Dictionnaire de la langue verte
Part 46
On dit volontiers, en manière de proverbe: _Il vaut mieux tuer le temps que d'être tué par lui_.
TUER LE VER, v. a. Étouffer ses remords,--dans l'argot des voleurs, qui ne commettent pas souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu'il résulte de ce passage de _Much Ado about nothing_, où Shakespeare appelle la Conscience le Seigneur Ver (_Don Worm_).
TUER LE VER, v. a. Boire un verre de vin blanc en se levant,--dans l'argot des ouvriers, chez qui c'est une tradition sacrée.
On dit aussi _Tuer un colimaçon_.
TUILE, s. f. Accident, événement désagréable, visite inattendue, qui tombe dans votre existence comme une tuile sur votre tête. Argot du peuple.
TUILE, s. f. Assiette,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi _Platine_.
TUILE, s. f. Chapeau,--dans l'argot des voyous, qui prennent la tête pour le toit du corps humain.
Les voyous anglais ont le même mot: _Tile_.
TUILEAU, s. m. Casquette.
TUILER, v. n. Mesurer quelqu'un ou quelque chose; juger du caractère ou de la qualité. Argot du peuple.
TUILER (Se), v. réfl. S'enivrer; succomber sous l'ivresse comme sous une averse de tuiles, ou boire à en avoir bientôt le visage érubescent, c'est-à-dire couleur de tuile neuve.
TUILEUR, s. m. Frère examinateur,--dans l'argot des francs-maçons.
TULIPE ORAGEUSE, s. f. Variété de cancan ou de chahut.
TU ME LA TUMES! Tu m'ennuies!--dans l'argot des voyous, qui ont retenu, pour se l'approprier, ce refrain d'une chanson des rues célèbre il y a quinze ans.
TUNE, n. de l. Bicêtre,--l'ancien refuge naturel des sujets du roi de Thunes. Argot des voleurs.
TUNE, s. f. Argent, monnaie,--dans le même argot.
TUNEÇON, s. m. Prison; violon.
TUNER, v. n. Mendier.
TUNEUR, s. m. Mendiant, vagabond.
TURBIN, s. m. Travail; besogne en général,--dans l'argot des faubouriens et des voleurs.
_Aller au turbin._ Aller travailler.
On dit aussi _Turbinement_ et _Turbinage_.
TURBINER, v.n. Travailler.
TURBINEUR, s. m. Travailleur.
TURC, s. m. Tourangeau,--dans l'argot des voleurs.
TURC, s. m. Homme idéalement fort,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot aussi bien à propos de la robusticité du corps que de l'adresse des mains.
Les Anglais, eux, ont le _Tartare_, l'homme qui excelle dans une spécialité quelconque, à la boxe ou au billard. _He is quite a Tartar at billiards_, disent-ils en leur argot à propos d'un rival de Berger. _To catch a Tartar_ (prendre un Tartare), c'est, pour eux, s'attaquer à une personne de force ou de capacité supérieure.
TURCAN, n. de l. Tours.
TURCO, s. m. Tirailleur indigène dans l'armée d'Afrique, aujourd'hui aussi connu et aussi apprécié des bonnes d'enfants et des lorettes que jadis le zouave.
TURF, s. m. Champ de course,--dans l'argot des sportsmen.
Par extension, Arène quelconque.
_Le turf littéraire._ La littérature; les journaux.
TURFISTE, s. m. Habitué des courses, propriétaire de chevaux coureurs, parieur.
TURIN, s. m. Pot de terre,--dans l'argot des voleurs.
TURLUPINER, v. a. Agacer, ennuyer quelqu'un, se moquer de lui,--dans l'argot du peuple.
TURLURETTE, s. f. Grisette, fille ou femme amie de la joie--et des hommes.
TURLUTAINE, s. f. Fantaisie, caprice, lubie.
TURNE, s. f. Chambre malpropre, logis de pauvre,--dans l'argot des faubouriens.
TURQUIE, n. de l. Touraine,--dans l'argot des voleurs.
TUTOYER, v. a. S'emparer sans façon, _familièrement_, d'une chose. Argot du peuple.
TU VAS ME LE PAYER, AGLAÉ! Expression de l'argot des filles et des faubouriens, qui l'emploient à propos de tout--et surtout à propos de rien. Quelqu'un annonce une nouvelle ou dit un mot drôle: _Tu vas me le payer, Aglaé!_ Il pleut ou il neige: _Tu vas me le payer, Aglaé_... On tombe ou l'on voit tomber quelqu'un: _Tu vas me le payer_... Etc.
TUYAU, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot des faubouriens.
_Se jeter quelque chose dans le tuyau._ Manger ou boire.
_Le tuyau est bouché._ Quand on est enrhumé.
Se dit aussi pour Oreille.
TUYAU DE POÊLE, s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes.
Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l'ont ainsi baptisé.
TUYAUX, s. m. pl. Les jambes,--dans l'argot des faubouriens.
_Ramoner ses tuyaux._ Se laver les pieds.
TUYAUX DE POÊLE, s. m. pl. Bottes usées par le bout.
TYPO, s. m. Apocope de _Typographe_,--dans l'argot des compositeurs d'imprimerie.
TYRAN, s. m. Roi,--dans l'argot du peuple, qui ne peut s'en passer, quoiqu'il fasse une révolution tous les vingt ans, pour détrôner celui qui règne.
_Sous le règne du tyran._ Sous le règne de Louis-Philippe, disait-on, après 1848 et avant l'Empire.
U
ULTRA, s. m. Royaliste,--dans l'argot des libéraux. Libéral,--dans l'argot des royalistes. Bonapartiste,--dans l'argot des conservateurs.
ULTRAMONTAIN, s. m. et adj. Catholique plus papiste que le pape,--dans l'argot des voltairiens. Cagot,--dans l'argot des abonnés du _Siècle_.
UN DE PLUS, s. m. Galant homme qui a eu le malheur d'épouser une femme galante,--dans l'argot pudibond des bourgeois, qui n'osent pas dire _Cocu_.
UNITÉ SALUTAIRE, s. f. Unité qui, dans le classement, à l'Ecole polytechnique, sert à maintenir un rang, au lieu d'avoir un zéro.
URGE, s. m. Mot de l'argot des petites dames, qui s'en servent entre elles pour coter un homme devant lui-même sans qu'il s'en doute.
Ainsi un gandin passe d'un air dégagé sur le boulevard, lorgnant les femmes qui font espalier à la porte des cafés. _Trois urges!_ diront celles-ci en l'apercevant. Trois urges, c'est-à-dire; «Ce monsieur n'est pas généreux, il _gante_ dans les numéros bas.» Si, au contraire, elles disent: _Six urges!_ ou _huit urges!_ ou _dix urges!_ oh! alors, c'est un banquier mexicain qui passe là, elles le savent, il leur en a donné des preuves la veille ou l'avant-veille. L'échelle n'a que dix échelons: le premier urge s'emploie à propos des _pignoufs_; le dixième urge seulement à propos des grands seigneurs.
USAGER, s. et adj. Homme poli, bien élevé, ayant l'_usage_ du monde,--dans l'argot du peuple.
UTILITÉ, s. f. Acteur qui joue tout ce qui se présente, les premiers rôles comme les comparses. Argot des coulisses.
V
VACHE, s. f. Fille ou femme, de mauvaises mœurs,--dans l'argot du peuple.
On dit souvent _Prendre la vache et le veau_, pour Épouser une femme enceinte des œuvres d'un autre,--_uxorem gravidam nubere_.
VACHE, s. f. Homme sans courage, _avachi_.
VACHE A LAIT, s. f. Dupe qu'on ne se lasse pas de duper; père trop faible qui ne se lasse pas de payer les dettes de son fils; maîtresse trop dévouée qui ne se lasse pas de fournir aux dépenses de son amant.
VACHER, s. m. Homme mal élevé,--dans l'argot des bourgeois.
VACHERIE, s. t. Nonchalance, _avachissement_.
VADE, s. f. Foule; rassemblement,--dans l'argot des voleurs.
VA-DE-LA-GUEULE, s. m. Gourmand,--dans l'argot du peuple.
VA-DE-LA-LANCE, s. m. Ami de la gaudriole, en paroles et en action,--dans l'argot des faubouriens.
VA DONC! Expression signifiant: «Va te promener! tu m'ennuies!»
On dit aussi _Va donc te laver!_ ou _Va donc te chier!_
VADROUILLE, s. f. Drôlesse; fille ou femme de peu.
VAGUE, s. m. Flânerie, _Vagabondage_.
On dit aussi _Coup de vague_.
VAGUE (Du)! Rien! Néant! Terme de refus.
VAGUE, s. m. Promenade intéressée,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
_Envoyer une femme au vague._ Lui faire faire le trottoir.
VAGUER, v. n. Sortir sans savoir avec qui on rentrera;--dans l'argot des petites dames.
On dit aussi _Aller au vague_.
VALOIR SON PESANT D'OR. Se dit,--dans l'argot du peuple,--de toute bêtise un peu forte, de tout mensonge un peu violent.
VAISSELLE DE POCHE, s. f. Argent, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
VALADE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs.
_Sonder les valades._ Fouiller les poches dans la foule.
Le patois normand a le même mot pour signifier Blouse.
VALOIR CHER (Ne pas). Être d'un caractère désagréable,--dans l'argot des faubouriens.
VALSER, v. n. S'enfuir, ou seulement s'en aller.
_Faire valser quelqu'un._ Le mettre brutalement à la porte.
VALTREUSE, s. f. Valise,--dans l'argot des voleurs.
VALTREUSIER, s. m. Voleur de valises.
VANER, v. n. S'en aller,--dans l'argot des voyous.
VANNAGE, s. m. Piège, amorce,--dans l'argot des voleurs.
_Faire un vannage._ Allécher par un petit profit l'homme qu'on se réserve de dépouiller.
VANTERNE, s. f. Lanterne,--dans le même argot.
_Vanterne sans loches._ Lanterne sourde.
VAPEREAU, s. m. Livre fort épais,--beaucoup plus fait pour servir de tabouret que pour être consulté,--dans l'argot des gens de lettres qui ne sont pas oubliés par l'auteur du _Dictionnaire des Contemporains_.
On ait aussi _Bottin_.
VASE ÉTRUSQUE, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,--dans l'argot des romantiques.
VASE NOCTURNE, s. m. _Vase étrusque_,--dans l'argot des bourgeois.
VA T'ASSEOIR SUR LE BOUCHON! Expression ironique qu'on emploie,--dans l'argot des faubouriens,--envers les gens que l'on veut congédier ou dont on veut se moquer.
On dit aussi _Va t'asseoir sur ma veste et ne casse pas ma pipe_.
VA-TE-LAVER, s. m. Soufflet aller et retour,--dans le même argot.
VAUDEVILLIÈRE, s. f. Cabotine, femme qui se fait engager sur un théâtre de vaudeville quelconque, non pour jouer, mais pour être vue et appréciée à sa juste valeur--comme fille égrillarde--par les habitués de l'orchestre, fins appréciateurs de l'art dramatique, surtout en cabinet particulier.
Le mot a été créé par Jules Noriac.
VEAU, s. m. Jeune fille qui a des dispositions pour le rôle de _fille_. Argot des faubouriens.
VEAU, adj. Paresseux, nonchalant,--dans l'argot du peuple.
Il ne faut pas croire l'expression nouvelle. _Galli socordes et_ _stultos vituli nomine designare soliti sunt_, dit Arnoult de Féron dans son _Histoire de France_. Et Régnier, dans sa satire à Mottin, dit de même:
«Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux Qui mettent à l'encan l'honneur dans les bordeaux.»
VÉCU, adj. Arrivé, véridique,--dans l'argot des gens de lettres.
_Roman vécu._ Roman qui est l'histoire réelle de quelqu'un.
VÉCU (Avoir). Avoir joyeusement dépensé sa vie à boire, à manger, à aimer, etc.,--dans l'argot des bourgeois.
VEDETTE, s. f. Nom imprimé en caractères très gros, sur une affiche de théâtre,--dans l'argot des coulisses.
_Être en vedette._ Avoir son nom en tête d'une affiche comme acteur plus important que les autres.
VEILLER AU GRAIN, v. n. Surveiller ses domestiques quand on est maître, ses ouvriers quand on est patron, afin qu'il n'y ait pas de détournements et de gaspillage. Argot des bourgeois.
VEINARD, s. et adj. Homme heureux en affaires ou en amour,--dans l'argot des faubouriens.
VEINARDE, adj. et s. Drôlesse qui a du succès en hommes sérieux. Argot de Breda-Street.
VEINE, s. f. Chance heureuse, bonheur imprévu,--dans l'argot du peuple.
VÊLER, v. n. Accoucher.
VELO, s. m. Postillon,--dans l'argot des voleurs.
VÉLOZE, s. f. Poste aux chevaux.
VELOURS, s. m. Tapis,--dans l'argot des joueurs de cartes.
_Eclairer le velours._ Déposer son enjeu sur le tapis.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce _velours_ est en cuir ou en drap, en n'importe quoi,--excepté en velours.
VELOURS, s. m. Liaison dangereuse, abus fréquent et intempestif des _s_ dans la conversation. Argot des bourgeois.
VENDANGEUSE D'AMOUR, s. f. Drôlesse--_bacchante_ moderne--qu'on rencontre souvent ivre dans les Vignes de Cythère.
J'ai créé l'expression il y a quelques années: elle est aujourd'hui dans la circulation.
VENDEUR DE CHAIR HUMAINE, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot du peuple.
VENDEUR DE FUMÉE, s. m. Homme qui fait de grandes promesses et qui n'en tient aucune.
Se dit aussi de tout Rêveur, de tout poète, de tout abstracteur de quintessence.
VENDRE, v. a. Trahir quelqu'un.
_Vendre la mèche._ Dévoiler un secret, ébruiter une affaire.
VENDRE SES GUIGNES, v. a. Loucher, _guigner_ de l'œil.
VENDRE SON PIANO, v. a. Jouer de façon à faire pleurer les spectateurs,--dans l'argot des coulisses, où Bouffé (rôle de _Pauvre Jacques_) a laissé des souvenirs et des traditions.
Par extension, dans la vie réelle, on dit d'une Femme qui pleure hypocritement: _Elle vend son piano_.
VENDU, s. m. Remplaçant militaire,--dans l'argot du peuple, qui attache à ce mot un sens extrêmement méprisant.
VÉNÉRABLE, s. m. Premier officier dignitaire d'une loge,--dans l'argot des francs-maçons.
VÉNÉRABLE, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,--dans l'argot du peuple.
VENETTE, s. f. Peur.
_Avoir une fière venette._ Avoir une grande peur.
_Docteur Venette._ Poltron fieffé.
VENIR AU RAPPORT. Se dit--dans l'argot des bourgeois--de tout ce qui provoque l'éructation.
VENT, s. m. _Ventris flatus malè olens_.
_Moulin à vents._ Podex.
VENT (Du)! Terme de refus,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Du vent! De la mousse!_
VENT DESSUS, VENT DEDANS (Être). Être en état d'ivresse,--dans l'argot des marins.
VENTERNE, s. f. Fenêtre par où passe le _vent_,--dans l'argot des voleurs.
_Doubles venternes._ Lunettes.
VENTERNIER, s. m. Voleur qui s'introduit dans les maisons par la fenêtre au lieu d'y entrer par la porte.
VENTRE BÉNIT, s. m. Bedeau, chantre, sacristain,--dans l'argot du peuple, qui suppose à tort que les gens d'église se nourrissent exclusivement de pain bénit.
VENTRE DE MA MÈRE (C'est le). Expression du même argot signifiant: Je ne retournerai plus dans cet endroit, je ne me mêlerai plus de cette affaire.
VENTRE D'OSIER, s. m. Ivrogne.
VENTRÉE, s. f. Réfection copieuse.
_Se foutre une ventrée._ Se donner une indigestion.
VENTRILOQUE, s. et adj. _Crepitator_ et même _emittens ventris flatum_.
VENTROUILLER, v. n. _Ventris flatum emittere_.
VENTRU, s. m. Député du centre, _satisfait_,--dans l'argot des journalistes libéraux du règne de Louis-Philippe.
VER COQUIN, s. m. Caprice, fantaisie, _hanneton_,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Régnier:
«.... Mon vice est d'être libre, D'estimer peu de gens, suivre mon ver coquin, Et mettre au même taux le noble et le faquin.»
a dit le vieux Mathurin.
VÉREUX, se, adj. Homme d'une probité douteuse; chose d'une honnêteté problématique.
VERGNE, s. f. Ville,--dans l'argot des voleurs.
_Deux plombes crossent à la vergne._ Deux heures sonnent à la ville.
VERMICHELS, s. m. pl. Les veines du corps,--dans le même argot.
VERMILLON, s. m. Anglais,--dans le même argot.
VERMINE, s. f. Avocat.--dans le même argot.
VERMINE, s. f. La populace,--dans l'argot des bourgeois.
VERMOIS, s. m. Sang,--dans l'argot des voleurs.
VERMOISE, adj. De couleur rouge.
VÉROLE, s. f. Syphilis,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot:
«Il mourut l'an cinq cens et vingt De la verolle qui lui vint.»
On dit aussi _Grosse vérole_, pour la distinguer de l'autre--la _Petite vérole_.
VÉROLEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui s'expose à donner ce qu'elle est exposée à recevoir.
VERRE DE MONTRE, s. m. Le derrière de l'homme,--dans l'argot des faubouriens.
_Casser le verre de sa montre._ Tomber sur le derrière.
VER RONGEUR, s. m. Voiture de remise ou de place a l'heure,--dans l'argot des petites dames.
VERSEUR, s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs.
VERSIGO, n. de l. Versailles, dans l'argot des voleurs.
VERSIONNAIRE, s. m. Humaniste qui, pour vivre, compose en version latine pour les candidats bacheliers dont la bourse est mieux garnie que la cervelle.
VERT, s. m. Froid,--dans l'argot des voleurs.
_Il fait vert._ Il fait froid.
VERTE, s. f. Verre d'absinthe,--dans l'argot des absintheurs.
_Heure où la verte règne dans la nature._ Cinq heures du soir.
VERTIGO, s. m. Lubie, caprice,--dans l'argot du peuple, à qui les gens fantasques semblent justement atteints de _vertige_, qu'au XVIe siècle on prononçait _vertigue_.
VERTU, s. f. Femme vertueuse,--ou affichant un grand rigorisme de conduite.
VERVER, v. n. Pleurer,--dans l'argot des voleurs.
VERVEUX, s. m. Crinoline,--dans l'argot des paysans des environs de Paris, qui trouvent une ressemblance entre ce filet à cerceaux et cette jupe à cage.
VESPASIENNES, s. f. pl. _Water-closets_ montés sur essieux, qui circulaient dans Paris vers les premières années du règne de Louis-Philippe. Ce nom leur avait été donné en souvenir de l'empereur romain qui spéculait sur toutes les gadoues de son empire.
Encore une chose que M. Louis Festeau n'a pas failli à chanter:
«La Vespasienne Parisienne A l'observateur arrêté Offre asile et _commodité_.»
VESSARD, s. m. Poltron, homme sans énergie,--dans l'argot des faubouriens.
VESSE, s. f. Peur.
_Avoir la vesse._ Avoir peur.
VESSER DU BEC, v. n. Avoir l'haleine «pire que cade»,--dans l'argot des faubouriens, plus cyniques que l'_Aventurier Buscon_. C'est plus grave, c'est-à-dire plus désagréable que le _leve peditum_ reproché par Catulle à Libon dans une de ses épigrammes _In Cæsaris cinædos_.
VESSIE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs.
VESTALE, s. f. Desservante du Dieu des Jardins.
On disait autrefois _Vestale de marais_.
VESTE, s. f. Echec honteux, Waterloo de la vie bourgeoise ou littéraire auquel on ne s'attendait pas,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.
M. Joachim Duflot fait dater cette expression de la pièce des _Etoiles_, jouée au Vaudeville, dans laquelle l'acteur Lagrange, en berger, faisait asseoir mademoiselle Cico sur sa veste pour préserver cette aimable nymphe de la rosée du soir, ce qui faisait rire le public et forçait le berger à reprendre sa veste. Mais il y a une autre origine: c'est _la Promise_, opéra-comique de Clapisson, dans lequel Meillet chantait au Ier acte, un air (l'air de la veste) peu goûté du public; d'où cette expression attribuée à Gil-Pérez le soir de la première représentation: _Meillet a remporté sa veste_.
_Ramasser ou remporter une veste._ Echouer dans une entreprise, petite ou grande.--Se faire siffler en chantant faux ou en jouant mal.--Ecrire un mauvais article ou un livre ridicule.
On dit aussi _Remporter son armoire_, depuis le 13 septembre 1865, jour de la première représentation à la salle Hertz des prétendus _phénomènes spirites_ des frères Davenport.
VESTIGES, s. m. pl. Légumes,--dans l'argot des voleurs.
VÉSUVIENNE, s. f. Femme galante.
L'expression date de 1848, et elle n'a pas survécu à la République qui l'avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le Gouvernement Provisoire; mais elles n'auraient pas défilé devant l'Histoire si un chansonnier de l'époque, Albert Montémont, ne les eût chantées sur son petit turlututu gaillard:
«Je suis Vésuvienne, A moi le pompon! Que chacun me vienne Friper le jupon?»
VEULE, adj. des 2 g. Mou, paresseux, lâche,--dans l'argot au peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles, comme le prouvent ces vers de _Gauthier de Coinci_:
«Mais tant iert plains de vaine gloire Tout iers fiers, cointes et veules, Qu'il sembloit bien qu'en ses esteules Eust trové tout le païs.»
C'est sans doute une antiphrase, de _volo_, vouloir, avoir volonté: _volo_, _volvis_, _volui_.
VEUVE (La). La guillotine,--dans l'argot des voleurs qui se marient quelquefois avec elle sans le vouloir.
_Epouser la veuve._ Être guillotiné.
VEUVE POIGNET (La). L'onanisme,--dans l'argot du peuple.
_Epouser la veuve Poignet._ Se livrer à l'onanisme.
VÉZOUILLER, v. n. Puer,--dans l'argot des faubouriens.
_Vézouiller du bec._ Avoir une haleine à la Paixhans.
VIANDE, s. f. La chair,--dans l'argot du peuple.
_Montrer sa viande._ Se décolleter excessivement, comme font les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on emploie cette expression froissante pour l'orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d'une maîtresse, disait il y a trois cents ans:
«Une claire brune face Qui ne soit maigre ny grasse, Et d'un gaillard embonpoint, Ne put ny ne picque point: Voilà la douce viande Qu'en mes amours je demande.»
VICE, s. m. Imagination; ingéniosité; astuce,--dans l'argot du peuple, qui sait que l'intelligence est un don souvent fatal.
_Avoir du vice._ Être très malin,--c'est-à-dire sceptique en amour, en amitié, en politique et en morale.
On dit aussi: _Avoir du vice dans la toupie_.
VICELOT, s. m. Petit vice, défaut peu grave.
VICTOIRE, s. f. Chemise,--dans l'argot des chiffonniers, qui ont voulu consacrer ainsi le souvenir d'une marchande du faubourg chez laquelle ils se fournissaient.
VICTORIA, s. f. Voiture découverte à quatre roues,--dans l'argot des cochers.
C'est une façon de _milord_.
VIDANGE, s. f. Accouchement,--dans l'argot des voleurs.
_Largue en vidange._ Femme en couches.
VIDER (Se), v. réfl. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
VIDER UN HOMME, v. a. Le ruiner,--dans l'argot des petites dames.
VIDER LE PLANCHER, v. a. S'en aller de quelque part,--dans l'argot du peuple.
VIE (Faire la). S'amuser plus que la morale et la santé ne le permettent; se débaucher, les femmes avec les hommes, les hommes avec les femmes.
VIE DE CHIEN, s. f. Conduite déréglée, crapuleuse.
_Faire_ ou _Mener une vie de chien_. Vivre dans le désordre et le vagabondage. Les Anglais ont la même expression, dans le même sens: _to lead a dog's life_. On dit aussi _Faire une vie de polichinelle_.
VIEILLE, s. f. Eau-de-vie qui devrait avoir cent sept ans et qui n'a que quelques mois.
VIEILLE (Ma), s. f. Expression de tendresse banale employée entre hommes,--je me trompe, entre cabotins.
VIEILLE CULOTTE DE PEAU, s. f. Général en retraite,--dans l'argot des troupiers.
VIEILLE MÉDAILLE, s. f. Vieille femme usée par le frottement de la vie. Argot des faubouriens.
VIERGE DE COMPTOIR, s. f. Demoiselle de caboulot,--dans l'argot ironique du peuple, qui ne se doute pas qu'il a emprunté ce mot à John Bull: _Bar-maids_, disent les Anglais à propos des mêmes Hébés.
VIEUX, s. m. Amant en cheveux blancs ou gris, et même sans cheveux,--dans l'argot des petites dames.
_Avoir son vieux._ Être entretenue.
VIEUX (Se faire). S'ennuyer, attendre plus qu'il ne faudrait; rester longtemps quelque part. Argot du peuple.
VIEUX COMME LES RUES, adj. Extrêmement vieux.
On dit aussi _Vieux comme Mathieu-salé_,--par corruption de _Mathusalem_, un patriarche.
VIEUX JEU, s. m. Méthode classique, procédé d'autrefois pour faire des chansons, des vaudevilles, des romans. Argot des gens de lettres.
VIEUX MEUBLE, s. m. Vieillard, personne impotente, bonne à mettre au rancart de la vie.
VIEUX STYLE, s. m. Se dit de toute chose démodée, de tout procédé tombé en désuétude, de toute idée arriérée, etc.
VIEUX TISON, s. m. Galantin, vieillard amoureux.
VILLOIS, s. m. Village,--dans l'argot des voleurs.
VINAIGRE (Du)! Exclamation de l'argot des enfants, garçons et petites filles, lorsqu'ils sautent à la corde, afin d'en accélérer le mouvement.
_Grand vinaigre!_ Le superlatif de la vitesse.
VINAIGRE DES QUARANTE VOLEURS, s. m. Acide acétique cristallisé,--dans l'argot des bourgeois.
_Historiquement_, ce devrait être _Vinaigre des quatre voleurs_.
VIN CHRÉTIEN, s. m. Vin coupé de beaucoup trop d'eau.--dans l'argot du peuple, assez païen pour vouloir boire du vin pur.
VIN D'UNE OREILLE, s. m. Bon vin.
_Vin de deux oreilles._ Mauvais vin.
VINGT-CINQ-FRANCO-JOURIEN, s. m. Représentant du peuple,--parce que payé _vingt-cinq francs par jour_.
Le mot date de 1848 et de Théophile Gautier.
VINGT-CINQ FRANCS PAR TÊTE (A), adv. Extrêmement, remarquablement,--dans l'argot des faubouriens.
_Rigoler à vingt-cinq francs par tête._ S'amuser beaucoup.
_S'emmerder à vingt-cinq francs par tête._ S'ennuyer considérablement.
VINGT-DEUX, s. m. Poignard,--dans l'argot des voleurs.
_Jouer du vingt-deux_, Donner des coups de poignard.
VIOC, s. m. Vieux,--dans le même argot.
VIOCQUE, s. f. Vie débauchée,--dans le même argot.