Dictionnaire de la langue verte
Part 48
AVOIR UNE BELLE PRESSE. Être complimenté par tous les journaux. «Madame est en train de lire ses journaux... Madame, à ce qu'il paraît, n'a jamais eu une si belle presse!» (De Goncourt: _La Faustin_.)
B
BADINGATEUX. Terme de mépris employé par les adversaires du régime impérial pour désigner un partisan de ce régime. «Solde de vestes. On prend mesure; blouses blanches pour braillards, gueulards, badingateux...» (_Temps_, 1881.)
BAFOUILLAGE. Conversation sans suite, confuse, incohérente. A vrai dire, ce mot rentre plus dans le langage trivial que dans l'argot; toutefois comme les dictionnaires spéciaux ont jusqu'ici enregistré _bafouiller_ et _bafouilleur_, j'ai pensé que bafouillage avait également droit d'asile. «J'ai entendu nombre de phrases sans suite, d'exclamations vides, de bafouillages incohérents.» (_Echo de Paris_, mai 1884).
BAFRER. Manger. «C'était une sorte de vivandière qui bâfrait comme un roulier et buvait comme quatre.» (Huysmans: _A vau-l'eau_.)
BAGNOLLE, mauvaise voiture.
BAGUETTE EST CASSÉE (La). Cette expression a remplacé le _Zut au berger_. (V. _Delvau_.)
BAJOTER. Bavarder, jacasser.
BAL. Peloton de punition. Argot militaire.
BALEINE. Femme de mauvaise vie.
BALINSTRIQUER. Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner. «Tu sais, lui avait-il dit, j'ai fait un sale coup, j'ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c'est ma tête qui est à couper.» (_Gazette des Tribunaux_, septembre 1884.)
BALLE (Faire). Être à jeun. «Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.» (A. Humbert: _Mon bagne_.)
BALLON. Art de tournoyer en dansant.--Verre de bière.
BALOUSTIQUER. Lever, soulever, arracher. Argot de malfaiteurs.
BALUCHONNEUR. Voleur. Ainsi que son nom l'indique, ce malfaiteur vole de préférence les objets faciles à cacher, les petits paquets, par exemple (en argot _baluchon_ est synonyme de paquet). C'est aussi lui qui _travaille_ aux étalages des magasins et qui pratique parfois le vol dit à la bousculade. «La nuit seulement, un certain nombre de baluchonneurs s'y donnent rendez-vous (dans un cabaret) pour faire l'échange ou la vente du produit de leur vol.» (_Nation_, juillet 1885.)
BANDISTE. «On appelle ainsi les tâcherons qui sont employés à rédiger les adresses pour circulaires, prospectus, manifestes électoraux.» _Soleil_, 16 nov. 1888.
BARAQUE. Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle. «Le jeu de la baraque se compose d'une planchette de cuivre casée à l'angle d'un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon! l'adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c'est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C'est pour rien! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.» (_Paris-Journal_, 1882.)
BARAQUEUR. Joueur de baraque.
BARBE. Répétition. «Une barbe, c'est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s'assied, on le rase, il paye, c'est une barbe!» (Richepin.)
BARBE (Faire sa). Argot théâtral. Gagner de l'argent. «Sa barbe faite, comme on dit en argot théâtral, c'est-à-dire son argent gagné, notre chanteuse s'empresse de quitter le salon.» (_Gaulois_, 3 octobre 1881.)
BARBE (Femme à). Argot militaire. «Terme sous lequel on désigne une beauté sur le retour généralement unique dans chaque ville de garnison, qu'une étrange et irrésistible passion pour le biscuit militaire laisse sans défense contre les assauts du soldat.» (Ginisty: _Manuel du Parfait réserviste_.)
BARBIFIER (Se). Se griser. Argot des typographes. V. Delvau au mot Barbe. «Il s'est barbifié hier; il a mal aux cheveux aujourd'hui.» (_Typologie-Tucker_, juin 1885.)
BARBOTER. Parler sans savoir ce que l'on dit.
BARBOTTAGÉ. Vol. «Le droit au barbottage est absolu.» (A. Humbert: _Mon bagne_.)
BASSINOIRE. «A Paris, il est de ces hôtels où, pour quelques sous, couchent les maçons, qui s'en vont à leur travail, à l'aube. Eh bien! par les nuits d'hiver, il est de pauvres diables qui attendent, l'onglée aux mains, que ces maçons soient partis pour se glisser, au rabais, dans leurs draps encore chauds. Ils font queue devant le logeur, comme devant un théâtre. Ils battent la semelle en attendant le sommeil. Ils appellent, dans leur argot, les compagnons maçons qui leur cèdent ainsi leur couche, les _bassinoires_.» (J. Claretie: _La Vie à Paris_.)
BÂTIR. Terme de couturière; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l'essayage, des retouches à opérer. «Deuxième séance; essayage des toilettes bâties.» (_Gaulois_, 1881.)
BÂTONS DE CHAISE (Noce de). Orgie.
BÂTON DE RÉGLISSE. Gardien de la paix. Prêtre.
BÂTON ROMPU. «--Quels gens appelez-vous vieilles cannes?--Les repris de justice.--Et bâtons rompus?--Les surveillés de la haute police en rupture de ban.» (Barron: _Paris-Etrange_.)
BATTRE LE BEURRE. Mener une conduite déréglée. Argot des voyous.--«Et ta sœur?--Ma sœur? elle bat l'beurre!»
BATTRE A LA PARISIENNE. Voler ou tricher au jeu.
BATTRE SON PLEIN. Être dans tout l'éclat de son talent ou de sa beauté. «Jamais l'artiste de la Renaissance ne fut plus jolie qu'à présent; elle bat son plein.» (_Evénement_, 1872.)
BAVAROISE. Infusion de thé et de sirop de capillaire.--_Bavaroise au chocolat_, tasse de chocolat à la crème; _bavaroise aux choux_, mélange d'absinthe et d'orgeat; _bavaroise de cocher_, verre de vin.
BAVER DES CLIGNOTS. Pleurer.
BAVEUX. Qui ne sait ce qu'il dit; qui bafouille.
BAZAR. Lycée, pension. «Les jeunes citoyens de l'avenir, _vulgo_ les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.» (_Evénement_, 1881.)
BÉCARRE. Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d'élégant, n'est plus guère usité aujourd'hui. «Le parisien, en tant que langue vient de s'enrichir d'un nouveau mot.... Le _pschuk_ qui succédait au _chic_ a fait son temps. C'est le _bécarre_ qui gouverne. On est ou on n'est pas bécarre, comme on était jadis ou l'on n'était pas élégant. Il est _bécarre_ de faire telle chose et non bécarre d'en faire telle autre.... _Bécarre_, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.» (_Illustration_, novembre 1885.)
BÉGUEULISME. Le mot est de F. Sarcey qui l'a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869. «C'est, dit-il, dans la vie ordinaire, l'art de s'offenser pour le compte des vertus qu'on n'a pas; en littérature, l'art de jouir avec des goûts qu'on ne sent point; en politique, en religion et en morale, l'art d'affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.»
BENEDICAMUS. Enfant de chœur. Terme populaire: «Il s'imaginait naïvement que les vainqueurs ramenaient avec eux M. le curé, les vicaires, l'organiste, les petits benedicamus.» (_Figaro_, nov. 1885.)
BIBELOT. Argot d'imprimerie. Travaux de peu d'importance; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.
BIBELOTEUR. Collectionneur; amateur de bibelots.
BIBELOTIER. Ouvrier imprimeur, spécialement chargé des bibelots.
BIBOIRE. Petit récipient en caoutchouc ou en cuir bouilli en forme de bateau et dont on se sert en voyage ou à la chasse pour boire.
Les écoliers disent _coupe-gueule_.
BIDARD. Heureux, veinard. _Être bidard_, avoir de la chance, réussir dans ce que l'on entreprend.
BIÈRE. Boîte aux dominos.
BIGORNIAU. Auvergnat.
BIJOU. Nom donné, par antiphrase, chez les restaurateurs de Paris, à toutes les dessertes des plats et des assiettes; c'est le profit des laveurs de vaisselle.» (_Journal des Débats_, 1876, cité par Littré.)
BILLARD ANGLAIS (Jouer au). Pratiquer l'onanisme.
BILLE DE BILLARD. Crâne dénudé et, par extension, vieillard. «Ah! mince alors! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse!...» (Meilhac et Halévy, _Lolotte_.)
BILLET DIRECT POUR CHARENTON. Absinthe pure. «L'autre jour, le patron m'a payé un billet direct pour Charenton.» (_Gil Blas_, 1882.)
BINCE. Couteau (Richepin.)
BISCOP. Casquette.
BISCUIT. Argot de joueurs. Le biscuit est une série de cartes fraudées, bizeautées que le grec a toujours sur lui pour s'en servir quand il juge le moment favorable. On dit: _servir, préparer un biscuit_.
BLANC D'ESPAGNE. Sous le nom du parti des Blancs d'Espagne, on désigne ainsi, dans le jargon politique et dans le langage de la presse, l'ensemble des légitimistes qui, après la mort du comte de Chambord, se sont ralliés à la cause du fils aîné de don Carlos, don Jayme. A cette dénomination plaisante, mise en circulation par un journaliste toulousain, les Blancs d'Espagne répondirent par cet autre sobriquet à l'adresse de leurs adversaires, partisans du comte de Paris: _Blancs d'Eu_. «Le parti des Blancs d'Espagne ne sera jamais sérieux.» (Ed. Hervé: _Soleil_, juillet 1884.) «Mr. E. Veuillot est un Blanc d'Espagne encore un peu honteux de proposer à la France de se soumettre à un étranger.» (_Matin_, juillet 1884.)
BLAFARDE. La mort.
BLOCKAUS. Chapeau de haute forme.
BLONDE, BRUNE. Verre de bière de couleur brune ou blonde. «Les garçons (de café) libérés avant leurs confrères dépouillent rapidement la veste et le tablier blanc, se mettent en civil comme ils disent, et s'en vont boire des bocks dans les brasseries attardées. Seulement, ils ne sont pas assez naïfs pour donner en s'en allant le pourboire d'usage; ils demanderaient plutôt, quand vient le quart d'heure de Rabelais, une remise sur le prix des _brunes_ et des _blondes_ qu'ils ont absorbées.» (_Figaro_, 1882.)
BOEUF. Joli, agréable. _C'est rien bœuf!_ dit le peuple.
BOISSONNEUR. Pilier de cabaret. «Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole, rien de plus naturel.» (Huysmans: _Les Sœurs Vatard_.)
BOÎTE. Argot militaire. Salle de police. _Coucher à la boîte, boulotter de la boîte_: être souvent puni; _avoir une tête à boîte_: être affligé d'une maladresse qui attire sur vous les préférences de l'instructeur.--_Grosse boîte_, prison.
BOÎTE A VIOLON. Cercueil, allusion de forme.
BOMBER. Frapper, battre. Argot de souteneur.
«Si tu prends des airs de bégueule, Gare à ta peau... J'te vas bomber.»
BONDE. Maison centrale. «Il a filé deux ou trois berges aux bondes.» (A. Humbert: _Mon bagne_.)
BON-DIEU. «On m'avait réservé la copie d'un petit état récapitulatif des corvées du jour, dont j'avais à faire une douzaine d'exemplaires. J'en avais pour trois quarts d'heure environ... Cela s appelait des bon-dieu. Je n'ai jamais pu savoir pourquoi.» (A. Humbert: _Mon bagne_.)
BONNE! Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'il vient de jouer compte et ne saurait être annulé. (V. _Mauvaise_.)
BONNEFORTANCHE. (V. _Infra Frangeuse_.)
BON PREMIER. Argot de courses. Un cheval arrive bon premier quand il a fourni la course bien avant ses concurrents. Il est _bon dernier_ quand il arrive non seulement le dernier, mais encore avec un retard considérable sur les autres chevaux.
BOOKMAKEUSE. Bookmaker femelle. «La bookmakeuse se rend aux courses en petite charrette anglaise; elle conduit elle-même, et ses commis, d'autres femmes de même tournure, occupent le siège de derrière.» (_Figaro_, 12 juin 1881.)
BORDEL. Outils, instruments, objet quelconque.
BOSSER. Rire, s'amuser.
BOSTON. Képi, chapeau, coiffure d'homme. «Restait à choisir un képi. Impossible; tous couvraient la tête jusqu'aux épaules et Pompignan dut aller jusqu'à la réserve où parmi les anciens bostons, il en trouva un qui pouvait servir.» (_Revue alsacienne_, juillet 1887.)
BOUCHE-TROU. Ecolier qui se tient prêt à remplacer un de ses camarades qu'une cause quelconque empêche de prendre part aux concours qui ont lieu entre les lycées. «L'ouverture des boîtes du grand concours réserve, parfois, des surprises étranges, comme par exemple, celle du bouche-trou remportant le prix d'honneur.» (_Télégraphe_, août 1885.)
BOUCHER LA LUMIÈRE. Donner un coup de pied dans le derrière.
BOUCHON. Bouteille de vin cacheté. (Richepin.)
BOUDINÉ. Une des dernières incarnations du gommeux. Le mot est de Richepin. «Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur paraît rendre d'une façon imagée l'étroitesse de leur costume; il répond... à cet ensemble de tenue qui leur donne l'air de boudins montés sur pattes. (_Siècle_, 1883.) Encore un mot qui n'a eu qu'une existence bien éphémère.
BOUGIE. Argent.
BOUILLONNEUSE. Femme qui, dans certains restaurants, est spécialement préposée à la confection des potages.
BOULE DE C... Argot militaire. Idiot.
BOULEAU, BUCHE. (V. Delvau: _Bucherie_).
BOULEVARDER. Fréquenter les boulevards. «Il y a des gens à qui la science vient en boulevardant.» (Cherbuliez: _Revue des Deux Mondes_, 15 janvier 1876, cité par Littré.)
BOULOTTE. Grosse petite femme, bien en chair.
«C'est eun'boulotte, une chic artisse Qui vous a d'la réponse, mon vieux!»
(_L'entr'acte à Montparnasse._)
BOUM (Faire). Copuler. «Il n'ignorait certainement pas comment se pratique cette agréable chose que les petites ouvrières appellent: faire boum!» (Huysmans: _Sœurs Vatard_.)
BOURDE. Mensonge, faute grossière. «On te dit... que t'es venu coller des bourdes aux pauvres bougres.» (_L'Esclave ivre_, no 1.)
BOURRER UNE (En). Fumer une pipe. «Après déjeuner, M. Cherbuliez revient à son cabinet, et,--détail naturaliste,--allume une pipe; en bourre une, dirait Zola.» (_Evénement_, 1882.)
BOUT. Congé, renvoi.
BOUT-DE-CIGARE. Homme de petite taille. Argot militaire.
BOUTEILLE. V. CASSER SA BOUTEILLE.
BOUTONNER. Terme de salle d'armes; toucher à coups de fleuret.
BRACONNER. Argot de cercle. Tricher, voler au jeu.
BRIDAUKIL. Chaîne d'or.
BRIDER. Interdire, défendre. Argot des marchands forains. «Il m'a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité d'arnaquer.» (_Temps_, avril 1887.)
BRIFFE. Pain. (Richepin.)
BRINDE. Femme grande et déhanchée. «Tenez, là à gauche, regardez cette grande brinde qui s'étale, avec son nez si retroussé qu'on lui voit la cervelle.» (Chavette.)
BRISURE. Escroquerie.
BRODAGE. Ecriture.
BRODEUR. Escroc, faussaire. Argot des voleurs. Au sens d'écrivain public qu'ont donné à ce mot _brodeur_ Delvau et ses continuateurs, il convient d'ajouter celui d'escroc et de faussaire. «Dans le langage spécial de la haute pègre, on désigne sous le nom de brodeurs les individus qui, moyennant une jolie pièce de vingt à quarante sous signent des valeurs de complaisance lancées dans la circulation et qui, naturellement, ne sont jamais payées.» (_Figaro_, octobre 1885.)
BRODEUR. Prêteur d'un cercle qui vous donne 10,000 francs et vous en réclame 12,000 à l'aide d'un bon, en vous soutenant effrontément qu'il vous a prêté 12,000 francs et non 10,000 francs. Vous êtes encore son obligé.
BROUILLARD (Faire du). Fumer. «Il n'était pas de semaine que quelques-uns ne se fissent prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu'ils avaient goûté à faire du brouillard.» (A. Humbert: _Mon bagne_.)
BRULANT. Foyer, feu. (Richepin.)
BRUTION. Élève du Prytanée militaire de La Flèche. (V. l'article suivant.)
BRUTIUM. Le Prytanée militaire de La Flèche. «Tout le monde connaît le Prytanée militaire de La Flèche; la règle y est grave et la discipline aussi sévère qu'au régiment même. Les classiques d'il y a cinquante ans imaginèrent que c'était là une éducation à la Brutus, d'où le terme _Brutium_ pour caractériser l'école, d'où celui de Brutions pour qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.» (_Le Siècle_, 1880.)
BUS. Omnibus. Mot très usité à Paris chez le peuple qui, par une anomalie étrange, fait _bus_ du masculin et _omnibus_ du féminin. _Prendre le bus_, _monter en bus_ sont des expressions qu'on entend journellement. «--J'prends un sapin!--T'es rien tourte, Gugusse! J'ter trente-cinq ronds à c'te tête de faïence, quand pour trois jacques en bus t'en vois la farce!» (_Le Monde comique_, 1883.)
C
CABE. Elève de troisième année à l'Ecole normale.
CABOT. Argot militaire. _Elève-cabot_, élève caporal. _Cabot_ pris absolument dans le sens de caporal est inusité. (Ginisty: _Manuel du réserviste_.)
CABRIOLET. Petite boîte servant à classer des fiches.
CADRE. «Le personnel du service de la police de sûreté.--Lettre supposée, écrit apocryphe. «J'estime qu'aucun de vous, quand vous en aurez pris connaissance, ne s'imaginera que c'est une lettre supposée, un cadre, comme nous disons dans notre argot de journalisme.» (XIXe _Siècle_, 1881.)
CAFARD. Argot militaire. Insecte qui travaille la tête d'un officier et le rend intolérable pour ses hommes. Par extension, l'officier lui-même, atteint de cette infirmité. (Ginisty: _Manuel du réserviste_.)
CAGE. Tête. _Ne plus avoir de mouron sur la cage_, être chauve.
CAGNE. Mauvais chien. «Dans la bonté des chiens, il y a des bizarreries inouïes; les disgraciés sont quelquefois les intelligents et, dans la même portée, il y a trois cagnes pour un bon chien.» (Carteron: _Premières chasses_.)
CAGNER. Faire la cagne; reculer devant une besogne difficile ou dangereuse. (Littré).
CAÏMAN. Maître, surveillant. Argot des élèves de l'Ecole normale. «Je rentrai si en retard, que le père Estiévant, le portier, qui me vendait du chocolat, fut obligé de me marquer tout comme un autre sur sa liste. Je pensais avoir une excuse et je l'exposai au caïman...» (_Gaulois_, 1880.)
CAISSE NOIRE. Fonds secrets mis à la disposition du Ministre de l'Intérieur et du Préfet de police. «Croyez-vous que l'argent de la caisse noire ne pourrait pas être plus utilement employé?» (_Figaro_, 1882.)
CALEBASSE. Secret. _Vendre la calebasse_, révéler le secret. (Littré.)
CALÉ (Être). Dans l'argot des écoles, cette expression est synonyme de savoir ses leçons, ses cours, connaître à fond les matières d'un examen.
CALIC. Commis de magasin de nouveautés. Abr. de _Calicot_.
CALIN. Tonnelet d'étain dont se servent les marchands de coco. Le tonnelet lui caresse, lui câline le dos. (Richepin.)
CALOT. Argot des commis de nouveautés: acheteur difficile, ennuyeux à servir. «Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.» (P. Giffard.) V. Delvau. Suppl. _Madame Canivet_.
CALOTTE. Assiette creuse. Sorte de pâtisserie où il entre des confitures. «Vous vous imaginez peut-être qu'il est question de quelques petites friandises dont on nous donnait de nombreuses indigestions durant notre jeunesse et qui portaient ce nom si joli, si gracieux, si adorable de petites calottes; il y avait là-dedans des confitures.» (_Gazette des Tribunaux._)--Pot de confiture ayant la forme d'une grande calotte sans anse ni oreilles. (Littré.)
«Les calottes dont nous nous entretenons sont des pots de confitures.» (_Gazette des Tribunaux_, avril 1874.)
CALYPSO (Faire sa). Faire des manières, des embarras. C'est la variante savante de _faire sa tête_.
«Tu peux r'tourner à ton potage! Ah! monsieur fait sa Calypso! En v'la z'un muf!...»
(_L'entr'acte à Montparnasse._)
CAMBRIOLE. Boutique. (Richepin.)
CAMBROUSER. Servir comme domestique. (Richepin.)
CAMEMBERT. Montre. Argot du peuple.--«Quelle heure avez-vous à votre camembert?--Mon ca...?--Ah! c'est vrai! vous parlez correctement, vous. J'ai voulu dire votre montre.» (_Vie parisienne_, novembre 1883.)
CAMERLUCHE. Camarade. (Richepin.)
CAMOUFLÉ (Être). Avoir reçu les derniers sacrements. «Dès qu'il fut, suivant la pittoresque expression, camouflé, c'est-à-dire dès qu'il eut reçu le sacrement de l'Extrême-Onction...» (Humbert: _Mon bagne_.)
CAMPÊCHE. Vin. «Pourvu qu'on ait du campêche à douze sous le litre...» (_Figaro_, 1882.)
CANNE (Vieille). «Quels gens appelez-vous vieilles cannes?--Les repris de justice.» (Barron: _Paris-Etrange_.)
CANULARIUM. Argot des élèves de l'Ecole normale. Sorte d'investiture; épreuves que subissent à l'Ecole les nouveaux venus. Dans le numéro du 13 novembre 1887 du journal _La Paix_, M. Joseph Montet a fait une curieuse description de cette cérémonie.
CANULEUR. (V. Delvau, _Canule_.)
CAP (Doubler le). Faire un détour pour éviter un créancier. (V. Delvau: _Rue barrée_.)
CAPITAL. Vertu, virginité de la femme. Le mot a été créé par M. Alexandre Dumas. «Généralement, c'est une femme dont le capital s'est perdu depuis de longues années.» (Théo-Critt: _Nos farces à Saumur_.)
CAPONNER. Argot des écoles. Rapporter au maître les fautes de ses condisciples.
CARABINIER DE LA FACULTÉ. Pharmacien.
CARFOUILLER. Fouiller jusqu'au fond, dans tous les sens. «Il délibéra longtemps avec lui-même pour savoir... s'il lui carfouillerait le cœur avec son épée ou s'il se bornerait à lui crever les yeux.» (_Figaro_, 1882.)
CAROTTAGE. (V. Delvau: _Carotte_.)
CAROUBLAGE. Sorte de vol. (V. Delvau: _Caroubleur_.)
CARPE (Faire la). S'évanouir, se pâmer.
CARRÉ. Elève de seconde année à l'Ecole normale.
CARTOUCHIÈRE A PORTÉE. Réservoir de cartes que les grecs placent sous leur gilet et où ils trouvent classées et numérotées toutes les portées possibles.
CASER. Abrév. de casernement. Argot des élèves de l'Ecole Polytechnique.
CASQUEUR. Argot des coulisses. Le public payant, par opposition aux billets de faveur et au service de presse.
CASSER SON LACET. Abandonner sa maîtresse, rompre toutes relations avec elle. «Alors, c'est dit, nous cassons notre lacet?» (Huysmans: _Les Sœurs Vatard_.)
CASSER (A tout). Considérable, fantastique, inouï. «Le public voit la quatrième page de son journal occupée par la réclame à tout casser du grand bazar.» (Giffard: _Les grands bazars_.)
CASSER SA BOUTEILLE. Expression populaire datant de l'année 1885; c'est vouloir se donner de l'importance, se gonfler, se faire aussi gros que le bœuf... et n'y point réussir.
CASSEROLE. Prostituée. «La casserole en argent est celle qui constitue à son amant de cœur un revenu quotidien de vingt à cinquante francs.» (_Réveil_, juin 1882.)
CASTAPIANNE. Blennorrhée. Argot militaire.
CASTORISER (Se). Argot des officiers de marine. Ne pas embarquer; rester sur le plancher des vaches, pourvu d'un poste soit au ministère, soit autre part.
CATO. Maîtresse. «Alors comme il (le souteneur) n'a plus d'argent, il en demande à sa cato qui devient rapidement sa marmite.» (_Voltaire_, 1881.)
CAVALERIE (Grosse). Cureurs d'égout. Allusion à leurs bottes.
CAVALIER SEUL. Danse plus ou moins échevelée qu'on exécute seul, dans un quadrille, en face des trois autres personnes qui complètent la figure. «Peu à peu, elle se laissa aller à exécuter un étourdissant cavalier seul.» (_Vie Parisienne_, 1881.)
CAVIAR. Ce mot, sans doute trouvé dans un restaurant à la mode, avait la prétention de détrôner _V' lan_, _Pschutt_ et _Bécarre_, tous vocables aussi idiots d'ailleurs et synonymes d'élégance, de chic. Comme ses aînés, _Caviar_ n'a point eu de succès; il est mort en bas-âge. «On dit d'une demoiselle ultra-chic qu'elle est on ne peut plus Caviar.» (_Charivari_, 1886.)
CENTRAL. Bureau télégraphique de la place de la Bourse, à Paris. Argot des employés du ministère des Postes. _Être nommé au Central._--Elève de l'Ecole centrale; un central, des centraux. «Les élèves de l'Ecole centrale se sont livrés hier à une fantaisie que la police a eu le bon goût de ne pas gêner... Les centraux se sont réunis sur la place de la Bastille, et, se formant en monome...» (_Rappel_, 1881.)