Dictionnaire de la langue verte

Part 52

Chapter 523,526 wordsPublic domain

MALLE EN CUIR. Solliciteur. Argot des officiers de marine qui désignent ainsi ceux de leurs camarades sans cesse voyageant... sur la ligne de Paris, une petite valise à la main, pour aller solliciter une faveur quelconque au Ministère.

MANGEUR. Dénonciateur, espion. Argot des prisons. «Ce sont les révélateurs qu'on appelle les mangeurs, la musique.» (J. Vallès.)

MANIER (Se). Se masturber.--Se sauver, fuir.

MANTEAU. Argot théâtral. Rôle où l'acteur porte un manteau. (Littré.) «Il avait, comme artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui, jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les rôles proprement appelés les manteaux un sujet d'études des plus attrayants.» (_Revue britannique._)

MAQUIGNON A BIDOCHE. Variété de souteneur.

MARCHAND DE CIRAGE. Commandant d'un navire. Argot du bagne. «Est-ce que le marchand de cirage (elles appelaient ainsi le commandant) nous faisait peur?» (Humbert: _Mon bagne_.)

MARCHAND DE PUCES. Argot militaire. Individu qui a dans les régiments la fourniture des lits.

MARCHÉ DES PIEDS HUMIDES. La petite Bourse qui pendant longtemps s'est tenue en plein air; les spéculateurs étaient ainsi exposés à toutes les intempéries, et, quand il pleuvait, pataugeaient dans les flaques d'eau. «Le marché des pieds humides qu'on est venu plaisanter, est bien plus loyal qu'on ne le pense. Là, pas d'affaires à terme; argent contre titres; titres contre argent.» (_Le Mercure_, journal, 1882.)

MARCHFELD. C'est ainsi que les élèves de l'Ecole de Saint-Cyr appellent le champ de manœuvres. «Que les jours d'hiver nous parurent longs, les après-midi sombres pendant lesquels nous épelions le _b a ba_ du métier dans le marchfeld que balayaient âprement les bises.» (Maizeroy: _Souvenirs d'un Saint-Cyrien_.)

MARGOUILLAT. Argot militaire. Spahis.

MARIAGE DE GARNISON. Liaison qu'un militaire en garnison contracte avec une femme et qui n'a pas d'autre durée que celle du séjour dans la garnison.

MARIE-JE-M'EMBÊTE. (Faire sa). Faire des façons; se faire prier. «Ah çà! voyons! quand tu resteras là à faire ta Marie-je-m'embête! Ça n'avancera à rien! Venez-vous oui ou non? (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)

MARIE-MANGE-MON-PRÊT. Argot militaire. Maîtresse du soldat.

MARINE. Argot des lycéens. Est _marine_ dans leur jargon, le camarade qui se prépare à l'école navale.

MARQUE. Femme qui a deux cordes à son arc: la prostitution et le vol.

MARQUE-MAL. Individu contrefait.--Variété de souteneur.

MARTIN. Argot des marchands de vin qui désignent ainsi un horrible breuvage composé d'eau-de-vie de marc teintée de cassis; d'où marc teint et de là Martin. «Si parfois un étranger vers les deux heures du matin, vous offre un martin, prenez garde! Cette boisson traîtresse en diable produit sur l'organisme les effets les plus désastreux.» (_Charivari_, octobre 1885.)

MASSEPAIN. Individu sur lequel on fait, dans certaines maisons, des... expériences, _in anima vili_.--Argot militaire: Valet d'un jeu de cartes.

MATATANE. Argot militaire. Salle de police.

MATÉRIELLE. «Et alors, quelques malheureux pontes... se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle.» (Belot: _La Bouche de Madame X_.)

MATH. Mathématiques. Argot des collégiens. «Ils (les médecins) démolissent l'infranchissable barrière qui, dès le collège, sépare les forts en math des forts en thème.» (_Evénement_, août 1885). «Je suis obligé de les bûcher très dur, ces sales math!» (_Vie Parisienne_, février 1888.)

MATHURIN. Matelot. «Je veux parler du simple matelot à qui l'on donne le nom de mathurin, de même qu'on gratifie le soldat du surnom de Dumanet.» (_Figaro_, 1882.)

MATHURIN. Nom que les marins, par plaisanterie, donnent aux navires en bois. «Est-ce que vous voudriez rétablir ces vieux mathurins, comme nous les appelons, pour remplacer les bateaux à vapeur?» (Amiral Saisset: _Journal officiel_, janvier 1872.)

MATRICULER (Se faire). Se faire punir. Argot militaire.

MAUBERT, MAUBERTE. Argot des voyous qui désignent ainsi l'homme, la femme nés dans le quartier de la place Maubert, la place _Maube_: comme ils disent, ou y habitant. «Celle-ci est née rue Galande. C'est une Mauberte, et les Maubertes ne rompent jamais tout à fait avec leur famille...» (Du Boisgobey: _Paris-Bandit_.)

MAUVAISE! Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'ils viennent de jouer ne compte pas. (V. _Bonne_.)

MEC. Souteneur.

«C'est tout d'même chouette pour [une pierreuse] D'avoir un mec comme celui-là?

(De Gramont: _La Femme à Polyte_.)

MEC A LA REDRESSE. Tout individu qui en impose par ses qualités ou ses vices. «Seules, quelques individualités hors pair, des mecs à la redresse, parviennent à se faire dans l'opinion une haute place.» (Humbert: _Mon bagne_.)

Aujourd'hui le mot _mec_ a pris une très grande extension. Il s'emploie pour désigner avec mépris un individu quelconque.

MÉDAILLE (Avoir la). Argot de sport. «Il y a une expression consacrée dans l'argot du turf et qui est très significative: _Avoir la médaille_. On dit d'un monsieur qu'il a la médaille quand il fait une _commission_ pour le compte du propriétaire. Cela veut dire qu'il est _commissionnaire_. Il a la médaille. Dès qu'on s'aperçoit qu'un monsieur a la médaille, c'est-à-dire qu'il a reçu mission du propriétaire de parier pour son cheval, il ne reste plus qu'à lui emboîter le pas...» (_Paris Illustré_, 1884.)

MÉGOTTIER. Industriel qui ramasse les bouts de cigares, les _mégots_. «Là, sont réunis pêle-mêle des biffins... le mégottier avec son pistolet à la saindhomme.» (_Réveil_, 1882.)

MÉLASSON. Niais, imbécile. «Faut-il que vous soyez mélasson pour vous être ainsi fourré la gueule dans le beurre!» (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)

MELON. On appelle ainsi au prytanée militaire tout élève faisant partie du troisième bataillon. «C'est au troisième bataillon des élèves, c'est-à-dire au bataillon des melons que l'agitation est très grande.» (_Revue alsacienne_, juillet 1887.) (V. _Melon_ au Dictionnaire.)

MÉNAGE À LA COLLE. V. Delvau: Mariage à la détrempe. «Les commissaires iront-ils vérifier le désintéressement de 60,000 ménages à la colle qui se cachent dans les faubourgs?» (_Télégraphe_, 1882.)

MENDIGOT. «Le mendigot n'est pas tout à fait le mendiant. Le mendigot est une sous-variété du trimardeur. Il va mendier dans les châteaux ou dans les maisons aisées et renseigne les _Monteurs de coups_.» (Clairon, 1882.)

MENEUSE. Femme qui attire le passant dans une rue écartée pour le livrer à des _travailleurs_ qui le volent toujours et l'assassinent quelquefois.

MENFOUTISTE. Indifférent, sceptique. La paternité de ce mot qui a jusqu'ici vécu appartient à M. Aurélien Scholl. «Le grand parti des menfoutistes fait chaque jour de nouvelles recrues. L'indifférence a gangrené tous les cœurs.» (_Evénement_, 1884.) De _menfoutiste_ est dérivé _menfoutisme_, synonyme d'indifférence, de scepticisme. «Le menfoutisme a soufflé aujourd'hui sur toutes les conventions, sur tous les partis sociaux, sur toutes les illusions, sur toutes les croyances.» (_Evénement_, 1884.) Il parut en cette même année 1884 au mois de janvier un canard qui avait pour titre: _Le Jemenfoutiste_.

MÉQUILLON. Variété de souteneur.

MERDE DE PIE. Pièce de cinquante centimes. Argot du bagne. «Un blavin! Tu me le redemanderas demain pour une merde de pie.» (Humbert: _Mon bagne_.)

METTRE EN BRASSERIE (Se). Servir dans une brasserie. «Cédant à des suggestions funestes, elle se mit en brasserie, c'est l'expression consacrée.» (F. Sarcey: _XIXe Siècle_, 1881.)

METTRE DU LINGE SUR SES SALSIFIS. Mettre des gants.

METTRE DU PAIN DANS LE SAC DE QUELQU'UN. Lui faire son affaire; le battre, le tuer.

METTRE UNE POUCE. Frapper, battre. «De quoi, de quoi, il va me fusiller mes indiennes (me voler mes vêtements). Vas-tu laisser ça? ou je te mets une pouce.» (Humbert: _Mon bagne_.)

MEUBLER. Réparer des ans l'irréparable outrage, se mettre de faux mollets, de faux appas. «--Je suis devenue si maigre que je n'ose mettre une robe décolletée.--On met un corsage carré.--Impossible aussi, car il faut encore meubler le carré et avoir des bras.» (_Le Voltaire_, 1882.)

MIC-MAC. Difficulté, complication, chose inintelligible. «C'est un mic-mac où personne ne comprend rien.» (Zola: _Pot-Bouille_.)

MIGNOTER. Cajoler, embrasser, faire mignon. «Elle mignotait Céline, sa préférée, dont la tignasse jaune de chrome l'intéressait.» (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)

MILLE. Argot des libraires. L'édition totale d'un ouvrage, d'un roman quelconque, étant donné--ce qui est une supposition--que cet ouvrage est tiré à mille exemplaires. «Depuis quelque temps on lit sur la couverture des volumes d'une maison de librairie: _Premier mille_ ou _sixième mille_ ou _dixième mille_. Mille quoi? Mille exemplaires, cela se devine, mais cela n'en est pas moins de l'argot et quel argot!» (_Evénement_, 1883). «Le dernier roman de M. Daudet a eu une envolée heureuse. Le cinquantième mille est depuis longtemps dépassé.» (_Français_, juillet 1884.)

MILLE (Mettre dans le). Réussir pleinement.

MILLE-PATTES. Fantassin.

MINCE! Exclamation qui répond à zut! ou à: ah! non! alors! «Ah! mince alors! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse.» (Meilhac et Halévy: _Lolotte_.)

A aussi le sens de _beaucoup_.

MINERVE. Argot de joueurs. Filouterie qui rappelle celle dite du _neuf de campagne_. (V. cette expression). «D'ordinaire, le baccara se joue avec deux cartes dont l'assemblage forme le point et, si le banquier veut bien y consentir, une troisième qu'il donne découverte au tableau qui la demande. Quelquefois dans ces trois cartes il n'y a pas de quoi gagner sa vie, au contraire. Les malins en ont ajouté une quatrième, cachée celle-là qu'ils tiennent dans leur main gauche et que, par un travail analogue à celui dont j'ai parlé plus haut, ils arrivent à substituer à l'une de celles qui leur sont données régulièrement. D'habitude, les prestidigitateurs qui font la minerve adoptent un quatre ou un cinq, une carte qui peut s'adapter à toutes les combinaisons pour faire un point très honorable.» (C. des Perrières: _Paris qui triche_.)

MITAINE. Voleuse, détourneuse à la mitaine. Femme portant des souliers très plats, sans talons et qui, dans un magasin, fait tomber des objets qu'elle ramasse avec le pied déchaussé et cache dans son soulier. Cette sorte de voleuse ne s'attaque, en général, qu'aux dentelles de prix.

MITRAILLEUSE (Etouffer une). Boire un verre de vin.

MIXTE. Argot des gens à la mode pour qui cet adjectif, détourné de son vrai sens, a remplacé le mot _épicier_ qu'on prit en 1830 et longtemps après cette époque pour désigner toute chose commune, de mauvais goût, toute personne ayant un genre vulgaire. L'expression _être mixte_ couramment employée en 1886 est aujourd'hui abandonnée. «Quant au rire, n'en parlons pas; rire n'est plus seulement canaille, c'est mixte.» (_Gazette de France_, janvier 1886.)

MOBILISER (Se). Faire un voyage. Allusion à l'essai de mobilisation fait en 1887 dans le sud-ouest. «Je me suis mobilisé; j'ai bouclé une valise, pris une voiture...» (_Voltaire_, septembre 1887.)

MOC-AUX-BEAUX. Quartier de la place Maubert.--On dit aussi _Mocaubocheteau_. «Les mèques de la Mocaubocheteau, v'là des mèques sérieux, des gonsiers qui crachent noir comme de l'encre... (Humbert: _Mon bagne_.)

MODÈLE (Vieux). Grand-parent. «Il avait éloigné tous les vieux modèles, comme nous disons au couvent, pour désigner les grands-parents.» (_Vie Parisienne_, 1882.)

MODISTE EN RAGOÛT. Cuisinière. Argot des garçons bouchers.

MOELONNEUSE. Femme qui se prostitue dans les chantiers.

MOL ou MOLLE (Être). Argot du peuple. N'avoir pas d'argent; être sans le sou.

MÔME BASTAUD. Individu aux mœurs inavouables et qui se prête à toutes les exigences. «--Et de la môme?--De la môme bastaud, oui, tant que tu voudras... les autres, de la peau.--Chouette alors.» (Humbert: _Mon bagne_.)

MOMENTANÉE. Femme galante avec laquelle on n'a qu'un entretien d'un moment. Deux journalistes ont réclamé la paternité de ce mot. M. Pierre Véron d'abord qui l'aurait imprimé tout vif dans le _Charivari_ du 17 août 1885; M. Guillaume Livet, ensuite, qui l'a inventé et donné dans le _Figaro_ en 1884.

MONÔME. Promenade qu'exécutent à Paris et à l'époque des examens, les candidats aux diverses écoles du gouvernement. Le monôme consiste à marcher l'un derrière l'autre, en file indienne. Le monôme le plus connu est celui de l'X.

MONSIEUR BAZAR. Argot de l'école de Saint-Cyr. Le Saint-Cyrien lui-même. «La dernière quinzaine a été dure pour Monsieur Bazar, ainsi que se qualifie l'élève de l'Ecole militaire.» (_Soleil_, 1887.)

MONTER LE BALUCHON (Se). (V. Delvau.) Se monter le coup.

MONTER UN CHOPIN. Argot des voleurs. Préparer un mauvais coup, un vol.

MORT. Malade. Argot des élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. _Se faire porter élève-mort._

MOUCHE. On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l'usage des voyageurs. «Malgré... les chiens et les chevaux qu'on baigne... les bateaux qu'on décharge, les mouches qui passent en fouettant l'eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.» (Bernadille.) On désigne aussi ces bateaux sous le nom d'_hirondelles_.

MOUCHE A MIEL. Argot des écoles. Se dit des aspirants à l'Ecole centrale.

MOUF. Abréviation de Mouffetard. _La rue Mouf_, la rue Mouffetard. «Le garçon du marchand de vin d'à côté secouait un panier à salade et quelques gouttes d'eau atteignirent le front de la jeune fille qui se retourna et s'écria avec une voix de rogomme et le plus pur accent mouf-mouf: Ah! mince... tu pourrais donc pas secouer tes pissenlits d'équerre, espèce ed'mastroc empaillé!» (_Clairon_, 1882.)

MOUFION. Mouchoir; _Moufionner_, se moucher.

MOUILLER. Argot théâtral. Jouer bien.--_Mouiller à_ ou _dans_; toucher des droits d'auteur.

MOUILLER LES PIEDS (Se). Aller à Nouméa. «Interrogé, il s'écria: Vous me ferez faucher le pré, mais je ne veux pas que les camarades se mouillent les pieds.» (_Evénement_, 1882.)

MOUKALA. Fusil. Argot des régiments d'Afrique.

MOUSCAILLEUR. Vidangeur. «Là sont réunis pêle-mêle des biffins... des mouscailleurs.» (_Réveil_, 1882.)

MOUQUETTE. Femme galante. Le mot a été pour la première fois, croyons-nous, lancé par M. Delpit. Le romancier était-il alors hanté par le souvenir de l'héroïne de _Germinal_, la _Mouquette_, car le livre de Zola venait de paraître, cela est possible, mais nous n'affirmons rien. Toujours est-il que peu de temps après l'apparition de ce mot, un rédacteur du journal _Le Dix-neuvième siècle_ en donnait cette étymologie, très vraisemblable d'ailleurs: «Les Arabes appellent les femmes _moukair_; les _soldats_ d'Afrique ont rapporté ce mot en France, et, chez les ouvriers qui ont fait campagne en Algérie, il n'est pas rare d'entendre adresser aux femmes l'appellation de _mouquerre_, corruption évidente de moukair. C'est d'ailleurs le mot espagnol _mujer_ prononcé avec l'accent guttural. C'est _mouquerre_ qui est le père de _mouquette_. La généalogie du nouveau mot peut donc ainsi s'établir: _moukair_, mot arabe ou espagnol; _mouquerre_, mot d'argot de barrière; _mouquette_, mot d'argot pschutteux.» Qu'en pense M. Delpit? «La mouquette de haute marque qui vient de faire sa vente...» (_Evénement_, 1885.)

MOUSSEUSE. Femme galante, à la mode. «Mousseuse est pimpant, léger, provocant, vaporeux; mousseuse donne bien l'idée du bruissement de la soie, du froufrou du satin, de la joyeuse envolée des jupes de batiste et de dentelles. La mousse est ce qui brille, scintille, pétille, émoustille. Voilà pourquoi _mousseuse_, un mot significatif et complet, mérite droit de cité; voilà pourquoi _mousseuse_ court grand'chance d'être adopté par la gent boulevardière... Les débutantes ès-galanterie deviendront des _moussettes_.» (_Voltaire_, mars 1887.)

MOUVEMENT (Être dans le). «Cet hôte arrivait de Paris; il avait un nom connu presque célèbre, il était dans le mouvement...» (De Montépin: _Sa Majesté l'Argent_.)

MUFFÉE. Argot du peuple pour qui ce mot est synonyme de verrée. «D'temps en temps, un' pauv' muffée au Caveau ou chez les bistros de la Révolte.» (_Mirliton_, journal, octobre 1885. )

MUFFÉE (En avoir une vraie). Être gris, en état d'ivresse.

MUSELER. Imposer silence.--_Se museler_, se taire.

MUSIQUE. Dénonciateur. «Il est trop musicien!» (_Gil Blas_, 1882.) «Bon enfant au surplus, du sang et pas de musique (incapable d'une dénonciation).» (Humbert: _Mon bagne_.)

MUSIQUE. (Faire, jouer de la). Dénoncer.

N

NAVARIN. «L'étalier connaît les clients, leur mesure les égards et vend aux pauvres le navarin, c'est-à-dire les rognures, les balayures de l'étal, à raison de dix sous la livre.» (_L'Esclave ivre_, no 3.)

NÉGOCIANT EN VIANDE CHAUDE. Souteneur.

NET. Dans le langage des ouvriers, atelier net, atelier que des ouvriers mettent en interdit et où ils défendent à leurs camarades d'aller travailler.

NETTOYER UN BOCART. Piller une maison.

NETTOYER LES LUCARNES. Dessiller les yeux. «O Mentor, vous me nettoyez les lucarnes, s'écria Idoménée.» (_Les mistouf's de Télémaque._)

NEUF DE CAMPAGNE. Argot de joueurs. Procédé peu délicat employé par le ponte vis-à-vis du banquier et que dévoile ainsi M. Carle des Perrières dans son livre: _Paris qui triche_. «Dans sa poche il (le ponte) a son neuf tout prêt; valet de pique, neuf de cœur; rien n'est plus simple. Lorsque la main arrive à son tour, le _neuf de campagne_ est extrait de sa poche pour passer dans sa main gauche; le banquier donne les cartes; le ponte s'en empare comme c'est son droit et sous prétexte d'empêcher ses voisins de voir son point, parce que, dit-il, cela lui porte la guigne, il fait disparaître les deux cartes qu'on vient de lui donner dans ses deux mains rapprochées; il substitue son valet de pique et son neuf de cœur aux deux cartes qu'il a reçues et abat sur le tapis un magnifique neuf de campagne...» (V. _Minerve_.)

NID A POUSSIÈRE. Nombril.

NINGLE. Fille publique. «Les souteneurs... se réjouissent de voir les jours diminuer et par conséquent les nuits augmenter, double avantage pour les fils de Neptune et leurs ningles.» (_Estafette_, 1882.)

NOCER EN PÈRE PENARD. S'amuser tout seul. Faire un bon dîner ou une orgie seul. L'expression est usitée surtout dans le quartier Saint-Antoine.

NOIRE-FONTAINE. Encrier. Argot des élèves de l'École de Saint-Cyr.

NOIX (Être dans la). Avoir de la chance, être heureux. Un boucher aurait lancé cette expression, d'ailleurs peu usitée, que cela ne serait point surprenant. Le gîte à la noix n'est-il pas un des meilleurs morceaux du bœuf et ne recommandez-vous pas à votre cuisinière de vous choisir un morceau dans la noix? _Être dans la noix_ a donc tout d'abord et naturellement signifié ce qui est bon, puis a dévié peu à peu de ce sens pour prendre celui que nous indiquons. «Quinze cent louis de bénéfice! Très pur! Vous êtes dans la noix, dites, alors? Donnez-moi un cheval. Soyez assez blêche pour me prendre dix louis du gagnant?» (_Vie parisienne_, juin 1884).

NOUNE. Argot du bagne. Receleur qui suit le voleur à la tire et reçoit la _camelotte_ à mesure que son associé opère. (V. Humbert: _Mon bagne_.)

NOURRIR. En argot de Bourse, «_nourrir_ des titres c'est les conserver de liquidation en liquidation en les faisant reporter. On paye les différences, les reports, les courtages, on nourrit. A force de nourrir, on arrive même quelquefois à en mourir de faim.--X... nourrit deux cents Lombards depuis le mois de juin et Y... cinq mille Italiens--il ne faut pas prendre l'expression au pied de la lettre». (_Don Quichotte_, 1884.)

NOURRISSEUR. Voleur qui dévalise les appartements dont les maîtres sont en voyage. La banlieue de Paris est pendant l'hiver infestée de nourrisseurs qui _déménagent_ les villas.

NOURRISSON. Argot des employés de la Banque de France qui désignent ainsi le négociant gêné qui ne demande que du temps pour rétablir son crédit et auquel un banquier a prêté de l'argent.

NOVEMBRE 33 (Un). Officier à cheval sur tous les règlements militaires dont la loi fondamentale est celle du 2 novembre 1833; et aussi, en terme de pension, un ragoût qui contient toute espèce de choses, sans doute parce que le règlement de 1833 prévoyait tous les cas du métier militaire. (Merlin: _La langue verte du troupier_.)

NUAGE. C'est, croyons-nous, le mot le plus récent usité dans le langage populaire pour désigner la tournure, cet objet de toilette que portent les femmes autour de leurs reins de façon à faire bouffer la robe. Pourquoi _nuage_? me demanderez-vous. Les irrévérencieux vous répondront: Parce qu'il cache la _lune_.

O

OFF, Officier. «Il a tout pris, le vieil off, et le lit du major et sa femme.» (A. Delpit: _Figaro_, février 1887.)

OISEAU DES ILES MARQUISES. Absinthe. Rapprochement de couleur.

OMNIBUS. Les employés des télégraphes à Paris appellent ainsi les cartes-télégrammes fermées qui sont expédiées par les tubes. «Le temps qu'ils (les télégraphistes) distribuent les courses aux facteurs, les cartes et les omnibus à tuber attendent aussi.» (_Cri du Peuple_, août 1885.) Ces cartes-télégrammes sont aussi nommées _petit-bleu_ à cause de la couleur du papier sur lequel elles sont rédigées.

OMNIUM. Argot du turf. Course réservée aux chevaux de toute provenance âgés de trois ans et au-dessus. L'omnium se court au bois de Boulogne, à la réunion d'automne.

ORATEUR. Argot des francs-maçons. L'un des officiers d'une loge. Il y joue un rôle analogue à celui du ministère public dans les tribunaux.

OS A MOELLE. Lorgnette.

OUSTE! Synonyme de zut! «Dis-lui: Ouste pour l'Allemagne!» (De Goncourt: _La Faustin_.)

OUTIL. Maladroit, gauche. Argot du peuple. «Fais donc attention, outil!» est une de ces phrases qu'on entend journellement dans la rue et à l'atelier. «L'autre, sûr de l'impunité, répondra: Va donc, eh! outil!» (_Figaro_, nov. 1883.)

P

PAGE D'ALPHAND. Égoutier au service des travaux de la ville de Paris dont M. Alphand est le directeur.

PAGNOTER. Coucher. _Pagnoter avec une grognasse._ Coucher et faire la noce avec une femme.

PALET. Argent.

PALETOT COURT. Une des dernières incarnations du gommeux. «Les poisseux essayèrent de prévaloir, mais ils n'étaient en somme que des gommeux déguisés; ils n'eurent aucun succès. A présent, nous avons les _paletots courts_.» (_La Comédie moderne_, journal, 1882.)

PALMÉ (Être). Avoir les palmes d'officier d'Académie. Locution ironique et plus que familière. «Quand le maire ne reçoit pas le ruban rouge, il reçoit le ruban violet, il est palmé.» (_Illustration_, juillet 1885.)

PALPER (Pouvoir se). Ne pas obtenir ce que l'on désire. C'est une variante de _pouvoir se fouiller_. (V. ce mot au _Dictionnaire_.) «C'est pour ça que vous m'avez fait monter? Ah bien! Vous pouvez vous palper, par exemple!» (_Evénement_, octobre 1885.)

PANACHÉ. Plat de haricots verts et de flageolets mélangés. «Dans l'estomac de la victime on a trouvé des haricots verts et des flageolets. Si le plat se composait de ces deux légumes, un panaché, comme on dit...» (_Figaro_, 1882.)

PANTALON. _Faire pantalon_, dans le langage des écrivains, c'est ne pas atteindre le bas de la feuille de papier sur laquelle on écrit.

PANTHÈRE. Individu qui professe des idées révolutionnaires, anarchistes. Il faut voir dans ce mot une allusion à une société d'anarchistes fondée à Paris sous ce titre: La Panthère des Batignolles. «Les rentes de M. Clémenceau sont, en somme, aussi enviées par les panthères que celles de M. de La Rochefoucauld.» (_Figaro_, mars 1887.)

PAQUET. Injure employée surtout dans la classe ouvrière et qui est synonyme d'imbécile. «Tout à coup deux... braves gens, porteurs de deux belles casquettes neuves, les abordent et l'un d'eux, sur un air connu, en fixant Joseph: Oh! regarde-moi donc ce paquet!» (_Gazette des Tribunaux_, 1882.)