Dictionnaire de la langue verte
Part 45
TOURNER DE L'OEIL. Se pâmer, s'évanouir de plaisir.
TOURNER DE L'OEIL. S'endormir.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
TOURNER EN EAU DE BOUDIN, v. n. Se dit d'une chose sur laquelle on comptait et qui vous échappe, d'une entreprise qui avorte, d'une promesse qu'on ne tient pas.
_Faire tourner quelqu'un en eau de boudin._ Se moquer de lui, le berner par des promesses illusoires.
TOURNER LA VIS, v. a. Tordre le cou à quelqu'un.
TOURNIQUET, s. m. Chirurgien,--dans l'argot des marins.
TOURNIQUET, s. m. Moulin,--dans l'argot des voleurs.
TOURTOUSE, s. f. Corde, lien,--dans le même argot.
C'était autrefois une expression et une chose officielles, le _funis strangulatorius_ qu'employait M. de Paris pour lancer les criminels dans l'éternité.
TOURTOUSER, v. a. Lier, garrotter.
TOURTOUSIER, s. m. Cordier.
TOUSSER, v. n. Ce verbe--de l'argot des faubouriens--ne s'emploie qu'à un seul temps et dans les deux acceptions suivantes: «C'est de l'or comme je tousse,»--c'est-à-dire: Ce n'est pas de l'or. «Elle n'est pas belle, non! c'est que je tousse!» c'est-à-dire: Elle est très belle.
TOUT DE CÉ, adv. Très bien, tout de go,--dans l'argot des voleurs.
TOUTES FOIS ET QUANTES, adv. Toutes les fois,--dans l'argot du peuple.
Une vieille et très française expression, presque latine (_toties quoties_), dont se moquent les gens qui s'imaginent bien parler.
TOUTIME, adj. Tout,--dans l'argot des voleurs.
TOUTOU, s. m. Chien,--dans l'argot des enfants, qui disent cela à propos d'un terre-neuve aussi bien qu'à propos d'un King's Charles.
Les enfants ont bien le droit d'employer un mot que Mme Deshoulières a consacré:
«Bonjour, le plus gras des toutous, Si par hasard mon amitié vous tente, Je vous l'offre tendre et constante: C'est tout ce que je puis pour vous.»
TRAC, s. m. Peur,--dans l'argot du peuple.
_Avoir le trac._ Avoir peur.
Le _trac_, autrefois, c'étaient les équipages de guerre; _traca_, dit Du Cange. «Compagnons, j'entends le trac de nos ennemis,»--dit Gargantua.
TRACQUER, v. n. Avoir peur.
TRACQUEUR, s. m. Poltron.
TRADITION, s. f. Effet non indiqué dans la pièce écrite ou imprimée, mais qui, trouvé par un acteur, se transmet à ceux qui jouent le rôle après lui.
Se dit aussi pour Addition à un rôle.
Les traditions--à la Comédie française,--sont des conventions auxquelles il ne saurait être dérogé sans blesser le goût... des vieux amateurs de l'orchestre.
TRAIN, s. m. Vacarme, rixe de cabaret,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Émeute. _Il y aura du train dans Paris._ On fera des barricades et l'on se battra.
Originairement le mot signifiait _Prostibulum_, et, par une métonymie fréquente dans l'Histoire des mots, la cause est devenue l'effet. De même pour _Bousin_.
TRAIN (Du)! Vite!--dans l'argot des petites dames.
TRAIN (Être en). Commencer à se griser,--dans l'argot des bourgeois.
TRAÎNE, s. f. Queue de robe exagérée mise à la mode, en ces derniers temps, par les _traînées_, qui s'ingénient à gaspiller les étoffes.
TRAÎNÉE, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.
TRAÎNE-GUÊTRES, s. m. Vagabond; flâneur.
TRAÎNE-PAILLASSE, s. m. Fourrier,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi _Gratte-papier_ et _Rogneur de portions_.
TRAÎNER LA SAVATE, v. a. Être misérable, n'avoir rien à se mettre sous la dent ni aux pieds,--dans l'argot des bourgeois, qui ne manquent ni de bottes, ni de pain.
C'est le _to shuffle along_ des Anglais.
TRAÎNER LE CHEVAL MORT, v. a. Avoir du travail payé d'avance,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Faire du chien_.
TRAÎNER SA SAVATE QUELQUE PART, v. a. Aller quelque part, se promener,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Traîner ses guêtres_.
TRAÎNEUR DE SABRE, s. m. Soldat fanfaron qui croit faire beaucoup d'effet en faisant beaucoup de bruit et qui ne réussit qu'auprès des filles, amies des soudards. Type aussi vieux que le monde, puisque les anciens avaient aussi leur _machærophorus_...
Mais, eurêka! me voilà sans le vouloir sur la piste de _maquereau_. Qu'en pensent messieurs les étymologistes?...
TRAIN-TRAIN, s. m. Train ordinaire de la vie; habitudes.
_Suivre son petit train-train._ Ne pas interrompre ses habitudes.
On dit aussi _tran-tran_.
TRAIT, s. m. Caprice amoureux,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
_Avoir un trait pour un miché._ Ne rien exiger de lui que son amour, se passer de _gants_.
TRAITER, v. a. et n. Donner à dîner; régaler,--dans l'argot des bourgeois.
TRAITER DU HAUT EN BAS. Parler à quelqu'un avec colère,--et même avec mépris.
TRAITS, s. m. pl. Infidélité conjugale,--dans l'argot des bourgeoises.
_Faire des traits à sa femme._ La tromper en faveur d'une autre, la _trahir_.
TRALALA, s. m. Embarras, cérémonies; luxe de toilette.--dans l'argot du peuple.
_Se mettre sur son tralala_ ou _sur son grand tralala_. S'habiller coquettement, superbement.
TRANCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,--dans l'argot des voleurs, qui ont _emprunté_ cette expression aux Précieuses.
TRANQUILLE COMME BAPTISTE, adj. Extrêmement sage, calme, tranquille,--dans l'argot du peuple.
TRAPILLON, s. m. Bande de bois qui bouche les coulisseaux ou rainures dans lesquelles glissent les décors, lorsqu'on enlève ces décors. Argot des machinistes.
TRAVAIL, s. m. Chose difficile à faire,--dans l'argot des saltimbanques.
_Beau travail._ Tour extraordinaire ou nouveau.
TRAVAIL, s. m. Action de manger,--dans l'argot des francs-maçons.
TRAVAILLER, v. n. Voler.
TRAVAILLER, v. n. _Aller au persil._
TRAVAILLER LE CADAVRE, v. a. Battre quelqu'un, au propre, ou en médire, au figuré,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _travailler les côtes_.
TRAVAILLER LE SUCCÈS, v. a. Être chef de claque dans un théâtre. Argot des coulisses.
TRAVAILLER POUR LE ROI DE PRUSSE, v. n. Faire un travail mal payé, ou pas payé du tout,--dans l'argot du peuple, à qui sans doute on a fait croire que les successeurs du grand Frédéric payaient leurs soldats fort chichement.
On dit aussi _Travailler pour la gloire_ et _Travailler gratis pro Deo_.
TRAVAILLER POUR M. DOMANGE, v. n. Manger.
TRAVAILLER QUELQU'UN, v. a. L'obséder d'une chose, insister afin d'obtenir ce qu'on lui demande; revenir souvent à la charge auprès de lui.
TRAVAILLEUSE, s. f. Giton,--dans l'argot des voleurs.
TRAVERSE (En), adv. Travaux forcés à perpétuité,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _A perte de vue_.
TRAVESTI, s. m. Rôle d'homme joué par une femme, amoureux ou page. Argot des coulisses.
TRAVIATA, s. f. Fille _perdue_,--dans l'argot des élégants qui n'osent pas dire _cocotte_.
Introduit pour la première fois en littérature par l'_Evénement_ (1er octobre 1866).
TRAVIOLE (De), adv. De travers,--dans l'argot du peuple.
TRÈFLE ou TREF, s. m. Tabac,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi _Tréfoin_.
_Longuette de tref._ Tabac en carotte.
On dit aussi _Trifois_,--d'où _Trifoissière_ pour Tabatière.
TRÈFLE, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des faubouriens.
_Vise-au-trèfle._ Apothicaire.
TREMBLANT, s. m. Lit de sangle,--dans l'argot des faubouriens.
TREMBLEMENT, s. m. Bataille,--dans l'argot des troupiers.
TREMBLEMENT (Et tout le), adv. Au complet,--dans l'argot du peuple.
TREMPE, s. f. Vigoureuse et brutale correction.
On dit aussi _Trempée_.
TREMPÉ (Être). Être mouillé par la pluie.
TREMPER, v. a. Battre.
TREMPER, v. n. Souper, manger,--dans l'argot des ouvriers.
TREMPER SON PIED DANS L'ENCRE, v. a. Être consigné,--dans l'argot des vieux troupiers.
TREMPER UNE SOUPE A QUELQU'UN, v. a. Le maltraiter rudement, par paroles ou par action. Argot du peuple.
TREMPETTE, s. f. Biscuit ou morceau de pain _trempé_ dans un doigt de vin.
_Faire la trempette._ Déjeuner d'un morceau de pain trempé dans un verre de vin.
TREMPETTE, s. f Pluie,--dans l'argot des faubouriens.
TREMPLIN, s. m. La scène--dans l'argot des coulisses.
TRENTE-ET-UN, s. m. Dernière élégance, suprême bon ton,--dans l'argot du peuple.
_Se mettre sur son trente-et-un._ Se vêtir de son plus bel habit ou de sa plus belle robe,--l'_habit à manger du rôti_ et _la robe à flaflas_.
On dit aussi _Se mettre sur son trente-six_ et _sur son quarante-deux_.
TRENTE-SIXIÈME DESSOUS, s. m. Le _troisième dessous_ des gens amis de l'hyperbole.
TRÉPIGNÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
TRÉPIGNER, v. a. Accabler de coups.
TREPPE, s. m. Peuple; foule,--dans l'argot des voleurs.
_S'esbattre dans le treppe._ Se mêler à la foule.
J'ai bien envie de faire descendre ce mot du grec [grec: trepô] (tourner, s'agiter en désordre comme fait la foule).
TRIANGLE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des francs-maçons.
TRIANGLE, s. m. La bouche,--dans l'argot des rapins, qui se rappellent leurs _principes_ de dessin, s'ils oublient ceux de la bienséance.
_Clapoter du triangle._ Avoir l'haleine homicide.
TRIAU, s. m. Ennui, _trimage_,--dans l'argot des ouvriers.
TRIBOULET, s. m. Homme grotesque, servant de jouet aux autres,--en souvenir du fou de Louis XII et de François Ier.
TRIBOUILLER, v. n. Tressaillir, sauter d'aise, remuer de joie. Argot du peuple.
TRICHARD, adj. et s. _Tricheur_.
TRICHER, v. a. _Moucher la chandelle_,--dans l'argot des bourgeois.
TRICHINE, s. f. Petite dame, naturellement mêlée à toutes les _cochonneries_ sociales, et qui peut empoisonner les imprudents qui la consomment, la trouvant appétissante.
TRICHINER (Se). Déjeuner avec de la charcuterie.
L'expression est de l'année 1866, qui datera dans les fastes de la peur par l'invention des trichines que certains médecins allemands--ou iroquois--affirment être par milliers dans la viande de porc. Les jambons sont tombés en discrédit!
TRICOTER, v. a. Battre.
On dit aussi _Tricoter les côtes_.
TRICOTER, v. n. Danser.
TRICOTER DES JAMBES, v. n. Courir.
TRIFOUILLER, v. n. Remuer, chercher en bousculant tout.
TRIMAR, s. m. Chemin.--dans l'argot des voleurs, qui y _triment_ souvent en attendant leurs victimes.
_Grand trimar._ Grande route.
On dit aussi _Grande tire_.
TRIMAR (Faire son). Raccrocher,--dans l'argot des filles.
TRIMARDE, s. f. Rue.
On dit aussi _Trime_.
TRIMARDER. Voyager.
TRIMBALLER, v. n. Se promener,--dans l'argot des faubouriens.
TRIMBALLER, v. a. Promener quelqu'un, traîner quelque chose.
TRIMBALLEUR, s. m. Homme qui _fait aller_ son monde.
TRIMBALLEUR, s. m. Cocher,--dans l'argot des voleurs.
_Trimballeur des refroidis._ Cocher des pompes funèbres.
TRIMER, v. a. Aller ou venir inutilement; se morfondre dans l'attente. Argot des faubouriens.
TRIMER (Faire), v. a. Se moquer des gens en les faisant _poser_,--dans l'argot de Breda-Street.
TRIMMER, v. n. Écrire comme Léo Lespès,--dans l'argot des gens de lettres, jaloux du succès inouï de _Timothée Trimm_, chroniqueur du _Petit Journal_.
Quelques-uns disent aussi _Timothéetrimmer_.
TRIMOIRES, s. f. pl. Les jambes,--dans l'argot des voleurs.
TRINGLE! adv. Rien, non, zéro,--dans l'argot des voyous.
TRINGLO, s. m. Soldat du _train_,--dans l'argot des troupiers.
TRIPASSE, s. f. Vieille femme,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis longtemps, comme on peut en juger par les vers suivants:
«Si elle estoit dure et poupine, Voulentiers je la regardasse; Mais elle semble une tripasse Pour quelque varlet de cuysine.»
TRIPES, s. f. pl. Gorge mal faite,--ou trop fournie.
TRIPES, s. f. pl. Les entrailles de l'homme.
«Quand Renaud de la guerre vint, Tenant ses tripes dans ses mains,»
dit une vieille chanson populaire.
TRIPIÈRE, adj. et s. Fille ou femme trop _avantagée_.
TRIPOLI, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens, qui s'imaginent peut-être qu'ils se nettoient la poitrine avec cela.
_Coup de tripoli._ Verre d'eau-de-vie.
TRIPOTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
TRIPOTÉE, s. f. Grande quantité de choses.
TRIPOTER, v. n. Hanter les tripots,--dans l'argot des faubouriens.
TRIPOTER, v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux choses et aux gens; _farfouiller_.
_Tripoter une femme._ S'assurer, comme Tartufe, que l'étoffe de sa robe--de dessous--est moelleuse.
TRIPOTER LA COULEUR, v. a. Peindre,--dans l'argot des artistes.
TRIPOTER LE CARTON. Jouer aux cartes.
TRIQUAGE, s. m. _Triage des_ matières,--dans l'argot des chiffonniers.
TRIQUE, s. f. Canne, bâton, gourdin,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois _Tricot_; d'où la _loi du Tricot_, pour signifier l'Argument brutal, le syllogisme du poignet, non prévu par Aristote.
TRIQUER, v. a. Trier les chiffons.
TRIQUER, v. a. Donner des coups de canne ou de bâton.
TRIQUEUR, s. m. Maître chiffonnier, qui trie ce que lui apportent les autres.
TROGNE, s. f. Visage,--dans l'argot du peuple, qui le dit surtout de toute _tuberosa facies_.
_Belle trogne._ Visage empourpré et embubeletté, comme le sont presque tous les visages d'ivrognes.
Le mot a des chevrons:
«Il faut être Jean Logne Pour n'aimer pas le vin; Pour moi, dès le matin J'enlumine ma trogne De ce jus divin!»
a chanté le goinfre Saint-Amand.
TROGNON, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, moins polis que les gueux anglais, qui eux disent _Costard_ (grosse pomme).
_Dévisser le trognon._ Tordre le coup à quelqu'un.
TROGNON, s. f. Petite fille, le _cœur_ d'une femme,--dans l'argot du peuple.
TROIS-ÉTOILES. Nom qu'on donne--dans l'argot des gens de lettres--aux personnes que l'on ne veut pas nommer.
On dit aussi _Monsieur_ ou _Madame Trois-Étoiles_.
TROISIÈME DESSOUS, s. m. La dernière cave pratiquée sous les planches d'un théâtre pour recevoir la rampe, les trucs, les machines, etc.
_Tomber dans le troisième dessous._ Se dit d'une pièce sifflée, dont la chute est irrémédiable.
TROISIÈME DESSOUS, s. m. Le monde des coquins, «la dernière sape, _inferi_», de la société, «la fosse des ténèbres, la grande caverne du mal», dit Victor Hugo, qui la peint à grands coups de brosse, comme Dante, son _Enfer_.
«Cette cave est au-dessous de toutes et est l'ennemie de toutes. C'est la haine sans exception. Elle a pour but l'effondrement de tout,--de tout, y compris les sapes supérieures, qu'elle exècre. Elle ne mine pas seulement, dans son fourmillement hideux, l'ordre social actuel: elle mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle mine la pensée humaine, elle mine la civilisation, elle mine le progrès. Elle est ténèbres et elle sent le chaos. Sa voûte est faite d'ignorance. Elle s'appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat. Détruisez la cave-ignorance, vous détruirez la taupe-crime.»
TROISIÈME RÊNE, s. f. La crinière du cheval,--dans l'argot des maquignons.
TROISIÈME SEXE, s. m. Celui qui déshonore les deux autres. «Il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d'une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût: «Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des tantes.--Hao! fit lord Durham, et qu'est-ce?--C'est le troisième sexe, milord.» (H. de Balzac.)
TROIS-SIX, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier,--dans l'argot des bourgeois.
TROIS-SOUS, s. m. _Water-closets_.
On dit aussi Un _quinze-centimes_.
TROLLER, v. n. Remuer; aller çà et là, trimer. Argot du peuple.
TROLLER, v. a. Porter,--dans l'argot des voleurs.
TROLLEUR, s. m. Marchand de peaux de lapin,--_chineur_ quand il achète et _trolleur_ quand il revend.
TROMBILLE, s. f. Bête,--dans l'argot des voleurs.
TROMBINE, s. f. Tête, visage,--dans l'argot des faubouriens.
TROMBOLER LES GONZESSES, v. a. Aimer les filles,--dans l'argot des maquignons.
TROMPE, s. f. Nez,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un proboscidien.
TROMPE-CHASSES, s. m. Peinture, tableau quelconque,--dans l'argot des voleurs.
TROMPE-L'OEIL, s. m. Accessoire d'un tableau, tel que clou, déchirure, etc., si bien peint, qu'on le croirait naturel. Argot des artistes.
TROMPETTE, s. f. Visage,--dans l'argot des faubouriens.
TROMPETTE, s. f. Le nez,--à cause du bruit qu'il fait lorsqu'on se mouche.
TROMPETTE, s. f. Cigare,--parce qu'on le tient continuellement à la bouche, comme si on voulait jouer un air quelconque.
TROMPETTER, v. a. Divulguer, publier une chose qui devait être tenue secrète,--dans l'argot du peuple.
TRONCHE, s. f. Visage; tête,--dans l'argot des voleurs.
TRONCHER, v. a. Embrasser.
TRONCHINETTE, s. f. Figure de jeune fille; physionomie agréable; petite _tête_. Argot des voyous.
TRÔNE, s. m. Ce qu'on appelait autrefois «chaise d'affaires», et, longtemps auparavant, _trulla_. Argot des bourgeois.
_Être sur son trône._ Alvum deponere.
TROTTANT, s. m. Rat,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Trotteur_.
TROTTANTE, s. f. Souris.
TROTTE, s. f. Course,--dans l'argot du peuple.
_Sacrée trotte._ Course fort longue, que l'on ne peut faire qu'en beaucoup de temps.
TROTTIN, s. m. Cheval, parce qu'il _trotte_. Argot des voleurs.
TROTTIN DE MODISTE, s. m. Jeune garçon ou jeune fille, domestique ou apprentie, qui va porter les chapeaux et faire les commissions des modistes. Argot des bourgeois.
Il y a longtemps que ce mot signifie _petit domestique_, car Scarron a dit:
«Ensuite il appelle un trottin, Fait amener son guilledin Orné d'une belle fontange.»
TROTTINES FEUILLETÉES, s. f. pl. Bottes ou souliers dont la semelle est en mauvais état. Argot des voyous.
TROTTINS, s. m. pl. Les pieds,--dans le même argot.
TROTTOIR, s. m. Répertoire,--dans l'argot des coulisses.
_Grand trottoir._ Répertoire classique.
_Petit trottoir._ Répertoire courant, drames et vaudevilles.
_Grand trottoir_ se dit aussi de la Haute-Bicherie, et _Petit trottoir_ du fretin des drôlesses.
TROU, s. m. Chambre insalubre, logis incommode,--dans l'argot du peuple.
TROU, s. m. Logis, habitation,--dans l'argot des bourgeois, qui disent souvent cela, par fausse modestie, d'une fort jolie maison de campagne.
TROU, s. m. Emploi, position sociale.
_Faire son trou._ Réussir dans la vie; asseoir sa réputation, sa fortune, son bonheur.
TROU, s. m. Entr'acte d'un long déjeuner ou d'un long dîner pendant lequel on sert le cognac ou le madère.
_Faire un trou._ Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d'un repas, afin de pouvoir le continuer avec plus d'appétit.
TROU AUX POMMES DE TERRE, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.
C'est la même expression que celle des ouvriers anglais: _Potatoe trap_.
TROUBADE, s. m. Apocope de _Troubadour_.
TROUBADOUR, s. m. Soldat de l'infanterie,--dans l'argot du peuple.
Est-ce à cause de la _clarinette_ de cinq pieds?
TROU DE BALLE, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Trou du souffleur_ et _Trou de bise_.
TROU DU CUL, s. m. Imbécile, homme incapable,--dans l'argot du peuple.
TROUÉE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
TROUFIGNON, s. m. Le _podex_,--dans l'argot du peuple, qui employait déjà cette expression du temps de Béroalde de Verville.
TROUILLARDE, s. f. Femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
TROUILLE, s. f. Domestique malpropre; femme du peuple rougeaude et avachie.
TROUILLOTTER, v. n. Exhaler une mauvaise odeur.
_Trouillotter du goulot._ Avoir l'haleine homicide.
TROUPE D'ARGENT, s. f. Troupe de second ordre,--dans l'argot des coulisses.
TROUPE DE CARTON, s. f. Troupe plus que médiocre.
TROUPE DE FER-BLANC, s. f. Troupe composée d'acteurs médiocres. Rédacteurs très ordinaires,--dans l'argot des journalistes.
On dit aussi _Troupe d'été_, parce qu'à ce moment de l'année, les Parisiens riches étant en voyage ou à la campagne, il est inutile de se mettre en frais pour ceux qui restent à Paris.
TROUPE D'OR, s. f. Excellente troupe,--dans l'argot des comédiens. Les meilleurs rédacteurs,--dans l'argot des journalistes.
On dit aussi _Troupe d'hiver_, parce que c'est ordinairement dans cette saison--la meilleure de l'année théâtrale et journalistique--que les directeurs de théâtres et de journaux renforcent leur troupe et donnent leurs pièces et leurs articles à succès.
TROUSSÉ (Être). Mourir subitement, ou en peu de jours, sans avoir eu le temps d'être malade. Argot du peuple.
TROUSSEQUIN, s. m. La partie du corps qui sert de cible aux coups de pied,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Pétrousquin_, mais ce dernier mot est moins étymologique que l'autre, qui est proprement le Morceau de bois cintré qui s'élève sur l'arçon de derrière d'une selle.
TROUSSER, v. a. Expédier promptement une chose ou une personne,--dans l'argot du peuple.
TROUVÉ, adj. Neuf, original, réussi,--dans l'argot des gens de lettres.
_C'est trouvé._ C'est ingénieux.
TROUVER DES PUCES. Rencontrer une dispute--et même des coups. Argot du peuple.
C'est la conséquence de cette autre expression _Chercher des poux à quelqu'un_.
TROUVER MAUVAISE (La). Se dit--dans l'argot des faubouriens et des petites dames--d'une histoire désagréable, d'un acte déplaisant, d'un événement ennuyeux. Un faubourien se casse le bras: _Je la trouve mauvaise!_ dit-il. On enlève son amant à une petite dame: _Je la trouve mauvaise!_ dit-elle.
TROYEN, s. m. Le trois,--dans l'argot des joueurs de dominos.
TRUC, s. m. Tromperie; malice,--dans l'argot du peuple.
_Avoir du truc._ Avoir un caractère ingénieux.
_Connaître le truc._ Connaître le secret d'une chose.
Le truc était, au commencement du XVIIIe siècle, un billard particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en connaître le _secret_.
TRUC, s. m. _Ficelle_, secret du métier,--dans l'argot des saltimbanques.
_Débiner le truc._ Révéler le secret d'un tour.
TRUC, s. m. Machine destinée à produire un changement à vue,--dans l'argot des coulisses.
Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.
TRUCHE, s. f. Manière de voler,--dans l'argot des prisons.
TRUCHEUR, s. m. Voleur.
TRUCSIN, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voleurs.
TRUCULENT, adj. Enorme; farouche, sauvage,--dans l'argot des romantiques, cette fois néologistes (_truculentus_).
Le mot a été employé pour la première fois par Théophile Gautier.
TRUELLE, s. f. Cuiller,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi _Pelle_.
_Manier la truelle._ Manger.
TRUFFARD, s. m. Soldat,--dans l'argot des faubouriens.
TRUFFE, s. f. Nez d'ivrogne,--dans l'argot des faubouriens, qui trouvent que ces nez-là ressemblent beaucoup au _tuber cibarium_. Ils ont raison.
TRUFFÉ, adj. et s. Imbécile, homme bourré de sottises--comme un dindon de truffes.
TRUFFE DE SAVETIER, s. f. Marron.
TRUFFES (Aux)! C'est le: _Aux ognons!_ des gandins.
TRUMEAU, s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV,--dans l'argot des gens de lettres et des gens de théâtre.
TRUQUER, v. n. Tromper; ruser,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Mendier.
TRUQUEUR, s. m. Homme qui passe sa vie à courir de foire en foire, de village en village, n'ayant pour toute industrie qu'un petit jeu de hasard.
TRUQUEUR, s. m. Trompeur; homme qui vit de trucs.
TUBE, s. m. Le gosier,--dans l'argot des faubouriens.
_Se rincer le tube._ Boire.
_Se coller quelque chose dans le tube._ Manger.
Signifie aussi _Voix_.
TUBE, s. m. Nez,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
_Se flanquer du terreau dans le tube._ Priser.
TUBÉREUSE, s. f. _Ventris flatus malè olens_,--dans l'argot des faubouriens.
_Lâcher une tubéreuse._ Ventris flatum emittere.
TUDOR, s. m. Chapeau de femme ressemblant au chapeau andalou, avec une garniture de plumes de paon tout autour. Il est à la mode au moment où j'écris: il n'y sera plus peut-être quand ce livre paraîtra.
TUÉ (Être). Être mis hors du jeu par ses adversaires,--au billard à trois.
TUER LES MOUCHES AU VOL, v. n. Avoir l'haleine aussi cruelle que Domitien,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Tuer les mouches à quinze pas_, et, pour rajeunir un peu cette vieille formule, _Faire mouche à tout coup_.
TUER LE TEMPS. Le passer d'une façon quelconque,--mais plus en se divertissant qu'en travaillant: _carpere diem_.