Dictionnaire de la langue verte

Part 41

Chapter 413,592 wordsPublic domain

Se dit aussi d'un Cheval qui fait en marchant de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.

ROUSSINER, v. n. Faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus, sans plus de façon qu'un baudet.

ROUSTIR, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi _Dévaliser_.

ROUSTISSEUR, s. m. Voleur.

ROUSTISSEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.

ROUSTISSURE, s. f. Escroquerie.

ROUSTISSURE. s. f. Blague peu heureuse, rôle de peu d'importance,--dans l'argot des comédiens, qui sans doute ont voulu faire allusion au mot italien _rostita_, rôtie, maigre chose.

ROYAUME DES TAUPES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple.

_Partir pour le royaume des taupes._ Mourir.

RU, s. m. Ruisseau,--dans l'argot du peuple et des paysans des environs de Paris.

On dit aussi _Rio_.

L'expression coule de source: [grec: reô].

«Or beuvez fort tant que rû peut courir, Ne reffusez, chassant ceste douleur, Sans empirer un povre secourir,»

dit François Villon à sa maîtresse.

RUBAN DE QUEUE, s. m. Long chemin, route qui n'en finit pas.

RUBIS SUR PIEU, loc. adv. Argent comptant,--dans l'argot des faubouriens.

RUDE, s. f. Chose difficile à croire, événement subit, désagréable,--dans l'argot du peuple.

RUDE, adj. Courageux.

RUDEMENT, adv. Extrêmement, remarquablement.

RUE, s. f. L'espace réservé entre deux portants et figurant un chemin entre deux costières, Argot des coulisses.

RUE AU PAIN, s. f. Le gosier,--dans l'argot du peuple.

RUE BARRÉE, s. f. Rue où demeure un créancier,--dans l'argot des débiteurs.

On dit aussi _Rue où l'on pave_.

A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au duc d'Abrantès, fils de la duchesse d'Abrantès, et viveur célèbre.

RUE DU BEC DÉPAVÉE, s. f. Bouche à laquelle des dents manquent,--dans l'argot des faubouriens.

RUINE-MAISON, s. m. Homme prodigue, extravagant,--dans l'argot du peuple.

RUISSELANT D'INOUÏSME, adj. _Extraordinairement inouï._

L'expression appartient à M. Philoxène Boyer,--à qui on fera bien de ne pas la voler.

RUOLZÉ, adj. Ce qui brille sans avoir de valeur intrinsèque, ce qui a une élégance ou une richesse de surface,--par allusion au procédé de dorure et d'argenture découvert par Ruolz.

_Existence ruolzée._ Vie factice, composée de fêtes bruyantes, de soupers galants, d'amis d'emprunt et de femmes d'occasion, mais dont le bonheur est absent.

_Jeunesse ruolzée._ C'est notre _Jeunesse dorée_, et elle vaut moins, quoiqu'elle soit aussi corrompue.

RUP, adj. Grand, noble, élevé, beau, riche, élégant,--dans l'argot des faubouriens et des filles.

Francisque Michel fait venir ce mot du bohémien anglais _rup_ et de l'indoustan _rupa_, argent,--d'où _roupie_. Pendant qu'il y était, pourquoi n'a-t-il pas fait descendre ce mot d'un rocher (_rupes_) ou d'une falaise (_rupina_) quelconque?

On dit aussi _Rupart_.

RUPIN, s. et adj. Homme riche; fashionable, mis à la dernière mode,--ou plutôt à la prochaine mode. C'est le superlatif de _Rup_.

«Le rupin même a l'trac de la famine. Nous la bravons tous les jours, Dieu merci!»

dit la chanson trop connue de M. Dumoulin.

On dit aussi _Rupiné_.

RUPINE, s. f. Drôlesse, fille à grands tralalas de toilette et de manières.

RUSTIQUE, s. m. Greffier,--dans l'argot des voleurs.

RUSTIQUE, s. m. Décor représentant un intérieur villageois. Argot des coulisses.

RUSTU, s. m. Greffe.

RUTIÈRE, s. f. Fille publique d'une catégorie à part décrite par Vidocq (p. 73).

S

SABLE BLANC, s. m. Sel,--dans l'argot des francs-maçons.

_Sable jaune._ Poivre.

SABLER, v. a. Tuer avec une peau remplie de sable,--dans l'argot des voleurs.

SABLON, s. m. Cassonade,--dans l'argot des faubouriens.

SABOCHE, s. f. Mauvais ouvrier, personne maladroite,--dans l'argot du peuple.

SABOCHER, v. a. Travailler sans soin, avec trop de hâte.

SABOT, s. m. Mauvais billard.

Signifie aussi Mauvais violon.

SABOT, s. m. Homme qui aime à dormir.

SABOT, s. m. Toupie plate,--dans l'argot des gamins.

SABOT, s. m. Canot, barque,--dans l'argot des voleurs.

_Aller au sabot._ S'embarquer.

SABOTER, v. a. Bousiller, travailler sans soin, à la hâte. Argot des ouvriers.

SABOULER, v. a. Gronder, faire des reproches, battre. Argot du peuple.

Signifie aussi: Travailler sans soin, faire de la mauvaise besogne.

L'expression a des chevrons:

«De ton épé' tranchante Perce mon tendre cœur, Saboule ton amante, Ou rends-lui son honneur,»

dit Vadé dans sa chanson des _Gardes françaises_.

SABOULER, v. a. Décrotter,--dans l'argot des voyous.

SABOULEUR, s. m. Décrotteur.

SABRE, s. m. Bâton,--dans l'argot des voleurs.

SABRE (Avoir un). Être gris,--dans l'argot des faubouriens.

SABRENAS, s. m. Savetier,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Mauvais ouvrier, _bousilleur_.

SABRENASSER, v. n. et a. Travailler sans goût, _bousiller_ l'ouvrage.

On dit aussi _Sabrenauder_.

SABRER, v. a. Faire une chose à la hâte, et, à cause de cela, la mal faire.

SABREUR, s. m. Matamore, homme qui ne parle que de tuer.

SABREUR, s. m. _Bousilleur_, ouvrier qui travaille trop vite pour travailler avec soin.

SABRI, s. m. Bois, forêt,--dans l'argot des voleurs.

SABRIEU, s. m. Voleur de bois.

SAC, s. m. Argent,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent le contenant pour le contenu.

_Avoir le sac._ Être riche, ou seulement avoir de l'argent.

_Homme au sac._ Homme qui vient d'hériter.

SAC, s. m. Renvoi, congé,--dans l'argot des ouvriers.

_Avoir son sac._ Être renvoyé d'un atelier.

_Donner son sac._ Remercier un patron.

SAC (Avoir dans son). Posséder, être pourvu ou doué. Argot du peuple.

_N'avoir rien dans son sac._ N'avoir pas de ressources d'esprit; être sans imagination, sans talent.

_Avoir une mauvaise pierre dans son sac._ Ne pas jouir d'une bonne santé, être atteint de mélancolie ou de maladie grave.

SAC (Être ou n'être pas dans le). Être laide ou jolie. Argot des faubouriens.

Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de la même famille:

«Ell' n'est pas mal Pour foutr' dans l'canal.»

SAC-A-PAPIER! Juron bourgeois, qui marque l'ennui qu'on éprouve, l'embarras dans lequel on se trouve.

SACARD, adj. et s. Homme à son aise, ayant le _sac_.

SAC AU LARD, s. m. Chemise,--dans l'argot des faubouriens, qui se sont rencontrés dans la même expression avec les voleurs anglais: _flesh-bag_, disent ceux-ci.

SAC-A-VIN, s. m. Ivrogne,--dans l'argot du peuple.

C'est le _guzzler_ anglais.

SAC PLEIN (Avoir le). Être complètement ivre.

Se dit aussi à propos d'une Femme enceinte.

SACQUÉ (Être). Avoir de l'argent.

SACQUER, v. a. Congédier, renvoyer,--dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Donner le sac_.

_Sacquer un bœuf._ Renvoyer un ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.

SACRÉ CHIEN, s. m. Eau-de-vie de mauvaise qualité qui emporte le gosier. Argot du peuple.

On dit aussi _Sacré chien tout pur_.

SACRÉ CHIEN, s. m. _Feu sacré_,--dans l'argot des rapins et des cabotins.

_Avoir le sacré chien._ Jouer d'inspiration et avec succès. Peindre avec emportement.

SACREMENT, s. m. Le mariage,--dans l'argot du peuple.

_Offrir le sacrement._ Se proposer comme mari, courtiser une fille pour le bon motif.

SACRER, v. n. et a. Affirmer.

SACRISTAIN, s. m. Mari de l'abbesse du couvent des S'offre-à-tous,--dans l'argot des filles.

SACRISTI! Juron de l'argot du peuple.

Il dit aussi _Cristi!_

Les bourgeois, eux, disent _Sapristi!_--ce qui les éloigne un peu de l'étymologie (_sacrarium_.)

SAFRAN, s. m. Jaunisse conjugale,--dans l'argot des bourgeois.

_Accommoder au safran._ Tromper son mari en faveur d'un autre homme, ou sa femme en faveur d'une autre.

On dit aussi _Vouer au jaune_.

SAGE COMME UNE IMAGE, adj. Extrêmement sage,--c'est-à-dire ne parlant pas. Argot du peuple.

SAGOUIN, s. m. Homme malpropre, grossier,--dans l'argot du peuple, qui calomnie les callitriches.

_Vilain sagouin._ Pléonasme que les femmes du peuple adressent volontiers à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries grasses, dont elles ne se fâchent pas le moins du monde.

SAIGNER, v. a. Blesser quelqu'un volontairement, le tuer même,--dans l'argot des prisons.

SAIGNER, v. a. Emprunter de l'argent,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Faire_ ou _Pratiquer une saignée_.

_Saigner à blanc._ Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte.

On dit aussi _Faire une saignée blanche_.

SAIGNER (Se), v. réfl. Donner de l'argent,--qu'on en doive ou non.

_Se saigner à blanc._ S'épuiser pour fournir aux dépenses d'un enfant ou d'une maîtresse.

SAINT-CRÉPIN, s. m. Outils de cordonnier, et, par extension, de toute autre profession.

SAINT-CRÉPIN, s. m. Économies, _peculium_,--dans l'argot du peuple.

SAINT DE CARÊME, s. m. Homme qui se fâche, hypocrite.

SAINT-DENAILLE, n. de l. Saint-Denis,--dans l'argot des voleurs.

SAINT-DIFFICILE, s. m. Enfant, et même grande personne faisant la dégoûtée à propos de la nourriture ou à propos d'autre chose. Argot des bourgeois et du peuple.

SAINTE ESPÉRANCE, s. f. La veille de la _Sainte Touche_.

SAINTE MOUSSELINE, s. f. Une sainte de la création de Victorien Sardou (_La Famille Benoiton_), et qu'invoquent aujourd'hui, par genre, les mères de famille qui suivent les modes de la morale comme elles suivent les modes... de la Mode. Voici donc l'oraison que murmurent à cette heure de jolies lèvres parisiennes: «Ah! Mousseline, blanche Mousseline, des mères ingrates qui te devaient leurs maris t'ont reniée pour leurs enfants! Sainte Mousseline, vierge de la toilette, sauve nos filles qui se noient dans des flots de dentelles!»

_Amen!_

SAINTE-NITOUCHE, s. f. Fille ou femme qui «fait sa sucrée» ou «sa Sophie»,--dans l'argot du peuple, qui sait à quoi s'en tenir sur les «giries» des bégueules.

Les ouvriers anglais disent de même: _to sham abram_ (jouer l'innocence patriarcale, feindre la pudeur révoltée).

Cette expression s'est employée jadis en parlant d'un Homme timide, mou, irrésolu, en amour comme en autre chose:

«Il estoit ferme de roignons. Non comme ces petits mignons Qui font la Saincte Nitouche,»

dit Mathurin Régnier.

SAINTE-TOUCHE, s. f. La fin du mois,--dans l'argot des employés. La fin de la quinzaine,--dans l'argot des ouvriers.

SAINT-JEAN, s. m. Signal,--dans l'argot des voleurs.

_Faire le Saint-Jean._ Lever l'index et le médium pour avertir un complice.

SAINT-JEAN, s. m. Outils, vêtements, affaires,--dans l'argot des typographes.

_Emporter son Saint-Jean._ S'en aller d'une imprimerie en emportant composteur, pinces, etc.

SAINT JEAN-BAPTISTE, s. m. Cabaretier,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion à l'eau baptismale que l'on ajoute au vin pour le rendre digne d'être bu par des chrétiens.

SAINT JEAN BOUCHE-D'OR, s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne craint pas de commettre des indiscrétions.

SAINT JEAN LE ROND, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.

SAINT LACHE, s. m. Le patron des paresseux.

SAINT-LAZE. Apocope de _Saint-Lazare_, prison de femmes,--dans l'argot des voyous.

SAINT-LUNDI, s. f. Jour choisi chaque semaine par les ouvriers pour aller ripailler aux barrières et dépenser en quelques heures le plus clair de leur gain, celui que la ménagère attend toujours en vain pour faire «bouillir la marmite».

_Fêter la Saint-Lundi._ Se griser--et même se soûler.

SAINT-MARCEAUX, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui veulent faire une réclame à la maison de commerce de M. de Saint-Marceaux riche viticulteur d'Epernay.

SAINT PÈRE, s. m. Tabac à fumer,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

SAINT SACREMENT (Et tout le). C'est l'et _cætera_ de l'argot du peuple: Il comprend tout--et une foule d'autres choses.

SAISISSEMENT, s. m. Les liens dont l'exécuteur lie les bras et les jambes du condamné à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de la _toilette_.

SAISON, s. f. Laps de temps plus ou moins long, mais ordinairement de 21 jours, que l'on passe dans les villes d'eaux par ordonnance de médecin.

_Faire une saison._ Rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre station thermale, et y prendre des bains minéraux.

SALADE, s. f. _Raiponce_ à une question,--dans l'argot des voleurs, facétieux à leurs heures.

SALADE DE GASCON, s. f. Corde, _ficelle_, dans l'argot du peuple.

A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.

SALADIER, s. m. Bol de vin sucré,--dans l'argot des ouvriers.

SALAMALECS, s. m. pl. Politesse exagérée,--dans l'argot du peuple, qui ne pratique pas précisément la _Civilité puérile et honnête_.

SALAUD, adj. et s. Enfant malpropre; homme ordurier.

SALBRENAUD, s. m. Mauvais cordonnier; savetier,--dans l'argot des voleurs.

SALE, adj. Laid, mauvais, malhonnête. Argot du peuple.

_Sale intérêt._ Intérêt sordide.

_Sale monsieur._ Individu d'une moralité équivoque ou d'un caractère insociable.

_Sale pâtissier._ Homme qui n'est ni sale ni pâtissier, mais dont, en revanche, la réputation aurait grand besoin d'une lessive.

On dit aussi _Sale bête_.

SALÉ, s. m. Travail payé d'avance,--dans l'argot des typographes.

_Morceau de salé._ Acompte.

Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d'un Enfant venu avant le mariage.

Les ouvriers anglais disent: _to work for the dead horse_ (travailler pour le cheval mort).

SALER, v. a. Adresser de violents reproches à quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

SALER, v. a. Faire payer trop cher.

_Saler une note._ En exagérer les prix.

On dit aussi _Répandre la salière dessus_.

SALETÉ, s. f. Mauvais tour, action vile, entachée de plus d'improbité que de boue,--dans l'argot des bourgeois, qui emploient ce mot dans le même sens que les Anglais leur _sluttery_.

_Faire des saletés._ Faire des tours de coquin, d'escroc.

SALIÈRES, s. f. pl. Cavités de la clavicule,--dans l'argot du peuple.

_Montrer ses salières._ Se dit d'une Femme maigre qui se décollète trop.

SALIGAUD, E, s. et adj. Personne malpropre au propre, et malhonnête au figuré,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot dans le même sens que les Anglais leur _slut_.

SALIVERNE, s. f. Écuelle, gamelle,--dans l'argot des voleurs, qui y laissent volontiers tomber leur _salive_ pour dégoûter les camarades.

Ils disaient autrefois _Crolle_.

SALLE A MANGER, s. f. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.

_N'avoir plus de chaises dans sa salle à manger._ N'avoir plus de dents.

SALONNIER, s. m. Critique d'art, chargé du compte rendu du Salon. Argot des journalistes.

Le mot est de création récente.

SALOPE, s. f. Fille ou femme du genre de celles que Shakespeare traite de _drabs_ dans _Winter's Tale_, et que, comme on le voit, le peuple parisien traite presque aussi mal.

SALOPERIE, s. f. Ordure,--au propre et au figuré, _spucritia_ et _obscenitas_.

_Dire des saloperies._ Employer un langage ordurier.

_Faire des saloperies._ Se conduire en goujat.

SALOPERIE, s. t. Vilain tour, lésinerie, _crasse_.

SALOPIAUD, s. m. Homme malpropre d'esprit et de costume, en actions et en paroles.

Au féminin, _Salopiaude_.

SALTIMBE, s. m. Apocope de _Saltimbanque_,--dans l'argot des faubouriens.

SALUER LE PUBLIC, Mourir,--dans l'argot des comédiens, ces gladiateurs de l'Art. C'est un ressouvenir de l'_Ave, Cæsar, morituri te salutant_.

SANG DE POISSON, s. m. Huile,--dans l'argot des faubouriens.

SANGLÉ, adj. A court d'argent.

SANGLER, v. a. Réprimander vertement, et même Battre.

SANGLER, v. a. _Permolere uxorem quamlibet aliam_,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Sauter_.

SANGLER (Se), v. réfl. Se priver de quelque chose au profit de quelqu'un, par exemple, se ruiner pour élever un entant ou pour entretenir une maîtresse.

SANGLIER, s. m. Prêtre,--dans l'argot des voleurs.

SANGSUE, s. f. Maîtresse qui ruine son amant par ses prodigalités; neveu qui tire à boulets rouges sur la cassette avunculaire. Argot du peuple.

SANGSURER, v. a. Faire de nombreuses _saignées_ à la bourse de quelqu'un,--dans l'argot des ouvriers, pour qui les parasites sont des sangsues.

_Se sangsurer._ Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une drôlesse.

SANS-BEURRE, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.

SANS-BOUT, s. m. Cerceau,--dans l'argot des voleurs.

SANS CANNE (Être). En rupture de ban,--dans le même argot.

SANS-CHASSES, s. m. Aveugle.

SANS-COEUR, s. m. Usurier,--dans l'argot des fils de famille.

SANS-CULOTTE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois, pour qui _Terreur_ est inséparable de _République_.

SANS-CULOTTERIE, s. f. Doctrine des sans-culottes.

Le mot est de Camille Desmoulins.

On dit aussi _Sans-culottisme_.

SANS DOS, s. m. Tabouret,--dans l'argot des faubouriens.

SANS-FEUILLE, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs.

SANS-GÊNE, s. m. Homme indiscret, mal élevé,--dans l'argot des bourgeois.

SANS-LE-SOU, s. m. Artiste, ou Homme de lettres,--dans l'argot des petites dames.

SAP, s. m. Apocope de _Sapin_, cercueil,--dans l'argot des voyous.

_Taper dans le sap._ Être mort et enterré,--dormir du dernier somme.

M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement consacré quelques loisirs de sa muse au _Sap_:

«Avant d'être mis dans le sap, Vous voulez, orné de lunettes, Me décalquer de pied en cap.»

SAPAJOU, s. m. Galantin, suborneur en cheveux gris,--dans l'argot des harengères, qui sont plus «fortes en gueule» qu'en histoire naturelle.

SAPEUR, s. m. Homme qui ne respecte rien,--dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens barbus.

D'où la fameuse chanson à la mode:

«Rien n'est sa..a..cré pour un sapeur!»

SAPIN, s. m. Fiacre,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces voitures-là ne sont pas construites en chêne.

SAPIN, s. m. Cercueil de pauvre.

_Sentir le sapin._ Être atteint d'une maladie mortelle.

SAPIN, s. m. Plancher; grenier,--dans l'argot des voleurs.

_Sapin de muron._ Grenier à sel.

_Sapin des cornants._ La terre,--_plancher des vaches_.

SAPINIÈRE, s. f. La fosse commune, exclusivement réservée aux cercueils de _sapin_. Argot des faubouriens.

SAQUET, s. m. Secousse,--dans l'argot du peuple.

Le vieux français avait _Saquer_, tirer l'épée.

SARDINES, s. f. pl. Galons de laine ou d'or aux manches de l'uniforme,--dans l'argot des soldats.

_Sardines blanches._ Galons de gendarme, ou d'infirmier militaire.

SARRASIN, s. m. Ouvrier qui consent à travailler au-dessous du tarif. Argot des typographes.

On dit aussi _Faux frère_.

SATISFAIT, s. m. Député conservateur, ami quand même du gouvernement du moment--et des gouvernements à venir. Argot des journalistes.

SATOU, s. m. Bois débité,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Bâton.

SATOUSIER, s. m. Menuisier.

SAUCE, s. f. Correction ou simplement Réprimande,--dans l'argot du peuple.

_Gare à la sauce!_ Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux.

_Gober la sauce!_ Être puni pour les autres; recevoir la correction, la réprimande méritée par d'autres.

SAUCÉ (Être). Recevoir la pluie.

On dit aussi _Être rincé_ et _Être trempé_.

SAUCER, v. a. Réprimander.

On disait autrefois _Faire la sauce à quelqu'un_.

SAUCISSE MUNICIPALE, s. f. Viande empoisonnée que l'on jette dans les rues pour détruire les chiens errants non muselés.

SAUTE-MOUTON, s. m. Jeu d'enfants qui consiste à sauter les uns par-dessus les autres.

On dit aussi _Faire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton_.

SAUTER (Faire). Dérober, chiper et même Voler. Argot des faubouriens.

D'où _Faire sauter la coupe_ au jeu.

SAUTER, v. n. Cacher le produit d'un vol à ses complices,--dans l'argot des prisons.

_Sauter à la capahut._ Assassiner un complice pour lui enlever son _fade_.

SAUTER A LA PERCHE, v. n. Ne pas savoir où manger,--dans l'argot des faubouriens, par allusion aux efforts souvent vains des singes de bateleurs pour atteindre les friandises placées à l'extrémité d'un bâton.

SAUTERELLE, s. f. Puce,--dans l'argot des voleurs.

SAUTERELLE, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres qui ont emprunté ce mot à N. Roqueplan.

C'est un des plus heureux qu'on ait inventés jusqu'ici pour désigner ces femmes maigres qui s'abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards, dont elles sont la plaie.

SAUTERIE, s. f. Danse,--dans l'argot du peuple.

SAUTE-RUISSEAU, s. m. Petit clerc. C'est le trottin de l'avoué, comme le trottin est le saute-ruisseau de la modiste.

SAUTER LE PAS, v. a. Se décider à faire une chose, sans se préoccuper de ses conséquences. Argot du peuple.

SAUTER LE PAS, v. a. Faire faillite et, par extension, Mourir,--dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu,--en parlant d'une jeune fille qui se laisse séduire.

On dit aussi _La sauter_.

SAUTEUR, s. m. Filou.

SAUTEUR, s. m. Homme politique qui change d'opinion toutes les fois que cela peut lui profiter personnellement. Argot du peuple.

Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on ne peut pas compter.

SAUTEUSE, s. f. Drôlesse.

SAUVAGE, s. m. Garde national de la banlieue, avant 1870--dans l'argot des faubouriens.

SAUVER BIEN (Se). Bien courir,--dans l'argot des maquignons, qui disent cela à propos des chevaux qu'ils essayent.

SAUVER LA CAISSE, v. a. Se sauver avec la caisse dont on est le gardien,--par allusion au mot d'Odry dans les _Saltimbanques_.

SAUVER LA MISE A QUELQU'UN. Lui éviter une humiliation, un ennui; lui prêter à temps de l'argent. Argot du peuple.

SAUVETTE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à se _sauver_ et ne pas se laisser attraper.

On dit aussi _Sauvinette_.

SAUVETTE, s. f. Mannette d'osier,--dans l'argot des chiffonniers.

SAVATE, s. f. Boxe française,--«avec cette différence, dit Th. Gautier, que la savate se travaille avec les pieds et la boxe avec les poings.»

(V. _Chausson_.)

SAVATE, s. f. Correction militaire, qui consiste à fouetter le soldat coupable à tour de bras et de souliers. Le Conseil de guerre, on le devine, n'a rien à voir là dedans: c'est une petite justice de famille et de caserne.

SAVATE, s. f. Ouvrage mal fait; chose abîmée, gâchée,--dans l'argot du peuple.

SAVATER, v. a. Travailler sans soin, faire une chose à la hâte.

On dit aussi _Saveter_.

SAVETIER, s. m. Mauvais ouvrier; homme qui fait une chose sans goût, sans soin, à la hâte.

SAVOIR CE QUE QUELQU'UN A DANS LE VENTRE. Découvrir ses sentiments, ses projets; connaître le faible et le fort de son caractère. Argot des bourgeois.

SAVOIR DE QUOI IL RETOURNE. Connaître l'état financier d'une maison, la situation morale d'une famille; être au courant des affaires politiques et littéraires et savoir quel journal ce gros homme va fonder et quel ambassadeur on va envoyer en Prusse. Même argot.

SAVOIR LIRE. Connaître toutes les ruses du métier,--dans l'argot des voleurs.

SAVON, s. m. Réprimande,--dans l'argot des domestiques _malpropres_.

_Foutre un savon._ Gronder, objurguer quelqu'un.

SAVONNER, v. a. Réprimander--et même Battre.

SAVOYARD, s. m. Homme mal élevé, brutal,--dans l'argot des bourgeois, injurieux envers les Allobroges.

SAVOYARDE, s. f. Malle,--dans l'argot des voleurs.

SCÈNE DE L'ABSINTHE (Faire la). Jouer son verre d'absinthe avec un camarade, ou lui en offrir un. Argot des coulisses.

On dit de même, à propos de toutes les consommations: _Faire_ ou _jouer la scène du cigare, du café, de la canette_, etc.

SCHAFFOUSE, s. m. Le derrière, parce qu'à la chute du _Rein_,--dans l'argot facétieux du peuple, qui connaît la géographie.

SCHLAGUE, s. f. Correction brutale qu'un père donne volontiers à son enfant, un mari à sa femme, etc.

SCHLAGUER, v. a. Corriger, battre.

Encore un mot allemand,--_schlagen_.

SCHLOFFER, v. n. Dormir, se coucher,--dans l'argot des faubouriens, qui ont appris cette expression dans la fréquentation d'ouvriers alsaciens ou allemands (_schlafen_).

Ils disent aussi _Faire schloff_.

SCHNICK, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Schnaps_.

SCHNIQUER, v. n. Se griser d'eau-de-vie.

SCHNIQUEUR, s. m. Buveur d'eau-de-vie.

SCIANT, adj. Ennuyeux,--dans l'argot du peuple.

SCIE, s. f. Ennui, contre-temps fâcheux.

SCIE, s. f. Femme légitime.

_Porter sa scie._ Se promener avec sa femme au bras.