Dictionnaire de la langue verte
Part 43
SPIRITISME, s. m. _Dada_, à l'usage des gens sérieux qui tiennent à passer pour grotesques. Ils évoquent Voltaire et ils le font parler comme Eugène de Mirecourt.
SPORT, s. m. Science de la haute vie et des nobles amusements, courses, paris, etc.,--dans l'argot des anglomanes.
SPORTIF, IVE, adj. Qui a rapport aux choses du sport.
Mot barbare qui a fait récemment son apparition dans les journaux.
SPORTSMAN, s. m. Homme de cheval, habitué des courses.
SPORTSMANIE, s. f. La _manie_ des courses,--dans l'argot des bourgeois.
STALLE, s. f. Chaise ou fauteuil,--dans l'argot des francs-maçons.
STERLING, adj. Pur, de bon aloi; riche,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas le moins du monde «emprunté ce superlatif au système monétaire anglais», par l'excellente raison que ce «superlatif» a, en anglais, la même signification qu'en français: _Sterling wit_ (esprit de bon aloi), _sterling merit_ (mérite remarquable), disent nos voisins. M. Ch. Nisard s'est trompé.
STICK, s. m. Petite canne,--dans l'argot des «young gentlemen», qui mettent cela dans leur bouche comme un sucre d'orge, au lieu d'appuyer leurs mains dessus comme sur un bâton.
Ce mot entrera sans peine dans la prochaine édition du Dictionnaire de l'Académie, plus hospitalier pour les mots anglais que pour les mots français. Même observation à propos de _derby_, _turf_, _studbook_, _handicap_, _steeple-chase_, _match_, etc.
STOCKFISH, s. m. Anglais,--dans l'argot des faubouriens.
STOP! Expression de la langue anglaise qui est passée dans l'argot des canotiers parisiens. Elle signifie, on le sait: «Arrêtez!»
STOPPER, v. n. Arrêter, faire escale.
C'est le verbe anglais _To stop_.
STROC, s. m. Chopine,--dans l'argot des voleurs.
_Demi-stroc._ Demi-setier.
On dit aussi _Stron_.
STUC, s. m. Part d'un vol,--dans l'argot des voleurs, qui doivent s'estimer heureux de ne plus vivre au XVIIIe siècle, à une époque où un arrêt de la Cour du Parlement (22 juillet 1722) condamnait à être rompu vif un sieur Cochois, pour avoir recélé des vols, en avoir eu le _stuc_, et acheté le stuc des autres.
J'ai vu écrit _Lestuc_ sur feuillet de garde du _Langage de l'argot réformé_, avec mention du sens dans lequel _stuc_ est employé.
STUCQUER, v. a. et n. Renseigner, styler,--dans l'argot des faubouriens.
_Être stuqué._ Être instruit.
STYLER QUELQU'UN, v. a. Lui faire la leçon, lui apprendre ce qu'il doit dire ou faire. Argot du peuple.
SUAGE, s. m. Assassinat,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Chauffage.
SUAGEUR, s. m. Chauffeur.
SUBLIME COUP DE L'ÉTRIER, s. m. Le viatique, qu'on donne aux mourants avant leur départ pour le grand voyage,--dans l'argot de lord Pilgrim, _aliàs_ Arsène Houssaye, qui a employé cette expression, d'un goût contestable, à propos des derniers moments de Proudhon.
SUBLIMER, v. n. Travailler avec excès, la nuit spécialement,--dans l'argot des polytechniciens.
SUBLIMER (Se). Se corrompre davantage, mais avec art,--dans l'argot des petites dames, qui ont une façon à elles de s'élever (_sublimare_).
SUBTILISER, v. a. Dérober quelque chose, une tabatière ou un foulard,--dans l'argot des faubouriens.
SUCCÈS D'ESTIME, s. m. Succès douteux, et pour ainsi dire nul,--dans l'argot des coulisses.
SUCE-LARBIN, s. m. Bureau de placement pour les domestiques--dans l'argot des voleurs.
SUCER LA FINE CÔTELETTE, v. a. Déjeuner à la fourchette.--dans l'argot des faubouriens.
SUCER LA POMME (Se), v. réfl. S'embrasser; se bécotter.
On dit aussi _Se sucer le trognon_.
SUCER UN VERRE, v. a. Le boire.
SUCEUR, s. m. Parasite, homme qui boit et mange aux dépens des autres. Argot des coulisses.
SUÇON, s. m. Pince faite à même le drap pour obtenir un bombage,--dans l'argot des tailleurs.
SUÇON, s. m. Baiser-ventouse,--dans l'argot des grisettes.
SUÇON, s. m. Sucre d'orge,--dans l'argot des petites dames, habituées des Délass Com, et du théâtre Déjazet.
SUCRE! Exclamation de l'argot des bourgeoises, à qui--naturellement--répugne celle de Cambronne.
SUCRÉE! s. f. Bégueule,--dans l'argot du peuple.
_Faire sa sucrée._ Se choquer des discours les plus innocents comme s'ils étaient égrillards, et des actions les plus simples comme si elles étaient indécentes.
L'expression est vieille,--comme l'hypocrisie. Perrot d'Ablancourt, dans sa traduction de Lucien, dit: «Et cette petite sucrée de Sapho...»
SUDISTE, s. et adj. Partisan des Etats de l'Union qui ont brisé cette union pour se constituer, sans y réussir, en République à part, dite _République du Sud_.
On dit aussi _Confédéré_, _Esclavagiste_, _Sécessionniste_ et _Séparatiste_.
SUÉE, s. f. Réprimande,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Peur.
SUÉE DE MONDE, s. f. Foule, grand nombre de personnes.
SUER (Faire). Assassiner,--dans l'argot des voleurs.
_Faire suer sur le chêne._ Tuer un homme.
SUER (Faire). Ennuyer outrageusement par ce qu'on fait ou par ce qu'on dit; faire lever les épaules de pitié ou de dédain. Argot du peuple.
SUER SON ARGENT (Faire). Lui faire rapporter gros; se livrer à l'usure. Argot des bourgeois.
SUER THÉMIS (Faire). Étudier le Code, de manière à pouvoir éluder la loi,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens d'affaires, des avocats marrons.
SUEUR DE CANTONNIER, s. f. Chose rare parce que chère, ou chère parce que rare,--les cantonniers étant connus généralement pour des gens qui en prennent à leur aise.
SUIF, s. m. Réprimande de maître à valet, ou de patron à ouvrier. Argot des faubouriens.
_Gober son suif._ Recevoir les reproches auxquels on s'attendait.
SUIF, s. m. Graisse, la partie adipeuse du corps humain.
_Être tout en suif._ Être fort gras.
SUIF, s. m. Argent, _beurre_.
SUIFFARD, adj. et s. Homme mis avec élégance, avec _chic_.
SUIFFARD, s. m. Richard.
SUIFFÉ, adj. Soigné, remarquable, très beau.
_Femme suiffée._ Très jolie ou très bien mise.
SUIFFÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
SUISSE, s. m. Invité, convive,--dans l'argot des troupiers.
_Faire Suisse._ Boire ou manger seul.
SUISSESSE, s. f. Verre d'absinthe,--dans l'argot des bohèmes.
SUIVEUR, s. m. Galantin de n'importe quel âge, homme qui suit les femmes dans la rue.
Mot créé par Nestor Roqueplan.
SUIVEZ-MOI, JEUNE HOMME, s. m. Rubans très minces et très longs que les petites dames laissent flotter sur leur dos.
SUIVRE LE SOLEIL, v. a. Aller travailler à la journée chez les particuliers,--dans l'argot des tailleurs, qui ont rarement des expressions aussi imagées et aussi poétiques.
SULFATE DE CUIVRE, s. m. Absinthe de cabaret,--dans l'argot des bohèmes, qui n'en sont que plus coupables puisqu'ils boivent obstinément un liquide dont ils connaissent les désastreux effets.
J'ai entendu demander par un ivrogne _un verre de sulfate de cuivre_ et j'ai vu le garçon lui apporter un verre d'absinthe. Empoisonneurs et empoisonnés rient de leur poison. C'est parfait!
SULTAN (Le). Le public,--dans l'argot des coulisses.
L'expression est juste surtout à propos des actrices, ces odalisques dont les tiroirs regorgent de mouchoirs.
SUPERLIFICOQUENTIEUX, a. Merveilleux, étonnant, inouï,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Superlificoquentiel_.
SURBINE, s. f. Surveillance,--dans l'argot des voleurs.
SURETTE, s. f. Pomme,--dans le même argot.
SURGERBER, v. a. Condamner en appel,--dans le même argot.
SURIN, s. m. Couteau,--dans le même argot.
_Surin muet._ Canne plombée; casse-tête.
SURINER, v. a. Assassiner quelqu'un avec un surin. V. _Chouriner_.
SURINEUR, s. m. Spécialiste du genre de Lacenaire. V. également _Chourineur_.
SURJUIN, s. m. _Insurgé_ de juin 1848,--dans l'argot des campagnards de la banlieue de Paris, pour qui un mot nouveau n'est facile à retenir qu'autant qu'il est court et sonore.
SURMOULEUR, s. m. Ecrivain qui, volontairement ou à son insu, pastiche d'autres écrivains, et emploie tout son talent à exagérer les mauvais côtés du talent des autres. Argot des gens de lettres.
SUR-RINCETTE, s. f. Supplément à la _rincette_,--dans l'argot des bourgeois.
SUR SEIZE! Exclamation de l'argot des calicots, qui l'emploient pour se prévenir mutuellement d'un péril quelconque, comme par exemple de l'arrivée subite du patron, etc.
SYMBOLE, s. m. Crédit chez le marchand de vin,--dans l'argot des typographes, qui veulent sans doute faire allusion à l'œil du fameux triangle maçonnique.
_Avoir le symbole._ Avoir un compte ouvert chez le cabaretier.
SYMBOLE, s. m. La tête,--dans l'argot des voyous.
Se dit aussi pour Chapeau.
SYSTÈME, s. m. L'ensemble des fonctions du corps humain, et, plus spécialement, le _système nerveux_. Argot du peuple.
_Agacer le système._ Ennuyer.
_Taper sur le système._ Agacer les nerfs; exaspérer.
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TABAC, s. m. Vieil étudiant,--culotté comme une pipe qui a beaucoup servi.
TABAC, s. m. Ennui, misère,--dans l'argot des faubouriens.
_Être dans le tabac._ Être dans une position critique.
_Foutre du tabac à quelqu'un._ Le battre--de façon à lui faire éternuer du sang.
_Fourrer dans le tabac._ Mettre dans l'embarras.
_Manufacture de tabac._ Caserne.
TABAC DE DÉMOC, s. m. Tabac fait avec les détritus de cigares ramassés par les voyous jeunes et vieux, dont c'est la spécialité.
TABAR, s. m. Manteau,--dans l'argot des voleurs.
Ils disaient autrefois _Volant_.
TABATIÈRE, s. f. Le podex,--dans l'argot du peuple.
_Ouvrir sa tabatière._ Faire un sacrifice muet, mais odore, au dieu Crépitus. D'où: _Quelle prise!_
TABLEAU-RADIS, s. m. Toile qui _revient_, invendue, du Salon ou de la boutique du marchand. Argot des artistes et des gens de lettres.
On dit de même _Livre-radis_.
TABLEAUTIN, s. m. Tableau sans valeur.
TABLETTE, s. f. Brique,--dans l'argot des voleurs.
TABLIER DE CUIR, s. m. Cabriolet,--dans l'argot des faubouriens.
TABLIER LÈVE (Le). Se dit--dans l'argot des bourgeois--d'une fille qui ne peut plus dissimuler sa grossesse. _Intumescit alvus._
_Faire lever le tablier._ Engrosser une fille ou une femme.
TACHE D'HUILE, s. f. Accroc à une robe, déchirure d'habit,--dans l'argot du peuple.
TACHE D'HUILE, s. f. Mauvais tour,--_crasse_ impardonnable, ineffaçable, faite par un ami à son ami.
TAF, s. m. Peur,--dans l'argot des voleurs.
_Avoir le taf._ Avoir peur.
_Coller le taf._ Faire peur.
On dit aussi _Tafferie_.
Il n'y a pas à douter que ce mot ne vienne d'une expression proverbiale ainsi rapportée par Oudin: «_Les fesses luy font taf taf_, ou _le cul lui fait tif taf_, c'est-à-dire: _Il a grand peur, il tremble de peur_.»
On dit aussi _Taffetas_.
_Avoir le taffetas du vert._ Être frileux, avoir peur du froid.
TAFFER, v. n. Avoir peur,--dans l'argot des faubouriens.
TAFFEUR, s. m. Poltron.
_Le Royal-Taffeur._ Régiment aux cadres élastiques, où l'on incorpore à leur insu tous les gens qui ont donné des preuves de couardise.
TAILLER DES BAVETTES, v. a. Bavarder comme font les commères à la veillée,--dans l'argot du peuple, qui sait que les femmes déchirent plus de réputations à coups de langue qu'elles ne cousent de robes à coups d'aiguille.
TAILLER DES CROUPIÈRES, v. a. Donner de l'inquiétude à son ennemi, le harceler sans cesse.
TAILLER LES MORCEAUX A QUELQU'UN, v. a. Limiter ce qu'il doit manger ou dépenser; lui prescrire ce qu'il doit faire.
TAILLEUSE, s. f. Nom générique de la corporation des tailleurs.
TAIRE SON BEC, v. a. Se taire,--dans l'argot du peuple.
TALBIN, s. m. Billet de complaisance,--dans l'argot des voleurs.
_Talbin d'altèque._ Billet de banque.
_Talbin d'encarade._ Billet d'entrée dans un théâtre.
TALBIN, s. m. Huissier,--dans le même argot.
TALBINER, v. a. Assigner devant le tribunal.
TALOCHE, s. f. Soufflet ou coup de poing,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.
TALOCHER, v. a. Donner des soufflets.
TALOCHON, s. m. Petite taloche.
TALONNER, v. a. Presser, tourmenter; poursuivre.
TALON ROUGE, s. m. Aristocrate.
_Être talon rouge._ Avoir la suprême impertinence.
TALONS COURTS (Avoir les). Se dit de toute femme ou fille qui ne sait pas défendre assez vigoureusement son honneur, et qui succombe trop aisément.
TAMBOUILLE, s. f. Ragoût, _fricot_,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire sa tambouille._ Faire sa cuisine.
TAMBOUR, s. m. Chien,--dans l'argot des voleurs.
_Roulement de tambour._ Aboiement.
TAMPON, s. m. Poing,--dans l'argot du peuple.
TAMPONNER (Se), v. réfl. Se battre à coups de poing.
On dit aussi _Se foutre des coups de tampon_.
TANGENTE, s. f. Épée,--dans l'argot des Polytechniciens.
Ils l'appellent aussi: _La tangente au point Q_.
TANNANT, E, adj. Ennuyeux, assommant,--dans l'argot des faubouriens.
TANNER, v. n. Ennuyer.
TANNER LE CUIR, v. a. Battre quelqu'un à coups redoublés.
Au XVIIe siècle on disait: _Faire péter le maroquin_.
TANTE, s. f. Individu du _troisième sexe_,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Tapette_.
TANTE (Ma). Mont-de-Piété,--dans l'argot des petites dames et des bohèmes qui croient avoir inventé là une expression bien ingénieuse, et qui se sont contentés de contrefaire une expression belge: car au XIIe siècle, dans le pays wallon, on appelait un usurier _mon oncle_.
On dit aussi _Casino_.
TANTINET, adv. Un peu,--dans l'argot du peuple qui emploie ce mot depuis quelques siècles.
On dit aussi TANTET.
TANT QUE TERRE, adv. En abondance, beaucoup.
TAP ou TAPIN, s. m. Poteau du pilori,--dans l'argot des voleurs.
_Faire le tapin._ Être exposé.
On dit aussi _Faire le singe_.
TAPAGE, s. m. Amour,--dans l'argot des typographes.
TAPAGEUR, EUSE, adj. Eclatant, voyant, _criard_,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.
_Couleurs tapageuses._ Couleurs trop vives qui tirent l'œil et l'agacent.
_Toilette tapageuse._ Toilette d'un luxe de mauvais goût, dressée pour faire retourner les hommes et «crever de jalousie» les femmes.
TAPAMORT, s. m. Tambour,--dans l'argot des voyous.
TAPANCE, s. f. Maîtresse ou femme légitime,--dans l'argot des typographes.
_La tapance du meg._ La femme du patron.
TAPE, s. f. Coup de la main, à plat ou fermée. Argot du peuple.
TAPÉ, adj. Réussi, émouvant, éloquent,--c'est-à-dire bourré de grosses phrases sonores et d'hyperboles de mauvais goût, comme le peuple les aime dans les discours de ses orateurs, dans les livres de ses romanciers et dans les pièces de ses dramaturges.
_Tapé dans le nœud._ Excessivement beau, ou extrêmement remarquable.
TAPE-A-L'OEIL, s. m. Homme qui a une pétéchie sur l'œil; chien blanc qui a du poil noir sur les yeux.
TAPECUL, s. m. Voiture mal suspendue qui secoue les voyageurs.
TAPE-CUL, s. m. Planche en équilibre sur laquelle on se balance à deux. Argot des gamins.
TAPEDUR, s. m. Serrurier,--dans l'argot des voleurs.
TAPÉE, s. f. Foule, grande réunion de personnes,--dans l'argot des faubouriens.
TAPER, v. a. Frapper, battre.
TAPER, v. a. et n. _Permolere uxorem, quamlibet aliam_,--dans l'argot des typographes.
TAPER, v. a. Demander de l'argent,--dans l'argot des ouvriers.
_Taper son patron de vingt francs._ Lui demander une avance d'un louis.
TAPER, v. n. Prendre sans choisir,--dans l'argot des faubouriens.
_Taper dans le tas._ Prendre au hasard dans une collection de choses ou de femmes.
_Taper sur les vivres._ Se jeter avec avidité sur les plats d'une table; manger gloutonnement.
_Taper sur le liquide._ S'empresser de boire.
TAPER DANS LE TAS. Avoir de la rondeur dans les allures, de la franchise dans le caractère.
TAPER DANS L'OEIL, v. a. Séduire,--en parlant des choses et des femmes.
TAPER DE L'OEIL, v. n. Dormir.
L'expression est plus vieille qu'on ne serait tenté de le croire, car on la trouve dans les OEuvres du comte de Caylus (_Histoire de Guillaume Cocher_).
TAPER SUR LA BOULE, v. a. Griser, étourdir, à propos d'un liquide.
TAPETTE, s. f. Verve, entrain, _platine_.
_Avoir une fière tapette._ Être grand parleur,--ou plutôt grand bavard.
TAPETTE, s. f. Individu faisant partie du _troisième sexe_.
TAPIN, s. m. Tambour,--dans l'argot des troupiers.
Le mot a au moins cent ans de bouteille.
TAPIQUER, v. n. Habiter,--dans l'argot des voleurs.
TAPIS, s. m. Conversation, causerie,--dans l'argot des bourgeois.
_Être sur le tapis._ Être l'objet d'une causerie, le sujet d'une conversation.
_Amuser le tapis._ Distraire d'une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.
TAPIS, s. m. Cabaret, auberge, hôtel,--dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un vieux mot de la langue romane, _tapinet_ (lieu secret), dont on a fait _tapinois_.
Ils disent aussi _Tapis franc_, c'est-à dire Cabaret d'_affranchis_.
_Tapis de grives._ Cantine de caserne.
_Tapis de malades._ Cantine de prison.
_Tapis de refaite._ Table d'hôte.
TAPIS BLEU, s. m. Paradis,--dans l'argot des faubouriens, qui voient par avance le dedans du ciel semblable au dehors.
TAPIS BRÛLE (Le). Expression de l'argot des joueurs, pour exciter quelqu'un à se mettre au jeu.
TAPIS DE PIED, s. m. Courtisan,--dans l'argot énergique du peuple, qui sait que les gens qui veulent parvenir essuient sans murmurer, de la part des gens parvenus, toutes les humiliations et toutes les mortifications.
Il dit aussi _Lèche-tout_.
TAPISSERIE, s. f. Femmes laides ou vieilles qu'on n'invite pas à danser,--dans l'argot des bourgeois.
_Faire tapisserie._ Regarder faire, ou écouter parler les autres.
TAPISSERIE (Avoir de la). Avoir beaucoup de figures en main,--dans l'argot des joueurs.
TAPISSIER, s. m. Cabaretier.
TAPIS VERT, s. m. Tripot,--dans l'argot des voleurs et des bourgeois.
_Jardiner sur le tapis vert._ Jouer dans un tripot.
TAPON, s. m. Amas de choses,--et spécialement d'étoffes, de chiffons. Argot du peuple.
_Mettre sa cravate en tapon._ La chiffonner, la mettre sans goût, comme si c'était un chiffon.
L'expression sort évidemment du vocabulaire des marins, qui appellent _Tapon_ une pièce de liège avec laquelle on bouche l'âme des canons pour empêcher l'eau d'y entrer.
TAPOTER DU PIANO. Toucher médiocrement du piano. Argot des bourgeois.
TAPOTEUR DE PIANO, s. m. Pianiste médiocre.
TAPOTEUSE DE PIANO. Femme qui fait des gammes.
TAPPE, s. f. La marque qu'on appliquait avant 1830 sur l'épaule des condamnés aux travaux forcés.
TAQUER, v. a. Hausser,--dans l'argot des voleurs.
TARAUDER, v. n. Faire un bruit agaçant en remuant mal à propos des meubles, en secouant des tiroirs, etc. Argot du peuple.
TARAUDER, v. a. Battre, donner des coups,--dans l'argot des faubouriens.
TARD-A-LA-SOUPE, s. m. Convive qui se fait attendre,--dans l'argot du peuple.
TAROQUE, s. f. Marque du linge,--dans l'argot des voleurs.
TAROQUER, v. a. Marquer.
TARTARE, s. m. Apprenti; médiocre ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi _Chasseur_.
TARTARE, s. m. Fausse nouvelle, _canard_ politique,--dans l'argot des journalistes et des boursiers.
Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le résultat de la bataille de l'Alma fût connu, le bruit courut,--et ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir qu'un cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d'Omer-Pacha, annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes. On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après, la nouvelle apocryphe devenait officielle.
TARTE, adj. Qualité bonne ou mauvaise d'une chose,--dans l'argot des voleurs.
TARTE BOURBONNAISE, s. f. Résultat du verbe _alvum deponere_,--dans l'argot du peuple, qui a la plaisanterie fécale.
Il a pour excuse l'exemple de Rabelais (_Pantagruel_, liv. II, chap. XVI).
TARTINE, s. f. Article bon ou mauvais, mais surtout mauvais. Argot des journalistes.
Signifie aussi Long discours, homélie ennuyeuse.
_Débiter des tartines._ Parler longtemps.
TARTINER, v. n. et a. Ecrire des articles.
_Tartiner une brochure._ La rédiger.
TARTINES, s. f. pl. Souliers éculés, pantoufles,--dans l'argot des voyous.
TARTIR, v. n. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des voleurs.
TAS DE PIERRES, s. m. Prison,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Boîte aux cailloux_.
TATA, s. f. Tante,--dans l'argot des enfants.
C'est également le mot qu'ils répètent le plus souvent pour appeler leur père. On le retrouve jusque dans les épigrammes de Martial.
TATA, s. f. Femme plus bavarde que ne le permet son sexe; belle diseuse de riens; précieuse; mijaurée.
_Faire sa tata._ Se donner de l'importance; être une commère écoutée.
TATE-POULE, s. m. Innocent, et même imbécile.
Se dit aussi d'un Homme qui s'amuse aux menus soins du ménage.
TATER, v. a. et n. _Peloter_.
TATEUR, s. m. _Peloteur_.
TATEZ-Y, s. m. Croix à la Jeannette, ou petit cœur d'or qui pend sur la gorge des demoiselles et même des dames.
TATILLON, s. et adj. Homme méticuleux à l'excès, s'occupant de riens comme s'ils étaient importants et négligeant les choses importantes pour des riens. Argot du peuple.
On dit aussi _Tatillonneur_.
L'expression a une centaine d'années de bouteille.
TATILLONNER, v. n. S'occuper de choses qui n'ont pas d'importance; faire la mouche du coche.
TATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens.
TATOUILLER, v. a. Battre, donner des coups.
TAUDE, s. f. Apocope de _Taudion_,--dans l'argot des voyous.
TAUDION, s. m. Endroit quelconque; logement malpropre, _taudis_. Argot des faubouriens.
TAULE, s. m. Le bourreau,--d'après Victor Hugo, à qui j'en laisse la responsabilité.
TAULE ou TÔLE, s. f. Maison,--dans l'argot des voleurs et des voyous.
C'est la _piaule_, moins les enfants.
TAUPAGE, s. m. Egoïsme, existence _cachée_,--dans le même argot.
TAUPE, s. f. Fille de mauvaises mœurs,--dans l'argot peu chrétien des bourgeois.
On dit aussi _gaupe_.
TAUPER, v. a. et n. Battre, Accabler de coups,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Tauper dessus_.
TAUPER, v. n. Travailler,--dans l'argot des faubouriens.
TAUPIER, s. m. Egoïste.
TAUPIN, s. m. Candidat à l'Ecole polytechnique,--peut-être parce qu'on a remarqué que la plupart des jeunes gens qui se destinent à cette école, travailleurs plus acharnés que les autres avaient de bonne heure la vue aussi faible que celle des _taupes_.
_Taupin carré._ Taupin de 2e année.
_Taupin cube._ Taupin de 3e année.
TAUPIN VAUT MAROTTE. Se dit ironiquement--dans l'argot du peuple--de deux personnes qui ont les mêmes vices ou la même laideur physique.
On dit aussi _Taupin vaut Taupine_.
TEIGNE, s. f. Fille ou femme acariâtre, hargneuse dont on ne peut pas se débarrasser.
On dit aussi _Gale_.
TEINTÉ (Être). Commencer à être gris,--dans l'argot des ouvriers.
TEINTURIER, s. m. Homme de lettres qui met en français un travail littéraire fait par un illettré, et lui donne du style, de la poésie, de la _couleur_.
Il y a aussi les teinturiers politiques, c'est-à-dire des gens supérieurs que les hommes d'Etat inférieurs s'attachent par tous les moyens pour profiter de leurs lumières et s'assimiler leurs talents.
Voltaire a employé ce mot, très clair, très significatif.
TEMPLE, s, m. Salle de réunion,--dans l'argot des francs-maçons.
TEMPLE, s. m. Manteau,--dans l'argot des faubouriens.
TEMPS DE BÛCHE, s. m. Epoque qui précède les examens,--dans l'argot des étudiants.
TEMPS DE CHIEN. Mauvais temps, pluie ou neige,--_temps à ne pas mettre un chien dehors_. Argot du peuple.
TEMPS DE DEMOISELLE, s. m. Quand il ne fait ni pluie ni soleil, ni poussière ni vent.
TEMPS SALÉ, s. m. Temps chaud, qui fait boire.
TENDRE LA PERCHE, v. a. Venir en aide à quelqu'un qui se trouble dans une conversation ou dans un discours.
TENDRON, s. m. Grisette, jeune fille à laquelle il est permis de manquer de respect,--dans l'argot des bourgeois.
TENIR (En). Avoir de l'amour pour quelqu'un,--dans l'argot des bourgeois.
TENIR A 40 SOUS AVEC SON CROQUE-MORT (Se). Se débattre dans l'agonie, ne pas vouloir mourir.
Cette expression, aussi cynique que sinistre, est du pur argot de voyou. Si je ne l'avais entendue de mes oreilles, je l'aurais crue inventée.
TENIR A QUATRE (Se). Se contenir tout en enrageant; ne pas oser éclater. Argot du peuple.
On dit aussi _Être à genoux devant sa patience_.
TENIR BIEN SUR SES ANCRES, v. n. Être en bonne santé,--dans l'argot des marins.