Dictionnaire de la langue verte
Part 47
VIOLON, s. m. Partie d'un corps de garde réservée aux gens arrêtés pendant la nuit et destinés à être, soit relâchés le lendemain, soit conduits à la Préfecture de police.
L'expression a un siècle de bouteille.
_Sentir le violon._ Être sans argent. Argot des voleurs.
VIRGULE, s. f. Barbiche,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Cicatrice.
VIRGULE, s. f. Trace que les faubouriens se plaisent à laisser de leur passage dans certains _lieux_.
VISAGE COUSU, s. m. Homme très maigre,--dans l'argot du peuple.
VISAGE DE BOIS, s. m. Porte fermée.
VISAGE DE BOIS FLOTTÉ, s. m. Mauvaise mine, figure pâle, allongée.
L'expression a des ancêtres:
«Je ne suis pas un casse-mottes, Un visage de bois flotté: Je suis un Dieu bien fagotté,»
a dit d'Assoucy.
VISAGE DE CUIR BOUILLI, s. m. Figure grotesque.
VISAGE SANS NEZ, s. m. Messire Luc.
On dit aussi tout simplement _Visage_, ainsi que le constatent ces vers de Voiture à une dame:
«. . . . Ce visage gracieux Qui peut faire pâlir le nôtre, Contre moi n'ayant point d'appas, Vous m'en avez fait voir un autre Duquel je ne me gardois pas.»
VISCOPE, s. f. Visière,--dans l'argot des voyous.
VISITEUR, s. m. Frère qui se présente à une loge qui n'est pas la sienne,--dans l'argot des francs-maçons.
VITELOTTE, s. f. Le nez,--du moins le nez de certains buveurs, qui affecte en effet la forme de cette variété de pomme de terre. Argot du peuple.
VITRES, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens, qui ne savent pas se rencontrer si juste avec les gueux anglais, lesquels disent aussi _Glaziers_.
_Carreaux de vitres._ Lunettes.
VITRIERS, s. m. pl. Les chasseurs de Vincennes,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté cette expression aux zouaves, heureux de rendre à leurs rivaux la monnaie de leurs _chacals_.
On croit généralement que cette appellation ironique date de 1851, époque à laquelle les chasseurs de Vincennes dégarnirent à coups de fusil une notable quantité de fenêtres parisiennes. On croit aussi qu'à cette occasion leur fut appliqué le couplet suivant, encadré dans une de leurs sonneries de clairon:
«Encore un carreau d' cassé! V' là l' vitrier qui passe. Encore un carreau d' cassé! V' là l' vitrier passé!»
On se trompe généralement. L'expression date de 1840, époque de la formation des chasseurs de Vincennes au camp de Saint-Omer, et elle venait du sac de cuir verni que ces soldats portaient sur leur dos à la façon des vitriers leur sellette. Ce qui ajoutait encore à la ressemblance et justifiait le surnom, c'étaient le manteau roulé et le piquet de tente qui formaient la base du sac des chasseurs, comme le mastic et la règle plate la base de la sellette des vitriers.
VITRINE, s. f. Lorgnon, lunettes,--dans le même argot.
VIVRE D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE, v. n. Se dit ironiquement--dans l'argot de Breda-Street--de l'amour pur, désintéressé, sincère, celui
«Qu'on ne voit que dans les romans Et dans les nids de tourterelles.»
VIVRE DE L'AIR DU TEMPS, N'avoir pas de quoi vivre. Argot du peuple.
VOILE, s. m. Nappe,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi _Grand drapeau_.
VOIR, v. a. _Permolere uxorem quamlibet aliam_,--dans l'argot des bourgeois.
VOIR, v. n. Se dit de l'indisposition mensuelle des femmes,--dans l'argot des bourgeoises.
VOIR (Se). _Concubare._
VOIR A LA CHANDELLE. Se dit d'une chose que l'on croit ou que l'on dit bonne, mais qu'on n'ose pas déclarer telle trop haut de peur de se tromper.
Cette expression de l'argot du peuple, M. J. Duflot la fait venir de l'argot des comédiens. «Avant le règne du gaz, dit-il, avant même que l'huile à quinquet fût en usage, la rampe du théâtre était éclairée par une rangée de chandelles. Quand on répétait une pièce, les comédiens de ce temps-là n'osaient pas affirmer que c'était un chef-d'œuvre qu'ils allaient jouer; aussi créèrent-ils cette phrase qu'ils nous ont transmise: _Il faudra voir cela à la chandelle_.»
VOIRIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
VOIR LA FARCE (En). Satisfaire sa curiosité ou son caprice. Argot du peuple.
VOIR LA FEUILLE A L'ENVERS, v. a. Le couplet suivant, tiré d'une très vieille chanson reproduite par Restif de la Bretonne dans sa LXXII-CLXXVIIe. _Contemporaine_, expliquera cette expression mieux que je ne le pourrais faire:
«Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. --Ne fais pas, dit-il, la sauvage, Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m'engage Et pour toi je porte ses fers; Ne faut-il pas, dans le jeune âge. Voir un peu la feuille à l'envers?»
chante le berger Colinet à la bergère Lisette, chapitre des _Jolies Crieuses_.
VOIR QUE DU FEU (N'y). Être trompé par un beau parleur; être ébloui par des promesses brillantes.
VOIR LE COUP DE TEMPS. Deviner à temps les intentions malveillantes de quelqu'un, de façon à être prêt à la riposte, soit qu'il s'agisse d'un coup de poing ou d'une question embarrassante.
VOIR SOPHIE, v. a. Avoir ses _menses_,--dans l'argot des ouvrières.
VOIR TRENTE-SIX CHANDELLES, v. a. Avoir un éblouissement occasionné par un coup sur la tête ou par une émotion subite. Argot du peuple.
_Faire voir trente-six chandelles._ Appliquer un vigoureux coup de poing en plein visage.
VOIR VENIR QUELQU'UN AVEC SES GROS SABOTS. Se dit--dans le même argot--de quelqu'un qui est deviné avant d'avoir parlé ou agi, par son inhabileté ou sa gaucherie.
VOITE, s. f. Apocope de _Voiture_,--dans l'argot des voyous.
VOITURE A TALONS (La). Les jambes avec lesquelles on se passe de voiture. Argot du peuple.
VOIX D'EN BAS, s. f. Le _peditum_ de Catulle, ou plutôt son _leve petitum_,--dans l'argot facétieux des faubouriens qui ignorent que Savinien Lapointe a publie sous ce titre un recueil de poésies fort estimables.
VOLAILLE, s. f. Femme ou fille débauchée,--dans l'argot du peuple, qui sait que la plupart des drôlesses sont bêtes comme des oies.
VOLAILLE, s. f. Homme sans consistance; aimable sceptique qui ne croit qu'à lui. Argot des gens de lettres.
VOLAILLER, v. n. Argot des gens de lettres.
VOLAILLER, v. n. Courir les gueuses.
VOLAILLER, v. n. N'avoir pas de stabilité dans ses affections, se faire l'ami du premier venu.
VOLE-AU-VENT, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.
VOLÉ (Être). Mystifié, trompé, déçu,--dans l'argot du peuple.
VOLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
C'est le _Banging_ des ouvriers anglais.
VOLTIGEANTE, s. f. La boue,--dans l'argot des voyous.
VOLTIGEUR DE LA CHARTE, s. m. Homme qui croit encore à la Charte-Vérité comme les Juifs croient au Messie. Argot des journalistes.
VOLTIGEUR DE LOUIS XIV, ou DE LOUIS XVIII, s. m. Emigré, retour de Gand ou de Coblentz.
Se dit depuis 1815.
VOLTIGEUR DE 89, s. m. Prudhomme politique qui a toujours à la bouche les «immortels principes» de la première Révolution.
VOUÉ AU BLANC (Être). Se dit--dans l'argot des faubouriens--d'un apprenti qui n'aime pas à travailler et qui préfère polissonner avec les voyous et les filles du faubourg.
VOUSAILLE, pron. pers. Vous,--dans l'argot des voleurs.
VOUS-N'AVEZ-RIEN, s. m. Employé de l'octroi,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à sa phrase habituelle: «Vous n'avez rien à déclarer?».
VOÛTE AZURÉE, s. f. Le ciel,--dans l'argot des académiciens, qui ont des lunettes bleues.
VOÛTE D'ACIER, s. f. Partie du cérémonial maçonnique.
VOYAGE (Le). Le tour de France,--dans l'argot des saltimbanques.
_Se connaître sur le voyage._ Pendant la tournée départementale.
VOYAGEUR, s. m. Insecte parasite,--dans l'argot des faubouriens.
VOYAGEUR, s. m. Amateur,--dans l'argot des saltimbanques, qui donnent ce nom à celui des spectateurs qui consent à leur servir de compère dans un tour de force ou d'adresse.
VOYAGES, s. m. pl. Épreuves de réception,--dans l'argot des francs-maçons.
VOYOU, s. m. Gamin de Paris, enfant perdu de la _voie_ publique; produit incestueux de la boue et du caillou; fumier sur lequel pousse l'héroïsme: hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l'humanité; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande,--un monstre en un mot.
Type vieux--comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu'on ait voulu le faire remonter jusqu'à Saint-Simon, qui traite de _voyous_ les petits bourgeois de son temps.
VOYOUCRATE, s. m. Démocrate qui exagère la Démocratie, et dont l'Idéal, au lieu de plonger dans l'éther de l'abbé de Saint-Pierre, barbote dans la fange du sans-culottisme.
VOYOUCRATIE, s. f. Gouvernement de la blouse sale; tyrannie du ruisseau; démocratie qui ferait regretter aux républicains sincères «le despotisme de nos rois»--lequel du moins était un despotisme aimable.
VOYOUTE, s. f. Petite drôlesse qui s'accouple avec le voyou avant l'âge de la nubilité,--afin de n'en pas laisser perdre la graine. Fleur fanée qui ne se nouera jamais en fruit,--fille qui ne sera jamais que _fille_.
J'ai créé le mot il y a quelques années: il est maintenant dans la circulation.
VOYOUTISME, s. m. État crapuleux, abject,--la satire boueuse de l'humanité.
VRILLE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des souteneurs.
W
WAGON, s. m. Verre de vin d'une contenance plus grande que l'_omnibus_.
WAGON, s. m. Femme de mauvaise vie,--de _troisième classe_.
Il y aussi des _wagons de première_, réservés aux gandins riches.
WATER-CLOSET, s. m. Endroit où, moyennant 15 centimes, tout le monde a le droit d'aller--mais à pied, comme le roi.
WATERLOO, s. m. Échec subi; défaite éprouvée, en amour, en art, en littérature,--par allusion à la néfaste journée du 18 juin 1815.
WATRIPONNER, v. n. Écrire dans les petits journaux; en fonder.
Expression créée par Firmin Maillard. (_Hist. anecdot. de la Presse_, p. 130), et qui est une allusion à la fécondité journalistique de feu Antonio Watripon.
X
X, s. m. Polytechnicien,--dans l'argot des collégiens.
_Fort en X._ Elève qui a des dispositions pour les mathématiques.
_Tête à X._ Tête organisée pour le calcul; cerveau à qui le _Thêta X_ est familier.
X. s. m. Secret,--dans l'argot des gens de lettres.
Y
YANKEE, adj. et s. Américain vu par ses mauvais côtés.
Dans la bouche d'un Anglais c'est un terme de mépris.
Y AVOIR PASSÉ. Se dit--dans l'argot du peuple--d'une jeune fille qui n'est plus digne de porter à son corsage le bouquet de fleurs d'oranger emblématique.
YEUX AU BEURRE NOIR, s. m. pl. Yeux pochés par suite d'une chute ou d'une rixe,--dans l'argot des faubouriens.
YEUX DE LAPIN BLANC (Avoir des). Rouges, avec des cils blancs.
YEUX SUR LE PLAT, s. m. pl. Se dit des yeux blancs que font certaines femmes grimacières, et qui ressemblent assez, en effet, à deux œufs dont on ne verrait que l'albumine.
YOUTRE, s. m. Israélite,--dans l'argot des faubouriens, qui prononcent presque bien, sans s'en douter, le mot allemand _Iude_.
_Jardin des youtres._ Cimetière juif,--par antiphrase sans doute, car il y a plus de pierres que de verdure.
Z
ZE-ZE, s. des 2 g. Homme ou femme qui blèse, qui prononce _Ze_ pour _Je_ et parle _Ze-ze_. Argot du peuple.
ZÉPHIR, s. m. Soldat indiscipliné ou bon pour les compagnies de discipline. Argot des troupiers.
ZÉRO, s. m. Homme sans valeur, sans énergie, sans consistance, sans rien. Argot du peuple.
On dit aussi _Zéro en chiffre_.
ZIF, s. m. «Marchandise supposée dont certains industriels font intervenir le nom dans leurs opérations.»
ZIG ou ZIGUE, s. m. Ami, camarade de bouteille,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux zigzags du lundi soir.
_Bon zigue._ Homme joyeux,--mauvais mari peut-être, mauvais fils ou mauvais père, mais bon ami de cabaret et de débauche.
_C'est un zigue._ Phrase consacrée par laquelle un ouvrier répond d'un autre ouvrier comme de lui-même.
ZIG-ZAG, s. m. Boiteux, bancal,--dans l'argot des voleurs.
ZINC, s. m. Maladie vénérienne,--dans l'argot des faubouriens.
ZINC, s. m. _Chic_,--dans le même argot.
_Avoir du zinc._ Avoir une brillante désinvolture.
ZINC, s. m. Voix métallique et solide,--dans l'argot des coulisses.
_Avoir du zinc._ Avoir une voix sonore.
On dit aussi _Être zingué_.
ZINGO, s. m. Bon _Zigue_,--dans l'argot des marchands de vin.
ZOÏLE, s. m. Ecrivain envieux, et même un peu calomniateur,--dans l'argot des académiciens et des apprentis écrivains, qui éternisent ainsi, sans s'assurer si elle est méritée, la mauvaise réputation dont jouit, depuis deux mille ans, le contempteur de l'_Odyssée_ et de l'_Iliade_.
ZOUAVE, s. m. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves.
On dit aussi _Une Permission de dix heures_.
ZOUZOU, s. m. Zouave,--dans l'argot des faubouriens.
ZUT! Exclamation qui est une formule de refus ou de congé.
Depuis 1865, on dit: _Ah! zut alors si ta sœur est malade!_ C'est plus long, mais c'est plus canaille--et, à cause de cela, préférable.
ZUT AU BER... GER! Exclamation de l'argot des gamins, par laquelle ils se défient à courir, à jouer, etc.
PRÉFACETTE AU SUPPLÉMENT
En 1883, alors que parut la troisième édition, longtemps attendue, de cet ouvrage, nous expliquions ainsi les motifs qui avaient amené les éditeurs à ajouter à ce _Dictionnaire_ un Supplément spécial:
«C'est en 1866 que parut la première édition du _Dictionnaire de la Langue verte_. A son apparition, l'ouvrage de Delvau fit quelque tapage et eut un grand succès de curiosité.
«M. Larcher qui sous ce titre: _Excentricités du langage français_, avait déjà fait paraître un recueil d'expressions argotiques, accusa Delvau de plagiat. Un procès faillit intervenir entre les deux auteurs. Le litige fut porté devant la Société des Gens de Lettres qui reconnut le bien-fondé de certaines réclamations de M. Larcher et obligea son rival à modifier la seconde édition de son _Dictionnaire_.
«Cette seconde édition parut en 1867 avec une préface différente de celle qui se trouvait dans la première; toutefois on n'y trouve aucune trace du dissentiment qui s'éleva entre les deux écrivains. C'est cette seconde édition, très rare aujourd'hui, et qu'il faut payer, quand on la rencontre dans les ventes, quarante et cinquante francs, que viennent de rééditer MM. Marpon et Flammarion.
«Avant d'entreprendre cette troisième édition, ils ont été amenés à se demander s'il fallait réimprimer tel quel le _Dictionnaire_ ou s'il ne conviendrait pas de le refondre en ajoutant les nouveaux termes dont s'est accru en ces dernières années le langage populaire et trivial. On sait les progrès faits par la _langue verte_ et quelle place elle a prise aussi bien au salon qu'à l'atelier. Des centaines d'expressions inconnues en 1867 sont aujourd'hui couramment employées. Devait-on les intercaler dans l'œuvre de Delvau? Les éditeurs ne l'ont pas pensé et ils ont, avec raison, croyons-nous, préféré respecter le texte primitif.
«Toutefois, désireux de mettre l'ouvrage à la hauteur des révolutions du jour, comme dit M. Larcher, ils ont tenu à y ajouter un Supplément. Sachant que nous préparons depuis de longues années un travail sur le bas langage que nous nous proposons d'intituler _Les Orphelins de la langue_, ils ont bien voulu nous demander de nous charger de ce Supplément. Ne pouvant donner à notre travail qu'une importance secondaire, nous nous sommes attachés à choisir, parmi ces irréguliers du langage, ceux-là seulement qui ne figurent dans aucun dictionnaire d'argot.
«Les romans de l'école naturaliste nous ont fourni, ainsi que certains articles de journaux, de nombreux renseignements que nous avons utilisés en prenant toujours soin d'indiquer la source où nous les puisions.»
Nous n'avons que peu de chose à ajouter à cette Préfacette. Disons seulement que le Supplément à cette nouvelle édition a été modifié en grande partie. Certains mots qui se trouvaient dans l'édition de 1883 ayant passé de mode depuis cette époque ne figurent plus ici; d'autres au contraire y ont été ajoutés qui ont, depuis quatre ans, enrichi la Langue verte.
GUSTAVE FUSTIER.
SUPPLÉMENT
A
ABATTOIR. Cercle de jeu. On y immole en effet force _pigeons_.
ABBESSE. Maîtresse d'une maison de tolérance. On dit plus communément: Madame.
ABOULÉE. Accouchée.
_Aboulement_: accouchement.
ABRUTIR SUR (S'). Faire traîner un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J'y ajouterai le sens de: étudier longuement, avec soin. _Je me suis abruti sur mes math._
ACTEUSE. «Cette petite variante me fit trouver le mot acteuse qui, depuis, a été naturalisé dans l'argot parisien. Nana n'est pas une actrice, c'est une acteuse. Elle a une ligne, du chic et non du talent. On ne l'entend pas, on la voit. L'acteuse est entière dans cette nuance.» (Champsaur: _Evénement_, février 1887.)
ADJUDANT (TREMPER UN). Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d'intérêt à satisfaire; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N'est-ce pas dans ce rapprochement qu'il faut chercher l'origine de cette expression?
(Merlin, _La langue verte du troupier_.)
ADJUGER UNE BANQUE A UN OPÉRATEUR. Argot de cercle. Voler ou tricher au jeu.
(V. _Revers_.)
AFFRANCHIR. Terme de joueur: On dit qu'une carte est affranchie lorsqu'elle n'est plus exposée à être prise. J'ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame.--Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d'affranchissement.
AFISTOLER. Arranger.
AGACEUR. Boute-en-train,--argot de sport.
AGENOUILLÉE. Femme de mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n'a point fait fortune. «Pas de coin de rue qui n'ait maintenant sa douzaine d'agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à adresser leurs prières à Vénus.» (_Evénement_, août 1884.)
AGRAFER. Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler. «C'est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d'agrafer cette nuit-là.» (Belot et Dautin: _Le Parricide_.)
ALLER SE FAIRE LANLAIRE. Se débarrasser d'un importun. L'envoyer promener, «... Votre cœur? Il n'y a que les gens qui n'ont que ça qui le proposent... Ça ne suffit pas... Vous pouvez aller vous faire lanlaire...!» (Huysmans: _Les sœurs Vatard_.)
ALLER CHEZ FALDÈS. Partager.
ALLUMEUR. Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu'à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des _meneuses_ et des _travailleurs_. V. ces mots.--Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train. «Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.» (_Gil Blas_, 29 mars 1882.)
ALPHONSISME. Le métier (?) de l'Alphonse. «L'Alphonsisme brutal ne disparaîtra qu'avec la prostitution.» (_La Bataille_, mai 1882.)
AMAZONE. Grec de race femelle. «Le grec de la classe moyenne, autrement dit le grec nomade,... travaille rarement seul; il s'adjoint des compères appelés _comtois_ et des auxiliaires féminins appelés _amazones_. (_Le Baccarat_, 1881.)
AMÉRICAIN. Breuvage qui tient le milieu entre le grog et le punch. «Garçon! un américain!» (Véron, _Paris vicieux_.)
AMINCI. Elégant, à la mode, dans l'argot boulevardier. L'_aminci_ a été le frère du _boudiné_; tous deux n'ont fait qu'une courte apparition dans le jargon des précieux.
«De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l'intention de visser sur un tuyau de gaz... l'annonce en lettres de feu du bal à l'Elysée...» (_Echo de Paris_, février 1885). «Tous les soirs (dans la baraque d'un lutteur) au milieu d'horizontales de grande marque, au milieu d'amincis en frac et cravate blanche, il y a des luttes épiques.» (_Univers illustré_, juillet 1884.)
ANGLAIS. Terme de sport. On dit qu'un cheval a de l'anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.
ANGUILLE. Mouchoir roulé en façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l'anguille.
APÉRITIVE. Femme galante qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au brillant papillon. Comme son nom l'indique, l'apéritive fréquente d'ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un _apéritif_, comme on dit dans la langue boulevardière. «Le bal a été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l'état d'apéritive... mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus brillantes du firmament demi-mondain.» (_Gil Blas_, mai 1887.)
ARAIGNÉE. Vélocipède à deux roues dont l'une, celle de devant, est très grande, et l'autre, celle de derrière, d'un diamètre très petit.
ARAIGNÉE DE TROTTOIR. Boutiquier en plein vent, camelot. «Il (le promeneur) a fait aux araignées de trottoir une rente qui, suivant la position, varie de 10 sous à 10 francs par jour.» (_Estafette_, 1881.)
ARC-EN-CIEL (FAIRE L'). Argot des Grecs. «J'ai fait l'arc-en-ciel.--Qu'entendez-vous par là?--Je vous ai jeté les cartes très loin, d'une façon négligée avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un cercle et j'ai pu les voir lorsqu'elles sont arrivées à leur point culminant.» (Belot: _Le Roi des Grecs_.)
ARCHICUBE. Ancien élève de l'Ecole normale. «Monsieur, vous êtes mon archicube et je vous dois le respect. J'explique, pour les profanes, ce terme rébarbatif: vous êtes entré à l'Ecole plus de trois ans avant moi.»
ARRANGEUR. Argot de cercle. Individu qui, lorsqu'un chef de partie ne sait pas séquencer les cartes, les arrange et touche 10, 15 ou 20 % pour sa... collaboration.
ARROSAGE. Action de boire, de _s'arroser le gosier_.
ARTISTE. Dans le jargon des ouvriers: camarade, compagnon.
ARTISTE. Cadavre exposé à la Morgue. Argot des voyous pour qui la Morgue est, en effet, un théâtre. «La salle d'exposition... est divisée en deux parties par une cloison vitrée derrière laquelle sont rangées... douze dalles destinées à recevoir les cadavres que les affreux gavroches, habitués de ce lugubre théâtre, appellent les artistes. Quand toutes les places sont vides, ils disent qu'on fait relâche.» (Du Boisgobey: _Le fils de Monsieur Lecoq_.)
ASSEOIR (S') SUR QUELQU'UN. Le faire taire. _Asseyez-vous dessus_, dit-on en parlant d'un gamin qui crie et gêne ainsi les personnes avec lesquelles il se trouve.--_S'asseoir sur quelque chose_, n'en pas faire cas. «Tous tes discours, tout's tes promesses d'autrefois, tu t'asseois dessus! » (_L'esclave Ivre_, no 1.)
ASSESSEUR. Joueur complaisant qui, placé au baccarat à côté du _tailleur_, paye et encaisse pour le compte de celui-ci.
ASTIQUER. Fourbir, nettoyer, se pomponner.
«C'est qu'on est un peu beau, mon vieux Quand on s'astique.»
(_Le Caïd_, opéra-bouffon, act. I, sc. X.)
ASTIQUER (S'). Se masturber.
ATOUTS (Le plus d'). Sorte de jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.
AVALE-TOUT. Femme qui ne recule devant aucune extrémité.
AVOINE (Donner de l'). Battre, rouer de coups. De la langue des charretiers, l'expression est passée dans celle des souteneurs et des gens sans aveu. «Alphonse ne recule pas à lui donner de l'avoine (à sa maîtresse), c'est-à-dire à lui administrer une volée» (_Voltaire_, 1882).
AVOIR UN COUP DE MARTEAU. Ne pas jouir de la plénitude de ses facultés.
AVOIR LA CUISSE GAIE. Être de mœurs faciles. «Très gentille avec son petit nez en l'air; je parie qu'elle a la cuisse gaie, hein!» (_Vie Parisienne_, 1er octobre 1881.)
AVOIR SON VIN AU CROC. Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots. «Aussi lui était-il arrivé souvent d'être privé de sa ration de vin; en terme de marin, d'avoir son vin au croc.» (_Patrie_, février 1887.)