. Présenter une feuille de papier à cigarette et se faire donner le tabac. (Ginisty: _Manuel du parfait réserviste_.)

PERMISSION DE 24 HEURES (Avoir une). Argot militaire. Prendre la garde.

PERPIGNAN. Nom que les charretiers donnent au manche de leur fouet. Les meilleurs manches de fouet se fabriquent, paraît-il, en cette ville.

PERROQUET DE FALAISE. Douanier. Allusion de couleur.

PET-EN-L'AIR. Petit veston court.

«Contre l'habit léger et clair La loutre a perdu la bataille: Nous arborons le pet-en-l'air, Et les femmes ne vont qu'en taille.»

RICHEPIN.

PÉTARD. Sou.

A droite, un comptoir en étain Qu'on astique chaque matin. C'est là qu'on verse Le rhum, les cognacs et les marcs A qui veut mettre trois pétards Dans le commerce.

(_Gaulois_, 1882.)

PÉTARD. Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant. «Pourquoi ce qui n'avait pas réussi jusqu'alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie? ce qu'on appelle, en argot artistique, un pétard.» (_Gazette des Tribunaux_, 1882.)

PETIT-BLEU. Carte-télégramme. V. _Omnibus_.

PETITE-MAIN. Il est assez difficile de définir exactement ce que, dans l'argot des ateliers, on entend par cette expression. L'exemple suivant le fera comprendre: «Ils n'étaient que sept pour suffire à cela: un homme, un contre-maître, une femme, la monteuse et sept enfants, les petites-mains. On appelle petites-mains des jeunes gens, filles et garçons qui ne sont plus des apprentis et ne sont pas encore des ouvriers. Il y en a beaucoup même qui n'ont jamais été des apprentis et ne seront jamais des ouvriers. On les reconnaît à ceci: qu'ils reçoivent un salaire d'apprenti pour un travail d'ouvrier.» (Fournière: _Sans métier_.)

PEUPLE (Faire un). Argot des voyous. Faire partie de la figuration dans un théâtre quelconque.

PEUPLIER. Gros fragment de tabac.

PHALANGE. Main.

Ils vous ont des façons étranges, Pires que des étaux de fer. De vous écraser les phalanges, En vous disant: «Bonjour, mon cher!»

(_Frondeur_, déc. 1879.)

PHILISTIN. Ouvrier tailleur, «Les ouvriers aux pièces, les plus gais, ont la qualification de philistins.» (_Henri IV_, 1882.)

PHILOSOPHE. Argot des lycéens. Elève de la classe de philosophie.

PIAFFEUSE. La dernière expression du chic est celle de piaffeuse pour désigner la femme élégante et bien prise dans le harnais de la mode. Le mot n'a rien de désobligeant; piaffeuse: qui se tient droite et porte beau.» (_Gaulois_, sept. 1887.)

PIÈCE GRASSE. Argot militaire. Cuisinier.

PIÈCE DE SEPT. Individu corpulent.

PIED. Part. Ce à quoi on a droit, «Mon pied! ou je casse! Ma part ou je te dénonce.» (Humbert: _Mon bagne_.)

PIED DE COCHON. Farce, tromperie. _Jouer un pied de cochon à quelqu'un_, lui faire une plaisanterie d'un goût douteux.

PIEDS (Où mets-tu tes). Locution militaire voulant dire: De quoi te mêles-tu?

PIERRE BLANCHE. Échafaud. Guillotine. Allusion aux pierres blanches qui se voient encore sur la place de la Roquette et sur lesquelles reposaient autrefois les montants de la guillotine.» Je sais ce qui m'attend, les trois pierres blanches ou la perpett.» (_Gazette des Tribunaux_, août 1883.)

PIERROT. Argot d'école. Dans les écoles d'arts et métiers on désigne ainsi l'élève de première année. «Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes plus que des pierrots et des conscrits.» (_Univers_, 1886.)

PIGER. Lutter. Se mesurer avec quelqu'un. «Je ne vois guère que le Président de la République qui pourra piger avec lui, et encore!» (_Figaro_, 1882.)--Battre.

PIGNOCHER. Peindre minutieusement. Argot des artistes.--Manger du bout des dents. «Un soir qu'il pignochait des œufs qui sentaient la vesse.» (Huysmans: _A vau-l'eau_.)

PIGNOUF. Elève reçu à l'École normale, mais qui n'a pas encore subi l'épreuve du _canularium_. (V. ce mot.)

PIGUT. Argot des lycées. Lieux d'aisances. _Piguter_, aller aux lieux d'aisances.

PILLEROT. Voleur.

PILON. Argent. Argot du peuple. _Pilonner_, tuer pour avoir de l'argent.

PINÇARD. Bon cavalier. Argot des élèves de l'école de Saumur.

«Il s'en va de la queue au crâne de la bête, Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord. S'il est vraiment pinçard, il entre dans le port. Mais s'il est maladroit, hélas! pique sa tête.»

(_Nos farces à Saumur._)

PINGOUIN. Terme injurieux. Synonyme d'imbécile, de propre à rien.

PIQUE-CHIEN. Argot des élèves de l'Ecole polytechnique. Le _pique-chien_ n'est point, à proprement parler, comme le dit Rigaud dans son _Dictionnaire d'argot moderne_, le concierge de l'Ecole. C'est un adjudant chargé de surveiller la sortie et la rentrée des élèves. Comme là se borne presque toutes ses occupations, il a tout le loisir de dormir, de _piquer son chien_.

PIQUER UNE MUETTE. Faire silence. Argot de Saint-Cyr. «Aujourd'hui, il sera piqué une muette au réfectoire.» (Maizeroy: _Souvenirs d'un Saint-Cyrien_.)

PIQUER UNE PLATE. Ne pouvoir, ne savoir répondre aux questions posées à un examen. Jargon des élèves de l'École navale. Nos lycéens disent: _piquer une sèche_. «Le timonier apparaît.--M. A..., au cabinet de babord!--M. A... court un grand danger de piquer une plate. Heureusement l'interrogation est remise à huitaine.» (_Illustration_, octobre 1885.)

PIQUER L'ÉTRANGÈRE. Argot du régiment. Tomber de cheval.

PIQUER UNE ROMANCE. Dormir. Argot militaire.

PIQUER UNE SÈCHE. Argot des lycéens et des élèves des Écoles. Avoir un zéro, c'est-à-dire la note très mal, pour une des parties d'un examen. «Il est constant que tout pipo qui est sorti sans piquer une sèche, de ses examens généraux, se croit parfaitement apte à régenter l'État.» (_Gaulois_, mars 1881. V. Delvau: _Sec_.)

PIQUER LE TASSEAU (Se). V. Delvau: _Se piquer le nez_.

PISSER DESSUS. Pisser sur quelqu'un. Le mépriser, n'en pas faire cas. «J'en demande pardon à M. le maire et à mes collègues du conseil: Je les couvre de mon mépris et je leur pisse dessus.» (_Moniteur universel_, 1883.)

PISTOLET A LA SAINDHOMME. Petit crochet avec lequel le _mégottier_ exerce son industrie.

PISTER. Suivre les voyageurs à la piste lors de leur arrivée dans une ville et leur offrir un hôtel qu'on leur vante.

PIVOTER. Argot militaire. Manœuvrer dur et beaucoup.

PLACÉ. Argot de turf. Un cheval est placé quand il n'est distancé par le gagnant que de quelques longueurs.

«Si votre patriotisme vous pousse à prendre un cheval gaulois gagnant, gardez-vous à carreau en prenant en même temps les goddems placés.» (_Voltaire_, juin 1882.)

PLANCHE (Faire la). «Ta maîtresse? il y a un mois qu'elle vient faire la planche dans mon garni!» (_Evénement_, 1885.)

PLANTER. _Coïre._

PLANTER UN CHOU. Tromper indignement. «Mon ci-devant m'a planté un chou colossal.» (_Réveil_, 1882.)

PLAQUER SA VIANDE SOUS L'ÉDREDON. Se coucher. «A onze heures et demie on a levé la séance. Le fait est qu'il était bien temps d'aller plaquer sa viande sous l'édredon.» (_Henri IV_, 1882.)

PLEIN. Argot des joueurs de roulette. L'un des casiers sur lesquels se trouvent inscrits les numéros correspondant à ceux de la roulette. _Faire un plein_, c'est placer sa mise en plein sur un numéro, au lieu de la disposer soit à _cheval_, soit d'une façon _transversale_.

PLEUVOIR. Être abondant.

POCHETÉE. Inintelligence. _En avoir une pochetée_, avoir la compréhension difficile.

POIREAUTER. Attendre quelqu'un dans la rue.

POISSEUX. Gandin; fashionable. Le successeur du petit-crevé. «Ils se réunissent six ou sept viveurs ou poisseux au café.» (_Siècle_, 1882.) _Poisseuse_, compagne du poisseux. «Dans un boudoir de la rue des Martyrs, une jeune poisseuse, étendue sur une chaise longue, lit...» (_Henri IV_, 1882.)

POIVROTTER (Se). Se griser.

POLKA. «Polka ne veut pas seulement dire danse: c'est sous ce nom que les photographes et les dessinateurs désignent certains sujets décolletés.» (_Evénement_, 1882.)

POLONAIS. Souteneur.--Sorte de fer à repasser. Argot des blanchisseuses.

POMPE. Étude. Cours. Argot des Élèves de l'École de Saumur.

«La Pompe! A ce grand mot votre intellect se tend Et cherche à deviner... La Pompe, c'est l'étude, La Pompe, c'est la longue et funeste habitude De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs Le suc et l'élixir de leurs doctes labeurs.»

(_Nos farces à Saumur._)

POMPIER. Membre de l'Institut de France. «Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil de quelque professeur de l'Institut. Au feu! au feu! Voilà un pompier.» (J. Claretie: _Le Million_.)

POMPIER. Dans l'argot spécial des marchands de vin le _pompier_ est une boisson apéritive composée de vermouth et de cassis.

POMPIER (Faire). Cette expression s'applique à toutes les compositions littéraires et artistiques où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués à l'inspiration originale et à l'étude de la nature. C'est ainsi qu'on peut être nouveau et moderne dans l'interprétation d'un sujet emprunté à l'_Iliade_ et qu'on peut, au contraire, _faire pompier_ en représentant une scène de la vie réelle qui s'est passée hier. (V. Le _Gil Blas_ du mois de novembre 1880.)

PONT (Faire le). Cette expression est surtout usitée chez les employés d'administration. Quand un jour non férié se trouve entre deux jours de fête et qu'on ne vient pas à son bureau le jour de travail, on fait le pont.

PORTE-CRÈME. Vidangeur.

PORTEUR DE CAMOUFLE. Souteneur.

POSE (Être à la). Afficher de grandes manières, des prétentions de grand seigneur. «Elle est bonapartiste, la famille à papa; c'est pas à la pose du tout.» (_Vie parisienne_, 1882.)

POSER UN RAMOLL. Argot des voyous non conformistes qui désignent ainsi la mise en action de certaine pratique honteuse dont parle le livre du Dr Tissot, et sur laquelle il est inutile d'insister. Cette expression, véritablement imagée, fait songer au ramollissement du cerveau ou de la moelle épinière dont finissent par être atteints la plupart du temps les disciples d'Onan.

POTEAU. Chef de bande,--dans l'argot des voleurs.

POTIRON. Argot des élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. Ils appellent ainsi les jeunes gens qui, bien que de nationalité étrangère, sont admis à suivre les cours de l'Ecole.

«Shérif-Bey vient de recevoir sa nomination d'élève de Saint-Cyr, à titre d'étranger. Les élèves de cette catégorie sont appelés à l'Ecole des Potirons.» (_Paris_, octobre 1885.)

_Pouce!_ Exclamation que poussent les enfants dans leurs jeux en tenant le bras levé et les doigts fermés, moins le pouce. Les gamins indiquent ainsi avec cette sorte de drapeau parlementaire qu'ils cessent momentanément de jouer et qu'on n'a aucune prise sur eux. Ils disent aussi _trèfle_, par corruption de _trêve_.

POULAINE. Cabinets d'aisance. Argot du bagne. «On s'entassait à la poulaine (lieux d'aisance) où une pompe, installée tout exprès, fournissait en grande abondance l'eau nécessaire à ces ablutions.» (Humbert: _Mon bagne_.)

POUR CHIQUER! Allons donc! Plaisanterie! Argot du bagne.

POURLICHE. Pourboire. Jargon du peuple.

POUSSER LA GOUALANTE. Chanter. (V. Delvau: _Goualer_.)

POUSSER DANS LE CORNET, L'ESCARCELLE, LE FUSIL (S'en). Boire, manger. (V. Delvau: _S'en pousser dans le battant_.)

POUSSER UNE BLAGUE. Fumer une pipe. Argot de l'Ecole Polytechnique.

POUSSIÈRE (Faire de la). Faire des embarras.

POUVOIR SIFFLER. Ne pas obtenir ce qu'on demande; se passer de quelque chose.

PRÉFECTANCE. Préfecture de police. «Sans doute, tant qu'il y aura une préfectance et un préfet de police, on cognera...» (J. Vallès.) Delvau donne _Préfectanche_.

PREMIER, ÈRE. De qualité supérieure. «Puis ils inaugurèrent l'argot, parlèrent nègre et proposèrent aux dîneurs une _douzaine_, une chablis _première_, au lieu de dire: une douzaine d'huîtres, du vin de Chablis, première qualité.» (G. Claudin.)

PRENDRE. Terme de turf. Parier. Prendre un cheval à 6 contre 1 en admettant que le pari soit de 10 louis, signifie; si le cheval perd, je vous donnerai 10 louis, s'il gagne vous me donnerez 60 louis.

PRENDRE QUELQUE CHOSE A LA BLAGUE. S'en moquer; la tourner en ridicule. «C'est dans le pauvre peuple qu'on l'a prise (une pièce de théâtre) tout d'abord à la blague.» (F. Sarcey.)

PRENDRE SES DRAPS. Prendre le chemin de la salle de police. Argot des élèves de l'Ecole Saint-Cyr. «Le bazof court le long des lits secouant de la phrase sacramentelle: _Prenez vos draps_, les malheureux qui n'ont pas eu le temps de rapporter leurs matelas.» (Maizeroy: _Souvenirs d'un Saint-Cyrien_.)

PRIME. Premier. Argot des enfants.

PRINCESSE. Nom que donnent les employés de l'Etat à l'administration à laquelle ils appartiennent. «Un employé du ministère, qui fait une course pour le service du ministère et qui profite de la voiture pour faire une visite pour son propre compte, peut passer pour avoir malversé des fonds de l'Etat en faisant payer à la princesse (c'est comme cela qu'on dit dans les administrations) 2 fr. 25 de fiacre.» (_XIXe Siècle_, avril 1887.)

On dit aussi _Joséphine_.

PROCHAINE (La). La prochaine Commune. Argot des partisans de la Révolution sociale qui désignent ainsi la revanche à laquelle ils aspirent depuis 1871.

PROLO. Prolétaire, ouvrier. «M. Jules Ferry, qui est un riche bourgeois, confie aux gendarmes la garde de sa caisse et la surveillance des prolos.» (_Journal de l'Instruction publique_ 1882.)

PSCHUTT. «Le chic est mort, vive le pschutt.»

Qu'est-ce que le pschutt? On ne le sait pas exactement, et c'est ce mystère qui en fait tout le mérite. Le pschutt, c'est le chic ou à peu près. Il y avait trop longtemps qu'on disait: «M. de un tel a du chic.» On a imaginé de dire: «M. de un tel a du pschutt.» (_Gaulois_, janvier 1883.)

PUBLIC. Dans le langage des bureaux, un public est la première personne venue qui se présente dans ces bureaux pour y traiter une affaire. «L'individu qui se présente au Mont-de-Piété, pour emprunter, s'appelle un public.» (Max. du Camp: _Paris, ses organes_.)

PUR. Elégant, dandy. «Vous ignorez complètement que de ne pas mettre de pardessus constitue actuellement ce que nous appelons être pur, ou, si vous aimez mieux, le chic anglais.» (_Evénement_, 1882.)

PURÉE DE CORINTHE. Vin.

Q

QUATRE A SIX. Réception. Argot des gens du monde. «Il croyait même parfois qu'Olga avait deviné son désir, et lorsqu'à ces quatre à six de Mme de Barberine.» (F. Coppée.) Actuellement le _quatre à six_ a fait place au _cinq à sept_; c'est toujours la même chose; il n'y a que l'heure de changée. «Les soirées du reste ne sont pas difficiles à passer; dès qu'arrivent les _cinq à sept_ on a maint salon accueillant et mainte potinière mondaine.» (_Illustration_, janvier 1888.)

QUITOURNE. Fenêtre.

R

RABATTEUSE. Petite voiture qui va chercher des voyageurs dans les communes avoisinant Paris.

RABIAU. Bénéfice. «Les pourboires cachés;... les rabiaus sur le fourrage...» (Huysmans; _Sœurs Vatard_.)

RADIS NOIR. Gardien de la paix.

RAMASSER UNE PELLE. Tomber. Jargon des voyous. «M... alors...; j'ramasse une pelle... C'est c'cui-là qui m'a poussé.» (R. Ponchon.)

RAFRAÎCHIR (Se faire). Se faire couper les cheveux, la barbe. «L'autre soir, j'étais entré chez un coiffeur du boulevard, avec l'intention de me faire rafraîchir...» (_Gil Blas_, 1881.)

RANCART. Objet de peu de valeur. «La plupart des volumes entassés dans les caisses étaient des rancarts de librairie, des rossignols sans valeur; des romans mort-nés...» (Huysmans: _A vau-l'eau_.) _Mettre au rancart_, abandonner, jeter dans un coin. C'est le synonyme de _mettre au cabinet_, d'Alceste.

RAMONER (Se faire). Se confesser.

RANCKÉ. Pièce de deux francs.

RASSEMBLER (Se faire). Argot militaire. Se faire réprimander, punir.

RATEAU. Gendarme, agent, dans l'argot des malfaiteurs. «Le terme est nouveau; veuillez ne pas l'oublier et remarquer toute la justesse de l'expression. L'agent de police en effet nous ratisse et nous englaise dans la piaule.» (A. Belot: _Le Roi des Grecs_).

«Faut suriner les pantres A coups d'couteaux dans le ventre Et crever d'coups d'marteaux La cervelle aux rateaux.»

(Chanson, 1884.)

RATISSÉ. Gandin, fashionable. Ç'a été le nom à la mode en 1885 pour désigner le continuateur du poisseux, du genreux. «Les jeunes ratissés (le terme est nouveau pour dire gommeux ou petit crevé), les ratissés ont couru et courent encore, comme un seul homme, lorgner, applaudir, rappeler La Goulue et Grille d'Egout... Pourquoi les ratissés? Est-ce parce que le jeu, le baccarat, les petits-chevaux des bords de la mer ou les steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la cervelle et les _ratissent_ comme le rateau du croupier? Est-ce au contraire parce que le coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer, les brosser et leur ratisse les favoris, la moustache et la chevelure (quand ils en ont), comme le jardinier ratisse les allées d'un jardin bien entretenu?

«Je n'en sais rien; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.

«Le ratissé a son féminin: la ratissée. Et je m'imagine qu'aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.» (_Illustration_, octobre 1885.)

RAVINE. Plaie. Cicatrice. «Est-elle bête de suivre un homme qui la bat! C'est moi qui le ficherais en plan! Et elles-mêmes arrivaient avec un pochon ou des ravines sur le visage...» (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)

RÉCENT (Avoir l'air). Marcher droit, avoir l'air de pouvoir se tenir sur ses jambes, quand on a trop fêté Bacchus. «Allons Ringuet, faut être sérieux; v'là qu' t'approche de ta turne; faut qu' t'aies l'air récent.» (_Monde plaisant_, 1880.)

RÉFEC. Réfectoire. Argot de Polytechnique.

RELANCEUR DE PLEINS. Variété de _grec_. «Plus nombreux encore ceux qui n'ont jamais soupçonné l'existence du relanceur de pleins.» (_Henri IV_, 1881.)

RELEVER LE CHANDELIER. Argot de souteneurs. Vivre de la prostitution d'une fille.

RELEVEUR DE FUMEUSE. Souteneur.

REMUER LA CASSEROLE. Faire partie de la préfecture de police. Argot des voleurs.

RENACLE. Police de sûreté.

RENDU. «Petit ou gros, cher ou bon marché, l'objet qui déplaît au public rentre dans le grand bazar, et le caissier qui a reçu l'argent rend cet argent... Dans le sous-sol on appelle ces objets les rendus.» (Giffard: _Les grands bazars_.)

RENIFLETTE. La police. Argot des malfaiteurs. Le mot est joli, imagé et rend bien l'idée de l'agent qui renifle, donne du nez comme le chien en quête de gibier.

RENIQUER. Être de mauvaise humeur, rager. Argot de barrières.

RENIFLER. Aspirer, prendre l'eau. «La plus jeune avait... des bottines qui renifflaient l'eau.» (Goncourt: _La Faustin_.)

RENOUVELLEMENT. Argot de café-concert. Dans ces établissements, le prix de la place occupée donne droit à une «consommation» gratuite. Si vous désirez prendre de nouvelles _consommations_ vous les payez suivant le tarif des cafés ordinaires. Ce sont ces nouvelles consommations oui prennent le nom de _renouvellement_.--«Au dedans, la salle était comble... les garçons ne savaient où donner de la tête; les renouvellements pleuvaient. Les bocks et les flacons vides s'amoncelaient sur les comptoirs...» (_Gaulois_, 1882.)

RÉPARER. Argot des collèges et pensions. _Réparer_, c'est apprendre à nouveau une leçon qui n'est pas suffisamment sue.

REPOSOIR. Hôtel garni. Argot des voyous. «Les garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont aussi leurs noms: reposoirs ou assommoirs!» (_Henri IV_, 1882.)

REPOUSSER DU GOULOT. V. Delvau: _Repousser du tiroir_.

RESPECTER SES FLEURS. Garder sa virginité. «Ma sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu'à la fin du monde...» (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)

REQUINQUAGE. Mise, accoutrement ridicule. «Elle ne songeait pas le moins du monde à lui reprocher son requinquage qui n'avait rien à voir avec la dernière mode.» (Barot: _Le fort de la halle_.)

RESSORTS. Parties génitales de la femme.

RETAPER LE DOMINO (Se faire). Se faire arranger la denture. On dit aussi _Se faire repaver la rue du bec_.

REVERS (Faire un). Argot de Grecs. Perdre volontairement en taillant une banque et céder la place à un compère auquel on a le soin de donner des séquences.

REVOLVER A DEUX COUPS. Arc rot des voyous. Le membre viril.