Dictionnaire de la langue verte
Part 5
AVOIR UNE CHAMBRE A LOUER. Être un peu fou et en tout cas très excentrique,--dans l'argot du peuple, qui suppose que la déraison peut être produite chez l'homme par la vacuité de l'un des compartiments du cerveau, à moins qu'il ne veuille faire allusion au _déménagement_ du bon sens.
Signifie aussi Avoir une dent de moins.
AVOIR UNE CRAMPE AU PYLORE. Avoir grand appétit,--dans l'argot des faubouriens.
AVOIR UNE ÉCREVISSE DANS LA TOURTE, v. a. Être fou, non à lier, mais à éviter.
On dit aussi _Avoir une écrevisse dans le vol-au-vent_, et _Avoir une hirondelle dans le soliveau_.
AVOIR UNE TABLE D'HÔTE DANS L'ESTOMAC, manger goulûment et insatiablement.
AVOIR VU LE LOUP. Se dit,--dans l'argot du peuple,--de toute fille qui est devenue femme sans passer par l'église et par la mairie.
AZOR, s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens,--dans le même argot. V. _Appeler Azor_.
B
BABILLARD, s. m. Confesseur,--dans l'argot des voleurs.
Ils donnent aussi ce nom à tout Livre imprimé.
BABILLARDE, s. f. Montre.
BABILLARDS, s. f. Lettre.
On dit aussi _Babille_.
BABILLAUDIER, s. m. Libraire, vendeur de _babillards_.
BABILLER, v. a. Lire.
BABINES, s. f. pl. La bouche,--dans l'argot du peuple, pour qui sans doute l'homme n'est qu'un singe perfectionné.
_S'en donner par les babines._ Manger abondamment et gloutonnement.
_S'en lécher les babines._ Manifester le plaisir en parlant ou en entendant parler de quelque chose d'agréable,--bon dîner ou belle fille.
BABOUE, s. f. Grimace, mines plaisantes comme en fait la nourrice pour amuser le nourrisson.
_Faire la baboue._ Faire la grimace.
L'expression se trouve dans Rabelais--et sur les lèvres du peuple.
BABOUIN ou BABOUA, s. m. Petit bouton de fièvre ou de malpropreté, qui vient à la bouche, sur les _babines_.
Le _babouin_ était autrefois une figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu'ils faisaient baiser, comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à n'importe quoi. On comprend qu'à force de baiser cette image, il devait en rester quelque chose aux lèvres,--d'où, par suite d'un trope connu, le nom est passé de la cause à l'effet.
BAC, s. m. Apocope de _Baccarat_,--dans l'argot des petites dames.
_Tailler un petit bac._ Faire une partie de baccarat.
BACCHANAL, s. m. Vacarme, tapage fait le plus souvent dans les cabarets, lieux consacrés à _Bacchus_. Argot du peuple.
BACCON, s. m Porc,--dans l'argot des voleurs. _Bacon_, lard, dans le vieux langage.
BACHASSE, s. f. Travaux forcés. Même argot.
BACHELIÈRE, s. f. Femme du quartier latin, juste assez savante pour conduire un _bachot_ en Seine--et non en Sorbonne.
BACHOT, s. m. Apocope de _Baccalauréat_,--dans l'argot des collégiens.
BACHOTIER, s. m. Préparateur au baccalauréat.
BACHOTTER, v. n. Parier pour ou contre un joueur. Argot des _grecs_.
On dit aussi _Faire les bâches_.
BACHOTTEUR, s. m. Filou «chargé du deuxième rôle dans une partie jouée ordinairement au billard. C'est lui qui arrange la partie, qui tient les enjeux et va chercher de l'argent lorsque la dupe, après avoir vidé ses poches, a perdu sur parole».
V. _Bête_ et _Emporteur_.
BACLER, v. a. Fermer,--dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un vieux mot de la langue des honnêtes gens.
On dit aussi _Boucler_.
BADIGEON, s. m. Maquillage du visage,--dans l'argot du peuple.
BADIGEONNER (Se), v. réfl. Se maquiller pour paraître plus jeune.
BADIGOINCES, s. f. pl. Les lèvres, la bouche,--dans l'argot du peuple qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Rabelais.
_Jouer des badigoinces._ Manger ou boire.
BADOUILLARD, s. m. Coureur de bals masqués,--dans l'argot des étudiants du temps de Louis-Philippe. Le type a disparu, mais le mot est resté.
BADOUILLE, s. f. Homme qui se laisse mener par sa femme. Argot du peuple.
BADOUILLER, v. n. Courir les bals, _faire la noce_.
BADOUILLERIE, s. f. Vie libertine et tapageuse.
BAFFRE, s. f. Coup de poing sur la figure. Argot du peuple.
BAFRER, v. n. Manger.
BAFRERIE, s. f. Action de manger avec voracité; repas copieux.
BAGNOLE, s. f. Chapeau de femme, de forme ridicule,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas que les _bagnoles_, avant de mériter son mépris, avaient mérité l'admiration des dames de Paris en 1722.
BAGOU ou BAGOUT, s. m. Bavardage de femme; faux esprit. Argot des gens de lettres et du peuple.
Dans l'argot du peuple. _Avoir du bagout_ équivaut à _N'avoir pas sa langue dans sa poche_.
BAGOUL, s. m. Nom,--dans l'argot des voleurs.
BAGOULARD, s. m. Bavard.
BAGUE, s. f. Nom propre,--dans le même argot, par allusion à l'habitude qu'on a de faire graver son nom à l'intérieur des anneaux de mariage.
BAGUENAUDE, s. f. Poche,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui y laissent quelquefois _flâner_ de l'argent.
BAGUENAUDER, v. n. Flâner, vagabonder,--les mains dans les _poches_. Argot du peuple.
BAHUT, s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.
BAHUT, s. m. Collège,--dans l'argot des collégiens.
Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d'aller.
_Bahut spécial._ Saint-Cyr.
BAHUTER, v. n. Faire du vacarme,--dans l'argot des Saint-Cyriens.
BAHUTEUR, s. m. Tapageur.
Se dit aussi d'un élève qui change souvent de pension.
BAIGNE-DANS-LE-BEURRE, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux scombéroïdes du trottoir.
BAIGNEUSE, s. f. La tête,--dans l'argot des voleurs, qui se lavent et à qui on lave plus souvent la tête que le reste du corps.
BAIGNEUSE, s. f. Chapeau de femme,--dans le même argot qui a conservé des reflets de l'argot de la mode au XVIIIe siècle. _Baigneuse_ ou _bagnole_, c'était tout un.
BAIGNOIRE A BON DIEU, s. f. Calice,--dans l'argot des voyous.
BAIN DE PIED, s. m. Excédent de café ou d'eau-de-vie retenu par la soucoupe ou dans le plateau qu'on place par précaution sous chaque demi-tasse ou sous chaque petit verre. Il y a des gens qui boivent cela.
BAIN-MARIE, s. m. Personne d'un caractère ou d'un tempérament _tiède_. Argot du peuple.
BAIN QUI CHAUFFE, s. m. Nuage qui menace de crever quand il fait beau temps et que le soleil est ardent.
BAISER LE CUL DE LA VIEILLE, v. a. Ne pas faire un seul point. Argot des joueurs.
BAJAF, s. m. Butor, gros homme qui, sous l'effort de la respiration, gonfle ses _jaffes_ ou ses _abajoues_, comme on voudra.
Le peuple dit aussi _Gros bajaf_.
BALADE, s. f. Promenade, flânerie dans l'argot des voyous.
_Faire une balade_ ou _Se payer une balade_. Se promener.
BALADER, v. a. Choisir, chercher. Argot des voleurs.
BALADER (Se), v. réfl. Marcher sans but; flâner; et, par extension s'en aller de quelque part, s'enfuir.
BALADEUR, s. m. Flâneur.
BALADEUSE, s. f. Fille ou femme qui préfère l'oisiveté au travail et se faire suivre que se faire respecter.
Se dit aussi de la marchande des rues et de sa boutique roulante.
BALAI, s. m. Agent de police,--dans l'argot des petits marchands ambulants.
BALAI DE L'ESTOMAC (Le). Les épinards,--dans l'argot du peuple, qui connaît aussi bien que les médecins la vertu détersive de la _Spinacia oleracea_.
BALANCEMENT, s. m. Renvoi, congé,--dans l'argot des employés.
BALANCER, v. a. Donner congé à quelqu'un, renvoyer un employé, un domestique,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi _Envoyer à la balançoire_.
BALANCER LA TINETTE. Vider le baquet-latrine,--dans l'argot des troupiers.
BALANCER QUELQU'UN, v. a. Le faire aller, se moquer de lui. Argot des faubouriens.
BALANCER SA CANNE, v. a. De vagabond devenir voleur,--ce qui est une manière comme une autre de franchir le Rubicon qui sépare l'honneur du vice.
Signifie aussi Rompre son ban, s'évader.
BALANCER SA LARGUE, v. a. Se débarrasser de sa maîtresse,--dans l'argot des voleurs.
BALANCER SES ALÈNES, v. a. Quitter le métier de voleur pour celui d'honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d'assassin.
BALANCER SES CHASSES, v. a. Regarder çà et là, distraitement. Argot des voyous.
BALANÇOIRE, s. f. Charge de bon ou de mauvais goût,--dans l'argot des coulisses et du peuple.
_Envoyer à la balançoire._ Se débarrasser de quelqu'un qui ennuie ou qui gêne.
BALANÇON, s. m. Marteau de fer,--dans l'argot des voleurs.
BALANDRIN, s. m. Paquet recouvert d'une toile; petite balle portative, dans l'argot du peuple, qui se souvient du _balandras_ que portaient ses pères.
BALAUDER, v. n. Mendier,--dans l'argot des prisons.
BALIVERNEUR, s. m. Diseur de riens, de _balivernes_. Argot du peuple.
BALLE. s. f. Secret,--dans l'argot des voleurs.
BALLE, s. f. Visage,--dans l'argot des voyous.
_Balle d'amour._ Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments tendres.
_Rude balle._ Visage caractéristique.
BALLE, s. f. Pièce d'un franc,--dans l'argot des faubouriens.
BALLE, s. f. Occasion, affaire,--dans l'argot du peuple
_C'était bien ma balle._ C'était bien ce qui me convenait.
_Manquer sa balle._ Perdre une occasion favorable.
BALLE DE COTON, s. f. Coup de poing.
BALLERINE, s. f. Danseuse,--dans l'argot des gandins et des journalistes de première année. Habituée de bals publics,--dans l'argot des bourgeois.
BALLON, s. m. Partie du corps humain dont la forme sphérique a été le sujet de tant de plaisanteries depuis le commencement du monde--et de la bêtise. Argot des faubouriens.
_Enlever le ballon à quelqu'un._ Lui donner un coup de pied dans cette partie du corps sur laquelle on a l'habitude de s'asseoir.
BALOCHARD, s. m. Type d'un personnage de carnaval, fameux sous le règne de Louis-Philippe, et complètement oublié aujourd'hui. Il portait un bourgeron d'ouvrier, une ceinture rouge, un pantalon de cuirassier, et, sur la tête, un feutre défoncé. Tel le représente Gavarni.
BALOCHER, v. n. Fréquenter les bals publics; se trémousser. Argot des faubouriens.
BALOCHER, v. a. Tripoter, faire des affaires illicites. Argot des voyous.
BALOCHER, v. n. Remuer, pendre,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des choses.
BALOCHEUR, s. m. Ouvrier qui se dérange, qui déserte l'atelier pour le cabaret et le bastringue.
BALTHAZAR, s. m. Repas copieux,--dans l'argot des étudiants, qui se souviennent du festin biblique.
BALUCHON, s. m. Paquet, petit _ballot_. Argot des ouvriers.
BAMBINO, s. m. Enfant, gamin, _bambin_,--dans l'argot du peuple, qui parle italien sans le savoir, et seulement pour donner à ce mot une désinence caressante.
BAMBOCHADE, s. f. Tableau sans prétentions, représentant des scènes gaies,--dans l'argot des artistes, qui ont conservé le souvenir de Pierre de Laer.
BAMBOCHE, s. f. Petite débauche, de quelque nature qu'elle soit. Argot des faubouriens.
_Être bamboche._ Être en état d'ivresse.
_Faire des bamboches._ Faire des sottises plus ou moins graves, qui mènent en police correctionnelle ou à l'hôpital.
BAMBOCHE, s. f. Plaisanterie; chose de peu de valeur.
_Dire des bamboches._ S'amuser à dire des contes bleus aux hommes et des contes roses aux femmes.
BAMBOCHEUR, s. m. Fainéant; ivrogne; débauché.
On dit aussi: _Bambochineur_.
BANBAN, s. des deux g. Boiteux, bancal,--dans l'argot des bourgeois, qui emploient principalement cette onomatopée à propos d'une femme.
BANC, s. m. Lit de camp,--dans l'argot des forçats.
BANCAL, adj. Qui a une jambe plus courte que l'autre. Argot du peuple.
BANCAL, s. m. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des troupiers.
BANCO! Exclamation de l'argot des joueurs de lansquenet qui signifie: Je tiens!
_Faire banco._ Tenir les enjeux.
BANCROCHE, s. et adj. Qui a les jambes torses.
BANDE D'AIR, s. f. Frise peinte en bleu pour figurer le ciel. Argot des coulisses.
BANDER LA CAISSE, v. a. S'en aller, s'enfuir.
BANNETTE, s. f. Tablier,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot au patois lorrain.
BANNIÈRE (Être en). Être en chemise, dans le simple appareil d'une dame ou d'un monsieur qu'on arrache au sommeil.
BANQUE, s. f. Paye,--dans l'argot des typographes.
BANQUE, s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper,--dans l'argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur.
_Faire une banque._ Imaginer un expédient--d'une honnêteté douteuse--pour gagner de l'argent.
BANQUE, s. f. Tout le monde des saltimbanques, des _banquistes_.
_Truc de banque!_ Mot de passe et de ralliement qui sert d'entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d'une autre spécialité que la leur.
BANQUET, s. m. Dîner,--dans l'argot des francs-maçons.
BANQUETTE, s. f. Menton,--dans l'argot des voyous.
BANQUISTE, s. m. Charlatan; chevalier d'industrie; faiseur. Argot du peuple.
BAPTÊME, s. m. La tête,--dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent de leur ondoiement.
BAPTISER LE VIN, v. a. Le noyer d'eau,--dans l'argot ironique des cabaretiers, qui renouvellent trop souvent, à notre préjudice, le miracle des Noces de Cana, en changeant l'eau en vin.
BAQUET, s. m. Blanchisseuse,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi: _Baquet insolent_, et l'on a raison,--car je ne connais pas de créatures plus «fortes en gueule» que les lavandières: il semble qu'il leur reste aux lèvres quelques éclaboussures des ordures humaines avec lesquelles elles sont en contact permanent.
BAQUET DE SCIENCE, s. m. Baquet où le cordonnier met sa poix et les autres ingrédients de son métier. Argot du peuple.
BARAGOUINAGE, s. m. Langage incohérent, confus, incompréhensible.--dans l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des langues étrangères.
On dit aussi _Baragouin_.
BARAGOUINER, v. n. et a. Parler bas; murmurer; marmotter.
BARAQUE, s. f. Maison où les maîtres font attention au service,--dans l'argot des domestiques. Journal où l'on est sévère pour la copie,--dans l'argot des aspirants journalistes.
BARAQUES A CAVAIGNAC (Les). Le no 44, dans l'argot des joueurs de loto, dont l'allusion consacre ainsi le nombre des baraques construites en 1848 au Jardin du Luxembourg, sous la dictature du général Cavaignac.
BARBE, s. f. Ivresse,--dans l'argot des typographes.
_Avoir sa barbe._ Être ivre.
On dit aussi _Prendre une barbe_. Se griser.
BARBEAU, s. m. Souteneur de filles, homme-poisson qui sait nager entre deux eaux, l'eau du vice et celle du vol.
BARBEAUDIER, s. m. Concierge,--dans l'argot des voleurs.
_Barbeaudier de castu._ Gardien d'hôpital.
BARBEROT, s. m. Barbier,--dans l'argot des forçats.
BARBICHON, s. m. Capucin,--dans l'argot des voyous.
BARBILLE, s. m. Souteneur de filles,--apprenti _barbeau_.
BARBILLON, s. m. Jeune souteneur de filles.
BARBILLONS DE BEAUCE, s. m. pl. Légumes,--dans l'argot du peuple.
BARBILLONS DE VARENNE, s. m. pl. Navets,--dans l'argot des voleurs, qui savent que ce légume pousse, volontiers, dans les terres sablonneuses.
Le dictionnaire d'Olivier Chéreau donne: _Babillons de varane_.
BARBISTE, s. m. Élève du collège Sainte-Barbe.
BARBOT, s. m. Canard,--dans l'argot des voyous.
BARBOTE, s. f. Visite minutieuse du prisonnier à son entrée en prison.
On dit aussi _Barbot_, s. m.
BARBOTER, v. a. Fouiller; voler. Argot des voleurs.
BARBOTEUR DE CAMPAGNE, s. m. Voleur de nuit.
BARBOTIER, s. m. Guichetier chargé de la visite des prisonniers à leur entrée.
BARBUE, s. f. Plume à écrire,--dans l'argot des voleurs.
BARON DE LA CRASSE, s. m. Homme gauche et ridicule en des habits qu'il n'a pas l'habitude de porter,--dans l'argot du peuple, qui se souvient de la comédie de Poisson.
BARONIFIER, v. a. Créer quelqu'un baron,--dans l'argot du peuple, qui a vu mousser de près la Savonnette Impériale.
BARRE, s. f. Aiguille,--dans l'argot des voleurs.
BARRÉ, adj. et s. Simple d'esprit, et même niais,--dans l'argot du peuple, qui, sans doute, veut faire allusion à une sorte de barrage intellectuel qui rend impropre à la _conception_.
BARRER, v. n. Abandonner son travail,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
_Se barrer._ S'en aller.
BARRER, v. a. Réprimander,--dans l'argot du peuple.
BARRIQUE, s. f. Bouteille ou carafe,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disaient autrefois _Gomorrhe_,--du nom d'une mesure juive qui indiquait la quantité de manne à récolter.
BASANE, s. f. Peau du corps humain,--dans l'argot des faubouriens.
_Tanner la basane._ Battre quelqu'un.
BASANE, s. f. Amadou,--dans l'argot des voleurs.
BAS-BLEU, s. m. Femme de lettres,--dans l'argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (_blue stocking_) à nos voisins d'outre-Manche.
Alphonse Esquiros (_Revue des Deux Mondes_, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D'un autre côté, M. Barbey d'Aurevilly (_Nain Jaune_ du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre?
BAS-BLEUISME, s. m. Maladie littéraire spéciale aux femmes qui ont aimé et qui veulent le faire savoir à tout le monde.
Le mot a été créé récemment par M. Barbey d'Aurevilly.
BASCULE, s. f. Guillotine,--dans l'argot des faubouriens.
BASCULER, v. a. Guillotiner.
_Être basculé._ Être exécuté.
BAS DE BUFFET, s. m. Homme ou chose de peu d'importance. Argot du peuple.
_Vieux bas de buffet._ Vieille femme, vieille coquette ridicule qui a encore des prétentions à l'attention galante des hommes.
BAS DE PLAFOND, s. m. Homme d'une taille ridiculement exiguë.
On dit aussi _Bas du cul_.
BASOURDIR, v. a. Étourdir, et, par extension naturelle, Tuer,--dans l'argot des voleurs, qui ont dédaigné _abasourdir_ comme trop long.
_Basourdir ses gaux picantis_, ou seulement _ses gaux_. Chercher ses poux--et les tuer.
BAS PERCÉ, s. et adj. Homme pauvre ou ruiné. Argot du peuple.
BASSE, s. m. La terre par opposition au ciel. Argot des voleurs.
BASSIN, s. m. Homme ennuyeux,--dans l'argot des filles et des faubouriens, qui n'aiment pas à être ennuyés, les premières surtout.
On dit aussi _Bassinoire_.
BASSINANT, adj. Ennuyeux, importun, bavard.
BASSINER, v. a. Importuner.
BASSINOIRE, s. f. Grosse montre,--dans l'argot des bourgeois.
BASTIMAGE, s. m. Travail,--dans l'argot des voleurs.
BASTRINGUE, s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.
BASTRINGUE, s. m. Bruit, vacarme,--comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.
BASTRINGUE, s. m. Scie à scier les fers,--dans l'argot des prisons, où l'on joue volontiers du violon sur les barreaux.
BASTRINGUEUSE, s. f. Habituée de bals publics.
BATACLAN, s. m. Mobilier; outils,--dans l'argot des ouvriers.
Signifie aussi bruit, vacarme.
BATAILLE DE JÉSUITES, s. f. Habitude vicieuse que prennent les écoliers et que gardent souvent les hommes,--dans l'argot du peuple, qui a lu le livre de Tissot.
On ajoute souvent après _Faire la bataille de Jésuites_, cette phrase: _Se mettre cinq contre un_.
BATEAUX, s. m. pl. Souliers qui prennent l'eau. Argot des faubouriens.
BATELÉE, s. f. Une certaine quantité de gens réunis, quoique inconnus. Argot du peuple.
BATELIER, s. m. Battoir de blanchisseuse,--dans l'argot des voleurs.
BATH, s. m. Remarquablement beau, ou bon ou agréable,--dans l'argot de Breda-Street.
_Bath aux pommes._ Superlatif du précédent superlatif.
Il me semble qu'on devrait écrire _Bat_, ce mot venant évidemment de _Batif_. Le papier Bath n'est pour rien là dedans.
BATIAU, s. m. Préparation au _Salé_,--dans l'argot des typographes.
_Aligner son batiau._ S'arranger pour avoir une banque satisfaisante.
BATIF, adj. Neuf, joli,--dans l'argot des voyous.
Le féminin est _batifone_ où _bative_.
BATON CREUX, s. m. Fusil,--dans l'argot des voleurs.
BATON DE CIRE, s. m. Jambe,--dans le même argot.
BATON DE TREMPLIN, s. m. Jambe,--dans l'argot des saltimbanques.
BATOUSE, s. f. Toile,--dans l'argot des voleurs.
_Batouse toute battante._ Toile neuve.
BATOUSIER, s. m. Tisserand.
BATTAGE, s. m. Tromperie; mensonge; menée astucieuse. Argot des ouvriers.
Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à un meuble, etc.
BATTANT, s. m. Le cœur,--dans l'argot des voleurs.
BATTERIE, s. f. Menterie,--dans le même argot.
_Batterie douce._ Plaisanterie aimable.
BATTERIE, s. f. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Batture_.
BATTERIE DE CUISINE, s. f. Les dents, la langue, le palais, le gosier. Argot des faubouriens.
BATTEUR, s. m. Menteur; fourbe.
C'est plus spécialement le tiers qui _bat comtois pour lever le pante_.
BATTEUR D'ANTIF, s. m. Indicateur d'affaires, voleur qui ne travaille que de la langue. Argot des prisons.
BATTOIR, s. m. Main,--dans l'argot du peuple, qui s'en sert souvent pour applaudir, et plus souvent pour _battre_.
BATTRE COMTOIS, v. n. Faire l'imbécile, le provincial,--dans l'argot des voleurs, pour qui, à ce qu'il paraît, les habitants de la Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.
BATTRE ENTIFLE, v. n. Faire le niais. Même argot.
BATTRE JOB, v. n. Dissimuler, tromper. Même argot.
BATTRE LA CAISSE, v. n. Aller chercher de l'argent. Argot des tambours de la garde nationale.
BATTRE LA COUVERTE, v. a. Dormir,--dans l'argot des soldats.
BATTRE L'ANTIF, v. n. Marcher,--dans l'argot des voleurs modernes.
C'est le: _Battre l'estrade_ des voleurs d'autrefois.
Signifie aussi Espionner.
BATTRE LE BRIQUET, v. a. Cogner les jambes l'une contre l'autre en marchant. Argot du peuple.
BATTRE LA SEMELLE, v. a. Vagabonder,--dans l'argot du peuple, qui a peut-être lu l'_Aventurier Buscon_.
BATTRE L'OEIL (S'en). Se moquer d'une chose,--dans l'argot des faubouriens.
L'expression a une centaine d'années, ce qui étonnera certainement beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l'emploient.
On dit aussi, dans le même argot, _S'en battre les fesses_,--une expression contemporaine de la précédente.
BATTRE MORASSE, v. n. Crier au voleur, pour empêcher le volé d'en faire autant. Argot des prisons.
BATTRE SA FLÈME, v. n. Flâner,--dans l'argot des voyous.
BATTRE SON QUART, v. n. Raccrocher les passants, le soir à la porte des maisons mal famées,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
BAUCE ou BAUSSE, s. m. Patron,--dans l'argot des revendeuses du Temple. C'est le _baes_ flamand.
_Bauceresse._ Patronne.
_Bauce fondu._ Ouvrier qui s'est établi, a fait de mauvaises affaires et est redevenu ouvrier.
BAUCHER (Se), v. réfl. Se moquer, dans l'argot des voleurs.
BAUDE, s. f. Mal de Naples,--dans l'argot des voleurs parisiens.
BAUDROUILLER, v. n. Filer,--dans le même argot.
Se dit aussi pour Fouet, s. m.
BAUGE, s. f. Coffre,--dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas d'emprunter des termes aux habitudes des sangliers, qui sont aussi les leurs.
BAUGE, s. f. Ventre,--dans le même argot.
BAUME D'ACIER, s. m. Les outils du chirurgien et du dentiste,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas que l'ancienne pharmacopée a eu, sous ce nom-là, un remède composé de limaille d'acier et d'acide nitrique.
BAVARD, s. m. Avocat.
BAVARD, s. f. La bouche.--dans l'argot des voleurs.
BAVER, v. n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.
BAYAFER, v. a. Fusiller,--dans l'argot des voleurs parisiens, qui ont emprunté cette expression aux voleurs du Midi, lesquels appellent un pistolet un _bayafe_ ou _baillaf_, comme l'écrit M. Francisque Michel.
BAZAR, s. m. Maison où les maîtres sont exigeants,--dans l'argot des domestiques paresseux; maison quelconque,--dans l'argot des faubouriens; maison de filles,--dans l'argot des troupiers.
BAZAR, s. m. Ensemble d'effets mobiliers,--dans l'argot de Breda-Street.
BAZARDER, v. a. Vendre, trafiquer.
_Bazarder son mobilier._ S'en défaire, l'échanger contre un autre.
BEAU, s. m. Le _gandin_ du premier Empire, avec cette différence que, s'il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous.
_Ex-beau._ Elégant en ruines, d'âge et de fortune.