Dictionnaire de la langue verte
Part 40
RÉPANDRE (Se), v. réfl. S'étaler dans le ruisseau; tomber, soit par accident, soit parce qu'on est ivre.
L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi Mourir.
REPASSE, s. f. Mauvais café,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Cafetiau_.
REPASSER, v. a. Céder quelque chose à quelqu'un, donner,--dans l'argot du peuple.
_Repasser une taloche._ Donner un soufflet.
REPAUMER, v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.
REPÉSIGNER, v. a. Arrêter de nouveau,--dans l'argot des voleurs.
RÉPÉTER, v. n. Aimer,--dans l'argot des cabotins.
On dit aussi _Aller à la répétition_.
REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,--dans l'argot des faubouriens.
REPIQUER, v. n. Reprendre courage, se tirer d'embarras.
Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.
_Repiquer sur le rôti._ En demander une nouvelle tranche.
RÉPLIQUE, s. f. Les derniers mots d'une tirade, d'un couplet quelconque,--dans l'argot des coulisses.
_Envoyer la réplique._ Prononcer ces derniers mots de façon à appeler l'attention de l'acteur qui doit reprendre le dialogue.
REPORTER SON FUSIL A LA MAIRIE, v. a. Commencer à vieillir,--dans l'argot du peuple, qui sait qu'à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde nationale.
REPORTER SON OUVRAGE. Assister, quand on est médecin, à l'enterrement d'une personne qu'on a t...,--pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des faubouriens.
REPORTER, s. m. Journaliste en quête de nouvelles.
REPOUSSANT, s. m. Fusil,--dans l'argot des voleurs.
REPOUSSER DU TIROIR, v. n. Avoir l'haleine cousine germaine du lac Stymphale. Argot des faubouriens.
On dit aussi _Repousser du corridor_.
REPRENDRE DU POIL DE LA BÊTE, v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille. Argot du peuple.
REPRENDRE SON PIVOT, v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid,--dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car on la trouve dans les _OEuvres diverses_ de Cyrano de Bergerac.
REQUIN DE TERRE, s. m. Huissier,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi bien que le berceau de votre dernier né.
On l'appelle aussi _Macaron_.
REQUINQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement s'endimancher, dans l'argot du peuple.
RESSERRER SON LINGE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
RESTANT DE NOS ÉCUS (Le). Se dit à propos des Gens qui surviennent quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.
RESTE (Donner son). Achever un homme en le tuant de n'importe quelle façon.
RESTE (Ne pas demander son). C'est, quand on a été battu, fuir sans exiger d'explications--et surtout sans demander le supplément de coups de pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.
RESTER EN FIGURE. Rester coi, ne savoir que dire.
Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.
RESTER EN PLAN, v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu'on n'a pas d'argent pour payer sa consommation.
RESTITUER SA DOUBLURE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs fois.
On dit aussi _C'est de la troisième_ ou _de la quatrième resucée_.
RÉSURRECTION (La), n. de l. La prison de Saint-Lazare,--dans l'argot des faubouriens.
RETAPE, s. f. Raccrochage,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
_Aller à la retape._ Raccrocher.
On dit aussi _Faire la retape_.
RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,--dans l'argot du peuple.
RETIRATION (Être en). Avoir plus de quarante ans, vieillir,--dans l'argot des typographes.
RETIRER LE PAIN DE LA BOUCHE, v. a. Ruiner quelqu'un, lui enlever son emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.
RETOURNE, s. f. Atout,--dans l'argot des joueurs.
_Chevalier de la Retourne._ Joueur passionné--jusqu'à en être grec.
RETOURNER (S'en). Vieillir,--dans l'argot de Breda-Street.
RETOURNER SA VESTE, v. a. Faire faillite, et, par extension, Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Rendre son tablier_ et _Retourner son paletot_.
REVENDRE, v. a. Répéter ce qu'on a appris de quelqu'un, commettre une indiscrétion. Argot des voleurs.
REVENIR, v. n. Se dit--dans l'argot des bourgeois--de tout ce qui plaît, choses ou gens.
REVENIR DE PONTOISE, v. n. Avoir l'air étonné, ahuri; dire des sottises,--dans l'argot du peuple.
_Faire_ ou _dire une chose comme en revenant de Pontoise_. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.
REVENIR SUR L'EAU, v. n. Rétablir ses affaires, sortir d'un mauvais pas; occuper de nouveau l'attention publique.
REVERS DE LA MÉDAILLE, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent lorsqu'on a l'habitude de marcher sur les talons.
C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient également à l'argot du peuple napolitain: _Il revescio de la medaglia_, disent les fils de Mazaniello.
REVIDAGE, s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.
REVIEWER, s. m. Écrivain de revues,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l'Angleterre.
REVOIR LA CARTE, v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner,--ce qui est une façon désagréable de s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.
RHUME, s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze.
On disait autrefois _Rhume ecclésiastique_.
RIBAMBELLE, s. f. Troupe nombreuse de choses ou de gens.
RIBOTE, s. f. Griserie, petite débauche.
_Être en ribote._ Être ivre.
RIBOTER, v. n. Hanter les cabarets.
RIBOUIS, s. m. Savetier,--dans l'argot des faubouriens.
Francisque Michel a raison: on devrait dire _Rebouis_, ce mot venant de l'opération par laquelle le cordonnier communique du lustre à une semelle en _donnant le bouis_. Le _rebouis_ donne un second _bouis_, ou second lustre, aux chaussures avariées par l'usage.
RIC-A-RIC, adv. Chichement, morceau par morceau,--dans l'argot du peuple.
_Payer ric-à-ric._ Par acompte.
Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement, jusqu'au dernier sou.
RICHE, adj. Bon, agréable, amusant.
S'emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative.
_Ce n'est pas riche!_ Ce n'est pas honnête, ce n'est pas bien.
C'est, me semble-t-il, le _luculentus_ des Latins: _hæreditas luculenta_, riche succession, dit Plaute; _luculentus scriptor_, excellent écrivain, dit Cicéron.
RICHE EN IVOIRE, adj. Qui a de belles dents,--dans l'argot des faubouriens.
_Montrer son ivoire._ Montrer ses dents.
Les ouvriers anglais ont la même expression: _Flash his ivory_.
RICHE EN PEINTURE, adj. et s. Homme glorieux, plus riche en paroles qu'en réalité. Argot du peuple.
On dit de même d'un Fanfaron qu'il _est brave en peinture_.
RICHELIEU, adj. Galant, magnifique, entreprenant,--dans l'argot des bourgeois, dont les grand'mères ont conservé bon souvenir du vainqueur de Mahon.
RICHEMENT, adv. Extrêmement.
RICHONNER, v. n. Rire,--dans l'argot des voleurs.
RIDEAU ROUGE, s. m. Cabaret,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle toujours les maisons à boire du vieux temps, reconnaissables à leurs rideaux de percale de couleur pourpre.
Les ouvriers anglais disent de même _Red-lattice_, parce que chez eux c'est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.
RIDEAUX DE PERSE, s. m. pl. Rideaux déchirés, _percés_ de trous,--dans l'argot des bourgeois plaisantins.
On dit de même _Mouchoir de Perse_, _chemise de Perse_, etc.
RIEN, s. m. Garde-chiourme, argousin,--dans l'argot des forçats.
RIEN. Mot de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme selle à tous chevaux, pour donner plus de force et de couleur à leurs discours.
Ainsi, ils disent: _Il n'a rien l'air de_... pour: Il a extrêmement l'air de... _Il n'est rien paf_, pour: Il est très gris. _Ce n'est rien mauvais_, pour: On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.
Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une affirmation, c'est _n'être pas_. Ainsi: _Tu n'es pas blagueur!_ signifie: «Comme tu es menteur!»
RIEN, s. m. Un peu, très peu,--dans l'argot du peuple.
_En un rien de temps._ En très peu de temps.
_Rien de rien._ Moins que rien.
RIF ou RIFLE, s. m. Feu,--dans l'argot des voleurs.
RIFFAUDANTE, s. m. Flamme.
RIFFAUDATE, s. m. Incendie.
RIFFAUDER, v. a. Incendier, brûler.
RIFFAUDEUR, s. m. Chauffeur.
RIFFLARD, n. m. Bourgeois,--dans le même argot.
RIFFLARD, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple.
Ce mot date de Picard et de sa _Petite Ville_, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu'escorté d'un parapluie.
RIFLER, v. a. et n. Brûler.--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Riffauder_.
RIFLER, v. a. Prendre, saisir, _chiper_,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Passer tout près; effleurer.
RIFOLARD, adj. Amusant, _rigolo_.
RIGOLADE, s. f. Amusement, réjouissance, plaisanterie.
_Coup de rigolade._ Chanson.
RIGOLBOCHADE, s. f. Drôlerie dite ou faite, écrite ou peinte,--dans l'argot des faubouriens.
Ici encore se pose l'éternelle question: Quel est le premier né de l'œuf ou de la poule? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote--plus généralement oubliée aujourd'hui sous le nom de _Rigolboche_--qui a donné naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu'on a décerné comme un brevet à cette aimable bastringueuse? J'inclinerais volontiers à admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois imposer certains noms, mais elle a pour habitude d'en inventer. Quant aux _Mémoires_ de mademoiselle Marguerite, où elle prétend que c'est elle qui a créé le mot en question, il me suffit que ce soient des _Mémoires_ pour que je ne leur accorde pas la moindre créance.
RIGOLBOCHE (Être). Être excentrique, amusant, drôle.
RIGOLBOCHER, v. n. S'amuser, soit en buvant, soit en dansant.
RIGOLE, s. f. Bonne chère,--dans l'argot des voleurs.
RIGOLER, v. n. S'amuser, se réjouir, boire, danser, rire,--dans l'argot du peuple.
Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j'en suis sûr, s'imaginent né d'hier. Un hier qui a six cents ans! Les gens du monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de Meung, par Rabelais, par l'auteur de la _Farce de Maistre Pathelin_ et par d'autres écrivains qui font autorité.
RIGOLETTE, s. f. Habituée de bals publics, amie de la danse et de la gaieté.
RIGOLEUR, adj. et s. Ami de la joie et de la bouteille.
RIGOLO, s. et adj. Bon enfant, homme gai.
_Rigolo-pain-de-seigle_ ou _pain-de-sucre_. Extrêmement amusant.
On dit aussi d'une chose: _C'est rigolo_, pour signifier: c'est plaisant, c'est drôle.
RIGRI, s. m. Ladre, méticuleux,--dans l'argot du peuple.
RIGUE, s. f. Apocope de _Rigueur_,--dans l'argot des voyous.
RINCÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
RINCER, v. a. Battre, donner des coups.
Signifie aussi Gagner quelqu'un au jeu.
RINCER, v. a. Dévaliser, _nettoyer_,--dans l'argot des voleurs.
RINCER (Se), v. réfl. Se purger,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Se rincer le fusil_.
RINCER (Se faire). Recevoir la pluie; se laisser voler; perdre au jeu.
RINCER LA DALLE, v. a. Offrir à boire à quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
_Se faire rincer la dalle._ Accepter à boire sans offrir la réciproque.
On dit aussi _Rincer la dent_, ou _le bec_, ou _le fusil_, ou _le tube_, ou _la gargote_, ou _la corne_.
RINCETTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie pris comme supplément au gloria,--dans l'argot des bourgeois.
RIOLE, s. f. Rivière, ruisseau,--dans l'argot des voleurs.
RIOLE, s. f. Joie, divertissement, débauche,--dans l'argot du peuple.
_Être en riole._ Être en train de s'amuser, être gris.
_Se mettre en riole._ Se griser.
En wallon. _Être en riolle_ ou _riotte_, c'est Se quereller.
RIPATONNER, v. a. Raccommoder quelque chose ou quelqu'un,--dans l'argot des Polytechniciens, qui ont ainsi consacré la mémoire d'un concierge de l'Ecole, M. Ripaton, tailleur.
RIPATONS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens.
RIPER, v. a. Embrasser tendrement.
RIPEUR, s. m. Libertin.
RIPOPÉE, s. f. Mauvais vin,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite.
Ce mot a été autrefois masculin, et tantôt substantif et tantôt adjectif: _Du ripopé, du café ripopé_.
RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot des ouvriers.
RIQUIQUI, adj. et s. Chose mal faite ou de qualité inférieure,--dans l'argot des ouvrières.
_Avoir l'air riquiqui._ Être ridiculement habillée, ou n'être pas habillée à la dernière mode.
Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une contrefaçon de _Rococo_.
RIRE AUX ANGES. Sourire doucement en dormant,--dans l'argot du peuple.
RIRE COMME UN CUL. Rire sans desserrer les dents.
RIRE JAUNE, v, n. Rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de douleur ou écumer de rage.
RISETTE, s. f. Sourire,--dans l'argot des bourgeois.
_Faire des risettes._ Faire des avances aimables.
RISQUER LE PAQUET, v. a. Se hasarder à faire une chose délicate, aventureuse,--dans l'argot du peuple.
RIVANCHER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.
RIVER SON CLOU A QUELQU'UN, v. a. Lui dire vertement son fait, lui tenir tête dans une lutte de paroles ou de gestes. Argot des bourgeois.
RIVETTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.
RIZ-PAIN-SEL, s. m. Fournisseur militaire,--dans l'argot des troupiers.
ROBERT-MACAIRE, s. f. Danse fort en honneur dans les bals publics il y a vingt-cinq ou trente ans. C'était une variété de la Chahut.
ROBIGNOL, adj. Très bien, très beau, très amusant,--dans l'argot des voleurs, qui emploient ce superlatif à propos des choses et des gens.
ROBIN, s. m. Taureau communal,--dans l'argot des paysans de Paris.
ROBINSON, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple, qui a gardé bon souvenir du naufragé de Daniel de Foë.
On dit aussi _Pépin_.
ROCAMBOLADE, s. f. Farce littéraire dans le goût des _Exploits de Rocambole_ de Ponson du Terrail.
ROCAMBOLE, s. f. Chose sans valeur; promesse en l'air qu'on sait devoir n'être pas tenue, gasconnade.
ROCANTIN, s. m. Vieillard libertin.
ROCHET, s. m. Evêque,--dans l'argot des voleurs.
ROCOCO, adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela,--comme si le goût d'autrefois ne valait pas bien le goût d'aujourd'hui!
Se prend aussi en bonne part.
_Pendule rococo._ Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette époque.
_Tentures rococo._ Etoffes en vieille perse à ramages.
ROEDERER, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui tiennent à faire une réclame à la maison de commerce dont les produits portent cette signature.
ROGNEUR, s. m. Fourrier,--dans l'argot des troupiers.
ROGNONNER, v. n. Bougonner,--dans l'argot des bourgeois.
ROGNURES DE FER-BLANC. (V. _Troupe de fer-blanc_.)
ROGOME, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot du peuple.
_Voix de Rogome._ Voix éraillée par l'ivrognerie.
ROGOMIER, s. m. Buveur d'eau-de-vie.
ROGOMISTE, s. m. Liquoriste.
ROMAGNOL, ou ROMAGNON, s. m. Trésor caché,--dans l'argot des voleurs.
ROMAIN, s. m. Soldat d'infanterie.
ROMAIN, s. m. Applaudisseur gagé,--dans l'argot des coulisses, sans doute par allusion aux claqueurs de Néron.
ROMANCIER, s. m. Chanteur qui a la spécialité des romances et autres «choses du cœur»,--dans l'argot des cafés-concerts.
_Fort romancier._ Premier chanteur de romances d'un café-concert.
_Forte romancière._ Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.
ROMANICHEL, s. m. Bohémien,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Romamitchel_, _Romanitchel_, _Romonichel_ et _Romunichel_. Suivant le colonel Harriot, «_Romnichal_ est le nom que portent les hommes de cette race en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et _Romne-chal_, _Romaniche_, est celui par lequel on désigne les femmes».
RONCHONNER, v. n. Être grognon, maussade; bougonner,--dans l'argot du peuple.
ROND, s. m. Sou, pièce de monnaie,--dans l'argot des voyous.
On dit aussi _Rotin_.
ROND, adj. Ivre,--dans l'argot des faubouriens.
_Rond comme une futaille._ Ivre mort.
On dit aussi _Rond comme une pomme_.
RONDE BOSSE, adj. Hardi, audacieux, frisant l'immoralité,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de l'_Aristide Froissard_ de Léon Gozlan.
RONDELET, s. m. Sein,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Rondin_.
RONDIN, s. m. _Stercus_ (V. _étron_)--dans l'argot du peuple.
RONDIN, s. m. Bâton, _gourdin_.
RONDINE, s. f. Bague,--dans l'argot des voleurs.
RONDINER, v. a. Boutonner,--dans le même argot.
RONDINER, v. n. Dépenser de l'argent, des _ronds_,--dans l'argot des voyous.
On dit aussi _Se dérondiner_.
RONDINER, v. a. Battre à coups de bâton,--dans l'argot du peuple.
RONDINER DES YEUX, v. n. Faire les gros yeux.
RONDIN JAUNE, s. m. Pièce d'or,--dans l'argot des voleurs.
_Rondin jaune servi._ Or volé, caché par son voleur.
RONFLER DU BOURRELET, v. n. _Crepitare_, ou _alvum deponere_,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Faire ronfler le bourrelet_.
RONRONNER, v. n. Faire le joli-cœur auprès d'une femme,--dans l'argot des ouvriers.
RONRONNER, v. n. Ecrire de petits articles qui ne produisent qu'un bien petit bruit. Argot des gens de lettres.
ROQUET, s. m. Homme de petite taille, et, à cause de cela, hargneux. Argot du peuple.
ROSE DES VENTS, s. f. Le _podex_,--dans l'argot facétieux des faubouriens.
ROSSARD, adj. et s. Mauvais compagnon.
ROSSE, adj. des deux g. Homme sans consistance, femme sans pudeur.
_Il n'est rien rosse!_ Se dit pour: Est-il canaille!
ROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
ROSSER, v. a. Frapper, battre, étriller à coups de poing ou de bâton.
ROSSIGNANTE, s. f. Flûte,--dans l'argot des voleurs.
ROSSIGNOL, s. f. Fausse clé,--dans le même argot.
ROSSIGNOL, s. m. Livre qui ne se vend pas,--dans l'argot des libraires.
Marchandise qui n'est pas de bonne défaite,--dans l'argot des boutiquiers.
ROSSIGNOL D'ARCADIE, s. m. Ane,--dans l'argot des académiciens, à qui le mot propre répugne tant.
Ils disent aussi «_Le patient animal qui_...,» etc.
ROTIN, s. m. Pièce de cinq centimes, sou,--dans l'argot des ouvriers. C'est sans doute une contrefaçon ironique du _radis_,--à cause de l'éructation.
RÔTIR LE BALAI, v. a. Mener une vie obscure et misérable,--dans l'argot du peuple.
_Avoir rôti le balai._ Se dit d'une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.
ROTOTO, s. m. Coups de bâton, de _rotin_,--dans l'argot des faubouriens.
_Coller du rototo._ Battre quelqu'un.
ROTOTO! Exclamation de refus ou de mépris.
ROUATRE, s. m. Lard,--dans l'argot des voleurs.
ROUBIGNOLE, s. f. Petite boule de liège dont se servent certains voleurs pour faire des dupes. (Voy. _Cocangeur_.)
ROUBIGNOLEUR, s. m. Voleur qui a de la _Roubignole_ et des _Cocanges_, et, par extension, Homme madré. Argot des faubouriens.
ROUBLARD, adj. Laid, défectueux, pauvre,--dans l'argot des voleurs.
ROUBLARD, adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a de l'expérience,--dans l'argot des faubouriens.
Si ce mot vient de quelque part, c'est du XVe siècle et de _ribleux_, qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d'aventures.
ROUBLARDERIE, s. f. Ruse, astuce, expérience de l'homme qui a vécu et qui remplace l'argent qu'il n'a pas par l'ingéniosité qu'il aura jusqu'au bout de son rouleau.
Signifie aussi: Pauvreté, gêne, misère.
ROUCHI, s. m. Homme sans morale et sans honnêteté, voyou,--dans l'argot du peuple.
ROUCHIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.
ROUCOUCOU, s. m. Lapin mort-né,--dans l'argot des chiffonniers et de leurs gargotiers.
ROUE, s. f. Juge d'instruction,--dans l'argot des voleurs.
ROUE DE DERRIÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des cochers, qui emploient cette expression depuis longtemps, puisqu'on la trouve dans les _OEuvres badines du comte de Caylus_.
Les Anglais ont la même expression: _A hind-coach-wheel_, disent-ils à propos d'une pièce de cinq shillings (une couronne).
ROUE DE DEVANT, s. f. Pièce de deux francs.
Les Anglais disent _A fore-coach-wheel_ pour une demi-couronne.
ROUFFION, s. m. Dernier employé du magasin,--dans l'argot des calicots.
On dit _Mousse_.
ROUFFLE, s. f. Coup de poing ou coup de pied,--dans l'argot des voleurs.
ROUGE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois.
ROUGET, s. m. Homme à barbe rouge ou à cheveux d'un blond ardent.
ROUGET, s. m. Cuivre volé.
ROUGETS, s. m. pl. Les _menses_ des femmes,--dans l'argot du peuple, à qui le seigneur de Cholières n'a pas craint d'emprunter cette expression pour un de ses _Contes_.
ROUILLARDE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des voleurs.
ROUILLER (Se), v. réfl. Vieillir,--dans l'argot du peuple.
ROULANCE, s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que font entendre les typographes pour accueillir quelqu'un à son entrée dans l'atelier.
_Donner une roulance._ Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie, tantôt une marque de sympathie.
ROULANT, s. m. Fiacre,--dans l'argot des voyous.
_Roulant vif._ Chemin de fer.
ROULANTS, s. m. pl. Pois,--dans l'argot des voleurs.
ROULÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens. _Ereintement_,--dans l'argot des gens de lettres.
ROULER, v. a. Battre quelqu'un.
Signifie aussi: Tromper, agir malignement.
ROULER, v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce.
Ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent: _cela roule_. C'est l'équivalent de: _Cela boulotte_.
ROULER, v. a. Se moquer, lutter d'esprit et d'impertinences,--dans l'argot des gens de lettres.
_Se faire rouler._ Avoir le dessous dans une affaire, dans une discussion.
ROULER, v. n. Vagabonder, voyager,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Rouler sa bosse_.
ROULER DANS LA FARINE, v. a. Tromper, jouer un tour, user de finesse envers des gens trop simples.
ROULER SA VIANDE DANS LE TORCHON, v. a. Se coucher,--dans l'argot des faubouriens.
ROULEUR, s. m. Vagabond, homme suspect.
ROULEUR, s. m. Chiffonnier.
ROULEUR, s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.
ROULEUSE, s. f. Femme de mauvaise vie qui roule de quartier en quartier à la recherche de l'homme philosophal. Argot du peuple.
ROULOTIN, s. m. Roulier,--dans l'argot des voleurs.
ROULOTTE, s. f. Voiture.
_Grinchir une roulotte en salade._ Voler sur une voiture.
ROULOTTIER, s. m. Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les voitures.
ROULURE, s. f. Fille de la dernière catégorie,--dans l'argot des faubouriens.
ROUMICHIPOTEUSE, s. f. Mijaurée, _chipie_.
ROUPANÉ, adj. et s. Décavé aux billes ou à tout autre jeu exigeant une mise. Argot des gamins.
ROUPIE, s. f. Punaise,--dans l'argot des voyous.
ROUPIE, s. f. Mucosité de couleur ambrée qui sort du nez des priseurs, et tombe tantôt sur leur chemise, tantôt dans leur potage. Argot des faubouriens.
ROUPIE DE SINGE, s. f. Rien,--dans l'argot des voleurs.
ROUPILLER, v. n. Dormir,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d'un siècle.
Signifie aussi Avoir continuellement une _roupie_ au nez.
ROUPILLEUR, s. m. Grand dormeur--ou grand priseur.
ROUPIOU, s. m. Élève en médecine qui s'essaye au métier dans les hôpitaux, sans être interne ni externe. C'est lui qui pose les cataplasmes et les vésicatoires. Argot des étudiants.
On l'appelle aussi _Bénévole_.
ROUSCAILLER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.
ROUSCAILLER BIGORNE, v. n. Parler argot.
ROUSCAILLEUR, s. m. Libertin.
ROUSSE, s. f. La police,--dans l'argot des voyous.
ROUSSE, s. m. Agent de police; sergent de ville.
On dit aussi _Roussin_.
_Rousse à l'arnache._ Agent de police de sûreté, qui reçoit une gratification proportionnée à l'utilité des renseignements qu'il donne ou à l'importance des captures qu'il fait faire.
ROUSSIN, s. m. Baudet,--dans l'argot du peuple.