Dictionnaire de la langue verte

Part 50

Chapter 503,404 wordsPublic domain

DISQUALIFIÉ. Argot de turf. Cheval disqualifié, cheval mis hors concours par suite d'une infraction au règlement commise par son propriétaire ou par son jockey. (Littré.)

DISTINGUÉ. Verre de bière.

DOMINO. (V. _Retaper le domino_.)

DONNER (La). Penser, croire, juger. Argot des voyous.

DONNER DU CHASSE A LA ROUSSE. Faire le guet.

«Tu donneras du chasse à la rousse, au moment Où le patron fera son petit boniment.»

(De Caston: _Le Voyou et le Gamin_.)

DONNER DU FLAN, DE LA GALETTE. Argot des grecs. Jouer honnêtement.

DORÉE (Petite). Femme de mœurs légères. Ce mot lancé vers l'année 1884 n'a point été adopté et a duré autant que la mode qui, à cette époque aussi bien pour les femmes honnêtes que pour celles qui ne le sont pas, était de porter des vêtements brodés, soutachés, pailletés d'or. «On a déjà débaptisé certaines parisiennes qu'on appelait hier encore des horizontales; le nom qu'elles portent est les petites dorées.» (_Temps_, octobre 1885.) «Le _Soir_ a pris pour des ouvrières les petites dorées, autrement dit: les cocottes.» (_Bataille_, novembre 1884.)

DRAINER. Ruiner. Le mot est expressif et fait image. «--Il se fera remisier ou il vendra des lorgnettes.--A moins qu'il n'épouse Coralie quand elle aura drainé le planteur et le fils du fabricant.» (Du Boisgobey: _Paris-Bandit_.)

DRAP MORTUAIRE. Filet. Argot des braconniers. «La perdrix grise est ensevelie chaque jour dans le drap mortuaire.» (_France_, octobre 1885.)

DRINGUE. Vêtement, redingote.

DUC. Grande voiture se rapprochant de la victoria. Le duc est à deux places avec un siège par derrière et un par devant pour deux domestiques sur chaque.--Petit chapeau rond, de la forme du _melon_ et que portent les souteneurs qui ont des prétentions à l'élégance.

DUVAL. Argot des filles. On désigne ainsi les petites mendiantes, bouquetières ou autres qui, arrêtées par les agents, sont depuis le préfectorat de M. Ferdinand Duval placées à Saint-Lazare, dans un local spécial bien entendu, et cela jusqu'à leur majorité à moins que leurs parents ne les viennent réclamer.

E

EAU DE SAVON. Absinthe. Argot du peuple.

EAUX GRASSES (Être dans les). Occuper une haute situation dans une administration.

ÉCAILLÉ. Souteneur. Allusion aux écailles de poisson.

ÉCOLE PRÉPARATOIRE. Prison.

ÉDUQUER. Elever, instruire, donner de l'éducation. «Nous sommes trop bien éduqués pour refuser de boire un petit verre à votre intention.» (De Montépin.)

EFFONDRER. Battre, assommer. Argot du peuple. «Te souviens-tu de cette lutte en plein champ? Pauvre garçon, avec tes vingt-cinq ans, j'en aurais effondré quatre comme toi.» (Belot et Dantin: _Le Parricide_.)

ÉGAILLER LES CARTES. Les étaler. Argot des cercles.

ÉGRENÉ. «Quand on (un journal) est installé, c'est d'une simplicité extrême... Pour le _Clairon_, il a fallu, durant ces premiers jours écrire les bandes à la main, les affranchir et les porter au bureau central d'où elles partent individuellement au lieu de partir par paquets. On appelle cela le service des égrenés et le service des égrenés se fait après le service des classés. (_Clairon._)

ÉLECTEUR. Client,--dans l'argot des commis voyageurs. Quand la tournée a donné de bons résultats, l'électeur a bien voté; si les commandes ont été rares, il a mal voté.

ÉLECTEUR (Se mettre en). Argot de caserne. C'est, pour le soldat, revêtir des habits civils.

ÉLÉPHANT. Argot du Quartier latin. On appelle ainsi l'étudiant en médecine à la veille de passer sa thèse ou le jeune docteur qui suit bénévolement les cours d'un professeur dans un hôpital.

EMBAU. Embauchage. Argot des ateliers. «Vous savez bien, aux environs de l'Hôtel de Ville, là où il y a de si grandes places que les ouvriers sans travail arrivent à s'y tasser, attendant l'_embau_.» (_Cri du peuple_, août 1884.)

EMBAUCHE. Travail, ouvrage, emploi quelconque. Terme populaire. Pourquoi avoir laissé tomber dans le bas langage ce mot parfaitement usité au XVIIe siècle? «Viens avec moi; mon frère a un peu de galette; nous le taperons de quelques ronds et nous irons chercher de l'embauche.» (_Gagne-petit_, avril 1886.)

EMBAUMÉ. Jeune homme élégant dans le jargon parisien. L'_embaumé_ est le descendant direct du _faucheur_ qui, lui-même, succédait au _bécarre_ qui descendait des _boudinés_, _grelotteux_ et autres _pschutteux_. _Embaumé_ qui donnait assez bien l'idée du jeune élégant pommadé, mais exsangue, fit fureur pendant la saison d'été 1885-1886 et a été détrôné à son tour par de nouveaux vocables, «De la Bastille à la Madeleine, l'embaumé règne en maître absolu.» (_Voltaire_, décembre 1885.)

EMBOÎTER. Insulter.--_Se faire emboîter_, argot théâtral, être sifflé.

EMBOUCANER (S'). S'ennuyer. Argot des voyous.

EMBUSQUÉ. Argot militaire. Soldat dispensé, en raison de fonctions spéciales, du service commun. «Pas plan de carotter la revue, tous les embusqués, soldats de cantine, garçons du mess, secrétaires du major, tout le monde est là.» (_Monde comique_, no 195.)

ÉMÉCHEUR DE PARTIES. Certains fondateurs de cercles ou maisons de jeux réunissent un capital qui leur sert à spéculer sur les petits pontes qu'ils gagnent presque toujours. En argot des joueurs, on nomme ceux qui se livrent à des opérations de ce genre des _voraces_ ou des _émécheurs de parties_.

ÉMOUSSÉ. Encore un des nombreux surnoms qui ont été donnés à la fleur de nos jeunes élégants. «Quant aux jeunes étriqués, efféminés, rachitiques dérivés des grelotteux, crevés, rez-de-chaussée, ils s'appelleront désormais des _émoussés_.» (_Voltaire_, mars 1887.)

EMPIERGEONNER. S'empêtrer. (Richepin.)

EMPLUCHER. Piller.

ENCADRER QUELQU'UN (Faire). Se dit d'une personne qui présente quelque particularité prêtant à rire.

ENCAMBRONNER. Ennuyer considérablement. C'est une variante adoucie de l'autre verbe dont le peuple a plein la bouche. «Quant aux politiciens qui battent la grosse caisse autour de quelques noms, ils nous encambronnent supérieurement.» (L'_Egalitaire_, journal 1885.)

ENDORMEUR. Homme ennuyeux.

ENFIFRÉ. Non-conformiste.

ENFILER. _Se faire enfiler_, se faire arrêter.

ENGAGER. Argot de turf. Prendre inscription pour faire participer à une course publique un cheval dont on est propriétaire.

ENGUEULER LE TROTTOIR. Porter des chaussures éculées, percées. «Des souliers éculés avec des semelles... qui engueulent le trottoir.» (_Vie Parisienne_, 1882.)

ENQUILLEUR. Argot des voleurs et surtout des bonneteurs. (V. _Chocolat_.)

ENTRÉE. Argot de turf. Somme versée par le propriétaire qui engage un cheval pour une course.

ENVIANDER. Copuler. On dit aussi, _tremper sa mouillette_.

ÉPATOUFFLER. Variante d'_épater_. «On est un peu épatoufflé--pour employer une expression familière de Mme de Rémusat elle-même--par ce sans-gêne mondain.» (_Liberté_, novembre 1883.)

ÉPINGLER. Arrêter.

ÉPOUFFER (S'). Fuir, se sauver.

ÉPROUVÉ. Condamné qui, ayant déjà subi la moitié de sa peine s'est, par une bonne conduite, recommandé à l'administration.

ESBIGNER DANS SA BOITE A PUCES (S'). Rentrer chez soi. «Si c'est comme ça qu'on vous reçoit dans le monde chic, des mâches! J'aime mieux m'esbigner dans ma boite à puces.» (Mahalin: _La patte de fer_.)

ESBLOQUER. Etonner, stupéfier.

ESCAVER. Empêcher.

ÉCRABOUILLER. Écraser; réduire en morceaux, en miettes.

ESCOUADE (Parapluie de l'). Argot militaire. _Envoyer chercher le parapluie de l'escouade_: moyen poli de se débarrasser d'un importun. (Ginisty: _Manuel du parfait réserviste_.)

ESSENTIEL. «Dans le quart du monde, ces demoiselles ont trouvé une nouvelle façon d'appeler leur monsieur sérieux. Elles le nomment l'essentiel,» (_Evénement_, décembre 1886.) _Essentiel_ fait penser à ce que les joueurs de profession appellent leur _matérielle_. (V. _infra_ ce mot.)

ESTAPHE. Poule. Jargon des voleurs.

ESTOMAC (Avoir beaucoup d'). Argot des cercles. Jouer gros jeu.--Avoir une grosse fortune; présenter des garanties sérieuses au point de vue commercial. C'est une variante de: _Avoir les reins solides_. «Blancheron, un coulissier et un des plus fiers estomacs de la Bourse.» (De Goncourt: _La Faustin_.)

ÉTAGÈRE. Femme qui dans les restaurants parisiens est préposée au service des desserts qui sont en général exposés sur une étagère.

ÉTANCHE (Avoir le goulot en). Avoir le gosier altéré. «Charge-moi vite une gobette de champoreau; j'ai le gosier en étanche! (_Réveil_, 1882.)

ÉTAT-MAJOR. Argot de caserne. Boisson composée de vin, d'eau-de-vie et de sirop de groseille. (P. Ginisty: _Manuel du parfait réserviste_.)

ÉTEINT. Une des dernières incarnations du bon jeune homme à la mode. «Rastaquouères fraîchement débarqués, jeunes éteints du dernier cri, millionnaires sans le sou...» (_France libre_, juillet 1885.)

ÉTOUFFÉ. C'est ainsi qu'on a surnommé pendant quelque temps les jeunes poseurs qui ont la prétention de représenter l'élégance, le bon ton et les belles manières. «Songez que cela ne s'adresse point aux petits étouffés qui amènent dix-sept ou dix-huit au dynamomètre.» (_France libre_, juillet 1884.)

ÉTEINDRE SON GAZ. Mourir.

ÉTOUFFAGE. Vol. _Etouffer_, voler. _Étouffeur_, grec, voleur. Argot des joueurs. (V. Delvau: _Étouffoir_.)

ÊTRE AU SAC. Avoir de l'argent. «Les deux amis se tombent dans les abatis l'un de l'autre et Hégésippe qui était au sac propose à Philoclès de venir prendre un petit quelque chose sur le pouce.» (_Les mistouf's de Télémaque._)

ÉVACUER DU COULOIR. Sentir mauvais de la bouche.

EXÉCUTION. V. Delvau: _Exécuter quelqu'un_.

EXHIBITIONNISTE. Non conformiste.

EXTRAVAGANT. Verre de bière d'une capacité plus qu'ordinaire.

F

FABRIQUER. Faire, dans le sens général. _Qu'est-ce que tu fabriques là?_

FACILE A LA DÉTENTE. Généreux.

«Mon mari, dit une marquise, Hier s'est généreusement Fendu d'une parure exquise. --C'est fort aimable, assurément, Dit une comtesse charmante; Mon époux, malheureusement, Est moins facile à la détente.»

(Marcellus: _Le langage d'aujourd'hui_.)

FAIRE. Arrêter. Argot des voleurs. _Être fait_, être arrêté.

«Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin... puis il part. Dans l'après-midi il était fait.» (_Gil Blas_, juin, 1886.)

FAIRE QUATRE CHIFFRES. Argot de théâtre. Faire une recette d'au moins mille francs. «On se frottait les mains au théâtre, le soir, quand, par hasard, on avait atteint ce qu'on appelait les quatre chiffres. Les quatre chiffres cabalistiques, c'était mille francs.» (F. Sarcey: _Temps_, 1882.)

FAIRE SIPHON. Argot des voyous. Vomir.

FAIRE SON CHEVAL DE CORBILLARD. Faire le malin. Poser.

FAISAN. On appelle ainsi, dans le commerce parisien, des filous qui ont cette spécialité: exploiter des fonds de commerce qu'ils se repassent entre eux tous les trois mois, au moment de l'échéance des traites, soldant les marchandises qu'ils se sont procurées à crédit. Le _faisan_ est proche parent du _fouilleur_. (V. ce mot.) «Certains inculpés, tels que Colson, ont joué le rôle de faisans.» (_Droit_, août, 1886.)

FAISEUSE D'ANGES. Nourrice qui, de propos délibéré, laisse mourir les enfants qu'on lui confie.

FALLOPHAGE. Argot des savants. (V. _Avale-tout_.)

FALOURDE. Réclusionnaire. Argot des malfaiteurs. «Tous ces filous font partie d'une bande parfaitement organisée, embrigadée; une véritable association avec ses chefs, ses banquiers, ses professeurs dont le maître suprême est un falourde répondant au surnom de Dragon.» (_Temps_, 1886.)

FANTASBOCHE. Fantassin.

FAUCHEUR. Type de l'homme à la mode qui a fleuri en l'an de grâce 1885. Ça a été le successeur au _grelotteux_. «Paris a eu ses dandys, ses lions, ses gommeux, ses pschutteux. Il a maintenant un type nouveau qui s'appelle le _faucheur_. Le faucheur est cet individu, situé entre vingt et vingt-cinq ans, que vous rencontrez sur les boulevards une canne à la main et qui représente à vos yeux la quintessence du chic parisien. Le _faucheur_ est ainsi nommé à cause de sa façon de marcher et surtout de porter sa canne. Il la tient par le petit bout, laissant traîner la pomme à terre; le bras droit qui se balance énergiquement de gauche à droite ou bien du nord-ouest au sud-est, rappelle l'allure des gens de la campagne fauchant les blés murs et les foins odorants. De là le sobriquet.» (_Figaro_, 1885.)

FAUCONNIER, ou mieux GREC FAUCONNIER. Grec qui taille des banques pour le compte d'un gérant ou d'un président de cercle véreux.

FÉDÉRÉ DANS LA CASEMATE (Avoir un). Être enceinte.

FEMME AU PETIT POT. Concubine. Argot des chiffonniers.

FERBLANTERIE. Brochette de décorations.

FERBLANTIER. Commissaire de la marine. Ainsi nommé à cause de ses galons d'argent. «Une amertume gâtait toujours ses satisfactions d'employé: l'accès des commissaires de marine, des ferblantiers, comme on disait à cause de leurs galons d'argent, aux emplois de sous-chef et de chef.» (Guy de Maupassant.)

On désigne aussi de ce nom, depuis la révélation de scandales qu'on n'a point oubliés les individus qui se livrent au trafic des décorations. Pendant que les ferblantiers et les ferblantières continuent à accaparer l'attention publique...» (_National_, octobre 1887.)

FER A REPASSER. Soulier.

FERMER SON PLOMB. Se taire.

FERRÉ (Être). Argot des écoles: connaître parfaitement les matières qui figurent au programme d'un examen; être instruit.

FESSE. Argot des voyous. Prostituée.

FÊTARD. Le langage populaire qui avait déjà _fêteur_ a trouvé que cela ne suffisait pas. _Fêtard_, _fêteur_, qui fait la fête, la noce, en un mot qui passe son temps à s'amuser. «Le fêtard est un être particulier dont toute l'occupation en ce monde est de se divertir. «Le fêtard ne se met jamais martel en tête que lorsque le grand H... ou la petite Valérie se font excuser au prochain souper.» (_Illustration_, nov. 1885.)

FEU (Avoir du). Argot des enfants qui se servent, dans un sens ironique, de cette locution au jeu dit des quatre-coins. As-tu du feu? signifie: Es-tu prêt à échanger ton coin contre le mien. Voici, je suppose, l'origine de cette expression: on sait que les gamins ne se gênent pas pour fumer. Or, l'un d'eux ayant un jour une cigarette éteinte, voulut prendre du feu à la cigarette allumée d'un des trois autres joueurs et, pendant ce temps se vit prendre sa place par le cinquième, le patient, le pot.

FEUILLE. «Les filles d'Eve ont reçu différents noms, suivant les époques, les règnes et les modes... A Saumur, leur nom ne varie plus. On les appelle des Feuilles.» (Théo-Critt: _Nos farces à Saumur_.)

FEUILLES (Bonnes). Les passages les plus remarquables d'un livre, d'une brochure.

FEUILLÉES. Latrines. Argot du régiment. Allusion aux branches d'arbres que l'on place, au camp, autour des cabinets pour les dissimuler.

FICHER DANS LA DOUANE (S'en). S'ennuyer énormément. Argot de ces messieurs de la douane.

FIGNOLE. Joli. (Richepin.) V. Delvau, _Fignoler_.

FIGURANT DE LA MORGUE. Cadavre.

FILER UNE PURGE. Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper M. L..., de lui filer une purge, dit Baylac (un inculpé).» (_Autorité_, janvier 1888.)

FILLE (Petite). Demi-bouteille de vin.

FILS D'ARCHEVÊQUE. Argot des élèves des écoles spéciales qui nomment ainsi ceux de leurs camarades qui sont les fils de leur père, c'est-à-dire dont la famille est haut placée et pour lesquels protection et passe-droits ne font pas défaut. «Une promotion (à l'Ecole navale) aussi forte que celle qui était annoncée ne se justifiait... que par le nécessité de faire une position à quelque fils d'archevêque.» (_Mot d'ordre_, 1887.)

FIOLE. _Souper de la fiole de quelqu'un_, en être fatigué, importuné.

FIOLER. Dévisager.

FISTOT. Elève de première année à l'Ecole navale. «Les anciens attendaient leurs fistots pour les piloter et commencer leur éducation maritime.» (_Illustration_, octobre 1885.)

FLAMBÉ (Être). Être perdu. (V. Delvau.) «Avec votre loi, mes cent écus auraient été flambés!» (_Journal officiel_, juin 1882.)

FLAMBEAU. Factionnaire. Argot des soldats.

FLAQUIN. Recherché dans sa mise.

FLAUPER. Battre.

FLEUR DE MACADAM. Fille galante qui bat le trottoir. «Encore eût-elle (madame de Metternich) éclipsé cette fleur de macadam par la crânerie de sa désinvolture.» (_Evénement_, 1880.)

FLÛTE. Verre de bière.

FOIES BLANCS (Avoir les). Être timide, manquer de courage, d'audace.

FOIRER. Avoir la dysenterie. Expression très triviale. (V. Foire au _Dictionnaire_.)

FOIRER. Avoir la foire.

FOIRON. Derrière.

FORTIFES. Fortifications. «C'est tout en haut de la rue d'Allemagne, près des fortifes, comme dit le voyou.» (_Evénement_, juillet 1887.)

FOUILLE. Poêle. Delvau donne _Fouillouse_ et Littré _fouilleuse_.

FOUILLEUSE. Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir. «Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme...» (_Gazette des Tribunaux_, 1875.)

FOULE (Faire). Avoir du succès; attirer la foule.

FOUR A BACHOT. «Déjà, dès cette époque, il s'était créé à Paris et même en province des établissements spéciaux que l'on connaissait alors sous le nom pittoresque de fours à bachots; leur spécialité, c'était de gaver en quelques mois les jeunes gens de toutes les connaissances que comportait un programme qui devait se répartir sur dix années d'études.» (_XIXe Siècle_, mai 1884.)

Le _Four à bachot_ existe encore aujourd'hui sous cette appellation plaisante et vraie.

FOURCHETTE (Lancer un coup de). Porter à l'adversaire avec lequel on se bat un coup dans les deux yeux à la fois en y enfonçant, d'un mouvement rapide, l'index et le doigt majeur écartés.

FOURNAISE. «Ils fabriquaient des pièces de deux francs à l'effigie de la République qu'ils vendaient soixante-quinze centimes à des fournaises; c'est ainsi qu'on désigne ceux qui écoulent de la fausse monnaie.» (_Figaro_, mars 1884.)

FOURNEAU. Vagabond,--dans l'argot des saltimbanques.

FOUTOIR. Petite maison ou petite chambre réservée et discrète. Se dit aussi d'un lieu public ou d'une maison privée qui admettent une grande licence.

FRAIS (Mettre au). Emprisonner. On dit aussi _Mettre à l'ombre_.

FRANC. Argot militaire. Bon, agréable. Pas d'exercice, demain! c'est franc! (Ginisty: _Manuel du parfait réserviste_.)

FRANGEUSE. Nécromancienne. «Il apprit que le mot frangeuse voulait dire magicienne et que Mme Bailly lisait l'avenir dans le marc de café.» (_Gil Blas_, juillet 1884.)

FRÉQUENTÉE. Femme galante et à la mode. «Le baccarat, les belles fréquentées, le krack ont réduit à la misère un nombre considérable de viveurs et de boursiers.» (_Evénement_, septembre 1884.)

FRICOTER. «Les secrétaires, les commis d'état-major qu'on appelle fricoteurs au régiment, sont assis dans une salle au rez-de-chaussée, autour d'une immense table.» (_Constitutionnel_, août 1882.)

FROTTEUR. Argot de Police. «Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle; pour toucher d'une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d'eux.» (Giffard: _Les grands bazars_.)

FRUCHE. Objet disqualifié. Argot des commis de nouveautés.

FUMERON. Repasseuse.

FUMEUSE. Siège où l'on s'assied pour fumer commodément.--Chandelier.

FUMEUX. Sobriquet donné en 1884 pour désigner les jeunes gens du monde où l'on s'amuse. «Tout le monde pschutteux s'était donné rendez-vous à cette solennité parisienne entre toutes: les petits fumeux et les horizontales de toutes marques s'écrasaient dans le promenoir.» (_Evénement_, juillet 1884.)

FUMISTER. Mentir.

FUMISTERIE. Mauvaise plaisanterie.

FURET. «Une des grèves les plus curieuses de Paris est celle qui se tient rue Vaucanson. Les hommes qui la composent se nomment furets. C'est à cette grève que les personnes qui ont besoin d'un individu pour porter un fardeau ou qui désirent faire faire un grossier ouvrage, se rendent et choisissent un de ces malheureux...» (_Rappel_, octobre 1884.)

FUSÉE. Argot des gens de Bourse. La fusée est l'enlevée en hausse d'une valeur. On entend dire couramment à la Bourse: Le Trois vient de faire une fusée de quinze sous.

FUSIL. Chasseur. «Ils (les reporters) n'appellent pas un chat, un chat; ils ne disent pas d'un chasseur, un chasseur, ils disent un fusil. J'ai lu, cette semaine, à propos d'une battue chez une demi-mondaine fort célèbre, cette phrase étonnante: «Invités: douze fusils des deux sexes.» (Claretie.)

FUSIL A DEUX COUPS. Pantalon.

FUSILLEUR. On appelle ainsi, dans l'argot des commerçants, les filous qui achètent argent comptant, mais à vil prix, des marchandises à des escrocs qui, eux-mêmes, les ont obtenues à crédit avec l'intention de ne jamais les payer. «Les fusilleurs ont été certainement de mauvaise foi, mais les précautions prises par eux pour masquer leurs agissements n'ont point permis de relever contre eux des faits assez précis pour établir leur entière culpabilité.» (_Droit_, août 1886.)

G

GAFF. Gardien de la paix en bourgeois. V. plus bas _Guignol_.

GAFFER. Commettre des fautes, des sottises.

GAFFEUR, EUSE. Du verbe argotique _gaffer_, commettre des impairs. «J'en connais (une femme) une qui est fort jolie, et qui possède un salon fort convenablement fréquenté... Un peu gaffeuse, par exemple.» (_Charivari_, avril 1887.)

GAFFIER. Synonyme de l'argot _gaffeur_. «Lucien D..., soixante ans, député de la Seine-Inférieure, terriblement maladroit; réputation méritée de gaffier.» (_Bataille_, nov. 1885.) _Gaffeur_ est beaucoup plus usité.

GAFILLER. Ecouter attentivement; prêter attention à... Argot des rôdeurs.

GALETTE. Petit pain rond et plat qu'on sert dans certains restaurants.

GALOPIN. Petit verre de bière.

GALUPE. Femme, fille de mauvaise vie.

«Les galup's qu'a des ducatons Nous rincent la dent.»

(Richepin.)

GALUPIER. Qui entretient des galupes. (Richepin.)

GAMAHUTER. Assassiner. Argot du peuple. Du nom de l'assassin Gamahut. «B... est venu gamahuter dans les bureaux du _Cri du Peuple_ et il a été acquitté.» (_Cri du Peuple_, avril 1885.)

GAMBETTE. Jambe. _Jouer des gambettes_, fuir.

GAMBIER. Pipe en terre. Du nom du fabricant.

GAMELLE (Ramasser une). Argot militaire. Tomber.

GANDIN. Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple. «Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. A présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai! c'est pas gandin!» (Fournière: _Sans métier_.)

GANTIÈRE. «En langage parisien, ce mot est un pavillon qui couvre certain commerce où il ne se débite pas que de la peau de chien ou de la peau de chevreau.» (_Voltaire._)

GARGAROUSSE. Gosier. (Richepin.)

GATEAU. Séquence. Argot des joueurs. V. _infra_: séquence.

GATEZAR. Elève de l'Ecole des arts et métiers. Il est facile de voir dans ce mot une corruption de _Gars des Arts_. Le mot est employé dans toutes les écoles d'arts et métiers et aussi par le peuple des villes où se trouvent ces écoles.

GAVE. Estomac. (Richepin.)

GÉNÉ. Général. Argot de l'Ecole polytechnique. «L'habitude est à l'école d'abréger tous les mots. On ne dit pas le colonel, mais le _colo_, le général, mais le géné... (_Gil Blas_, juin 1882.)

GIBERNEUR. «On appelle vulgairement giberneurs des industriels qui se livrent au commerce des herbes, telles que fougères, pervenches, feuilles de vigne, etc., servant à l'étalage des fruits et à l'ornementation des vitrines des restaurateurs et marchands de comestibles.» (_Journal des Débats_, déc. 1882.)

Ils ont aussi reçu le nom d'_hommes sauvages_, car beaucoup d'entre eux n'ont d'autres moyens de se procurer de la marchandise que les déprédations qu'ils commettent dans les propriétés de la banlieue.