Dictionnaire de la langue verte

Part 42

Chapter 423,641 wordsPublic domain

SCIE, s. f. Mystification, plaisanterie agaçante,--dans l'argot des artistes.

Le chef-d'œuvre du genre, c'est:

«Il était quatre jeunes gens du quartier, Eh! eh! eh! eh! Ils étaient tous les six malades, Ade! ade! ade! ade! On les mit tous sept dans un lit, Hi! hi! hi! hi! Ils demandèrent du bouillon, On! on! on! on! Qui n'était ni salé ni bon, On! on! on! on! C'est l'ordinair' de la maison, On! on! on! on! Ça commence à vous embêter, Eh! eh! eh! eh! Et bien je vais recommencer, Eh! eh! eh! eh!»

Et l'on recommence en effet jusqu'à ce que l'importun que l'on scie ainsi comprenne et s'en aille.

_Faire_ ou _Monter une scie_. Imaginer une mystification contre quelqu'un.

SCIER, v. a. Importuner, obséder sans relâche.

On dit aussi _Scier le dos_.

SCIER DU BOIS, v. a. Jouer du violon ou de la contrebasse,--dans l'argot des faubouriens.

SCIEUR DE BOIS, s. m. Violoniste ou contrebassiste.

SCION, s. m. Baguette et même Bâton,--dans l'argot du peuple.

SCIONNER, v. a. Battre quelqu'un, le bâtonner.

SCIONNER, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs.

SCIONNEUR, s. m. Meurtrier.

SCRIBOUILLAGE, s. m. Mauvais style,--style à la Scribe. Argot des gens de lettres.

SCULPSIT, s. m. Sculpteur,--dans l'argot des artistes.

SCULPTURE RONFLANTE, s. f. Sculpture tourmentée, colorée, entre la sagesse et l'exagération.

SEC, s. m. Élève qui a passé des examens de fin d'année déplorables. Argot des Polytechniciens.

On dit aussi, mais moins: _Fruit sec_.

SÉCHÉ (Être). N'être plus gris,--dans l'argot des faubouriens.

SÉCHER, v. n. Être fruit _sec_,--dans l'argot des Polytechniciens.

SÉCOT, s. et adj. Homme maigre et sec,--dans l'argot du peuple.

SECOUER, v. a. Gronder quelqu'un, et même le battre,--dans le même argot.

On dit aussi _Secouer les puces_.

SECOUER LA COMMODE, v. a. Jouer de l'orgue de Barbarie,--dans l'argot des faubouriens.

SECRET DE POLICHINELLE, s. m. Secret connu de tout le monde,--dans l'argot du peuple.

SEIGNEUR ET MAITRE, s. m. Mari,--dans l'argot des bourgeois: _protecteur_,--dans l'argot de Breda-Street.

SEMAINE DES QUATRE JEUDIS, s. f. Semaine fantastique, dans laquelle les mauvais débiteurs promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes d'être fidèles, les gens avares d'être généreux, etc. C'est la _Venue des Coquecigrues_ de Rabelais.

On dit aussi: _La semaine des quatre jeudis, trois jours après jamais_.

SEMAINES, s. f. pl. Sous de poche distribués le samedi et le dimanche.--dans l'argot des collégiens.

SEMER QUELQU'UN, v. a. S'en débarrasser,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi: Le renverser, le jeter à terre d'un coup de poing ou d'un coup de pied.

SENS DEVANT DIMANCHE. adv. De travers, sens dessus dessous,--dans l'argot du peuple.

SENTINELLE, s. f. Résultat de la digestion. _Stercus._

_Poser une sentinelle._ Alvum deponere.

SENTIR, v. a. Aimer,--dans l'argot du peuple, qui emploie surtout ce verbe avec la négative.

_Ne pas pouvoir sentir quelqu'un._ Avoir répugnance à le rencontrer, à lui parler, le haïr enfin.

On dit aussi _Avoir dans le nez_.

SENTIR LE COUDE A GAUCHE. v. n. Avoir confiance en soi et dans l'amitié de ses camarades; se sentir appuyé, soutenu, encouragé, etc.

SENTIR LE LAPIN. Suer abondamment et désagréablement des aisselles.

SENTIR MAUVAIS, v. n. Devenir grave, sérieux; se gâter,--en parlant des choses.

_Cela sent mauvais_ est une phrase de la même famille que _Le torchon brûle_.

SEPT, s. m. Crochet,--dans l'argot des chiffonniers.

SÉQUELLE, s. f. Grand nombre de gens ou de choses,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie ce mot que péjorativement.

Signifie aussi: Gens ou choses qui font suite à quelqu'un ou à quelque chose.

_Toute la séquelle._ Tous les membres de la famille, et surtout les enfants.

SER, s. m. Signal donné en crachant,--dans l'argot des voleurs. (V. _Serpent_.)

SERGOLLE, s. f. Ceinture,--dans le même argot.

SÉRIEUX, adj. Excellent, convenable,--dans l'argot des gens de lettres et des petites dames.

_Homme sérieux._ Qui ne refuse rien aux femmes qui ne refusent rien aux hommes--riches.

_Souper sérieux._ Où rien ne manque de ce qui doit en faire l'attrait: vins exquis, chère non-pareille, femmes charmantes, hommes d'esprit, etc.

Le peuple emploie aussi cet adjectif dans l'acception de Copieux: _un beefsteak sérieux_, _un dessert sérieux_, etc.

SERIN, s. m. Gendarme de la banlieue,--dans l'argot des voyous.

S'est dit aussi, à une certaine époque du règne de Louis-Philippe, des compagnies de voltigeurs de la garde nationale qui avaient des parements jaunes, des passe-poils jaunes, des torsades jaunes, tout jaune, au point qu'en les passant un jour en revue dans la cour des Tuileries, et les voyant se débander, le maréchal Lobau s'écria: «Fermez donc les grilles, mes serins vont s'envoler!»

SERIN, s. et adj. Imbécile, ou seulement Homme naïf,--dans l'argot des faubouriens.

SERINER, v. a. Répéter à satiété une chose à quelqu'un, afin de la lui loger dans la mémoire.

SERINETTE, s. f. Homme qui fait _chanter_ d'autres hommes,--dans l'argot des voleurs.

SERINGUE, s. f. Voix fausse, aigre, criarde,--dans l'argot du peuple.

_Chanter comme une seringue._ Chanter très mal.

SERPENT, s. m. Ceinture de cuir,--dans l'argot des troupiers, qui y serrent leur argent.

On dit aussi _Anguille_.

SERPENT, s. m. Crachat,--dans l'argot des voleurs.

SERPENTIN, s. m. Matelas,--dans le même argot.

SERPETTES, s. f. pl. Les jambes,--dans l'argot des troupiers.

SERPILLIÈRE, s. f. Soutane,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Serpillière à ratichon_.

SERRANTE, s. f. Serrure,--dans l'argot des voleurs.

SERRÉ, adj. Pauvre; sans argent, momentanément ou par habitude,--dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi Avare.

SERRER, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot des faubouriens.

SERRER LA VIS. Achever une affaire, presser un travail. Étrangler quelqu'un. Argot du peuple.

SERRER LE NOEUD. Se marier,--dans l'argot des bourgeois et des vaudevillistes.

SERRER LES POUCES A QUELQU'UN, v. a. Le presser vivement de questions pour lui faire avouer la vérité. Argot du peuple.

SERT, s. m. Signe fait par un compère,--dans l'argot des saltimbanques.

SERVIETTE, s. f. Portefeuille,--dans l'argot des avocats.

SERVIETTE, s. f. Aniterge en papier,--dans l'argot des bourgeois.

SERVIR, v. a. et n. Trahir, dénoncer,--dans l'argot des voleurs.

_Servir de belle._ Dénoncer à faux.

SERVIR, v. a. Arrêter, prendre,--dans l'argot des faubouriens.

Vidocq, lorsqu'il était chef de la police de sûreté, avait l'habitude de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs: «Monsieur, vous êtes servi!...»»

SÉSIÈRE, pr. pers. Soi, lui, elle,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Sésigue_ et _Sésingard_.

SEU, s. m. Second,--dans l'argot des enfants, qui pratiquent l'apocope comme des hommes.

SÉVÈRE, s. f. Chose étonnante; événement inattendu,--dans l'argot des faubouriens.

SEXE, s. m. Les femmes en général,--dans l'argot du peuple, qui, sans tomber à leurs pieds, comme le recommande M. Legouvé, sait qu'il leur doit une mère, la seule créature digne de ses respects.

_Ami du sexe._ Homme de complexion amoureuse.

SHOCKING! Exclamation qui, de la langue des pudiques Anglaises, a passé dans l'argot ironique des gouailleurs parisiens. Ce qui est _choquant_ de l'autre côté du détroit cesse de l'être de ce côté-ci.

SHOCKINER (Se), v. réfl. Se scandaliser.

SIBIJOITE, s. f. Cigarette,--dans l'argot des marbriers de cimetière, parfois trop fantaisistes.

_Orpheline._ Cigarette presque fumée.

SIFFLE, s. f. Voix,--dans l'argot des voleurs.

SIFFLER, v. a. et n. Boire ou manger, mais surtout boire,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis plus d'un siècle, comme le prouvent ces vers d'une chanson du commencement du XVIIe siècle:

«Lorsque je tiens une lampée Pleine de vin, le long de la journée, Je siffle autant que trois.»

SIFFLER, v. a. Dépenser.

_Avoir tout sifflé._ Être ruiné.

SIFFLER LA LINOTTE, v. a. Appeler sa maîtresse avec un cri ou un air convenus; faire le pied de grue.

SIFFLET, s. m. Gorge, gosier,--entonnoir à air et à vin.

_S'affûter le sifflet._ Boire.

On dit aussi _Se rincer le sifflet_.

_Couper le sifflet à quelqu'un._ Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu'il a tort de parler, ce qui vaut mieux.

SIGNE D'ARGENT, s. m. Le stercus humain,--dans lequel il est bon de marcher, paraît-il, parce que cela porte bonheur.

SIGNER DES ORTEILS (Se), v. réfl. Se pendre ou être pendu,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux derniers tressaillements des suicidés ou des condamnés.

SILENCE, s. m. Audiencier,--dans l'argot des voyous, habitués de police correctionnelle ou de cour d'assises.

SIME, s. f. Patrouille,--dans l'argot des voleurs.

SIMON, s. m. Propriétaire,--dans l'argot des ouvriers viveurs.

_Aller chez Simon._ Aller «où le roi va à pied»,--dans l'argot des bourgeoises.

SIMPLE, s. et adj. Niais,--dans l'argot du peuple, qui a un faible pour les _roublards_.

Les Anglais ont la même expression: _Flat_, plat,--nigaud.

SINGE, s. m. Patron,--dans l'argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.

SINGE, s. m. Ouvrier compositeur,--dans l'argot des imprimeurs.

SINGE BOTTÉ, s. m. Homme amusant, gros farceur,--dans l'argot des bourgeoises.

SINGERIES, s. f. Grimaces, mines hypocrites, comédie de la douleur,--dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les gens simiesques.

SINGULIER PISTOLET, s. m. Homme bizarre, original, qui ne fait rien comme tout le monde, _part_ quand il faudrait rester, et reste quand il faudrait partir.

SINVE, s. m. Homme simple, imbécile, bon à duper,--dans l'argot des voleurs.

Quelques lexicographes de la rue affirment qu'on écrit et prononce _sinvre_.

_Affranchir un sinve._ Faire d'un paresseux un voleur, ou d'un débauché un escarpe.

SINVINERIE, s. f. Niaiserie.

SIROP, s. m. Vin,--dans l'argot des faubouriens, qui ont l'honneur de se rencontrer avec Rabelais: «Après s'être bien antidoté l'haleine de sirop vignolat,» dit l'immortel Alcofribas Nasier.

_Avoir un coup de sirop de trop._ Être ivre.

SIROTER, v. a. Boire plus que de raison.

Signifie aussi Boire à petits coups.

SIROTER, v. n. et a. Nettoyer à fond la tête de quelqu'un, la bien peigner, friser et pommader. Argot des coiffeurs.

SIROTER LE BONHEUR, v. a. Être dans la lune de _miel_. Argot des faubouriens.

SIROTEUR, s. m. Ivrogne.

SIX, s. f. Une des six chandelles dont se compose un paquet d'une livre.

_Brûler des six._ N'employer que ces chandelles-là.

SIX-FRANCS, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les habits,--dans l'argot des tailleurs.

SIX-QUATRE-DEUX (A la), adv. Sans soin, sans grâce, à la hâte,--dans l'argot des bourgeois.

SMALA, s. f. Famille, ménage,--dans l'argot des troupiers qui ont fait les campagnes d'Afrique.

Se dit depuis la prise de la _smala_ d'Abd-el-Kader par le duc d'Aumale.

SNOB, s. m. Fat, ridicule, vaniteux,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression au _Livre des Snobs_ de Thackeray, comme si nous n'avions pas déjà le même mot sous une douzaine de formes.

SNOBISME, s. m. Fatuité, vanité.

SNOBOYE, adj. Parfait, excellent, _chocnosof_,--dans l'argot des faubouriens.

SOCIÉTÉ DU DOIGT DANS L'OEIL, s. f. Association pour rire, formée par Nadar, dans laquelle on enrégimente à leur insu les gens qui «se fourrent le doigt dans l'œil».

SOCIÉTÉ DU FAUX COL, s. f. Société de secours mutuels que forment entre eux les comédiens pour se débarrasser des _raseurs_, des importuns, des gêneurs.

Le signe de détresse que font entre eux les membres de la _Société du faux col_ consiste à passer le doigt sur le col de la chemise.

Cette société s'appelle aussi la _Société du rachat des captifs_.

SODA, s. m. Mélange de sirop de groseille et d'eau de seltz (_soda-water_).

SOEUR, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des soldats et des voyous, qui, sans s'en douter, se servent du même mot que les Romains, dans le même sens, _soror_. Les Romains avaient de plus le mâle de la sœur, qui était le _frater_.

On dit aussi: _Nos sœurs du peuple_, pour désigner certaines victimes cloîtrées, qui ne se plaignent pas de l'être. Au XVIe siècle, on disait: _Nos cousines_.

_Sœur_ se trouve, avec cette dernière acception, dans le _Dictionnaire_ de Leroux.

SOEUR, s. f. Fille ou femme,--dans l'argot des francs-maçons.

SOEURS BLANCHES, s. f. pl. Les dents,--dans l'argot des voleurs.

SOIFFARD, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Soiffeur_.

SOIFFER, v. n. Boire outre mesure,--sous prétexte de soif.

SOIGNÉ, s. m. Chose de qualité supérieure, vin ou chapeau, tabac ou salade, etc.

SOIGNÉE, s. f. Chose étonnante, difficile à croire; événement extraordinaire.

Signifie aussi elliptiquement. Correction violente,--_pile_ donnée avec soin.

SOIGNER, v. a. Battre quelqu'un avec un _soin_ dont il n'est nullement reconnaissant.

SOIGNER SES ENTRÉES. Se faire applaudir à son entrée en scène par les chevaliers du lustre. Argot des coulisses.

SOIR, s. m. Journal du soir,--dans l'argot des gandins.

Cette ellipse est à la mode depuis quelque temps dans les cafés des boulevards.

SOISSONNAIS, s. m. pl. Haricots,--dans l'argot des voleurs, qui savent que Soissons est la patrie de ce farineux.

SOLDAT DU PAPE, s. m. Mauvais soldat,--dans l'argot du peuple.

SOLDATS, s. m. pl. De l'argent,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que l'argent est le nerf de la guerre.

Dans _les Joyeuses Commères de Windsor_, Shakespeare fait dire par Falstaff à Ford: _Money is a good soldier, Sir, and will on_. (L'argent est un bon soldat; il pousse en avant.)

SOLDE, s. m. Restant d'étoffe; coupon,--dans l'argot des marchands.

SOLDE, s. m. Chose de médiocre valeur,--dans l'argot des gens de lettres.

_Cigare de solde._ Mauvais cigare.

_Dîner de solde._ Exécrable dîner.

SOLFÉRINO, adj. et s. Couleur rouge violacée, fort à la mode depuis la guerre d'Italie.

SOLIR, v. a. Vendre,--dans l'argot des voleurs.

_Solir sur le verbe._ Acheter à crédit,--c'est-à-dire sur _parole_.

SOLITAIRE, s. m. Spectateur qui ne paye sa place que moitié prix, mais à la condition d'entrer au théâtre dans les rangs de la Claque, sans être forcé d'applaudir comme elle. Argot des coulisses.

SOLLICEUR, s. m. Marchand,--dans l'argot des voleurs.

_Solliceur à la pogne._ Marchand, ambulant.

_Solliceur de lacets._ Gendarme.

_Solliceur de loffitudes._ Homme de lettres.

SONDE, s. f. Médecin,--dans le même argot.

SONDEUR, adj. et s. Sournois, prudent, malin,--dans l'argot des faubouriens.

_Aller en sondeur._ S'informer avant d'entreprendre une chose, écouter une conversation avant de s'y mêler.

_Père sondeur._ Bonhomme rusé, dont personne ne se méfie, et qui se joue de tout le monde.

SONNETTE DE BOIS, s. f. Sonnette d'hôtel garni que l'on bourre de chiffons pour l'empêcher de sonner lorsqu'on veut s'en aller clandestinement.

D'où l'expression _Déménager à la sonnette de bois_.

SONNETTE DE NUIT, s. f. Houpette de soie blanche que les petites dames portent au capuchon de leurs caracos (1865).

SONNETTES, s. f. pl. Pièces d'or ou d'argent, d'une musique supérieure à celle de Rossini--pour les oreilles des petites dames.

SONNETTES, s. f. pl. Gringuenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. Argot des chasseurs.

SORBONNE, s. f. La tête,--parce qu'elle «médite, raisonne et conseille le crime». Argot des voleurs.

SORCIÈRE, s. f. Femme mal mise ou d'une figure ravagée,--dans l'argot des bourgeoises.

Elles disent aussi _Vieille sorcière_.

SORGUE, s. f. Nuit,--dans l'argot des voleurs.

Les Maurice La Châtre de Poissy prétendent qu'il faut écrire _Sorgne_.

SORGUER, v. n. Passer la nuit.

SORGUEUR, s. m. Voleur de nuit.

SORTE, s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, _balançoire_,--dans l'argot des typographes.

SORTIE, s. f. Discours inconvenant; emportement plus ou moins violent. Argot du peuple.

SORTIR, v. a. Transporter un mobilier _extra-muros_,--dans l'argot des déménageurs.

_Le rentrer._ Le ramener à Paris.

On dit de même _Sortie_ pour un déménagement _extra-muros_, et _Rentrée_ pour le contraire.

SORTIR, v. n. Avoir des absences d'esprit, être distrait,--dans l'argot du peuple.

On dit mieux _Être sorti_ ou _Être ailleurs_, pour n'être pas à la conversation, ne pas savoir ce qu'on dit autour de soi.

SORTIR, v. n. Être insupportable,--dans l'argot des faubouriens.

Ce verbe ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent: _il me sort_,--c'est-à-dire, je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué.

Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent: _Il me sort par le cul_.

SORTIR D'UNE BOITE, v. n. Être vêtu avec une propreté méticuleuse,--dans l'argot des bourgeois, qui ont des notions de blanchisseuse sur l'élégance.

Ils disent aussi _Avoir l'air de sortir d'une boîte_.

SORTIR LES PIEDS DEVANT, v. n. Être emporté mort, «cloué sous la lame»,--dans l'argot du peuple, qui sait de quelle façon un cercueil sort d'une maison.

SOT-L'Y-LAISSE, s. m. Le croupion d'une volaille,--dans l'argot des bourgeois.

SOUDRILLARD, s. et adj. Libertin,--dans l'argot des voleurs.

Le vieux français avait _Soudrille_ (soldat, ou plutôt _soudard_).

SOUFFLANT, s. m. Pistolet,--dans le même argot.

SOUFFLER, v. a. Prendre, s'emparer de quelque chose,--dans l'argot du peuple.

_Souffler la maîtresse de quelqu'un._ La lui enlever,--et, dans ce cas-là, souffler, c'est jouer... un mauvais tour.

SOUFFLER DES POIS, v. n. Agiter ses lèvres en dormant pour expirer l'air par petits coups secs.

Les étudiants en médecine disent: _Fumer sa pipe_.

Dans l'argot du peuple, _Souffler des pois_, c'est Faire l'important.

SOUFFLER SON COPEAU, v. a. Travailler,--dans l'argot des ouvriers.

SOUFFLET, s. m. Le _podex_.

SOUFFLEUR DE BOUDIN, s. m. Homme à visage rubicond.

SOUILLON, s. f. Femme malpropre, fille à soldats. C'est la _malkin_ des voyous anglais.

SOUILLOT, s. m. Ivrogne, débauché, _arsouille_,--dans l'argot des faubouriens.

SOULAGER, v. a. Alléger la poche de son voisin de la montre ou de la bourse qu'elle contenait.

SOULAGER (Se), v. réfl. _Meiere_. Argot du peuple.

Se dit aussi à propos de la fonction du plexus mésentérique.

SOULARD, adj. et s. Ivrogne.

SOÛLER (Se). Se goinfrer de vin ou d'eau-de-vie à en perdre la raison.

SOULEUR, s. f. Frayeur subite et violente, qui remue le cœur et _soûle_ l'esprit au point que, pendant qu'elle dure, on ne sait plus ce que l'on fait.

_Faire une souleur à quelqu'un._ Lui faire peur.

SOULEVER, v. a. Dérober adroitement,--dans l'argot des faubouriens.

SOULIERS A MUSIQUE, s. m. pl. Qui craquent lorsqu'on les porte pour la première fois.

SOULIERS-SEIZE, s. m. pl. Souliers très étroits (13 et 3),--dans l'argot ridiculement facétieux des bourgeois.

SOULIERS SE LIVRANT A LA BOISSON, s. m. pl. Souliers usés, prenant l'eau,--dans l'argot des faubouriens.

SOULOGRAPHE, s. m. Ivrogne abject. Argot des typographes.

SOULOGRAPHIE, s. m. Ivrognerie dégoûtante.

SOULOGRAPHIER (Se), v. réfl. S'enivrer crapuleusement.

SOUPÇON, s. m. Très petite quantité,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Idée_.

SOUPE AU LAIT, s. f. Homme qui s'emporte pour un rien.

SOUPE DE PERROQUET, s. f. Pain trempé dans du vin.

SOUPE-ET-LE-BOEUF (La), Bonheur conjugal,--c'est-à-dire _ordinaire_.

C'est une expression de la même famille que _Pot-au-feu_.

SOUPENTE, s. f. Le ventre,--dans l'argot des faubouriens.

Le mot a été recueilli par Traviès.

SOUPE-SEPT-HEURES, s. m. Homme qui a des habitudes de repas régulières,--dans l'argot du peuple, qui, en conservant cette expression, a conservé aussi la coutume qu'elle consacre.

SOUPEUR, s. et adj. Viveur,--dans l'argot des gens de lettres.

SOUPEUSE, s. f. Femme galante qui a pour spécialité de _lever les hommes au souper_,--c'est-à-dire de faire espalier avec d'autres à la porte des cafés du boulevard, vers les onze heures du soir, afin d'être priée à souper par les gens qui n'aiment pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse a une prime par chaque tête de bétail qu'elle amène au restaurant.

SOUPIER, adj. et s. Grand mangeur de soupe. Argot du peuple.

SOUPIR, s. m. _Crepitus ventris_,--dans l'argot des bourgeois.

_Soupir de Bacchus._ Éructation.

SOUPIRER, v. n. _Crepitum reddere._

SOUQUER, v. a. Battre ou seulement Rudoyer. Argot du peuple.

SOURICIÈRE, s. f. Cabaret suspect où se réunissent les voleurs et où ils se font arrêter par les agents de police, au courant de leurs habitudes.

_Tendre une souricière._ Surveiller les abords d'un de ces mauvais lieux-là.

SOURICIÈRE, s. f. Crinoline, ou Tournure exagérée,--dans l'argot des petites dames, qui savent combien les hommes se laissent _prendre_ à cela.

SOURICIÈRES, s. f. pl. Ce sont, d'après Vidocq, de grandes pièces souterraines dont on peut voir les fenêtres garnies d'énormes barreaux de fer sur le quai de l'Horloge, et dans lesquelles les prévenus extraits des différentes prisons de Paris sont déposés pour attendre le moment de paraître devant le juge d'instruction.

SOURIS, s. f. Baiser sur l'œil,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce baiser fait moins de bruit que les autres.

SOUS, s. m. pl. Argent, fortune,--dans l'argot des ouvriers.

_Avoir des sous._ Être riche.

SOUS DE POCHE, s. m. pl. Monnaie à dépenser,--dans l'argot des collégiens et des grandes personnes qui n'aiment pas à sortir sans argent.

SOUS LE LIT (Être). N'être pas au courant d'un métier ou au fait d'une chose; se tromper. Argot des faubouriens.

SOUS-LIEUTENANT, s. m. Résultat moulé d'une évacuation alvine,--dans l'argot des royalistes ennemis de la première Révolution.

«Je m'accroupis en gémissant Au coin d'une boutique. Je mis bas un sous-lieutenant D'une figure étique?»

dit une chanson du comte Barruel de Beauvert, publiée dans les _Nouveaux Actes des Apôtres_.

On disait aussi _Un représentant_.

Avant de s'entre-tuer, les hommes que divisent les opinions politiques s'entre-souillent d'épigrammes ordurières.

SOUS-OFF, s. m. Apocope de _Sous-Officier_,--dans l'argot des troupiers.

SOUS PRESSE (Être). Être occupée,--dans l'argot de Breda-Street.

SOUSSOUILLE, s. et adj. Débauché, ivrogne, _arsouille_,--dans l'argot des faubouriens.

SOUTADOS, s. m. Pièce de cinq centimes.

SOUTE AU PAIN, s. f. L'estomac,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

Les ouvriers anglais ont la même expression: _Bread-basket_ (panier au pain), disent-ils.

SOUTELLAS, s. m. Cigare d'un sou,--dans l'argot des voyous qui ont voulu se moquer des panatellas.

SOUTENANTE, s. f. Canne,--dans l'argot des voleurs.

SOUTENEUR, s. m. Homme qui vit aux dépens des filles,--dans l'argot du peuple.

SOUTIRER AU CARAMEL, v. a. Tirer de l'argent de quelqu'un en employant la douceur.

SPECK, s. m. Lard,--dans l'argot des voleurs, qui ont _emprunté_ ce mot à la langue allemande.

SPEECH, s. m. Discours, bavardage,--dans l'argot du peuple et des gens de lettres.

SPER, s. m. Carreau dont on vient de se servir, mais qui possède encore assez de chaleur pour être de nouveau utilisé.

Expression de l'argot des tailleurs.

SPHINX, s. m. Mets imaginaire comme le monstre auquel fut forcé de répondre OEdipe, et qu'on demande facétieusement dans certains restaurants qui prétendent avoir de tout. Alphonse Karr, ou Méry, eut un jour la curiosité d'en exiger;--«Nous venons de donner la dernière portion,» lui répondit tranquillement le garçon. Léon Gozlan fut plus heureux, ou plus malheureux; il en demanda--et on lui en servit.

SPICKEL, s. f. Épée de fantaisie,--dans l'argot des Polytechniciens, qui l'achètent ordinairement chez le marchand qui porte ce nom, et dont le magasin est rue Saint-Honoré, ou rue Richelieu.

SPIRITE, s. et adj. Homme qui ne croit peut-être pas à Dieu mais qui croit aux _esprits_, afin de prouver l'insanité du sien.