Dictionnaire de la langue verte

Part 49

Chapter 493,403 wordsPublic domain

CENTRIOT. Surnom, sobriquet, «Il a surtout le génie des centriots (surnoms). C'est lui qui a donné à un pâle gringalet, mauvaise langue et joueur de méchants tours... le joli surnom de Fleur de teigne.» (Humbert: _Mon bagne_.)

CERISE. Ouvrier maçon des environs de Paris (Littré). «Messieurs, ce n'est pas là une appellation insultante; nous appelons marchands de cerises, les ouvriers de la banlieue de Paris, ceux qui nous environnent.» (Nadaud: _Journal officiel_.)

CERISIER. Petits chevaux de louage, ainsi nommés parce qu'ils portent ordinairement les cerises de Montmorency aux marchés de Paris. «Sterny sur un cerisier, Sterny en compagnie d'une grosse dame à âne.» (Soulié: _Le Lion amoureux_.)

«Les Cerisiers de Montmorency sont les petits chevaux pacifiques qu'on loue pour se promener dans les environs; autrefois, ils transportaient des cerises; de là leur nom.» (_Rappel_, 1874. V. Littré.)

CHABROL. Mélange de bouillon et de vin.

CHA-FUST. Cours de machine professé à l'Ecole navale. Argot de l'Ecole. «Chacun de ces cours, outre son titre officiel, porte un nom spécial pour les élèves du _Borda_. Le cours de machine est le cha-fust, mot formé par onomatopée... Naturellement les professeurs empruntent leur titre au nom du cours.»

On dit: le _chafustard_... (_Illustration_, septembre 1885.)

CHAIREZ! Hardi! Courage! Cette interjection se trouve dans l'ouvrage d'Alph. Humbert intitulé: _Mon bagne_.

CHALEUR! Exclamation qui sert à marquer la surprise, le mépris, l'intention de ne pas faire telle ou telle chose. S'emploie toujours ironiquement; elle est synonyme de _Maladie!_ ou de _ça ne serait pas à faire!_ «Dans le Casino susdit, on jouerait le baccarat et les dames seraient admises! Oh! chaleur!» (Le _Joueur_, 1881.)

CHAMBARD. Bruit, tapage, «Il est de tradition à l'Ecole (Polytechnique) que, à la rentrée, les anciens démolissent les meubles des nouveaux, jettent leurs oreillers et leurs matelas par les fenêtres et dispersent leurs affaires. C'est ce qu'on appelle faire le chambard.» (_Temps_, 1881.)

CHAMBARDEMENT. Renversement, bris.

«Gambetta, vil objet de mon ressentiment, Ministres ennemis de tout chambardement, Sénateurs que je hais...»

(_Événement_, 1881.)

CHAMBARDER. Faire du bruit, du _chambard_. «Vous aurez la complaisance cette année de ne pas tout chambarder dans l'Ecole (Polytechnique), comme vous en avez l'habitude...» (XIXe _Siècle_, 1881.)

On dit familièrement en Bretagne _chambarder_ pour: remuer, bousculer quelqu'un ou quelque chose. (V. Delvau: _Chambarder_.)

CHAMBRER. Perdre, voler. Argot des grecs.

CHAMP. Argot de sport. L'ensemble des chevaux qui se présentent pour figurer dans la même épreuve. Parier pour un cheval contre le champ, c'est parier pour un cheval contre tous ses concurrents. (Littré.)

CHAMPS. Champs-Elysées. Argot des filles, des souteneurs et de toute la population interlope qui, la nuit venue, fait élection de domicile aux Champs-Elysées.

CHAND, CHANDE. Marchand, marchande.

CHANDELLE (Faire une). Lancer une balle en hauteur de telle sorte qu'elle puisse facilement retomber dans les mains des joueurs. Argot des enfants. Allusion à la chandelle romaine, sorte de fusée.

CHANDELLE (Faire fondre une). Boire une bouteille de vin. «La chiffonnière faisait alors un bout de toilette avant d'aller faire fondre une chandelle dans le sous-sol du père Grandesomme.» (_Réveil_, 1882.)

CHANDELIER. Souteneur de filles. «Dans l'argot des voleurs, un chandelier signifie un souteneur de filles.» (_Figaro_, janvier 1886. V. _Infra_: _Relever le chandelier_.)

CHANOINE. Récidiviste des maisons centrales.

CHAPEAU. Homme de paille, remplaçant sans titre sérieux. «Ce ne sont pas des chapeaux que j'ai laissés à mon siège d'administrateur (de compagnie financière), mais bien des titulaires réels.» (_Journal officiel belge_, mars 1874, cité par Littré.) Cet emploi vient de l'habitude, dans les bals, de marquer sa place en y laissant son chapeau.

CHAPELLE. Coterie.

CHARGER. Verser du vin, remplir un verre de liquide. «Charge-moi vite une gobette de champoreau.» Traduction: Sers-moi un verre de café additionné d'eau-de-vie. (_Réveil_, 1882.)

CHARRETÉE. (En avoir une). Être complètement ivre.

CHARRIER. Chercher à savoir.

CHARRIEUR, adj. Curieux.--Subst. Individu qui se tient aux abords de certains cercles pour le compte desquels il racole les joueurs. «Ces nobles personnes ont toujours deux ou trois _grecs_ à leur solde. Elles ont aussi des _charrieurs et des charrieuses_ qui sont chargés de rabattre les pigeons.» (_Henri IV_, 1881.)

CHARTREUSE DE VIDANGEUR. Demi-setier de vin rouge.

CHASSELAS. Vin. «Je prendrais bien quelque chose de chaud. Est-ce qu'il y a du chasselas sur le feu, madame Antoine?» (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)

CHASSEUR. Domestique, petit groom qui, dans les cafés et restaurants bien tenus, est à la disposition des consommateurs, pour faire leurs commissions.

CHATEAU. Abrév. de _Châteaubriand_. (V. Delvau.)

CHATON. Petit chat. Individu charmant. (Richepin.)

CHATOUILLAGE AU ROUPILLON. Vol au poivrier.

CHATTE. Pédéraste. Argot des voleurs. Terme injurieux que s'adressent les enfants des rues.

CHAUFFER UN ÉLÈVE. Lui appliquer des moyens d'instruction qui hâtent ses connaissances aux dépens du développement total. (Littré.) «Il ne réussit qu'après avoir été chauffé dans une maison spéciale, par un professeur qui lui mâchait ses devoirs.» (Pellerin: _Le roman d'un blasé_.)

CHEF DE CALOTTE. «Dans les pensions militaires, on appelle chef de calotte le plus ancien et le plus élevé en grade des officiers qui mangent ensemble...» (H. Malot: _Le lieutenant Bonnet_.)

CHEMISE RONDE. Argot des troupiers qui désignent ainsi le civil, l'individu qui n'est pas soldat. _Engager dans les chemises rondes_, ne pas s'engager ou se réengager, rester dans la vie civile.

CHEVAL DE CORBILLARD (Faire son). Faire le malin, poser.

CHEVALIER DU BIDET. Souteneur.

CHEVEU. Argot des coulisses. Mot dit pour un autre quand la langue vous fourche: «Majesté, votre sire est bien bonne!»--Travail difficile, ennuyeux.--_Voilà le cheveu_; voilà la difficulté.

CHEVEUX (Se faire des). S'inquiéter, se tourmenter.

CHIBIS! Attention!

CHIEN (Faire le). Dans l'argot des cordons bleus, c'est suivre Madame au marché avec un panier dont, en pareil cas, on ne peut faire danser l'anse. «Une cuisinière à une de ses amies: Du moment qu'on ne fait pas le chien, la maison me va!» (_Figaro_, 1882.)

CHIER. Mot élégant qu'emploient les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup. _J'ai chié_, je n'ai pas attrapé la bille.

CHIER DANS LA VANETTE. Argot militaire. Être sans gêne.

CHIFFONNAGE. Le contenu de la hotte du chiffonnier. «On trouva une quantité étonnante de chiffonnage dans les trois hottes.» (_Clairon_, 1881.)

CHINAGE. Action de faire la chine.--Plaisanterie.

CHINE. Sorte de vol.

CHINER. Travailler. (Richepin.)--Plaisanter.

CHIOTTES. Cabinets d'aisances.

CHIPOTER. Être regardant, liarder. «Il doit également ne jamais chipoter sur le prix des consommations.» (_Frondeur_, 1880.)

CHIQUE (Coller sa). Argot des enfants qui se servent surtout de cette expression au jeu dit de saute-mouton. _Colle ta chique et fais le mort._

CHOCOLAT. Naïf, crédule. Argot des voleurs et principalement des joueurs de bonneteau. «Ils (les bonneteurs) s'associent à trois: celui qui _fait le chocolat_ et qui est chargé de commencer la partie, de l'allumer en jouant; l'_enquilleur_ ou _lourdier_ qui tient la portière de la voiture, invitant les voyageurs à monter dans le compartiment, et, enfin, le _patineur_, qui monte lorsqu'il n'y a plus qu'une place et qui doit tenir les trois cartes.» (_Temps_, 1886.)

CHOLÉRA. Débris de fromages. Argot du peuple.

«--Que désire monsieur?

«--Deux sous de choléra, s'il vous plaît!

«On peut entendre cette demande et cette réponse s'échanger chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des halles, soit dans les grands quartiers populeux.

«Or, qu'est-ce que le choléra? Ce sont les rognures, les bribes, les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à la fin de chaque journée à l'étalage et sur les tables de service.» (_Figaro_, oct. 1886.)

CHOUTER. Caresser. (Richepin.)

CIBOULOT. Tête. Argot du peuple.

CINQ A SEPT. Argot des gens mondains. Réceptions, visites entre intimes. Elles ont lieu avant le dîner, de cinq à sept heures du soir. «Madame du Deffand qui fut une des fondatrices de ce que nous appelons de nos jours des cinq à sept. (_Gaulois_, 1882.)

CINTIÈME. Casquette à ponts. (Richepin.)

CIRAGE. Eloge; réclame élogieuse, compte rendu sur le mode dithyrambique.

CIRER. Faire un éloge outré de quelqu'un ou de quelque chose.

CITADELLE (Grande). Gardien-chef dans une prison. Argot des malfaiteurs. «Il paraît que, dans le Dictionnaire de la prison, grande citadelle signifie gardien chef.» (_Gazette des Tribunaux_, août 1883.)

CITROUILLE. Argot militaire. Cavalier-dragon.

CLAQUE. CLAQUE-DENTS. Restaurant de bas étage.

CLAQUE-PATIN. Individu dont la savate claque contre le talon. (Richepin.)

CLEF (Perdre sa). Avoir la colique.

CLEPTOMANIE, «On imagina le mot de cleptomanie, ou manie du vol, pour désigner l'état de ces voleuses maladives.» (Giffard: _Les grands bazars_.)

CLICHÉ (Tirer son). Argot des typographes. «Quand un compositeur fait une réplique ou un propos toujours le même, on dit: c'est un cliché. _Tirer son cliché_ est synonyme d'avoir toujours la même raison à objecter, dire constamment la même chose.» (_Typologie-Tucker_, juin, 1886.)

CLIGNOT. OEil. _Baver des clignots._ Pleurer.

CLIQUE. Argot militaire. Le soldat qui joue du clairon.--Musique militaire.

CLIQUETTE. Oreille.

COCASSE. Drôle, amusant.

COCOTER. Faire la cocote, la fille galante.

COL-DE-ZING. Qualificatif qu'avaient reçu il y a deux ans les jeunes élégants. Le mot n'a pas vécu. «Gaston de Chauvigné, un de nos cols-de-zing les plus affirmés...» (_Charivari_, avril 1887.)

COLLER UNE DOUCE (Se). Se masturber. Rigaud dit: _Se coller un rassis_.

COLLETINER. A aussi, dans le peuple, le sens plus étendu de porter un fardeau quelconque.

COLON (Petit). Argot militaire. Abréviation de lieutenant-colonel.

COLTINEUR, EUSE. Fainéant, mauvais ouvrier. «C'est sûrement pas pour des coltineuses de votre espèce qu'on ferait des sacrifices!» (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)

CON. Monosyllabe injurieux que le peuple a constamment à la bouche et qu'il emploie à propos de tout et à propos de rien.

CONDÉ. Influence. «Ils avaient accaparé les meilleurs postes, ceux qui procurent le plus de condé (influence). (Humbert: _Mon bagne_.)

CONFORTABLE. Verre de bière.

CONNAÎTRE DANS LES COINS (La). C'est la variante de l'expression citée par Delvau: _Connaître le numéro_.

CONSCRAR. Elève de première année à l'Ecole Polytechnique. «C'est la première chose que les anciens apprennent aux conscrars lorsqu'ils arrivent à l'école.» (_Gil Blas_, 1882. V. Delvau: _Conscrit_.)

CONSCRIT. Normalien de première année.

CONSOLATION. Jeu de hasard à l'usage des filous. «Au lieu du rendez-vous, on jouait la consolation, partie qui consiste à diviser un tapis vert en cases, au moyen de lignes tracées à la craie, à numéroter chaque compartiment depuis un jusqu'au chiffre maximum que peuvent produire un certain nombre de dés et à payer enfin à chaque individu le montant de la mise qui se trouve dans la case que désigne la somme des points amenés par le coup de dés.» (_La Loi_, 1882).

CONSULTER LAROUSSE, ou, pour parler plus clairement: consulter le Dictionnaire rédigé par M. Larousse. Argot des écoles. Je vais consulter Larousse à la bibliothèque, disent à leurs parents les jeunes collégiens de seize à dix-huit ans. Et au lieu de se rendre à la bibliothèque Sainte-Geneviève ou dans un cabinet de lecture, ils s'en vont tout droit... à la plus proche brasserie desservie par des femmes. «Les tout jeunes gens y vont (dans ces brasseries) sous prétexte de boire un bock et de consulter le Dictionnaire Larousse. Aujourd'hui, ces deux mots: _Consulter Larousse_ ont, dans le langage des lycées, un sens sur lequel je n'ai pas besoin d'insister.» (_La Ligue_, juillet 1885.)

CONTER QUELQUE CHOSE AU PERRUQUIER DES ZOUAVES. Argot militaire. Ne pas croire à cette chose.

COPURCHIC. Elégant, homme qui donne le ton à la mode. Ce mot, un des derniers mis en circulation, vient de «pur» et de «chic», le premier indiquant la perfection absolue du second. La syllabe _co_ ne vient là que pour l'euphonie. «Le copurchic ne parle plus argot; il se contente de parler doucement, lentement...» (_Figaro_, 1886.) «Le petit vicomte de X, un de nos plus sémillants copurchics...» (_Gil Blas_, juillet 1886.)

De _copurchic_ est dérivé _copurchisme_ qui désigne l'ensemble des gens asservis à la mode. «Les élégantes de copurchisme veulent, elles aussi, donner une fête au profit des inondés.» (_Illustration_, janvier 1887.)

COQUEMART. Chaudron. (Richepin.)

COQUILLARD. OEil. _S'en tamponner le coquillard_, s'en battre l'œil, s'en moquer.

CORBILLARD DE LOUCHERBEM. «Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l'immonde voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande gâtée.» (Richepin.)

CORIO. Fontaine. Argot des élèves de l'Ecole Polytechnique. C'est le général Coriolis qui fit installer des fontaines dans les cours de l'Ecole.

CORPS DE POMPE. L'ensemble des professeurs de l'Ecole de Saint-Cyr. «Ceux qui savent quelques bribes de dessin, pochent en quatre traits la caricature du corps de pompe.» (Maizeroy: _Souvenirs d'un Saint-Cyrien_.)

CORRECTEUR. Argot des établissements pénitentiaires. Détenu qui est chargé d'exercer une surveillance sur ses camarades.

COSTUME (Faire un). Argot théâtral. Applaudir un acteur dès son entrée en scène et avant même qu'il ait pu prononcer une parole.

COTE. Terme de course. Tableau sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent part à des courses. «Les paris à la cote sont les seuls autorisés, depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont sombré par-devant la police correctionnelle.» (_Carnet des courses._)

CÔTIER. Cheval de renfort. Homme qui le conduit. «Plus curieux encore sont les côtiers, c'est-à-dire les chevaux de renfort pour les montées.» (_Estafette_, 1882.)

COUCHE (En avoir une). Sous-entendu, de bêtise. Être inintelligent.

COUDE (Ne pas se moucher du). Se faire valoir. Expression ironique.

COUP (Valoir le). Mériter attention. Valoir la peine.

COUP DE CACHET. «Un jeune premier suivant le cœur de M. Zola... a sournoisement introduit un couteau entre les épaules de son rival... en imprimant à son arme, s'il en faut croire l'acte d'accusation, un mouvement de rotation destiné à donner au coup une force inévitablement mortelle. C'est ce que M. Huysmans appelle le coup de cachet.» (L. Chapron.)

COUPE-FILE. Carte délivrée par la Préfecture de police aux membres du corps diplomatique, aux ministres, aux personnages de distinction et qui sert à couper les files de voitures, à circuler ou à stationner dans des endroits où le public ne peut ni circuler, ni stationner.

«Tu ne verras pas, conduisant Leur bois peint, tout frais reluisant, Un groom en croupe, Avec un coupe-file, au Bois, Des gens qui faisaient autrefois Filer la coupe!»

(_Clairon_, 1882.)

COUPE-GUEULE. V. _Biboire_.

COUPER DANS LE CEINTURON. Même signification que _Couper dans le pont_. (V. Delvau.) «Une vieille ambitieuse qui est simple marchande des quatre saisons, et que j'ai coupé dans son ceinturon.»

(_Gazette des Tribunaux_, 1881.)

COUPER LA VERTE, L'ALFA. Argot militaire. Boire de l'absinthe.

COURRIER DE LA PRÉFECTURE. Voiture cellulaire.

COUTURES (Rabattre les). Battre. Argot des écoliers. «Selon l'usage, on voulut commencer par lui rabattre les coutures, c'est-à-dire le brimer à coups de poing.» (A. Theuriet: _Michel Verneuil_.)

COUVERTURE.--Dans le jargon militaire, la couverture, mot tout récent, signifie l'ensemble des troupes et des ouvrages de fortification qui couvrent une frontière et sont destinés à soutenir un premier choc. «Surtout ne dites pas que le général Février a le commandement de la couverture.» (_Figaro_, mars 1887.)

CRAMPONNER (Se). Être saisi d'étonnement, d'admiration. _Cramponne-toi, Gugusse_, est une phrase ironique que le peuple emploie souvent en s'adressant à quelqu'un pour l'avertir qu'il va voir ou entendre quelque chose d'extraordinaire.

CRAN. (Se serrer d'un). Se priver de. Se serrer le ventre, ne pas manger à sa faim.

CRAYON. Commis boursier, employé d'agent de change, «Habile, finaud, un des malins crayons de la coulisse, Luzy n'avait pas le grand flair de Blancheron.» (De Goncourt: _La Faustin_.)

CRAVACHE (Être à la).--On se sert aussi de cette expression d'abord pour exprimer l'état de quelqu'un qui, riche, se trouve dans une situation sinon précaire, tout au moins bien au-dessous de celle qu'il possédait, au point de vue de la fortune s'entend. «La nouvelle du jour est le mariage d'une demi-mondaine très décatie, mais fort riche, avec un clubman très titré, mais fortement à la cravache depuis le krack.» (_Gil Blas_, juin 1887.)

CRÉTINISÉ (Être). Être ébaubi, stupéfait d'admiration, «--C'est la plus belle créature de notre temps.--J'en suis crétinisé!» (_Vie Parisienne_, 1882.)

CREVANT. Très drôle, à crever de rire.

CROIX DE DIEU. Alphabet. «Je connaissais la croix de Dieu. La croix de Dieu, vous le savez, n'est rien moins que l'alphabet avec une belle croix au commencement.» (B. Pifteau.)

CROTAL. Sergent à l'Ecole Polytechnique. «L'on s'installe par demi-section présidée par un crotal. Le crotal c'est le sergent.» (_Gil Blas_, juin 1882.)

CROTTARD. Trottoir. V. plus bas _Magasin_.

CUIRE (Se faire). Se faire arrêter.

CUL LEVÉ. Partie d'écarté à trois où deux des joueurs s'entendent pour dépouiller le troisième.

CULASSES MOBILES (Revue des). Argot militaire. Inspection médicale qui a lieu tous les mois.

CULBUTANT. Pantalon. (Richepin.)

CULOTTE ROUGE (Donner dans la). Choisir ses amants dans l'élément militaire.

CYLINDRE. Chapeau haute forme.

D

DANDÉE. Coup, frottée. (V. Delvau: _Dandinette_.)

«Qui a composé cette chanson? C'est un Cotric tourangeau Par joie et satisfaction D' la dandée de ce Morvandiau.»

(Chanson, 1884.)

DANSE. Puanteur. (V. Delvau, _Danser_.)

DARIOLE. Pâtisserie commune. _Darioleur_: pâtissier.

DAVID. Casquette de soie. Du nom du bon faiseur. «Parlant argot, portant les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front...» (Humbert: _Mon bagne_.)

DÉBALLER DES FONDS DE CHAPEAUX (Faire). Ennuyer, obséder quelqu'un, dans l'argot des placiers et des commis voyageurs.

DÉBECTANT. Ennuyeux, désagréable. «Mentor qui connaissait tout le fourbi, dit alors à Télémaque: C'est débectant, mais au fond, ça ne fait rien...» (A. Leroy: _Les mistouf's de Télémaque_.)

DÉBECQUETER. Vomir.

DÉBOULER. Accoucher.

DÉBOUCLEUR DE LOURDES. Voleur qui a la spécialité de fracturer tes portes.

DÉBOURRER. Jargon des maquignons. Cheval débourré, cheval qui a perdu l'embonpoint factice qu'on lui avait donné pour le vendre. «Au bout de quelque temps, les fraudes se découvrent, l'embonpoint factice s'affaisse, les côtes reparaissent, et la bête est ce qu'on appelle débourrée...» (_Siècle_, 1867. Cité par Littré.)

DÉBRIDER. Autoriser, permettre. Argot des forains. (V. _supra_, Brider.)

DÉBROUILLE. Argot des enfants. Débarras. S'emploie surtout dans le jeu de billes. Quand devant une bille visée se trouve un obstacle quelconque, un caillou, du sable, l'enfant qui vise s'écrie: _débrouille!_ et aussitôt il ôte l'objet qui le gênait, à moins que son camarade n'ait crié avant lui: _sans débrouille!_

DÉCARREMENT. Evasion. (V. Delvau: _Décarrade_.)

DÉCATISSEMENT. Mot plus trivial qu'argotique et synonyme de décrépitude, d'affaiblissement. «De là,--toujours style des jolis gommeux,--ce décatissement inouï, accompagné de phénomènes comateux...» (De Montépin: _Sa Majesté l'Argent_.)

DÉCIMADORÈS. Cigare de dix centimes. «--Cochon de cigare!--En voulez-vous un autre?--Volontiers. Les miens sont pourtant d'une bonne marque; des décimadorès de choix!» (_Charivari_, juillet 1884.)

DÉCOLLER (Se). Manquer, ne pas réussir, ne pas avoir lieu. «Voilà que le banquet du 13 se décolle!» (_Bataille_, 1882.)

DÉCULOTTER. Faire faillite.

DÉFLAQUE. Excrément. (Richepin.)

DÉGLINGUER. Détériorer.

DÉGOMMER. Mourir. _Dégommé_, mort. _Quart des dégommés_, commissaire des morts.

DÉGRINGOLER DE LA MANSARDE. Sentir mauvais de la bouche.

DÉGRINGOLEUR, EUSE. Voleur, euse. «Malgré la réputation de dégringoleuse de la prévenue, le vol du chronomètre n'a pas été suffisamment établi à sa charge.» (_Gazette des Tribunaux_, août 1884.)

DÉGUEULATOIRE. Repoussant, dégoûtant, qui donne envie de dégueuler.

DÉGUEULADE, DÉGUEULAGE, DÉGUEULIS. Vomissement. Dégueulage a aussi, dans le peuple, le sens de cravate.

DEMI-CASTOR. «Demi-castor est devenu un terme courant sous lequel on désigne une personne suspecte, équivoque, sous des dehors soignés; mais en grattant le castor on trouverait le lapin.» (_Figaro_, janvier 1887.)

DEMI-POIL. Demi-vertu. «Allez donc établir une distinction quelconque entre une marquise célébrée par les reporters de salon et une fille de demi-poil.» (L. Chapron.)

DEMI-TOUR. Jargon des élèves de l'école de Saint-Cyr. Le demi-tour est une sorte de brimade qui consiste à jeter bas de leurs lits les nouveaux élèves et à renverser leur literie. «Le soir, les élèves se livrèrent à ce qu'ils appellent le demi-tour.» (_Evénement_, juillet 1884.)

DÉPOTER. Accoucher. «Une tante qui, sans être sage-femme, était experte en ce genre d'ouvrage, dépota l'enfant.» (Huysmans: _A vau-l'eau_.)

DÉRAILLER. Divaguer.

DÉROBER. Argot de turf. Un cheval se dérobe quand il s'écarte de la piste.

DESCENDRE. Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C'est aller dans la direction de la rampe.--Terme de turf; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu'il descend, parce qu'en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre--1, et qui est aujourd'hui à 5 contre--1 est un cheval qui descend (Littré.)

DESCENDRE DES TRAVAUX. Argot ouvrier. Travailler d'arraché pied. «Le patron avec qui nous avons traité... était étonné de la façon dont nous avons descendu les travaux...» (_Enquête de la Commission extra-parlementaire des associations ouvrières._)

DÉTACHÉ. Argot de sport. Qui est en avant des autres chevaux. Tel cheval est arrivé second, mais il était complètement détaché du reste du champ, c'est-à-dire qu'à l'exception du vainqueur, tous ses rivaux étaient loin derrière lui.

DÉTAR. Veston. Argot du peuple.

DEUIL (Très). Homme du monde ou mieux voulant se faire passer comme tel. Le mot, d'usage boulevardier, n'a fait qu'une courte apparition en 1886. Il faisait allusion au deuil porté avec ostentation par certaines personnes à l'occasion de la mort de la comtesse de Chambord.

DEUX GALONS. Lieutenant. Argot militaire. «Comment, disait-on, un médecin de deuxième classe qui n'a que le grade de lieutenant dans l'armée, un deux galons va commander des amiraux!» (_Evénement_, juin 1884.)

DÉVISSER (Se). «C'était l'école préparatoire de Sainte-Barbe qui dévissait. Et pourquoi dévissait-elle l'école préparatoire? Parce que beaucoup d'élèves étaient mécontents de ce que quelques-uns de leurs camarades avaient été renvoyés...» (_Constitutionnel_, février 1883.)

DIFFICULTÉ. Argot de sport. Être en difficulté, se dit d'un cheval qui a de la peine à garder son avance. «Au dernier tournant _Gladius_ était en difficulté pour conserver son rang à côté de _Bivouac_ qui prenait le dessus.» (_Journal officiel._)

DISCRÉTION. Pari. «Des paris gagnés ou perdus qui, le plus souvent, prennent la forme compromettante et le titre étrange de discrétion.» (_Indépendance belge_, 1868.)