Dictionnaire de la langue verte
Part 51
GLU. Ce mot a été inspiré par la pièce de M. Richepin, _La Glu_, jouée au théâtre de l'Ambigu. La Glu, c'est l'ancienne cocotte, la _belle petite_ ou la _tendresse_ d'hier. «Depuis quelques jours, on appelle ces dames des _Glus_. Le mot fera-t-il fortune? Une jeune glu... une vieille glu... Parmi les glus à la mode... Cela a le défaut de faire pour l'oreille un peu calembourg avec les grues. _Bis in idem._ Cela a l'avantage, par contre, de définir en désignant et surtout de ne pas poétiser le sujet.» (_Monde illustré_, 1883.)
GNIASSE (Mon). Je, moi, me. (Richepin.)
GNIOLE. V. Delvau. _Gnon._
GONDOLE. «Gondole est passé dans la langue; on le dit couramment de l'objet qui a cessé de plaire, de la toilette de la femme et du talent que l'actualité récuse et dont la mode ne veut plus.--Non, trop gondole! a remplacé le canaille: A Chaillot! d'autrefois.» (_Evénement_, mai 1887.)
GONDOLER (Se). C'est, dans l'argot courant, l'équivalent exact de notre expression familière: rire à se tordre.
GOSSINET. Petit enfant dans le langage du peuple. «Y a pas classe à la laïque, tantôt; puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera, c' t' enfant.» (_Petite République française_, février 1887.)
GOUPILLONNARD. Clérical, religieux. «Il ne pourra faire autrement... pour obtenir du bon Dieu le service dont a besoin le correspondant du journal goupillonnard.» (_République anti-cléricale_, août 1882.)
GOURDE. Niais, imbécile.
GRAND SINGE. Président de la République.
GRAS. Latrines. (Richepin.)
GRATE. Le bénéfice accordé aux commis de nouveautés sur la vente de certains articles.
GRATIN. Le gratin, c'est dans l'argot boulevardier l'ensemble du monde élégant ou soi-disant tel. «Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner ce que nos pères--non moins pittoresques, mais plus fleuris dans leur langage--appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers sus-mentionnés, c'est le _gratin du gratin_.»
«Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.» (Du Boisgobey: _Le Billet rouge_.)
De _gratin_, on a forgé le verbe _gratiner_, suivre la mode, être à la mode et l'adjectif _gratinant_, signifiant beau, joli, distingué. «La toquade pour l'instant, c'est la fête de Neuilly, c'est là qu'on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux: c'est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.» (_Monde illustré_, juillet 1882.) «Grand raoût chez la comtesse S..., un des plus gratinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.» (_Figaro_, mars 1884.)
GRELOTTEUX, GRELOTTEUSE. Homme, femme à la mode. Le grelotteux et sa compagne la grelotteuse ont succédé en 1884 au gommeux et à la gommeuse. Et maintenant pourquoi grelotteux?
Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies, énervés par la vie qu'ils mènent, grelotteux et grelotteuses n'ont plus qu'un sang appauvri, une santé délabrée qui les font trembler à la moindre intempérie. «On rencontre des grelotteux (c'est, je crois, le dernier terme en usage) avec l'habit noir et la cravate blanche chez Bidel...» (_Moniteur universel_, juillet 1884.) «La baraque à Marseille (un lutteur) continue à être chaque soir le rendez-vous du gratin de nos horizontales et de nos grelotteuses.» (_Echo de Paris_, juillet 1884.) «Aujourd'hui le clubman est remplacé par le grelotteux qui dîne au bouillon Duval.» (_Gil Blas_, octobre 1885.)
GRECQUER. Tricher au jeu. _Se faire grecquer_, se faire voler au jeu. «J'ai rencontré mon vieux camarade Mavernot qui venait de se faire grecquer dans un tripot clandestin.» (_Gil Blas_, juillet 1884.)
GRÈVE. Lieu d'embauchage pour les ouvriers. Pris dans ce sens, le mot n'a point la consécration du _Dictionnaire de l'Académie_ et ne se trouve pas davantage dans le _Dictionnaire_ de Littré. C'est d'ailleurs moins un terme d'argot qu'un néologisme employé aussi bien par le peuple que par l'Administration qui s'en sert dans ses avis officiels, ainsi qu'en témoignent les _Ordonnances de Police_. «Une des grèves les plus curieuses de Paris (ici le mot grève est pris dans le sens de lieu d'embauchage où se réunissent les ouvriers), est celle qui se tient rue Vaucanson, au coin de la rue Réaumur.» (_Rappel_, octobre 1884.)
GRILLANTE. Cigarette. Argot du peuple.
GRILLER (Se faire). Se faire arrêter, se faire mettre en prison. Les fenêtres du poste de la prison sont garnies de grilles.
GRIMACE. Petite boîte en usage dans les administrations publiques et qui renferme des pains à cacheter. Le dessus de la boite sert de pelote à épingles.
GRIPPART. Chat. (Richepin.)
GROS CUL. Chiffonnier aisé.
GRUBLER. Grogner. (Richepin.)
GUEULARD. Argot du peuple, de celui surtout qui, par métier, fréquente les Halles. Le _gueulard_ est un individu à la voix claire et forte que louent certains marchands des quatre-saisons pour annoncer le contenu de leurs petites voitures. Ce n'est point une profession à dédaigner que celle de gueulard, et je sais de ces industriels qui gagnent plus de trois francs par jour. Ce sont, il est vrai, les forts ténors de la partie! «... Les autres s'emploient comme gueulards, profession non classée dans le Bottin...» (_Français_, nov. 1884.)
GUIGNOL. Gendarme. Argot des voleurs. «Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)... _Petit Journal_, mai 1886.
GUINDER LES PORTES. Argot théâtral. En attacher les deux battants à l'aide de cordes dites _fils_ de façon à pouvoir aisément manœuvrer les décors.
H
HARICOTER. Spéculer. «Il négocie sur tout, spécule sur tout, gagne sur tout, se mêle à toutes les entreprises, s'immisce à tous les négoces. On appelle cela haricoter.» (_Echo de Paris_, nov. 1884.)
HARNACHÉ. Terme de joueurs. Préparé d'avance, falsifié. _Roulette harnachée_, roulette pipée, machinée clandestinement.
«Cette affaire de roulette harnachée a fait grand bruit il y a quelques années à Paris...» (_Henri IV_, 1881.)
HARNAQUÉ. Même sens que le mot précédent dont il est une déformation. «Il m'a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses... qui vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité de harnaquer les petits chevaux.» (_Temps_, avril 1887.)
HIRONDEAU. Les tailleurs qui changent fréquemment de maisons reçoivent la qualification d'hirondeau. (_Henri IV_, 1882.)
HIRONDELLE. Bateau qui, sur la Seine, sert au transport des voyageurs. (V. _Mouche._)--Dans les stations balnéaires, en Bretagne surtout, on désigne sous le nom d'_hirondelle_ le voyageur, le touriste qui vient se promener, prendre des bains de mer ou _faire_ une saison. Comme l'hirondelle, le voyageur vient aux approches du beau temps et disparaît avec la belle saison.
HORIZONTALE. Femme galante. Il y a plusieurs sortes d'horizontales. D'abord _l'horizontale de haute marque_, celle dont certains journaux narrent les faits et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l'on s'amuse; puis, _l'horizontale de moyenne marque_, moins haut cotée sur le turf de la galanterie; enfin l'_horizontale de petite marque_ qui n'a pas su réussir comme ses sœurs.
Le mot _horizontale_ a été bien accueilli et s'est aujourd'hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d'après l'auteur même de _Denise_, les horizontales virent le jour. «Depuis longtemps le baron de Vaux (un rédacteur du _Gil Blas_) qualifiait du doux nom de _tendresse_ les marchandes de sourire. Il disait «une tendresse» comme on dit un steamer, par abréviation.
«Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. Le _Voyage autour de ma chambre_, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la _position horizontale_. J'ai pris le mot de X. de Maistre pour l'appliquer à celles qui sont de son avis. L'_horizontale_ fit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain... Je n'en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l'intérêt des glossateurs...» Cette explication n'a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d'aucuns veulent que ce mot _horizontale_ soit une réminiscence de ce passage des _Reisebilder_ où Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser la _philosophie horizontale_. Un abonné de _La République française_ fait remonter jusqu'à Casanova l'emploi de ce mot horizontale dans l'acception spéciale qu'il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante: «On a discuté ces jours derniers la paternité du mot _horizontale_ qui désigne les vieilles et jeunes personnes d'accès facile. On ne s'est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n'appartient pas de prime-abord à l'un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l'édition italienne de Périno, à Rome.» «Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque...» (_Illustration_, juin, 1883.)
D'_horizontale_ est dérivé _horizontalisme_, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l'ensemble de ce monde spécial. «Le vrai monde ma foi, tout ce qu'il y a de plus pschutt... et aussi tout le haut horizontalisme...» (_Figaro_, juillet, 1884.)
HOUSETTE. Botte.
HUILE. Officier supérieur, dans la langue verte du troupier. «Le général convie demain dans un repas de trente couverts tous les gros bonnets militaires, ceux que les soldats appellent indifféremment les Huiles ou les Grosses légumes.» (_Figaro_, sept. 1887.)
HUILE (A l'). Gratis, pour rien. Argot de coulisses. «Comme un figurant doit toujours faire la première semaine à l'œil, c'est-à-dire à l'huile, en terme de métier...» (_Figaro_, déc. 1885.)
HUITRERIE. «C'est la drôlerie de pensée, l'erreur de plume, qui, par précipitation, par manque de réflexion, échappe surtout à l'écrivain.» (J. Claretie: _Le Temps_, avril 1882.)
Le mot a été précédemment employé par V. Jacquemont.
HURF. Beau, joli. On écrit aussi _urph_.
HURLUBIER. Vagabond, idiot, fou.
I
IGNORANTIN. Frère des Ecoles de la Doctrine chrétienne.
On dit aussi _Ignoramus_. «Les ignoramus auxquels la plus grande partie des municipalités ont la faiblesse de confier l'enseignement de la jeunesse ouvrière...» (_Anti-clérical_, mai 1880.)
ILOTIER. Ce mot, dans le langage policier, désigne le gardien de la paix chargé de surveiller continuellement un certain nombre de rues, toujours les mêmes et qui forment, pour ainsi dire, les limites d'un îlot. «Il est clair qu'après le passage de l'îlotier en un point déterminé, ce point reste un certain temps dégarni.» (_Petite République française_, mai 1882.)
IMPÉRATRICE (Faire l'). Le français ne bravant pas l'honnêteté dans les mots, il est impossible de traduire ici cette locution fort usitée chez les non-conformistes. Aux lecteurs trop curieux, je rappellerai les singulières relations de Julia et Pompée, et les renverrai, les lecteurs, à un ouvrage aussi curieux que rare: _Centuria librorum absconditorum_. pp. 404 _et circa_.
INDIENNE. Vêtements, effets. Argot des voleurs. «De quoi! de quoi! il va me fusiller mes indiennes! Veux-tu laisser ça ou je te mets une pouce.» (Humbert: _Mon Bagne_.)
INFLUENCÉ (Être). Être légèrement ivre.
INSECTE. Gamin.
INSÉPARABLES. Cigares qui se vendent quinze centimes les deux; les débitants n'en délivrent pas moins de deux à la fois. «Cela lui permet, l'aristo, de fumer orgueilleusement des inséparables de choix.» (_Dix-neuvième Siècle_, avril 1885.)
INTERVIEWER. Encore un mot d'importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas, _interroger_, _questionner_ ou _reporter_, _courriériste_. Ex.: «Félicie L... est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n'est allé _interwiever_ la regrattière d'en bas, ou la repasseuse du cinquième.» (L. Chapron.) «Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses! Blowitz, interwiever... le grand interwiever Blowitz... C'est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.» (P. Ferrier.)
INVITEUSE. Fille qui sert dans les brasseries. «L'inviteuse, c'est l'agente provocatrice du consommateur.» (_Citoyen_, avril 1882.)
J
JABLO (Grand). Lumière électrique. Argot du peuple qui trouve trop difficile à prononcer le nom de Jablockoff.
JACOBITE. Argot politique. On appelle ainsi tout légitimiste dissident du comte de Paris et rallié à la cause de don Jayme, c'est-à-dire Jacques, fils aîné de don Carlos. «M. Cornély consacre dans le _Matin_ un article aux Jacobites ainsi que ce journal quatricolore nomme les rares partisans de la candidature royale des princes de la maison d'Anjou.» (_Univers_, juillet 1884.)
JACQUES (Faire le). Argot militaire. Manœuvrer et, plus spécialement, manœuvrer en décomposant. S'applique de préférence aux exercices de l'Ecole du soldat. (Ginisty: _Manuel du parfait réserviste_.)
JAM' DE LAV'. Traduction: Jamais de la vie! Expression couramment usitée il n'y a point longtemps encore et qui tend à tomber en désuétude: «On lui dit... qu'il serait bien aimable de verser une cinquantaine de francs à la caisse de l'agence.--Jam' de lav'! répond le jeune homme.--Comment! jamais de la vie? reprend l'employé de l'agence, qui comprenait le parisien.» (_Figaro_, 1886.)
JÉROMISTE. Partisan du prince Jérôme Napoléon. «Et en effet la dégringolade des intransigeants, collectivistes et anarchistes est tout aussi marquée que celle des ultramontains et des jéromistes.» (_Henri IV_, 1881.)
JOSEPH. Couteau. Argot des malfaiteurs. «Bébé, condamné a mort pour un simple coup de Joseph.» (A. Humbert: _Mon Bagne_.)
JOSÉPHINE. La cagnotte, dans le jargon des joueurs. _Bourrer Joséphine_; entretenir la cagnotte. «Le gérant propriétaire du cercle ne tolère cette débauche que parce que ledit croupier bourre fortement Joséphine.» (_Tricolore_, mars 1884.) V. sur une autre acception de _Joséphine_, _infra_ au mot princesse.
JOUER LE POINT DE VUE. Argot de cercle ou mieux de tripot. «De la même famille est la «ficelle» qui consiste à suivre les cartes pendant leur distribution; il y a des banquiers qui les donnent très haut, et l'on peut arriver, avec une certaine habitude, à les voir par-dessous. Si l'on aperçoit un neuf, on ajoute (à sa mise) tout ce qu'on peut ajouter. Cette grosse indélicatesse s'appelle jouer le point de vue.» (Carle des Perrières: _Le Monde qui triche_.)
JOUER LE MOT. Argot théâtral. Souligner chaque mot à effet au point d'atténuer le caractère général du personnage qu'on représente.
JOUER A L'AVANT-SCÈNE. Argot théâtral. Dire son rôle le plus près possible de la rampe de façon à se mettre en plus intime communication avec le public.
JUS. Voici un mot qui, en argot, a plusieurs sens et notamment deux acceptions bien opposées. On le trouve, en effet, dans Delvau et Larchey comme synonyme de vin, mais il sert aussi à désigner l'eau. Je l'ai plusieurs fois entendu prononcer avec ce dernier sens. Les uns disaient _jus de grenouille_ et les autres _jus_, tout court. «L'autre le suit, l'empoigne par sa ceinture et le lance dans la Seine en disant: Va dans le jus.» (_Gazette des Tribunaux_, août 1884.)
L
LAD. Garçon d'écurie. «Autour du favori un cercle s'est formé pendant que les lads sellent le cheval sous la surveillance de l'entraîneur.» (_Vie Parisienne_, 1882.)
LAÏQUE (La). L'école laïque. «Ya pas classe à la laïque, tantôt, puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera c't'enfant.» (_Petite République française_, février 1887.)
LAMA (Grand). Chef, maître suprême. «Le grand lama est arrivé hier soir. Pendant que M. Raynal se couchait, affolé par les toasts et les feux d'artifice à Montauban, M. Ferry débarquait à Cahors.» (_Figaro_, avril 1884.)
LAMPION ROUGE. Poste de police. Allusion aux réverbères à vitres rouges qui indiquent les postes et les commissariats de police.
LANGOUSTE. Argot du peuple. Chaussettes.
LANCINER. Ennuyer. _Lancinant_, ennuyeux.
LANGUILLEUR. «Joseph, deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession peu connue de languilleur. Le languilleur est l'homme auquel on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les empoigne par le cou et les serre jusqu'à ce qu'ils tirent la langue. Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la bête n'est pas saine et doit être refusée par les bouchers.» (_Paris-Journal_, 1882.)
LANTERNER. N'être plus apte aux choses de l'amour. «--Dis-moi, petite... crois-tu que...?--Dame! vous savez, monsieur, avec mamz'elle, faut pas lanterner...--Ben oui! mais voilà! à présent c'est que j'lanterne!...» (_Almanach des Parisiennes_, 1882.)
LAOUTH. Cheval. Argot des régiments d'Afrique.
LAPIN DU BOIS DE BOULOGNE. Filles publiques qui, l'été venu, font élection de domicile au Bois de Boulogne, _quaerentes quos devorent_. «Ces amoureuses vagabondes, qu'on appelle en langage familier les lapins du Bois de Boulogne et qui ont à leur arc plusieurs cordes...» (_République française_, juin 1885.)
LARDON. Jeune homme. Argot du peuple. «C'que c'est que la vie! On était quat'cinq lardons. On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de jeunesse.» (_Mirliton_, journal, oct. 1885.)
LARGE (Envoyer quelqu'un au). L'envoyer promener. «Hier, je comptais presque sur lui... Ah! bien ouiche! il m'a envoyé au large.» (_Vie Parisienne_, 1882.)
LAVER! (Va te). Expression injurieuse, synonyme de: Vous m'ennuyez!
LEDRU-ROLLIN. Ouvrier ébéniste. Argot du peuple et notamment des ouvriers du faubourg Saint-Antoine. «Plusieurs maisons du côté de la rue de Charonne sont toutes pleines d'ouvriers de ce genre qui ont leur établi chez eux et qui travaillent pour la trôle. Quelques-uns portent un nom spécial. On les appelle les _Ledru-Rollin_, parce que les bâtiments où ils ont leur nid appartenaient à l'ancien montagnard de 1848 et sont encore aujourd'hui la propriété de sa veuve.» (J. Vallès: _Tableau de Paris_.)
LÉGITIMARD. Partisan du comte de Chambord, de la monarchie légitime.--Qui se rapporte à la monarchie.
«De Chambord, le vingt-neuf septembre, Les légitimards ont fêté Par un petit banquet en chambre L'anniversaire peu vanté.»
(_L'Esclave Ivre_, no 4.)
LÉSÉE. Femme. «La frangine! Je n'y ai seulement pas parlé! Elle ferait bien mieux de s'occuper de ses lésées (femmes)!» (A. Humbert: _Mon bagne_.)
LÉGUME. Fonctionnaire. _Gros légume._ Fonctionnaire puissant et haut placé.
LEVER. Trouver. «Il avait appris par un de ces industriels de son monde qui ont la spécialité de lever les chopins (de dénicher des affaires)...» (Humbert: _Mon bagne_.)
LICHE-A-MORT. Buveur intrépide. Langage plus que familier. «Il absorbe une bouteille qui file gentiment, puis une seconde; jamais on n'avait vu un liche-à-mort de sa force.» (_Gazette des Tribunaux_, juillet 1884.)
LICHER LE MORVIAU. (Se). S'embrasser.
LICHOTER UN RIGOLBOCHE. Argot du peuple. Faire un bon dîner. «On va trimballer sa blonde, mon vieux; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel.» (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)
LICO. Immédiatement. Abrév. d'_illico_.
LIGNE. Bande d'individus.
LIGOT. Grande ficelle dont se servent les agents de police et qui entoure le poignet droit, puis le corps, à la ceinture.
LITTÉRAL. Argot des élèves des écoles militaires qui désignent ainsi le petit livre où se trouvent la théorie, les principes de la manœuvre, livre qu'il faut savoir littéralement par cœur.
«Salle affreuse, où de la théorie Nous avons tant beuglé le littéral, Adieu...»
(_Echo de Paris_, avril 1884.)
LOCATIS. Mauvaise voiture de louage.
LOUFLON. Fils de franç-maçon.
LOUP. Dans l'argot théâtral, défaut que produit un vide dans l'enchaînement des scènes. «Les auteurs ont fort bien senti qu'il y avait là un loup comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître...» (A. Daudet.)
LOURDIER. Concierge, portier. Argot des voleurs, des joueurs de bonneteau. V. _Chocolat_.
LUIS. Jour. Delvau donne _luisant_.
LUISANT. Le descendant direct du _dandy_ et du _lion_. De mode en 1884, ce qualificatif n'a point tardé à être délaissé. «De toutes les appellations données depuis le commencement du siècle aux créateurs de la mode et de l'élégance, celle qui se rapproche le plus du type baptisé aujourd'hui _luisant_ est le _lion_.» (_Gaulois_, 1884.)
LUNDISTE. V. Delvau: _Lundicrate_. «Ce fut cette fois un succès éclatant. J'ai voulu lire les appréciations des lundistes d'alors, j'y ai trouvé ce que j'attendais.» (P. Perret.)
LUNE. Pièce de vingt sous. Argot du bagne. «On arrivait à supprimer tout risque en achetant à la fois le servant et l'argousin. L'un ne coûtait pas plus cher que l'autre. C'était affaire de quelques lunes.» (Humbert: _Mon bagne_.)
LUNETTES (Donner une paire de). Argot des joueurs de billard. Livrer deux billes tellement rapprochées que l'adversaire ne peut manquer de caramboler.
LURETTE (Belle). Longtemps: Corruption de _belle heurette, il y a belle heure que_...
LUX. Jargon des lycéens, qui entendent parler ainsi du jardin du Luxembourg.
M
MABOUL. Niais, un peu fou. «Suivant l'expression d'Eugène Tourte, elle était un peu maboule, rêvassant près de son bon ami à des amours câlins. (Huysmans: _Les Sœurs Vatard_.) «Le père? dit Landart, il ne peut pas gagner sa vie; malheureusement il est un peu maboul.» (Sirven et Siegel: _Les Drames du Mont-de-Piété_, 1886.)
MACARONI. C'est ainsi que les gens de bourse désignent plaisamment dans leur jargon le fonds d'Etat italien. «Le Macaroni se cramponne; il voudrait se fixer, ou, si vous aimez mieux, se figer au pair.» (_Gil Blas_, juin 1887.) «Le bourgeois commerçant ou boursicotier dit: Je prends ferme; le macaroni se soutient; les huiles fléchissent.» (_Gazette de France_, octobre 1886.)
MAGASIN. Trottoir, dans le jargon des filles et de leurs souteneurs. «C'est là (dans un cabaret) que les macs vont régler leurs affaires avec leurs marmites lorsqu'elles arrivent du magasin.» (_Courrier Français_, nov. 1888.)
MAGNUM. Bouteille de capacité plus qu'ordinaire. Argot de restaurant. «Quelques-uns des prix méritent d'être cités. Ce sont d'abord six bouteilles de Château-Lafitte, 1865--de ces doubles bouteilles qu'en style de sommelier on appelle des magnum...» (_Lanterne_, décembre 1884.)
MAHOMET. Petit sac de cuir que les forçats portent suspendu sur la poitrine, entre la peau et la chemise et qui leur sert à enfermer leurs économies.» (V. Humbert: _Mon bagne_.)
MAIN (Acheter à la). Acheter comptant. «Il joignait à ce commerce connu... les prêts usuraires à la petite semaine et la vente au bazar avec de gros bénéfices, d'objets fabriqués en salle et qu'il achetait à la main, bien au-dessous de leur valeur.» (Humbert: _Mon bagne_.)
MALFRAT. Argot des vagabonds. Le malfrat est un ouvrier travaillant parfois dans les carrières situées aux environs de Paris, mais qui cherche surtout dans ces carrières un gîte et un abri pour échapper aux recherches de la police. Le malfrat s'appelle aussi _malfera_ ou _malfranc_.
MALGACHE. Argot boulevardier. Ce mot, synonyme de chic, d'élégant, n'a pas vécu. D'ailleurs il n'était pas né viable et avait été mis en circulation en 1886, alors qu'un certain nombre de Malgaches étaient venus s'exhiber au Jardin d'acclimatation. «De mondaines, peu ou point; en revanche, plusieurs de nos mousseuses les plus malgaches étaient là.» (_Evénement_, février 1887.)
MALHEUREUX. C'est ainsi que dans les gargotes, dans les restaurants à bas prix, le consommateur nomme le dessert connu sous le nom de quatre mendiants. «Garçon, un lapin chasseur, un panaché, quatre-malheureux et un litre de piccolo, cria notre voisin de table.» (_Gagne-Petit_, mai 1886.)